‹ Théologie de la nature (volume 4)Chapitre 92 sur 136 · c £| Dieu dit : Qui fa montré que tu étais nu · texte numérisé non relu

c £| Dieu dit : Qui fa montré que tu étais nu

478 TmioLOMB i» là RÀTmi.

ITaê'iu pa$ mangé de tarbre duquel je t'avaiê dèfmàu de manger? »

12. « £t Adam répondit ; La femme que tu m"a$ donnée pour être avec mitri m'a donné du fruit de r arbre , et j'en ai mangé. »

i3. € Et l'Éternel Dieu dit à la femme ( Pourquoi ete-tu fait cela ?Etla femme répondit : Le Serpent m'a séduiie^ M fen ai mangé. »

1 4. « Alors V Étemel Dieu dit au Serpent : Parce que tu me fait cela i tu serai maudit entre tous les ani9nauss et entre toutes les bêtes dee champs; tu marcheras eur ton iMUre et lu mangeras la poussière tous les jours de ta vie. »

1{(. < Et je mettrai de Vinimitié entre toi et la femune; entre ta postérité et la postérité de la femme : cette postérité t'écrarsera la téte^ et tu la bleseeroê au taton. »

!(>• € Et U dit à la femme : Taugmenterai beaucoup Um travail et ta grossesse^ et tu enfanteras en trawiil Us enfants; tes désirs se rapporteront à ton mart, et il dominera eur toi. »

17. « Puis il dit à Adam : Parce que tu as obéi à la po^ rôle de ta femme ^ et que tu as mangé de V arbre duquel je t'avais donné ce commandement^ disant : l'u n'en mangeras point; la terre sera maudite à cause de toi; tu en mangeras en travail tous les jours de ta vie. »

18. €'Et elle te produira dee épines et des chardone; et tu mangeras l'herbe des diamps, »

19. c Tu mangeras le pain à la sueur de ton meage , jusrqu'à ce que tu retournes en la terre , d'où tu as été pris ; car tu es poudre^ et tu retournerae en poudre. »

SO. < Et Adam appela sa femme Éva (ou platôt Hana , vhifiaaie) , parce qu'elle a été la mère de tous les nivante. •

21 . ^ Et V Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des robes de peaux et les en revêtit* »

22. € Et l'Étemel Dieu dit : Voici , Fhomme est devenu comme l'un de nous , s(ichant le bien et le mal. Mais mainie' nant il faut prendre garde qu*il n'avance sa main^ H ne prenne

CMAPITRB XIV* 479

atusi de V arbre de Dte^ et qu'il r^'en mange et ri^^ rive à iou^ jwrs. »

23. < Et r Étemel Dieu le fil âorlir du jardin d'Êden^ p<mr labourer la terre^ de laquelle il avait été pris. •

24. ce Ainsi il chassa Vhomme; et il logea les chérubins vers V Orient du jardin d'Êden , avec une lame d'épèe de feu, qui se tournait çà et là , pour garder le chemin de l'arbre de vie. »

Comment trouver un sens raisonnable dans tout ce chapitre^ en le prenant k la lettre? Et même en n*y voyant qu'une allégorie, il faut encore l'expliquer tout autrement, et tirer les conséque»ees par les cheveux , pour arriver k se faire une idée de ce que l'auteur a voulu dire et enseigner par là. En eiet, si tout ce chapitre a?ec le précédent ne sont pas une simple allégorie, comment admettre que les serpents d'alors parlaient et marchaient autrement que sur leur ven^ (re, ainsi qu'ils le font aujourd'hui? On dira que le serpent dont il est ici question était le mauvais génie , qui avait pris t^tte forme pour séduire Éva , et avait, en conséquence , la faculté de parler ; soit. Mais alors pourquoi Dieu, dans sa subliae justice, a-t*il pu pour cela maudire toute la race des >^is serpents et les condamner à marcher dorénavant sur le ventre, k avoir la tête écrasée par les hommes, à être ï. ceux-ci un objet d'éternelle inimitié , et condamnés en outre k manger de la poussière? Or tout cela est non-seulemént absurde et blasphématoire pour la bonté et la justice divine, tuais encore complètement faux sous le rapport anatomique et physiologique ; car jamais ces animaux n'ont pu marcher ntrement qu'ils ne le font maintenant , c'est-k-^ire que sur leur ventre ; fait prouvé par les détails les plus minutieux de leur organisation , qui est même un chef-d'œuvre de méeatuqoe pour œ mode de locomotion, ainsi que je l'ai fait voir plus haut, en indiquant en peu de mots l'admirable structure du corps de ces animaux. Et si cette obligation de ramper était le résultat d'une malédiction divine ^ arrivée

