CHAPITRE XIV
il n>sl pas probable que Moïses ail eu une connaissance réelle de ce fait , mais qu^il Ta admis parce qu il fallait nécessairement que les végétaux aieut existé avant les Animaux, pour leur servir de nourriture. C'est également ainsi que, suivant la Genèse, les Animaux aquatiques auraient été produits les premiers ; ce qui n'est vrai qu'en thèse générale, relativement au nombre des espèces , mais non d'une manière absolue , vu qu'on trouve parmi les fossiles les plus anciens des animaux aquatiques mêlés à des espèces terrestres de toutes les classes, li l'exception toutefois de celle des Mammifères. Or, ici encore. Moïses, qui n'était sans doute pas grand Naturaliste, a évidemment jugé d'après les probabilités , vu qu'ayant admis que toute la terre a été primitivement entièrement submergée , il ne pouvait y exister que des animaux marins; erreur fort excusable chez un homme qui était plus théologien que géologue.
L'auteur parle aussi du soin qu'a pris l'Être Suprême de destiner f herbe verle k la nourriture des Animaux ; aliment qui ne serait en conséquence point à l'usage des hommes, k quelque titre que ce soit; et comme il n'est point fait mention des animaux qui vivent d'autres substances, on devrait en conclure , si Ton voulait prendre la Genèse rigoureusement à la lettre, que les espèces frugivores, granivores, etc., mais surtout les carnassières, n'auraient point le droit de se nourrir de ce qu'ils mangent habituellement ; aliments pour lesquels ils sont cependant bien évidemment organisés , le Créateur n*ayant point indiqué à Moïses la nourriture qu'ils devaient prendre. Mais il est plus probable que l'auteur de la Genèse a simplement oublié d'en parler.
Enfin , d'après le texte de la Bible , les hommes ne devraient vivre que de fruits, et non de chair, dont il n'est point fait mention, ni même de feuilles vertes, formellement destinées aux bêtes ; ce qui est également en contradiction manifeste avec leur organisation, qui prouve, de la manière la plus évidente, que l'espèce humaine est essentiellement car-
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nivoro; el cela , au point qu*il loi serait impossible de ne se nourrir convenablement que d'une seule substance naturelle, non préparée, quoique, au fond , Thomme soit plus partieulièrement carnÎTore et frugivore. Mais Moïses D*était sans doute pas assez savant physiologiste pour le savoir , et la prétendue révélation Ta mal servi qaand il a écrit la Genèse.
Enfin , il est toutefois vrai , comme le dit là Genèse , que le genre humain appartient à la dernière création , sans avoir été pour cela créé tout seul ; mais doit-on conclure, de eette espèce de concordance du texte biblique avec les faits d'histoire naturelle, que Moïses le savait, soit par révélation, soit par ses connaissances géologiques? Ni l*nne ni l'antre de ces hypothèses n'est probable; car cette même révéla* tien lui eût nécessairement parlé de plusieurs espèces humaines créées , et non d'une seule , dont Adâm serait la souche ; vu qu'il est hors de toute espèce de doute que la ra/ùê blanche et la race nègre , par exemple , n'ont jamais eu de Père commun ; et il en est de même de plusieurs antres races également bien distinctes (i ).
Cette même révélation ne lui eût certes pas ditquel' JïomfiM était fait !i Timage de Dieu ; assertion blasphématoire qu'on ne peut réellement considérer , ainsi que je l'ai déjk fait remarquer ailleurs, que simplement comme une expression dont Moïses s'est servi pour stimuler l'amour-propre de son peuple, afin de le porter par Ik k la pratique de la vertu , lui faisant croire que 1 homme est d'une espèce infiniment andessus de celle des autres Êtres de la nature; tandis qu'il n'existe, en quelque sorte, que d*assez légères modifications entre lui et les singes, dont il ne diffère pas plus que le chat ne diffère du chien ; animaux qui appartiennent également h la classe des mammifères, au même titre que le genre bumain; qui ne se trouve qn'k un seul degré au-dessus de l'orang-outang; d'où il résulte qu'en prenant à la lettre
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(1) Voyeï la note n* SO.
