‹ Theologie de la nature (volume 5)Chapitre 32 sur 58 · REMARQUES SUR LA THÉOGONIE ET LA COSMOGONIE DES ANCIENS · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LA THÉOGONIE ET LA COSMOGONIE DES ANCIENS

Cette fiction, trop facilement acceptée comme une yérité, que Dieu n*est qu'un homme très-puissant, auquel on sup* pose même divers défauts , tels que la faiblesse , la colère et même la vengeance , est tellement entraînante pour ta faible intelligence de la plupart des hommes , que nous trouvons cette croyance, non-seulement aujourd'hui chez tous les peuples sauvages , mais encore dans toutes les religions des nations les plus civilisées. En remontant dans l'histoire , nous la voyons même être la base des croyances religieuses des peuples anciens, et, jusqu'à un certain point, de celle des Philosophes de l'Antiquité, du reste si haut placés par l'éminence de leur intelligence. Mais c'est surtout dans la doctrine mosaïque qu'on trouve, comme on le verra plus loin , cette idée que Dieu est un Être bon jusqu'à la plus grande faiblesse , en même temps qu'il y est représenté comme capable des actes de la plus révoltante cruauté; opinion exprimée presqu'k chaque page de l'Ancien Testament , dans des termes faits pour soulever la plus vive indignation.

Cette fiction étant partout acceptée comme une vérité fondamentale des diverses religions des peuples anciens , forme assez généralement la base de la Théogonie de ces derniers , et, par suite , celle de toutes ces histoires fabuleuses qui constituent ce que nous appelons la Mythologie. A travers toutes ces légendes ou mythes, on voit toutefois luire la vérité comme une lumière dont l'éclat ne saurait rester inaperçu à ceux qui la cherchent.

En lisant les ouvrages des anciens Philosophes , où ils ont exposé leurs doctrines religieuses , on voit que tous ^ à Tex^

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ception de quelques Sophistes , ont parfaitement compris qu'il existait une Intelligence suprême qui régit l'univers ; mais malgré les efforts qu*ils ont faits pour en connaître l'essence , ils n'ont jamais pu arriver qu*^ de simples hypo-* thèses plus ou moins ingénieuses, en s*arrêtant toujours , soit à des comparaisons, soit k la fiction dont je viens de parler, de considérer la Divinité comme un Être ayant la plus grande analogie avec les hommes, mais tout-puissant, et devant, en conséquence à Tinstar de Tespèce humaine, avoir eu un commencement; d'où les diverses opinions des anciens Philosophes sur l'origine même de Dieu ou leur Théogonie , qui constitue la base de la Mythologie , devenue plus tard si compliquée par les inventions des Poètes ; inventions qui ont facilement passé pour des faits réels, auxquels, sinon les savants, du moins le peuple, ajoutait foi.

En effet, si la Mythologie nous parait aujourd'hui un recueil d'histoires chimériques, absurdes dans leurs détails et de la dernière immoralité, c'est qu'ayant d'abord été écrite dans des termes généraux et nécessairement vagues, par ceux qui, les premiers, ont conçu l'idée d'une Théogonie et d'une Cosmogonie , dont ils n'ont pas pu concevoir parfaitement les véritables principes, k jamais insaisissables poMt la première de ces sciences, elle fut plus tard altérée par les innoih- ^ brables fictions qu'on y a mêlées. L'existence de la Divinité ne nous étant révélée que par les résultats de son action que nous sommes k même d'apprécier, mais nullement par les caractères de son essence , on n'a, en tout temps , pu faire k l'égard de cette dernière que d'inutiles hypothèses, qui, quelles qu'elles fussent, n'ont jamais exprimé au fond que la même idée, c'est-k-dire celle d'/nf^Kigenc^, à' Omniscience ^ de Toute-puissance f A' Éternité et d^Lnmatérialité; qualités qui constituent en effet les attributs dé la Divinité, qu'on s'est figurée sous la forme de différents objets , auxquels on a cru reconnaître, sous ces divers rapports , quelque analogie avec la puissance créatrice. Mais reconnaissant la vanité de toutes

388 THÉ0L06IB Dl LA flATURC.

ces hypothèses, déjà Moïses, le plus ancien histoi'ieti et théo-* sophe connu ^ se dégageant de toutes ces questions , admit purement et simplement Texislence d*un Créateur Toutpuissant et Éternel, sans chercher k expliquer quelles pouvaient être son essence et son origine.

Chez les Païens, la théogonie égyptienne est bien une des plus anciennement connues , mais elle parait toutefois n'avoir été qu'une modification de celle des anciens Indiens et des Éthiopiens, peuples qui ont apporté leur civilisation aux Égyptiens, et avec elle leurs principesthéologiques; principes que ceux-ci ont transmisa leur tour aux Grecs, qui nous les ont fait connaître par leurs écrits , après y avoir toutefois fait d'innombrables changements et additions ; au point que, d'abord toute simple et fort ingénieuse dans les temps les plus anciens, la théologie est devenue k la fin , et surtout par les images poétiques , un mélange d'histoires plus absurdes les unes que les autres, dans lesquelles on ne trouve plus queçk et la quelques traces des véritables principes sur lesquels elle repose; où le plus souvent la même histoire est présentée sous plusieurs formes qui n'ont presque aucune analogie entre elles.

Mais quelle qu'ait été l'idée que les anciens Philosophes se soient formée de la nature et de l'origine de la Divinité , il est certain qu'il existait dans tous les pays, et spécialement en Egypte et en Grèce, véritablement deux cultes. L'un public, pour le peuple; où , pour être compris, les prêtres furent obligés d'avoir recours, soit k des comparaisons souvent peu naturelles , soit k des images [qui les ont conduits au style figuré , et de Ik k la fable ,.que les poètes ont ensuite chargée outre mesure dans leurs poèmes , ainsi que cela a encore lieu aujourd'hui dans la poésie, où Ton se plaît, à leur exemple, k tout personnifier. C'est ainsi que déjà dans les temps les plus reculés de l'histoire, les poêles ont créé, suivant leur fantaisie , dans leur ardente imagination , celle foule de divinités subalternes dont les histoires supposées,

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OU Mythes, constituent ce que nous appelons la Mythologie ou Théogonie des Païens, plus justement nommée la Fable -, le tout formant une immense théologie où ces divinités de tous degrés, depuis le puissant Jupiter jusqu'aux plus petites Nymphes des fontaines ou aux Hamadryades, qui n'animaient chacune qu'un seul arbre, recevaient suivant les circonstances des cultes différents.

Quant à Tautre culte, il consistait dans les hommages qu'on rendait dans le sanctuaire des temples , sous le nom de Mystères, au vrai Dieu créateur; culte plus philosophique et plus élevé , ayant déjk la plus grande analogie avec les croyances théologiques des temps modernes , mais enseigné uniquement aux personnes que leur éducation rendait capables de le comprendre, et qu'on nommait de Ik les Initiés.

Ce second culte, professé dans l'intérieur des temples, nous est connu par les doctrines de plusieurs Philosophes , qui y furent admis, ainsi que nous le verrons plus loin. - Quant à la CosmoGomE , science plus positive , en grande partie fondée aujourd'hui sur l'observation directe pour ce qui concerne le globe terrestre, ainsi que sur des analogies plus ou moins probables avec celui-ci pour les autres astres, il est naturel que les Anciens , privés des moyens de sonder et de mesurer l'immensité de l'espace, n'ont pu établir à ce sujet que de simples conjectures, le plus souvent basées uniquement sur des apparences d'ordinaire trompeuses, et fort souvent en contradiction évidente avec des faits reconnus vrais ou admis comme tels. Par l'effet de ces faits contradictoires les Philosophes sont arrivés k ne plus concevoir l'ensemble de leurs propres systèmes, et se sont vus forcés d'en établir de plus singuliers encore sur des échafaudages d'idées abstraites , présentées sous des formes figurées , formes qui les ont souvent conduits k remplacer les faits par de simples images , qui , prenant bientôt la place des choses qu'elles ne faisaient que représenter, les ont jetés dans les théories les plus extravagantes.

Si cependant on tâche de remonter, autant que cela est aujourd'hui possible, par le moyen de documents originaux, aux idées émises sur lés deux sciences dont il est question, sciences qui n'en formaient alors qu'une seule, et même une simple branche de la science universelle ou Philosophie ^ nous trouvons que dès les temps les plus reculés, les peuples ont partout admis deux Causes primitives , auxquelles tout l'univers doit son existence : la Matière , comme principe passifs et une Intelligence toute-puissante, comme principe actif qui a tout mis en action pour en former tous les Êtres qui existent.

