‹ Theologie de la nature (volume 5)Chapitre 27 sur 58 · MAIS ÊTRE EN CONTRADICTION AVEC ELLE-MÊME · texte numérisé non relu

MAIS ÊTRE EN CONTRADICTION AVEC ELLE-MÊME

C'est en conséquence sur cette ferme croyance à Teiis-

CHAPITHJÏ XI. 389

teace d'un Dieu seul éternel, gréàteur de l'univers, ainsi qu*k ses attributs essentieh que je viens d'indiquer , que doit se fonder la FOI inébranlable des hommes en cet Être Suprême , avec un amour sans bornes qu'ils portent pour lui dutis leur coeur ; et de là le Culte que dans leur dévouement ils lui rendent, soit en silence dans leur esprit ) soit dans les cérémonies dont ils jugent h propos d' accompagner led hommages de respect qu'ils lui adressent dans leur adoration.

Cette croyance datis l'etistetiee d'un Dieu créateur de l'uhivers , d'uilleurs déjà innée b tdus les hommes , comme un don qu'il» ont reçu de sa Providence , mais faible dans les uns; et portée au contraire jusqu'à la foi la plus fervente chez d'autres , peut se rectifier ensuite cbee les premiers par les pmiv«g qu'ils en trouvent dans les objets de leurs méditations , en cherchant à approfondir les mystères de la nature dans les phénomènes qui se produisent sous leurs yeux ; et tous arriveront ainsi , comme nous, k ce même ré* sttltat final , qu'une Intelligence suprême, éternelle par ellemême , est la seule cause première de tout ce qui existe , si ce n'est quelqtteâ^ sophistes , qui , plus vains que philoso phes , ont cherché k se faire une réputation de profonds penseurs, en soutenant deâ opinions différentes de celles de la grande majorilé dés savants-.

Beaucoup de personnes qui , par la nature de leurs occu« pations ordinaires , n'ont pas eu l'occasion de réfléchir suffisamment sur les faits d'une aussi haute importance potn* la société humaine , ne croient que i\iiblement à rexi^tènce de Diea, par cela seul qu'elles n'en ont jamais eu aucune connaissauce directe par les sens , l'unique preuve k laquelle elles ajoutent foi ; et lu pensée ne leur arrive jamais , que l'absence plus ou moins accidentelle de la preuve qu'un fait existe ae démontre pas^ la réelle impossîfoihté du fait lui-même. Ces personnes M se rèprësenteni pus que , i>ar cela seul qu'un d^eugle ne voit pas ou que le sourd n'entend pas, il n'est

360 THBOLOeU Dl LÀ MàTURI.

point certain qu'il n*y ait ni lumière ni son ; et rieii au monde ne saurait faire comprendre k ces infortunés âe quelle nature sont ces deux objets , dont les autres hommes ont une si parfaite connaissance. Or , de même , si nous n'a* vous point reçu de faculté sensitive qui. puisse nous permettre de connaître directement la Divinité , nou6 ne devons pas en conclure qu'elle n'est pas ; mais , une fois la simple idée qu'elle pourrait exister nous étant donnée, nous devons chercher k connaître la vérité , par des moyens indirects , que nous fournissent en effet, en si grand nombre les observations des phénomènes de la nature, ainsi que j'ai essayé de le faire ici : moyen par lequel on arrive k ce sujet k une certitude aussi parfaite que celle que les sens que nous pos^ sédons pourraient donner ; quoiqu'on ne puisse jamais eo connaître l'essence , qui restera éternellement inconnue aux hommes , auxquels il suffit d'ailleurs de connaître l'existence de Dieiu et de ses attributs , pour faire servir ces vérités de base aux théories scientifiques, ainsi qu'aux doctrines morales qu'ils ont k établir sur ces principes fondamentaux de toute chose.

