‹ Théologie de la nature (volume 4)Chapitre 49 sur 136 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

leurs membres locomoteurs se transforment en organes masticateurs. Cette première tête rentrant plus loin dans le corps , ces mâchoires se trouvent transformées , dans le gésier qu'elles occupent alors , en un appareil de rumination ; et les segments suivants du corps étant devenus les antérieurs, se groupent k leur tour ensemble pour former une seconde tête dans les Myriapodes , les Insectes et les premiers Crcstacés, où cette tête est mobile, mais disparait bientôt dans les Stomapodes, où il se forme encore une troisième aux dépens des segments suivants du corps; tête qui disparaissant également, laisse les Arachnides qui font suite, k rétat de véritables acéphales, obligés de mâcher leurs ahments avec les hanches de leurs membres locomoteurs. Enfin il se forme en dernier lieu une quatruième tête, même mobile, chez les Leplus et les Ixodes, par la séparation de la partie antérieure du tronc.

Dans ce même Embranchement des Animaux articulés, les systèmes nerveux et sanguin ainsi que l'appareil respiratoire, également soumis au système tégumentaire, prennent de là aussi une autre disposition en harmonie avec les changements que les téguments éprouvent.

Ce même système tégumentaire, si éminent dans les Animaux ARTICULÉS, nous l'avous trouvé tout à coup fortement dégradé dans tous les Mollusques et surtout chez les Gastéropodes, et plus encore dans les Entozoaires, où il est difficile de le distinguer des muscles subjacents ; mais redevenu fort éminent et très-compliqué dans ses parties chez les ÉcHiNODERMES il y forme de nouveau un têt complet , composé d*un grand nombre de pièces , et enfin une charpente intérieure fort compliquée chez les Stellérides, rappelant en quelque sorte les vertèbres des animaux supérieurs, avec lesquelles ces pièces du système tégumentaire n ont toutefois aucune analogie anatomique ; mais ces téguments si compliqués se réduisent bientôt après de nouveau dans les Agalèphes et les Polypes, pour disparailro, ii ce

tAt THioUHHI DE LA NATCRI.

qu'il parait, complètement daoa les Êpongtê^ placées an dernier degré de Téchelle animale.

Nous avons vu aussi quelle admirable harmonie existait partout entre l'appareil digestif et ses nombreux organes accessoires, souvent fort éloignés , tels que les membres et les organes des sens , mais qui concourent plus ou moins indirectement à raccomplissement de la fonction digestive, où les moindres modifications dans la qualité des aliments sont signalées là où cela est nécessaire par un changement quelquefois très-léger, mais suffisant dans ces mêmes organes; ebangemenls qui ne peuvent avoir été amenés que par l*iii-

TERVENTION D UNE LnTELLIGEKCE SUPRÊME OMNISCIENTE; COS

parties étant, par elles-mêmes, complètement indépendantes de toute autre, et surtout indépendantes des objets exlé*rieurs dont Tanimal doit se nourrir.

En suivant également ici la marche de gradation de cet appareil , nous l'avons vu dans sa plus grande complication chez tous les Vertébrés, où il est constamment formé des mêmes parties successives, qui ne subissent encore, dans toute la série de ces animaux , que de simples modiGcations dans leurs formes , leurs proportions et leur contexture; quoique les organes buccaux présentent déjà des différences de détails assez grandes dans les dents, les os et autres accessoires. Nous avons vu toutefois ces mêmes organes de la bouche se simplider graduellement, d^une part, en ce que les dents disparaissent déjà chez les Oiseaux et les Chéloniens pour être remplacées dans leur fonction par des lèvres cornées, formant les deux mandibules d*un Bec, et sont au contraire maintenues dans les Reptiles et la plupart des Poissons , où les dents oiTrent dans certaines espèces, telles que les Serpents, les Sélaciens et autres, les dispositions les plus remarquables ; tandis qu^elles deviennent rudimentaires dans les espèces les plus inférieures, pour disparaître après sans retour.

