‹ Theologie de la nature (volume 5)Chapitre 25 sur 58 · TOUT-PUISSANT · texte numérisé non relu

TOUT-PUISSANT

Enfin s'il était vrai , comme le pensait Lamarck , qui , d*ailleurs, était loin d'être Matérialiste, que Dieu n'a point créé directement chaque espèce animale , mais bien uniquement des lois qui , agissant sur la matière brute , les ont produites, cette opinion ne fait absolument que reculer

un peu la solution de h question , sans rien changer au principe de cette vérité, que l Être suprême a gréé ghaqub ESPÈCE EN PARTICULIER. En effet, en admettant que Dieu n'ait établi que des lois créatrices, celles-ci devenant par Ik les causes déterminantes de tout ce qui existe, devaient renfermer nécessairement les conditions dans lesquelles chaque objet à produire devait se trouver ; d'où il résulte que , dans la création de ces lois , se trouvait déjà implicitement la création des Êtres eux-mêmes; en d'autres termes,

l'expression DE LA VOLONTÉ DIVINE QU'lLS DOIVENT ÊTRE PRODUITS ; CE QUI ÉQUIVAUT DE LA PART DE DiEU , PONT LA VOLONTÉ EST TOUTE-PUJSSAÎiTE , À LA CRÉATION DIRECTE DE

CES Êtres eux- mêmes | car personne n'a jamais pensé que Dieu les ait formés k la manière dont le statuaire pétrit et modèle les statues qu'il crée.

Dans leur opinion sur la première origine des Êtres organisés, ces mêmes Philosophes spontanéistes n'ont d'ailleurs jamais cherché k expliquer comment il était possible qu'il se formât ainsi un Animal ou uqe Plante quelconque; question qu'ils semblent considérer comme tout k fait secon* daire et sans aucune importance, k laquelle il est inutile de s'arrêter ; le caractère de très-simples , qu'ils assignent sans examen a ces animalcules , leur paraissant suffisant pour être dispensés d'entrer dans aucun détail k ce sujet. Mais cela ne constitue pas moins une première et bien §rand$ hypothèse f dont il serait fort difficile de démontrer la vérité. Quoi qu'il en soit^ une jfois cette première base établie, on ne trouve rien de plus simple que d'admettre, ^omme seconde hypothèse, que ces Êtres si simples ont toutefois la faculté de pouvoir se perfectionner eux-mêmes , pour acquérir successivement une foule d'organes , dont chacun extraordinairement compliqué, remplit cependant les fonctions les plus étonnantes, où éclate la plus sublime sagesse ^ où se montre la connaissance la plys approfondie des sciences , pour coordonner tout l'ensemble de ces ad-

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mirables organismes , afin de faire concourir tous les appareils si divers qui les constituent au but final auquel chaque Être tend. Or tout cela, on le voit, sans difficulté aucune, en miniature il est vrai , c'est-a-dire en germe , dans ce premier animalcule d'une si extraordinaire simplicité , dont Texistence n'est due qu^à la rencontre fortuite de quelques substances minérales; vu que dans Torigine il n'en ei^istait pas d'autres ; et les mêmes animalcules se seraien^t ensuite développés en se perfectionnant, et cela toujours sans bqt; aucune Intelligence n'ayant pu en marquer un ; et cependant ils admettent implicitement que ce but existe , sans juger qu'il soit de quelque importance de dire comment il est possible que cela soit ainsi. Enfin, toujours par la ménie série d'hj/potUses , on admet , en outre , que chaque nouvel organe acquis se place précisément la où il doit fonctionner, et jamais ailleurs y bien que ce ne soit que le hasard qui ait présidé à tout; hasard qui ne peut cependant jamais rien produire où il y ait une raison , le hasard n'étant que le c&ncours de plusieurs causes indépendantes les unes des autres , mais 4ui produisent toutefois ensemble un effet (1). Or Cet effet ne peut être que la conséquence naturelle de ses causes ; et comme celles-ci sont indépendantes les unes des autres, le résultat produit, ne saurait être prévu dans chacune de ses causes; et cela d'autant moins que ce dernier est souvent en dehors des propriétés des objets qui en ont été les causes. Ainsi une fonction organique quelconque , même la plus simple qu'on puisse imaginer, dans laquelle il y a toujours un motifs ne saurait être le résultat du hasard , quoiqu'on croie avoir tout dit quand on a prononcé ce nom ou un de ses synonymes.

