‹ Théologie de la nature (volume 4)Chapitre 69 sur 136 · TOUT-PUISSANT · texte numérisé non relu

TOUT-PUISSANT

Enfin s'il était vrai , comme le pensait Lamargk , qui , d'ailleurs, était loin d'être Matérialiste, que Dieu n'a point créé directement chaque espèce animale , mais bien uniquement des lois qui, agissant sur la matière brute, les ont produites, cette opinion ne fait absolument que reculer

un peu la solutioa de la question , sans rien changer au principe de cette vérité, que l'Être suprême a créé chaque ESPÈCE EP( PARTICULIER. En effct, cn admettant que Dieu n*ait établi que des lois créatrices, celles-ci deveqant par là les causes déterminantes de tout ce qui existe, devaient renfermer nécessairement les conditions dans lesquelles chaque objet à produire devait se trouver ; d'où il résulte qqe, dans \^ création de ces jois , se trouvait déjà implicitement la création des Êtres eux-niêmes; en d'autres termes,

l'expression DE LA VO^-ONTÉ DIVINE QU'iLS DOIVENT ÉTRÇ PRODUITS ; CE QUI ÉQUIVAUT DE LA PART DE DiEU , DONT LA VOLONTÉ EST TOUTE-PUISSANTE, À LA CRÉATION DIRECTE DE

CES Êtres eux-mêmes; car personne n'a jamais pensé que Dieu les ait formés à fa manière dpn^ le statuaire pétrit ei modèle les statues a^'il crée.

Dans leur opinion sur la première origine des Êtres organisés, ces mêmes Philosophes spontanéi^tes p'ont d'ailleurs jamais cherché à expliquer conoiment i| était possible qu'il se formât ainsi ui) Ânjmal ou une Plante quelconque; question qu'ils semblant considérer comme tout à f^it secondaire et sans auci^ne importance, k lacjuelle il est inutile de s'arrêter; le caractère de très-simples, qu'ils assignent saq^ exaipen a ces animalcules, leur paraissant suffisant poi{(: être dispensés d'entrer ()ans aucun détail h ce smct. Majç cela ne constitue pas ipoins upe première et bien grandi^ hypothèse^ dont il serajt fort djfficile de démonjr^r la vérité- Quoi qu'il en soit, yne foj^ cette preipière base établie, on ne trouve rien de plus simple que d'admettre, cotnme seconde hypothèse, qjie ces Êtres si simples ont toutefois )a faculté de pouvoir se perfectionner eux-mêmes , pour acquérir successivement une fople d'organes, dopt cbacpn extraordinairement compliqué, repaplit cependapt le^ fonctions les plus étonnantes, où éclate la plus sublime sagesse, où se montre la connaissance la plus approfondie des sciences, pour coordonn^r tout l'ensemble decj^ ad-

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mirables organismes , afin de faire concourir tous les appareils si divers qui les constituent au but final auquel chaque Être tend. Or tout cela, on le voit, sans diQicul té aucune, en miniature il est vrai, c'est-k-dire en germe, dans ce premier animalcule d'une si extraordinaire simplicité , dont l'existence n*est due qu'à la rencontre fortuite de quelques substances minérales; vu que dans rorigjne il n*en existait pas d'autres ; et les mêmes animalcules se seraient ensuite développés en se perfectionnant, et cela toujours sans but; aucune Intelligence n'ayant pu en marquer un ; et cependant ils admettent implicitement que ce but existe , sans juger qu'il soit de quelque importapce de dire comment il est possible que cela soit ainsi. Ènfiq, toujours par la même série d'ftypothèseSj on admet, en outre, que chaque nouvel organe acquis se place précisément Ik où il dot^ fonctionner, et jamais ailleurs j bien que ce ne soit. que le hasard qui ait présidé k tout; hasard qui ne peut cependant jamais rien produire où il y ait une raison , le hasard n'étant que le concours de plusieurs causes indépendantes les t^nes des autres , mais qui produisent toutefois ensemble un effet (1). Or cet eflet ne peut être que la conséquence naturelle de ses causes ; et comme celles-ci sont indépendantes les unes des autres, le résultat produit, ne saurait être prévu dans chacune de ses causes; et cela d'autant paoins que ce dernier est souvent en dehors des propriétés des objets qui en ont été les causes. Ainsi une fonction organique quelconque, mênoe la plus simple qu'on puisse imaginer, dans laquelle il y a toujours un motifs ne saurait être le résultat du hasard, quoiqu'on proie avoir tout dit quand on a prononcé ce nom ou un (ie ses synonymes.

A cette même question sur l'origine priniitive des Êtres organisés, d'autres Matérialistes proprement dits, ceux qui veulent tout faire procéder de la matière , ne manquent pas de répondre par l'opinion spécieuse k laquelle il leur semble

(1) Voye« la not« n*. 35.

qu'il n'y a rien k répliquer, que tous ces objets sont, par leurs races , aussi anciens que la matière , et ne font que se reproduire par la génération , faculté de tous temps inhérente à leurs espèces , comme toute autre propriété est inhérente k la matière , et que ces objets se propageront ainsi jusqu'à la fin des siècles; système qui ne saurait supporter le moindre eiamen. En effet , les Êtres organisés n'ayant individuellement qu'une existence très-limitée, où nous voyons cbacun naître et mourir pour se décomposer en ses éléments» il est évident que ceux qui ont formé le premier point de départ de chaque série , ont également dû commencer, n'ayant pas dû exister de toute éternité avant leur mort, fin que Tidée d'éternité ne permet pas d'admettre. Nous voyons, en outre, tous ceux actuellement existants, se développer, et croître, en s'assimilant des substances étrangères dont leur corps est formé, effet que les premiers ont également dû produire; seconde preuve qu'ils n'existaient pas de toute éternité, vu qu'une partie seulement de leur Être l'eût été , tandis que Taulre eût été temporaire. Enfin d'où serait venu cet admirable plan d'organisation d'après lequel chaque espèce est formée , où la structure , la disposition et la fonction de chaque organe sont si savamment calculées? Mais un seul mot suffit pour renverser de fond en comble cette nouvelle hypothèse sophistique, en faisant remarquer que les faits géologiques parfaitement constatés (1) sur lesquels aucun savant n'élève le moindre doute, prouvent d'une manière irréfragable que, dans l'origine, notre planète a été dans un état complet de fusion ignée , avec une température infiniment audessus de celle de tout foyer de chaleur que l'art puisse produire; état primitif, dont les volcans, qui en senties dernières traces k la surface du globe, ne nous offrent qu'un faible terme de comparaison avec celui où s'est trouvé dans l'origine le globe terrestre. Or comment des Êtres organisés quel-

(1) Voyez la note n~ 16 et 18.

