CHAPITRE Xlil
SOUS le Dom d'Oromaze ; et comme cette émanation bienlai-' santé, se répandant partout dans TUnivers, devait naturellement s'affaiblir en s'éloignant de sa source, pour se perdre enfin complètement à une certaine limite, ils pensèrent qu'au de là devait seul régner Arimane ou les Ténèbres, Être malfaisant en opposition avecla Lumière, etdontia puissance allant à la rencontre de celle de cette dernière, devait aussi se perdre entièrement en approchant du foyer d*où celle-ci émane. Or la nature malfaisante des ténèbres est prouvée par le dépérissement de tout Être forcé de vivre sous son influence. Ces deux agents antagonistes, une fois reconnus comme dérivant du Dieu éternel, et de là Dieux eux-mêmes, on arriva facilement à leur supposer de Finimitié , et entre eux des combats et des victoires , d'où venait tout le bien et tout le mal qu'on voyait dans le monde ; système, comme on voit, semblable dans ses principes à celui des Chaldéens, mais où les conséquences sont autrement déduites; et semblables aassi , ainsi que nous le verrons, à celui des Égyptiens, sur lequel les poètes établirent , par des fictions , les mythes si compliqués de la Fable.
D'après ce que dit Plutarqub, Oromaze aurait ensuite engendré à son tour six autres divinités bienfaisantes : la rért(é, la Sagesse^ la Bienveillance ^ le Bon Ordre ^ la ittchesse et la Joie verlxéeuse; et Arimane également six divinités opposées. Or ces soi-disant divinités ne sont, comme on voit, que de simples attributs personnifiés du Dieu éternel, créateur.
Suivant le même auteur. Oromaze en produisit encore vingt-quatre autres, qu'il enferma dans un œuf, et Arimane également autant, toujours opposées, qui pénétrèrent dans l'œuf et r altérèrent: allégorie qui revient à ceci, que, Tœnf élanl ici, comme il a été partout dans l'antiquité, le symbole du monde, tant par sa forme que parce qu'il porte en lui nn germede fécondité, les Perses admirent dans leur fiction que le génie du bien mil daiis ce momie tontes les bonnes qualii<\s
3M TH^LOAtl ht LA ftATURI.
qiii devaient s'y développer , mais que le vice y pénétra aussi , et altéra partout le bien qui devait s'y produire.
Enfin, les Perses admettaient qu'il arriverait un temps où le mauvais génie serait détruit dans un combat que lui livrerait le bon , et que celui-ci régnant après seul , pendant trois mille ans , sur les hommes , tous seraient parfaitement heureux : Mythe que nous retrouvons chez les ChréUens , dans la destruction de V Antéchrist, et le règne de mille ans de Jésus-Christ.
Cette théogonie des Perses , fort simple et naturelle pour un peuple encore peu exercé dans les sciences , montre toutefois le génie de ceux qui Tont imaginée ; mais il est très* probable que ce système, où tout est personnifié, où l'on rendait au feu, k la lumière , aux astres, et jusqu'aux ténèbres mêmes, un véritable culte public, n'était cependant pas compris ainsi par les Mages et autres personnes d'une éducation supérieure ; mais qu'ils ne reconnaissaient sous le nom de Mithras que TÉtre Suprême, créateur tout-puissant de l'Univers , ou le Vrai Dieu , le même qu'adoraient dans le principe les Chaldéens , et surtout les Israélites , qui ne différaient au fond des autres peuples , sous le rapport de leurs croyances religieuses , qu'en ce qu'ils ne se faisaient pas d'images matérielles représentant leur Dieu suprême, qu'ils nommaient léhova : encore trouvons-nous dans l'Exode (1) que Dieu ordonna k Moïses que le propitiatoire du tabernacle fût soutenu par deux chérubins sculptés ; tandis que dans le Décalogue, il défend formellement aux Israélites, par la voix de Moïses, de faire aucune image taillée , représentant des choses de Ik-haut, du ciel, ou autres, pour leur rendre hommage.
§111. Théogonie des Égyptiens.
Les anciens Égyptiens ont admis , comme les Chaldéens
(l) Chap. XXXVIÏ , vers. 7-9.
