‹ Théologie de la nature (volume 4)Chapitre 88 sur 136 · II · texte numérisé non relu

II

480 TIliOLOftM DB LA RàTUEI.

8tB8 l'appui de personne, le vaste projet, non-sealement d'mtroduire cette doetrine chez la nation israèlite ï laquelle il appartenait 9 mais encore d'affranchir ce peuple da joug des Égyptiens sons lequel il vivait oppriné. L'exécution de cette grande entreprise dut même lui paraître facile, va que les Israélites, originaires d'un pays très-voisin , devaient saisir avec joie les moyens qu'il leur offrait de retoamer dans leur patrie, où ils vivraient indépendants; et cela avee d'autant jrins de oonfianca , qu'il leur enseignait qu'ils étaient le seul peuple de prédilection du Dieu tout-puisasnt, qui avait déjà fait alliance avec leurs anoéires, et qu'ils se* raient, par sen appui , sûrs de surmonter tous les ohsieclee qui pourraient s'opposer à leur retour dans le pays de lam pires. Enfin l'exécution de ce prejet devait loi paraître d'autant plus aisée qu'ayant une fois isolé cette nation, il lu serait facile de lui faire aaoepler, d'une part, la nouvelle doetrine religieuse qu'il vouhdt lui enseigner, et d* autre part, la périlleose entreprise de conquérir le pays où ils devaient retrouver l'indépendance et le bonheur : deux grands buts qui lui serviraient réciproquement de moyen pour arriver k ce double résultat : le peuple se voyant forcé de se rallier autour de lui) comme le chef tout-puissant par Tas* sistance de ce même Dieu éternel, au nom duquel il lui par» lerait ; et par ce désir de retrouver une patrie et le biei^êlre, le peuple serait obligé de servir et d'implorer Teppui du seul Dieu qui possède la puissance de les lui faire retrouver.

Pour atteindre ce double but, il a fallu commence par faire sertir les Israélites d'ÉgypIe sous un prétexte qai pût être haulemMt avoué , sans faire nttltre la pensée d'vne révolte, et oapaMe cependant de réunir toute cette natien autour de lui comme chef. Or c'est en effet le presaier résultat que Moises obtint en proposant de faire sim{rfMient un pèlerinage en Arabie , li peu de distance de la province que les Israélites habitaient près de Tlsthme de Sues. Une hors d'Egypte et poursuivis par l'armée du Vkênom,

CHAPITRX UV» 451

les Juifs n'avaient plus qa*k suivre l'impulsion que leur donnait leur chef, et de tâcher de s'établir de nouveau dans leur ancienne patrie , dont ils avaient à faire la conquête sous sa conduite. Il les amena k cette difficile entreprise qui leur coûta quarante années de guerre et de souffrances de tonte espèce , en leur persuadant que ce pays leur appartenait de toute justice par le droit de possession que leurs ancêtres en avaient reçu de ce même Dieu éternel et tout-puissant « dont il leur parla alors pour la première fois ; et c'est en y engageant ainsi leurs intérêts matériels, tant pour leur fortune future k fonder, en remplacement de ce qu'ils venaient de perdre en Egypte, que pour la protection qu'il leur fit espérer de trouver pour leurs personnes dans l'appui du Dieu éternel , dont il les disait le peuple de prédilection.

C'est ainsi que les Israélites , d'abord isolés par la ruse , forent obligés de s'attacher k la personne de Moïses , leur chef suprême f et d'adopter ses lois ainsi que la doctrine religieuse qu'il leur enseigna, comme le seul moyen de trouver la protection dont ils avaient besoin sur la terre étrangère où il les avait conduits. Toute l'histoire de ce grand événement , tdie qu'elle est rapportée dans les quatre derniers livres de Moïses, écrits par lui-mteie, ainsi qu'on l'admet généralement; et la Genèse, histoire du peuple d'Israël avant sa sortie d'Egypte» ouvrage également attribué k ce grand homme, prouvent, par la manière dont les faits sont présentés , que telle a été l'idée de cet îUiistre réformateur, qui eut besoin , pour atteindre ce double but , de faire croire aux Israélites que, dès l'origine du monde, leurs premiers pères ont déjk adoré exclusivement ce vrai Dieu, Éternel, Invisible, Créateur tout-puissant de tout l'Univers, dont il leur parlait. Il leur dit en outre que la plupart * des nations s'étant adonnées au culte des dieux nuUérieU qu'ils se sent formés , l'Éternel les avait rejetées et fait au eontraire alliance avec Abraham , l'anoétre des douze tribus d'Israël ^ pour faire de ses descendants son peuple de prédi-

