IL
THEOLOGIE Dl lA NATURE.
Cette trompe oe devant servir d$Da sa fonotion 'qu% pen^ dant quelques instants par jour, devait être ainsi roulée, dans son état habituel, et de telle façon que Tanimal n'en éprouvât aucune fatigue; c'est-k-dire que la disposition en spirale, devait être maintenue passivement sans aucun effort de la part de Tanimal. Or on a tléja vu plus haut que sous çeitte forme enroulée , les petits articles dont elle se compose sont divergents entre eux , et s'écarte à la convexité de la spirale, laissant entre eux des espaces vides qui Taf^faiblissent; mais que cet inconvénient, quelque léger
QU*1L SOIT, A ÉGALEMENT ÉTÉ PRÉVU ^ Ct qu*il y fut paré CD
plaçant de petite distance en petite distance, des portions d'articles entre les complets, afin de remplir ces intervalles et de donner plus de consistance à la trompe. Par oe moyen cette dernière est en outre forcée de se rouler d'elle-^méme en spirale, lorsque, abandonnée k sa propre élasticité dans le repos, elle doit s* abriter sous la tête : disposition que le papillon lui fait d'ailleurs également prendre ^ en la roulant par Teffet de mouvements volontaires qu il lui fait exécuter au moyen de muscles infiniment petits contenus dans l'intérieur de chaque tige. C'est-à-dire que chacune de ces dernières forme séparément un tube complet dont la section est en croissant, et renferme dans sa cavité non-seulement les muscles dont je viens de parler, mais encore des Nerfs, des Trachées et du Sang qui y entretiennent la vie; et ce n'est que la partie extérieure concave du croissant qui constitue, avec celle qui lui correspond au côté opposé , le canal par où passe le liquide nourricier.
0r cette disposition des parties^ tout ingénieuse qu'elle est dans sa simplicité, ne suffisait pas encore pour que la trompe pût remplir sa fonction avec toute la rigueur nécessaire; il fallait aussi que l'air extérieur ne pût pas pénétrer, par les joints des demi-trompes, dans le tube servant à aspirer le miel; ce qui aurait empêché celui-ci d'y monter par l'effet de l'aspiration. Pour maintenir en conséquence les
CHAPITIlt II. dffl
Aen liges parfaiieoieju unies^ elles oot été garnies sur leursi bords de très-petiies crénelures qui s'entre-croisant entre elles, fixeni intimemenl les deux demi-trompes Tune contre Taatre.
Enfin les grands Papillons, tels que les Sphinx^ qui, en raison de leur pesanteur, ne pourraient pas se poser sur les fleurs sans les aflTaisser, ont reçu la faculté de se maintenir facilement en station pendant le vol» afin de pouvoir plon^ ger leur longue trompe jusqu'au fond des corolles sans s'y poser. C'est ainsi qu'on voit le soir ces beaux Insectes crépusculaires visiter successivement d'un vol rapide et plein de grâce , toutes les fteurs d'un parterre en s'arrétant presque immobiles de\'ant chacune le temps nécessaire pour enlever le miel qu'elles produisent v en contribuant infiniment au cbarme de ces lieux émaillés de fleurs.
Les Antenne» h peine visibles dans la ehenille, où elles n'exercent sans doute que des fonctions peu efiicaces, pren< nentau contraire un très-grand développement pendant les métamorphoses, devenant de longues cornes mtiUiarticulées, non plus implantées aux côtés de la bouche, mais portées au sommet de la tète ches^ le papillon, et diversement confor* mées suivant les espèces ; en même temps qu'elles sont fort souvent plus grandes et plus compliquées dans les mâles que chez les femelles.
Les Yeux, au nombre de quelques paires seulement, placés aux côtés de la tête de la chenille , suiBsants pour des animaux qui ne changent guère de place et trouvent toujours leur nourriture sur le lieu o^ême qui les a vus naitt^, se mul tiplient, au contraire, jusqu'à atteindre le chiflre de plusieurs milliers chez le papillon qui, devant s élever uans l'air et chercher au loin ses aliments , a besoin d'ëmbras- SER À LA FOIS UN GRAND ESPACE; aussi cos yeux sont "ils tellement rapprochés que, moulés les uns sur les autres, leurs cristallins à tleur de tête prennent une forme généralement en hexagone régulier, et dont l'ensemble constitue
THEOLOGIE Dl LA NATVRI2.
UNB dAlLLlB EN CALOTTE PLUS OU MOIIfS SPHÉRIQUB, AFIN QU*lL Y EN AIT DE DIRIGÉS DANS TOUS LES SENS.
Le reste du corps subit des transformations tout aussi remarquables. Les trois premiers segments deviennent le Trôna du Papillon, et les huit postérieurs, son Abdomen.
Le premier segment qui suit immédiatement la tête, Tana* logue de ce qu'on nomme le Corselet dans les Coléoptères, se réduit dans sa région supérieure en une simple petite bande étroite restée membraneuse, cachée entre la tète et le thorax. Mais dans sa partie inférieure, où il porte la première paire de pattes, ses téguments prennent la consistance cornée, et se divisent, selon leurs fonctions, en plusieurs pièces mobiles ou soudées , pour fournir des points d'attache solides aux muscles moteurs de ces membres. Ceux-ci deviennent beaucoup plus longs et sont autrement conformés, en cela que leurs divers articles consécutifs , semblables entre eux dans la chenille, prennent la forme et la direction qu'ils offrent dans tous les insectes , et sont connus sous les noms de Hanche^ de Cuisse^ de Jambe et de Tarse; et ce dernier formé seulement d'un article dans la chenille en acquiert cinq chez le Papillon. Enfin le crochet terminal unique, est remplacé par deux placés à côté l'un de l'autre; et la même transformation a également lieu pour les deux autres paires de pattes.
Quant aux muscles qui meuvent les membres et leurs parties, ce ne sont que ceux déjà existant en petit dans la chenille, qui deviennent ceux de papillon , en s'allongeant considérablement, en même temps qu'ils se modifient dans leur forme.
Ce sont les trois segments qui suivent le corselet qui subissent les changements les plus notables dans cette transformation d'un animal purement rampant, en un autre qui marche avec la plus gracieuse légèreté et vole avec une remarquable facilité; et tout cela a lieu sans introduire aucune partie nouvelle dans l'organisme. Il a suffi pour cela à
CHAVITEB IZ. 309
l'Omnisgiencb divine de modifier uniquement quelques organes existants, POUR OBTENIR CE REMARQUABLE RÉSULTAT.
Tai déjà dit que les pattes des second et troisième segments du corps de la chenille se transformaient par un simple développement en celles du thorax du Papillon ; mais déjà par cela même que ces membres doivent soutenir avec la première paire tout le poids du corps chez ce dernier, leurs muscles ont aussi dû acquérir plus de force , et de là pins de volume; aussi la partie inférieure des trois segments du tronc est-elle plus volumineuse que dans la chenille, pour loger ces muscles devenus plus grands ; mais pour cela ces segments du corps n'avaient pas besoin d'être beaucoup modifiés, ainsi que le prouvent les Myriapodes et les Insectes Thysanoures , qui n'ont point d*ailes , et même les Aptères (Puces) qui en sont de nouveau dépourvus.
Mais c'est rintrodtiction des ailes dans Torganisme des Insectes qui a nécessité les grandes modifications que les segments du thorax éprouvent dans les noiétamorphoses , modifications dues aux conditions d'existence de la fonction DE CE& AILES.
On a vu plus haut qu'il a suffi à l'Intelligence créatrice de faire simplement subir un assez léger changement de forme et de proportion aux membres antérieurs des Mammifères pour les transformer en des ailes capables de faire exécuter aux Chauves-souris un vol facile. Nous avons vu aussi quelles savantes modifications elle a fait subir à ces mêmes membres chez les Oiseaux pour porter chez eux la fonction du vol au maximum de la possibilité.