480 TBI0L06U ra LA llÂTDEl.

après la création de ces élres si injastement haïs, le serpeni offrirait par Ik même ane singulière exception des lois divines de la natare , par lesquelles tous les animaux présentent dans leur organisation une admirable gradation insensible , par l'effet de laquelle on voit, dans la classb des Reptiles, les organes du mouvement se modifier peu è peu, depuis les Lézards qui courent lestement sur leurs quatre pattes, jusqu*k la série très-nombreuse en espèces fort différentes de la Famille des Serpents qui, enfin, complètement privés de membres, rampent sur leur ventre avec non moins de rapidité que les animaux les meilleurs coureurs ne se meuvent sur leurs pieds. Or cette gradation dont je viens de parler est la preuve la plus évidente que le mode d'or-^anisation des Serpents est entré dès Torigine du monde )lans le plan général que le Créateur a suivi dans tout le Règne ani« mal ; plan qui a ainsi nécessairement préexisté k la Création: D'ailleurs le Serpent , vrai ou simulé de la Rible , n'était que d'une seule espèce ; et si Dieu , dans ^injustice que lai suppose implicitement Tauteur de la Genèse, a voulu frapper tous ses descendants de sa malédiction , pourquoi tontes les autres espèces si nombreuse de cette famille , et appartenant k tous les pays du monde , sont-elles dans le même cas? Dieu aurait donc pour ce seul acte individuel d*un serpent, ou du mauvais génie, car on ne sait plus lequel des deux, maudit, non celui-ci, mais l'innombrable race innocente des serpents! Cette croyance ne constitue- t-elle pas, comme je viens de le dire, un horrible blasphème envers l'Éternel? Enfin ce qui prouve en outre que tout cela n'est autre chose qu'une extravagante allégorie , c'est qu'on n'écrase pas régulièrement et sans exception la tète k tous les serpents , comme le veut la prétendue malédiction divine, et ces animaux ne se nourrissent pas non plus de poussière , comme le dit la Genèse, mais bien sans exception d'animaux vivants ; et si certaines espèces seulement sont pourvues d*uD venin plus ou moins dangereux, c'est pour leur défense, eo

CHAPITIIB XiV. 481

blessant leurs ennemis k toutes les parties da corps , et non pas uniquement au talon , ainsi que , selon la Genèse , Dieu l'a voulu.

Dieu, est-il dit aussi, avait formellement défendu à Adam de manger du fruit de deux arbres plantés dans le Jardin d'Éden, de Y Arbre du bien et du mal, et de celui de la vie; mais que sont devenus aujourd'hui les espèces de ces deux arbres? Personne ne les connaît et jamais ils n'ont été retrouvés depuis. N'auraient-ils existé que dans le jardin d'Éden uniquement pour tenter nos premiers parents, et furent-ils détruits de nouveau après qu'Éva se fut laissé séduire par le piège que Dieu lui aurait tendu, uniquement pour avoir un motif de la maudire avec toute sa postérité? Non ; on ne conçoit pas comment l'auteur de la Genèse n'a pas compris toute l'énormité de ce nouveau blasphème !

Mais ce n'est pas tout : l'arbre de la vie n'a même jamais servi à rien , vu que Dieu, après l'avoir créé, pour tenter Adam et Éva, plaça un Ange auprès de cet arbre, avec une épée flamboyante & la main , pour les empêcher d'en approcher, et finit même par les chasser du jardin où se trouvait ce mystérieux végétal.

Comment admettre encore ici la réalité de ces faits sans rabaisser la majesté de l'Être Suprême jusqu'aux conditions des bomoies malfaisants avec préméditation? C'est-k-dire comment estril possible qu'on puisse croire que Dieu ait ainsi provoqué nos premiers parents k cette grande faute, qui , nous dit-on , a été la cause de toutes nos misères , et nous pnnir, quoique parfaitement innocents , d'un péché commis par d'autres, qui eux-mêmes n'ont succombé qu'k la tentation attachée k Texistence même de cet arbre , queTËtre Suprême a créé pour leur servir de piège? Enfin, pourquoi Dieu a-t-il créé l'arbre de vie,* qu'il a ensuite de nouveau détruit lui-même, sans qu'il ait jamais produit l'effet attaché k sa propriété; fait qui insinue même que Dieu ayant eu des regrets de l'avoir créé, l'a de nouveau fait dis-

IL 3t

483 THÉO^OfilX M Là MATCrE.

parailre; aulre blasphème qui admet l'ineoiuëqiience de ]*Étre Suprême, lui qui D*est que sublime Sagesse et iDtdligence pure.

L'auteur de la Geuèae semble attacher aussi une bien grande Importance h ce fait, qu'Adam etÉia ne s'étaient point aperçus qu'ils étaient tout nus avant d'avoir mangé du fruit défendu , comme s'ils avaient été privés avant des sens de la vue et du toucher , et que, honteux de leur nudité, ik n'osèrent se présenter dans cet état devant TÉternel , comme s'ils avaient pu savoir que cela constituait une inconvenance; car qui leur a dit et fait comprendre que, bien que Dieu les eût créés nus, il ne voulait cependant pas qu'ils le fussent; et Adam et Éva s'étant, en conséquence, ûài des vôtementa avec des feuilles de figuier, Dieu leur en fit, est-il dit, de peau. Encore ici, l'Être Suprême D'esl41 pas présenté comme ayant agi avec inconséquence, vn qu'après avoir créé Adam et Éva tout nus, il les vêtit lui-même, non en les couvrant de pefls comme les animaux, ainsi que oela aurait dA être pour conatituer un vêtement naturel , mais qu'il le leur /U de peau , c'est-à-dire d'objets étrangers; en même temps qu'on présente en outre l'Éternel comme ayant confectionné ces vêlements luHmême, sans accorder la même faveur aux autres hommes. Les Sauvages de nos jours et de tous les pays, quoique enfanta du même Dien, vont encore maintenant complètement nus, sans penser qne oeb est le moins du monde inconvenant devant leur CniatMr; et si les peuples ua peu civilisés commencent d'abord à se couvrir les reins , c'est par Tefiet même de cette civiKsation , et par rapport k leurs semblables, devant lesquels ils ne veulwt pas paraître nus» et non psfce qu'ils pensent que la complète nudité aoit inconvenante devant DÎeu, se déshabillant entièrement quand ils sont seuls , ou bien qnand ils se baignent, aussi bien d'ailleurs que les h(Mnmes les mieui civilisés , quoiqu'on se trouve toujours et partout en présence de l'Être Suprême, k qui Ton doit du respect. Or tout cela

CiUPiTiui uv. 483

ne prouve*t-il pas , comme d'ailleurs une foule d'autres passages du Peutateuque, que Moïses n*a jamais considéré le Créateur que simplement comme une homme très-puissant, mais capable de toutes les passions humaines?

