‹ Théologie de la nature (volume 4)Chapitre 68 sur 136 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Singe^ Orang-Outanq ei Homme ^ en ofl'raut une iminent^e série de nuances imperceptibles. En eiTet, s'il faut même plus de cinq mille ans (temps historique) pour s'élever d'une espèce k l'autre, nous devrions voir partout autour de nous plus de cinq milles nuances différentes formant une seule série entre toutes les espèces primitives et leur pfogéniture; or comipe on ne les a jamais trouvées, il est certains que les Hommes, aussi bien que les divers Animaux , ont toujours resté ce qu'ils ont été, et le sont encore de nos jours, sans la moindre différence ; les Momies de Thèbes , dont Texistence remonte à quatre mille ans, ne différant en rjen des individus aujourd'hui vivants appartenant a leqj^^ i;aces.

Mais ce n'est pas seulement uq pombre immense de variétés entre les espèces animales qui seraient ainsi produites, et dont aucune n'aurait resté fixe; cette modiGcation aurait encore plus particulièrement porté sur les divers organes en particulier, dont on trouverait dans chaque indivjd|i une foule de rudiments en train de se perfectionner pour arriyer successivement dans d'autres générations à des degrés supérieurs; faits qu'on n'a également japiais observés nulle part.

Par exemple, Ç^amarck (1), très-savant botaniste et conchyliologiste , mais bien faible sur TAnatomie et la Physiologie, pensait que Dieu n'avait ppinj; directement créé les Animaux, m^is simplement des lois qui, en agissant sur la matière brpte , avaient produit ces derniers dans leur infinité d'espèces. Quoique Lamarck ne fût pas réelleipent ipatérjaliste, il pensait toutefois, avec ceux-ci, que les Ëtrps organisés n'ont d'abord existé que souç 4es formes extrêmement simples, où toute relijtion entre les organes étajt inutile ; relations qui ne se sont établies qqe plus tard par l'effet de 1^ • nicessiU; comme si la nécessité , qui n'est ici qu'un besoin sans moyen et sans force, pouvait produire la fnoindre

''0 Hitt, nat. d$s Ànim. tans vert. ; Tome 1. Introdoction.

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chose. Ce savant pensait aussi que ces animaux, primitivement fort simples , s'étaient transformés avec le temps en se perfectionnant de plus en plus, et avaient produit ainsi à la fin les nombreuses espèces très-élevées dans Téchelle des Êtres que nous connaissons aujourd'hui. Ce même Naturaliste cite à ce sujet, d'une part VŒe qui, selon lui, devient le Cygne à force d'allonger le cou pour voir de plus loin sur l'eau (i).

Ah ! si Lamarck avait eu la moindre notion d'Anatomie et de Physiologie comparatives , il n'eût point avancé une telle absurdité ; car quoique ces deux Oiseaux soient fort rapprochés , il eût su que , parmi un assez grand nombre de caractères qui les distinguent, il existe celui que YOie n'a que quatorze vertèbres au cou , tandis que le Cygne en a vingttrois; d'où résulte que, pour se transformer d'Oie en Cygne^ les milliers de variétés intermédiaires qui existeraient devraient nous offrir les neuf vertèbres en plus chez ce dernier oiseau à tous les degrés imaginables de développement, depuis leur premier rudiment jusqu'à leur entière perfection ; modifications dont on ne trouve nulle part la moindre trace. Ce savant conchyliologiste , mais bien faible logicien , s'était d'ailleurs fait une toute fausse idée du mot allonger^ qui signifie ici redresser ^ et non pas tirer en long pour rendre plus grand : car il aurait dû savoir qu'en redressant leur cou, les animaux pressent les vertèbres les unes sur les autres au lieu de les écarter, ce qui devrait produire plutôt leur disparition si cela était possible. C'est aussi par un raisonnement tout aussi vicieux que le même savant a cherché k expliquer comment les Pattes d'un Oiseau terrestre se sont palmées , par cela même que celui-ci est allé k l'eau , et sont ainsi devenues des Pattes de Canards; comme si les Oiseaux, tels que les Poules , allaient si souvent à l'eau qu'à la fin leurs pattes se palmeraient; et il ajoute que cet effet a lieu par cela

^1) Phil. %ool. Tome I , p. 249.

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qne ces animaux écartant alors leurs orteils pour nager; comme si cette même Poule cherchait à nager avec des pieds conformés comme les siens; et Lamarck n*a pas compris que c'est justement le contraire qui devrait arriver; c'est-kdire qu'a force d'écarter les orteils, la membrane qui les unit dans le Canard devrait se déchirer, et les pattes devenir celles de la Poule.

Je cite ces deux exemples indiqués par un homme, du reste, d'un très-grand mérite, pour faire voir comment des opinions erronées s*appuyant sur des faits mal observés , conduisent d'ordinaire aux plus grandes fautes de logique.

D'ailleurs , si un organe pouvait soit par Texercice , soit simplement avec le temps , devenir autre chose que ce qu'il est, et par conséquent changer ainsi de fonction , on ne voit pas du tout pourquoi d'autres, et même tout l'organisme, ne changerait pas en se modifiant au point de ne plus conserver cetle admirable harmonie dans leurs conditions d'existence que nous trouvons au contraire partout, vu qu'un seul changement devrait porter le trouble dans tous les systèmes d'organes , ainsi que nous le voyons dans les monstres.

Or , comme chaque organe est par sa forme et sa fonc* tion, en lui-même, indépendant, aucune modification de l'un ne saurait produire le moindre changement dans un autre, quel qu'il soit , si ce ne sont de fâcheuses perturbations ; on est bien obligé d'admettre ici , comme d'ailleurs partout,

que LES RAPPORTS SI PRÉCIS ET SI REMARQUABLES d'eXISTENGE , DE FORME , DE DISPOSITION ET DE FONCTION QU'ON TROUVE ENTRE TOUS, CHEZ LE MÊME ANIMAL, ONT NÉCESSAIREMENT iTÉ ÉTABLIS PAR LA SEULE VOLONTÉ SUPRÊME d'uN CrÉATEUR

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