cfiAPiTiii X. 349

conques aoraient - ils pu exister alors pour propager leurs races? Cette seule objection sans réplique démontre, de la manière la plus évidente, que les Êtres organisés n'ont paru qu'à une époque déterminée sur notre globe , par l'effet d'une création, alors que Texistence de chaque race y a été possible. Enfin d'autres faits géologiques, dépendant d'autres causes , de celles de submersions totales ou partielles du monde , prouvent en outre que les Animaux aussi bien que les Plantes vivant aujourd'hui , sans exception aucune , n'ont point existé k diverses époques plus ou moins reculées de l'existence de notre terre; les diverses couches superposées da globe, formées successivement par Teffet de ces Cataclysmes que ce dernier a éprouvés, n'en renfermant aucun débris fossile ; et ceux de ces antiques restes qu'on y découvre, montrent même par leurs différences, que chacune de ces grandes révolutions de notre globe a été suivie de nouvelles Créations , où de nombreuses espèces ont paru pour la première fois et ont disparu de nouveau plus tard, pour être encore remplacées successivement par d'autres ; espèce le plus souvent analogues aux précédentes , mais jamais identiquement semblables; analogie qui constate l'existence de lois divines sods l'influence desquelles chacune de ces créations successives a eu lieu, et prouve

8N MÊME TEMPS QUE LES CAUSES PRODUCTRICES n'ONT PAS TOU- JOURS ÉTÉ LES MÊMES MAIS ONT VARIÉES PAR LA TOUTE-PUIS- SANTE VOLONTÉ DE l'ÉtERNEL-DiEU.

Ces faits géologiques prouvent même que les espèces aujourd'hui vivantes sont fort récentes sur notre terre, surtout le Genre humain, dont aucun débris fossile bien constaté n'a encore été découvert , et que Y Homme appartient en conséqoeuce à la dernière de ces créations , créations dont on croit pouvoir reconnaître jusqu'il six principales successives, arrivées h des époques fort éloignées, dont il serait impossible dVîvaluer le temps écoulé de Tune à l'autre, même en le comptant |)ar des millions d'années.

350 THiOLOail Dl LA RATUBl.

Les Statérialistes qui soutienneni que îous les aaimani ont pris primitivement leur origine par une génération spontanée, et se sont ensuite graduellement perfectionnés, pour devenir à la fin les espèces les plus remarquables par h complication de leurs organismes et les facultés éminentes dont ils jouissent , se sont pour cela principalement fondés sur ce fait qu'il n'existe aucun reste fossile humain , tandis qu'on trouve dans les terrains géologiques les plus anciens de notre globe de nombreux débris d'animaux des classes les plus inférieures du Règne animal , ce qui prouve, selon eux , que les espèces inférieures ont existé avant les snpérieures; d'où il résulterait qu'elles ont, avec le temps , produit ces dernières. Mais malheurement pour ce système, ces faits ne sont pas exacts.

Gela n'est vrai qu'en thèse générale, c'est-k-dire qu'on trouve d'ordinaire dans les anciennes couches de la terre plus d'espèces fossiles appartenant aux classes inférieures qu'aux classes supérieures (1); mais celles-ci n'y aianquent pas , et ce ne sont que les familles supérieures de l'Embranchement des Vertébrés qui manquent dans les terrains les plus anciens . Il est vrai aussi qu'on n'y a encore trouvé nulle part aucun reste appartenant aux espèces aujourd'hui vivantes, surtout aucun fossile humain ; mais, du reste, les quatre Embranchements du Règne animal sont représentés dans tous les terrains, même les plus anciens, à Texception des primitifs , dus à la fusion ignée de notre globe. C'est ainsi qu*on trouve déjà dans les terrains les plus anciens , à côté des Échinodermes et des Polypiers , les plus imparfaits des Zoophytes , aussi des espèces de toutes les classes de Mollusques, et entre autre des plus élevées, telles que des Céphalopodes. On y trouve, en outre, également divers Animaux articulés appartenant aux An- NÉL1DES, aux Crustacés, et jusquk des Insectes de di-

(1) Voyes AuaoE cI'Orbignt, Cours de Paléontologie, les Tableaux.

CHAPITRI X. 3Si

Vers ordrbs, et même des Coléoptères, les plus parfaits de tout rEmbranchement. Enfin, les Vertébrés y sont repr^séUtés, surtout par divers Poissons des espèces les plus élëvëes, comme les Squales ^ qui ajJptochent lé plus des tleptilës, et les Pleuronectes ^ dont les organes dii mouvement sont le |)tus compliqués; enfin des ÎIeptiles sauriens, animaux également lés plus parfaits dé leur classe. Quaht aux Oiseaux et aux Mammifères, on ne les trouve, il est Tirai , que datis les terrains de la seconde grande époque , et cela seulement pour un petit nombre d*espèces , qui se lUttltiplieilt ensuite progressivement dans les terrains plus récents encore; au poitil que dans ceux des dernières formations, on trouve toutes les Familles, a Texception toutefois de celles des Singes supérieurs et du genre humain^ qni paraissent n'appartenir, ainsi que je Tai déjà dit, qu'à la dernière création, celle qui existe aujourd'hui vivante, dont aucune espèce bien constatée n'a été rencontrée à l'état fossile. Enfin d'autres savants encore, et parmi eux Cuvier, tout en adinettaht le fôit de la création, oii bien celui de l'existence éternelle de chaque race d'animaux , pensent que tous les individus de chaque espèce qui ont existé et qui existeront dans H suite se sont trouvés emboîtés à la fois les uns dans les atiires suivant leurs générations et tous renfermés dans Tindividu primitif y soit de toute éternité, soit que cet individu ait été créé a une époque quelconque , et que tous les inditridus qui ont paru ou qui parai iroill sur la terre né soht dus qu'à leur déboîtement successif par l'effel du développement de tous ces innombrables germes ainsi renfermés dans un seal. L'énoncé de cette opinion a formé l'exorde et la conclusion, en 1817, du dernier cours que Cuvier a fait au Jàrditi des Plantes.

N'ayant jamais pu croire à une telle complication, qui, déjà au premier abord, surpassait ma conception j'ai toutefois voulu essayer de me former une idée , sinon exacte, du moins approximative d'une telle quantité , bien convaincu

352 THioLOa» DB LA îfATURE.

d'avance que j'arriverais li un chiffre iliHicile à concevoir. Pour éviter de trop grandes difficultés dans Fénoroie complication du calcul, du reste fort facile, et ne voulant arriver que simplement k une espèce d*à peu près, je suis parti d*une hypothèse bien au-dessous de la vérité, afin d*être sûr de ne rien exagérer. Je me me suis tigaré le premier pied de Pavot , plante annuelle seulement , qui ue produit en conséquence qu'une seule fois des graines , tandis qu*une foule d'autres , les vivaces , en produisent pendant de longues années, et par conséquent beaucoup plus , telle que la Gueule de Loup (Antirrhynum majus)^ qui produit tous les ans plus de 20,000 graines. Je m'en suis toutefois tenu au Pavot , qui donne bien 5,000 graines par an , mais je n'en ai admis que 1,000, afin d'être plus sûr. Or la première graine de cette plante, créée par rÉternel dans l'ogine des temps, a dû en produire pour la première année 1 ,000 autres , et chacune de celles-ci autant pour la seconde année, et ainsi successivement, il a dû en naître, ou du moins pu naître, 1,000 fois autant chaque année que l'année précédente; d'où il résulte que la série des années formant la progression simple 1,2,3,4,5 , le nombre des graines de Pavot se rapportant k chacune , constitue la progression également simple de Y Unité suivie d'autant de fois trois zéros que le millésime indique k partir de la création.