' Je viens de dire que certaines personnes» peu habituées à réfléchir sur les choses qui ne sont pas rigoureusement matérielles, ne croient pas k l'existence de Dieu, par cela seulement qu'elles n'y ont jamais pensé» et non par une véritable conviction fondée sur des preuves qu'il n'existait pas. D'autres nient Texistence du Créateur plus par Famourpropre de faire valoir une théorie qui n'est pas celle da grand nombre des hommes , et ne craignent pas pour cela d'entasser sophisme sur sophisme pour tâcher d'arriver à une conclusion dans le sens de l'opinion qu'elles ont avancée. Enfin il y en a malheureusement qui, dans l'intérêt de leur propre repos moral, cherchent k démontrer aui autres, dans l'espoir de se convaincre elles-mêmes, qu'il n'existe ni Dieu ni avenir après la mort, pour tâcher de se mettre k l'abri des remords de leur conscience.

Mais toutes ces personnes sont-elles sincèrement convaincues? je ne le pense pas; et les troubles de Tagoniè le prouvent chez la plupart : moment terrible où la véritable conviction s*éveillant en elles les fait revenir k d* autres opinions ; sentiment instinctif que TÉtre Suprême a, dans son ineffable bonté , mis dans le cœur de tous les hommes comme une lumière éternelle qui les éclaire dans les sentiers les plus obscurs qu'ils parcourent dans leur pèlerinage sur cette terre.

La croyance que j'exprime ici n*est pas seuleinent applicable aux hommes appartenant aux nations civilisées, qui ont pu avoir au moins entendu parler de TÉtre Suprême et de son immuable justice; cette foi innée se retrouve également chez tous les peuples, même les plus rapprochés de l'état primitif de l'espèce humaine, peuples que l'absence de toute civilisation réduit pour ainsi dire à la vie purement maté* rielledelabrute des forêts. Ces hommes, k qui leur intelligence tout inculte ne permet pas de s'élever à la moindre abstraction, et moins encore à la conception d'un Être métaphysique, sentent toutefois par instinct, qu'ils sont sous l'influence d'une puissance surnaturelle, toute-puissante» dont ils espèrent le bien et redoutent le mal , et lui rendent en conséquence un véritable culte, en l'invoquant dansle besoin; d'où résulte une véritable TAéo%te, fût-elle réduite au simple Fétichisme^ ou seulement k la croyance dans le pouvoir qu'ils attribuent k leurs Amulettes^ comme agents de cette divinité invisible k l'existence de laquelle ils croient sans l'avoir jamais vue. D'autres peuples, déjk plus élevés dans la civilisation par l'effet de leur perfectibilité, croyant trouver cet Être Supérieur dans le globe majestueux du Soleil, dont l'éclatante lumière ne permet pas k l'œil de l'homme de le fixer, rendent de Ik naturellement, tant par admiration que par reconnaissance, un véritable culte k cet astre, source intarissable de tout bien , astre sous l'heureuse influence duquel la Nature entière 3'anime et fait naître, croître et n^ùfir tous

sot THiOLOOtl M Là IfATURI.

les (Vuits de la lefre, dont ces peuples otit besoin pour l'entretien de leur existence.

Nous n'avons contsidéf é jUsqu*k présent les propriétés dé6 corps bruts ainsi que les facultés attachées aux organes des Êtres vivants que simplement comme des faits dont j*ai cherché h tirer des conséquences pour prouver Texistence de Dieu et son pouvoir illimité^ soit que la matière ait été créée par lui, soitqu*on la considère comme également éternelle, ainsi que le pensent quelques savants; et qu'elle n'ait été que mise en œuvre par le Créateur, lorsqu'il a formé le thonde; mais je crois avoir suffisamment prouvé que si même l'Être Suprême n'a pas créé la inatière elle-même, il a du moins créé ses nombreuses propHëtés fictives en mettant par lit fin au chaos, si toutefois cet état de confusion a Jamais existé, ainsi que je l'ai déjk fait voir au commencement dé cet ouvrage ; l'inertie de la léàtière ayant cessé au moment où l'Être Suprême a fait nattée les propriétés par la création de VArchéiê, puissance inhérente k toutes matières brutes, et par laquelle celles^i agissent les unes sur les autres. Nous avons vu aussi qu'en créant plus tard les Êtres organisés, Dieu a suspendu ehè2 eux , dans certaines circonstances, les effets de plusieurs dé ces propriétés purement physiques dé la matière, pour rendre l'existence de ces Êtres permanente pendant le temps limité nommé là durée de leur vie ; ce qui prouve que l' Arehée est soumise k la puisftncé divine, et par conséquent non éternelle, mais créée par l'Être Suprême.

