CHAPITRE Vit
La gradation que suivent le Squelette d'une part et le Système musculaire de l'autre, a encore ceci de remarquable, qu*b mesnre que le premier se simplifie pour disparaître sans retonr dans les dernières espèces de Poissons formant les genres Lamproie et Ammocette, les muscles, dont la fonction essentielle doit être conservée (2" Loi) jusque dans les dernières espèces du Règne animal , au lieu de disparaître aussi, passent, au contraire, simplement sous la domination des organes tégumentaires , dans TEmbrànghement des Animaux articulés. Cette nouvelle condition à laquelle ils sont soumis est préparée de loin déjà par le Créateur, dans les Mammifères et les Oiseaux , mais surtout dans les Poissons, où, devenus de plus en plus et en grand nombre moteurs de la peau, ils le deviennent enfin tous, dans les An- NÉLiDEs, et changent en même temps beaucoup sous tous les autres rapports, pendant qu'ils sont dominés par le Squelette.
Dans cette nouvelle subordination, le Système musculaire sait également toutes les variations du Système tégumentaire, qui , très-subordonné chez les Vertébrés , où il ne constitue qu*Dne simple lame uniformément étendue sur tout le corps, se conforme aux moindres inégalités des parties subjaeentes, tandis qu'il devient an contraire, dans les Animaux articulés, i*appareil le plus important de leur organisme , en remplaçant le Squelette comme organe passif de la locomotion , et dominant à son tour tous les autres , même le Système nerveux qui suit toutes ses modifications.
Le Système musculaire devient de nouveau en quelque sorte libre, chez les Mollusques, où les téguments , reprenant toute leur mollesse, ne constituent, comme chez les Vertébrés, qu'une lame uniformément étendue sur tout le corps, €n même temps qu'ils sont le plus souvent tellement dégradés, qu'ils ne sont plus guère distincts dans la plupart des Familles. Il résulte de là que le Système musculaire présente chez ces animaux une troisième condition , celle d'une indépendance presque complète , en formant ainsi dans son en-
238 TBÉOLOail DB Li MATURE.
semble^ un tout, où il agit presque pariout sur ses propres parties; et par cela même qu*il D*exi8te dju reste que peu d'or|;anés spéciaux» organes qui ne le dominent qu*en partie seulement ; anssi ne ^orm^-t-il dans la plupart des régions que de simples couches fibreuses, plus ou moins irrégulières; sur* tout chez les Gastéropodes, ou les téguinents sont le plus imparfaits. Ils sont plus distincts dans les Acéphales,. et surtout chez les Céphalopodes . où ce(te tqoique est plus apparente; en même temps que, cbe^ les Acéphales, les muscles sont dominés par la coquille , à laquelle ces animaux sont plus intimement liés sur plusieurs points.
Enfin le même el{et a lieu dans les Zoophvtbs. Là où il existe des téguments distincts , ou bien des parties solides remplissant les fonctions du squelette, ou du têt des Animaux articulés, le système musculaire est non-seulement plus développé, mais aussi inieux localisé dans ses parties, suivant ses rapports avec la charpente; et Ik où celle-ci ()isparait, le système musculaire offre également le caractère qu'il présente dans les Mollusques; celui de former peu de muscles spéciaux, et d'ordinaire siihplement un tissu feutré, qui , arrivant à son état le plus imparfait dans les classes inférieures du Règne animal, offre partout ce dernier caractère, en devenait enfin même complètement indistinct , saqs cependant disparaiire nulle part; sa fonction étant une de celles qui caractériseqt essentiellement tout animal.
Cette dépendance des organes les uns à Tégard des antres est encore bien marquée chez les V£rtébb|;b entre les vertèbres sacrées , les ps latéraux du bi^ssin et les membres postérieurs; mais comme toujours, plus particulièrement par rapport aux fonctions que chaque partie doit remplir.