Pour tâcher de me rendre compte de cetle énorme quantité, j'ai calculé combien de graines de Pavot se rapporteraient k la seule année 6000 de la création , terme dont nous ne sommes plus guère éloignés, et j'ai, trouvé, en conséquence de la progression ci-dessus , que ce nombre serait égal k Yunité suivie de 18,000 zéros, sans avoir du reste égard au nombre de ces germes destinés k naître chacune des autres années, jusqu'k ce que tout le déboitement soit terminé, époque après laquelle il ne pourrait en conséquence plus exister de Pavot.

Il ne s'agissait plus que de trouver un moyen de me figu-

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rer matériellement la valeur de ce chiffre prodigieux , en le comparant k une quantité connue, ou du moins représentée par un objet que je puisse concevoir.

J'ai admis, pour plus de facilité, que le grain de Pavot avait la forme d*une sphère d'un millimètre de diamètre (d'autres semences sont encore bien plus petites), et j'ai cherché combien il en faudrait pour égaler la masse du globe terrestre , dont le diamètre est de 1 ,274 myriamètres ou 12,740,000,000 de millimètres. Or comme les volumes des sphères sont entre eux comme les cubes des dimensions simples, notre planète renfermerait une quantité de ces graines égale k la troisième puissance de ce dernier nombre, c'est-k-dire une quantité moindre que le chiffre 2 suivi de 30 zéros.

Quoique ce nombre soit énorme, il n'est toutefois pas comparable k celui des germes de Pavot renfermés dans le premier grain créé» et j'ai dû chercher un autre terme de comparaison. Je pensai que je pourrais le trouver dans la quantité de ces semences qui entrerait dans une sphère grande comme l'orbite de la Terre , dont le diamètre est de 30,565,692 myriamètres; mais encore ce nombre était bien peu de chose en comparaison de celui dont je voulais me faire une représentation, et je fus de suite k Textréme limite en calculant quel serait le nombre de grains de Pavot que renfermerait une sphère égale k l'orbite de la Planète Neptune , récemment découverte , et qu'on présume être la plus éloignée de tout notre système planétaire.

Le diamètre de son orbite étant de 1 ,100,364,912 myriamètres, nombre dont la troisième puissance, ou le volume delà sphère, est 1,332,346,085,472,496,146,074,199,528 myriamètres cubes ; chiffre auquel il faut ajouter vingt et un zéros pour le réduire en millimètres cubes, nombre de beaucoup inférieur k celui exprimé par le chiffre 2 suivi de 48 zéros. Or ce nombre, quelque énorme qu'il soit, n'est, encore aucunement comparable, comme on voit, k celui in-

lU 23

â54 TH^LOCtK DB LA RATU&K.

diqué plus haut pour h quantité de germes de pavot contenus dans une seule graine, et destiiiés k naître dans une seule année, suivant les savauts qui croient k Temboitement des germes dans le premier individu créé au commencement du Inonde; quantité où il s'agit pour une seule plante dé l'unité suivie de dix-huit mille zéros.

Si tel est le nombre des gertnes rëdfermés datih iin simple grain d'une plante annuelle, qu*on se flgure la quantité de ceux contenus dans le premier individii des végétaux vivaces dont chaque sujet produit d'innombrables semences pendant plusieurs années? Enfin qu'on se représente celui provenant de germes qui naissent autrement que par graines, tels que ceux venant de Stolons y de Drageons et dé Boutures, où il suffit souvent d'une simple parcelle de feuille pour reproduire la Plante entière avec iink série infinie de descendants. Oi* tout cela doit avoir été renfel'mé dans Torigine dans un seul germe primitif!!! Je laisse ensuite k febacun à peser lui-même la valeur d'une semblable hypothèse que des hommes, et surtout des savants de grande réputation , ont osé soutenir, sans chercher k se rendre compte de ce qu'une semblable opinion pouvait signifier; inais il leur a suffi d'avoir soutenu une thè^ë extraordinaire. Du reste, que peut gagner au fond la science k de pareils systèmes? Si TEsprit ne peut pas concevoir comment un Être jprend sa première origihe, il concevra encore bien moins comment l'individu primitif à été produit toù s'est formé lui-même; et si forcément t>û est dbligé d'en vèbir k croire k une créalion , tout s'explique pai" Ik de là înanière la plus simple, par le' pouvoir TOUT-pulfeSANi et L'diÉ-

MISCIENGE DIVI5E.

Mais si par cela même que les Plantes et les Aniiiiabx ^ont animés de la force vitale créée par l'Éternel, force qui tient sous sa dépendance toutes les propriétés inhérentes k la matière brute, il est incontestable que Dieu ayant eu la puissance de neutraliser p^ là l'action dé ces

CBAFITRI X. 355

mêmes propriétés pour rendre l'existence des Êtres vivants possible , afin d'arriver chez eux k des résultats différents de ceux que les propriétés de la matière brute produisent ordinairement, on est obligé d'admettre aussi qu'il doit être également le Créateur des lois qui régissent la matière brute»

AYANT EU LE POUVOIR DE LBS MODIFIER Et d'eN SUSPENDRE LES EFFETS.

Cette vérité est ensuite appuyée par cet autre fait, que Dieu ayant eu le pouvoir de créer les lois et les propriétés qui caractérisent les substances organiques^ il est naturel d'admettre qu'il a créé aussi celles iobérentes k la matière brute; et cela d'autant plus que les deux catégories offrent souvent les plus grandes analogies.

§ li. Coiternité de la Matière et de Dieu.

Certains Philosophes déistes pensent toutefois que la ma" Hère en elle-même est coéternelle avec la Divinité^ et quen conséquence elle nest pas créée par elle, tandis que d'autres , en beaucoup plus grand nombre, croient au contraire que ûieu est seul éternel et a tout créé, même la matière brute. Quoique cette question paraisse au premier abord entièrement insoluble, elle est cependant susceptible d'un examen , d'où ressort , sinon la preuve , du moins de très*fortes présomptions en faveur de l'opinion que Dieu a également créé la matière.