Allant encore plus loin chez les Insectes , elle t a créé, pour cette importante fonction, un appareil entièrement nouveau qui en remplit tout aussi bien les condi- TIONS, sans avoir cependant organiquement aucune analogie avec celui des chauves-sauris et des oiseaux ; et cela uniquement en faisant faire de larges plis aux téguments latéraux do thorax ; transformation d'autant plus remarquable qu'elle
310 THÉOLOGll DE LA MATURE.
a lieu ici , non pas d'une espèce k Tautre comme chez les Vertébrés, mais sous qos yeux sur le même animal.
Pour cela, il se forme sous les vieux téguments, au côté de chacun des deux premiers segments du thorax, un petit pli saillant longitudinal capable de pouvoir s'étendre assez fortement par une légère traction en arrière, plis qui doivent constituer les quatre ailes du papillon, mais encore, comme tous les autres organes , dans un état de mollesse extrême.
Pendant le même espace de temps , les Pattes membraneuses, portées par les segmetits postérieurs du corps, s'atrophient en se raccourcissant, et disparaissent complètement sous leurs téguments avec les muscles et autres organes qui en dépendent; ne laissant, sur 1 abdomen de la chrysalide, que quelques traces ressemblant ï une espèce de cicatrice.
Tout étant ainsi préparé , la première métamorphose visible a lieu par l'effet d'une simple mue que subit l'animal. Ce moment étant venu, la chenille exécutant des contractions successives dans les diverses parties du corps, ses vieux téguments sont portés en arrière , et se fendant enfin sur la tête , absolument comme dans les mues précédentes , la chrysalide en sort sous sa nouvelle forme.
Ses organes extérieurs, tels que les antennes, la trompe, les pattes et les ailes, tenant par leurs extrémités aux anciens téguments, coux-ci, en glissant étroitement çur le corps, entraînent ces organes avec eux, et les étendent le long du tronc , en les rangeant exactement les uns it cOté des autres dans Tordre de leur disposition. Le long de la ligne médiane antérieure du corps se placent d'abord les deux trompes ; a leur côté, de plus en plus obliquement, les tfois paires de pattes, puis les deux antennes, et en^n, tout à fait sur les côtés, les quatre ailes superposées. Toutes ce^ parties, d'abord isolées les unes des autres , mais intimement collées entre elles au moyen d une glu qui le^ enduit, restent fixées dans cette disposition, et bêchant promptement, leurs téguoi^ots deviennept cornés.
GHAPITAI IX. 311
La peau étant à la fia entièrement refoulée autour du dernier segnoent du corps, on ne comprend pas facilement cooimeot les chrysalides des Papillons diurnes , librement suspendues par leurs pattes postérieures, peuvent s'en dégager complètement. Mjus gkci aossi a été facile à lIntel-
LICENCE SUPRÊME , QUI BN A MIS LE MOYEN DANS l'INSTINCT DE CBS ANIMAUX*
Filé par les petits crochets qui garnissent les pattes membraneuses postérieures, ce. moyen de suspension cesse d*eKister sitôt que ces pattes sont atrophiées, et que la peau, eotièrement ramassée sur l'extrémité du corps, ne tient plus à ee dernier; d*oà il résulte que la chrysalide devrait tomber faute d'attache. Mais cet inconvénient majeur a été prévu d'une manière «remarquable.
Quoique la peau soit partout détachée de la superficie du corps, elle y tient cependant encore par sa continuité avec la membrane intérieure du rectum , et ce faible lien, qui doit aussi se rompre bientôt, suffit toutefois pour soutenir un instaotle poids deraninuil. Oa la Nature a, dans sa saoesse,
PRÉPARÉ POya l'aVBNIR 6N autre MOYl^N DE SUSPENSION , EN
t GARNiS&ANT d'uH IfOMBRB PLUS OU MOINS CONSIDÉRABLE DE PEr
TITS CROCHBTS CORNÉS l'EITRÉMITÉ DU CORPS PE LA GHRTSA-
UDH formée eu lamelle, et logée, chez la Chenille, dans la lame supérieure d« dernier «egment au-dessus de l'anus. Pourvu de cet afq^endioe, la chrysalide, sitôt que toute la vieille peau de chenille est rassemblée en un paquet autour de Tanus, dégage, par des mouvements remarquables dé contraction, cette extrémité de son corps de cet anneau de téguments, et la poussant en haut, va la fixer par ses crochets au mêipe bouton de soie auquel isont fixés les crochets des pattes; ayant toujours la précaution de la remuer fortement sitôt qu'elle a touBhé à ce bouton, afin de bien y jmplauter les petits crochets, et un instant après la peau de chenille tombe. : , Dans cet éu^i^ la cbry^lide, d'abord Uès-molle et a tégu-
312 THIOLOCil DB LA RATCgl.
ments presque gélatineux , prend dans quelques instants de la consistance, mais à sa surface seulement, où les téguments deviennent épais et cornés ; tandis que dans toutes les parties rentrées, et cela jusque dans les plus légers replis, entre les pattes , la trompe , les antennes et les ailes , ces téguments restent mous et fort minces.
Abandonné ainsi au repos, l'animal ne remue que rarement en fléchissant son abdomen de côté , les seuls mouvements qui puissent exister chez lui pour se soustraire k quelque sensation pénible. Dans cet état, les organes des Papillons se développent souvent dans le court espace dé quinze jours pour les espèces qui produisent plusieurs générations par an ; et dont la dernière seule passe l'hiver, soit sous la forme d'œuf , soit, rarement, sous celle de chenille , soit sous celle de chrysalide ; et cela sans prendre aucune nourriture.
J'ai même élevé des chenilles du Grand Paon provenant toutes d'une même ponte, dont les unes sont restées neuf mois sous la forme de chrysalides : du mois d'août au mois de mai suivant, temps ordinaire pour cette espèce; tandis que d'autres individus de la même ponte, maintenus dans< les mêmes copditions, ne sont éclos que la seconde , la troisième et même la quatrième année ; et cela presque k jour fixe ; réclosion de cette espèce ayant lieu entre le 5 et le 15 mai. Inconcevable précision de saison après aVoir traversé QUATRE années SOUS l' INFLUENCE DE TEMPÉRATURES SI DIFFÉRENTES, QUI n'ONT POINT INFLUÉ SUR CES ANIMAUX, DONT
l'Époque de la saison est si rigoureusement fixée par la VOLONTÉ DU Créateur.
Le moment de la naissance du Papillon approchant , ses téguments se forment sous ceux de la chrysalide , k travers lesquels on voit paraître les vives couleurs dont il est paré; et k rinstant de son complet développement, le têt corné de la chrysalide s'ouvre dans tous les joints de ses parties superticidles , et l'insecte parfait en sort tout radieux des magni-
GHAFITRB IX. ' ai 3
fiques couleurs dont la Nature l'a souvent si richement orné; et cet Être , naguère rampant et loui'd , se dégageant de Tenveioppe qui Ta si longtemps tenu masqué, se montrant enfin sous sa forme parfaite; s'avance d*un mouvement lent, mais noble et plein de grâce, vers le premier objet auquel il puisse se fixer en attendant que les derniers effets de cette seconde naissance se soient accomplis en lui par le développement rapide de ses ailes, qui s'étendent à vue d'œil en s'afTermissant, pour lui permettre de prendre enfin son essor, et jouir de la nouvelle vie h laquelle il vient de naître ; nous offrant la plus belle image de notre Esprit , qui abandonnant sa dépouille matérielle s'élève vers les lieux de son éternelle félicité.
En effet , la naissance d'un beau Papillon niURKE est un des plus intéressants spectacles auxquels on puisse assister. Â rinstant où le têt corné de la chrysalide commence à se fendre de toutes parts vers son extrémité antérieure, le jeune papillon en agrandit les intervalles par les efforts qu'il fait pour sortir de son étroite prison ; et s'aidant bientôt de ses pattes les premières dégagées, il se tire facilement dehors; mais qu'on se garde de vouloir lui aider en rien; lui seul sait ce qu'il lui faut, et ce qu'il a à faire *, car pour peu qu'on y touche , on trouble la succession rigoureusement prescrite de la série des phénomènes qui doivent se produire; au point que si l'on cherche k faciliter son éclosion pour la hâter seulement de quelques secondes , et lui aider à dégager certaines parties de son corps qui paraissent embarrassées, on empêche le parfait développement de l'Insecte , qui alors reste informe , tant ont été précisés , par l'Intelligence suprême, les moindres causes et effets QUI doivent se produire successivement dans cet acte si important pour l'animal.