45S THEOLOGIE DB LA MATURl.

lection auqael il a promis de donner k toute perpétuité le riche pays de Chanaan , à la condition qu'il resterait fidèle k ses lois. Il leur dit surtout que ces mêmes descendants d'Abraham s'étant établis en Egypte , où ils ont été opprimés , l'Éternel leur Dieu Tavait choisi , lui Moïses , pour les délivrer de leur servitude et pour les conduire enfin dans ce même pays de Chanaan promis ii leurs pères.

En considérant ainsi les cinq Livres de Moïses sous ee double point de vue religieux et politique , on les comprend non-seulement très-bien jusque dans leurs derniers détails, mais il devient parfaitement évident que le premier ou la Genèse a été écrit pour servir d'introduction h Thistoire de la réforme Mosaïque , dont les quatre autres Livres sont l'histoire proprement dite.

On voit partout que, pour obtenir ces deux grands résultats dont je viens de parler, Moïses a non-seulement cherché k unir les Israélites par le double lien des lois civiles et religieuses , mais que pour maintenir cette union et conserver parmi eux exclusivement le culte du vrai Dien comme principe fondamental , il employa tous les moyeni possibles de les isoler des nations idolâtres, pour lesquelles il tâcha de leur inspirer une véritable horreur; surtout pour tes alliances matrimoniales qu'il leur présenta comme de véritables sacrilèges, quoique lui-même eût épousé une païenne dont il est fait mention dans l'Exode; et que, suivant l'historien Ioseph, il aurait déjk avant épousé une Éthiopienne. Cette excitation à l'horreur contre les autres peuples alla même souvent jusqu'à lui faire commander, dans les guerres qu'il soutint contre les habitants des pays qu'il avait à conquérir, qu'on les fit tous massacrer sans épargner ni les femmes, ni les vieillards et les enfants, et toujours en disant , pour être mieux obéi , que c'était par l'ordre exprès de lÉtre Suprême qui lui ordonnait d'agir avec cette rigueur barbare. C'est ainsi que par le fanatisme et la superstition qu'il inspira aux Israélites , il parvint ï

CBAPITRB UT, 453

faire supporter pendant quarante années k ce malheureux peuple , les tourments de la plus horrible misère dans les déserts de l'Arabie Pétrée , où le mintinrent refoulé les nations dont il voulait envahir le territoire , pays dans lequel Moïses lui-même n*arriva jamais; cet avantage n'ayant été réservé qu*k Iéosghoâ ( Josué), qui lui succéda comme chef après sa mort.

Tout le monde connaît , par la Bible , l'histoire sacrée et profane des anciens Israélites » mais on ne l'interprète pas toujours de la même manière. Suivant les orthodoxes juifs et chrétiens, T Ancien Testament est un livre sacré, renfermant la doctrine religieuse révélée du premier de ces peuples ; c'est-à-dire qu'ils le considèrent comme ayant été inspiré, et, en quelque sorte , dicté par FÉtre Suprême k ceux qui l'ont rédigé; d*où l'on doit en conséquence y croire avec foi, sans se permettre le moindre examen des faits qui y sont rapportés, et bien moins encore le plus faible doute sur la réalité de ces mêmes faits ; ce qui constituerait en soi-même déjà un véritable acte d'impiété. Mais est-il réellement possible à un homme qui jouit de l'intégrité de ses facultés intellectuelles, de s'imposer ainsi, avec cette complète docilité el cette abnégation de sa raison qu'on exige de lui , de croire, sur le simple dire d'un autre homme , ce qui déjk , au premier abord , lui parait complètement contraire à tout bon sens? Je ne le pense pas. En effet, si les religions mosaïque et chrétienne trouvent de nombreux incrédules, ce n'est pas que leurs principes fondamentaux paraissent absurdes ou incroyables, mais parce que ces principes y sont présentés sous des conditions inadmissibles , ou accompagnés de conséquences sophistiques qu'on en déduit contre toute espèce de logique; conséquences d'où naissent ensuite des principes secondaires que le bonsens, ettrop souventmêmela morale la plus vulgaire repoussent. Or l'impossibilité d'admettre «oit la réalité des faits, soit la justesse des conséquences f a'on en tire, est souvent telle que les théologiens ne pouvant

if)4 TfliotOOIB M Là hatuab.