Il est vrai qu'il semble que la puissance intellectuelle absolue, que nous désignons sous la dénomination de Dieu, peut être éternelle avec pouvoir sur la Matière , également éternelle; mais si l'on examine quel a pu être letat de cette dernière avant que l'Intelligence suprême l'ait mise en œuvre dans la création de l'univers » on est conduit à une conclusion qui ne s'accorde pas avec la première de ces deux opinions. En effet, nous avons vu que, du moins pour les substances organiques, Dieu a créé leurs propriétés

35t> TBSOLOGtl Dl LA NATURI.

dans les matières composées ; d'où il est très-probable , s^ DOD certain, que soo pouvoir s'éieudait également à la matière brute, lui ayant commandé d'entrer en une infinité de combinaisons nouvelles pour former les diverses substances composées animales et végétales connues aujourd'hui. Or ces combinaisons n'ont pu avoir lieu qu'en conséquence des propriétés de leurs éléments constituants; d'où résulte que la création de ces substances composées n'a consisté qu'en celle des propriétés de leurs éléments, que L'Être Suprême leur a imposées en soumettant en même temps leur action k des lois désormais immuables sons sa toute-puissante volonté ; absolument comme il a créé les propriétés des substances organiques qu'il a soumises k l'agent de la vie, créé plus tard.

Pour élucider cette explication générale, je me permettrai d'en citer simplement un exemple. Dans tout le Règne de la matière brute, les trois substances élémentaires YOxygèncy YHydrogéne et le Carbone ne peuvent se combiner dans les proportions voulues pour former soit de VEuUe^ soit de YAkool; ce qui prouve que cette propriété n'existant point maintenant pour ces corps simples, elle n'a pas non plus existé avant la création des Êtres organisés qui seuls produisent ces deux substances composées. Or, comme celles-ci ne se forment que dans les conditions spédales que leur présentent les Végétaux et les Animaux, il est évident que les propriétés de l'Oxygène, de l'Hydrogène et du Carbone auxquelles elles sont dues leur ont été données par l'Être Suprême ; et s'il a eu le pouvoir d'imposer ces propriétés k ces éléments, il est naturel de croire aussi qu'il a créé toutes les autres dont ils jouissent : car pourquoi cela ne serait-il pas ?

C'est ainsi qu'encore aujourd'hui, lesifé^aiu;, autres matières élémentaires , sont les uns k l'égard des autres, pour la plupart, en quelque sorte, k l'état chaotique; si ce n'est qu'ils jouissent réciproquement de la forcée d'attraction, et

CHAmu X. 357

par suite de celle de cohésion, mais sans pouvoir jamais former aucune combinaison^ par laquelle leurs composants offriraient de nouvelles propriétés^ restant, dans toutes les conditions, les uns par rapport aux autres, dans la plus parfaite inertie. Si donc il plaisait au Tout-Puissant de les employer dans une nouvelle création pour en former des substances composées entrant dans la composition du corps de ces nouveaux Êtres, il serait obligé de gréer en conséquence ces propriétés d'affinité dans les métaux; ce qui prouverait ) comme pour TOxygène, l'Hydrogène et le Carbone, qu'il a le pouvoir de le faire; d'où il serait naturel de conclure qu'il a de même créé dans Torigine leur force d'attraction, la seule dont ils aient joui jusqu'k maintenant. Peutêtre ces créatures inconnues sur notre terre existent-^elles déj^ sur d'autres corps célestes.

La Matière ainsi dépourvue, dans Torigine^ de toute propriété, si ce n'est de celle de l'/mpén^^ra&tlîlé dont l'existence constitue un véritable axiome, était, en conséquence, dans l'état nommé le Chaos ; état où chaque Atome complètement inactif se trouvait à côté d'autres également inertes , condition où tous étaient semblables entre eux par l'absence de toute propriété caractéristique, si ce n'est celle attachée ^ la forme , qui pouvait différer d'une espèce d'Atome ï Tautre.

Or quel avantage les Naturalistes et les Philosophes pourraient-ils tirer de ce fait, d'ailleurs hypothétique, que la matière a toujours existé pour expliquer les causes et les effets dont elle est devenue l'objet depuis que la toute-puissance de l'Être Suprême l'a mise en activité? Et pourquoi compliquer ainsi inutilement cette importante question, en {admettant sans raison l'existence simultanée de deux causes éternelles^ lorsqu'une seule suffit pour tout expliquer^ ainsi que l'ont pensé la plupart des Philosophes de tous les temps ?

388 nioLMis ni la haturs.

ÇHAPITIiE XL

COlICLUaiOHS GiNÉRALK^ DfS PAÇUyES QUE DIEU EST ÇEUt LA CAU^

ÉTERIfELLE DE TOUT CE QUI EXISTE.

Les nombre^isea preuves Sf^^MelU^ que je viens de donner, non-seulemçnt dfi TE^IST^NCE PUN DIEU COMME INTELLIGENCE SUPRÊME CRÉATRICE m ^UNIVERS, inais encore de sa TOUT^ PUISSANCE , de son INFINIE SAGESSE, de sa TOUTE-SCIENCÇ; e\ deso^ INEFFABLE RQNTÉ, preuves qu*op pourrait piultiplier à l'infini, ne sauraienl laisser le moindre doute sur cet^e vérité fondamentale principe de toute chose.

Cette première base ains^ rigoureusfjnent établie, les conséquences naturelles qui en découlent avec non n^oins d*évidence, fournissent encore la preuve d*ai]\tres attribuas caractéristiques de son essence d'ÊTRE SyPRÊME. flp effet, comme Créateur dfi funmr^,^ Dieu fs\ p^essairement ÉTERNEL.

Par son Infinie Sages^se^ sa TonterSciencu} et s^ Bonté, il est évidemment MISÉRICORDIEUX et d'une IMMUABLE JUSTICE.

Or ces divers attributs quB foiç rçco^^^ copiiqe d'IRRÉ- FRAGABLES VÉRITÉS, IL l^E SAURAIT PLUS JÊTRÏ PERMIS D'ADMETTRE UNE QPÏNION QUELCONQUE A LAQUELLE CES MÊMES ATTRIBUTS I^P SERVIRAIENT PAS RIGOUREUSEMENT UÊ f^AS.^, §^as toq^ber dans les plus graves errcuri^ , en mauq^apt k la lqgiq^e la p\us vulgaire, quand mime cette (>ptmon se}ça\t appuyée de Vautorité en apparence la plus xespectable^ la vérité ne po.vvant jamais ÊTRE EN CONTRADICTION AVEC ELLE-MÊME.

C'est en conséquence sur cette ferme croyance k Tezis-

CBim^ XI. 359

tence d'un Diev çeul ^tehihel, créateur de l*uni\¥:rs, aiosi qa*à ses aUributs essentiels que je viens d'indiquer , que doit se fonder la FOI inébranla))le des hommes en cet Être Suprême 9 avec un amour sapjs bornes qu'ils portent pour lui (^aq^ l^ur c(B^r ; et de Ik le Culte que daqs leur dévoilement ils lui rendent, soit en silence dans leur esprit 9 soit dans les céxéiponies dont ils jqgent à propos d' accompagner le^ tiominages de respect qu'ils lui adressent dans leur adoratioA.

