‹ Théologie de la nature (volume 4)Chapitre 87 sur 136 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Ik l'eiclnsion de toute autre ; de manière que les Israélites furent obligés de se livrer aux travaux les moins honorables, et pins spécialement à la vie pastorale, qui était d'ailleurs lenr yéritable état avant leur arrivée en Egypte; condition méprisée dans ce pays , ainsi que cela est formellement dit dans la Genèse (XLYI , 34). On les employait en outre aux ouirrages les plus pénibles , tels que les travaux de terrassement et rédification des grands monuments ; ou bien à la fabrication des briques, métier également considéré comme pea honorable, ainsi que le dit Fl. Ioseph, historien profane et Juif lui-même , qui écrivit peu après Jésus-Cbrist. Cet état d'avilissement alla même jusqu'au point qu'on se permit impunément envers les Israélites toute espèce de mauvais traitements ; et enfin le Roi , à qui l'on rapporta la prédiction d'un scribe ou docteur de la loi des Égyptiens , qu'il naîtrait sous peu parmi les Hébreux un enfant qui relèvera sa nation et humiliera rÉgypte(l), ordonna qu'on fit périr tous les enfants juifs du sexe masculin qui viendraient an monde (2), afin de prévenir ce malheur; mais cet enfant, qui naquit en efiet alors, fut non-seulement sauvé, mais encore protégé par la fille même du Pharaon ^ qui lui assigna le nom de Moïses comme l'ayant sauvé des eaux ; nom dont Fl. Ioseph donne l'étymologie en disant que JIfo signifie , en langue égyptienne , Eau , et yses , préservé ; ce qui s'accorde pour le sens avec le texte de la Bible , par lequel on sait que la mère de l'enfant déposa celui-ci sur le Nil, dans un coffret , au lieu où la fille du Roi venait souvent se baigner, et que cette Princesse ayant aperçu cet objet , le fit prendre , et y trouvant cet enfant , elle le prit par pitié en affection , bien qu'elle sût qu'il était Israélite , et Tadopta même pour son fils. Quoique cette étymologie du nom de Moïses ne se trouve

(1) Fl. Ios£tu. Lit>. II, y.

(2) EtBOdê, 1,15, 22.

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pas dans la Bible , mais dans Fl. Iossph , cet historien ayant été lui-même Juif et de la tribu savante des Lévites , il a dA connaître mieux que les modernes la valeur des mots hébreux , et leur véritable prononciation qu'il indique parrailemenl en grec « langue dans laquelle il a écrit.

Suivant Strabon (1), Moïses fut Prêtre égyptien, et comme tel , initié dans 1^ mystères des temples^ dont il connut en conséquence les dogmes et les cérémonies ; et il est de Ik très*probablû que c'est par Teffet de la parfaite eon* naissance qu'il avait des principes enseignés dans lea temples, qu'il eut Tidée, mise plus tard k exécution, d*inlioduire cbea les Israélites le dogme de la croyance en u seul Dieu créateur.

Moïses ayant été de la tribu de Lévi , et voulant conserver dans sa famille le pouvoir attaché ï la qnalité de Prêtre , il chargea plus tard , comme on le verra, exdnsivement , celle tribu du service de Tintérieur des temples , en lui accordant de très-grands privilèges.

Enfin la haute capacité de cet homme illustre, son inslrnction et la grande énergie de son earactère ne laissent aocm doute qu il n*ait reçu Téducation la plus distinguée que ne pouvaient donner que les prêtres , les seuls hommes m possession des connaissances littéraires et scientifiques.

Mt Lagour qui a interprété le premier chapitre de la Genèse dans un ouvrage intitulé , Àléim ou les Dieux de JfoîM, insiste surtout sur ce fait que Moïses a été insimit par les prêtres égyptiens pour y trouver la preuve que la Genèse est non, comme on le dit, la véritable histoire du monde depuis la création jusqu'à la sortie des Israélites d'Egypte, mais bien un iimple drame êUégorique égyptien joué dans U$ temples devant les initiés lors de leur réception (2).

Quoique cette opinion soit très^ingénieuse, elle ne saurait

(1) Liv. 16.

(2) AUom, t H, p. tes.

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•toatefois être acceptée qu'uniquement comme vne hypothèse. En effet, la grande objection qu*on peut lui opposer est que Moïses n'a pas pu avoir Tintention de publier un tel ouvrage, qui eût été sans aucun but pour lui ; vi| qu'il n'aurait eu aucune influence sur les Israélites, habitants futurs de la terre de Chanaan ; et cela d'autant moins que le peuple, non initié dans les mystères des temples, et par conséquent l'immense majorité des Israélites, n'aurait pas pu le com^ prendre ; d'où la Genèse eût été un ouvrage complètement inutile à cette nation, pour laquelle il fut composé. Il est, •u contraire, bien plus naturel de croire que ce Livre a été écrit pour ôtre réellement considéré par les Israélites comme l'histoire de la création et des premiers temps du monde, ainsi qu'il a en effet été reçu non-seulement par les lectatenra de la religion mosaïque , mais aussi par les chrétiens ; et c'est comme tel que nous aurons à le considérer ici ; car ce n'est de toute manière plus dans sa véritable signification que nous avons k Texaminer, mais bien sous le rapport de la croyance que d'après les divers cultes chrétiens on doit y attacher; c'est*k*dire comme un Livre révélé, et par ooBséquent sacré. Comme il m'est impossible d'entrer ici dans des détails sur Topinion émise par M. Lagoiir, je renvoie eeox qui désirent la connaître à l'ouvrage même de ce savant hébraisant, que j'aurai d'ailleurs encore plusieurs fois k citer. Il me suffira de dire que, diaprés Topinion des hé^ braisants les plus savants, la Genèse ne serait, vu la différence du style dans les divers chapitres et les faits rapportés dans ce Livre , qu'un recueil de traditions qui existaient chez les Hébreux déjk avant Moïses ; et que cet illustre réformateur aurait simplement réunies en y ajoutant, sans aucup doute, divers passages pour donner k l'ensemble la forme d'an Livre historique.