J*ai fait également voir, qu'outre cet agent universel, il existait encore dans les Êtres organisés un second agent, leur Amé, k Inaction duquel ils doivent tous les phénomènes vitaux qui s'y produisent, mais non pas les intettectuél^, qui, exclusivement propres aux Animaux, sont les effets d'un troisième agent ou YÈspriî qu'on a généralement confondu k tort avec l'Ame , qui existe simultanément avec ce dernier' dans ceut-ci, mais non dans les végétaux, qui Sont

CHAPITltt kl. dSS

rédttits h ne posséder que Y Ame et VArchêê ; tftndiê qae les Animatix possèdent h là fois YArchée, une Aniê et un EspHL

€es tf ois espèces d'agents ont cette analogie avec la ma-** (ière, qu'ils ^ont créés comme elles, et lui sont attachés soit indéfiniment, soit temporairement, pour persister ensuite à jamais, àitisi que ^ela est probable. Ces agents, modifiant e^lte matière par leur présence , constituent atec elle les trois Règnes de la Nature.

Ces trois agents paraissent ensuite atoir aussi cette analogie avec la Divinité, qu'ils sont immatériels; rien du moins ne laissant soupçonner qu'ils ont un corps; analogie qui tx\i\jt surtout pour l'Esprit par son attribut d'intelligence.

Nous verrons un peu plus loin , que déjk les Philosophes de l'antiquité Ont admis en quelque sorte qu'il existait en dehors de la matière et de la Divinité un troisième agent t]ti'ils appelèrent Y Ame dutnondf, kn le considérant comme né de raliiance de l'un et de l'autre ; et dont l'action pro^ dtiirait tous les phénomènes de la Nature. Or cet agent ré-* pond ainsi parfaitement îi ce que j'ai nommé l'Àrchée , dans (ce sens , qu'il préside h toutes les propriétés manifestées par ta matière brute , mais non aux phénomènes de la vie et de l'intelligence.

Les Philosophes de l'antiquité , eu admettant que la ma<* tière existait de toute éternité , l'Ont toutefois considérée eouime ayant été d'abord k l'état de Ckâos ; c'est-àndjre à Tétat de dispersion confuse , sans fbrmer en conséquence aottiu\î masse coiApècte , et san« propriétés : qui ne lui sont îifrivées , suivant f imêe de Locre , qiie par l'effet de la pMî«snnte divine , qui s'est , k une certaine époque , celle de là tréaiion , mêtée fei felle pour former l'univers

On voit de l%i que les anciens Philosophes ont bien compris qu'il y avait dans la matière brute , telle que nous la connaissons aujourd'hui, quelque <;bose d'étranger ï la matière du Chaos , et qui la fait agir ; prindpè qu'Hs crurent devoir considérer comme une éMMation divine.

364 TBSOLOGIB DE LA NâTURK.

Le peu de connaissances scientifiques que pouvaient posséder les hommes les plus savants de cette époque si reculée, ne leur permettant pas de se faire une idée précise d*une fouie de faits mieux connus de nos jours , ils ne purent parvenir, par leur génie et de profondes méditations sur les phénomènes de la nature qui se passaient sous leurs yeux, qu'à des hypothèses qui leur firent toutefois en quelque sorte deviner les principes des choses , hypothèses dans lesquelles nous découvrons en effet , au milieu de diverses erreurs , le germe des théories aujourd'hui prouvées par l'observation.