Cet^e croya;^c§ ^^^s r^xis.tence d'un I](ieti créateur de Tunivers , ^'aill^firs ()^^ ii)n^^ ^ iPus les tiçipames , çcipiime un ifi^ q\(\h ont reçvi de ça Providence , mais faibie dans les uns. et portée au contraire jusqu'à la foi la pfus fervente chez d'autres , peyt se rectiQer en^\^ite chez les premiers par les pfeuye^ 9\i*ils ^q trouvent ^a|us les objets de leurs méditâttiçiii^ , ep çt^furpl^ant à approfondir les mystères de la nature dajois les phénomènes qui se produisent sous leurs jeux ; et ^ou^ arriveront ainsi , comme nous, à ce même ré- S);Uat final, qu'une Inte^igçiice suprên^ç, éternelle par ellemême , est la seule cause première de tout ce qui ei^iste , si ce p*est quelques ^pp^içt^, qui, plu^ y^ins que philosop)ies , of^t cherché k ^ f^ire une réputation de profond^ penseurs, en sout^n^i^t ç[^ opinions clifférentes de celles de U gfapde ipaajjqrjté (IQS s^van^.

Beaucoqp c}e peçsopnes qui , pa^ la nature de leurs occupations ordii^aires , q-qfit pas ^u l'occasion de réfléchir suffis samq^ent sur les faitç d'une aussi haute iipportance pour la ^ciété humaine, ne croient que fa|i|)lfin)^nt à lex^stence de Piei^, par cela seul qu'çlle^ n'ç i]\ ont jainai^ çq aucun^counaisaaqce. di^'ecte psif. les. sen^ , TnniquQ pr^MY^ ^ laquelle elles joutent foj; etl2| pepsée ne leur arriva jan^ais, que Tabsencç plus ou moins accicicintelle; de |a preuve qu'un fait existe ne dém.Qu^re p^s la ré^|)e imppssibilité du fait lui-même. Ces persoifnes pe ^ repr§feqtçn( pas que, par cela seul qu'un ^^eugle ne voit pas ou qpe le sourd n'ep^nd pas, il n'est

360 TmOLO«II M LA NàTURI.

|)oint certain qu'il n*y ait ni lumière ni son ; et rieu au monde ne saurait faire comprendre k ces infortunés de quelle nature sont ces deux objets , dont les autres hommes ont une si parfaite connaissance. Or, de même, si nous n'avons point reçu de faculté sensitive qui puisse nous permettre de connaître directement la Divinité , nous ne devons pas en conclure qu'elle n'est pas ; mais , une fois la simple idée qu'elle pourrait exister nous étant donnée, nous devons chercher à connaître la vérité , par des moyens indirects , que nous fournissent en effet, en si grand nombre les observations des phénomènes de la nature , ainsi que j'ai essayé de le faire ici : moyen par lequel on arrive k ce sujet k une certitude aussi parfaite que celle que les sens que nous possédons pourraient donner ; quoiqu'on ne puisse jamais en connaître Tessence , qui restera éternellement inconnue aux hommes , auxquels il suffit d'ailleurs de connaître l'existence de Dieu et de ses attributs , pour faire servir ces vérités de base aux théories scientifiques, ainsi qu'aux doctrines morales qu'ils ont k établir sur ces principes fondamentaux de toute chose.

Je viens de dire que certaines personnes, peu habituées k réfléchir sur les choses qui ne sont pas rigoureusement matérielles, ne croient pas k l'existence de Dieu, par cela seulement qu'elles n'y ont jamais pensé, et non par une véritable conviction fondée sur des preuves qu'il n'existait pas. D'autres nient Texistence du Créateur plus par Tamourpropre de faire valoir une théorie qui n'est pas celle du grand nombre des hommes , et ne craignent pas pour cela d'entasser sophisme sur sophisme pour tâcher d'arriver k une conclusion dans le sens de l'opinion qu'elles ont avancée. Enfin il y en a malheureusement qui, dans l'intérêt de leur propre repos moral, cherchent k démontrer aux autres , dans l'espoir de se convaincre elles-mêmes, qu'il n'existe ni Dieu ni avenir après la mort, pour tâcher de se mettre k l'abri des remords de leur conscience.

GHAPITRB XI. 361

Mais toutes ces personnes sont-elles sincèrement convaincues? je ne le pense pas; et les troubles de l'agonie le prouvent chez la plupart : moment terrible où la véritable conviction s'éveillant en elles les fait revenir à d'autres opinions ; sentiment instinctif que l'Être Suprême a , dans son ineffable bonté , mis dans le cœur de tous les hommes comme une lumière éternelle qui les éclaire dans les sentiers les plus obscurs qu'ils parcourent dans leur pèlerinage sur cette terre.

La croyance que j'exprime ici n'est pas seulement applicable aux hommes appartenant aux nations civilisées, qui ont pu avoir au moins entendu parler de TËtre Suprême et de son immuable justice ; cette foi innée se retrouve également chez tous les peuples, même les plus rapprochés de l'état primitif de l'espèce humaine, peuples que l'absence de toute civilisation réduit pour ainsi dire à la vie purement matérielle de la brute des forêts. Ces hommes, k qui leur intelligence tout inculte ne permet pas de s'élever à la moindre abstraction, et moins encore k la conception d'un Être métaphysique, sentent toutefois par instinct , qu'ils sont sous Tinflaence d'une puissance surnaturelle , toute-puissante , dont ils espèrent le bien et redoutent le mal , et lui rendent en conséquence un véritable culte, en l'invoquant dans le besoin ; d'où résulte une véritable Théologie, fût-elle réduite au simple Fétichisme, on seulement k la croyance dans le pouvoir qu'ils attribuent k leurs AmvleUes, comme agents de cette divinité invisible k ^existence de laquelle ils croient sans l'avoir jamais vue. D*autres peuples, déjk plus élevés dans la civilisatioD par l'effet de leur perfectibilité, croyant trouver cet Être Supérieur dans le globe majestueux du Soleil, dont l'éclatante lumière ne permet pas k l'œil de l'homme de le fixer, rendent de Ik naturellement, tant par admiration que par reconnaissance , un véritable culte k cet astre, source intarissable de tout bien , astre sous l'heureuse influence duquel la Nature entière s'anime et fait naître, croître et mûrir tous

3Ct THiOLOOff Wf, LA HATUHV.

les fruits de la terre, dont ces peu{Aes aot bes<Mn pour Tentretieq de leur existence.