en donner la raison, sont obligés de déclarer que ces faits soBt des mystèret impénitrables; moyen de discussion qui codstitue réchappatoire ordinaire de ceux qui ne savent plas qne répondre pour défendre l'opinion h laquelle ils ne croientpîos eux-mêmes. Hais heureusement ces prétendus mystères, ees faits impossibles h expliquer, ne sont en réalité , ainsi que je viens de le dire , que le résultat d'une mauvaise logique, par laquelle on arrive aux conséquences les plus singulières et même contraires aux axiomes de la science.

C'est ainsi que, si Ton ne veut voir purement et simplement dans la Genèse que l'histoire des premiers temps do monde , comme le veulent les doctrines mosaïque et chrétienne, on est h tout instant arrêté, soit par Timpossibilité des faits , soit par leur contradiction , ou bien comme étant opposés aux dogmes fondamentaux de la religion, tels que les attributs irrérragables de la Divinité elle-même; c'est-ii-dire h la Toute -puissance , h la Bonté et à la Justice de rEleroel

J*ai déj^ dit plus haut que la Genèse avait sans doute été écrite pour servir de Livre historique au peuple israélite; mais soit que Moïses l'ait lui-même composée dans an style poétique, et par 1^ chargée de nombreuses figures allégoriques, soit que plus tard cet ouvrage ait reçu diverses additions, ce qui est assez probable , vu qu'on y trouve tantôt des répétitions et tantôt des parties évidemment interpolées , ce Livre offre au fond tous les caractères d*un poëme historique sur la création et les conditions dans lesquelles se sont troutés les premiers'hommes; et ce n'est, en effet, qu'en le considérant comme tel , qu'on peut lui trouver un sens raisonnable : ce genre d'ouvrage admettant toutes les licences poéqucs. C'est ainsi qu'on rencontre dans la Genèse une foule d'images allégoriques, les exagérations les plus extrêmes, la mise en action de toute espèce d'Êtres, la personnification des passions, des vices et des vertus; les anachronismes, et en général tout ce qui peut contribuer h agrandir l'idée de la puissance du Créateur ou à embellir l'image par la^

qaelid on a voulu représeiiter les hoaiiiies dés préillteirs âges du moflde. Cette opinion» fondée sur ces caractères évidents du poème, une fois acceptée, tout deyient parfaitement clair et compréhensible dans la Genèse, même à travers les nombreuses allégories et les impossibilités dont ce premier Livre du Pentateuque est rempli.

n ressort même clairement des Livres de Moïses, que cet illustre réformateur, soit qu*il ait voulu enseigner aux Israélites le monothéisme comme une nouvelle doctrine, soit que leurs ancêtres l'aient déjà professé et qu'il n'ait voulu que rétablir ce culte parmi eux, il a senti la nécessité de leur présenter la vraie Divinité dans tout l'éclat de sa splendeur et de sa grandeur infinies ; et, à cet effet, il a commencé par leur enseigner que c'est cet Être SuprAme, le seul Éternel, qui règne avec gloire et toute-puissance sur l'univers entier, son ouvrage, qu'il a tiré du néant ; principe dont il a avec raison fait la base fondamentale de sa nouvelle doctrine religieuse, et dont les diverses lois qu'il a formulées plus tard, ne sont que le développement.

Partant de ce principe, Moïses a dû commencer, pour faire concevoir la grandeur infinie et la sublime sagesse de ce Maître suprême de l'univers , par offrir à l'admiration des Israélites , ainsi qu'il l'a fait en effet dans la Genèse , un exposé sucdnct de l'histoire de la création du monde, objet de l'étemelle reconnaissance des hommes envers ce Dieu toutpuissant, source de tout bien. Dans ce même exposé historique Moïses a trouvé en même temps le moyen d'exciter Tamour-propre des hommes , en leur faisant croire que Dieu les a formés à sa propre image , et que justement fiers de cette haute condition , ils doivent chercher à s'en rendre dignes par la pratique de toutes les vertus et la plus respectueuse dévotion envers rÉterneh