Nous avons vu aussj, qu'en conséquence de cette dispari-

tàoD d98 organes masticateurs, la bouche des premiers Annelides n'élait plus qu*un simple oriOce du canal intestinal; mais que bientôt les premières paires de membres se rapprochaient entre elles pour se transformer en de nouveau! organes de mastication tout aussi parfaits que ceux des Vertébrés supérieurs , mais d une tout autre nature , et , par conséquent, autrement faits, et fonctionnant aussi différemment.

Ces organes, d'abord conformés pour la mastication de substances solides, nous les avons vus se transformer graduellement en organes suceurs , et disparaître enfln , d'une part, dans les Papillons Bombycites, où ils ne sont plus que rudimentaires , et d*autre part complètement dans les derniers Diptère$t on les OEstres , n'ont plus de bouche du tout après leur métamorphose*

Dans les Classes des Crustacés et des Arachnides, les organes masticateurs provenant également de pattes transformées, se maintiennent au contraire partout, en devenant toutefois très-simples et entièrement rudimentaires dans les genres les plus inférieurs, tels que les Lernées.

EnGn dans tout l'Embranchement des Mollusques, ainsi que dans celui des Zoophytes , l'appareil digestif se maintient dans sa fonction jusque dans les genres las plus dégradés, où il disparaît, comme tout autre, dans les Qleba^ les Pro^ tées , de la classe des Entozoaires , et dans les Éponges , de celle des Polypes, où tout paraît se réduire à un simple tissu uniforme.

Vu l'étroite liaison qui existe entre la fonction de la Cir^ culatioa sanguine , de l'Absorption et de la Respiration ; on trouve dans la série animale toutes les conditions d'existence possibles, depuis l'état le plus élevé et le plus parfait chez les Vertébrés supérieurs, jusqu*^ la disparition en apparence complète de ces trois fonctions, qui, en définitive, peuvent être réduites à une simple imbibilicrn , dernière condition de l'absorption et de la circulation , ainsi qu'il parait que cela axiste chez les animaux les plus inférieurs de l'Embranché-

i44 tbAologu db la haturi.

ment des Zoopbytes, où toutes les fonctions arri?ent d'ailleurs à leur plus simple expression.

J*ai fait remarquer que le Système circulatoire était trèscomplexe chez les Mammifères et les Oiseaux , où il existe deux cœurs unis en une seule masse, formés chacun d'un ventricule surmonté d'une Oreillette propre; que dans la classe des Reptiles , les ventricules commençaient k commuquer ensemble par une ouverture formée dans leur cloison commune; que cette ouverture , devenant de plus en plus grande dans d'autres espèces, unissait par envahir la cloison entière dans les Grenouilles ; de manière que chez ces animaux les deux ventricules ne forment plus qu'une seule cavité , où le sang veineux se mêle avec l'artériel ; mais qu'à partir de là, cet appareil éprouvait une modification plus notable encore par la disparition du cœur artériel , qui n'existe plus chez les Poissons ; nouvelle condition amenée par une remarquable transition qu'offrent les Grenouilles , ainsi que tous les Reptiles Ratraciens dans leur jeune âge , où ils présentent une organisation différente de celle des adultes; état de Larve où ces animaux , connus sous le nom de Tétards , approchent beaucoup des Poissons sous le rapport de la respiration, alors aquatique, et de la circulation ; état dont il sera parlé plus bas au sujet de la fonction de la génération.

Cette dégradation dans le Système circulatoire arrivant au dernier degré chez les Poissons inférieurs , les deux cœurs disparaissent complètement , mais non pas les vaisseaux , qui se maintiennent jusque dans les Zoopbytes, en éprouvant toutefois les plus grands changements graduels.