A rinstant où il vient de naître, ses membres paraissent encore affaiblis par leur long repos, et l'Insecte, sachant d'ailieurs par ijistinct qu il n'est pas encore arrivé ^ son en-
tièrc perfectioD , reste quelque tempa imoiobileen aitendant que tout soit accompli.
Toutes les parties de son corps ont dès le premier instant la forme et la grandeur qu'ils doivent toujours conserver ; il n*y a que les Ailes qui • tout en ayant leur forme définitive, sont toutefois fort petites encore, n'atteignant que la moitié de la longueur de l'abdomen. Ces organes devant avoir au contraire une très^grande surface pour remplir convenablement leur fonction, eussent été exposés k de nombreux dangers d'être endommagés et même détruits pendant leur développement sur la chrysalide, si dès la première métamorphose ils avaient eu toute leur grandeur { et cette çilception dont
ILS SONT l'objet EST UN NOUVEAU FAIT QUI NOUS PROUVE AVEC QUE1LLE SUBLIMP SOLM^IITVUB LA P^aVIDSKCE A PRÉVU LES MOINDRES INCONyÉNIEIfTÇ,
Au moment de la nain^auce du Papillon, les ailes ont moins de la moitié de la longueur et de la largeur qu elles doivent avoir, mais sont plus ép^ii^eft qu'elles ne doivent être, et en outre de toutes les parties du corps les seules encore très-molles. Mais quelques secondes après quel'In- 6)Çcte est complètement dégagé , on les voit déjà grandir à vue d'œil pour att^indrQ en peu de minutes ioute la gran* itpur qu'elles doivent atteindre. Effet simplement produit par l'injection forcée du s^^ng dans les canaux que forment les nervures de ces fiiies ; ces iujections étant elles-mêmes causées par de fortes contractions du corps de l'Insecte:
MOYEN AUSSI ADMIQA]}^.^ Qm SIMPLE QUE LE CRÉATEUH A EM- PLOYÉ POfJR PRODUIRE Vm E^^TEMSlQN AUSSI CONSIDÉRABLE DANS UN TEMPS SI COURT, ET $ANS VÉRITAPLË CR0IS6ANC6,^impOSSible
à^ns quelques minutes. Celte extension se faisant d'abord plus ou mois irrégulièrement dans les diverses parties des ailes , celles-ci se contournent et se chiffonnent considérablement dans les premiers instants ; mais à mesure qu'elles atteignent Ja limite de leur grandeur, toutes les bosselures» qu'elles préseutent ^efii^cenj, et cbacupe devient parfaite-
ment plane; leur n^embrane et surtout leurs nervures, d'abord très*molleS|. s'affermissent au même instant en prenant leur coDsi$tanc6 de corne, et le Papillon peut enfin prendre sen essor
Telle est à peu près la succession des faits dans la naissance des Papilloi«s u^urpies, dont les chrysalides sont sus* P^odues a nu dans l'espace, et dont Tlnsecte parfait n*d aucun obstacle à vaincre immédiatement après son éelosion^ Mais cela n'est point en toute chose de même chez les espèces dont la chrysalide est enfermée; ici les jeqnes Papilloqs, après avoir quitté leur dernière dépouille, sont obligés ' d^'se dégager plus ou moins péniblement des lieux où ils se trouvi^nt. Ceuic dont U chenille file un cocoq , ont à le percer pour en sortir, et quoique cela se fasse assez rapidement , il faut toutefois que Taniinal y emploie quelque temps pendant lequel il ne faudrait pas que ses ailes grandissent, ce qui rempêcberait de ^prtir.
Cet inconvénient e^t surtout très-grand pour les ejspèees qui se métamorphosent sous terre, et dont le papillon doit avoir le temps souvent fort long de se dégager au moyen de ses faibles pattes, ^vec lesquelles il a I) fouir |a terre. Or ces inconvénients aussi ont été parfaitement prévus par le Créateur, qui, dans sa sublime Saqesse, y a remédié en prolongeant uniquei^^n? pour chaque espèce , selon les
CQNniTlONS DANS LESQUELLES IL L'a PLACÉE , L^^ TEMPS QUI s'écoule nu MOMENT Ol] LE PAPILLON ÉGLOT JUSQU'À CELUI OÙ S^S AILPS COMMENCENT À s' ÉTENDRE; T^MPS CALCULÉ POUR ÊTRE FLUS CONSIDÉRABLE QUE CELUI QUE LE PETjT ANIMAL DOIT EMPLOYER POUK ARRIVER AU QRAND JOUR. ADMIRABLE SOLLICITUDE, SANS LAQUELLE AUCUNE ESPÈCE MÉTAMOR- PHOSÉE SOUS TERRE N* AURAIT PU SUBSISTER. Cet efict est si exactement calculé que des Papillons, dont les chenilles s'enfoncent un peu profondément en terre, restent, lorsqu on les élève k l'air lih^e, souvent une heure eptière avant que leurs. ailes ne commapcent ^ s'^^ndre,'
Je n'ai indiqué jusqu'à présent que simplement les parties extérieures du Papillon, en tâchant de faire voir comment elles naissaient déjà sur la chenille et se développaient ensuite sur la chrysalide ; d'où résulte qu'il n'y a réellement qu'une seule métamorphose, qui a réellement lieu par la transformation de la chenille en chrysalide; celle-ci étant déjà le Papillon dans un état de grande imperfection dans chacun de ses organes.
La métamorphose intérieure n'est pas moins remarquable, soit par les simples transformations qu'éprotivent les organes, soit par le développement que subissent d'autres, existant simplement en germe chez la chenille; soit enfin par la disparition de ceux qui n'ont dans la suite plus de fonctions à remplir. Toutes ces transformations étant fort remarquables, je regrette de ne pas pouvoir les faire connaître ici dans tous les détails, leur description exigeant un espace que je ne puis pas leur consacrer dans cet ouvrage; et je me vois obligé de me borner à n'en indiquer que quelques-uns.
J'ai déjà dit en parlant du têt des Insectes, que les ailes de ces animaux n'étaient que de simples plis des téguments soutenus par des nervures, qui elles-mêmes ne sont que des parties plus épaisses et plus fermes que le reste de la membrane ; que , dans leur mécanisme , les ailes agissaient dans le vol x^omme des leviers du premier ordre , c'est-àdire où le point d'appui est entre la force, qui est dans les muscles, et la résistance qui a lieu à la surface de Taile par la pression de l'air ; que les muscles n'agissaient pas directement sur les ailes , auxquelles ils n'appartiennent pas en principe; ces ailes n'existant point dans les chenilles; mais agissent médiatement sur elles, au moyen des pièces des segments respectifs , auxquelles ces muscles se fixent ; c'està-dire que l'abaissement des ailes est produit par le raccourcissement de la pièce dorsale du segment qui se bombe en dessus, et fait, en conséquence, exécuter un mouvement
CHAPITtliE IX. . 347
de bascule à l'aile ; et que rélëvation de celle-ci a lieu par rabaissement de cette même pièce au moyen des muscles verticaux fixés aux pièces sternales du segment. Eh bien ! les pièces solides et les muscles qui produisent ces effets , ne sont autres que ceux qui servaient au rampement dans la chenille; fonction qui a disparu. En effet, j*ai dit, en parlant de Torganisation de la Chenilh , qu*il existait chez elle, comme d'ailleurs chez tous les animaux ARTicqLÉs, une série de muscles se rendant dans le dos, d'un segment k Tautre, et servant à les rapprocher et à raccourcir le corps. Cette bande de muscles au lieu de disparaître dans l'insecte parfait, où les deux segments du thorax qui portent les ailes soDt presque immobiles, prennent au contraire un développement extraordinaire , en devenant , par le moyen que je viens d'indiquer, les muscles abaisseurs des ailes ; ne servant plus à rapprocher les segments , mais h faire bomber leur pièce dorsale en dessus. Gomme ceux de ces muscles qui meuvent les ailes postérieures vont se fixer au quatrième segment : le premier qui suit celui portant réellement les ailes, l'arceau supérieur de ce quatrième segment, au lieu de rester dans sa direction primitive , se fléchit vers Tintérieur du corps, en faisant presque un angle droit avec ceux du thorax, afin que les musclas qui unissent les deux segments devenant énormément gros dans l'Insecte parfait, y trouvent de vastes attaches; surtout chez ceux dont les ailes postérieures agissent le plus efiicacement dans le vol , ainsi que cela a lieu chez les Coléoptères, et puissent agir plus perpendiculairement sur les deux segments; d'où résulte aussi que le thorax est composé de trois segments consécutifs, quoiqu'il n'y ait que deux paires d'ailes^ ainsi que je lai déjb fait voir dans un autre de mes ouvrages sur TAnatomie des Insectes, où j'ai le premier expliqué la composition du corps de ces animaux et la théorie de Tannlogie des parties.