Mais quoique la Théogonie des anciens païens soit, du reste, fort obscure, surtout par l'addition des récits fabuleux et fantastiques des poètes , on peut cependant, en la débarrassant de toutcequi tient k la poésie et aux allégories, la réduire àses principes, et par Ik k un système non-seulement très-simple , mais encore fort raisonnable, et je dis plus, fort savant et ingénieux. Ce système tout erroné qu'il est , prouve toutefois la haute intelligence de ceux qui l'ont imaginé, en pénétrant sinon dans le secret de la nature, ce qui était alors plus impossible qu'aujourd'hui ; mais comme ayant du moins compris les principes fondamentaux des causes premières qu'ils ont cherché k expliquer par des forces matérielles, en s'exprimant, suivant leur usage, en style allégorique. C'est de ces allégories que sont nées ensuite ces histoires merveilleuses et extravagantes qui constituent la Mythologie , qu'on prend k tort pour leur véritable Théogonie ; tandis qu'elle n'en est que la bizarre image, ainsi que l'a déjk fait remarquer Plutarque (1), en disant que ceux qui prendraient ces récits k la lettre mériteraient qu'on les traitât avec le dernier mépris ; des Divinités immortelles ne pouvant être traitées d'une manière, aussi indigne ; et il ajoute qu'on ne doit y voir que l'ensemble, et che^ cher k reconnaître la vérité morale qui y est cachée; vu qu'an fond toute cette théogonie des Égyptiens, ainsi que leurs

(1) De Isis et Osiris, 358. E.

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cérémonies, sont fondées sur des princrpes de morale et d'utilité; ou bien sur des faits historiques. En effet, on rotrouYe partout , ainsi que je viens de le dire , dans ces mythes des anciens peuples, Tidée fondamentale d'nne Matière pri-mitive passive à Tétat de chaos , dont l'univers entier a été formé par la toute* puissance d'une Inieiligenee créatrice, seule active, formellement appelée Dieiu par les Prêtres.

Ces diverses théogonies varient simplement sur l'origine , l'essence et les attributs de oes deux Éthes primitifs , ainsi que sur la part que ehaeun a prise \k la créati<m du monde jusque dans ses plus minutieux détails. Principes absolument les mém^s que ceux reconnus par les Juifs , dont la croyance est évidemment copiée sur celles des Chaldéens et des Égyptiens, et dont notre doctrine religieuse n'est, comme on sait, qn'un simple perfectionnement; doctrine elle-roéme encore surchargée de nombreux mythes, que les cbrélîms admettent a l'instar des païens , comme des faits d'une vérité dont il n'est pas permis de douter sans manquer k la foi , la première vertu théologale.

i'ai dit plna kaiit que , malgré la oompHeation de toutes oes tMogOfûea des anciens, et les diCMrents calles publics qae les peupkiB rendaient aw înnombrsdiles Divinités de tous ran^s , les Prêtres et les véritables Philosophes , c'est-à-dire les hommes hairt plaeés par leur éducation et lenr esprit, n'ont oependant^maîs admis dansFenseignement de Tintérieur des temples qu'mi seul véritable Pieu, auqu^ ils ont, il est Yraî, doimé difiércnts noms ^ selon tes langues et les pays. Or c'est en partie de ces noms auxquels te peuple a ensuite souvent attadié l'idée d^Étres différents, animés des mêmes passions fne le vulgaire des hommes, qu'est en grande partie née cette extréiDe complication de oes théogonies et les Mythes si bizarres dé la fable» que les Poètes ont ensuite tost à fait embrouillés par leurs ôctioDs.

Les ancîsBS Phileeepèes, partant du principe , au fond trèsHMÔsonBable et vriî, qnfOnê se forme rien de rien, onr

39i THÉOLOGIE DB lA MATURB.

cru devoir même y comprendre la Divinité, et n'ont ainsi admis en principe fondamental que Y Éternité de la matière dont tout est formé. Mais ils conçurent cependant que la matière ne pouvait rien par elle-même, et qu'il fallait nécessairement qu'il y eût en outre une Puissance intellectuelle qui la combinât et la modifiât dans sa forme, pour produire les Êtres innombrables qui se manifestent à nos sens. Or, comme cela était en contradiction évidente avec le principe de l'éternité de la matière, posé comme seule base, ils cherchèrent des moyens de concilier ces deux faits. Cette Intelligence active ne pouvait pas faire partie de la matière admise comme passive , et devait , en conséquence , être placée en dehors d'elle en constituant un Être particulier; ils ont essayé de trouver un moyen de faire voir qu'il serait toutefois possible que cette même Intelligence active pût naître ellemême de la matière.

§ L Théogonie des Chaldéms.

La plus ancienne pbilosophie, celle des Ghâldéens, qui remonte au delà de Moïses, renferme déjà, dans le peu qui en est arrivé jusqu'à nous , les principes fondamentaux de toutes les Théogonies et Cosmogonies qu'on a imaginées depuis ; c'est-k-dire l'admission comme base de tout, de l'existence d'une MATIÈRE PRIMITIVE à l'état de chaos, et celle d'une Intelligence Suprême qui a mis cette matière en action pour en former tout l'univers ; intelligence que, dans leur vive imagination, ils comparèrent à une Lumière^ et à laquelle ils en donnèrent même le nom par analogie, la désignant sous les dénominations de Lumière par excellence , de Lumière incréée, de Splendeur éternelle, de Feu principe et de Feu intelligent, en y attachant les attributs qu'on admet encore aujourd'hui dans Tëtrë Suprême ; c'est-à-dire ceux d'éternité^ de toute-puissance^ de bonté infinie^ de sublime sagesse et surtout de cause première de tout ce qui est^ ayant créé le monde

par la sirapl(3 puissance de sa volonté et le gouvernant par ses lois (1). Yoilb, comme on voit, le système de théologie et de cosmogonie tel qu'on Fadmet généralement encore aujourd'hui , sans avoir rien changé de fondamental , si ce n*est d'avoir remplacé Timage du feu ou de la lumière, sous laquelle les Chaldéens se représentèrent la Divinité, par l'idée d'un Esprit immatériel; ce qui revient k peu près au même. Cette idée d'esprit n'est en effet qu'une abstraction , ce nom ne désignant qu'un objet que nous ne pouvons pas concevoir, et par lequel nous exprimons précisément que l'essence de la Divinité est au-dessus de notre entendement; tandis que les Chaldéens se représentaient du moins cet Être tout-puissant sous Taspect de l'objet sensible auquel rien ne résiste , en même temps qu'il approche le plus de l'immatérialité ; c'està-dire sous celui de la lumière ou de la chaleur, principes desquels nait en effet tout le bien dont jouissent les hommes et toutes les autres créatures.

Les anciens ne connaissant pas le véritable système du monde, crurent, d'après l'apparence, que le globe terrestre était la partie principale de l'univers, pour laquelle toutes les autres étaient faites ; qu'en cette qualité il occupait le centre de l'univers, et que dans l'immensité de l'espace qui l'entoure se trouvaient successivement VAir, laXtinc, leSoldl^ Vénus^ Mercure, Mars, Jupiter, Saturne y tous astres errants; et qu'au-dessus d'eux étaient les Étoiles fixes, qui tournent avec tout le ciel en vingt-quatre heures autour de la terre, en restant d ailleurs dans les mêmes rapports entre eux (2). Mais, que dans l'origine des temps, tout ce qui constitue aujourd'hui l'univers formait, ainsi que je viens de le dire, suivant l'opinion des Philosophes chaldéens^ un immense Chaos qui, ayant été mis en activité, a fini par former non-seulement le globe terrestre, mais encore les astres et tout ce que l'espace

(t) Diod. Sic, I. 2.

"2) Lettre d*Aristotéles à Alexandre , chap. II.

enserre. C'est-à-dire que la matière proprement dite coûsti^ tuait tout ce qui est appréciable au sens du toucber, et autour une lumière et un eu ; semblables à ceux qui frappent égale^ ment nos sens, et desquels découlent directement les bien-^ faits dont le monde est gratifié. Mais comme il leur parât évident que le bien et le mal qu*ils voyaient régner alternativement partout autour d'eux, ne pouvaient ressortir delà même cause, ils crurent devoir admettre» pour se rendra compte de cet antagonisme, encore un autre Être supérieur, en opposition perpétuelle d'action avec cette lumière bien« faitrice , et trouvèrent ce Génie du mai naturellement dans les Ténèbres , qui partagent avec la lumière Tempire du monde, en produisant partout les effets contraires. Quoique cette idée soit, comine on voit, complètement vide de sens et passablement sopbi^tique, les ténèbres n'étant rien par elles-mêmes, mais sim^^lement Tabsence de la lumière, il en découla toutefois pour les Cbaldéens et autres peuples orieu" taux , une foule d'autres opinions tout aussi erronées, qui amenèrent par l'abus de& conséquences hypothétiques toute la théogonie si vaste des païens.

Ces deux puissances antagonistes se trouvèrent naturellement représentées par les» deux astres les plus apparents du firmament» le Soleil et la Xune, dont l'un est exi effet la source d'où jaillissent ces Ilots de lumière et de chaleur qui \ivifient tout, et dont l'autre accompagne les ténèb^s qui succèdent k la lumière du soleil, lorsque cet astre disparsâl en descendant au-dessous de l'horizon. Plus tard, ces deux corps célestes ayant été pris eux-mêAies pour les divinités qu'ils représentaient, on leur éleva des autels, leur suppo^ sant, assez naturellement aussi» des influences spiéciales sur les Êtres matériels de toute espèce, et surtmt sur le sort des hommes; croyance qui devint la source da toutes les superstitions de Tastrologie, science dans laquelle les Chaldéeus passaient surtout pour avoir des connaissances très-profondes.