Pour punir Éva de s'être laissé séduira par le serpent. Dieu la condamna ï être soumise à son mari et à enfanter avec douleur. La première condition n*eit*elle pas plutôt la conséquence de la prépondérance de la force brutale de l'homme qui, dans son égoisme, a soumis la femme à son autorité , force prépondérante qui se retrouve chez tous les mâles des autres mammifères , et ne constitue ainsi aucune qualité spéciale de Thomme? Quant k la seconde condition à laquelle Éva et toutes les femmes ont été aâsujetties , elle est également attachée k toutes les espèces de cette Classb du Hègaià animal » et ne constitue aÎAsi non plus une exception pour les femmes seulement; k moins de pouaser la eonséquenœ jusqu'il point d'admettre que la jEaute de la première femme a été fatale , nourseulement à tout le genre humain , mais même à l'universalité de tous les mammifères, qui auraient été compris dans la même malédiction divine. C'est k de semblables conclusions qu'on est amené, en acceptant le texte de la Genèse comme inspiré k son auteur par l'Esprit divin .

Dieu punit aussi Adam d'avoir cédé k 6a femme, et cela non-seulement en le maudissant personnellement, mais en étendant, k cause de lui, cette malédiction juequ'k la terre ; disant qu'elle ne lui produira que des épines et des chardons ; qu'il se nourrira de l'herbe des champs, et qu'il ne msmgera tous les jours de sa vie son pain , qu'on travaillant k la sueur de son visage. Et ici, d'ajirès la suite du texte, Adam samUe répondre k tant de malédictions en nommant sa femme Éva, parce quelle a été la mire de tous les viumU ; passade si inattendu, qu'on doit nécessairement admettre qu'il a élé ^ideiQeut interpolé par quelque copiste.

Quoique nous ne puissions pas vérifier si la punition in-

484 TBBOLOGII DB Là NATURE.

flîgée individuellement k Adam et h Éva a été exécutée , nous savons toutefois qu'elle n'a pas été appliquée rigoureusement à leur postérité , ainsi que les Juifs et les Chrétiens l'admettent, par la foi qu'ils ont dans le texte de la Bible ; la terre produisant , outre des chardons et des épines, aussi une infinité de plantes utiles aux hoomies; en même temps que ceux-ci ne sont jamais réduits k se nourrir de Therbe des champs. Enfin Moïses , pr^nt k l'É temel l'expression qu*Adam mangera son pain k la soeur de son visage, n'a pas pensé , en écrivant ce passage, qu'il commettait encore là un singulier anachronisme, vu qu'il n'existait pas alors de pain , et que ce mot, par lequel on désignait probablement déjk de son temps la nourriture en général , ne pouvait pas avoir signifié la même chose, dès la création du monde, pour le prêter 2i l'Être Suprême.

Au CHIP, m, 22, € V Étemel Dieu dit: Voici, Vhamme est devenu cwnme Vun de nous , sachant k bien et le mal. Mais maintenant U faut prendre garde quHl n'avance sa main , et ne prenne aussi de Varbre de vie , et qu'il n*en mange , et ne vive à toujours. »

Ce passage , en contradiction avec le principe du monothéisme enseigné par Moïses, provient très-probablement d'un peu de paganisme qui est venu se mêler aux traditions des Hébreux , et que Moïses a un peu légèrement admis en composant la Genèse. Cela est cependant d'autant plus éton* nant qu'il place ses paroles dans la bouche de TÉternel , qui lui-même parle ainsi d'autres divinités; et au verset 24, il est fait mention de chérubins , comme d'ailleurs , dans d'autres endroits encore de l'Ancien Testament, ce qui prouve que Moïses admettait l'existence de ces Divinités subalternes.

De telles contradictions peuvent être facilement admises dans un Poème , où toutes les licences poétiques sont permises, où l'on personnifie tout, même l'Être Suprême, eo lui prêtant des paroles contraires à sa Sagesse, et jusqu'il des

