‹ Théologie de la nature (volume 4)Chapitre 82 sur 136 · CHAPITRE XiU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XiU

qa*anx causes immédiates, apparentes , capables de pouvoir être directement soulnises à l'observation et k l'expérience , ne se sont point élevés jusqu'aux causes premières. Enfin d'autres encore , tels que le mathématicien Làlande, s'oc^ eupant essentiellement d'astronomie , reconnurent que cette science , tout en embrassant Tensemble de l'univers dans l'infinité de ses astres , dont les distances incommensurables et l'admirable précision des mouvements laissent l'imagination la plus hardie stupéfaite d'une aussi imposante immensité, ne présentait toutefois, dans cet admirable système des corps célestes, aucune preuve directe de l'existence de la Divinité ; tout y étant rigoureusement soumis k la nécessité mathématique. Aussi le savant que je viens de nommer n'ayant pu trouver dans les objets de ses calculs aucune preuve de Finfluence d'une intelligence créatrice toute -puissante, qui aurait tout réglé avec cette sublime harmonie, professa-til ouvertement Tathéisme , dont il se fit une triste gloire. Cette opinion prouve que cet astronome n'a jamais agité la question de savoir d'où a pu venir, dans l'origine des temps, la cause de l'impulsion primitive dont les corps célestes sont animés , impulsion qu'aucune puissance inhérente k la matière n'a pu leur donner ; mais Lalande et ses adhérents paraissent ne s'être jamais élevés jusqu'à cette idée. Quelques hommes, quoique profonds penseurs, n'ont pas cru devoir aller, dans leurs recherches , jusqu'k la connaissance des causes premières des faits dont ils étudiaient les effets , connaissance dont ils n'avaient pas besoin pour établir la démonstration k laquelle ils voulaient arriver dans leurs ouvrages : ces savants furent en conséquence considérés, fort k tort, comme Matérialistes, quoiqu'ils fussent loin de nier l'existence d'une Intelligence suprême créatrice. Parmi eux je citerai surtout Cabamis , le célèbre Phyttologiste, qui, prévoyant la fausse interprétation qu'on pourrait donner k sa pensée , protesta d'avance énergiquement et avec indignation contre cette croyance qu'on pour-

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raît lui supposer (1), et s'exprime surtout explicitement k ce sujet dans sa lettre à M. F. , où il dément formellement Topinion de Matérialiste qu'on lui a faussement attribuée.

Enfin d'autres encore , tels que Voltaire , qui , par une raison quelconque, avaient intérêt à se convaincre euxmêmes qu'il n'existait pas de Dieu , et qu en conséquence ils n'avaient pas de compte k rendre après la mort , ont cherché à appuyer leur opinion non sur des preuves positives démontrées par des faits ou des raisonnements sérieux, mais simplement sur le ridicule, qu'ils se sont efforcés de faire ressortir des doctrines suivies dans les diverses religions, ainsi que sur les principes absurdes et les abus qui se sont glissés dans les diverses croyances religieuses^ tronquant avec une insigne mauvaise foi , le texte écrit partout où ils le purent ; mauvaise foi qui se dévoile surtout k chaque ligne des commentaires de Tauteur que je viens de nommer. Mais revenons aux anciens Grecs.

Ptthagoras ayant découvert non-seulementplusieurs théories mathématiques, mais aussi les lois de l'harmonie musicale, lui et ses disciples crurent pouvoir en étendre, ainsi que je l'ai déjà dit plus haut, les principes k l'univers entier; mais quoiqu'il existe en effet une harmonie admirable dans la nature, où nous voyons tout soumis k Tordre le plus régulier, et cela souvent avec la précision mathématique la plus rigoureuse , cette harmonie n'est cependant pas nécessairement celle des sons, étant différente suivant chaque classe de phénomènes. Mais quoi qu1l en soit , cette idée seule prouve que déjk alors les savants ou Philosophes ont senti cette vérité que tout était soumis h des lois rigoureuses , d'où résultait cette sublime harmonie et le parfait équi-

(1) Happort du physique et du moral de Vhomme^ r* Édition. Prérace, p. xxxviii, 1805 1 et Lettre à M. F. , sur les causes premières avec des Notes de F. Bi^RARD, Paris. 1824.