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Enfin, aa*(les«us de la région occupée par le Soleil et la Lune, régnait avec gloire h Lumière incréée, le Feu intelUe-^ tuel éminemment sage et tout-puissant, le Dieu suprême des Cbaldéens, qui brille dans les astres » même à travers les ténèbres.

De la Gbaldée ces idées théologiques et cosmogoniques passèrent, à ce qu'il, parait, dans les autres pays ciroonvoi^ stns, où existèrent, ^ quelques modifications près, au fond» les mêmes prindpes.

§ IL TMogonie des Perses.

C'est ainsi qu on retrouve dans la théogonie des anciens Perses, voisins des Cbaldéens, absolument les mêmes bases essentielles, mais avec quelques détails de plus ; c'est-k-dire que leurs Philosophes reconnaissaient un Être Suprême, in-^ crééy éternel^ qu'ils nommaient Mithras , de Mithr, mot qui signifiait Grandy Maître unique , Divinité qu'ils désignaient aussi sous le nom de Dieu invisible, de Tout-Puissant^ et qu'ils regardaient comme Y Auteur et le Père du monde ; idée qui rentrait , comme on voit , entièrement dans celle que nous nous faisons encore aujourd'hui du Dieu créateur ^ le nom seul différant.

De même que les Cbaldéens, les Perses se représentaient cette divinité comme un Feu intelligent, dont les rayons et l'action se répandent dans tout l'univers* Or, comme la lumière qui éclaire le monde émane avec chaleur du soleil, il était naturel qu'ils regardassent cet astre comme le séjour de leur divinité, et plus tard comme la divinité elle-même; d'où ils lui rendirent un véritable culte. Une fois cette première allégorie admise, ils allèrent plus loin, en représentant le feu divin dans leur temple, par des feux réels permanents, que le peuple finit par prendre à son tour pour le Dieu luimême, et auxquels il rendit un véritable culte ; de même

que nous voyons de nos jours des gens se prosterner de* vant des crucifix ou devant une image de saint, en leur rendant un hommage qui n'est dû qu'à la Divinité.

Les Perses regardaient toutefois le Feu principe comme étant seul le vrai Dieu , et les Feux émanés simplement comme des Vieux subalternes; et plusieurs savants prétendent même que le Feu n'était réellement qu'une image allégorique, sous laquelle les Perses se représentaient la véritable Divinité toute-puissante et intellectuelle ; mais bien que cela soit très-probable, ce n'est toutefois qu'une simple conjecture. Quoi qu'il en soit, il est assez naturel que lesMages(l) aient vu dans le feu , élément incorporel et tout-puissant, auquel rien ne paraît pouvoir résister, Timage de la Divinité, sinon la Divinité elle-même; et voyant une chaleur vive , permanente et bienfaitrice émaner du Soleil , il était plus naturel encore qu'ils considérassent cet admirable astre que l'œil ne peut fixer, comme le Dieu réel ; tout cela ^ Tinstar des Ghaldéens.

D'après les Mages, Miteras, ou le Feu, le Dieu suprême a engendré deux autres divinités, Oromaze et ârimane, de nature opposée; la première, bonne ^ était la Lumière^ et la seconde , mauvaise , était les Ténèbres ; deux Êtres qui restèrent toutefois soumis à sa puissance et k sa médiation. Oromaze était seul considéré comme une émanation substantielle deMîthras, et Arimane simplement comme une conséquence inévitable; c'est-h-dire , comme une négation du premier de ces principes. En effet, il n'y a rien de plus naturel que cette double dérivation de ces deux divinités de second ordre?Si ce Dieu éternel, tout-puissant est le feu, lalumière qui en émane est de son essence et, de Ih , également Dieu. Or, comme la lumière du Soleil porte la vie et le bien-être partout, les Persos ont très-bien pu la considérer aussi comme divine,

(1) On nommait ainsi chez les Perses, et même chc7^ les r4haMéens, les Savants , les Philosophes et les Théologiens.

SOUS le nom d'Oromaze ; et comme cette émanation bienfaisante, se répandant partout dans FUnivers, devait naturellement s'affaiblir en s*éIoignant de sa source, pour se perdre enfin complètement ^ une certaine limite, ils pensèrent qu'au de là devait seul régner Arimane ouïes Ténèbres, Être malfaisant en opposition avec la Lumière, et dont la puissance allant à la rencontre de celle de cette dernière, devait aussi se perdre entièrement en approchant du foyer d*où celle-ci émane. Or la nature malfaisante des ténèbres est prouvée par le dépérissement de tout Être forcé de vivre sous son influence. Ces deux agents antagonistes, une fois reconnus comme dérivant du Dieu éternel, et de là Dieux eux-mêmes, on arriva facilement à leur supposer de Tinimitié, et entre eux dos combats et des victoires , d'où venait tout le bien et tout le mal qu on voyait dans le monde ; système, comme on voit,* semblable dans ses principes à celui des Chaldéens, mais où les conséquences sont autrement déduites; et semblables aussi , ainsi que nous le verrons, k celui des Égyptiens, sur lequel les poètes établirent , par des fictions , les mythes si compliqués de la Fable.

D'après ce que dit Plutàrque, Oromaze aurait ensuite engendré à son tour six autres divinités bienfaisantes : la Vérité , la Sagesse , la Bienveillance , le Bon Ordre , la /ttehesse et la Joie vertueuse ; et Arimane également six divinités opposées. Or ces soi-disant divinités ne sont, comme on voit, que de simples attributs personnifiés du Dieu éternel, créateur.

Suivant le même auteur, Oromaze en produisit encore vingt-quatre autres, qu il enferma dans un œuf, et Arimane également autant, toujours opposées, qui pénétrèrent dans Tœuf et Faltérèrent : allégorie qui revient k ceci , que , Tœuf élant ici, comme il a été partout dans l'antiquité, le symbole du monde, tant par sa forme que parce qu'il porte en lui un germe de fécondité, les Perses admirent dans leur fiction que le génie du bien mit dans ce monde toutes les bonnes qualités

3M. TmîOLOWI DB LA HATURB.

qui detaitnt s'y développer^ mais que lê vi^ y pénétra aussi , et altéra partout le bien qui devait s'y produire.

Enfin, les Perses admettaient qu'il arriverait un temps où le mauvais génie serait détruit dans un combat que lui livrerait le bon ^ et que celui'-ci régnant après seul , pendant trois mille ans , sur les hommes , tous seraient parfaitement heureux : Mythe que nous retrouvons chez les Chrétiens , dans la destruction de V Antéchrist , et le règne de mille ans de Jésus-Christ.

Cette théogonie des Perses , fort simple et naturelle pour un peuple encore peu exercé dans les sciences , montre toutefois le génie de ceux qui l'ont imaginée ; mais il est trèsprobable que ce système, où tout est personnifié, où l'on rendait au feu, k la lumière , aux astres, et jusqu'aux ténèbres mêmes, un véritable culte public, n'était cependant pas compris ainsi par les Mages et autres personnes d'une édu*cation supérieure ; mais qu'ils ne reconnaissaient sous le nom de Mithras que TËtre Suprême, créateur tout'^puissant de L'Univers , ou le Vrai Dieu , le même qu'adoraient dans le principe les Chaldéens , et surtout les Israélites , qui ne différaient au fond des autres peuples y sous le rapport de leurs croyances religieuses , qu'en ce qu'ils ne se faisaient pas d'images matérielles représentant leur Dieu suprême, qu'ils nommaient léhova : encore trouvons^nous dans l'Exode (1) que Dieu ordonna k Moïses que le propitiatoire du tabernacle fut soutenu par deux chérubins sculptés ; tandis que dans le Décalogue, il défend formellement aux Israélites, par la voix de Moïses, de faire aucune image taillée ,' représentant des choses de là -haut, du ciel, ou autres, pour leur rendre hommsige.

§111. Théogonie des Égyptiens,

Les anciens Égyptiens ont admis , comme les Chaldéens

(1) Chap. XXXVII , vers. 7-9.

CRAPITIUI IIII. 399

êl les Pertes que , dans rorigine , tout était ténèbres; c'està-'dire à Tétat de MatUrt confiue , qu'ils désignaient sous le nom d'ÂTËTR; mot qui signifie , en langue Copte , les Téni» bres^ ou la iVi4î^ confusion que d'autres nommèrent le Chaas^ Êrèbo ou Eêpace informe; mais les Égyptiens le personni-fièrent en le regardant , au contraire des Perses , comme la Miré de tout ce qui existe; idée qui répond à celle qu'on atta-* cliait autrefois au nom de Vénus ^ d'Ûrame, de Junon, divi-nité qui renferfnait toute la nature dans son sein. Outre cette première divinité représentant la Matière ^ les

Egyptiens en avaient encore une seconde, qu'ils appelaient Kneph ou Émeph, terme qui signifiait et signifie encore, en copte , Bon ou Bienfaisant* C'était pour eux le Principe éter-^ nel^ le Principe de r ordre j ou la Cause agissante dans l'unt* liers. Ce n'est, comme on voit, autre chose que le Mithrae des Perses, ou le Feu éternel ^ tnleUtgrmtdesChaldéens ; c'est-^ à-diretoujours le Dieucriateur; et que les Egyptiens représentèrent sous la forme d'un homme ayant un œuf dans la bouche, comme symbole de sa puissance productrice ; œuf que nous avons déjk vu avec la même signification symbolique chez les Perses ; mais d'où , suivant la théogonie égyptienne , est sorti Phthas ou le Feu; terme qui veut dire, en copte ancien et moderne , Celui qui fait , qui dirige^ qui ordonne; et qui, en hébreu , a la même signification de Dieu artiste ou créateur, dePHTÈ, tailler, faire naître.