Quant a la partie inférieure du quatrième segment de la
348 teioLOéfE M LA Nature.
chenille, il disparaît, en se réduisant à un siAiple rudiment perdu dans les téguments qui unissent le thorax à l'abdomen.
Les segments abdominaux ne se modifiant que fort peu par la métamorphose, leurs muscles restgmt aussi à peti près les mêmes, en devenant simplement beaucoup plus faibles, les arceaux étant aussi moins mobiles; et cèdent leur emplacement anx organes inte^trnaux, tels que ceux de la génération , qui prennent tont le développement qu'ils ont k atteindre.
Enfin le dernier segment abdominal de la chenille, et d'ailleurs de toutes les larves d'Irisectes, rentre dans Tintérieur, et se transforme en pièces accessoires des organes génitaui , auxquels ces pièces servent de. supports.
J'ai fait remarquer aussi que les chenilles avaient neuf stigmates de chaque côté pour la respiration : nn sur le premier segment, qui devient le corselet du papillon; point sur le second et le troisième, qui constituent plus tard le thorax; et un snr chacun des hnit segments suivants, le dernier, celui qui doit rentrer en étant également dépourva. Mais comme le quatrième segment entre également dans la composition du thorax , celui-ci a cependant par là une paire de stigmates ééjh existant dans la chenille; et, ce qui est le plus remarquable , est qu'il s'en ouvre encore une auife paire entre le premier et le second segment de cette partie du corps : stigmates surtout bien distincts chez les Coléoptères.
Le Système nerveux ayant une paife de ganglions de la moelle épinière dans chacun des segments du corps chez la chenille, conformément k la première loi que j'ai faiteonnaitre sur ce système d'organes, loi sous laquelle se rangent ces animaux, ainsi que tous les autres Insectes a l'état de larve ; le système nerveux se transforme pendant la métamorphose de la Nymphe, de manière a offrir dans Tlnsecte parfait les conditions exigées par la cinquième loi qui régit
(Shapïtrï iX. 319
ce dernier; c*ost-h-<lire que les ganglions abdominaux s'avancent vers la région antérieure de l*abdomen. Cette transformation qu'éprouve le Système nerveut des Insectes dans les métamorphoses , où la forme du corps passe d'une condi-: tioB à une autre, est une des preuves les plus probantes de l'exactitude des lois que j'ai formulées, il y a plus de vingt ans, sur les rapports que tes organes ont avec les autres.
Les Insectes pondent leurs œufs ton tôt tous à la fois et tantôt un k un; mais toujours sur les objets mêmes dont les larves doivent se nourrir ; la plupart ne donnant pas d'autres soins k leur progéniture, qui n'en a pas besoin. Certaines espèces, toutefois, prennent quelques précautions pour garantir les œufs de l'intempérie de l'air : tels sont surtout plusieurs Phalènes parmi les Papillons nocturnes , qui les placent tous en'un tas sur la plante dont les chenilles doivent se nourrir, en les recouvrant de poils qu'ils arrachent à leur propre corps.
D'autres Insegtbs' entourent leurs œufs de la quantité de substances nourricières nécessaires h la larve jusqu'à son entier développement
D'autres encore , t€Js que les Blattes, portent le paquet de leurs œufs avec eux, attachés h leur abdomen, jusqu'à ce qu'ils soient éclos. Enfin un grand nombre, et surtout beaueeup d'HYMÉNOPTÈRES , les Insectes évidemment les plus intelligents, donnent pendant tout le temps, les soins les plus affectueux à leurs petits. Qui ne connaît , k ce sujet, les char-^ mantes construction^ qu'exécutent, dans ie but de Tédtication de leur famille, les Abeilles , les Guêpes et les Bourdons, insectes qui non-seulement prodiguent à leurs petits des soins de tous les instants , mais leur sont en outre tellement dévoués, que, malgré la petitesse de leur taille, se fiant k la puissance de l'arme redoutable dont la Providence les a pourvus, ils osent attaquer, avec tout le courage que peut inspirer Tamour maternel , les animaux les plus gratlds et l'homme même, lorsqu'ils ont l'imprudence d'approcher seulement
330 THlfOLOGIB DS LA MATURB.
un peu près , 4u lieu où se trouvent ces objets de leur tendre affection.
Je n'entrerai pas ici dans des ilétails sur Téconomic si remarquable des Abeilles; cette seule partie de l'histoire des Insecte^ ayant déjà fourni le sujet de livres fort étendus; parmi lesquels se distinguent surtout les Nouvelles observations sur les Abeilles j par Hubert , ouvrage classique sur l'éducation de ces curieux petits animaux , et les Recherches sur les mœurs des Fourmis , par Hubert fils » où èes deux habiles observateurs ont fait connaître tout ce qu'il y a de remarquable, et souvent d'extraordinaire dans les mœurs de ces Insectes, dignes du plus grand intérêt.
L'économie des Guêpes et des Bourdons étant moins connue, j'essayerai de Tesquisser simplement.
Quoique les Bourdons approchent génériquement plus des Abeilles que les Guêpes^ ils en diffèrent davantage sous le rapport de la forme qu'ils donnent à leurs nids; mais ils leur ressemblent du reste quant aux mœurs et k leur nourriture.
Il n'existe au printemps, d^ns notre climat, que des Bourdons femelles , fécondées pour toute la durée de leur vie dès l'automne précédent. Ces Insectes, après avoir passé l'hiver cachés et engourdis dans quelque lieu , tels que des troncs d'arbres creux ou autres, en sortent au premier printemps, lorsqu'il existe cependant déjà quelques fleurs qui puissent leur fournir le miel dont ils se nourrissent. On les voit alors rôder partout à la recherche d'un lieu avantagea-^ sèment disposé pour établir, leur nid. On les voit entrer, dans ce but, dans toutes les petites cavités qui semblent pouvoir en offrir la commodité convenable , les visiter avec soin et ep ressortir quelques instants après pour en chercher un autre, s'il présente quelques inconvénients. Le local une fois choisi, ce seul insecte l'approprie au but qu'il se propose , en élargissant le fond où il veut placer son nid , et il en égalise les parois. D'autres espèces se contentent de fixer
CtlAPlTIlB IX. 391
leur domicile dans une simple petite «lépression d'un pré ordinairement mousseux , en nettoie le fond et remplit la cavité de petits brins de mousse qu'il trouve k Tentour, et destinés sîmpleînent k mettre le nid à l'abri dés petits cor^s étrangers qui pourraient tomber sur le précieux dépôt qu'il va placer dessous.
Pour mieux garantir leur véritable nid , même des par^ celles de mousse qui le recouvrent et surtout de la pluie, ces intéressants insectes tapissent en dessous la masse de mousse d'une lame de cire , composée de pollen et de miel pétris ensemble ; en lui donnant la forme d'une voûte qui constitue le plafond de la petite habitation.