La religion extérieure des temples étant devenue en lÈgypte, comme on sait, un polythéisme tellement compliqué et absurde qu'on y adorait jusqu'à une foula d'animaux et

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même de plantes, le haut clergé aurait résola, suivant Vopinion de M. Làcour, de faire disparaître celte anomalie eu introduisant le culte du vrai Dieu dans la religion saivie par tout le peuple, et cela au moyen d*une réforme générale exécutée d*un commun accord entre tous les docteurs de la loi , et que Moïses aurait été choisi pour commencer cette grande œuvre, comme étant Thomme qui convenait le mieux pour cela ; d*une part , par l'influence que lui donnait sa haute position sociale, et de l'autre, comme appartenant à la nation israëlite sur laquelle il pouvait agir avec d'autant plus de probabilité de succès, qu*étrangère et opprimée dans le pays, où elle ne tenait par aucun lien aux autres Égyptiens, elle devait se prêter par Ik aisément k Texécution de ce grand projet de réforme, et se trouver très-disposée à se réunir sous ce prétexte autour d'un chef aussi distingué, qui pouvait loi oflrir l'occasion de s'affranchir de l'oppression dans laquelle elle vivait; mais cette opinion est, ainsi que je l'ai déjà dît, formellement contredite par Moïses lui-même dans les premiers chapitres de l'Exode, où il dit que seul il a conçu ce projet, qui lui fut inspiré par l'Esprit du vrai Dieu, et qu*il l'a entièrement mis à exécution avec le concours de son frère Aaron.

En effet , les diverses raisons que je viens dindiqner, jointes k cet autre fait que les Israélites étaient venus do pays voisin de Chanaan que leurs pères avaieot habité avant, et qu'ils considéraient en conséquence comme leur patrie ; ce voisinage rendait plus facile encore l'exécution du vaste projet conçu par Moïses , qui put facilement persuader k son peuple qu'il serait convenable d'y retourner momentanément en pèlerinage pour y sacrifier au Dieu de ses ancêtres ; et c'est sous ce prétexte qu'il fit sortir les Hébreux d Egypte; lui, avec l'intention bien arrêtée de ne plus y revenir, malgré la promesse qu'il fit au roi de ne s'absenter que pour trois jours, le temps nécessaire pour se rendre sur le territoire de l'ancienne patrie des Israélites. Cette intention de s'éloigner

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pour toujours est prouvée par la recommandation expresse qu*il Gt aux Israélites de tâcher d*emprunter k leurs voisins le plus possible d'objets de prix, afin d*y trouver dans Texil un dédommagement de ce qu'ils étaient obligés d'abandonner à jamais (Exode , III, 21 , 22) .

L'explication de la longue hésitation du Pharaon et ses nombreuses alternatives de permission et de défense de sortir du pays, rapportée dans l'Exode, peut être vraie dans Tune et dans Tautre supposition, soit que l'émigration des enfants d'Israël ait d'abord été concertée entre le Roi, les Prêtres égyptiens et Moïses, soit qu'elle n'ait été conçue que par ce dernier, dans l'intention d'affranchir la nation israëUte , et que le monarque qui avait d'abord permis le départ l'ait plus tard refusé, sur les observations de quelques hommes qui lui firent comprendre que Moïses et le peuple immense qu'il emmènerait pourraient bien ne plus revenir, et priver par Ik l'Egypte non-seulement d'une grande partie de sa population et des richesses qu'ils emporteraient, mais encore de nombreux ouvriers employés à la construc* tion des grands monuments exécutés dans ces temps , tels que les Pyramides, les digues du Nil, les canaux, etc. ; en même temps que le pays se trouverait privé de bras nombreux employés k la fabrication des briques dont^on avait besoin ( Exode ^ Y. 5 \ Toutes ces considérations d'une si haute importanceétaient bien faites pour ébranler la bonne volonté du souverain, soit qu'il ait consenti à la réforme religieuse, soit qu'on ne lui ait présenté cette émigration en masse que simplement comme un pèlerinage; toutefois estil que le Roi , après avoir finalement permis la sortie d'Egypte aux Israélites, les fit poursuivre par son armée afin de les ramener de force.

D'après ce qui vient d'être dit , il est beaucoup plus probable que Moïses, instruit dans les temples, y ayant appris k connaître le vrai Dieu éternel, cause première de tout ce qui est, le seul auquel on doit rendre un culte, ait conçu seul,

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