A cette même question sur l'origine primitive des Êtres organisés, d'autres Matérialistes proprement dits, ceux qui veulent tout faire procéder de la matière , ne manquent pas de répondre par l'opinion spécieuse à kquelle il leur semble

(1) Voyei la pote n». 35.

qu'il n'y a rien ^ répliquer, que tous ces objets sont, par leurs races, aussi anciens que la matière, et ne font que se reproduire par la génération , faculté de tous temps inhérente à leurs espèces , comme toute autre propriété est inhérente k la matière , et que ces objets se propageront ainsi jusqu'à la fin des siècles ; système qui ne saurait supporter le moindre examen. En effet, les Êtres organisés n'ayant individuellement qu'une existence très-limitée, où nous voyons chacun naître et mourir pour se décomposer en ses éléments , il est évident que ceux qui ont formé le premier point de départ de chaque série , ont également dû commencer, n'ayant pas dû exister de toute éternité avant leur mort, fin que l'idée d'élerniténe permet pas d'admettre. Nous voyons, en outre, tous ceux actuellement existants , se développer, et croître , en s'assimilant des substances étrangères dont leur corps est formé, effet que les premiers ont également dû produire; seconde preuve qu'ils n'existaient pas de toute éternité, vu qu'une partie seulement de leur Être l'eût été , tandis que l'autre eût été temporaire. Enfin d'où serait venu cet admirable plan d'organisation d'après lequel chaque espèce est formée , où la structure , la disposition et la fonction de chaque organe sont si savamment calculées? Mais un seul mot suffit pour renverser de fond en comble cette nouvelle hypothèse sophistique, en faisant remarquer que les faits géologiques parfaitement constatés (1) sur lesquels aucun savant n'élève le moindre doute, prouvent d'une manière irréfragable que, dans l'origine, notre planète a été dans un état complet de fusion ignée , avec une température infiniment audessus de celle de tout foyer de chaleur que l'art puisse produire; état primitif, dont les volcans , qui en sont les dernières iraces à la surface du globe, ne nous offrent qu'un faible terme de comparaison avec celui où s'est trouvé dans l'origine le globe terrestre. Or comment des Êtres organisés quel-

(1) Voyez la nptc n«* 16 et 18.

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conques auraient -ils pu exister alors pour propager leurs races? Cette seule objection sans réplique démontre, de la manière la plus évidente , que les Êtres organisés n*ont paru qu*à une époque déterminée sur notre globe, par l effet d'une création, alors que Texistence de chaque race y a été possible. Enfin d'autres faits géologiques, dépendant d'autres causes, de celles de submersions totales ou partielles du monde , prouvent en outre que les Animaux aussi bien que les Plantes vivant aujourd'hui , sans exception aucune , n'ont point existé à diverses époques plus ou moins reculées de Fexistence de notre terre ; les diverses couches superposées du globe, formées successivement par refTet de ces Cataclysmes que ce dernier a éprouvés , n'en renfermant aucun débris fossile ; et ceux de ces antiques restes qu'on y découvre, montrent même par leurs différences, que chacune de ces grandes révolutions de notre globe a été suivie de noavelles Créations , où de nombreuses espèces ont paru pour la première fois et ont disparu de nouveau plus tard, pour être encore remplacées successivement par d'autres ; espèce le plus souvent analogues aux précédentes, mais jamais identiquement semblables; analogie qui constate l'existence de lois divines socs l'influence desquelles chacune de ces créations successives a eu lieu, et prouve

EN MÊME TEMPS QUE LES CAUSES PRODUCTRICES n'ONT PAS TOU- JOURS ÉTÉ LES MÊMES MAIS ONT VARIÉES PAR LA TOUTE-PUIS- SANTE VOLONTÉ DE l'ÉtERNEL-DiEU.

Ces faits géologiques prouvent même que les espèces auiourd'hui vivantes sont fort récentes sur notre terre, surtout le Genre humain^ dont aucun débris fossile bien constaté n'a encore été découvert , et que Y Homme appartient en conséquence à la dernière de ces créations , créations dont on croit pouvoir reconnaître jusqu'à six principales successives, arrivées à des époques fort éloignées, dont il serait impossible d'évaluer le temps écoulé de Tune à l'autre, même en le comptant par des millions d'années.