La femelle encore seule qui forme le nid commence par déposer au fond de cinq k sept œufs, en un seul paquet qu'elle enveloppe dans une petite rr'yzse de ce même mélange de pollen et de miel dont je viens de parler. Les jeunes larves qui en naissent rongenj l'intérieur de cette masse dont elles se nourrissent, en agrandissant ainsi k mesure du besoin la cavité qui les enferme; et si par Tefiet de Taugmentation de la petite masse i\ s'y forme une ouverture , ce qui arrive souvent, la mère la bouche avec de la nouvelle cire. Enfin , quand les larves ont acquis tout leur développement, elles se placent d'elles-mêmes verticalement à côté l'une de l'autre, la tête en haut et s'enveloppant, chacune k part, d'un cocon de soie, absolument comme le font les chenilles, et dans lequel elles se métamorphosent ; d'où résulte que la masse commune forme un assemblage de cinq à sept cellules particulières renfermant chacune une Nymphe; et celles-ci étant devenues Insectes parfaits percent leurs cocons au sommet avec leurs mandibules pour en sortir. C'est de cette manière que sont formées par les larves elles-mêmes, aidées seulement par la mère, les cellules de ces petites ruches : cellules dans lesquelles ces insectes déposent, ensuite souvent le miel dont ils ne font qu'une très-petite provision suffisante pour leur entretien pendant
3âS IHEOLOGIS OK U MATURE.
le$ jours de pluiit; les autre» cellules re^teqt vides et pe servent k rien.
A peiue la première petite masse renfermant des larves a-t-elle pris un peu d'agrandissement, que déjà la mère en forme successivement d'autres, de manière que, lorsqu'une fois réclosion a commencé dans la ruche , il y naît tous les jours quelques jeunes Bourdons, dont le nombre peut aller à une centaine dans un été, et dont tous, sans exception, sont des Femelles k, organes sexuels avortés , et appelés de la Pf entres , comme incapables de produire des petits . déjà par cela même qu'il n'existe point alors de mâles; et très-probablement aussi parce que, élevées d*une certaine façon , la fécondation serait impossible chez elles, ainsi que cela a lieu chez les Abeilles, espèce très- voisine ; et en effet, tous les Bourdons nés au printemps et au commencement de Tété, sont k Textérieur parfaitement semblable^ k leur mère, mais sensiblement plus petits.
A peine nés, tous les jeunes Bourdons aident, de U manière la plus assidue, leur mère dans les soins qu'exige l'éducation des petits ; sortant dès le matin , pour aller recueillir sur les fleurs le miel qu'ils trouvent au fond de leur corolle, et qu'ils rapportent k la ruche dans leur estomac, pour le dégorger dans les vieilles cellules dans lesquelles ils sont nés ; ou bien ils recueillent sur ces mêmes fleurs le pollen des étamines , dont ils se recouvrent tqut le CQrps en s'y frottaiit dans tous les sens, et le ramassent ensuite en une petite masse qu'ils attachent aux côtés de leurs jambes postérieures , fortement élargies a c^t effet fn LAMES plates; ct ainsi doublement charges de provision, ils arrivent k la ruche , où d'autres s'empressent de les débarrasser de leur fardeau .
Ce n'est que vers la fin de Tété que la mère poqd d^s. œufs destinés k produire des femelles fécondes et des mâles, qui s'accouplent bientôt après leur naissance; et la famille continue encore k vivre epsemble jusqu'k la mauvaise saison.
CHiPITflK 11. 3t3
OÙ les premières femelles, simples ouvrières, et les mâles périssent, tandis que les femelles fécondées s)r mettent quelque part a labrr du très*-grand froid , et y vivent engourdies, sans prendre aucune nourriture, jusqu'au printemps, où, réveillées par le retour d'une température plus douce, elles sortent, pour songer k former, elles aussi, de nouvelles colonies.
Les mœurs et l'économie des Gtèêpes sont k peu près les marnes que celles des Bourdons ^ en cela qu il n'existe chez elles au printemps que des femelles fécondées depuis Tautomne précédent, et qui commencent ainsi, toutes seules , k former chacune une ruche, où celte unique mère produit, dans un même été» souvent plus de cinq à six mille petits, dont le plus grand nombre , c'est-a-dire tous ceux nés &a printemps et en été, ne se compose , comme chez les Bourdons ^ que de femelles ouvrières infécondes; tandis que celles nées au mois de septembre et d'octobre sont féoondes, et plus grosses que les ouvrières ; et c'est dans celte arrièresaison aussi que sont produits les mâles.
Quant aux nids de ces intelligents et gracieux Insectes , ils ressemblent, par leur forme, plus à ceux des AbeilleSi De même que chez ces dernières, ce ne sont point les Larves qui construisent les cellules , mais bien les Ouvrières, qui, au lieu de cire, emploient pour cela des détritus de végétaux ; c'est-a-dire que les* espèces européennes font pour cela usage des parcelles de bois. Les Frelons emploient du bois à demi pourri « dont ils agglutinent les parcelles avec une humeur salivaire gotnmeuse, qu'ils rendent par la bouche , et en font une espèce de papier épais et grossier constituant Tunique matière de leurs construc* tions; et les espèces plus peûtes de Guêpes eiâploieut pour cela les filaments gris qui se détachent de la surfaoe des planches en palissades exposées longtemps à l'intempérie de l'air, et qu'elles vont péniblemeat arracher un k un avec leurs mandibules , pour les porter par bouchées k leur do-
micile, afin d'en construire leur Guêpier, qui semble de là être fait de papier gris.
Après que h femelle, toute solitaire au premier printemps, a fait choix d'un local, elle en tapisse le plafond d'une couche de ce papier, et y forme au milieu un gros pilier descendant, qu'elle termine par une cellule cylindrique verticale , ouverte en bas , dans laquelle elle place de suite un œuf. A cette cellule elle en ajoute tout autour six autres semblables, dans lesquelles elle fixe également un œuf aussitôt qu*elles sont achevées; et continuant ainsi a placer de nouvelles cellules autour de celles déjà construites, elle finit par former un Rayon plus ou moins large, formé entièrement de ces cellules dont chacune renferme un œuf.
Lorsque l'Insecte juge que le rayon pourrait devenir trop pesant par sa grandeur et le poids des larves qui grandissent rapidement dans les cellules , il le fixe par un second pilier au plafond , et plus tard même par plusieurs ; mais rarement ce premier rayon est grand, et bientôt il y suspend par en dessous , un second , dont les piliers de suspension sont tout simplement fixés aux bords des cellules. Ce second rayon devenant trop large, il y en ajoute par-dessous successivement plusieurs autres , en laissant entre eux une distance sufiSsante pour que ces Insectes puissent passer facilement entre ces divers étages. Enfin les rayons inférieurs sont de nouveau de plus en plus petits ; de manière que l'ensemble prend une forme «phérique.
Lorsque le lieu choisi pour y établir le nid est en plein air, la Guêpe recouvre son nid d'une cloche en portion de sphère, fixée au pilier primitif, et enveloppant librement tout le nid afin de le protéger contre les objets extérieurs qui pourraient tomber dessus.
Les espèces qui ne produisent qu'un' petit nombre de jeunes suspendent ordinairement leur petit établissement à une branche de buisson , et se contentent de faire la cloche
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siinpie ; tandis que celles qui font des milliers de petits , construisent , dans les parois de la cloche , des cavités plus ou moins spacieuses dans lesquelles elles peuvent se loger, lorsque pendant la nuit ou p^r le mauvais temps elles sont toutes rentrées.