On retrouve encore ici le feu comme représentant le Dieu créateur, c'est^-à^dire que, Àikgr et Knepk n'étaient au fond que la Matière et YlnteUigenee suprême des Chaldéens et des Perses; peuples dont les Egyptiens ont trèsprobablement adopté les principes de théogonie , en y ajou** tant encore une foule d'autres divinités subalternes.

Mais outre cette théi^onie , semblable à celle des Chaldéens , les Égyptiens en avaient encore une autre qui leur étaient propre , plus compliquée, et en apparence plus bi« zarre , mais, au contraire, plus savante et plus philosophique

400 THÉOLOGU m LA NATURE.

parles explications qu*en a données Plutarque. Il» ne se sont pas contentés d'admettre pour première base l'existence pure et simple de leur Dieu (Créateur, ils ont voulu le conn prendre lui-même dans leur théogonie et expliquer son origine , admettant que Rhéa ou V Univers matériel^ et^ suivant d'autres, le Globe terrestre^ qui parait avoir été la même chose qu' Athyr, épousa en même temps le Soleil (que les Egyptiens désignaient aussi sous le nom de Phthas ou le Feu), Saturne ou le Temps , et Mercure ou le Génie organisateur, et conçut des trois a la fois cinq enfants qui naquirent successivement : d'abord Osiris , le père de toute chose, la Lumière primitive, le vrai Dieu tout^puissant, dont le nom Os-tri signifie, en copte, Dieu créateur; il naquit avec une robe toute lumineuse , resplendissante d'une lumière pure, sans ombres et sans nuances. Après lui naquit ârocérisou Orus, qui eut avec Osiris le Soleil pour père, et paraît avoir représenté le Plan du monde , ou le Monde régi par ses lois. Le troisième enfant de Rhéa fut Typhon, le Génie du mal, nommé aussi Seth , mot qui signifiait Brutal; et d'autres le désignaient encore sous le nom de Bebon on entraînement. Ce Dieu vint au monde en déchirant violemment le sein de sa mère. Le quatrième enfant fut Isis, fille de Mercure , dont le nom Is-si signifie, en copte, Réceptacle commun. Elle vint au monde avec une robe variée de toutes les nuances des couleurs dues aux reflets de la lumière. Elle représentait la Sagesse, le principe d'ordre et de formes, et reçut tous les noms des Déesses qui ont quelque rapport avec l'idée de production. En dernier lieu naquit Nephtts, dont le nom signifie Fin , Perfection , Mort , Victoire , Beauté parfaite. Elle fut , ainsi que Typhon , engendrée par Saturne ou le Temps.

Cette théogonie n'est cependant pas bien d'accord avec elle-même, en ce qu'elle présente, d'une part, Ârouéris comme fils du Soleil et frère d'Osiris, tandis que, d'autre part, elle veut que ce dernier, ayant déjii aimé sa sœur Isis

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avant que de naître, il ait engendré avec elle Arouéris, dan& le sein même de Rhéa , leur mère commune ; mais cette espèce de contradiction exprime précisément qu'on peut consi4érer le monde comme né ou de rinfluence de Tagent actif primordial sur la matière brute, ou bien comme dû au pouvoir de Tintelligence suprême sur la puissance génératrice.

D'après cette même théogonie , Typhon épousa sa sœur Nephthys, qui fut aussi secrètement femme d'Osiris. Celui-ci parcourut l'univers en y faisant du bien. Typhon l'enferma dans une boite qu'il jeta dans le Nil , d'où elle fut transportée dans la mer ; et , plus tard , il partagea même Osiris en quatorze parties , quîsis recueillit à l'exception d'une qui avait été mangée par les poissons. Mais Orus, fils d'Osiris, combattit Typhon , le vainquit etie fit prisonnier. Isis , lui ayant rendu la liberté , Orus en eut une telle colère , qu'il ôta k sa mère les insignes royaux , et défit de nouveau Typhon dans deux autres combats.

Cette histoire, toute bizarre qu'elle paraisse, devient au contraire fort ingénieuse et raisonnable, ainsi que je Tai déjà dit , en la réduisant k une simple conception symbolique. En effet, en partant du principe assez généralement admis par les anciens , que rien né peut rien produire , et que tout doit procéder de la Matière , primitivement k l'état de chaos (Rhéa), qu'on suppose éternelle; que celle-ci même ne pouvait rien engendrer qu'autant qu'elle était animée par une force qui la mit en action; force qui ne parut avoir été que le Feu y k qui rien ne résiste, représenté par le Soleil y l'un des époux qu'on a donnés k la matière , et dont la bienfaisante puissance sur celle-ci se manifeste dans tous les Êtres de la nature , qui se réveillent et entrent en activité sous son influence ; et de cette alliance devait naître la principale Divinité, I'Ëtre intellectuel tout-puissant, le Dieu CRÉATEua, Osmis, qui répond k la Lumière primitive des Perses; Divinité qui k son tour s'unit k sa sœur Isis , fille du

40t TH^OLOaiB Dt M MATURl.

Génie organisateur, emblème de sâgétee et de féMndilé; répandant sous toutes les nuances la lumière pure de son tout-puissant époux , et produisit avec lui ^ Orus , le Plan dtt monde ; c*est-àTdire le monde formé par la matière (Rhéa), et la force qui la met en activité (le Feu) ; ou bien le monde, né par l'influence de la toute-puissance du Créateur (Osiris), sur la matière animée du principe d*ordre et de fécondité (Isis). Mais cela ne suffit pas encore pour que tout se fit; il fallait rinévitable influence du l'emps (Saturne) « qui, troi'sième époux de Rhéa , devait produire sur celle-ci ou la ma* tière, divers effets dont les uns mauvais ou Typtum^ opposés à tout ce que la puissance intellectuelle ^ la force génératrice pouvait produire, devaient combattre les tendances, au bien de la puissance créatrice ou Osiris » et en triompher souvent, ainsi qu*onle voit partout, où rien n*est parfaitement fait. C'est également ainsi que le mauvaiagënie s'allie(époU8e) au principe du beau et de la perfection» (Nephthys)^ pour Tallérer, et produit avec lui des effets où le mélange du mal et du bien est généralement manifeste. Ëiiin , d'autre part , le Temps , dans son influence sur la Matière , amène la Fin de tout ; que ce soit la Perfection ou la Vietoire , ou bien la Mort (Nephthys)» le dernier des enfimts de Rhéa.

Quand Nephtbys , le génie qui préside k la fin de toute chose, s'allie a la toute^puissance du bieii (Osiris), il de^ vient la perfection ; mais ce résultat est tellement rare , qu'on doit le considérer comme exceptionnel ; aussi les Égyptiens Tont-ils représenté comme une alliance secràte entre Osiris et Nephthys , tandis qu'il est la fin de tout, et le plus souvent ihélé de mal ; aussi le même peuple consiâéra^t^il la plupart des effets comme nés de l'union de Typhon avec Nephthys.

l)ans le premier combat que Typhon livre k Onris, et le renferme dans un coffre , on doit voir l'emblème de l'in^ fluence que nous voyons, encore partout du mal sur le bien , qui se trouve par là paralysé et comme détruit par lui ; mais seulement dans les choses de ce mimde , où le mal est plus

QfiAPlTM tlll. 403

commnti et plus nniTefiellement établi que le bien. Quant au second combat , où Typhon divise même le corps d'Osiris en plusieurs parties , il signifie , à ce qu'il parait , que les âmes étant considérées par les Égyptiens comme deâ émanations partielles de la Divinité, sont dispersées et réunies de nou- Teau plus tard, par les soins d'Isis, ou de la Sagesse divine, au sein de FÊtre Suprême , d*où elles sont venues , tandis que l'intelligence divine elle-même est immortelle et indépendante de toute influence étrangère; voilà pourquoi elle a subsisté « et a continué à régir Tunivers , en mettant dans Ârouëris ou Plan du monde, les instructions ou les Lois d'après lesquelles le monde doit être exclusivement régi, sans que le mauvais génie puisse y avoir la moindre action , et rester ainsi vaincu par la Tolontjé du Créateur, formulée en lois universelles et immuables.

J'ai dit plus haut que les anciens Égyptiens avaient deux divinités, Athyr et Kneph; que la première, qu'ils regardaient comme la mère ou Torigine de tout, était représentée avec les mêmes attributs que Rhéa, ou la matière à l'état de chaos. Mais il n'est pas si facile de déterminer à quoi répond, dans la théogonie de Rhéa, le principe désigné sous le nom de Kneph. Ce nom signifiant beaUy bienfaisant^ semble bien se rapporter par ik % Osiris ; mais il parait plutôt signifier lé Feu primordial ; les Égyptieiis considérant cette divinité comme la cause active de l'univers, le principe éternel et immortel ; et comme ils le représentaient soiis la figure d'un homme ayant un œuf dans la bouche, œuf à^oix est né Plithas ou le Soleil, mais( plutôt la lumière, il est probable que cette dernière divinité était la même chose qu'Osiris. C'est-à-dire que Kneph était le feu primordial YÙromaze des Perses, le principe actif qui mit le chaos en mouvement. Cela parait du moins probable , et que de l'œuf qu'il tenait dans sa bouche était sorti , non le soleil, feu principe, mais la lumière, symbole de 1 intelligence créa-^ trice, ou Osiris.