CBAPITIIB IIV. 485

passions humaines. Afin d'embellir le sujet, on a imaginé, pour peindre la félicité de l'homme primitif , de le placer dans un jardin de délices ; mais diverses prescriptions lui indiquaient, d'une part, ce qu'il lui était permis de faire, et de l'autre , ce qui lui était au contraire défendu. Peut-être l'auteur de la Genèse a-t-il voulu exprimer par ces mots : Arbre de vie y et Arbre de la science du bien et du mal ^ que dans les premiers jours , Adam et Éva étant exempts de toute souillure par le péché , jouissaient de la félicité la plus parfaite dans le lieu de délices où Dieu les avait placés; mais qu'aussitôt qu'ils ont , par l'effet d'une insinuation attribuée au mauvais génie , représenté sous la forme d'un serpent, appris à connaître les jouissances physiques, ils furent portés à en abuser et h désobéir à la volonté de Dieu , et de là k s'adonner à tous les vices , par lesquels ils déméritèrent la bienveillance divine. Or le serpent , animal qui par sa forme grêle , aussi bien que par ses mouvements qui s'exécutent sans bruit , peut en effet s'insinuer facilement partout à l'insu de tout le monde , pouvait de là très-bien senir de symbole et être considéré comme représentant le mauvais génie ou le vice , qui s'insinue de même dans l'esprit et le cœur des hommes ; et le Poète , donnant libre carrière à son imagination , prit la fiction pour la réalité , oublia que le serpent , dont il s'était servi comme simple image , était au fond parfaitement innocent dans le péché d'Adam , et chargea la race entière de ce pauvre animal de la malédiction divine , en la condamnant à marcher sur le ventre; ce qui devait paraître en effet un supplice à l'auteur, qui marchait , selon lui , plus commodément sur ses pieds.

En ne considérant ainsi toujours la Genèse que siniplement comme un poème allégorique sur la création , ouvrage que l'auteur n'aurait pas eu l'intention de donner comme une véritable histoire de l'origine de l'univers , quoique plus tard on l'ait regardée comme telle , on peut aussi expliquer con-

4M TH^OLOCIH Dl LA HATCM.

venablcment la transmission , h toute perpétuité , de la tache du péché originel.

En effet, Adam et Éva en sortant des mains du Créateur, sont considérés par le Poète comme heureux , vivant dans les délices de l'innocence ( dans l'Éden ) , encore libres de toute connaissance du bien et du mal , qu'ils ne discernaient pas ; connaissance que l'auteur place allégoriquement dans la nourriture du fruit d'un Arbre , dont la jouissance prodoit le bien lorsqu'on en use modérément, et le mal quand on en abuse ; mais que cet arbre est plus particulièrement celui du vice , vu que le bien préexistant au mal , sous le caractère de rinnocence , ne devient appréciable comme tel que par son contraste avec ce dernier , et se trouvait ainsi implicitement dans la même cause (l'arbre du bien et du mal). Or ce penchant k la jouissance , Dieu l'a lui-même mis dans l'instinct de l'espèce humaine, sans avoir voulu qu'elle eo abusât ; idée rendue matériellement par l'arbre planté par le Créateur dans l'Édeu Hais séduits par le vice , personnifié dans le serpent qui poussait Adam et Éva k la désobéissance envers Dieu , désobéissance qui consistait k contrevenir ï son ordre (l'inspiration divine, ou le bien primitif, qu'ils n'avaient pas encore apprécié en le distinguant du mal qu'ils ne connaissaient pas ) , il se laissèrent aller à l'abus par la séduction , ou par le désir de posséder l'avantage illimité de la jouissance ou le bonheur en général (d'être égaux à Dieu), ainsi que le leur insinuaient leurs penchants aux plaisirs matériels, représentés parle goût du fruit de l'arbre, ils ont été, par un enchaînement de conséquences naturelles, conduits aux péchés, dans lesquels ils ont entraîné toute leur postérité (le péché originel), en lui transmettant aussi avec les mêmes instincts, le penchante tous les abus. Ici l'auteur de la Genèse , présentant nos premiers parents comme ayant, par leur infraction au commandement de Dieu , cessé de mériter sa bienveillance , le Créateur les abandonna à leur libre arbitre (en les chassant d'Éden).

CHAPITRI XIV. 4ë7

Ayant ainsi appris a connaître et k discerner le bien du mai , connaissant Tun par l'inspiration divine de Tamour , de la reconnaissance et de la justice , et Tautre par les insinuations des velléités pour les jouissances matérielles, que le Poète considère , dans sa fiction , comme ayant dft exciter d*abord les sens de la femme , comme étant un Être plus faible » et de là plus facile que l'homme k détourner de ses devoirs ; et par elle aussi, le mari qui , cédant aux aéductiona qu'Éva lui offrait, se laissa également entraîner aux mêmes vices.

Adam et Éva une fois abandonnés à eux-mêmes t le Poète personnifiant en eux tous leurs descendants, les montre (en disant qu'ils furent chassés du jardin d'Éden ) comme forcés, pour satisfaire leurs penchants vicieux, d'avoir recours au travaUt afin d'y trouver les moyens de pourvoir k tous leurs besoins.

En résumé, il me parait que l'auteur de la Genèse a uniquement voulu exprimer par une allégorie, dans tout ce oha* pitre, que l'homme, naturellement porté au bien par les inspirations divines, est en même temps excité par ses sens qui le mettent en rapport avec tout ce qui n'est pas lui dans l'univers, à s'adonner h la jouissance de tout ce qui lui parait momentanément agréable , et qu'abusant bientôt de ses impressions sensuelles , il s'y livre entièrement en oubliant ses devoirs ; enfin que la tentation , irrésistible pour Adam , vint d'Éva. Quoique cette passion de l'homme pour la femme entrât dans les vues providentielles de l'Être Suprême , ainsi qu'on l'a vu dans un autre endroit de cet ouvrage où j'ai parlé des fonctions organiques , les effets de l'abus de cette passion n'en constituent pas moins des vices, et par conséquent le péché.

