‹ Théologie de la nature (volume 4)Chapitre 86 sur 136 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

BEMARQUJBfl SUR LA DOCTRIHB H08AÎQCS OU AHCTER TCSTAXERT.

Quant aux Juifs on Israélites, dont l'histoire écrite remonte à ]a plus haute antiquité , tout le monde sait d'après Moïses , leur premier législateur et leur historien , qui vécut environ i ,700 avant JTésus-Christ, que les dogmes religieux de cette nation ne permettent de rendre de culte qu'au vrai Dieu, immatériel, seul éternel et créateur de l'Univers, Être suprême que les Israélites nomment en hébreu Élôah , ScHADAÎ , Iéhova (1). Ou sait aussi que c'est de cette doctrine qu'est sorti, plus tard, le Christianisme, dont la religion mosaïque n'a été que le prélude.

En lisant V Ancien Testament , qui comprend à la fois l'Histoire profane, les Livres canoniques et les Lois civiles de ce peuple , on y trouve de remarquables renseignements sur Torigine de la croyance religieuse de cette antique nation, ainsi que sur les modifications qu'elle a subies à diverses époques en se mêlant de paganisme , et cela au point que fort souvent les Israélites abandonnèrent presque complètement le culte de l'Éternel pour adopter celui des Idoles.

Quoique Moïses affirme que ce peuple, qu'il présente comme issu d'une seule famille dont Abraham fut le Père, ait en tous temps adoré le vrai Dieu , et cela même depuis Toriginedu monde, où les ancêtres de ce premier Patriarche auraient déjà rendu un culte au Créateur de l'univers, il ressort cependant de plusieurs passages de la Genèse même, le Livre de Moïses qui comprend l'histoire du peuple hébreu depuis la création jusqu'à la sortie d'Egypte, que cette

(0 Voyez la note n* 22.

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assertion n*est point fondée , vu qu'il y est dit que Raghel , la femme de Iàcos, le petit-flls d*ABtiÂHAH, et elle-même petite-nièce de ce dernier, emporta les Idoles de la maison de son père, quand elle Suivit son tuari en Chanaan (Gtnèse, XXXI, I); et que plus tard lacob ordonna à ses fils d'ôter les Idoles de leurs maisons (XXXY, S) ; ce qui prouve qu'ils les avaient adorées avant. Enfin Iéoschoa (Josué) le général commandant l'armée de Moïses , dit formellement dans son Livr$ (XXIY , S) , que le Père et le Frère d*Abra* ham ont servi d'autres Dieus que rÉtemeL II n'est en ood'* séquence pas probable que plus tard , pendant les qnalra cents ans que la^ob et ses descendants ont demeuré &k Egypte, au milieu d'un peuple païen, ils aient suivi ua culte difiérent de celui en usage dans le pays« Cela est d'autant moins croyable que* même du vivant de Moïses, et surtout immédiatement après lui , les Israélites sont k tout instant retombés dans ridol&trie, malgré tous les efiorts que ce grand homme, et ceux qui ont continué son œuvre après lui, ont faits pour les maintenir dans la croyance du Dieu Éternel; les menaçant constamment de la vengeance divine s'ils ne renonçaient pas au culte des faux Dieux; leur pré* sentant , d'une part , tous les malheurs qui leur arriveraient comme châtiments du Dieu de leurs pèrea, auquel ils seraient devenus infidèles, et leur faisant connaître, d'autre part, les sévères prescriptions de l'Éternel, au nom de qui Moïses et les prêtres prétendaient parler ; prescriptions qoi leur ont en vain défendu de suivre le culte des Divinités des Nations an milieu desquelles ils vivaient. Il n'est de là nulle> ment probable qu'avant Moïses, le peuple hébreu ait pu conserver une croyance religieuse particulière, si réellement Abraham et ses ancêtres en avaient une ; et cela est d'autant moins admissible que ce peuple sensuel et très-porté k Tido» latrie , devait être naturellement disposé k suivre le culte des faui Dieux , quand vivant au milieu des Egyptiens adorateurs d'Osiris et d'une foule d'autres divinités de second

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ordre, ils leur virent rendre nn culte célébré avec pompe dans de brillantes cérémonies; pompe qui devait produire par les sens , le plus grand effet sur leur moral ; tandis que le culte de Iéhovâ , du Dieu invisible , ne consistait qu'en sacrifices offerts sur des autels sans ornements , qui ne purent produire aucun effet sur leur imagination ; les gens préposés an culte pouvant seuls pénétrer dans le sanctuaire où étaient le tabernacle et Tautel des parrums.