Regardé au contraire comme document purement historique rêvéli I ainsi que les religions mosaïque et chrétienne teulent qu'on considère la Genèse, il est impossible, comme

4&6 rniotOMi di la ratctiie.

on le verra plus bas , de trouver dans ses principaux chapitres le moindre sens, raisonnable , présentant, ainsi que je viens de le dire, partout les contradictions et les impossibilités les plus manifestes; tandis qu*en lisant ce premier Livre du Pentateuque avec la connaissance préliminaire da but que Moïses s'est proposé, on le comprend parfaitemeot, malgré tout le merveilleux et les exagérations poussées jusqu'à Tabsurde dont il est rempli ; et Ton se convaincra par & même que ce n'est, ainsi que je Tai dit, qu'un simple Poëme bistorique, tout à fait analogue à Y Iliade^ à l'Odyssée et à YÊnéide, etc. , mais composé, entre autres» dans l'intentioD de satisfaire l'imagination d'un peuple grossier, qui se contenta, à ce sujet, de tout; il suffit que le récit qu'on lui fit ressemblât à de l'histoire, récit auquel Moïse put facilement rattacher en outre les principes et les règles qu'il voulait faire admettre par le peuple.

Après ce court exposé que je viens de faire de l'histoire de Moïses, avant la grande réforme qu'il a exécutée, nous pouvons examiner et critiquer historiquement les Livres qu'il a laissés; Livres où sont établies les bases de la nouvelle religion qu'il a instituée et les faits historiques sur lesquels il l'a fondée.

Dans la première partie de la Genèse^ cet illustre réformateur fait connaître , ainsi que je viens de le dire, la puissance, la sagesse et la bonté infinies de TÉtre Suprême, le seul Dieu Éternel 2i qui l'on doive rendre un culte, et qu'il désigne sous le nom sacré de lÉHOYA; nom que l'on écrivait, mais qu'il n'était permis de prononcer que dans les cérémonies les plus solennelles. Et en même temps Moïses y attacha l'histoire des premiers hommes, en indiquant les devoirs sacrés et la reconnaissance que tout le genre humain devait à son Créateur.

Dans la seconde partie du même Livre, Moïses rapporte l'histoire spéciale d'une famille qui , pendant que les autres hommes étaient tombés dans l'idôlatrie et le vice, a, au con*

CBAPITRI ZIT. 457

traire , seule conservé le culte du vrai Dieu , et a continué k pratiquer les vertus de ses ancêtres; famille que rÉtemel adopta, avec tous ses descendants, pour son peuple de prédilection, en lui promettant toute prospérité sur la terre de Chanaan ; le pays le plus beau et le plus fertile de TOrient, qu'il lui donna comme héritage accordé k titre de privilège à ses vertus , et surtout k sa fidélité dans sa foi en lui TÉternel, le seul Dieu auquel les Hébreux devaient rendre un culte.

Or c'est, ainsi que je l'ai déjk dit, de cette famille, dont le premier chef fut Abraham , que descendraient , suivant le texte mosaïque, tous les Israélites.

J'ai déjk fait remarquer que Moïses, élevé k la cour du Pharaon et instruit par les prêtres d'Osiris , croyait , comme ces derniers, k Texistence d'un seul Dieu, cause première de tout ce qui est; croyance qui devait même avoir passé dans le peuple , par le grand nombre de personnes initiées aux mystères des temples.

Cette opinion, que la croyance en un seul Dieu créateur de l'univers existait déjk en Egypte , ainsi que chez d'autres peuples de l'Orient, avant la grande émigration des Israélites sous la conduite de Moïses, ressort, ainsi que nous Tavons vu plus haut, non-seulement de ce qu'on sait des mystères qui ont été célébrés dans les temples d'Egypte, mais encore de plusieurs passages du Pentateuque même, que je ferai remarquer quand j'arriverai k en parler, et déjk de ce fait que , bien que les Hébreux n'aient , pendant plus de quatre siècles qu'ils ont demeuré en Egypte, rendu aucun culte k l'Éternel (Exode, YIII, 25, 26), l'auteur de la Genèse commence cependant ce Livre , en parlant du Dieu Eternel , Créateur de l'univers , comme d'un Étrç Suprême , dont l'existence, la sagesse et la toute-puissance sont généralement connues, sans toucher simplement k la question d'une théogonie quelconque, pour tâcher de prouver cette existence, ainsi que cela se trouve au contraire dans toutes les doctrines religieuses, des Peuples de l'antiquité, et spéciale-