4M THBOLOm DB LA NATUM.

Les anciens Égyptiens connurent donc le vrai Dieu créateur dès les âges les plus reculés , ainsi que cela ressort de là fable d'Osiris ; et cela ressort en outre du récit que fait Moïses dans Thistoire des Israélites, de Tentretien que Joseph le patriarche eut avec le Pharaon de ce temps, en lui expliquant Èes songes , où celui-ci dit à ses serviteurs (1) : « Pourrions-nom trouver un semblable à celui-ci qui eiU » T esprit de Dieu ?» et « Puisque Dieu fa fait connaître » toutes ces choses, il n*j/ a personne qui soit si entendu ni si » sage que toi. » Ce qui prouve que Moïses admettait que déjà alors, environ 2250 ans après la création du monde, ou 2100 avant J.-G. , le Pharaon de ce temps croyait h la toute-sagesse de rEspritdeDieu.

Cette théogonie des anciens Égyptiens* est fort ingénieuse, il est vrai, mais, tout en reconnaissant le système allégorique sur lequel elle repose, on peut toutefois faire de grandes objections relativement à la vérité de la comparaison et k la justesse des conséquences qu'on en a déduites. Ëa effet, si sous le nom AeRhéa on entendait Tunivers matériel, informe ou le chaos, cette matière avait toutefois besoin d'être formée pour devenir le monde ; c*est-àHiire que, pour devenir l'univers actuel, il a fallu qu'une puissance active influât sur elle. Or il n'est nullement question de cet agent actif ; il est seulement dit que Rhéa épousa le Soleil, et d'autres Mythologistes disent q^ue c'est le Ciel ; mais quoi qu'il en soit, il fut toutefois admis que l'un ou l'aulre était coéternel avec elle, et si Rhéa représentait la matière chaotique de tout l'univers, le soleil ou le ciel devait être considéré comme un Être puissant non matériel; c'estA-dire qu'on devait le regarder comme une divinité active plus élevée qu'O^'m, k qui elle a donné naissance. Osiris n'était donc pas le vrai créateur éternel, mais un Êtrelui-même créé.

Si, au contraire, suivant l'autre acception, on considère

(1) Genèt€ , chap.XLI , 38 , 39.

GHAPITRS XIII. 40S

Rhéa comme étant le globe terrestre, que les anciens ont pu admettre comme ëternel et base de l'univers, la même difficulté existe toujours , car elle ne pouvait produire que ce qui existe dans le monde au moyen de la puissance créatrice de sou auguste époux , qui devait encore par Ik être consi-: dérë comme le véritable créateur éternel.

Enfin.de quelque façon qu'on considère l'allégorie, il de* meure constant que les anciens Égyptiens ont admis en dehors de la matière une puissance activé, au moins coëternelle avec elle, qui, dans l'origine, a mis cette matière en action et atout produit avec elle; divinité qui répond k M!thras des Perses, ou bien au Feu intelligent, à la Lumière incréée des Chaldéens; et en effet c'est sous l'image du Soleil ou de la lumière étincelante du ciel, que les Égyptiens représentèrent le premier et principal époux de Rhéa; et ce n'est évidemment que par une espèce d'inconséquence qu'ils considérèrent Osiris, fils de Rhéa et du Soleil, comm/s le véritable créateur.

Suivant des mythes grecs, Osiris aurait été fils de Jupiter, et d'après d'autres il serait né de lui-même ; ce qui répond mieux h l'idée qu'il est éternel et la cause première de tout. C'est dans ce sens aussi que les égyptiens ont dû le considérer comme le vrai Dieu unique et éternel ; dogmes qiï'ils enseignaient dans leurs mystères.

§ IV. Théogonie des Grecs.

Quant k la religion des anciens Grecs , peuple dont la théogonie constitue en partie ce que nous nommons aujourd'hui la Mythologie, elle ne parait pas avoir été importée en toute chose chez cette nation par ses colonies venues d'Egypte; les. deux théogonies étant très-différentes dans leurs principes, vu qu'il n'est point question dans celle des Grecs ni à' Osiris ni A*Isis\ à*Àrouéris, de Typhon et de Nephihys^ les cinq enfants de Bhéa^ aucune dCr ces divinités

406 TmSoLOGn- db la maturb.

n'ayant jamaia reçu de culte, soit en Grèce, soit dans aucune autre pstrtie de TEurope, où Ton adorait à leur place Jupiter et toutes les autres divinités qui se rattachent k ses mythes. Il parait, au contraire, que le culte des dieux de la Gr^ fut plus tard introduit en Egypte, où on leur bâtit divers temples, dont je ne citerai que le plus célèbre, celui de Jupiter Am^ mon^ dont les ruines existent encore dans TOasis deSiouah.

La croyance religieuse des anciens Grecs parait , au contraire, avoir été apportée d'Asie dans le Péloponèse ; c'est du moins ce qui ressort de ce qu'lNàcnus, qui y fonda le royaume d'Argqs, moins de 400 ^ns après le déluge, environ 2,00Q ou l,8o0ans avant J.«0., et 150 ans avant Moïses, était venu de la Phénicie , et y apporta l'histoire merveilleuse de Jupiter , guerrier de son pays ; histoire qui devint plus tard la base de la Mythologie des Grecs arrangée pour le peuple, et si étrangement compliquée par les Poètes. Suivant Pausanus, Phoronée, fils d'Inachus, y établit le culte des Dieux; et si plus tard, 1,643 ans avant J.-C, Gé-« GROPs, chef d'une colonie égyptienne , qui vint s'établir dans l'Attique, y apporta, ainsi que cela est probable, la religion en usage dans son pays, et par conséquent le culte d'Osiris ebd'lsis, cette croyance religieuse y a disparu plus tard , car nulle part, ainsi que je l'ai déjà dit, on n'y a élevé de temple à ces divinités.

Si en effet Inachus était Phénicien, il serait très-possible qu'il ait eu eonnaîpsance de la religion professée par Abraham , qui était venu antérieurement de la Chaldée s'établir dans le pays de Chanaan, et aurait en conséquence connu le culte que ce premier chef des Israâites rendait au seul Dieu le Créateur ; si toutefois cette croyance en un Dieu unique éternel n'a pas été établie plus tard seulem^t parmi les HébreuiL par Moïses , qui, comme on le verra plus loin , donna k l'Être Suprême le nom de Iéhova.

Or les savants s'isiecor dent généralement à considérer les noms de lèhova^ de /«o, de laho-pater^ de lovii^ de /om

CHAFITRI XIII. 407

pater, qui désignaient le Père des Dieux , comme étant le même nom modifié par la prononciation ; et du dernier on a enfin fait lupiter, nommé en grec Zeus, dont le génitif Diôs ne diffère que fort peu de Théo» , nom grec de Dieu , qu*on prononçait k peu près Z^s; d'où est bien évidemment venu en latin le mot Dms^ e1^ enfin en français le mot Dieu.

Cent ans environ après Cécrops, Lmus, qui vécut , \k ce qu'on pense , longtemps après Moïses ( 1 ,483 ans avant J.-C. ) ou plus tard encore , a, dit-on, même déjk composé une Cosmographie, qui commepce par les mots : nll fut un temps où tous les êtres prirent naissance. » Ce qui indique qu'il a probablement eu connaissance de ta Cosmogonie de Moïses , mais prouve toutefois qu*il ne considérait pas Tétat du monde , tel qu'il le voyait comme existant de toute éternité , et qu'il admettait, en «QnféqueiQce, qu'il a existé avant une Cause première inmiigente qtii a twt produit.

Après lui, Oapnito&f qu'on croit avoir été son diseiple, était, dit-on, de Tbrace, fils du Roi OËAniiius, et l'un des hommes )e$ plu$ vénéré» â$ l'antiquité. Il voyagea beaucoup dans les pays étrangers pour s'instruire, et surtout ep Egypte où il demeura longtemps, et y futadmid par les pré^ très d'HéUopoli3« d^ Tbèbes, etc., k la ^alique de leur* mystères; ce qui ne hm^ ipiucun doute qu'il a eu connais^ sance non-seulmant df) leoir théogonie, mais aussi de la théolpgie et de la OQ^mogQOie des Hébreux ; sciences dont il 3'occupait prinaipal^mpat, ayant été k la fois Théologien Philosophe, t^gi^Uteur et Poète. Aum rapporta^uil dans sa patrie des notions très-étendues sur ces divers genres de connaissances; et danis les ouvrages qv'on lui attribue on trouve entre autres ^ ^ croyance k un ^enl principe universel , cause de tout« «'e;(prîmant aio^i daoa ses vers (1) d'après Aristotéles :

■>"i> r^<w«pi«jitJ .1 iMU» ■.<■»■— 111

(1) Letifê à ÀlwcMê/fè tuf h Sysêème Au Jfonde, chap. MX, tradait par l'abbé Batteux.

a Jupiter est premier, Jupiter est dernier. ^

De son essence souveraine,

Seul élément de TUnivers,

Il compose et remplit la chaîne

Que forment les Êtres divers.