Aux chapitres IV et Y de la Genèse, l'auteur indique la génération des hommes depuis Adam jusqu'à Noah ; espace de temps qui constitue le premier âge du monde; mais encore ici se trouve le style du Poème, avec toutes se^^ exagé-

488 THEOLOGII DK LA NATURE.

rations, ses impossibilités et ses contre-sens; ce qni prouve que malgré la forme d*un récit de faits successifs, ce D*est aucunement une histoire réelle, mais bien un Poème. II résulte même de la manière dont le sujet est traité, que ces chapitres ne sont qu'un assemblage de fragments provenant probablement de plusieurs auteurs, et qu*on a liés ensemble, vu qu'on y trouve des faits rapportés aussi ailleurs, et souvent tout différemment; fragments à l'égard desquels divers commentateurs qui voulant tout expliquer en donnant aux différents faits des significations selon le système hypothétique qu'ils ont admis , sont peut-être aussi tombés dans de grandes erreurs ; et je ne chercherai en conséquence pas k en donner une explication , me contentant de faire simplement ressortir les contradictions et les impossibilités.

Il est parlé dans le chapitre IV des deux premiers fils d'Adam, Gain et âbel, dont le premier était Laboureur^ le second Pâtre : deux états qui supposent déjk une civilisation fort avancée, et qu'on ne trouve que chez des Peuples organisés en nation. Or Gain ayant tué son frère. Dieu le maudit et le marqua, afin qu*(m le connût et que personne ne le tuât ; ce qui suppose qu'il existait déjà alors encore d'autres personnes, outre sa famille dont les membres n'avaient pas besoin qu'il fût marqué pour le connaître. Mais Cdln fuit dans des contrées étrangères et y bâtit une viUe. Ce qui suppose, en outre, non-seulement un grand amas de population sur un seul point, mais encore un haut degré de civilisation. Or cette civilisation fit de si rapides progrès que déj^, k la septième génération, les descendants de Coin avaient inventé les violons et les orgues (Ghap. IY, SI) ; et k la même époque , parurent aussi déjk parmi les descendants de Gain des ouvriers forgeant V airain et le fer ( Verset 22); arts qui demandent des connaissances scientifiques fort avancées, ces métaux ne s'obtenant pas si facilement de leurs minerais, dans lesquels il a fallu d'abord qu'ils fussent découverts ; et tout cela s^est fait k peine deux cents ans après

GHAPITM XIV. 4t9

la création. Enfin , pour comble de prodige, Éva mit encore après tout cela , à l'âge de 130 ans , son troisième fils Seth au monde ( Verset^); et c'est du temps d'ENOS, fils de ce dernier, qu*on imagina le nom d'Éternel (Iéhova) {Verset 26), dénomination qui ne fut cependant créée qne par Moïses (1 ).

Seth vécut 912 ans; son fils Enos, 905; Kénan, fils de celui-ci, 9iD, et ainsi de suite. Ghap. V, 8-14.

La généalogie étant parfaitement suivie, en indiquant exactement l'époque de la naissance de chaque descendant, il est facile de calculer Tannée de Tàge du monde à laquelle chacun est né ; d'où il résulte que Noé, le contemporain du déluge, serait né l'an 1101 ; et le Déluge serait arrivé l'an 1701, tandis que, suivant ce qui est dit au chapitre XI, 10, il aurait en lieu en Tan 1699* Quoique la différence ne soit que de deux années, cela marque toutefois une erreur, et prouve au moins des altérations dans le texte.

Les chapitres Yl, YII, sont relatifs à Noé et au déluge. Après avoir parlé de la corruption k laquelle les hommes étaient descendus, l'auteur dit , Chapitre VI,4 : c En ce temps-là il y avait des Géants sur la terre^ et cela après que les fis de Dieu se furent joints avec les filles des hommes , et qu'elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces puissants hommes qui de tout temps ont été des gens de renom. »

Or ce passage ressemble singulièrement à de la Mythologie, et parait bien être emprunté à quelque croyance païenne , où les hommes puissants sont considérés comme descendant des Dieux. Mais l'auteur ne s'y arrête pas davantage, et arrive, au Chapitre VI, à dire : Verset 6. < Il (Dieu) se repentit d^avoir fait Vhomme sur la terre^ et il en eut un grand diplaUir dans son eoBur. n

7. c Et V Étemel dit : T exterminerai de demis la terre Us hommes que fai créés ^ depuis les hommes jusqu'au bétail j

(l)IVoyez la note n* ?2.

MO THiOLOaiB M tA WATUaB.

jusqu'à tout et qui rampe , mime jusquaux ùiseaux dm Cieux; car je me repenê de les avoir faits. »

C'est un de ces nombreux exemples dont tout 1* Ancien Testament est rempli, où non-seulement Tauteur de la Genèse, mais aussi tous ceux qui ont contribué k la rédaction des Li* vres canoniques des Juifs, prêtent k TÉternel, qui n'est que bonté et justice , des expressions de colère portées parfois jusqu'k la haine la plus injuste contre des Êtres innocents, assimilant ainsi TÉternel aux bommes mus par les passions les plus violentes; ce qui montre quelle singulière idée ils se firent du Dieu qu'ils adoraient, reproche que méritent d'ailleurs trop souvent aussi les Prêtres chrétiens de nos jours, qui se permettent de parler, dans leurs exhortations au peuple, de la colère divine, de la vengeance et des malédictions de Dieu* qui tombent comme des fléaux sur des nations entières, sans distinction de coupables et d'innocents ; et c'est sons cette étrange forme qu'ils pensent le mieux exprimer leur respectueux amour et leur fervente foi dans la sablime sagesse, la bonté et la parfaite justice de TÊtre Suprême, ne comprenant pas qu'ils transmettent par Ik k ceux qui les en** tendent , k la fois l'idée la plus fausse et la plus perverse qu'on puisse se faire de Dieu , en même temps que ces expressions sont plus capables de faire haïr la Divinité que de la faire aimer et adorer.