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libre qui maintiennent tout dans des linaites que rien ne saurait dépasser; tout se trouvant constamment ramené au même état primitif, ou au même point de départ, après des Cycles plus ou moins surcomposés , pour recommencer de nouveau sa période. Mais quoique Pythagoras et ses disciples aient connu cette vérité , leurs connaissances positives dans les sciences n'étaient pas assez étendues pour leur permettre de formuler toutes les lois qui régissent Tunivers » et desquelles dépend précisément, dans son ensemble, la sublime harmonie , objet de leur admiration ; et quoique le but principal des Naturalistes soit de tacher de découvrir quelques-unes de ces lois universelles qui régissent le monde, leurs incessantes recherches n*ont cependant encore aujourd'hui pu faire avancer la philosophie que de quelques pas ; et jamais peut-être on n'arrivera à reconnaître le principe fondamental duquel tout dépend, ce principe paraissant être en dernière analyse la VOLONTÉ de l'Être Suprême qui, partout, fait seule loi.

TiMAÏos, appelé d'ordinaire Timaios de Locres^ du nom de sa ville natale, située dans la partie méridionale de lltalie, nommée autrefois la Grande Grèce , pour le distinguer de plusieurs autres Philosophes du même nom , vécut au commencement du v*" siècle, avant Jésus-Christ. Il était disciple (le Pythagoras , et professa à peu près la même doctrine, admettant comme lui deu^ Principes primordiaux : la Matière et r Intelligence, et nomma celle*ci formellement Dieu (Theos, au singulier) , et jamais Jupiter.

Voici comment il s'exprime lui-même au commencement d6 son livre intitulé De VAme du Monde (1) :

< Timaios de Locres a dit : Quil y a deux causes de tous les ^Ires ; TIntelligence , cause de tout ce qui se fait avec dessein ; et la Nécessité , cawe de ce qui est forcé par les quaiiiés du corps. De ces deux causes , Vune a la nature du bon ,

" I ■ I I ■ ■ . I.^.M.^^— 1^— .— W^— — .— ^M^ii— — ■— — »^»

fl} Traduit par Tabbé Batteux.

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et se nomme Dieu , principe de tout bien ; r autre , ou pbMt les autres , qui marchent après la première , et qui €igis$ent avec elle , se rapportent à la Nécessité. »

Voici déjà une de ces expressions figurées , sous laquelle ce Philosophe désigne la Matière , ainsi que cela ressort de ce qu'il dit après ; car sous ce nom de Nécessité , il veut ' indiquer la fatalité dans laquelle se trouve la matière d'agir malgré elle, par l'effet des propriétés qui lui sont inhérentes ; comme , par exemple , l'aimant qui attire le fer , et le fer qui ne peut résister à cette attraction. Ainsi, au lieu de nommer tout simplement la matière par son nom , ce qui eût été infiniment plus clair , il la désigne par une de ses conditions. Cette expression ne parait, du reste, plus dans son livre , où elle est en effet remplacée par le mot Matière. Un peu plus loin , article 2, Tauteur ajoute : « Tout ce qui est, est ou I'Idée, ou la Matière, ou TÊtre SENSIBLE, produit des deux autres.^

3. c jLa première de ces trois choses est improduite , immuable^ permanente j toujours la mémej intelligible ^ modèle de Ums les Êtres engendrés sujets au changement. On la nomme Idée , et on la conçoit comme telle. »

4. < £a Matière est la pâte , la mère, la nourrice^ ce qui engendre la troisième Nature. Car en recevant en soi les traits du modèle, dont eUe porte l'empreinte^ elle forme les êtres produits. »

5. « Timaios dit encore, que cette matière est éternelle^ mais non pas immuable; qu'elle est par elle-même sans forme et sans figure , mais qu'elle reçoit en elle toutes les figures et toutes les formes; qu'elle devient divisible en devenant corps; enfin, que c'est l'Être toujours autre ou changeant. On Tap* peîk Matière , Lieu, Capacité. »

6. « 71 y a donc ces deux causes; Tldèe^ qui tient lieu de mâle et de père; et la Matière, qui tient lieu de femelle et de mère; et le troisième Être, qui est Vensemble des choses produites par ces deux causes. •

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