Pjoqs n'avons considéré jusqu'à présent les propriétés de$ corps bruts ainsi que les facultés attachées aux organes des $tres vivants que simplement comme des faits dont j*ai cherché k tirer des conséquences pour prouver fexistence de Dieu et son pouYQÎr illimitée soit que la matière ait été créée par lui, soit qu'on la considère comme également éternelle, ainsi que le pensent quelques savants; et qu'elle n'ait été que mise en œuvre par le Crés^tçur, lorsqu'il a formé Immonde; mais je crois avoir sni&sapim^Qt prouvé que si même TÉlre Suprén^e n*a pas créé ^ paati^e elle-même, il a du n^oins créé ses noiphipeuses propriétés actives en mettant par là fin au cbaos, $i tofitefoi^ c^| ^tat dfi C9nf^si9n a jaips^is existé, ainsi que je l'ai déjà fs^it voir au çomm^uc^iuent de cet ouvrage ; l'inertie de Is^ ipatj^e ayant cessé au moment où l'Être Snpréme a fait paiitre les pr9.priétés par la création de r^r^iiéa, puissance inhérçn^ à toutes matières brutes» et par laquelle celles-q agissent les uoes s\ir les autres. ^^\k^ avpns vu aussi qu'ep créant plus tard les Êtres organisa, Dieu a suspev^H (^b^z eux , d^n^ certaines circonstances, le§ effets ^e plusieurs de ces propriétés purement physiques de la matière, pour rendre l'ei^istence de ce^ $tres permaneute pendant 1^ tepçipsi (imité nommé U durée de ^ur vie ; ce qui prouve qu^ XMçi^^ e^t soumise à U puisance divine, et par conséquent non éternelle, m^i^ créée par l'Être Supréqie.

4'ai (ait également voir. qu*outre cet agent universel, il existait encore dans Içs Êtres organisés un second a^ent, leur A^nêj ^ l'action duquel ils doivent tous le^ ph/ii%oméne$ v\taiux qui s'y produisent, noais non pas les inteUeçWfiU, qui, exclusivement propres aux Animaux, sont les effets d'uq troisième agent ou V^sprii qu'on a généralement confç^ndu à tort avec Y^me , qui existe simultanément avec ce dernier dans ceux-ci, mai$ non dans les végétaux, qni soq|

i^i|it3 à ne posséder que Y Ame et r4f cJ^^ ; tandis qae les Animaux possèdent à la fois YArchée. uae Ame et un Esprit.

Ces trois espèces d'agents ont cette analpgie avec la maT tière, qu'ils sont créés comme elles, et lui sont attacbé^ soi| indéfiniment, soit temporairement, pour persister ensuite à jantais, ainsi que pela est probable. Ces agents, modifiant c^tte matière par leur présence , cQp^tituent ayf^ elle las \m^ Règnes de la Nature.

Pes trois agents paraissent ensuite avoir aussi cett^ aqsir logie avec la divinité, qu'ils sont in^watériels; rien du wpins ne laissant soupçonner qu'ils ont un corps; analogie qui existe surtout pour TEsprit par son atiribut d*inte||igence.

Nous verrons un peu plus loin , que ^éjk les Philosophes de l'antiquité ont admis en quelque sorte qu'il existait en dehors de la matière et de la {Hivinité un tfpisièmç agent qu'ils appelèrent Y Ame du mondet, en le considérant çom^e né de ralliance de l'un et de l'autre; et dont ^actipn produirait tous les phénomènes de la Stature. Qr cet s^gent répond ainsi parfaitement \k ce que j'ai Qpmmé l' Arcbée , dans c^ sens , qu'il préside à toutes les propriétés manifestées par la matière brute « ms\is nop aux phénomène^ de la vie et de l'intelligence.

(^es Philosophe^ dP l'antiquité , en adme^ant que la matière existait de tpqte éternité, ('ont toutefois considérée CQuime ayant été d'abord à l'état de Q.w>s; ç'est-à-dirç aTétat de dispersion cppfuse, sans ffirm^r ep cç^pséquence aucune masse compacte , et sans pjfopri^té$ : qui qe lui sont avivées, suivant Timée de (^ocfe, qqe par l'e^e^ ^e la puis- «once dîvtti€ , qui s'eçt, k une certaine époque, celle d^ \^ création, mêlée i^ ^He pqur former Innivers

On vpit de là que l^s anciens Philosophas ont bien conipris qu'il y avait dans l^ matière brute , telle que nous 1^ connaissons aujpurd'hui, quelque çl^ps^ d étranger à la matière du Chaos, et qui la fait agir; principe qu'ils crûrent devoir considérer commue une ém^Q^tion divipq.

364 TBioLo^n de la ratuhi.

Le peu de connaissaDces scientifiques que ponraient posséder les hommes les plus savants de cette époque si recalée, ne leur permettant pas de se faire une idée précise d*uae foule de faits mieux connus de nos jours , ils ne purent parvenir, par leur génie et de profondes méditations sur les phénomènes de la nature qui se passaient sous leurs yeux , qu*à des hypothèses qui leur firent toutefois en quelque sorte deviner les principes des choses , hypothèses dans lesquelles nous découvrons en effet , au milieu de diverses erreurs , le germe des théories aujourd'hui prouvées par Tobservation.

Si Ton prend cette idée de Tîmée » comme on dit , au pied de la lettre , il devient évident que cette Ame du monde , si Ton veut qu*elle soit la même chose que Tâme des animaux, est un Être purement hypothétique, dont Texistence comme spécialité est absurde; mais si, au contraire, on ne voit dans cette expression qu'une simple image de comparaison, ridée prend une tout autre forme ; c'est-k-dire que si l'on appelle proprement Matière^ la matière privée de ses propriétés (et c'était k peu près l!i l'acception que Timéb donnait k ce mot), et dans laquelle Dieu porte l'activité par sa puissance, en l'animant par l'Archée, agent des propriétés qu'il a créées , il est assez naturel que ce Philosophe ne vit dans cet agent qu'un Être auquel sont dues les propriétés physiques de la matière , et qui anime celle-ci comme T&me humaine anime le corps de l'homme.

Nous avons vu déjà au commencement de cet ouvrage qu'en créant les Végétaux Dieu a élevé la matière à un second degré d'activité, celui où, tout en jouissant des propriétés purement physiques qui lui sont inhérentes , et dues àTArchée, elle remplit encore diverses fonctions qui lui ont été assignées par la volonté de l'Être Suprême sous les différentes formes qu'il lui a données dans chaque organe en particulier; nouvelles propriétés dues à l'influence d'un second agent ou l'Ame , surajouté k T Archée , avec la puis-

CBAnnx XI. 365

sâttce de dominer celle-ci Ik où cela est nécessaire, et de régler les facultés des organes d*après des principes constants, dont la théorie constitue la science de la Physiologie; et que c'est l'action de cet agent sur les organes qui constitae la TÎe.