De la Terre et des Gieux c'est la Base étemelle.

Par Lui tout^ naît , tout est produit:

n est répoux fécond et la Nymphe immortelle. C'est le Flambeau du jour, c'est l'Astre de la Nuit ; C'est le Feu qui m'anime , et FAir que j*e respire ; .

C'est l'Onde du liquide empire.

Enfin par Jupiter Tonnant ,

Père de tout , Moteur et Maître « Tout en tout lieu, va du néant à l'être,

Ou revient de l'être au néant »

Selon Orphéus, Jnpiter n'était donc pas le Chaos, mais bien le Dieu créateur , éternel et tout-puissant.

On' retrouve ainsi déjk , dès la plus haute antiquité , chez les Grecs , les mêmes idées .générales sûr les causes premières ; c'est-à-dire celles d*un Être Suprême tout-puissant, qui a créé, dans sa sagesse infinie, Tunivers et tout ce qu'il renferme; seulement ils le personnifièrent souvent dans chacun de ses attributs , et lui donnèrent de Ik différents noms , qui amenèrent plus tard le peuple à considérer ces noms comme appartenant à autant de Dieux différents; d*où cette innombrable légion de divinités de tous rangs, et chez elle ce mélange si bizarre de facultés divines jointes à des passions humaines allant jusqu'aux vices les plus odieux.

Suivant Hérodote , les Pélasges , peuple aborigène de la Grèce , avaient déjk , avant l'arrivée des colonies égyptiennes ( plus de 1,900 ans avant J.-G. )« ïiàée de la Divinité, sans toutefois la désigner sous un nom spécial. Ils admettaient Teiistence d*Ëtres surnaturels tout-puissants , qui avaient formé tout ce qui existe , et gouvernaient le monde. Mais on ne sait rien de leur théogonie.

CHAPITRB XIII. 409

Dans les mystères Éleusiens , qu'on célébrait h Athènes en Ihonneur de Gérés et de Proserpine déjà environ 1,400 ans avant J.-C. (1), et plos tard dans toutTOrient, on enseignait dans les temples non-seulement la morale, la justice et la pratiique de toutes les vertus, mais encore, et surtout le dogme de l'immortalité de l'Esprit et la CROYANCE EN UNE VIE À VENIR, OÙ Ics hommcs vertucux jouissent d'un bonheur ineffable dans un lieu délicieux, qu'ils nommaient les Champs- Êlysés, répondant au Paradis des Chrétiens ; et cela comme récompense de leurs mérites pendant leur existence sur la terre ; tandis que les méchants étaient renfermés dans le Tartarey lieu que les Chrétiens nomment VEnfer. Cette croyance & une rémunération après la mort était ainsi presque aussi ancienne en Grèce que la sortie d'Egypte (les Israélites, tandis que cette croyance n'est nulle part formellement exprimée ni dans les Livres de Moïses , ni dans aucun autre de tout rAncien Testament ; où il n'est parlé de la vengeance divine qu'en menaçant les pécheurs de malheurs purement physiques et temporels y tels que la guerre, le pillage, la famine, le feu , la maladie et la mort. Le culte extérieur du temple d'Éléusis ne consistait , au contraire, qu'en cérémonies et en sacrifices qu'on offrait aux Dieux du Paganisme, mais qui ne constituaient pas, comme on voit, le seul et vrai cultequ'on rendait & la Divinité. Cette croyance à une vie future a d'ailleurs été professée en tous temps par la plupart des Philosophes de l'ancienne Grèce. Nous voyons ainsi que déjà dans les temps dits fabuleux remontant! à peu près jusqu'à Moïses , la théogonie était simple et dépourvue de toutes explications scientifiques, dans lesquelles on n'est entré plus tard que pour tâcher de reconnaître les causes et la possibilité de la création. Les Égyptiens avaient leurs Mythes d'Osiris et d'Isis, établis comme un fait auquel le peuple croyait par la foi , sans

(1) D'après les chroniques de Paros.

410 THlSOLQfiy P« tk MATURE.

chercher à I^xpliquer* Les Chaldéens avaient leur Divinité figurée sous l'image d*une lumière intelligente , infinie. Les Perses se la représentaient sous celle du Feu , 4lont le Soleil était le représentant, ce qui, en principe, revenait au même. Enfin les Hébreux, sans chercher quelle a pu être dans l'origine la cause première de la Divinité, Tout admise comme un Être généralement connu dans son essence, pu^ rement spirituelle ; aui^si Moïses , le fondateur de leur relt* gion , n'expliqaH*il t dans II Genèsê , que la Cosmogomie et non la Théogonie. Mais plus tard, dans le courant du sixième siècle avant J.-G. , époque où les sciences ont commencé ï fleurir en Grèce, les savants ou Philosophes, commencèrent, du moins selon les doeuments aittvés jusqu'H nous , k chercher k se former une id#e d^ causas qui ont pu , dans l'origine, produira l'état présent du monde; et faute de données certaines, ils ont fondé i soit sur la tradition, soit sur l'observation des phénomènes 4e la natore dont ils ont essayé de se rendre compte, des systèmes plus ou moins hypoUiétiques.

Plusieurs historiens considèmnt TsAi^is , qui véeut envi* ron 600 ans avant J.-'Ç. « comme le fondateur delà philosophie en Grèce ; mais on vient de voir que plus de 800 ans avant f Ohphéus y avait déj^ enseigné non^seulement la philosophie proprement dite, mais encore plusienrs autres sciences, de manière qn'^ Tépoque de Thaïes, la philosophie devait déjà avoir fait d'assess grands progrès pour se prêter au développement d'un système de théogonie et de cosmo* gonie, en apparence plus si^i^tifique que celle de Moïses; mais pour cela ni plus claire ni plus vraie*

Quoique HoMÈRii eût créé , dans ses poésies , un grand nombre de divinités, il n'en admit toutefois lui-même qu'une réelle, le CRËATEUR, connue sous le nom de Jupi* Tiisa , dont il disait que la volon|i$ suprême est la derniers raison de tout; opinion qui ressort^ ainsi que je l'ai déjà fait remarquer ailleurs , de l'enseignement de tous les anciens Philosophes, qui n'admettaient les autres divinités <]pie m-

CBAPITRB X!U. 411

plenient comipe des Êtres secondaires ayant quelques of-^ fices , sans se croire pour cela idolâtres ; pas plus que les Chrétiens d'aujourd'hui , qui admettent le pouvoir surnaturel des Saints qu'ils invoquent et qu'ils prient en se prosternant devant leurs images, ne conviennent qu'ils sont idolâtres et polythéistes. Les anciens païens donnaient pour raison de l'adoration des Dieux du second ordre, que Jupiter, ne pouvant pas tout gouverner par lui-même jusque dans les minptieux détails de la vie privée des hommes, devait en abandonner le soin à des Dieux subalternes , ses ministres , auxquds on sacrifiait de là également pour se les rendre fa-^ vorables, absolument comme on fait aujourd'hui des offrandes aux Saints , en implorant leurs bons offices auprès de l'Être Suprême, qui, bien qu'il soit, d'une part, considéré comnae tout-puissant et tout-savant , est cependant regardé comme ayant besoin d'être sollicité parles Saints pour accorder le bien que les hommes lui demandent, ce qui rabaisse , sans qu'on y pense, considérablement la tout^science du Créateur. Si les Anciens ont eu des Dieux particuliers k chaque pays, à chaque ville et bourgade, et jij^qu'k des Pénates propres à chaque maison , une foule de Chrétiens de nos jours j^'ont-ils pas aussi leurs Patrons et Patronnes des divers villes et villages , auxquels ils rendent un véritable culte? Ne voyoufr-noua pas de nombreuses Églises élevées à une foule de Saints, et, dans la plupart, un autel spécial dressé à la Sainte Vierge, qu'on adore formellement k l'égal de l'Être Suprême? Daus quel but fait-K)» des pèlerinages , même à de très^raudes distances, aux temples de quantités de saints, devant les images desquels on se prosterne, si ce n'est pour les prier d'intercéder auprès du Dieu suprême, afin d'obtenir de lui les biens qu'on désire, si ce n'est dans la croyance que ces divinités de second et de troisième ordre ont spécialement chacune le pouvoir de faire accorder la faveur qu'on implore? On i beau prétendre que ce ne sont la que des hommages qu'on Jeur rend, ce sont bien de

véritables adorations qu'on ne doit jamais adresser qa*li rÉtemel.

