CHAPITRE XIII
7. » Ce$ trois choses sont connues cha^cune d'une manière qui leur est propre : Vidée , par V esprit ; c'est la science : la Matière ; par une notion bâtarde qu'on n'aperçoit qu indirectement: c'est T analogie : les Êtres engendrés par les sens; c'est f opinion. >
Voici encore plusieurs termes nouveaux, figures ou synonymes, mis k la place d'autres, mais paraissant indiquer des objets différents. En effet, Timaïos semble vouloir désigner rintelligence suprême ou Dieu , par le mot Idée , considé*rant l'un et Tautre comme la cause active de tout ce qui existe, et cependant il les distingue dans l'Article suivant où il dit :
< 8. Avant que de concevoir le Ciel formée on peut donc concevoir TIdée , la Matière et Dieu , artisan du mieux. »
Il semble de 1^ que Timaïos a voulu désigner par le mot Idée y l'Esprit divin ^ la Loi divine^ qui régit la matière en lui donnant les différentes formes qu'elle affecte , et qu'il Ta considéré comme cause active, en la comparant au Père^ tandis que la matière passive par elle-même , il l'a comparé ^ la Mère; comparaison exacte suivant l'opinion des anciens sur la génération.
L'Idée y qui est toutefois la même chose que Dieu, est aussi indiquée comme l'^^re toujours le même; tandis qu'il nomme la Matière y VJËtre toujours autre ^ ou changeant. Mais ces expressions , jetées là comme simple explication, sont, plus tard , employées comme de véritables noms , dont la première désigne Dieu, et la seconde la Matière; et cela surtout par Platon , qui , dans sou Tima'ios (Commentaires sur l'ouvrage de Timaïos) , adopte ces termes comme ayant uni valeur substantive, dont le sens serait fort obscur si on n'en connaissait pas Torigine.
On voit aussi que Timaïos considérait Dieu et la Matière comme coéternels; mais la dernière par elle-même sans forme et sans figure , divisible seulement en devenant corps.
Cette aéOnition de la matière primitive montre clairement
AU THÉOLOGIB DE LA «ATtaE.
que ce Philosophe la regardait comme ayant été dans son premier état privée des propriétés dont elle est douée aujourd'hui ; propriétés par lesquelles la matière agit sur elle-même et produit, par la simple attraction , par exemple, des agglomérations , ou Corps , divisibles par cela même qu ils sont composés , et offrant par là aussi des formes limitées ; tandis qu'avant, lorsqu'elle était encore privée de ses propriétés, les Atomes qui la constituent ayant été chacun isolé, elle ne pouvait pas être divisée davantage , et n'offrait de Ik aucune forme. En d'autres termes, suivant Timaïos, la Matière était primitivement à l'état de Chaos ; mais ce Philosophe n*étant toutefois pas assez conséquent dans ses principes, admit que, par elle-même , la matière pouvait varier par sa propre nature, et montra par là qu'il lui supposait cependant quelques propriétés dans son état chaotique , disant :
Art. 8. . . . < Dieu^ bon par essence ^ voyant la matière qui recevait les formes , et se livrait de toutes manières , sans aucune règle , à toutes sortes de variations , voulut la soumettre à rordre et à des variations régulières , plutôt qu'irrégulières^ afin que les différences des Êtres fussent suivies dans les espèces; et ne fussent plus abandonnées au hasard. »
C'est-à-dire que Dieu n'a pas créé toutes les propriétés qui agissent dans la matière, mais les a simplement réglées, en les soumettant à l'ordre ; et l'auteur ajoute ensuite :
9. « Dieu employa dans la formation du Monde ^ tout ce qui existait de matière.,, tout est en lui : c^est un enfant unique y parfait^ sphérique; parce que la sphère est la plus parfaite de toutes les figures , animé et doué de raison ; parce que ce qui est animé et doué de raison , vaut mieux que ce qui ne Vest point. »
10. « Dieu ayant donc voulu former un Être parfait, fit ce Dieu engendré ( le Monde ) , qui ne pourra jamais être détruit par une autre cause que par celui qui Va formé y si jamais il le voulait... »
Ile De.*i Êtres produits^ c'est celui qui a U plus de sta-