meni chez les Cbàldéeos, dont les Israélites descendent, et chez les Égyptiens , parmi lesquels ils ont si longtemps vécu* Or il n*est nullement probable que les Hébreux aient pu con« server la moindre trace de Tancienne croyance religieuse qu'avaient eue leurs ancêtres avant l'arrivée de lacob en Egypte, mêlés comme ils Tétaient, pendant plus de quatre cents ans, aux idolâtres de ce pays; et eux*-^mémes, en tous temps très-enclins au culte des faux dieux , qu'ils ont souvent rétablis , quand plus tard, et même déjk du temps de Moïses, ils on t constitué une nation indépendante ; tandis qu'il est bien plus naturel de croire que cette croyance en un Dieu Créateur existait déjh, du moins obscurément, chez tous les Égyptiens, et que Moïses n'a pas eu besoin de prouver dans la Genèse, Texistence de cet Être Suprême , où il en parle, en effet, ainsi que je viens de le dire , comme d'une vérité généralement connue; ce qui montre que le but de ce grand réformateur n'a pas été , en fondant la religion hébraïque , de faire croire qu'il n'existait qu'un seul Dieu , mais que c'était le seul réel , le seul qu'on doive adorer , le seul auquel on doive rendre un culte ; et c'est en effet ce qui ressort parfaitement de tous les dogmes et principes de la doctrine mosaïque.

Quelle qu'ait d'ailleurs été la croyance religieuse des anciens Israélites, soit pendant, soit immédiatement après leur séjour en Egypte , elle ne nous est connue que par le Pen^ tateuque. Livre attribué à Moïses; et quoique cette antique origine de cet ouvrage ait été contestée par de nombreux érudits, qui ont cherché à prouver qu'il a été, sinon en partie composé depuis la mort de Moïses, du moins altéré, soit par des copistes, soit même par le grand sacrificateur Ezra, qui h ce qu'on assure, a entièrement refait, de mémoire, tout le Pentaleuque , après le retour de la captivité des Juifs à Babylone ; ce Livre ayant disparu dans l'incendie du temple de Jérusalem, lors de la prise de cette ville par Nébugaumetsàr, roi d'Assyrie.

Ce fait de la perte non-senlement de l'original écrit par

CHAMTIUI Jttf . 486

Moïses y et conservé dans le temple , mais eneore de toutes les copies qui ont pu en avoir été faites , est bien textuelle^ ment rapporté dans le quatrième Livre d'EzKA , chap. XIY et XY ; mais ce livre ainsi que le troisième , attribués à cet auteur , sont considérés par tous les savants comme apocry^ phes , et manquent même dans la plupart des Éditions de 1 Ancien Testament; probablement pour ce fait même qui enlèverait au Pentateuque toute son autorité comme Livre sacré.

Mais quoi qu'il en soit de la réalité de ce fait qu'Ezii est réellement Fauteur des troisième et quatrième Livres qui portent son nom, je dois toutefois indiquer ici ce qu*il dit au CHAP. XV du quatrième Livre, relativement à ce fait qu*il a recomposé de mémoire tout le Pentateuque, afln de faire mieux comprendre ce qui est rapporté au Livré de Nérémia, appelé aussi le second Livre d^Eziu. Il y est dit au quatrième livre, CHAP. XY, 21 , qu*EzRA, regrettant la perte des Livres de Moïses , dans l'incendie du temple de Jérusalem , adressa des prières k Dieu , lui demandant qu'il voulût bien lai donner par inspiration la faculté de pouvoir rétablir cet OQvrage, et que le Tout-Puissant ayant exaucé sa prière, lui ordonna de s'adjoindre cinq autres personnes qu'il lui désigna , et qu'il remplit de son Esprit. Par l'effet de cette in* spiration divine, les six scribes rédigèrent de nouveau, en quarante jours , tout le Pentateuque, formé de deux cent quarante volumes , et dont Ezra fit la lecture en public au peuple, ainsi que cela est rapporté dans Néhémia (YUI, 1).