On trouve d'ailleurs la preuve de ce qtle j'avance ici dans V Exode même, Chap. YIII, 26, où Moïses dit au Roi d'Egypte qu'il ne pourrait pas sacrifier à son Dieu en Egypte sans être en abomination aux autres habitants; et d'ailleurs tous les dogmes de la religion hébraïque , même les plus élémentaires , ne furent enseignés au peuple par Moïses qu'après la sortie d'Egypte ; et jusqu'au nom de Iéuova, du Dieu Éternel, leur était inconnu avant (Exode, YI, 3), ainsi qu'on le verra plus tard ; les Hébreux donnant avant k Dieli le nom d'ÉLôAH, ou de SchadaI, ce dernier mot signiflan Y Universel, ou plutôt le Tout-puissant.

Nous avons vu d'ailleurs que le culte du vrai Dieu créateur a en tous temps été suivi dans l'intérieur des temples en Egypte, quoique sous un autre nom que celui que lui don- Baient les Hébreux , et que ce ne fut réellement que le vulgaire qui s'adonnait à l'idolâtrie. Il n'est de Ik pas étonnant que Moïses, qui avait été élevé parmi les Prêtres, et Prêtre lui-même, ait eu l'idée d'introduire le Monothéisme dans le culte public de sa nation.

J'ai cru devoir entrer déjh ici dans ces détails , pour faire mieux saisir le sens qu'on doit attacher & plusieurs passages de TAncien Testament dont j'ai à parler ici ; mais avant d'indiquer les principes religieux des Israélites Je dois faire connaître en peu de mots Thistoire particulière de Moïses, fondateur de leur religion et le plus ancien historien connu ; à qui l'on attribue les cinq Livres du Pentateuque : la Genèse, Y Exode , le Livitique , le Livre des Nombres et le DêUliro-

4U nriOLOMI DB LA RATOM.

nome; le premier traitant de Thistoire du monde depuis la création jusqu'à la sortie d*Égypte du peuple d*lsrael , sous la conduite de cet illustre réformateur, et les quatre autres, de rhistoire de cette même nation jusqu'à la mort de ce grand homme.

Abraham , originaire de la Chaldée , étant venu 8*établir dans le pays de Chanaan, y fut désigné, avec tous ceux qui l'accompagnèrent sous le nom à* Hébreux, comme venus d'au delà de rEuphrate(l), et ce nom resta jusqu'à nos jours à cette nation.

Iagob, le petit -fils d'Abraham, et père des Patriarches chef des douze tribus de ces mêmes Hébreux , ayant eu son nom changé , comme on le verra plus tard , par Dieu même, en celui d'IsRAEL , les descendants de ce second chef de la même famille furent aussi nommés Israélites, et sont encore aujourd'hui plus particulièrement connus sous celte dénomination.

Quant au nom de Juifs qu'on donne également aux Hébreux, il ne fut que longtemps après appliqué d'abord exclusivement à une faible partie de cette nation formée des tribus de luda et de Beniamin^ qui constituèrent le royauaie de luda , dont Jérusalem fut la capitale , et qui plus tard réunit de nouveau toute la nation sous le sceptre de David , d'où le nom de Juif fut donné , par extension , à tous les Israélites.

lacob s'étant établi plus tard avec toute sa famille en Egypte, où il fut attiré par Ioseph, l'un de ses fils , ses descendants s'y multiplièrent à tel point, que pendant les quatre cents ans {Exode, XII, 40) (21â ans suivant Flavius Ioseph , lAv. II , chap. YI) que cette famille y demeura, elle devint un peuple immense. Comme elle était étrangère dans ce pays, elle ne put y exercer aucune profession spéciale, dont chacune formait le monopole propre à certaines castes,

(1) Voya la note n* 21.

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