Si Ton prend cette idée de Timée , comme on dit , au pied de la lettre-, il devient évident que cette Ame du monde, si l'on veut qu'elle soit la même chose que l'âme des animaux, est un Être purement hypothétique, dont l'existence comme spécialité est absurde; mais si, au contraire, on ne voit dans cette expression qu'une simple image de comparaison, l'idée prend une tout autre forme ; c'est-k-dire que si l'on appelle proprement Matière ^ la matière privée de ses propriétés (et c'était k peu près là l'acception que Timée donnait à ce mot), et dans laquelle Dieu porte l'activité par sa puissance, en l'animant par l'Archée, agent des propriétés qu'il a créées , il est assez naturel que ce Philosophe ne vit dans cet agent qu'un Être auquel sont dues les propriétés physiques de la matière , et qui anime celle-ci comme l'âme humaine anime le corps de l'homme.

Nous avons vu déjà au commencement de cet ouvrage qu*en créant les Végétaux Dieu a élevé la matière a un second degré d'activité, celui où, tout en jouissant des propriétés purement physiques qui lui sont inhérentes , et dues à l'Archée, elle remplit encore diverses fonctions qui lui ont été assignées par la volonté de l'Être Suprême sous les différentes formes qu'il lui a données dans chaque organe en particulier; nouvelles propriétés dues à l'influence d'un second agent ou l'Ame, surajouté à l'Archée, avec la puis-

ctoAmm XI. 36S

sance de dominer celle-ci Ik où cela est nécessaire, et de régler les facultés des organes d'après des principes constants, dont la théorie constitue la science de la Physiologie; et que c'est l'action de cet agent sur les organes qui constitue la YÎe.

VAme , ce second principe qui anime la matière dans les Êtres organisés, ne tombant pas directement sous les sens, pas plus que l'Archée et la Divinité même, les Physiologistes et les Métaphysiciens se sont en vain efforcés de chercher à connaître son essence dans le désir de pouvoir s'en former une idée, et n'ont jamais pu arriver qu'à de simples comparaisons hypothétiques, où ils ont exprimé au fond toujours la même idée, celle de son extrême subtilité; où l'on voit qu'en principe ils la regardaient réellement comme immatérielle, tout en reconnaissant, par ses effets, son existence dans chaque individu en particulier qu'elle anime ; existence qui ne saurait laisser le moindre doute sérieux dans Tesprit de tout homme qui réfléchit. J'ai déjk dit ailleurs que les Latins la désignèrent sous le nom à* Anima, du grec Anémos, vent , souffle , terme dont nous avons fait Ame. Les Anciens la comparèrent aussi à la lumière , au feu , et les modernes au fluide électrique : comparaisons qui ne nous donnent , du reste, aucune idée, ni de sa véritable essence, ni de la nature de son action sur les organes qu'elle anime ; Tune el l'autre devant rester k jamais un mystère pour les hommes , tout aussi bien que la connaissance des autres Êtres métaphysiques.

Tout ce que nous pouvons savoir par observation est, qu'au moins pour les Végétaux cette Ame , ou leur Force vitale^ réside dans chacune de leurs parties; et il ressort de diverses expériences dont il a été parlé plus haut, que, pour certaines espèces de plantes , elle réside même dans chaque parcelle de plusieurs organes, qui ont la faculté nonseulement de pouvoir exister séparément des autres, mais qui ont eu outre la propriété de régénérer toutes les parties

966 THÎOLOÇH M U KATimB.

qui leur manquent pour reproduire riDdivi<}u entier.

Cette opinion de la dispersion de TAme da3 Végétaux dans toutes les parties de leur corps ressort en outre de c« fait, qu'aucun végétal n'offre quelque organe que ce soit qui paraisse pouvoir être le centre d'activité de cet agent de la vie.