Mais que dis-je? ne vat-on pas en pèlerinage pour adorer de simples objets, tels que la soi - disant tunique de Jésus- Christ, qui a tout à coup, dit-on, apparu k Trêves il y a quelques années, qui , fut-elle réellement ce qu'on prétend qu'elle est, n'en serait pour cela pas moins un objet d'art, une véritable idole. Enfin, les Rosaires^ les Branches d'arbres^ les Médailles^ les Bagues et autres choses bénies , les vêtements ménies des malades qu'on fait simplement toucher aux châsses des Saints , pour les rendre propres k guérir, ou à préserver du mal, ne sont-fls pas en réalité de véritables Amulettes; et ces personnes qui se croirat si avancés en civilisation, osent blâmer les païens , en leur reprochant leur polythéisme.

Les anciens Philosophes de- la Grèce, ne voulant plus croire, par la simple foi religieuse , â tout cet échafaudage de Mythes et de Symboles qui compliquaient leur religion, n'admirent, comme les Israélites, qu'un seul Dieu étemel; mais ils voulurent toutefois tâcher de concevoir son essence, se faire uue idée de l'action qu'il exerçait sur tout l'Univers, et expliquer en même temps l'origine des choses, par les conséquences qu'ils crurent pouvoir tirer de TobservatioD des effets qu'ils voyaient s'accomplir sous leurs yeux. De la, plusieurs systèmes de cosmogonie, fondés, autant que possible , sur des faits scientifiques connus, peu nombreux alors, mais la plupart inexacts. Système où de simples apparences furent, dans nombre de cas, prises pour des réalités dont Téxactitude parut démontrée ; et les trouvant d'ailleurs insuffisants , ces Philosophes furent obligés d'avoir recours à des hypothèses, quelquefois ingénieuses il est vrai, mais le plus souvent extravagantes, par lesquelles ils tombèrent dans les erreurs les plus grandes ; quoique leurs systèmes fussent au fond toujours les mêmes. Ces Philosophes aperçurent bien la vérité du principe sur lequel ils se fondaient ;

CttAPITRB Xtlt. 41 3

mais ne pouvant pas enlever le voile mystérieux qui la couvrait , ils s*en firent des idées fausses , et Taltérèrent par Fatldition de croyances et d*image$ dont ils crurent devoir accoaipagner leurs explications, dans l'espoir de rendre ces explications plus compréhensibles ; d'où est née une autre espèce de Mythologie, où figurent h la place des personnages fabuleux, des noms de puissances ou de facultés occultes , tels que ceux du Destin , de la Nécessité , du Yide , le Toujours le méme^ le Toujours autre , Y Harmonie^ et enfin les Chiffres cabalistiques et les Êtres imaginaires, qu'ils firent agir sans trop savoir comment.

Une fois ces espèces d'agents allégoriques introduits par quelques sophismes dans les prétendues démonstrations qu'on fit , on ^'en servit un peu plus loin , comme de principes prouvés, sur lesquels on bâtit les systèmes les plus compliqués.

C'est ainsi que Thàlès , qui avait de même longtemps voyagé en Egypte, où il s'était instruit , n'admit dans son système que deux principes , comme base de tout. Voyant que rien ne seformait et ne se développait sans l'influence de Yhumidité^ il admit VEau ou Principe humide , comme cause première , passive , de l'Univers ; et en outre , un Principe actif j qu'il nomma Dieu , qu'il définit , en lui reconnaissant les mêmes attributs qu'on donne encore aujourd'hui au Créateur ; c'est-à-dire qu*il le nomme un Être intelligent

QUI À DÉTERMINÉ LA FORME BE TOUT ; QUI , RÉPANDU PARTOUT , ANIME TOUT ; QUI SAIT TOUT , JUSQU'AUX PLUS SECRÈTES PENSÉES DES HOMMES, ET RAPPELLE A LA FIN CES DERNIERS AU CIEL,

LEUR vÉRiTABiE PATRIE. Cotto dcliuition suffit Certainement pour prouver que déjà Thalès , considéré comme le père de la Philosophie, en Grèce , avait une idée parfaitement juste de Dieu, tel quenousle concevons aujourd'hui ; et son opi* nion fut généralement admise par toute l'ccole d'Ionie, dont il était le chef.

Pythagor-as, l'un des savants les plus illustres do raiiti-

414 tld0U>«n DB Là MATtJRK.

quité » sartottt comme mathématicien f voyagea paiement beaucoup iH)ur s'instruire^ et surtout en Egypte , en Perse et même jusque dans l'Inde. Il enseigna, relatiTementJi la théologie et i la eosmogogie , les mêmes dogmes que Thaïes son maître , mais les développa beaucoup plus , en y appliquant des théories mathématiques ^ dans lesquelles il fit entrer le plus souvent « et fort hypothétiquem^t , l'influence des nombres et des figures géométriques» Ayant, entre au^^ très, découvert la loi dé l'harmonie musicale, cette brillante théorie des sons enflammant soû imagination, ir crut, ainsi que ses disciples , qu'on pouvait en étendre les principes à toutes les causes qui agissent en grand dans l'Univers, pour produire les phénomènes que l'observation fliit connaître, quoique les conditions et les résultats, qui sont loin d'être les mêmes i auraient dû leur montrer que cela ne doit pas être ainsi.

Après Thaïes , la plupart des Philosophes de l'école à laquelle il a donné son nom , professèrent , au fond , la même doctrine , admettant également , comme lui , h Matière et une lMT£tLi6ËNCE CRÉATRICE , commc les deux cauêes pre* mières coéterneïïes de VVnivers; disant que celle-ci , qu'ils nommèrent DIEU , était un Esprit répcmdu et agissant dans toute la nature , ôt que les Ames humaines en étaient des parcelles» Plusieurs cherchèrent toutefois k entrer dans de plas amples détails sûr la cosmogonie, surtout pour tâcher de déterminer les rapports qui pouvaient exister entre ces deux principes primitifs.

Quelques sophistes seulement cherchèrent à porter par* tout le doute , par leur raisonnement faux et captieux , qui les rendirent à la fin la risée de tous les hommes sensés.

Nous avons vu que Thalès regardait Y Eau , ou , comme il disait , le Principe humide , comme la base de tout. Après lui , d'autres , tels qu'ANAxiMAMUHE , qui parait avoir eu une idée plus juste de l'état primitif de l'Univers ou du chaos, appela l'élément primordial Infini, c'est-k-dire indéterminé;

offÀnTRt xlti. 41 s

la forme terminée dés Êtres leur ayant été donnée par T/ntêlligencê suprême,

. AnaxaOOAas , qni naquit 500 ans avant Jésus-Christ , précisant mieux son système , admit comme Thaïes la Matière et V Intelligence créatrice ^ comme les deut principes primordiaux de toute chose , mais les définit d*une manière plus savante , surtout le Principe matériel , qu'il n'indiqua pas comme étant une seule substance , mais comme compensée f au contraire , d'un grand nombre de particules fort différentes dans leurs espèces , qu'il nomme Homéoméries , et dont chacune , telles que Y Air , XEau , les Métaux , et beaucoup d'autres , restent par elles-mêmes invariables dans leur essence (1) et ne sont que transformées sous l'influence de la volonté suprême de Tlntelligence créatrice ; le tout remplissant, sous forme déterminée, l'immensité de l'espace. On voit par cette 'opinion qu'ÂNAXAGORAS avait déjà une idée nette et fort savante de ce que nous appelons aujourd'hui les Éléments , qu'on peut en effet, ainsi qu'on Ta vu plus haut, considérer comme existant de toute éternité, distinctement de l'Intelligence ; et c'est sur ce principe que repose toute sa cosmogonie, résumée dans la phrase suivante, par laquelle commence son ouvrage : « Toutes les choses étaient dans la masse primitive ^ Vintelligence porta son action sur cette masse, et y mit Tordre^ dxmt le monde est le résultat (2). » Quoique l'idée exprimée d'une manière si brillante par cette phrase n'eût rien de nouveau , rentrant au fond dans celle de Moïses, qui a écrit près de mille ans avant, et dont Anaxagoras peut avoir eu connaissance, elle nous montre toutefois que ce Philosophe , Tun des plus profonds de l'ancienne Grèce 5 admettait aussi, comme tous les autres, l'existence d'une Intelligence suprême créatrice , et non la pluralité des Dieux ; mais il exprime l'opinion que cette intelligence n'a

(1) Les Éléments.

(2) Diogène Laertius, Livre lU Ànaxagoras,

Aie th^oijOgib db la nature.

réellement riea créé; mais simplement formé et mis en ordre et en activité ce qui existait déjà avant; idée contraire a celle de Moïses dans la Genèse , où le mol hébrea Bara , . signifie réellement créer; c'est-k-dire qu^Anaxagoras admettait Texistence des propriétés physiques de la matière, moins le mouvement, comme aussi éternelles que la Divinité même ; opinion que je ne partage pas avec le Philosophe grec, ainsi qu*on Ta vu plus haut.

Quoique les anciens admissent que la matière existait de toute éternité, ils crurent toutefois qu'elle affectait successivement des formes différentes, et conçurent que ces formes ont elles-mêmes dy. commencer par avoir été données poor la première fois ; et qu'avant, la matière n'a en conséquence du en avoir aucune. C'est-à-dire qu'elle devait être divisée dans ses dernières particules qu'on désigne sous le nom à* Atomes (1) , et dans un état de dispersion confuse, qu'on nommait le Chaos, d'où l'Être Suprême l'a tirée en la mettant en activité, lorsqu'il créa le monde.