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rasscrlion de la Genèse, la Divinité ne différerait que fort peu de la brute; carie texte est formel Ik-dessus, [tarlant bien évidemment de la ressemblance du corps , et non pas des facultés intellectuelles; et d'ailleurs, s'il ne s'agissait même ici que de l'analogie qui parait exister entre la Divinité et l'Esprit qui anime l'espèce humaine, on arriverait également k la même conséquence absurde , vu que l'homme , quoique seul doué de la raison à un degré illimité , ne diffère pour cela de la brute que par un simple degré plus élevé. Sous ce rapport, la comparaison n'en serait pas moins blasphématoire, et ne peut être pardonnée qn'k un Poète, qui, n*ayant pas réfléchi aux conséquences auxquelles conduisent les figures de rhétorique qu'il a employées, s'est trop facilement abandonné aux élans de sa chaleureuse Imaginative et à l'abus des hyperboles.
Au second chapitre de la Genèse , Moïses parle du repos aoquel Dieu s'abandonna après la grande œuvredelacréation, qui, ayant duré six jours, leCréateur s'est reposé le septième ; d'où Moïses tire la conséquence , qu'à cet exemple de l'Être Suprême , les hommes aussi ne doivent travailler que six jours, et consacrer le septième essentiellement au culte de l'Éternel. C'était sans doute la manière la plus sublime de sanctiCer ce jour du Sabbat, que de le présenter ainsi comme institué par la Divinité elle-niême, qui lui imprima par ik le caractère de la plus grande solennité-, et que c'est en conséquence en ce jour que les Israélites, son peuple de prédilection , doivent lui rendre le culte qui lui est exclnsitement dû.
Mais en se fondant sur ce principe pour établir le sabbat, il n'en est pas moins vrai que l'auteur de la Genèse a rabaissé Dieu au niveau des hommes, en disant qu'après ce travail il eut besoin de repos; ce qui suppose de la part de l'Être Suprême une fatigue impossible chez le Tout-Puissant. Or cette idée de considérer ainsi Dieu comme un simple homme, on la trouve fort souvent exprimée, non-
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seulement dans les Livres de Moïses, mais partoatdans l'Ancicn Testament, ainsi qu'on le verra plus loin; idée que, faute d'une instruction suffisante, beaucoup de personnes ont encore aujourd'hui de l'Être Suprême « et qui fait qu'elles croient pouvoir le tromper soit par des cérémonies matérielles, soit par des prières simplement débitées du bout des lèvres , sans que le cœur y prenne la moindre part.
Quant à la période de sept jours que forme la semaine, ce n'est sans doute pas k la série de six jours de la création qu'elle est due, mais bien évidemment aux phases de la Lune qui marquent ce temps, ainsi que cela est reconnu de tout le monde.
Dans la seconde partie du chapitre deuxième. Moïses revient h la création de l'espèce humaine, disant : Verset 7. « Or, V Éternel Dieu avait formé Vhomme de la poudre de la terre , et il avait soufflé dans ses narines une respiration de foie; et r homme fat fait en âme vivante. >
Il exprime ainsi le fait que le corps d'ÂDàM fut formé de la matière brute de la terre et que le Créateur lui insuffla le principe vital.
Or ce souffle de la vie , Dieu Ta donné de même à tous les animaux, voire même aux plantes, mais surtout aux premiers, qui , sous ce rapport , ne diffèrent pas d'une manière notable de l'homme , et si Moïses ne l'a pas dit, on peut penser que c'est uniquement par oubli ; et il est plus probable que c'est parce qu'il ne le croyait point, pas plus que la plupart des autres philosophes.
Dans la troisième partie du second chapitre , Moïses parle du soin que l'Éternel a spécialement pris de l'homme qu'il venait de créer, le huitième verset étant ainsi conçu :
« L Éternel Dieu avait aussi planté un jardin en Éden du calé de l Orient ^ et il y avait mis Vhomme qu'Q avait formé, »
i). nEt V Éternel Dieu avait fait germer de la terre tout