Nous avons vu aussi , en parlant des Êtres organisés en général, que les ÂKiiiAnx différaient essentiellement des Plantes, en ce qu'ils possédaient de ^lus qu'elles la faculté de pouvoir distinguer leur corps de ce qui n'en fait pas partie , en d'autres termes , d'avoir la conscience de leur existence ou de leur Moi , faculté qui réside spécialement dans le système nerveux , répandu dans toutes les parties de leur organisme. J*ai fait voir aussi que cette faculté es* sentiellement intellectuelle ne pourrait pas être attribuée ï un analogue de l'Ame des végétaux , qui ne régit que les fonctions d'assimilation , et que les Animaux possèdent du reste également ; d'où il devient évident que ces derniers ont en eux, outre une Arches et une Àim comme les Plantes, encore un troisième agent» présidant aux fonc* tions sensitives et intellectuelles , agent qu'on a , tout ep 1^ reconnaissant du moins dans V Homme, généralement confondu avec l'Ame , mais qu'on a aussi souvent désigné sous le nom d'ËSFKiT ; en appliquant toutefois cette dénomination exclusivement k l'Être vivifiant i^.YEspèce humaine, mais non k eelui des Bêtes; etmoins encore k l'agent qui anime les végétaux , auquel les Physiologistes n'ont pas même cru devoir donner un nom.

J'ai fait remarquer également que si l'on examine toute fois cette importante question avec quelque soin , et partout sans idée préconçue , qui puisse influer sur le véritable sens qu'on doit attacher à ces diverses dénominations, pour tâcher de les bien définir , en ne laissant à chacune que la valeur qu'elle doit exclusivement avoir , soin qu'on n'a généralement pas eu ;. on arrivait facilement k fixer nettement les idées, et de Ik k des conséquences rigoureusemrat formulées.

CHAflTIUt XI. 367

Pour arriver k ce but, j'ai cru devoir, k Tinslar dos anciens Philosophes , désigner sous le nom d'ÂRCHÉE Tagent actif qui régit la matière brute ; mais en limitant le terme rigoureusement k cette valeur. Ainsi nettement borné k Tagent dont dépendent les propriétés purement physiques , inhérentes k la matièrç, on retrouve cette Archée également dans tous les Êtres organisés dont les éléments constituants sont ceux de cette même matière.

J'ai appliqué ensuite, aussi exclusivement, le nom à' Ame à Tagent non intellectuel qui anime les Êtres organisés, et qui préside a leurs fonctions de nutrition, puissance qui a la faculté de modifier, Ik où il le faut, la propriété due k TArchée, et qui ne peut , en conséquence , élre la même que cette dernière ; et cela d^autant moins, qu'elle n est pas comme elle attachée k la matière même, ne s'y trouvant en quelque sorte qu'accidentellement, pendant un temps limité, tant que dure la vie. Or cette seconde puissance , k la fois propre aux végétaux et aux animaux, ne pouvait pas être mieux désignée que sous le nom à' Ame , sous lequel elle est généralement connue , comme animant ces Êtres ; quoiqu'on ne Tait généralement appliquée k tort qu'exclusivement k l'Être vivifiant de l'homme; quoique les animaux qui en tirent même leur nom , la possèdent au même titre ; et n'est au fond que la Force vitale des végétaux , Êtres également animés.

Dans cette nouvelle acception , plus restreinte qu'elle ne Ta été jusqu'k présent « cette dénomination ne doit plus être étendue k l'agent intellectuel, exclusivement propre aux animaux, et partant pas k celui de VHomme, qui a d'ailleurs, comme on Ta vu, reçu aussi le nom d'EsPBiT; terme qui emporte essentiellement avec lui l'idée d'Être intelligent, et par son étymologie , celle d'un objet de l'essence la plus subtile , plus relevée que celle de l'âme ; dénomination qui à son tour ne saurait s'appliquer k l'agent vivifiant des végétaux.