Les Guêpes se nourrissant de tout, élèvent leurs larves soit avec des insectes qu'elles attrapent, soit avec la cbair de fruits sucrés , et font de Ik beaucoup de dégât dans les jardins et les vignes; ce qui les rend , en «onséquence , un véritable fléau en raison du nombre considérable déjeunes qu'elles produisent , en même temps qu'elle sont redoutées pour les piqûres douloureuses qu'elles font avec le dard dont elles sont armées, arme dont elles ne font toutefois usage que lorsqu'elles ou leur progéniture sont en danger ; jamais elles n'attaquent, mais jamais aussi elles ne fuient; et malheur à celui qui les touche sans les plus grandes précautions. Lorsqu'on touche k leur nid , où se trouvent les objets de leur plus tendre, affection , plus chers que leur propre existence, elles sortent en foule, et poursuivent avec le plus vif acharnement, jusqu'à de fort grandes distances, celui qui a osé les troubler dans leur paisible domicile. Là, toutes dévouées les unes aux autres , et unies dans le même intérêt de l'éducation de leurs jeunes sœurs , jamais il ne s'élève entre elles le moindre différend.
Les Abeilles ouvrières ne périssent point en hiver, et restent avec leur unique mère jusqu'à l'année suivante , pour soigner le nombre considérable de jeunes qu'elle produit. Ce sont elles qui construisent les rayons et façonnent les cellules, qu'elles font en cire, en les plaçant dans chaque rayon par deux couches adossées par le fond , et dans une disposition horizontale.
. Quand la mère, unique dans chaque ruche, a pondu des œufs, les Ouvrières les distribuent un à un dans les cellules, ou elles nourrissent les larves qui en proviennent. Lorsque celles-ci sont arrivées à tout leur développement, elles b\v
396 THÂ)LOGm Dfi LA NATURE.
Ulenl des caques fermées de lonle part, eomme le fodt les lanres de Bourdons et de Guêpes ^ et que les jeunes abeilles qui en naissent percent ensuite pour en sortir.
Par une économie d'espace ^ les mêmes cellules servent plusieurs fois, chez les Abeilles, à y élever des jeunes, ou bien ii y déposer du miel en quantité plus que suffisante k lenr consommation jusqu'au retour de la belle saison.
Je pounfais citer encore tiue foule d*autres Iusegtes, et surtout des Htmênoptèabs, qui emploient plus ou moins d'art dans la construction dé leurs nids, souvent fort remarquable par ta rigoureuse précision qu'ils mettent à toujours produire la ménie chose ; précision que l'Être suprême a mise dans leur instinct , afiti que le même but soit toujours atteint ; mais où souvent les Insectes interviennent nécessairement aussi par leur intelligence, lorsque des circonstances fortuites ne leur permettent pas d'agir de la même manière.
C'est ainsi que les Nécropheres^ espèce de Coléoptère plus petit qu'un Hanneton , creusent des fosses dans lesquelles ils enterrent le cadavre de quelque petit animal, pour y déposer leurs œufs. D'ordinaire^ ils se fourrent simplement dessous, el y creusent la terre dans laquelle le cUrps mort s*etifonee par son propre poids. Lorsque, au contraire, cela n'est pas possible, ces Insectes se réunissent ^ plusieurs, et traînent le petit animal vers un lieu où la terre plUs meuble leur permet d'accomplir lacté que leur instinct leur suggère. Ici il faut non-seulement que de concert ils fassent choii d'un emplacement, et qu'ils aient les moyens de pouvoir se l'indiquer l'un k l'autre y ce qui prouve une grande intelligence de leur part.
Bans la Classe des CnustACÊBs , les deux afifpareils génitaux sont toujours séparés sur des individus différents, si ce n'est chez quelques Branghiopodes et les Ostuafodës, où l'on n'a pas encore découvert de sujets qui he portassent pas d'œufs.
* Les Ovaires, généralement en forme de grappee, smrt
CUA^ltRE IX. 327
compliqué», et reilferment le plus souveht une quantité considérable d'œufs , d'ordinaife tou^ ad même degré dé maturation , et qui sont alors aussi tous pondus à la fois.
Beaucoup d'espèces leur donnent simplement quelques ^oiiis de pure protection , soit en les plaçant dans des lieux où ils se trouvent plus ou moins abrités , soit en les [)ortant avec eux, attachée h leur corps, jusqu'à ce qu'ils soient éclos; mais ne les couvent pour cela pas, ne pouvant point leur commuoiqtier une température slu-dessus de celle de l élément ambiant. Les Êcretis$es les tiennent âttiithés aux fausses pattes du dessous de leur abdomen ; les Cy dopes , |)ètits animaux prègcjue microscopiques, qu'on trouve partbbt dans les baqnets d*arrosement, les portent snspendus en une od denx masses k l'cxtréniité de leur corps; les Cypris, autres t^ès-pétltâ CrUsftacés qu'on rencontre en grand nombre dan^ leë mêmes lietil , sotit, que je sacbe, les seuls qui fassetit nne espèce de nid en (ilaçsltit leurs œufs contre quelque corps solide, et les recouvrent d'une substance verd&tre, comme mousseuse, qui les fixe. Enfin le^plus remarquables, soàs le rapport de leur Riftiètion génératrice , sotit bien évidemment leâ Paphnia , trè^-t)etits BRANci^roï'onÈs de trois ou quatre miilimètte^ de long, qui habitent également en nombre considéhbie datfsf ibntes les eaux stagnantes , et entre autres dans les baqbetj d'arrosemeiit. Ces petits anîmaux offrent tfon-^nlemetït, comme les Puceroris de la Classe dei Insectes, Ist singuKère faculté qu'un s^eul acèouplemeljt suffit (tour plusieurs générations succès^slves , et dont j'ai déjk eu occasioiï de parlée, rtikh \\é ont encore cela de particulier qu'ils pMâiiisent des œuf^ dé deux espèces, les uns qui éclosenl <féfà au bout de vingt-» quatre heures, et d'atrtres qui j^lent ju^u'an printemps soitant avant d'éclore; et enfin que lorsque Tcetff éclôt , le jeune ne lalisse encore apercevoir auctm organe distinct : c'est tout simplement un oEiAf sans co^ne, qui achève dé se déveldpper dans cet état.
Beaucoup de Crustacés subissent aussi de véritables métamorphoses, présentant dans leur premier état une forme tout à fait différente de celles qu'ils doivent^acquérir plus tard : tels sont les Crabes et les Cyclopes , cités un peu plus haut.
Deux espèces de Branghiopodes connus , et peut-être un plus grand nombre, offrent la singularité, encore inexpliquée, de ne se trouver dans les mêmes lieux qu'à des époques très-éloignées , de plus de trente ou quarante ans; et alors on en voit paraître tout k coup une quantité prodigieuse, sans en rencontrer souvent un seul dans cet intervalle, dans la même localité.
C'est ainsi qu'en 1817 on trouva dans toutes les mares des environs de Fontainebleau, à la fois, un nombre considéjrable à'Àpus et de Limnadia^ les deux espèces indiquées plus baut, dont la première a jusqu'à quatre centimètres de long, et la seconde un seul centimètre ; et depuis on n'en a plus revu, que je sache, surtout pas la Limnadia^ qui n'a été trouvée , dans l'espace de cent ans , que deux ou trois fois peut-être dans toute l'Europe, et les Àpus un peu plus souvent, quœque ces animaux soient chargés d'un nombre considérable d'œufs. Je ne vois d'autre explication à ce phénomène que celle que ces Branchiopodes sont tout a coup apportés de contrées très-éloignées, par 4es pluies provenant d'eaux enlevées par des trombes.
Les ovaires des Arachnides offrent également le plus souvent la forme de grappes très -compliquées, où les œufs prennent d'ordinaire tous un égal développement , et sont pondus k la fois. Dans certaines espèces, telles que l'Araignée Dia^me, si commune en été dans les jarxlins, les œufs sont en si grande quantité , que l'énorme abdomen de ces animaux en est complètement rempli. Chez les Limules , les géants de la classe , les œufs , quoique fort petits , sont si nombreux, que les ovaires , remplissant tous les intervalles des organes de leur vaste corps, se prolongent jusque dans les pattes,
cuAPiTiui IX. 329
lin grand noinbre d'Arachnides , et spécialement ceux de la Famille des Araméides , donnent certains soins à leurs œufs, sans pour cela les couver. Les Diadèmes se contentent de les fixer k quelque corps solide, en les enveloppant légèrement dans une masse de soie qui les abrite, et où ils passent l'hiver. D'autres espèces les enferment dans un cocon globuleux de soie , qu'elles portent partout avec elles , jusqu'à ce qu'ils soient éclos. Les Phokus portent le cocon dans leur bouche, et les Lycoses l'ont suspendu sous la poitrine ou k l'extrémité de Tabdonien. Si Ton cherche k le leur enlever , elles le défendent avec courage, et, forcées de l'abandonner, elles y rjeviennent aussitôt que le grand danger est passé, pour reprendre leur précieux fardeau. Les mêmes espèces d'araignées donnent même des soins k leurs petits pendant leur premier âge, en les portant sur leur dos jusqu -k ce qu'ils aient acquis une certaine force.