Du Verset 14°"* au 2{>** il est dit que Dieu , avant de faire venir le Déluge, ordonna k Noah de construire une Ardu, dans laquelle il devra se retirer avec sa famille, en y plaçant en outre une paire de tous les animaux^ afin de conserver leurs races ; lui indiquant jusqu'aux dimensions et la forme que ce vaisseau gigantesque devait avoir, c'est-anlire 300 coudées de long, 50 de large et 30 de haut. Or c'est dans ce bâtiment que devaient être reçues toutes les espèces animales du monde entier , et bien entendu les plus redoutables comme les plus utiles. Ici l'idée de l'impossible est telle qu'il est inutile de faire la moindre objection. Si l'auteur

CHAVITRI XIT. 49i

parlait de cette arche comme d'an simple fait historique, on pourrait attribuer son exagération à son enthousiasme poétique et à son manque de réflexion ; mais il présente ce ▼aisseau comme ayant été construit par Tordre tout exprès de Dieu parlant directement k Noah ; ce qui ne peut laisser aucun doute que toute cette histoire de TArche et de ce Déluge soi-disant universel n'est qu*une pure invention de l'auteur, où il s'est largement permis toutes les licences poétiques excusables dans un poème, et jusqu'à renfermer dans ce bâtiment une paire de tous les animaux, même de ceux de la Nouvelle-Hollande et de l'Amérique, sans excepter même le serpent à sonnettes de ce dernier continent , qui s'est sans doute laissé docilement porter dans ce vaisseau , d'où il s-est ensuite rendu sur le nouveau continent.

Aux Chap. vu et VIII , est raconté avec plusieurs répétitions des mêmes faits, le grand cataclysme du Déluge qui dura quarante jours ; et ce ne fut que cent cinquante jours après seulement que , les eaux qui avaient dépassé les cimes des plus hautes montagnes, recommençant k baisser, l'arche put prendre terre sur le mont Àrarat en Arménie.

Mais comme Moïses savait tout par révélation , il aurait dû dire aussi où est allée ensuite cette immense masse d'eau qui s'est perdue en si peu de jours ; le miracle en valait la peine.

Le Chap. IX est relatif k ce qui se passa après la sortie de TArche où Noah , âgé alors de six cents ans , éleva un autel a l'Être Suprême , qui lui promit que jamais il ne détruirait plus la terre par un déluge, et lui annonça qu'il contractait une alliance avec lui et toute sa postérité (Verset 9). Or comme tous les hommes avaient été détruits , Noah étant de Ik, suivant le texte , le Père unique de tout le genre humain, cette alliance comprit en conséquence , non-seulement les Israélites descendants plus tard d'Abraham, mais aussi toutes les nations païennes ; et contractant ainsi un pacte avec tout le monde, il n'en forma en réalité aucun avec per-

4d2 TBI0L06II DB LA RATU&I.

sonne en particulier; et si dans la suite il est dit dans U Bible que Dieu a contracté des alliances avec Abraham, cela dit tacitement qu*il a rompu celle contractée avec Noah. C'est ainsi qu'encore ici TÊtre Suprême est représenté comme un simple homme qui prend des engagements et les rompt ensuite de nouveau , acte qui se trouve du reste exprimé maintes fois dans TAncien Testament, où il est dit que Dieu a contracté des alliances, même avec serment. pour les rompre presque immédiatement après, comme s*il n'avait pas eu le pouvoir de forcer ceux avec qui il traitait à exécuter fidèlement leurs devoirs envers lui.

Or il est dit aussi au Verset 10 que Dieu a contracté alliance avec les Animaux. Gomment doit-on expliquer ce fait? car le mot alliance sous-entend un engagement réd* proque, et en existe- t-il un entre la Divinité et la Brute? Celle-ci a -t- elle promis quelque chose à son Créateor! cela supposerait que les animaux conçoivent la Divinité, et sans vouloir trancher la question , on peut demander si Moïses a eu cette croyance.

Noah, est-il dit, planta le premier la vigne et en tira do vin dont il s'enivra au point d'avoir resté tout nu, et queson fils Chàm, l'ayant vu dans cet état, alla le dire à ses frères qui couvrirent leur père d'un manteau , ayant eu soin de s'approcher de lui à reculons pour ne pas voir sa nudité: procédé dont Noah leur sut gré et les bénit ; tandis qu'il matdit au contraire , non pas celui qui l'avait vu nu et qui avait rapporté le fait à ses frères , mais Chanaan , l'un des fils de ce dernier, lui qui était complètement innocent; acte d'une singulière justice que l'esprit divin aurait aussi dicté à l'aoteur de la Genèse.

Au Chap. X , sont indiqués les descendants de Noah qni eut trois fils , Schem , Cham et Iaphet, dont chacun eut à son tour plusieurs enfants.