Chez les animaux , où les membres postérieurs ont de puissants efforts k produire dans la station, le bassin est grand, large et immobile sur les vertèbres sacrées , elles-mêmes soudées entre elles pour donner plus de fixité à ce dernier; tandis que Ik où les membres postérieurs doivent plutôt agir
CBAPITRI Vil. 239
(tans des mouvements rapides comme dans le saut, le bassin est moins développé et plus mobile sur le sacrum, dont les vertèbres sont généralement moins noipbreuses que chez les espèces essentiellement statiqnneuses,
EnGn, dans les animaux aquatiques^ dont le poids du corps est soutenu par l'eau, le bassin n'est grand et fixe que étiez les espèces qui nagent avec leurs membres postérieurs; tandis qu'il est petit et souvent rudimentaire Ik où la nage est exécutée par la queue. Ces différences se font surtout remarquer entre les Mammifères lourds et les espèces très* légères aptes à sauter ; chez les Oiseaux qui n'appuient que sur leurs extrémités postérieures qui leur servent aussi à la nage; chez les Reptiles terrestres et aquatiques, e( enfin chez les Cétacés et les Poissons qui nagent par les efforts de leur queue. Ceux-ci ayant les membres postérieurs très-faibles ou nuls , le bassin est rudimentaire et éloigné de la colonne vertébrale ; et les vertèbres qui devraient s'y rapporter, au lieu de se modifier pour former un sacrum, conservent, par le manque d'influence du bassin , la forme de celles qui les a voisinent.
Cette même domination du squelette se fait remarquer k regard des autres systèmes d'organes partout où il existe , c'est-a-dire chez tous les Vertébrks. Les principales parties des systèmes sanguin et nerveux sont k la même place; et il en est de même pour l'appareil d(^ la respiration, qui ne varie qu'un peu dans sa situation chez les Poissons , où il n'est plus anatomiquement l'analogue du poumon ; tandis que tous ces organes prennent subitement un autre caractère là où le squeleltte disparait, soit pour rester plus ou moins indépendants, soit pour se trouver sous la domination de quelque autre appareil ou système d'organes.
C'est ainsi que dans I'Embranchement des Animaux articulés les téguments qui ne constituent, dans les Vertébrés, qu'une simple tunique revêtant uniformément le icorps sans aucune influence sur quelque organe que ce soit, deviennent
240 THK0L04;iB DK L4 NATIRI.
presque tout à coup le système dominateur dans ce second embranchement, où tous les autres systèmes suivent ses changements dans les gradations qu'ils subissent.
Le système tégumentaire lui-même , encore mince et membraneux dans les Annélides , commence dès lors à se diviser en anneaux successifs partageant le corps en un certain nombre de segments égaux, qui se compliquent graduellement de plus en plus d*une famille à Tautre; d*nne part en produisant chacun des membres pairs qui deviennent eux-mêmes graduellement plus parfaits, jusque dans la classe des Arachnides et des Insectes ; tout en subissant bientôt une dégradation de rang par laquelle ils changent de fonction ou disparaissent.
Les segments eux-mêmes, d'abord tous semblables dans les premiers genres de la Classe des Annélides, se compliquent graduellement dans les diverses parties tégumentaires jusque dans la Classe des Insectes, où ils arrivent au maximum de leur complication , en y formant entre autres les Ailes, qui ne sont , au fond, que de simples plis latéraux fort larges des téguments. Ces organes, encore nuls dans le premier ordre , celui des Thysanoures , sont subitement introduits dans l'organisme au nombre de deux paires chez les Coléoptères ; la première sans forme rudimentaire, ne servant que d'étui de protection dans le repos, et la seconde paire , seule chargée de la fonction du vol ; mais k partir de là, ces deux paires d'ailes suivent , ainsi que je Tai fait remarquer, des gradations en sens opposés; la première allant en se perfectionnant de plus en plus jusqu'aux Diptères, où elle exerce à son tour seule la fonction du vol ; et la seconde en dégradant au contraire progressivement pour finir par devenir rudimentaire dans le même ordre dlNSECTEs; et tous les deux disparaissent pour toujours dans le dernier Ordre , celui des Aptères.
D'un autre côté, nous avons vu les segments antérieurs se grouper déjà chez les Annélides pour former une tête , où