D'autres encore , telles que les Sparassus , gardent au contraire k vue leurs cocons remplis d'œufs, qu'elles placent auprès d'elles, dans l'habitation qu'elles se font en liant ensemble , avec de la soie , plusieurs, feuilles d'un arbuste.
Les Cloiho placent leurs œufs dans de simples poches , soigneusement construites pour être chaudes et moelleuses^ dont est garni l'intérieur de leur habitation.^
Les Scorpions sont ovo-vivipàres , c'est-k-dire que leurs. œufs éclosent dans le corps de la mère, qui met ainsi des petits vivants au jour, les veille et les porte surdon dos tant qu'ils sont encore petits et faibles, jusqu'k ce qu'ils puissent pourvoir eux-mêmes k leur subsistance.
§ IL Animaux Mollusques.
f J'ai déjk dit plus haut que T hermaphrodisme devenait
plus général chez les Mollusques, animaux dont le système
d'organisation , devenu plus simple , ne permet pas k un
330 THÉOLOtilI fil iâà NATURE.
grand nombre d'espèce de se rapflrocher facilement pour remplir Tâcte de la féeondatioD ,
Chez les espèces les plus élevées, telles que tes Céphalopodes, qui marchent et nagent avec facilité, les sexes sont encore séparés, et le sont également dans tout Tordre des PccTiNiBRANGHBs , de la CLASSE des Ga&téropodbs , tandis que la plupart des autres ordres de cette dernière classe sont hermaphrodites Imparfaits ou même hermaphrodites parfaits , comme le sont les Acéphales , animaux dont la plupart changent diffieilemanl de place.
Les oi'ganes génitaux varient également beaucoup dans ce troisième ËMBRANGHBiiEMT diiRÈoNÈ AI9IMAL. Quc^iqne Tovctire présente, ci^mme presque partout, la forme d'une grappe plus ou moins compliquée, ses ramifications sont toutefois d'ordinaire intimemerlt liées entre elles , au point de lui faire prendre l'apparence d'une^ande, dont il se distingue toutefois {)ar les oeufs qu'il contient*
Chez les Cép^alopooss (Poulpes)^ cette grappe occupe le foEid du sac, où elle est t'eilferméè dans utie poche membraneuse qui là recouvré libremextt^ et dans la cavité de laquelle les œufs tombent ; poche qui fait les fonctions de Trompe, 0t se termine en deux otiductes s ouvrant 4ans le sac^ près des deux branchies.
La glande sécrétoire de la U^ueur prolifique ocewpe la même place dans le mâle* Elle a la forme d'un amai^ de petits vaisseaux embrànébés leâ uns sur les autres, et dont les principaux troncs s'ouvrent ^ par un orifice commun, dans une poche enveloppant le tc^t|t, pocbe qui produit 4in canal excréteur allant aboutir à un élargissement en foru^e de vé- ' sicule,dont rextrémité opposée s'ouvre dans une glande cylindrique, terminée elle-même par un canal excréteur, qui va enfin s'ouvrir dans le sac, à côté de la branchie gauche.
Mais ce que ces animaux présentent de plus remarquable est une poche spéciale à deux compartiments commun!quaut enseflfiUe^ dont chacun forme un canal excréteur, al-
t:tiAPlTRE IX. 331
\ûfii S'Ouvrir Tun k la base du pénis et Tautre sur le côté de ce dernier. Cette poche renferme un amas de petits corps cylindriques terminés par on fil grêle, et dont chacun contient un fil spiral élastique qui , aussitôt que ces cylindres tombent dans Teau, se débande en faisant exécuter h ces corps des itiOnvèitiédts très- taries, qu*dn a longtemps considérés cdmtne volontaires. On ne connaît point encore Tusage de ces singuliers organes.
Les GASTÉAOPobEs ne présentent, dans leurs appareils génitaui, Hen qui ttiérite d*étre signalé ici , si ce n'est chez leê hermaphrodites iniparfaHs, tels que les Limaces et le^ EscargofÊ , où les canaux excréteurs de la Hquenr fécondante et Toviducte s'ouvrent au dehors par un même orifice, placé chez ce& dernier^ ait tôié droit du tM ; hermaphrodisme qui obhge ces aniiriaux à un accdtipleBieilt double ou réciproque, aGn de se féconder Tun Tautre.
Chez les espëec^^ hermaphrodites parfaits , telles que tous les CTGLOBRANcnEs et les TficttBRANCiiEs, Torgane mâle n*a pas encore été découvert; et comme tous lé$ Individus portent des œufs , en même temps qu^on ne trouve chez eux aucun organe d'aecooplement, on peOse que chacun produit lui-même Thumeur prohfique pour féconder ses propres œofg; humeur qui ne parait qu'a ('époque de la ponte , de. même que cela a lieu chez les Acéphales , dont ces deux Ordres de Gastéropodes approchent également beaucoup sods la plupart des autres rapports.
Chez les Agéi>hales , les ovaires . d'ordinaire également en grappes très-compliquées, envahissent souvent presque tontes led partie» du corps, pénètraùt jusque dansi la duplieaturedo manteau^ qu'ils remplissent en grande partie.
§ III. Animaux Zoophytes.
Od trouve également des différences fort grandes à ee sujet dans les diverses Citasses de Zoophytes , dont les uns
6011 1 a sexes séparés et les autres hermaphrodites paifaitsoa imparfaits.
V Ovaire est généralement en Corme de vaisseaux simples ou ramifiés ,.chez les Entozoaires. Les Échinodermes l'ont en grappes fort compliquées. Chez les Holothuries , il ne forme qu'une seule , se t^minaut par un Oviducte allant s'ouvrir dans la bouche , par où les œufs sont rejetés au dehors.
Chez les Échimdes , dont le corps est en toute chose divisé en cinq parties rayonnées, les ovaires le sont également, et sont placés dans la région supérieure du têt, où chacun s'ouvre au dehors , chez les Echinus , par un orifice spécial placé à côté de l'anus.
Chez les Astéries^ ces organes soi^t en nombre double de celui des branches du corps , et placés latéralement autour de Testomac.
On ne connaît point d'organe mâle chez les Echinodermes.
Il en est de même des Acalèphes , où Ton n'a également encore trouvé que des Ovaires , ou du moins des organes qu'on suppose remplir leurs fonctions chez les Méduses; car on n'y voit jamais distinctement des œufs.
Ces mêmes organes ne sont guère mieux connus dans la Classe des Polypes , où l'on trouve toutefois des ovaires placés dans le parenchyme du corps, et communiquant avec la cavité intestinale, qui donne issue aux œufç.