Dans les Annélides qui font immédiatement suite aux Poissons , le système circulatoire sanguin ne consiste plus en effet qu'en un lacis de vaisseaux s'envoyant réciproquement le sang, parles pulsations qu'exécutent les plus gros troncs. Ce mode continue d'avoir encore lieu dans les premiers Echinodermes, mais où la simple artère puisante des Holothuries

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se renfle ea an véritable cœur artériel dans les deux autres Ordres de cette classe, pour disparaître enfin aussi complètement dans tous les autres Zoophytes formant les Classes des ÂCALÈPHEs et des Poltpbs , où le Système circulatoire proprement dit est remplacé, pour la distribution des humeurs nutritives, par des ramifications de plus en plus compliquées de la cavité digestive elle-même ; cavité qui disparaissant ^ la fin aussi , laisse la circulation , réduite dans tous les organes \k une simple imbibition, ainsi que je l'ai déjk dit en dernier lieu.

A partir de ces mêmes Annélides, le système circulatoire prend, au contraire, de nouveau une marche ascendante dans les autres Animaux articulés, en y offrant un cœur simple , mais artériel , au lieu d'être veineux, à Tinstar de celui des Poissons; comme pour prouver qu'il n'est pas anatomiquement l'analogue de celui de ces derniers, dont il serait la répétition; prenant non-seulement une autre disposition le long de la ligne dorsale du corps , mais aussi une tout autre forme , avec des vaisseaux également tout différents.

Ce nouveau système circulatoire se simplifie ensuite également par la disparition des veines, qui prennent dans les Crustacés et les Arachnéides le caractère des Sinus , à parois peu apparentes, et formant de larges cavités remplissant les intervalles des organes, pour disparaître enfin aussi en entier chez les Myriapodes et les Insectes ; où toutes ces poches, confondues en une seule , ne sont plus autre chose que la cavité viscérale du corps , dans laquelle le sang est épanché. Or comme, dans ce nouvel état , il n'existe plus d'organes en dehors des veines, qui ont disparu comme cavités spéciales , les artères, étant également devenues inutiles, ont en conséquence aussi été supprimées, ainsi que Toreillette qui n'a plus k recevoir le sang venant des organes respiratoires, ceux-ci étant eux-mêmes distribués dans toutes les parties du corps sous la forme d'un système complet de ▼aisseaux aérifères ou trachées.

M6 THiOLOGIB DB LA NATURB.

Dans rEmbranchement des Mollusqnes, qui fait aussi suite aux Anndiides, le même système de vaisseaux sanguins se complique au coniraire de nouveau en formant un cœur, mais en affectant encore une autre disposition que chez les Vertébrés et les Articult^s , en se rapprochant toutefois plus de celui des premiers ; vu que le cœur, qui est le représentant de Tartériel , a de nouveau la forme d*une vésicule musculeuse constituant un Ventricule surmonté, comoie dans les Vertébrés, d*une oreillette également en forme de poche renflée. Cela est du moins ainsi chez les Gastéropodes, où le genre Patelle a même deux oreillettes, comme dans les Batraciens , une branchiale et une veineuse.

Dans les Céphalopodes, nous avons vu ce nouveau système de circulation se compliquer même plus encore, en ce que ces animaux ont trois cœurs, un artériel et deux veineux: un pour chaque côté du corps.

L'appareil respiratoire est surtout remarquable par les grands changements qu'il éprouve dans les diverses classes d'animaux; ce qui est d'ailleurs facile k comprendre, sa fonction, étant au fond complètement indépendante, consistant à fournir au sang l'oxygène dont il a besoin pour se débarrasser du carbone dont il est surchargé comme sang veineux ; substance qui le prive de sa propriété nutritive. Or on conçoit que cet effet peut avoir lieu sur tous les points du corps, sans qu'il soit besoin que cet appareil affecte pour cela une forme rigoureusement déterminée; il suffit que la membrane qui sépare le sang de l'oxygène soit très-mince pour que la combinaison puisse avoir lieu , et que la surface respiratoire soit en outre assez étendue. Enfin dans le principe , il est indifférent que l'oxygène soit pour cela contenu dans l'air ou dans l'eau. Or toutes ces conditions sont, ainsi qu'on l'a vu , non-seulement remplies partout de la manière la plus remarquable, et surtout la plus savante, mais il semble que le Créateur se soit attaché a fournir des exemples de toutes les possibilités. C'est ainsi que, chez les