Hais entre autres Cham eut pour fils Cus , père de Nimrod , c qui commença d* être puissant sur la terre. » Verset. 8. Or

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comment déjà le petit-fils de Chah pouvait-il être puissant et le premier roi de Babylone ? ce qui suppose une nombreuse population.

Chanaan s'établit dans le pays de ce nom dont ses descendants furent plus tard chassés par les Israélites , les descendants de ScHEM.

C'est en effet de ce dernier qu'est descendu Abraham , chef de la nation israêlite qui , originaire d' Vr en Ghaldée ou Mésopotamie^ alla ayec Lot, son neveu, s'établir par ordre de l'Étemel dans le pays de Ghanaan que Dieu leur offrit.

C'est au Cbap. XI qu'il est parlé de l'édification de la ▼ille de Babel ou Babylone et de sa célèbre tour, dont l'Éternel empêcha l'achèvement en confondant le langage des ouvriers et en dispersant ceux-ci , disant : Verset 7. « Venez donc , descendons , et confondons là leur langage^ afin qu'ils ne s'entendent point les uns les autres. >

Ici Moïses , faisant parler l'Être Suprême au pluriel , semble admettre en effet, la pluralité des Dieux; mais on peut penser aussi que Dieu parlait ainsi à ses Anges désignés déjk au premier chapitre sous le nom de Chérubins.

Mais comment concevoir que le monde entier ayant été bouleversé par le Déluge , Nihrod , le petit-fils de Gham , pût déjk être assez puissant sur la terre (Ghap. X , 8) pour bâtir, même au commencement de son règne, plusieurs villes considérables telles que Erec, Accadj Calné et surtout £abylone au pays de Shinhary près du golfe Persique, à plus de cent cinquante lieues du mont Ararat où Noah prit terre avec l'Arche; tandis que Ghanaan, l'oncle deMimrod, alla s'établir avec les siens dans une tout autre direction sur les côtes de la Méditerranée dans un pays auquel il donna son nom , également à plus de cent cinquante lieues du mont Ararat; deux faits qui supposent que la famille de Noah , la seule qui existât alors sur la terre après le grand cataclysme du Déluge, s'était multipliée avec une rapidité qui passe

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toute imagioation ; entrepreouit d^à à la troinème génénr tion de bâtir sous Nimrod la gigantesque tour de Babd qui devait aller toucher au ciel , édifice considéré en effet, pour ses immenses proportions, comme Tune des merveilles du monde » ce qui exigeait le concours d'une immense population.

Enfin ÂBBAHAX I un simple particnlier voyageant avec ses troupeaux, qui vécut à peine cent ans après le Déluge, trom en outre, non-seulement TÉgypte déjà peuplée, maispiit même part, en s'alliant à cinq Roi», à une gnerre coilre quatre autres monarques dont Tun était le roi d'Assyrie, é éloigné du pays de Chanaan théâtre de la guerre. Or de semblables exagérations ne peuvent être admises , ainsi qu je l'ai déjà dit, que dans un Poème où toutes les faUes, les anachronismes les plus extravagants et jusqu'aux impossibilités physiques sont permis.

A en croire la Genèse, tous les peuples de la terre éust devenus idolâtres, l'Éternel fit choix d' Abraham pour être le chef d'un peuple avec lequel il voulut contracter uoe nouvelle alliance afin qu'il le reconnût pour le seul vrai Dieu et qu'il ne rendit de culte qu'à lui. Ce premier chef des Isr raëlites , le soi-disant peuple de Dieu, fut, ainsi que je l'ai déjà dit, originaire d'27r dans la Chaldée septentrioaile, appelée plus tard la Méêopotamie (Chap. XI). Son Pare, nommé Terach . quitta cette ville avec deux de ses filSi Abraham et Nacor , ainsi qu'avec Lot , son petit-fils , né de Car AN , son troisième, pour aller s'établir dans le pays de Chanaan; mais il s'arrêta k Char an, en MésopoUnie, où il demeura quelque temps et y mourut. C'est Ik que rÉtend apparut k Abraham et lui ordonna (Chap. XII) d'abaDdoantf sa parentèle pour se rendre dans le pays qu'il lui moatrerail, lui promettant de le prendre, ainsi que tous ses descendsoU, sous sa protection toute spéciale ; lui assurant qu'il loi donnerait ce pays en héritage. Or le pays qu'il lui désigna fat précisément celui de Chanaan où Terach avait le projet de

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»' établir, Abraham quitta en conaéqaeoce son frère Nacor et partit avec Lot, son neveu, emmenant leurs familles, leurs serviteurs et leurs troupeaux en se |iortant vers FOccident où était situé ce pays promis.

Comme la famine régnait alors dans cette contrée, ils allèrent jusqu'en Egypte , où ils ne restèrent toutefois que peu de temps.

Abraham craignant qu'on ne le tuât pour lui enlever sa femme Sàra, qui était fort belle, 11 la fit passer pour sa sœur, et la céda sous ce nom au Pharaon qui , bien qu'il fût innocent d'avoir pris une femme mariée, en fut sévèrement puni par l'Éternel , qui lui apprit le crime qu'il avait commis ; et le roi , reprochant k Abraham de l'avoir ainsi trompé, lui rendit de suite sa femme, et le chassa de son pays, en lui donnant toutefois des Brebis, des Bœufs, des Anes et des Serviteurs , en dédommagement des torts qu'il avait eus; dédommagement qu'Abraham reçut sans diffi* culte, quoique fort peu honorable pour un homme que Moïses nous présente comme l'allié de rÉternel ; et qui encouragé par un si beau succès, n'eut rien de plus empressé que d'employer bientôt après le même moyen de s'enrichir auprès d'Abimelec, roi de Guérar^ ainsi que nous le verrons un peu plus loin. Or, suivant l'opinion des Orthodoxes, ces deux histoires passablement scandaleuses, ainsi que d'autres du même genre , auraient été dictées k Moïses par l'Esprit divin.