Il suffit du peu que j'ai pu dire de la forme et de la disposition des organes génitaux des deux sexes dans les diverses Classes du Règne animal, soit que les deux appareils se trouvent réunis sur lé même individu, soit qu'ils se trouvent séparés, pour qu'on ait pu comprendre que ces organes devant être bornés dans leurs fonctions k produire , l'un les germes des nouveaux sujets, et l'autre une humeur capable de communiquer à ceux-ci, par une espèce d'inoculation, le principe vital, qui leur donne une activité propre, ces deux fonctions sont au tond complètement indépendantes de toute
CHAPlTHlt X. 333
autre, d'où il était indifférent que ces '^appareils fassent placés dans telle ou telle partie du corps, ou qu'ils aient une forme déterminée semblable , même dans la phis petite famille, voire même d'une espèce k l'autre. De cette indépendance résulte en effet cette grande diversité de forme qu'on rencontre souvent a cet égard chez des animaux du reste Irès-rapprochés ; et s'il existe , d'une famille à l'autre , des analogies plus ou moins grandes entre ces appareils, ce n'est aucunement pour cause d'une influence réciproque avec les autres organes du corps , mais uniquement par l'effet de l'unité de plan dans la création des Êtres , plan soumis , par la pure volonté de la dlvlnlté , a diverses lois de GRADATION indépendantes de celles que suivent les autres appareils. En effet, les organes génitaux constituent en quelque sorte un Être à part, uni h celui formé par les systèmes organiques des fonctions de la nutrition et de la sensation ; car, s'il ne s'agissait que de conserver l'existence des individus, condition à laquelle l'on a, en effet, réduit certains sujets par la castration, les appareils génitaux pourraient ne pas exister.
Mais comme, au fond, la fonction se réduit chez les femelles , à la production des œufs, la forme de grappe , plus ou moins compliquées dans leurs ramifications, étant la plus convenable pour l'ovaire , c'est celle-là que le Créateur a en effet le plus souvent employée , sans que ce soit une condition d'existence rigoureusement nécessaire : ce que prouvent d'ailleurs les nombreuses exceptions qu'on y remarque. Je dis que la forme de grappe est la plus convenable, vu que, les germes y naissant dans les extrémités de chaque ramuscule, plus ceux-ci sont nombreux, plus la quantité d'œufs peut être considérable. Mais ces germes peuvent aussi naître, soit k la surface d'un corps plein , comme dans les Mammifères; soit à la paroi intérieure d'une cavité commune, non ramifiée , ainsi que cela a Vten chez les Lithobins de fa classe des Myriapodes.
334 tHEOLOQIB pE U NATURE.
Il eu est de aiême pour Tappareil inàle, qui » n*ayant qu^k produire une humeur fécondante, il était fort indifférent que sa forme et sa disposition fussent les mêmes dans un nombre plus ou moins grand d'espèces d'animaux : de \k cette grdnd^ diversité qu'on remarque en effet sous ce rapport entre des animaux trouvent fort rapprochés dans Yé^ chelle dt' classification.
En thèse générale, toutefois, la matière fécondante des animaux parait devoir toujours être composée de plusieurs humeurs , à en juger par la forme des glandes qui la fournissent.
J'ai déjh fait voir ailleurs que les hommes, même les plus savants, sont incapables de pouvoir concevoir cornaient la moindre fonction s'exerce dans quelque organe que ce soit; mais c'est surtout à l'égard de la génératioà , si compliquée dans ses effets, que limagination la plus hardie « accablée par tout ce que ces résultats ont de merveilleux , reste stupéfaite devant l'inabordable difficulté d'en pouvoir expliquer les causes.
En effet, il ne suffit pas de savoir que le premier germe d'un nouvel individu est produit sous telle forme dans l'ovaire, et qu'en se développant il parcourt certaines phases ou évolutions , avant d*arriver aux conditions dans lesquelles il doit se trouver, pour que, devenu indépendant, son existence soit possible, et d'avoir suivi d*un c^il attentif tes moindres modifications qu il éprouve successivement; il faudrait aussi pouvoir concevoir comment tous ces phénomènes s'accomplissent , et surtout quelles sont les causes qui les produisent chacun en particulier. Il faudrait, savoir comment les résultats peuvent être en harmonie de forme et de disposition avec des agents qui n'ont absolument aucune action sur les nombreux organes qui se forment dans le nouvel Être , tels que sont le lieu que le nouveau sujet doit habiter, le mode de locomotion dont il doit faire usage , fonction spéciale qui à elle seule exige déjà une si grande et si admi-
CBATITM X. 335
rable harmonie ealre une infinité de ses ore;ane8, qui sont en train de se former sous l'évidente prévision db leurs FONCTIONS FUTURES. Il faudrait qu*on pût concevoir comment AVEC CETTE PRÉVISION MÊME, quelque savante qu'elle soit, d'antres organes peuvent ^e former dans des rapports si étonnants avec le genre d'aliments dont le nouvel Être doit se nourrir; organes qui constituent l'appareil digestif, luimême si compliqué, où se manifeste également une si admirable harmonie dans laquelle se trou\e chacune de ses parties avec une foule d'objets extérieurs dont ils sont, au fond , complètement indépendants ; et je n'en finirais pas si je voulais pousser plus loin cet inconcevable enchaînement de rapports de formes et de dispositions dans toutes les parties de lorganisme qui s'établissent entre les organes qui se dé veloppent dans chaque nouveau sujet; aussi l'esprit le plus récalcitrant, après qu'il aura un peu examiné ces faits, oserait-il les attribuer encore à des causes purement physiques, telles que l'électricité, le magnétisme, ou les affinités chimiques, ainsi que l'ont fait certains hommes qui n'y avaient jamais regardé.
Mais ce ne sont pas encore 1^ toutes les difficultés que présente cette grande question de la génération, dont je n'ai fait qu'indiquer ici quelques résultats généraux entre une fouie d'autres, dontchacun se décompose à son tour en une infinité de faits plus inconcevables les uns que les autres. De toutes ces difficultés, la plus grande est de concevoir comment il peut déjà exister dans le premier rudiment d'un nouvel Être, si loin de son entier développement, le germe de Tétonnant appareil de la reproduction destiné non-seulement k en former un autre analogue pour la génération suivante, mais encore capable de reproduire les individus entiers, afin d'en perpétuer la race à l'infini ; el dans ce merveilleux enchaînement de causes et d'effets qui se reproduisent réciproquement, jamais la plus légère erreur dans les résultats.
Aussi EST-ON FORGÉ DE NE VOIR DANS CES PHÉNOMÈNES QUI
336 thÎ^ologib db la tCATum.
TOUCHENT AU MffîAGLEUX , ET SI FORT AU-DESSUS DE NOTftE E^- TENDEMEMT, QUE LES EFFETS DE LA PURE VOLONTÉ TOUTE PLIS- SANTE D*UN ÊTRE SUPRÊME QUI , SEULE CAUSE PRIMITIVE DE TOUT CE QUI EST, A COMMANDÉ QUE CE FÛT AINSI? VOLONTÉ QUI DE TOUTE ÉTERNITÉ ESTL'UNIQUE LOI QUI RÉGIT l'cN!tERS.
I r I II 11» I w
RSMARQCES SUR tA G06MOGONIB DES PHILOSOPHES MATiRULISTES.
§ I. Génération spontanée.
Certains Philosophes penseurs, mais qui bien certainement n'ont jamais regardé de près les objets dont ils parlent, ont cru que pour tout expliquer il suffisait d'admettre que, dans l'origine des temps, alors que le monde était en*^ core désert, tous les Êtres animés, dont les innombrables espèces le peuplent aujourd'hui, s'y sont formés eux-mêmes au moyen de la génération spontanée. Mais comme leur conscience ne leur permettait toutefois pas de croire, ou du moins de dire , que des espèces aussi grandes et surtout aussi admirables dans leur structure que le Cheval , par exemple, et Y Homme lui-même , ont pu se former ainsi de toute pièce par une sorte de fermentation qui se serait établie fortuitement , on ne sait commrent , au fond de quelque marais ou bourbier d'où ces Êtres si remarquables seraient ensuite sortis avec l'étonnante complication de leur organisme , ce qui parait en effet absurde k tout le monde ; ils n'ont point cru devoir aller jusque-là , mais ont pensé pouvoir toutefois établir cette hypothèse pour expliquer la première origine d'animaux beaucoup plus petits. Mais forcés par les preuves les plus évidentes de reconnaître que cela était également impossible, ils finirent par ne plus soutenir cette opinion avec quelque assurance que pour les animaux infiniment petits , ceux qui échappant k la vue simple , paraissent par là ne point permettre la preuve du contraire; animalcules qu'ils supposaient très-gratuitement devoir être aussi sim-