VAme y ce second principe qui anime la matière dans les Êtres organisés, ne tombant pas directement sous les sens, pas plus que l'Archée et la Divinité même, les Physiologistes et les Métaphysiciens se sont en vain efforcés de chercher à connaître son essence dans le désir de pouvoir s'en former one idée , et n'ont jamais pu arriver qu'à de simples comparaisons hypothétiques, où ils ont exprimé au fond toujours la même idée, celle de son extrême subtilité; où l'on voit qo'en principe ils la regardaient réellement comme immatérielle, tout en reconnaissant, par ses effets, son existence dans chaque individu en particulier qu'elle anime ; existence qui ne saurait laisser le moindre doute sérieux dans l'esprit de tout homme qui réfléchit J'ai déjh dit ailleurs que les LatiDs la désignèrent sous le nom d'ilmma, du grec Ànétnos^ vent , souffle , terme dont nous avons fait Ame. Les Anciens la comparèrent aussi à la lumière, au feu , et les modernes au fluide électrique : comparaisons qui ne nous donnent , du reste, aucune idée, ni de sa véritable essence, ni de la nature de son action sur les organes qu'elle anime ; l'une et l'autre devant rester à jamais un mystère pour les hommes , tout aussi bien que la connaissance des autres Êtres métaphysiques.

Tout ce que nous pouvons savoir par observation est, <iu*aa moins pour les Végétaux cette Ame , ou leur Force vitale, réside dans chacune de leurs parties; et il ressort de diverses expériences dont il a été parlé plus haut, que, pour certaines espèces de plantes , elle réside même dans chaque parcelle de plusieurs organes, qui oot la faculté nonseulemeot de pouvoir exister séparément des autres , mais qui ont en outre la propriété de régénérer toutes les parties

36B TntoLMti Dft La Naturi.

qtii leur manqiietat pour reproduirie HnëiTidu entiet*.

Cette opinion de la dis^ersioil de l*Âme deâ Yégétdux dans toutes les partiel de leulr corps ressort eb outre de ce fait, qu'aubut) végétal n*bfn*e quelque organe que ce soit qui paraisse pouvoir être le centre d'activité de cet agent d'e la^ilé.

Nous avons vd aussi , en parlant des Êtt*es organisés en général, que lés AïfiMÀt^x différaient essentiellement des Plantes , eh ce qu'ils possédaient de pluà qu'elles la Taculte de pouvoir distinguer leur corps de be qui n'en fait pas partie , eb d'autres tëtmbs , d'avbir la conscience de leur existence bu dé leur Mbi , faculté qUi réside spécialement dans le système nerveux , répandu dans toutes les parties de leur organisme. J*ai fait vbir aussi que cette faculté essentiellement intellectuelle Hé pourrait pas être attribuée à un analogue de TAme des végétaux , qui ne régit que les fonctions d'assimilation , et que les Animaux po^èdent du ireste égaletaient ; d*où il devient évident que ces derniers ont en eux, outre une Àrchie et une Atnè eoolme les Plantes, eticore un troisième agent, présidant attx fonctions sensitives et intellectuelles , agent qu'on à -, tout en le reconnaissant du moins dans YUotnme, génëft*alement {confondu avec TAme , mais qu'on a aussi souvent désiguK sous le nom d'EspRiT ; en appliquant toutefois cette dénomination exclusivement ^ l'Être vivifiant de VEspèce Aumaine, mais non k t^éldi dés Bêtes; et moins encore à Tagent qui anime les végétaux , auquel les Physiologistes n'ont pak même cru devoir donner un nom.

J'ai fait remarquer également que si l'on examine toutefois cette importante question avec quelque soin , et partout sans idée préconçue, qui puisse influer sur le véritable sens qu'on doit attacher k ces diverses dénominations, pour tâcher Ûe les bien définir , en ne laissant k chacune que la valeur qu'elle doit exclusivement avoir , soin qu'on n'a généralement pas eu ; on arrivait facilement k fixer nettement les idées, et de là ^ des conséquences rigoureusement formulées.

CBAPITRS XJ. 367

Pour aitÎTer à ce btit, j'ai cru devoir, h l'instar dès anciens Philosophes , désigner sous le nom d'ÀRCHÉE fagent actif qui régit la matière brbte ; mais en limitant le terme rigoureusement à cette valeur. Ainsi nettement borné k Tagent dont dépendent les propriétés purement physiques , inhérentes k la matière , on retrouve cette Archée également dans tous les Êtres organisés dont les éléments constituants sont eeuxde cette même matière.

J'ai appliqué ensuite, aussi exclusivement, le nom d'Ame à Tagent non intellectuel qui anime les Êtres organisés, et qui préside k leurs fonctions de nutfitibn, puissance qui a la faculté de modifier, Ik où il le faut, la propriété due à TArchée, et qui ne peut , en conséquence , être la même que cette dernière ; et cela d'autant moins, qu'elle n*est pas comme elle attachée à la matière même, ne s'y trouvant en quelque sorte ^'accidentellement, pendant un temps limité^ tant que dure la vie. Or cette seconde puissance, à la fois propre aux végétaux et aux animaux, ne pouvait pas être mieux désignée que sous le nom d'Ame « sous lequel elle est généralement connue , comme animant ces Êtres ; quoiqu'on ne Tait généralement appliquée à tort qu'exclusivement à l'Être vivifiant deThomme; quoique les animaux qui en tirent même leur nom , la possèdent au même titre ; et n'est au fond que la Force vitale des végétaux , Êtres également animés.

Dans cette nouvelle acception , plus restreinte qu'elle ne l'a été jusqu'à présent « cette dénomination ne doit plus être étendue k Tagent intellectuel, exclusivement propre aux animaux, et partant pas k celui de V Homme, qui a d'ailleurs, comme on l'a vu, reçu aussi le nom d'EsPBiT; terme qui ^porte essentiellement avec lui l'idée d'Être intelligent , 6t par son étymologie , celle d'un objet de l'essence la plus sabtile, plus relevée que celle de l'àme; dénomination qui kson tour ne saurait s'appliquer à l'agent vivifiant des végétaux.

Ces trois termes, créés par les anciens Philosophes , nous

3d8 THIOLOMB DE LA HATURE.

montrent, par feur étymologîe, que les profonds penseurs ont conçu la véritable valeur du sens qu*on doit attacher à ces expressions , et en conséquence la différence qu'ils ont reconnue entre ces trois agents , qui régissent la matière ; la première n'indiquant que la Puissance qui agit dans un objet; la seconde, un agent essentiellement moteur ; et la troisième, le principe le plus subtil d'une chose , et dans notre langue, plus particalièrement , Tessence intellectuelle ; d'où l'on n'a jamais pu l'appliquer , comme je viens de le dire , à l'Être vivifiant des plantes , mais bien k la Divinité, qui n'est qu'Esprit et Intelligence pure. Enfin, l'acception généralement adoptée du mot Ame prouve qu'on a aussi compris qu'on ne pouvait pas désigner l'essence de cette même Divinité sous cette dénomination , qui indique un Être inférieur k l'Esprit.

Si d'ailleurs nous employons le même terme pour nommer Y Esprit divin et Y Esprit des hommes , ce n'est point qu'on doive précisément en inférer qu'il y a identité , ou seulement analogie entre eux , mais uniquement parce que par ce terme nous voulons exprimer ce que nous concevons de plus subtil , de plus élevé et de plus parfait; c'est-a-dire r Intelligence.