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Les Matérialistes qui soutiennent que tous les ^nimaut ont pris primitivement leur origine par une génération spontanée, et se sont ensuite graduellement perfectionnés, pour devenir à la fin les espèces les plus remarquables par la complication de leurs organismes et les facultés éminentes dont ils jouissent, se sont pour cela principalement fondés sur ce fait qu'il n'existe aucun reste fossile humain^ tandis qu'on trouve dans les terrains géologiques les plus anciens de notre globe de nombreux débris d'animaux des classes les plus inférieures du Règne animal , ce qui prouve , selon eux , que les espèces inférieures ont existé avant les supérieures; d'où il résulterait qu'elles ont, avec le temps , produit ces dernières. Mais malheurement pour ce système, ces faits ne sont pas exacts.

Cela n'est vrai qu'en thèse générale, c'est-à-dire qu'on trouve d'ordinaire dans les anciennes couches de la terre plus d^spèces fossiles appartenant aux classes inférieures qu'aux classes supérieures (1); mais celles-ci n'y manquent pas, et ce ne sont que les familles supérieures de FEmbranchement des Vertébrés qui manquent dans les terrains les plus anciens . Il est vrai aussi qu'on n'y a encore trouvé nulle part aucun reste appartenant aux espèces aujourd'hui vivantes , surtout aucun fossile humain ; mais, du reste, les quatre Embranchements du Règne animal sont représentés dans tous les terrains, même les plus anciens, à Texception des primitifs , dus à la fusion ignée de notre globe. C'est ainsi qu'on trouve déjà dans les terrains les plus anciens , à côté des Échinodermes et des Polypiers , les plus imparfaits des Zoophytes , aussi des espèces de toutes les classes de Mollusques, et entre autre des plus élevées, telles que des Céphalopodes. On y trouve, en outre, également divers Animaux articulés appartenant aux An- NÉLiDEs, aux Crustacés, et jusqu à des Insectes de di-

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(!) Voyez Alcide d*0RBiGNT, Cours de Paléontologie , les Tableaui,

vers o^d^es, et même des Coléoptères, les plus parfaits de lotit rEmbraochement. Enfin, les Vertébrés y sont représentés , surtout par divers Poissons des espèces les plus élevées, comme les Squales, qui approchent le plus des Reptiles , et les Pleuronectes , dont les organes du mouvement sont le plus compliqués; enfin des Reptiles sauriens, animaux également les plus parfaits de leur classe. Quant aux Oiseaux et aux Mammifères, on ne les trouve, il est tirai , que dans les terrains de la seconde grande époque , et cela seulement pour un petit nombre d'espèces , qui se multiplient ensuite progressivement dans les terrains plus récents encore; au point que dans ceux des dernières formations, on trouve toutes les Familles, à l'exception toutefois de celles des Singes supérieurs et du genre humain^ qui paraissent n'appartenir, ainsi que je Tai déjà dit, qu'à la dernière création, celle qui existe aujourd'hui vivante, dont aucune espèce bien constatée n'a été rencontrée à l'état fossile.

Enfin d'autres savants encore, et parmi eux Cuvier, tout en admettant le Mi de la création, ou bien celui de Texistence éternelle de chaque race d'animaux , pensent que tous les individus de chaque espèce qui ont existé et qui existeront dans la suite se sont trouvés emboîtes à la fois les uns dans les au-- 1res suivant leurs générations et tous renfermés dans Vindividu primitif ^ soit de toute éternité, soit que cet individu ait été créé k une époque quelconque , et que tous les individus qui ont paru ou qui paraîtront sur la terre ne sont dus qu'à leur déboîtement successif par Teffet du développement de tous ces innombrables germes ainsi renfermés dans un seul. L'énoncé de cette opinion a formé l'exorde et la conclusion, en 1817, du dernier cours que Cuvier a fait au Jardin des Plantes.