Les chapitres suivants, jusqu'au XXV% ne traitent que de r histoire d'Abraham , qui , d'après tout ce qui est dit de lui dans la Genèse, était un riche propriétaire de troupeaux, menant la vie nomade des Bédouins d'aujourd'hui ; vivant de même sous des tentes qu'il dressa partout où il trouvait de bons pâturages pour son bétail.

Après avoir de nouveau quitté l'Egypte par ordre du Pharaon , Abraham , devenu très riche, revint en Chanaan et se sépara de Lot , le pays où ils étaient ne pouvant pas nourrir

4fM TllioiJOftll Dl LA KATimi.

tous leurs troupeaux. Lot alla s*établir dans les plaines du Jourdain, tandis qu'Abraham resta en Cbanaan; contrée fu Dieu aoaii donnée à totU jamais en héritage à lui et à iê postérité. Or la Bible elle-même nous apprend ce qu'est devenue cette soi-disant grande promesse, qui aboutit ao transport des Israélites en captivité k Babylone.

Abraham s'étant établi dans le pays de Hébron^ entre li mer Morte et la Méditerranée , il arriva qu'ayant pris part à une guerre contre plusieurs Rois qui avaient envahi cède contrée, il contribua puissamment k les battre, avec trois cait huit hommes de sa maison, les repoussant jusqu'au dd^ de Damas. Pour récompenser ce grand service, Abraham futbéni au nom du Dieu fort, souverain des deux et de la terre, par Melchisédbc, roi de Salem ^ sacrificateur du Dieu fort (Chap. XIV, 18} ; passage d'où il résulte qu'Abraham, veno de la Ghaldée , n'était pas le seul qui rendtt déjà dès lors en culte au vrai Dieu.

Au Chap. XY, il est dit que l'Éternel renouvela son alliance avec Abraham , en promettant de donner k ses descendants non-seulement le Ghanaan , mais encore tout le pays entre le Nil et TEuphrate; et lui prédit (Chap. XY, 13) : Que m postérité habitera comme étrangère^ pendant quatre cents ans, dans un pays où elle sera affligée et servira aux habUanU.

Cette période de quatre cent trente ans de servitude en ^yp^ > prédite à Abraham , est également indiquée dans TEiODE (XII, 40); tandis que, suivant les chronologistes, qui comptent par générations (supputations qui peuvent être très -fausses), et surtout d'après l'historien Fl. losEPuJe séjour des Israélites en Egypte n'aurait duré que deux cent onze ans; et au Yerset 16 du Chap. XY de la Genèse, il est dit que ce serait même déjà k la quatrième génération qne les Israélites reviendraient en Cbanaan ; ce qui constitue encore une singulière contradiction, qui ne saurait être attribuée à une faute de copistes. Il est vrai que cette prédiclion ne fut faite qu'en songe à Abraham , ainsi que cela était

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assez ordinairement le cas pour toutes les visions et prédic* tiens faites aux anciens; c*est-^-dire qu'ils considéraient comme des avertissements du ciel tout ce qui leur apparaissait dans leurs rêves ; d'où est venue la bizarrerie de celte sorte de faits rapportés comme vrais. Mais comme le séjour des Israélites en Egypte est un fait réellement arrivé , cette partie delà prédiction faite, pendant le sommeil, k Abraham s'étant confirmée » il s*ensuit que tout aurait dû s'accomplir de même.

Chap. XVII , l'Éternel renouvelle encore son alliance avec Abraham , en lui promettant de nouveau de multiplier ses descendants , ea l'engageant à marcher devant sa face en inUgrité; ajoutant, Verset 2 : « Et je ferai alliance avec toi. » D'où il résulte cisdrement que les premières alliances ont été considérées comme nulles, sans aucun doute parce que Abraham les a méconnues. Or c'est ainsi que l'Être Suprême est présenté comme étant celui qui sollicite la bonne harmonie, et promet de grandes récompenses à ceux qui resteront fidèles à leurs engagements; c'est-k-dire que l'Éternel est considéré ici , comme partout dans l'Ancien Testament , comme un simple homme avec qui l'on passe des traités k forfait ; alliance que , suivant le texte , Dieu établit toujours à toute éternité. (Verset 7.)

Il est dit dans le même Chap», Versets 11 et suivants, que la circoncision devra être le signe de cette alliance , et sera non-seulement pratiquée sur les enfants descendant d'Abraham, mais aussi sur tous les esclaves achetés des étrangers; d'où ressort que le peuple juif se composait plus tard , non plus uniquement des descendants d'Abraham , mais encore d'une foule d'individus, nés des esclaves; ce qui explique jusqu'à un certain point la rapide augmentation de la nation israélite.

Au Verset 19, Dieu renouvelle, et toujours comme de*vant être perpétuelle, Talliance dont il a déjà été plusieurs fois question, en promettant à Abraham de lui faire naître

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