Le Pentateuque , ainsi rétabli en tout par Ezra , ou sim-* plement revu et commenté par lui , serait en conséquence ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom des Cinq Lifi>re$ de Moïses ; mais quoi qu'il en puisse être, que ce soit vrai ou non , peut-on d'ailleurs penser que cet ouvrage , qui compte plus de trois mille ans d'existence, soit arrivé jusqu'k nous sans avoir jamais été altéré en rien par les copistes et les traducteurs , et qu'il n'ait surtout pas éprouvé de nom*

460 TBiOLOCit DB LA IfATURV.

breuses modificaUons déjà avant la venue de Jésus-Christ? Cela n*est pas admissible , quand nous voyons qu'encore de nos jours , on discute sur le vrai sens de ces ouvrages écrits en hébreu , langue qui , par son orthographe , se plie si facilement aux interprétations les plus opposées.

Hais en admettant même que le Pentateuque, tel que nous le connaissons, soit réellement Touvrage inaltéré de Moises, comment son auteur a-t-il pu avoir des renseignements exacts de ce qui s*est passé dès l'origine du Monde, dont il relate l'histoire? Comment a-t-il pu savoir de quelle manière l'univers a été créé, c'est-k-dire quelle a été la succession des grands effets par lesquels il a reçu son existence , alors qu'il n'y avait point d'hommes pour le voir et pour l'écrire? Comment a-t-il même eu connaissance de la manière dont les Êtres organisés ont reçu l'existence , et entre autres l'espèce humaine, faits qu'il rapporte comme le ferait un témoin oculaire , et en outre ce qui s'est passé alors dans ce qu'il a appelé le Jardin d^Êden , ainsi que cela est dit dans la Genèse? EnGn , comment Moïses a-t-il même pu connaître la filiation des hommes dans les premiers temps de l'existence de leurs races, où l'espèce humaine, sans aucune trace de culture , a dû vivre h l'état sauvage , comme le sont encore aujourd'hui une foule de peuples de la Nouvelle-Hollande et de l'Amérique du Sud , qui nous offrent cette condition de rétat primitif de tous les hommes ; c'est-^-dire vivant au milieu des forêts, où ils se nourrissent des fruits et des animaux que le hasard leur fait découvrir; état où ADAM €t ses premiers descendants n'ont certes pas eu Tidée de tenir un journal de ce qui leur arrivait , pas plus que cela n'a eu lieu jusqu'à présent chez les innombrables nations sauvages dont je viens de parler ? Que dis-je ? aujourd'hui encore , des peuples très-avancés en civilisation , mais , du reste , illettrés , ne connaissent même pas l'histoire de leur propre famille au delà d'un siècle. Qu'on demande, par toute TEurope, à un campagnard qui sait même lire et

CHAPITRK XIV. 461

écrire, comment s'appelait le grand-père de son grand-père, il estk parier qu'il n'en saura rien ; et comment veut -on que Moïses ait pu savoir ce qu'étaient Adam et Éva, quels ont été leurs premiers descendants , et ce qui leur est arrivé à des époques si reculées, pour avoir pu si bien écrire leur histoire? Les orthodoxes disent, avec une impertubable assurance , que Moïses ne l'a su en effet ni par des écrits qui lui auraient été transmis , ni même par la tradition , l'un et l'autre impossibles chez des sauvages, mais par révélation; c'est-k-dire par Yinspiration qui lui en est venue de Dieu. Malheureusement pour eux , tout en admettant la réalité du miracle , en partant de ce principe que tout est possible à Dieu, système de discussion par lequel on croit pouvoir prévenir à coup sûr toute espèce d'objection , nous verrons que même cette forme sophistique de discuter ne peut tenir contre la critique purement historique des Livres de Moïses, dont les exagérations, les impossibilités physiques , et surtout les contradictions sans nombre, prouvent sans réplique qu'ils sont de pure invention , et rien autre chose que des Poèmes , sans doute fort beaux en hébreu, mais que la Divinité, qui n'est que vérité^ ne saurait jamais avoir dictés.

En effet, que les Livres attribués à Moïses soient réellement de lui et non altérés , ou bien refaits sous son nom par EzRA, toutes ces opinions doivent être écartées ici, comme purement hypothétiques. Et quant à moi je dois d'autant plus les écarter, que le Pentateimue^ tel qu'il est aujourd'hui, BOQS est donné avec plusieurs autres livres formant Y Ancien Ttêtamenty comme Tune des grandes bases sur lesquelles est fondée notre doctrine religieuse.

