BIEN-ÊTRE DE SA MOINDRE CRÉATURE
C'est renfermée ainsi dans la demeure de repos qu'elle s'est construite, ou simplement suspendue à quelque corps étranger, que la cheni)le, à demi engourdie et sans plus se dooner aucun mouvement, éprouve sous ses anciens téguments le premier degré de sa métamorphose, consistant dans la formation des simples rudiments des organes qui doivent la caractériser sous la forme de Papillon ; tous refoulés sur eux-mêmes par la vieille peau de chenille qui les resserre ; rudiments qui ne se développent pour prendre leur extension , qu'au moment de la très-prochaine mue que l'animal subit; mue où il sort de son enveloppe avec tous ses nouveaux organes extérieurs déterminés de forme et de grandeur, à l'exception des ailes qui ne prennent toute leur étendue qu'à la seconde métamorphose; mais tous ces organes si délicats sont appliqués contre le- corps » et dans un état
d^imperfectionetde mollesse telle qu'on n*y distingue qu*un faible tégument rempli d'une substance gélatineuse; etc*est dans cet état de Chry$alide que ces mêmes organes acquièrent en quinze jours, pour la plupart des espèces, leur parfaite maturité, où une dernière mue ou seconde métamor^ phose apparent^ donne ie jdur au Papillon.
Les organes buccaux ne devant plus servir qu'à humer le miel des fleurs, liquide naturellement répandu, qù il n*y a aucune partie à entailler ni rien k découper ou à broyer , le Papillon n'a plus besoin des lèvres, des mandibules et des mâchoires de la Chenille ^ mais uniquement d*une Trompe ou simple tube capable de pouvoir servir à aspirer cette substance que la Nature semble avoir produite exprès pour servir de nourriture k ces gracieux animaux. Aussi tous ces organes de la bouche de la chenille disparaissent-ils par atrophie pendant la métamorphose, k Texception des deux Mâchoires qui, changeant toutefois entièrement de forme ,
SONT TRANSFORMÉES EN DEUX LONGUES TIGES GRÊLES, EN DEHl-GÔNE, FORMANT PAR LEUR RAPPROCHEMENT UN TUBE FORT ALLONGÉ, ADMIRABLEMENT CALCULÉ POUR POUVOIR ATTEINDRE? jusqu'au FOND DE LA COROLLE DES FLEURS OÙ LE MIEL EST SEUL PRODUIT ; LIEU QUE l'iNSEGTE, TROP GRAND PAR SES AILES ET TROP DÉLICAT DAI^S SA CONTITUTION, NE POURRATT JAMAIS ATTEINDRE SANS CELA.
Mais ces deux demi-tubes, si fortement allongés, eussent été exposés à une foule de causes qui auraient pu les briser, si la Nature , toujours si admirable dans sa prévoyante sagesse, n'avait paré à cet inconvénient, en rendant cette longue trompe flexible , en la formant d'un nombre considérable d'articles consécutifs cornés extrêmement courts qui lui permettent de céder en pliant. Ces articles sont en outre eux-mêmes conformés de manière que cette longue trompe puisse être roulée en une spirale serrée , abritée sous la tête dans une fossette extérieure occupant la place des autres organes buccaux qui ont disparu. "^