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H tes Partes qtte , daiià l'origine, tout était ténèbres; c'est* k-dire k l'état de Matién confun, qu'ils désignaient sous le nofn d'ATtiTR; mot qui signifie , en langue copte , les Téné» bm, ou la Nuiîy confusion que d'autres nommèrent le Chaos^ ÉrH>o ou Espace informe ; mais les Égyptiens le personniiiërent en le regardant , au contraire des Perses , comme la Mire de tout ce qui existe; idée qui répond à celle qu'on attadail autrefois au nom de Vénus ^ d'LVanie, de Junon^ divi" nité qui renfermait toute la nature dans son sein.
Outre cette première divinité représentant la Matière, les Egyptiens en avaient encore une seconde, qu'ils appelaient Kmeph ou Émeph, terme qui signifiait et signifie encore, en copte, Bon ou Bienfaisant. C'était pour eux le Principe éter-nef, le Principe de l* ordre, ou la Cause agissante dans Vunitirs. Ce n'est, comme on voit, autre chose que le Mithras des Perses , ou le Feu éternel , mlelli^entdes Chaldéens ; c'estï-dire toujours le Dieu créateur; et que les Egyptiens représentèrentsous la forme d'un homme ayant un œuf dans la bouche, comme symbole de sa puissance productrice ; œuf que nous avons déjà vu avec la même signification symbolique chez les Perses; mais d'où , suivant la théogonie égyptienne, est sorti Phthas ou le Feu; terme qui veut dire, en copte ancien et moderne, Celui qui fait , qui dirige, qui ordonne; et qui, en hébreu , a la même signification de Dieu artiste ou créateur, dtPHTÈ, tailler, faire naître.
On retrouve encore ici le feu comme représentant le Dieu créateur, c'est-à-dire que, Ath^r et Kneph n'étaient aïo fond que la MatièTt et X Intelligence suprême des Chaldéens et des Perses; peuples dont les Égyptiens onttrès-probablement adopté les principes de théogonie , en y ajoutant encore une foule d'autres divinités subalternes.
Mais outre cette théogonie , semblable à celle des Chaldéens , les Égyptiens en avaient encore une autre qui leur étaient propre , plus compliquée, et en apparence plus biztrre, mais, au contraire, plus savante et plus philosophique
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par les explications qu'en a données Piutarque. Ils ne se sont pas contentés d'admettre pour première base l'existence pure et simple de leur Dieu créateur, ils ont voulu le comprendre lui-même dans leur théogonie et expliquer son on- ^gine . admettant que Rhéa ou V Univers matériel, et, suivant d'autres, le Globe terrestre, qui parait avoir été la même chose qu'il(/2j/r, épousa en même temps le Soleil (que les Egyptiens désignaient aussi sous le nom de Phthas ou le Feu), Saturne ou le Temps , et Mercure ou le Génie organisateur, et conçut des trois à la fois cinq enfants qui naquirent successivement : d'abord Osiris , le père de tonte chose, la Lumière primitive, le vrai Dieu tout-puissant, dont le nom Os-iri signifie, en copte, Dieu créateur; il naquit avec une robe toute lumineuse, resplendissante d'une lumière pure, sans ombres et sans nuances. Après lui naquit ÂROUÉRisou Orus, qui eut avec Osiris le Soleil pour père, et parait avoir représenté le Plan du monde, ou le Monde régi par sefi lois. Le troisième enfant de Rhéa fut Typhon , le Génie du mal, nommé aussi Seth , mot qui signifiait Brutal; et d'autres le désignaient encore sous le nom de Bebon ou entraînement. Ce Dieu vint au monde en déchirant violemment le sein de sa mère. Le quatrième enfant fut Isis , fille de Mercure , dont le nom Is-si signifie, en copte. Réceptacle commun. Elle vint au monde avec une robe variée de toutes les nuances des couleurs dues aux reflets de la lumière. Elle représentait la Sagesse, le principe d*ordre et de formes, et reçut tous les noms des Déesses qui ont quelque rapport avec ridée de production. En dernier lieu naquit Nephtts, dont le nom signifie Fin , Perfection , Mort , Victoire , Beauté parfaite. Elle fut, ainsi que Typhon , engendrée par Saturne ou le Temps.
. Cette théogonie n'est cependant pas bien d'accord avec elle-même, en ce qu'elle présente, d'une part, Ârouéris comme fils du Soleil et frère d'Osiris, tandis que, d'autre part, elle veut (|ue ce dernier, ayant déjk aimé sa sœur Isis
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avant qtte de naiire , il ait engendré avec elle Arouéris , dans le sein même de Rhéa , leur mère commune ; mais cette espèce de contradiction exprime précisément qu'on peut considérer le monde comme né ou de l'influence de Tagent actif primordial sur la matière brute , ou bien comme dû au pouvoir de l'intelligence suprême sur la puissance génératrice.