C'est ainsi comme document théologique que nous avons ^ le considérer ici; et cela non en recherchant, avec d'autres critiques, s'il a été altéré, mais uniquement sous le rapport des faits qui y sont relatés ; c'est-k-dire que cet ouvrage et plusieurs autres nous étant présentés comme ayant été iniptrés à leurs auteurs par Tlntelligence divine, nous avons

46i THiOLOaU DI L4 iutdri.

principalement k examiner si le fait de cette réf élatioD est admissible ou non , sans nous permettre d'entrer dans ia moindre discussion sur la vérité ou la possibilité des miracles qui y sont rapportés : objets qu'on doit laisser à cha* cun à apprécier dans sa propre conscience , selon U foi qu'il a dans la toute-puissance de l'Être Suprême, à qui tout est possible , excepté d'être en oantradiction avec les principes de son immuable justice et de sa bonté infinie; ittribuls de la Divinité qu'aucune doctrine ne peut dénier. Or c'est essentiellement sous ce rapport de l'impoesibibté morale que le caractère sacré d'oicoragre rèfrilé qu'on donne « Livres de Moïses et même k tous cenx de l'Ancien Testament» est plus que contestable; une foule de faits qui y soot rapportés étant teUemeut contraires k la logique la pins folgaire, ou en opposition avec les lois éterudlês de la natire, créée» par Dieu même, qu'il est impossible de les admettre comme réels; mais encore, dans de nombreux passages, sont rapportés des actes d'une si révoltante immoralité, qu'on ne saurait » sans le plus horrible blasj^me, les attribuer à la Divinité , qui les aurait commandés suivant l'espression formelle du texte.

Mais quoique l'Ancien Testament, et principalement ie Pentateuque, ne soient évidemment que des Poèmes of de simples ouvrages historiques, ils sont toutefois du ftas baot intérêt, soit comme Livres de doctrine, soit tomme les do* cuments les plus anciens de l'histoire qui soient arriva jusqu'à nous; et dans la Genèse, qui réunit cssenlieHemefll ces deux caractères, l'auteur, partant du principe, fonda* mental pour lui , de l'existence éternelle de Dieu , commeooe ce remarquable Poème par le sublime exposé des pbéDOmènes cosmogoniquee qui ont eu lieu , alors qu'il a plu ^ <9^ Dieu tout-puissant de créer l'univers , et commence ainsî ses poétique récit :

QiAPiTiui iiy; 463

§ I. GeniM.

i^ Venet. « Dieu créât au eommencêmmt U$ Ciêux et la Terre. »

Déjà au si;uet du premier verset , ainsi qu'k Tégard des aaivanls, plusieurs critiques ont fait remarquer que Moïses employait pour désigner le Créateur, non pas le nom Aelihooa qui répond en français plus particulièrement à Éternbl» le nom sacré que les Hébreux donnent k TÊtre Suprême, mais celui d'ELOBiM , le pluriel d^EtÔAH » qui signifie réellement Djeu ; d*où Ton a voulu conclure que Moïses » tout en enseignant le Monothéisme , était cependant polythéiste. Cette erreur vient de ce qu'en hébreu, l'usage veut qu'on emploie le plus ordinairement pour les titres, le pluriel ï la place du singulier en témoignage de haute consi* dération pour Dieu et les personnes, tout en laissant le verbe au singulier; k peu près comme en français on emploie le pronom vous à la place de tu en parlant aux personnes (i)«

Au second verset du premier chapitre de la Genèse, ainsi conçu:

i.tEtla terrfi était sans formé et xide , «I les tinibree étaient sur la face de ï abîme y et V Esprit de Dieu se mouvait sur les eauxj »

Moïses exprime l'idée qu'il s'était faite du premier état de Tunivers, alors que la terre en formait la base et que l'espace aérien , avec les nuages et tout ce qu'il renferme en outre, constituait sa région supérieure, que le vulgaire nonmie encore de nos Jours le del. Or Moïses a nécessaire* ment compris qu'immiédiatement après sa formation, la terre a dû être brute et aride ; que la partie solide constituait le sol ou partie inférieure; qu'au-dessus devait exister l'air

(1) Voyu la note n* Vt.

