CHAPITRE UT
que la conscience du jeune homme ne lui permettait pas d^y répondre comme elle le désirait, s'en vengea en Taccusant du contraire, auprès de son mari , c'est«k-dire d'avoir voulu attenter à son honneur, accusation qui engagea Putiphar à le Dure mettre en prison. ÏA loseph s'acquit également bientôt la confiance du chef sous la direction duquel il se trouvait ; et ayant un jour expliqué des songes ^ l'Échanson et au Panelier da Pharaon qui se trouvaient en prison avec lui , cette faculté d'interprétation lui donna une grande réputation ooaune devin. Deux ans après le roi flt, dans la même nuit , deux rêves fort singuliers où il lui semblait voir , dans le premier, sept vaches grasses sortir du Ntl et brout» l'herbe qui ae trouvait sur le bord; et bientôt après sept aatres vaches très '- maigres, sortant également du fleuve, et qui dévorèrent les sept vaches grasses sans paraîtra en meilleur état , restant comme avant laides et maigres. Dans le second rêve il sembla au Pharaon voir sept trèsbeaux épis chargés de grains sortir d'une même tige , et h oiVté sept autres épis faibles et flétris par le vent d'Orient qui engloutirent les sept beaux épis.
Aucun savant du pays n'ayant pu expliquer ce que ces deux rêves signifiaient, le grand Échanson , qui était rentré en grâces , se rappelant l'interprétation que loseph hii avait donnée des songes qi^il eut en prison , en paria au roi , qui oidonna qu'on le fit venir pour qu'il le consultât. Lui ayant raconté ses rêves, loseph lui dit que les deux signifiaient la même chose , à savoir qu*il y aura sept années successives d'abondance en Egypte, suivies de sept autres de famines qui dévoreront ce que les premières auront produit de fruits ; que Dieu avertissait par Ik le Pharaon de prendre des mesures convenables pour éviter la misère ; qu'il devait en conséquence faire choix d'un homme capable de bien administrer le pays, lequel prélèverait, pendant lAaeune des années d'abondance, le cinquième du revenu du royaume, et amasserait en outre tous les vivres dans les ma-
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gasins du Pharaon , pour faire servir ces réserves k Trairetien du peuple pendant les mauvaises années. Cette interprétation ayant satisfait le roi , il dit k loseph :
Chap. XLI, 39. c Puisque Dieu fa fait connaître
toutes ces choses , il n'y a personne qui soit si entendu , m si sage que toi. >
40. « Tu seras sur ma maison^ et tout mon peuple te hai-^ sera la bouche* Je serai seulement plus grand que toi y optant au trAne. »
Le Roi l'ayant ainsi élevé au rang de premier ministre, loi fit épouser la fille de Poliphérah, gouverneur d'On; or loseph avait alors trente ans (Verset 46).
La prophétie de loseph s' étant vérifiée , il prévint ra effet la trop grande famine en Egypte en faisant, comme il Tavait dit , emmagasiner les denrées pendant les bonnes années. Ses frères étant venus acheter du blé dans ce pays sans savoir que l'homme puissant qui le gouvernait était celui qu'ils avaient vendu comme esclave, loseph, qui eut occasion de les voir, se fit connaître à eux et attira toute sa famille en Egypte, où le Pharaon assigna aux Israélites la province très-fertile de Gosçen^ dans la Basse-Egypte, dont la capitale était Ràhmésès, où ils continuèrent de vivre en patres comme leurs ancêtres.
Toute la famille de lacob qui arriva avec lui en Egypte se composait de soixante -six personnes (Chap. XL VI, 20), sans y comprendre les femmes et les enfants ; lui-même était âgé de cent trente ans (Chap. XLYII , 9), et y mourot k cent quarante-sept. loseph avait trente-neuf ans k l'arrivée de son père dans le pays de Gosçen (Chap. XLI, 46, et Chap. XLY, 6) , et mourut k cent dix ans.
Il eut deux fils, Manassé et Éphraïh qui furent plus tard considérés comme Patriarches par Moïses, k l'égal des onze frères de leur Père.
C'est ici où finit la Genèse , le premier Livre du Pentoteuque , et où commence Y Exode ; histoire des Evénements
CHAPITRB XIV. oi7
qui ont amené et suivi la sortie d^Égypte des Israélites , sous la conduite de Moïses ; célèbre émigration qui arriva , selon certains passages de la Bible (Exode , XII , 40) , quatre cent trente ans après l'arrivée de lacob dans ce pays, et deux cent onze ans suivant les cbronologistes qui , ainsi que je Fai déjà dit, ont calculé le temps d'après les générations indiquées au Ghàp. YI, 14 de l'Exode , calcul qui peut être fort inexact par l'omission de plusieurs noms.
Urésulte de ce qui est rapporté dans la Genèse que lacob , étant arrivé en Egypte à Tâge de cent trente ans, alors que loseph en avait trente-neuf, celui-ci est né quand son père avait quatre-vingt-onze ans.