Ces trois termes, créés par les anciens Philosophes , nous

368 TmfeuoGn dk la !iATURtt. ,

montrent, par feur étymologie, que les profonds penseurs ont conçu la véritable valeur du sens qu'on doit attacher à ces expressions , et en conséquence la différence qu'ils ont reconnue entre ces trois agents , qui régissent la matière ; la première n'indiquant que la Puissance qui agit dans un objet ; la seconde , un agent essentiellement moteur ; et la troisième, le principe le plus subtil d'une chose , et dans notre langue, plus particulièrement, l'essence intellectuelle ; d'où l'on n'a jamais pu l'appliquer , comme je viens de le dire , k l'Être vivifiant des plantes ^ mais bien à la Divinité, qui n'est qu'Esprit et Intelligence pure. Enfin, l'acception généralement adoptée du mot Ame prouve qu'on a aussi compris qu'on ne pouvait pas désigner l'essence de cette même Divinité sous cette dénomination , qui indique un Être inférieur k l'Esprit.

Si d'ailleurs nous employons le même terme pour nommer Y Esprit divin et Y Esprit des hommes , ce n'est point qu'on doive précisément en inférer qu'il y a identité , on seulement analogie entre eux , mais uniquement parce que par ce terme nous voulons exprimer ce que nous concevons de plus subtil , de plus élevé et de plus parfait; c'est-k-dire l'Intelligence.

Mais quoiqu'on n'ait appliqué le nom d'Esprit qu'k l'Être intellectuel qui anime l'espèce humaine , et cela par un pur sentiment d'amour- propre, qui a fait croire aux hommes qu'ils étaient exclusivement d'une essence supérieure b celle des Animaux , il est de toute évidence que l'agent qui rend ces derniers sensibles , et préside aux actes de leur volonté, est rigoureusement de la même nature que celui qui donne l'intelligence aux hommes , et doit en conséquence recevoir le même nom. Quoique cette opinion puisse choquer les préventions de beaucoup de personnes qui croient , dans leur amour > propre , que l'espèce humaine est, par son essence, supérieure à tout autre Être vivant , elle n'en est pas moins vraie , et parfaitement prouvée par tous les faits que l'obser-

"" CHA^lTRK XU 369

vatiotf et le raisonnement nous fournissent. En effet , il n'existe pAs dé différence essentielle entre aucune faculté vitale de rhomme et des animaux, mais simplement des différences de degrés ; ce qui ne saurait autoriser k conclure que Fesprit des premières n'est pas de même nature que celui des secondes ; et s'il existe même des dégrés d'intelligence trèsélevés , comme le sont ceux de la Raison , auxquels l'homme seul peut arriver, cela ne prouve aucunement qu'il existe un agent de plus dans l'espèce humaine, mais indique seulement une différence dans les organes par lesquels TEsprit se manifeste ; et cela est si vrai que nous trouvons dans la série des individus, toutes les nuancées imaginables, depuis les degrés les plus bas , jusqu'à la raison illimitée des hommes les plus intelligents : différence exclusivement fondée sur la nature des organes cérébraux.

En effet, nous n'avons pour preuve de Texistence de l'Esprit qui régit l'Homme et les Animaux que celles que fournissent les phénomènes qu'il produit par son action sur les organes; d'où il est évident que si ces derniers sont plus ou moins parfaits , ces phénomènes peuvent varier k l'infini ; et c'est ce dont nous avons les preuves les plus formelles par l'observation de tous les jours chez les hommes , dont rintelligençe diffère d'un individu k l'autre, depuis le crétin, incapable d'aucun acte d'intelligence, jusqu'au f^hilosophe le plus profond penseur, dont l'intelligence peut s'élever jusqu'k la raison illimitée; et personne ne voudra cependant admettre qu'il existe une différence dans l'essence de l'Esprit qui les anime. On dira avec raison que cette différence vient de ce que le crétin se trouve dans une condition accidentelle maladive, où son cerveau, centre d'activité de son Esprit, ne fonctionne pas d'une 'manière normale. Mais c'est précisément Fa l'opinion que j'avance, en disant que les manifes^ tations de l'Esprit dépendent de l'état des organes qu'il fait agir, et que toute la différence qui existe sous ce rapport, de l'Homme aux Bêtes, est que chez celles-ci l'état normal da

Page 1