Mais quoiqu'on n'ait appliqué le nom d'Esprit qu'k l'Être intellectuel qui anime l'espèce humaine, et cela par un pur sentiment d'amour- propre, qui a fait croire aux hommes qu'ils étaient exclusivement d'une essence supérieure k celle des Animaux , il est de toute évidence que l'agent qui rend ces derniers sensibles , et préside aux actes de leur volonté, est rigoureusement de la même nature que celui qui donne l'intelligence aux hommes , et doit en conséquence recevoir le même nom. Quoique cette opinion puisse choquer les préventions de beaucoup de personnes qui croient , dans leur amour- propre , que l'espèce humaine est, par son essence, supérieure k tout autre Être vivant, elle n'en est pas moins vraie , et parfaitement prouvée par tous les faits que l'obser-

cHAnm xt. 369

Yatiou et le raisonnement nous fournissent. En effet , il n'existe pas de différence essentielle entre aucune faculté vitale de rhomme et des animaux, mais simplement des différences de degrés ; ce qui ne saurait autoriser k conclure que Vesprit des premières n'est pas de même nature que celui des secondes ; et s'il existe même des degrés d'intelligence trèsélevés , comme le sont ceux de la Raison , auxquels Thomme seul peut arriver, cela ne prouve aucunement qu'il existe un agent de plus dans l'espèce humaine, mais indique seulement une différence dans les organes par lesquels TEsprit se manifeste ; et cela est si vrai que nous trouvons dans la série des individus, toutes les nuances imaginables, depuis les degrés les plus bas, jusqu'à la raison illimitée des hommes les plus intelligents : différence exclusivement fondée sur la nature des organes cérébraux.

En effet, nous n'avons pour preuve de l'existence do l'Esprit qui régit l'Homme et les Animaux que celles que fournissent les phénomènes qu'il produit par son action sur les organes; d'où il est évident que si ces derniers sont plus ou moins parfaits , ces phénomènes peuvent varier k l'infini ; et c'est ce dont nous avons les preuves les plus formelles par l'observation de tous les jours chez les hommes , dont rintelligence diffère d'un individu à l'autre, depuis le crétin, incapable d'aucun acte d'intelligence, jusqu'au Philosophe le plus profond penseur, dont l'intelligence peut s'élever jnsqu'k la raison illimitée; et personne ne voudra cepen* dant admettre qu'il existe une différence dans l'essence de l'Esprit qui les anime. On dira avec raison que cette différence ^ent de ce que le crétin se trouve dans une condition accidentelle maladive, où son cerveau, centre d'activité de son Esprit, ne fonctionne pas d'une manière normale. Mais c'est prédcément là l'opinion que j'avance, en disant que les manifestations de l'Esprit dépendent de l'état des organes qu'il fait ^ir, et que toute la différence qui existe sous ce rapport, de l'Homme aux Bêtes, est que chez celles-ci l'état normal du

370 THBOLO^ll M LA MATURI.

cerveau est ie même que la condiUon acoklentelle dans laquelle se trouvent les persoanes peu intelligeolea , saos même descendre tout à fait jusqu'au crétin.

En effet, si l'on examine le degré d*intelligeBce dont les divers animaux sont capables, on arrive élément par une série innombrable de spécialités à toutes les modificatioDS imaginables , depuis les degrés les plus bas , où les espèces semblent f sous ce rapport, différer fort peu des végétaux, jusqu'k ceux où se trouvent les animaux les plus favorisés, qui produisent des actes où il est impossible de ne pas reconnaître de véritables abstractions, sans qu'ils puissent toutefois jamais atteindre, ^ beaucoup près , les degrés d'une raison transcendante auxquels l'Homme seul s'élève. On concevra d'ailleurs que si , ainsi que cela me parait trèsprobable , il n'existe aucune différence dans l'essenos des Esprits qui animent les Animaux sans distinction de classes on d'espèces, les attributs de leur Esprit ne peuvent toutefois être connus qu'indirectement par l'observation des effets qu'il produit dans chaque espèce; ces effets dépendant, ainsi que je viens de le dire, de la nature des organes qui les produisent; d'où l'on doit nécessairement attribuer ces différences à ces derniers : vu qu'on en a des preuves , et non k la nature même de TEsprit , qui nous est complètement inconnue. C'est absolument, ainsi que je l'ai déjk dit au commence-* ment de cet ouvrage, comme si l'on chargeait un très-babile pianiste de jouer sur divers instruments de qualités différentes, surtout plus ou moins incomplets et diversemenl discords. Ne pouvant jiiger du mérite de cet artiste que par les effets qu'il produit , on serait disposé à croire qu'il y en a plusieurs de .talents fort différents, dont les uns, infiniment inférieurs aux autres, ne peuvent rien produire qui ait de la suite , et ne peuvent même faire entendre que toujours le même son, si l'instrument n'est qu'un monocorde; et cependant ce sera partout le même artiste d'un talent supérieur qui paraîtra fort différent selon Tinstrumenldontil joue.

CBAPITKI 11. 37i

Je dois répondre ici d'avance k une question qu'on peut faire à l'égard de ce que je viens de dire , sur les moyens de manifestation que l'Esprit peut avoir dans les diverses espèces animales ; celle de savoir s'il ne serait pas possible que l'Ame et l'Esprit ne fussent que la même chose , et que l'absence des facultés intellectuelles chez les Plantes ne soit simplement due qu'au manque d'organes par lesquels ces facultés se manifestent.

Cette question pourrait être résolue affirmativement s'il ne s'agissait que de TAme des Végétaux , qui ne préside qu'aux fonctions de nutrition; mais comme ces mêmes fonctions existent également chez tous les animaux , et par conséquent aussi chez l'homeate, il s'ensuit qu'il ne peut être admis que les agents désignés sous les deux noms soient un seul et même Être , vu que par cela que l'Esprit est capable d'éprouver des impressions sensitives , il aurait connaissance de tous les actes automatiques qui se passent dans le corps de l'animal , cet esprit présidant également à ses actes sous le nom d'Ame, ce qui n'a pas lieu; d où il faut nécessairement conclure que ce sont deux Êtres différents et que l'Esprit seul est sensible. Si , dans certains cas de surexcitation, les organes automatiques, tels que les intestins, soumis à TinOuence de l'Ame seule, deviennent sensibles et même fort douloureux, cet effet est dà aux communications existant entre les deux systèmes nerveux , dont 1 un, ou le grand sympathique, est sous l'influence de l'Ame, et l'autre, ou le système cérébro-spinal, sous celle de l'Esprit; communications assez faibles pour ne fournir h l'Esprit que des incitations si légères, que dans l'état ordinaire elles lui sont inappréciables.

Je dois faire remarquer, en outre, qu il existe une différence remarquable, graduée, entre cas trois agents qui agis- Mntsur la matière; différence dépendant de leurs facultés.

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