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fères, l'organe respiratoire, ou le Poumon, forme une cavité celluleuse très compliquée , oii chaque petite vésicule communique h Textérieur par une bronche, qui s'ajoute h d'autres, lesquelles finissent par ne former qu'un seul canal commun ; que chez les Reptiles cet organe se simplifiant^n* suite de plus en plus par la réduction des cellules, finit, dans les Grenouines, par ne plus former qu*un sac simple; et disparait après pour être remplacé dans sa fonction par des Branchies^ organes destinés à la respiration de Teau; mais qui n' existent que chez certains Batraciens et les Poissons, et disparaissent ensuite à leur tour dans les espèces les plus inférieures de celte dernière classe d'animaux.

A cette limite des Animaux vertébrés, tout appareil respiratoire localisé disparait, et la fonction s*excrcc à toute la surface du corps chez les premiers ^nnélidcs, mais bientôt elle se localise de nouveau dans des Branchies de forme fort différentes, distribuées sur diverses parties, en formant toutefois des séries par paires successives sous la domination de la forme articulée du corps.

Cet appareil offre le même caractère chez les Mollusques , avec cette différence qu'approchant de nouveau du point où il doit disparaître, il est moins constant dans sa disposition que chez les Anuélides ; prenant des formes très-variés dans les Gastéropodes , et s'y transforme même en un nouvel organe respiratoire de Pair en forme de cavité, mais qui diffière notablenaent du poumou , dont il n'a aucunement les caractères, surtout pas celai de s'ouvrir au dehors par la bouche.

Cet appareil disparaît enfin k son tour, et avec lui la fonc^ tiûQ elle-même , dans les vers intestinaux de l'Embranchement des Zoophytes ; et reparaît plus loin chez les Éobinodermes Fistulides, mais sous la forme d'une autre espèce de branchies, qui, an lieu d'être baignée par l'eau à sa surface eitërieure , reçoit an contraire ce liquide dans sa cavité , en formant k cet efet un arbre ereuz.

Ce neiivel organe disfAMlt MnntAt également dans les

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Échinodermes Échinides et Stellérides , où sa fonction est remplie par toute la cavité viscérale ; c'est-à-dire qu'il disparaît par cela même qu*il envahit toute cette cavité, où aucun organe n'est plus en dehors de lui; fait qui a la plus grapde analogie avec ce qui existe chez les Oiseaux , où Tair inspiré se répand presque partout pour faire respirer le sang sur chaque point; offrant la condition contraire de ce qui existe chez les Insectes , où le sang est épanché ; tandis que c*est rélément respirable qui circule partout.

Enfin ce moyen de faire respirer le sang à toute la surface intérieure du corps est portée encore à sa plus grande extension chez les Polypes, où la respiration s*exerce partout sans doute dans la cavité digestive aussi bien qu'à la surface extérieure, vu qu'il n'y a plus de différence entre les deux : un Polype renversé continuant à vivre tout aussi bien après qu'avant.

Dans l'autre branche du Règne animal qui se rattache aux Ânnélides , celle comprenant les Myriapodes et les Insectes, animaux où le système circulatoire est réduit au seul ventricule aortique sans système nerveux , où le sang contenu dans la cavité générale du corps ne peut plus être amené dans un organe spécial de la respiration , le Créateur a compensé ce désavantage en faisant au contraire circuler l'air jusque dans les moindres organes au moyen du système trachéen, qui, portant Tair partout, fait respirer le sang dans chaque partie du corps; et c'est par cet admirable soin, par cette sage prévoyance que cet inconvénient a été si savamment évité.

Quoique le système nerveux soit le plus éminent de tous , donnant aux Animaux la faculté la plus essentielle , celle de la conscience de leur existence, qui les distingue des Plantes ; loin de dominer les autres, ainsi que cela parait devoir être, il est au contraire toujours subordonné. On a vu qu'affectant au fond la même forme dans tout l'Embranchement des Vertébrés , il y était constamment situé longitudinalement au-

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