Or il vint au monde peu de temps avant l'expiration des quatorze années que lacob servit son Beau- Père Laban , pour ses deux filles (Genèse^ XXX , âS), ce qui met l'âge où Israël s'est marié à soixante-dixsept ans. C'est en conséquence peu avant qu'il surprit, par astuce, la bénédiction de son Père Isaac , qui n'étant mort qu'à l'âge de cent quatrevingts ans (Genèse , XXXY, 28), vécut en conséquence encore vingt-trois ans après le retour de son fils en Chanaan , âgé de quatre-vingt-dix-sept ans , six ans après la naissance de loseph ; temps pendant lequel lacob a servi son Beau- Père pour s'approprier les Brebis mouchetées. C'est-à-dire qu'Isaac ne s'étant marié qu'à l'âge de quarante ans (Chap. XXY , 20) , et sa femme longtemps stérile n'ayant mis au inonde Êzau et lacob que vingt ans après , il avait soixante ans de plus que ce dernier, qui revint de Mésopotamie à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans, alors que son père en avait cent cinquante-sept et vécut encore vingt-trois ans.
Tous ces chiffres , bien indiqués dans la Genèse , sont fort remarquables , car il est extraordinaire que dans une famille où pendant trois générations successives , et même encore durant plusieurs siècles après , rÉternel a à tous moments promis qu'il niultiplierait prodigieusement ses descendants , les principaux de ses chefs ne cherchèrent à se marier qu'à
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un âge où ks hommes arrivés ï la décrëpilude, si toutefois ils vivent Jusque-là, ne sont d'ordinaire plus en état dV voir des enfants. Mais admettons, ainsi que certains com* mentateurs ont cherché k le faire croire , qu'il cette époque les hommes vivaient beaucoup plus longtemps que maiote* nant , longévité dont on ne trouve toutefois Tindication qoe dans le Pentateuque et nulle part ailleurs dans aucune histoire profane, quoique cela soit formellement contredit par David (Psaume XC» 10), qui nous dit que (du moins de son temps) le plus grand ftge des hommes était de soixantedix à quatre-vingts ans » absolument comme encore de ooa jours. Mais quoi qu*il en fût , il n*en est pas moins vrai qiM, bien qu'ils vécussent des centaines d'années» ils se mariaient cependant d'ordinaire aussi jeunes que maintenant, ainsi que la Genèse elle-même le dit souvent ; et entre autres encore au sujet de Bkniamin » le dernier fils de lacob , qui, né en Chanaan au moins six ans après loseph, n'avait tout au plus que trente-trois ans quand son père alla s'établir en Egypte et très-probablement beaucoup moins ; ses frères le traitaient i' En font on àe petit Frire (Genèse^ Ghap, XLIII, 8; XLIV, 22, S3), quoiqu'il eût déjà dix fils (Chap. ÎLVI , 31): contre-sens qu'on explique d'ailleurs facilement en ne reconnaissant dans la Genèse qu'un simple Poème historique dont elle a tous les caractères.
§ II. Exode.
Dans ce second Livre du Pentateuque, qui traite spéciale* ment de Ihistoire du peuple d'Israël dans ce qui a rapport à sa grande émigration d'Egypte sous la conduite de Moïses, émigration dont il a déjà été question plus haut, l'autear rappelle, dans le premier chapitre » que la famille d'Israël ne se composait, en arrivant en Egypte, que de soixante* six personnes, mais qu'elle s'y était si prodigieusement multipliée que déjà quatre cent trente ans après, Ton des
GHAPim uv. ttIO
Pharaons , craignaot que ce grand nombre d^étrangers ne devint dangereux au pays, ordonna aux sages-femmes hé^ breuses de mettre k mort tous les enfants mâles de cette nation sitôt qu'ils naîtraient ; mais que cette loi barbare ne fut point exécutée, sous le prétexte que les femmes Israélites n'avaient pas besoin de sages^femmes. Ce moyen n'ayant ainsi pas eu Teffet voulu , le Roi commanda de jeter tous les enfants mâles qui naîtraient dans le fleuve, et ici sans distinction de nation ni de temps iExode 1 , 23) : ordre absurde qui , atteignant toutes les familles du pays , n'aurait pu produire rien moins que l'entière dépopulation de toute l'Egypte, ce' qu'il est difficile d'admettre, vu que tous les Égyptiens se seraient soulevés contre un tel décret.
C'est k cette époque que naquit Udises , dont le Père et la If ère étaient de la Tribu de Ûvi. Ses parents le cachèrent pendant les trois premiers mois de sa vie ; mais craignant qu'il ne fût découvert et mis k mort, ils l'exposèrent sur les bords du Nil dans un coffret de joncs enduit de bitume, dans un lieu où la fille du Pharaon venait sou<- ?ent se baigner, laquelle ayant en effet trouvé cet enfant, en eut pitié, le prit sous sa protection et le fit élever par la mère même de l'enfant en l'adoptant pour fils (Chap. Il, 10).
Umses étant devenu grand tua, à l'âge de quarante ans (Acte$ des Apôtres, YII , 23) , un Égyptien qui frappait un Israélite, et le roi l'ayant appris le fit rechercher; mais Mpises s'enfuit d^ns le pays de Madian, sur la côte orien* tdie de la mer Rouge , oiii il épousa la fille du sacrificateur RÉHUBt^ (Exode t II, 18), et en conséquence une païenne; tandis qu'au Chap. III , 1 , il est dit que son beau-père s'appelait Iéthro.
Le Pharaon étant mort, les Israélites continuèrent k être fortement opprimés. Verset ^ : ^ Et le cri que la servitude leur faisait pou««ef , monta jusqu'à Dieu. »