CHAPITRE \itl« -iâl
libre qui maiDlieDnetit tout dans des limiles que rien ne saurait dépasser ; tout se trouvant constamment ramené au même état primitif, ou au même point de départ, après des Cycles plus ou moins surcomposés , pour recommencer de noaveau sa période. Mais quoique Pythagoras et ses disci^ pies aient connu cette vérité , leurs connaissances positives dans les sciences n'étaient pas assez étendues pour leujr per* mettre de formuler toutes les lois qui régissent Tunivers , et desquelles dépend précisément, dans son ensemble, la sublime harmonie , objet de leur admiration ; et quoique le but principal des Naturalistes soit de tâcher de découvrir, quelques-unes de ces lois universelles qui régissent le monde, leurs incessantes recherches n'ont cependant encore aujourd'hui pu faire avancer la philosophie que de quelques pas ; et jamais peut-être on n'arrivera k reconnaître le principe fondamental duquel tout dépend, ce principe paraissant être en dernière analyse la VOLONTÉ de l'Être Suprêmiq qui,. partout, fait seule loi.
TiMAÏos, appelé d'ordinaire Timàios de Locres^ du nom de sa .ville natale, située dans la partie méridionale de Tltalie, nommée autrefois la Grande Grèce , pour le distinguer de plusieurs autres Philosophes .du même nom , vécut au commencement du v"" siècle, avant Jésus-Christ. 11 était disciple de Pythagoras, et professa à peu près la même doctrine, admettant comme lui deux Principes primordiaux : la Matière et r Intelligence, et nomma celle-ici formellement Dieu (Theos, au singulier) , et jamais Jupiter.
Voici comment il s'exprime lui-même au commencement de son livre intitulé De l'Ame du Monde (1) :
a Timatos de.Locres a dit : Quil y a deux causes de tous les Êtres; {Intelligence, cause de toiU ce qui se fait avec dessein ; et la Nécessité , cause de ce qui est forcé par les qualités du corps. De ces deux causes , Vune a la nature du bon ,
(1) Traduit par l'abbé Batteux.
4â2 TH^OLOGIl DE LA NATURE.
et se nomme Dieu , principe de tout bien; Fauire , ou plutôt les autres^ qui marchent après la première^- et qui agissent avec elle , se rapportent^à la Nécessité. »
Voici déjà une de ces expressions figurées , sous laquelle ce Philosophe désigne la Matière , ainsi que cela ressort de ce qu'il dit après ; car sous ce nom de Mécèssité , il veut indiquer la fatalité dans laquelle se trouve la matière d'agir malgré elle , par l'effet des propriétés qui lui sont inhérentes ; comme, par exemple, Taimant qui attire le fer, et le fèr qui ne peut résister à cette attraction. Ainsi, au lieu de nommer tout simplement la matière par son nom , ce qui eût été infiniment plus clair , il la désigne par une de ses conditions. Cette expression ne parait, du reste, plus dans son livre , où elle est en effet remplacée par le mot Matière,
Un peu plus loin , article S, