II
A3A THÉOLOtlB Dl LA NATURE.
Texempie de plusieurs anciens , les Astres comme des Divinités subalternes , comme des génies protecteurs , mais non comme des Dieux créateurs. Or , quand il parle de création, il emploie toujours le nom de Dieu au singulier, et dit, d'ailleurs , formellement qu*il n*en existe qu'un.
L'Éther , cinquième élément , cinquième essence ou quintessence , est , suivant lui , la substance du Ciel et des Astres; or , comme il considère ces derniers comme des corps divins, il s'ensuit naturellement que ces divinités subalternes doivent , suivant lui , avoir un corps matériel ; mais il ne le dit pas du Dieu créateur ; et ajoute que cet Étber n*est pas da feu, ainsi que plusieurs Font prétendu, dififérant notablement de ce dernier , mais constitue un élément divin , incorruptible.
Au Chapitre YL 2, Aristotélès dit: < Cetf une tradition ancienne , transmise par tous Us pires aux enfants , que e^est Dieu qui a tout fait^ et que c'est lui qui conserve tout.n
c K n'éèt point S Être dans le Monde qui puisse ie suffire
à lut-mime^ et qui ne périsse^ s^'il est abandonné de Dieu
Oui^ Dieu est véritablement le générateur et le conservateur de tous les itres^ quels qu'ils soient , dans tous les lieux du Monde. Mais il ne Vest pas à la manière du faible artisan , dont TeffM est pénible et douloureux ; il Test par sa puissance infinie, qui atteint^ sans aucune peine ^ les objets les plus éloignés dk liit. »
3. (t Assis dans la première et la plus haute région de rUnîvers , au Soumet du Monde , comme fa dit le Poète , il se nomme le Très-Haut. Il agit sur le corps le plus voisin de lui, et ensuite sur les autres corps, à proportion de leur proximité , descendant par degrés jusqu^aux lieux que nous habitons. Cest pour cela que la Terre et toutes les choses terrestres sont si faibles et si inconstantes , si remplies de trou-blés et de disordres; parce qu'elles sont à une distance qui leur donne la plus petite part possible à V influence de la Divinité. Toutefois cette influence pénétranU Umi l'Univers y la
CHAFITBS 3^111, 435
région que nom habitom participe à $es bienfaiUy aussi bien que les régions supérieures »
4. < // est donc plus sensé , pitia déeent , plus convenable pour la Divinité f de penser que cette puissance suprême ^ assise dans le CieL a simplement une influence de conservation sur les Êtres , quelque éloignés qu'ils soient » que de la faire aller et venir sans cesse dans des lieux indignes de sa gloire , et de ïabaisser ji^squ'aux détails du globe terrestre j détails qui sont aur- dessous mime d*un homme un p0U élevée d'un général d'armée^ d'un magistrat j d'un chef de famille. Qu'il s'agisse de lier des hardes « ou de quelque autr-e fonction pareille y il est tel esclave de grand roi , qui ne voudrait pas des-eendre jusque-là. t
Aristotëlès admettait, comme on voit, parement et simplement Teiistenoa du Créateur, comme un fait traditionnel déjà enseigné anciennement partons I#fi pères à leurs enfants; sans chercher k connaître sa nature et savoir d'où il a pu prendre son origine; il se contentait de le nommer une Divinité assise au Sommet du Monde, gouveriiant dans sa toutepaissance TUnivers entier , jusque dans ses régions les plus éloignés ; et cependant ce Philosophe pensait que ce Dieu Suprême n'avait qu'une simple influence de conservation sur les Êtres; trouvant que c'est le rabaisser indignement que de supposer qu il régit du haut de son trône glorieux les moindres détails de la vie domestique des hommes. Mais quoiqu'il soit vrai que Topinion généralement admise, que tout ce qui a lieu se fait par la volonté expresse du Très- Haut, ne puisse être exprimée sans blasphème, ce n'est pas toutefois comme le pensait Aristotélès , parpe que ces détails sont indignes de la grandeur et de la majeiité de TÉtre Suprême ; car pour lui rien n'est grand , rien n'est petit ; sa bonté infipie et son ineffable sagesse se révélant avec autant d'éclat k nos yeux dans la création de l'admirable structure de Tanimalcule qui échappe à notre vue par son infinie petitesse , que dans celle des Êtres qui nous étonnent par leurs
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immenses proportions , tous égaux à ses yeux. Le grand et le petit n'existent que pour nous, pour qui tout est relatif; mais il y a blasphème dans ce sens , qu'en attribuant tous les actes de la vie privée des hommes k la volonté expresse du Tout-Puissant , tout , jusqu'aux crimes les plus odieux , est mis à sa charge. Or Aristotélès, tout en s'élevant avec énergie contre une semblable croyance , rabaissa lui-même la Divinité en pensant qu'elle n'avait qu'une simple influence de conservation sur les Êtres^ ce qui limite singulièrement sa puissance , regardée avec raison comme infinie ; lui enlevant le pouvoir de la création , que cet illustre Philosophe admit cependant lui-même \ et il compara ainsi , comme d'autres , TEtre Suprême à un simple homme qui » pour de semblables offices , serait obligé d'aller et de venir sans cesse dans tous les lieux. Ce Philosophe semble avoir oublié que rÉternel peut tout par sa simple volonté.
Plus loin , Aristotélès, comparant l'autorité et l'action de l'Être Suprême aux différents chefs qui dirigent des États ou des masses d'hommes , ajoute : Article 9. < Cette image est V emblème de T Univers. Par T impulsion unique d'un Être qui^ pour être invisible et cachée n'en^est ni mmns actifs ni moins dimontri à notre raison; tout se fait selon les lois de sa propre nature >
c Dieu , dont la puissance est supérieure à toute autre puissancCy la beauté à toute autre beauté : dont la vie est immortelle t la vertu infinie. Sa nature , incompréhensible à toute nature mortelle , ne peut se montrer à nous que par ses œuvres. »
Chap. VIL 1. < DieUf qui est un . a plusieurs noms , par rapport aux différents effets qu'il produit. On l'appelle Zeus 'et Dios (1), deux mots gtit, réunis ^ semblent signifier ^ par qui nous vivons. On f appelle Chronus (2) ou Cronus , parce
(1) Noms grecs de Jupiter.
[t) TempBi nom de Satume.
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que $a durée remplit Vinfinité passée et à venir (1) »
i. a Je pense que ce qu'on appelle Nécessité , n'est autre chose que Dieu , parée que sa nature est immuable ; que c'est lui qu'an appelle Fatalité , parce que son action a toujours son cours ; Destin , parce qu'il conduit chaque chose à sa destination , et qu'il n'y a point d'ilre qui n'aille à une fin ; Méra, parce qu'il distribue ses dons à chacun des Êtres; Némésis, parce qu'il fait cette distribution avec connaissance; ÂDRASTÉE (2) , ou Toote-Pdissange , à causc de son pouvoir irrésistible sur toute la nature; Aisa, parce qu'il est toujours le même. L allégorie des Parques et de leur fuseau a encore
le même sens Cette image ingénieuse n'est autre chose que
la Divinité »
Aristotélès prend ici le mot de Nécessité dans un sens diamétralement opposé à celui que lui a donné Timaïos de Locres, qui lui donna au contraire la signification de Matière (voyez plus haut, page 422). Nous trouvons aussi ici les mots de Fatalité et de Destin , que d'autres ont déjà employés dans leurs théogonies et leurs cosmogonies , comme des agents soit matériels, soit spirituels, mais qui, au fond, n'expriment que des abstractions.
Dans cet exposé du système du Monde , Aristotélès en décrit la disposition et les mouvements, sans dire d'où sont venues , soit la forme , soit l'action , qui anime le tout ; se contentant de dire plus loin que, Dieu régit tout ; ce qui laisse penser que , suivant ce Philosophe , le monde matériel , tel qu'il est, est coéternel avec Dieu même; opii^ion qu'il a plus formellement exprimée dans son Livre de la Physique ; admettant que les cinq essences dont se compose l'Univers jouissent par elles-mêmes , indépendamment de la Divinité , de la faculté de se mouvoir ; d'où résultait pour lui cette vé^
(1) C'est ainsi qu'on adorait Dieu sons tous les noms des divinités du paganisme.
(2) Adrastée est la même que Némésis.
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rite, que, de toute éternité, ces cinq essences ont dû occQper , par l'eflet de leurs pesanteurs relatives, les régions où elles sont placées; en d^autres termes, que le Monde, tel qu*it s'offre aujourd'hui , est aussi éternel que la Divinité, et qne celle-^i ne fait que le modifier dans ses détails. C'est, comme on toit , tme espèce de matérialisme dont les prificipes sont fort peu solides.
En effet , il ne sufBt pas pour que Ttlnivers soit ce (}a*il est et ce qu'il a été , que les cinq essences se meuvent aveti^ glément de la circonférence au centre ou du centre h la circonférence , suivant leur pesanteur spécifique ; ce qui suppose déjh une propriété antérieurt au mouvement qu'elle détermine ; mouvement qui n'est qu'un effet. Mais que dis-je?cela ne sufllt pas. Car d'où est venu le mouvement propre de thaque astre? d'où vient celui des Êtres organisés qui n'agissent pas exclusivement suivant leur pesais leur spécifique, et d'où viennent en outre ukie foule d'autres actions fort différentes de celles-là?
Aristotélès a compris cette difilculté , et pour parer I cet inconvénient, il a imaginé ce qu'il appelait les ExTÉii* cHiEs , espèces d'âmes créatrices pour chaque espèce d'É* très, qui président h leur destinée; Entéléchies qui, d'après le système du Philosophe , ne sauraient être dirigés par la Divinité, qui n*agit pas. Or, ces génies n'étant ni la matière inintelligente , ni la Divinité, sont nécessairement créés par celle-ci, qui, suivant Aristotélès, ne crée cependant pas. Mais ne poursuivons pas plus loin les objections; il suffit que nous ayons constaté que ce Philosophe , qui a porté la science aussi haut que possible pour son temps, aitâtt fond reconnu l'existence d'un Être Suprême, puissance créatrice.
Si Aristotélès s'est montré un peu Matérialiste , d'autres Philosophes grecs sont allés encore plus loin dans ce système. Straton, qui vécut peu après lui , pensa pouvoir expliquer tous les phénomènes de la Nature , en faisant abstraction
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de toule ioterveDUon d'une intelligence créatrice qui aurait mis la matière en action» et chercha à faire voir qu'on pouvait arriver aux mêmes résultats en admettant dans chaque i4(ome de la matière, un principe qui lui est inhérent « d'après lequel ces atomes agissent les uns sur les autres et donnent ainsi naissance k tout ce qui existe; principe qu'il désigna sous le nom de Nature* C'est-à-dire qu'il admet ainsi un principe , cause de la pesantmr et du mou* wmmt y secondé par le hasard. S'il ne s'agissait dans ce système , qui rentre dans ceux des matérialistes plus anciens, que de former une agglomération de matière qui pren* drait même la forme sphérique , tels que sont les corps célestes ^ il est vrai qu'il ne serait nullement nécessaire d'y faire intervenir une puissance intellectuelle; et c'est pour cette raison , ainsi que je Tai fait remarquer plus haut , que certains astronomes, des physiciens et des mathématiciens peuvent être athées : mais déjà le mouvement rotatoire des astres, ainsi que leur mouvement orbitaire, ne peuvent plus être expliqués par là ; et l'on expliquerait bien moins encore l'existence des Êtres organisés , auxquels Straton et les autres Matérialistes n'ont sans doute pas pensé. Ce Philosophe chercha à se tirer de cette difficulté en disant déjà que , dans l'origine , il s'était formé ainsi , au hasard , une foule d'Êtres divers plus ou moins compliqués dans leurs parties ; que ceux dont la composition était telle qu'ils ne purent pas subsister, périrent de suite , et qu'il ne resta que les espèces que le hasard avait favorisées; espèces qui se sont ensuite perpétuées en se reproduisant par la génération. Ce système fut reproduit plus tard par tous les Matérialistes, et même encore de nos jours par les Spontanéistes , que j'ai rérutés plus haut.
Quant aux Philosophes modernes qui ont paru depuis la renaissance des lettres, ils ont, comme les anciens, tourne dans le même cercle vicieux , revenant au fond toujours au même principe , admettant que, dans l'origine il a
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existe denx causes déterminantes de tonte chose, une passive , ou la Matière , et une active , ou la Diviniii ; opinions seulement un peu mieux fondées , soit sur des découvertes scientifiques récentes » telles que les lois de la gravitation universelle , les lois astronomiques de Kepler , le système du monde imaginé par Copernic et démontré aux sens par Galilée; soit sur les découvertes chimiques qui firent mieux connaître la composition des substances , la théorie des affinités, et qui fixèrent définitivement Tidée qu'on doit avoir des matières élémentaires» dont le nombre est bien supérieur ^ quatre, comme on le pensait autrefois. Mais en principe, tous les hommes les plus illustres par leur haute intelligence et leur profond savoir, tels que Descartes, Leibnitz, Newton, Spinoza, Kant, etc., ont tous cru à Texistence de Dieu , Être Suprême , Tout-Puissant , Créateur de l'Univers.
On voit, d'après ce qui vient d*êtredit, que, dès Tantiquité la plus reculée, la croyance en un seul Dieu , Éternel , Créateur, a existé chez toutes les nations connues , mais toutefois sous des images différentes; que le culte qu*oR rendait à ce vrai Dieu fut, dès l'origine des temps, célébré au moins dans des temples, sous le nom de Mystères; culte auquel on admettait d^ordinaire les personnes distinguées par leur éducation : mais ce ne furent que les Hébreux qui lui rendirent un hommage public, sous le nom de Iéhova ou Éternel ; tandis que chez les autres peuples , dits Idolàtres^ l'invocation de la Divinité n*eut publiquement lieu qu'en la représentant sous diverses formes , et en la désignant en conséquence aussi par des noms différents ; d'où est né le culte des idoles et de la pluralité des Dieux.
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