N'ayant jamais pu croire k une telle complication, qui, déjà au premier abord, surpassait ma conception j'ai toutefois voulu essayer de me former une idée , sinon exacte, du moins approximative d'une telle quantité , bien convaincu

352 THÉOLOCn DB L4 NATURE.

d'avance que j'arriverais k un chiffre diflicile k concevoir. Pour éviter de trop grandes difficultés dans rénorme complication du calcul, du reste fort facile, et ne voulant arriver que simplement à une espèce d'à peu près, je suis parti d'une hypothèse bien au-dessous de la vérité, afin d'être sûr de ne rien exagérer. Je me me suis figuré le premier pied de Pavot ^ iphuie annuelle seulement ^ qui ne produit en conséquence qu'une seule fois des graines , tandis qu'une foule d'autres, les vivacesj en produisent pendant de longues années, et par conséquent beaucoup plus, telle que la Gueule de Loup (Antirrhynum majus)^ qui produit tous les ans plus de 20,000 graines. Je m'en suis toutefois tenu au Pavot , qui donne bien 5,000 graines par an , mais je n'en ai admis que 1,000, afin d'être plus sûr. Or la première graine de cette plante , créée par TÉtemel dans To* gine des temps , a dû en produire pour la première année 1,000 autres , et chacune de celles-ci autant pour la seconde année, et ainsi successivement, il a dû en naître, ou du moins pu naître, 1,000 fois autant chaque année que l'année précédente; d'où il résulte que la série des années formant la progression simple 1 , 2, 3, 4, 5 , le nombre des graines de Pavot se rapportant k chacune, constitue la progression également simple de Y Unité suivie d'autant de fois trois zéros que le millésime indiqué k partir de la création.

Pour tâcher de me rendre compte de cette énorme quantité, j.'ai calculé combien de graines de Pavot se rapporteraient k la seule année 6000 de la création, terme dont nous ne sommes plus guère éloignés, et j'ai trouvé, en conséquence de la progression ci-dessus , que ce nombre serait égal k Yunité suivie de 18,000 zéros, sans avoir du reste égard au nombre de ces germes destinés k naître chacune des autres années, jusqu'k ce que tout le déboitement soit terminé, époque après laquelle il ne pourrait en conséquence plus exister de Pavot.

Il ne/s'agissait plus que de trouver un moyen de me figu-

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rer matériellemeDi la valeur de ce chiffre prodigieux , en le comparant k une quantité connue, ou du moins représentée par un objet que je puisse concevoir.

J*ai admis, pour plus de facilité, que le grain de Pavot avait la forme d'une sphère d'un millimètre de diamètre (d'autres semences sont encore bien plus petites), et j'ai cherché combien il en faudrait pour égaler la masse du globe terrestre , dont le diamètre est de 1 ,274 myriamètres ou 12,740,000,000 de millimèlres. Or comme les volumes des sphères sont entre eux comme les cubes des dimensions simples, notre planète renfermerait une quantité de ces graines égale k la troisième puissance de ce dernier nombre, c'est-à-dire une quantité moindre que le chiffre 2 suivi de 30 zéros.

Quoique ce nombre soit énorme, il n'est toutefois pas comparable k celui des germes de Pavot renfermés dans le premier grain créé, et j'ai dû chercher un autre terme de comparaison. Je pensai que je pourrais le trouver dans la quantité de ces semences qui entrerait dans une sphère grande comme l'orbite de la Terre , dont le diamètre est de 30,565,692 myriamètres ; mais encore ce nombre était biea peu de chose en comparaison de celui dont je voulais me faire une représentation, et je fus de suite à l'extrême limite en calculant quel serait le nombre de grains de Pavot que renfermerait une sphère égale k l'orbite de la Planète Neptune , récemment découverte , et qu'on présume être la plus éloignée de tout notre système planétaire.

Le diamètre de son orbite étant de 1 ,100,364,912 myriamètres, nombre dont la troisième puissance, ou le volume delà sphère, est 1,332,346,085,472,496,146,074,199,528 myriamètres cubes ; chiffre auquel il faut ajouter vingt et un 2éro« pour le réduire en millimètres cubes, nombre de • beaucoup inférieur k celui exprimé par le chiffre 2 suivi de *8 léros. Or ce nombre, quelque énorme qu'il soit, n'est, encore aucunement comparable, comme on voit , k celui in^

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