464 THBOLOGIB DB LA EfATCRB.

chargé d'épais nuages , restes de la tempête qui avait accompagné cette immense formation , et que TEsprit de Dieu planait au-dessus.

Aux 3™, 4"* et 8"* Versets, il est dit que Dieu a produit la lumière en la séparant d'avec les ténèbres. Encore ici on a trouvé un non-sens, disant que la lumière émanant da soleil, ne peut pas avoir été créée le premier jour, tandis que cet astre ne le fut que le quatrième. Sans vouloir faire forcément concorder la cosmogonie mosaïque avec les faits réels que l'étude de la géologie a depuis démontrés être vrais, ainsi que le veulent k toute force les théologiens orthodoxes , on peut cependant encore expliquer comment Fauteur de la Genèse a pu concevoir comme vrai ce qui est aujourd'hui reconnu comme une espèce de paradoxe. II est . en effet , constant que la lumière du jour émanant du soleil, n'a pas pu être créée avant cet astre; mais la lomière en général, toute la lumière n'en provient pas, et peut , en conséquence , être considérée comme un objet produit avant.

Au 4""* Verset^ Moïses exprime la satisfaction que le Créateur a éprouvée à la suite de ce qu'il venait de faire, en disant : c Et Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. » L'auteur de la Genèse exprime ici un sentiment qu'on ne saurait attribuer k l'Être Sapréme qui, tout-puissant, sage et omni-scient, n'a paspo douter du bon résultat de ce qu'il faisait, et ne décootrir qu'après qu'une chose était produite qu'elle était bonne; d'où il est impossible qu'il puisse avoir été satisfait d'une de ses œuvres plus que d'une autre: toutes étant parfaites. Hais Moïses en a jugé par lui-même, qui, en sa qualité d'homme, pouvait être plus ou moins satisfait de ce qu'il faisait, et souvent même fort mécontent de ce qu'il avait produit ; de sorte que ce verset, comme d'ailleurs une foule d'autres passages du Pentateuque , ne sauraient avoir été inspirés par l'Esprit divin.

CHAFRRK XIV. 465

Âax Ver$êî$ 6 et 7, Diea créa l'étendue, et sépara ainsi les eaox qoi sont au-dessous de cette étendue d'avec celles]placëes au-dessus.

Il est évident que Moïses parle ici de la région atmosphérique séparant Veau qui se trouve à la surface de la terre d'avec les nuages placés dans la partie supérieure de l'espace queUoîses crut être au-dessus de l'étendue absolue : autre erreur qu'on nesaurait attribuer à l'intelligence suprême ; et cela d'autant moins quil est dit au verset 8: t Et Dieu nomma Titendue deux. » Or l'objet désigné par ce dernier terme , et que nous appelons le firmament, n'existe qu'en apparence pour nos sens, sous la forme d'une voûte bleue parsemée d'étoiles, mais non pas pour le Créateur, qui en conséquence ne pouvait pas lui assigner de nom ; mais les hommes ignorants de l'époque où écrivit Moïses pouvaient croire réellement que l'espace azuré où sont les nuages était limité par une voûte ; erreur qui ressort encore du vers. 9 où Dieu ordonne c que les eaux qui sont au-dessous des Cieux soient rassembUes en un lieu, et que le sec paraisse, i Ce qui exprime que Dieu regardait en effet les nuages comme placés an-dessus des Cieux.

Au Verset 10, c Dieu nomma le sec Terre. Il rumma aussi Vamas des eaux Mer ; et Dieu vit que cela était bon.

Or le Créateur n'avait non-seulement pas besoin de donner des noms ni à la terre ni à la mer, ces noms devant leur être assignés plus tard par les hommes, suivant leurs langues, comme le furent ceux des autres objets; mais cela est d'autant plus extraordinaire que l'espèce humaine, à qui ces dénominations ont été enseignées, ii'existait pas encore; et l'expression de la satisfaction que Dieu a éprouvée à la vue de son œuvre, comme ailleurs pour la création de la lumière, n'est, comme on voit, qu'un refrain de poésie que Moïses ajoute h ce singulier anachronisme.

Aux Versets 1 1 et 1 2, Dieu crée les végétaux ; toujours avec le même refrain, et suivi du vers. 13 où il répète aussi,

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