Nous avons vu que les anciens Philosophes considéraient généralement la matière comme composée de quatre substances différentes , ou Éléments , la Terre, Y Eau , l'Air et le Feu; erreur qui s'est propagée jusque dans ces derniers •temps, où la nouvelle chimie montra que les substances réellement élémentaires , c'est-à-dire simples dans lenrs masses , sont bien plus nombreuses , et surtout que les soidisant éléments des savants d'autrefois , n'en sont précisément pas. Quoique fort ancien , Ânaxagoras se fit cependant déjà une idée parfaitement juste des substances qu'on doit considérer comme telles , et pensa qu'il devait eu exister un nombre plus considérable qui , en se combinant de diverses manières , devaient produire les différents Êtres connus, périssables , mais que la matière, en elle-même élémentaire, était éternelle.

(1) Voyez la tiole n- 4.

Quelques Philosophes de Tantiquité, tels que Déhocritès^ Leukippos, Épiguros , et leurs disciples , qui vécurent daas le V* et le iv* siècle avant Jésus- Christ, crurent pouvoir rejeter même Tidée d*une Intelligence créatrice, qui aurait contribué k former TUnivers; et tout expliquer par les seules propriétés physiques inhërentes k la matière , qu ils ont admise comme Principe unique de l'Univers. C*est-kdire qu'il suffisait d'Iadmettre que les Atomes qui constituent la matière ont toujours eu en eu:^-mémes , outre la Forme et le Volume qu'ils présentent, encore une troisième pro-» prîété , celle de la Pesanteur , pour avoir été par celle-ci mis en mouvement, et avoir produit, ainsi qu'ils voulaient le faire croire, tous les effets que l'observation fait con^ naître; etcesPhilosophes pensaient pouvoir expliquer ainsi, non-seulement , le commencement de toute chose , c'est^k* dire celui de l'existence pure, et simple de chaque Être, mais encore leur développement , leur reproduction ; et en géné--ral tous les phénomènes qui se manifestent en eux. Mais' ils n'ont pas remarqué , que si la pesanteur était une propriété de toute éternité inhérente k la matière , elle aurait agi aussi dès te commencement de cette éternité ; d'où il serait résulté , ainsi que je l'ai fait voir plus haut, que tous les atomes se se« raient précipités de suite les uns sur les autres, et n'auraient formé qu'une seule et unique agglomération informe, et rien de plus , agglomération qui aurait, par la même raison , été elle-même é^erneHe, et éternellem>ent invariable , s^ns 2i\oiT jamais pu rien produire.

Cette opinion , repoussée par tous les autres Philosophie , est d'autant plus étonnante que , dé]k avant , Anaxagoriais fit remarquer qu'un grand nombre de résultats , tels que le Bon y le Beau et V Ordre ^ ne sauraient être dus qu'k mi^ puissance intellectuelle qui les détermine. Ge Philosophe en-; tendait sans aucun doute , sous le nom de Bon, tout ce qui , dans rUnivers, remplit le mieux possible toutes les condî-: lions de l'objet auquel il sert; sous celui de Beau, tout ce

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qui excite radmiration par la perfection du plan d*aprè^ le* quel il est fait ; et sous celui à* Ordre , la précision des rapports de forme , de iieu et de temps ; tous objets qui ne sauraient être produits , en effet , par la simple pesanteur de la matière , et , bien moins encore par le basard , auquel on a Voulu faire Jouer un si grand rôle dans la formation de tout Ce qui existe. Je dis que telle a dû être la pensée d'Ânaxagoras; car, en prenant ces mots de bon et de beau comme exprimant de simples convenances de goût, je dois faire remarquer que ce qu'on appelle ainsi , ne constitue que des choses qui ne prennent cette qualiflcatioU que relativement k Éos'sens, mais qui n'existent pas d'une manière absolue par elles-mêmes. En effet, si, ainsi que l'admettent les Matérialistes et les Spontanéistes , il s* est formé, par la simple action dei^ propriétés physiques de la matière , agissant par le hasard, une foule d'Êtres organiques et inorganiques; dont les uns placés fortuitement dans des conditions favorables à l'égard des autres, constituèrent ce que les hommes appellent, suivant leur convenance, bon et beau; tandis que ceux, moins bi^ favorisés sont, parla raison contraire, regardés comme Hiummis ou laids; et il en est à peu près de même de Vordre qui règne dans le monde ; ordre qui s'établit dans une foule de cas , comme, par exemple, dans la précision du mouvement des bistres , ou dans la forme géométriquement régulière des cristaux, essentiellement sous l'influence de la néeessité mathématique des^ lois qui régissent la matière brute, sans qu'il soit aucunement besoin de l'intervention d^une intelligence suprême créatrice. Mais d'où sont venues Ces lois? Ces opinions des Matérialistes ont ensuite été souvent reproduites, et encore, dans ces derniers temps, par des hommes qui crurent pouvoir tout fonder sur des hypothèses appuyées, p^r des sophismes. Les uns, pensant qu'il su£Bsait d'avancer simplement des opinions qui leur parurent fondées à la première apparence , sans juger à propos de discuter sérieusement ces questions. D'autres, ne voulant s'en tenir

qtt*aux causes iiçinédiates , apparentes , capables de pouvoir être directement soumises à l'observation et k l'expérience , ne se sont point élevés jusqu'aux causes premières. Enfin d'autres encore , tels que le- mathématicien Lalânde, s'oc* cupant essentiellement d'astronomie, recotinurent que cette science , tout en embrassant l'ensemble de l'univers dans l'infinité de ses astres , dont les distances incommensurables et l'admirable précision des mouvements laissent l'imagination la plus hardie stupéfaite d'une aussi imposante immensité, ne présentait toutefois, dans cet admirable système des coq)s célestes, aucune preuve directe de l'existence de Ta Divinité ; tout y étant rigoureusement soumis k la nécessité mathématique. Aussi le savant que je viens de nommer n'ayant pu trouver dans les objets de ses calculs aucune preuve de l'influence d'une intelligence créatrice toute -puissante, qui aurait tout ï*églé avec cette sublime harmonie, professa-til ouvertement l'athéisme , dont il se fit une triste gloire. Cette opinion prouve que cet astronome n'a jamais agité la question de savoir d'où a pu venir, dans l'origine des temps, la cause de l'impulsion primitive dont les corps célestes sont animés , impulsion qu'aucune puissance inhérente k la matière n'a pu leur donner; mais Lalâmde et ses adhérents paraissent ne s'être jamais élevés jusqu'à cette idée. Quelques hommes, quoique profonds penseurs, n'ont pas cru devoir aller, dans leurs recherches , jusqu'à la connaissance des causes premières des faits dont ils étudiaient les effets, connaissance dont ils n'avaient pas besoin pour établir la démonstration k laquelle ils voulaient arriver dans leurs Ouvrages : ces savants furent en conséquence considérés, fort k tort, comme Matérialistes, quoiqu'ils fussent loin de nier l'existence d'une Intelligence suprême créatrice. Parmi eux je citerai surtout Gabamis , le célèbre Physiologiste, qui, prévoyant la fausse interprétation qu'on pourrait donner k sa pensée , protesta d'avance énergiquement et avec indignation contre cette croyance qu'on pour-

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rait lui supposer (1), et s'exprime siirlout explicitement k ce sujet dans sa lettre à M. F. , où ij dément formellement l'opinion de Matérialiste qu'on lui a faussement attribuée.

Enfin d'autres encore , tels que Voltaire , qui , par une raison quelconque, avaient intérêt a se convaincre euxmêmes qu'il n'existait pas de Dieu , et qu'en conséqueuce ils n'avaient pas de compte à rendre après la mort , ont cherché à appuyer leur opinion non sur des preuves positives démontrées par des faits ou des raisonnements sérieux, mais simplement sur le ridicule, qu'ils se sont efforcés de faire ressortir des doctrines suivies dans les diverses religions, ainsi que sur les principes absurdes et les abus qui se sont glissés dans les diverses croyances religieuses^ tronquant avec une insigne mauvaise îo\ , le texte écrit partout où ils le purent ; mauvaise foi qui se dévoile surtout h chaque ligne des commentaires de Tauteur que je viens de nommer. Mais revenons aux anciens Grecs.

Ptthâgorâs ayant découvert non-seulementplusieurs théories mathématiques, mais aussi les lois de l'harmonie musicale, lui et ses disciples crurent pouvoir en étendre, ainsi que je l'ai déjà dit plus haut, les principes à l'univers entier; mais quoiqu'il existe en effet une harmonie admirable dans la nature, où nous voyons tout soumis à Tordre le plus régulier, et cela souvent avec la précision mathématique la plus rigoureuse , cette harmonie n'est cependant pas nécessairement celle des sons, étant différente suivant chaque classe de phénomènes. Mais quoi qu'il en soit , cette idée seule prouve que déjà alors les savants ou Philosophes ont senti cette vérité que tout était soumis h des lois rigoureuses , d*où résultait cette sublime harmonie et le parfait équi-

fl) Rapport du physique et du moral de VJwmme, V* Édition. Préface, p. wxviii , 1805, et Lettre à M. F. , sur les causes pi:emières avec des Notes de F, B^.iuRD, Paris, J824.

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