D'après cette même théogonie , Typhon épopsa sa sœur Nephthys, qui fut aussi secrètement femme d'Osiris. Celui-ci parcourut l'univers en y faisant du bien, Typhon l'enferma dans une boite qu'il jeta dans le Nil , d'où elle fut transportée dans la mer ; et , plus tard , il partagea même Osiris en quatorze parties , qulsis recueillit à l'exception d'une qui avait été mangée par les poissons. Mais Orus , fils d'Osiris , combattit Typhon , le vainquit et le fit prisonnier. Isis , lui ayant rendu la liberté , Orus en eut une telle colère , qu'il ôta à sa mère les insignes royaux , et défit de nouveau Typhon dans deux autres combats.
Cette histoire, toute bizarre qu'elle paraisse, devient au contraire fort ingénieuse et raisonnable, ainsi que je Tai déjà dit , en la réduisant a une simple conception symbolique. En effet, en partant du principe assez généralement admis par les anciens , que rien ne peut rien produire , et que tout doit procéder de la Matière , primitivement k l'état de chaos (Rhéa), qu'on suppose éternelle; que celle-ci même ne pouvait rien engendrer qu'autant qu'elle était animée par une force qui la mit en action; force qui ne parut avoir été que le Feu^ & qui rien ne résiste, représenté par le Soleil^ Tan des époux qu'on a donnés k la matière , et dont la bienfaisante puissance sur celle-ci se manifeste dans tous les Êtres de la nature, qui se réveillent et entrent en activité sous son influence ; et de cette alliance devait naître la principale Divinité, I'Étre intellegtdbl tout-puissant, le Dieu CRÉATEUR, Osmis, qui répond k la Lumière primitive des Perses; Divinité qui k son tour s'unit k sa sœur Isis , fille du
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Génie orgtnisâteiir, traiblènite de sagesse et de fécondité; répandant sons tontes les nuances la lumière pure de son tout-puissant époux , et produisit avec lui , Orus , le Plan du monde ; c'est-à-dire le monde formé par la matière (Rhéa), et la force qui la met en activité (le Feu) ; ou bien le monde, né par l'influence de la toute-puissance du Ck'éateur (Osiris), sur la matière animée du principe d'ordre et de fécondité (Isis). Mais .cela ne suffit pas encore pour que tout se fit; il fallait rinévitable influence du Temps (Saturne), qui, troisième épouK de Rhéa , devait produire sur celle-ci ou la matière, divers effets dont les uns mauvais ou IVpfton , opposée à tout ce que la puissance intellectuelle , la foit^e génératrice pouvait produire ( devaient combattre lès tendances au bien de la puissance créatrice ou Osiris , et en triompher souvent, ainsi qu'on le voit partout, où rien n'est parfaitement fait. C'est également ainsi que le mauvais génie s'allie (épouse) au principe du beau et de la perfection, {Nêphthys)y pour l'altérer, et produit avec lui des effets où le mélange du mal et du bien est généralement manifeste. Enfin , d'antre part, le Temps ^ dans son influence sur la Katière, amène la Fin de tout ; que ce soit la Perfection ou la Victoire , ou bien la Mort (Nephtliys)^ le dernier des enfants de Rhéa.
Quand Nephthys , le. génie qui préside à la fin de toute chose , s'allie à la toute^uissance du bien (Osiris) , il devient la perfection ; Inais ce résultat est tellement )rare , qu'on doit le considérer comme exceptionnel ; aussi lés Égyptiens Tont-ils représenté comme une alliance secrète entre Osiris et Nephthys , tandis qu'il est la fin de tout, lët le plus souvent mé)é de mal ; aussi le même peuple considéra-t-!l la plupart des effets comme nés de l'union de Typhon avec Nephthys.
Dans le premier combat que Typhon livre ii Osiris , et le renferme dans un coffre , on doit voir Temblème de Tin- Puence que nous voyons encore partout du mal sur le bien , ■qui se trouve par Ik paralysé et comme dénruit par lui ; tnais seulement dans les choses de ce monde» où le mal est plus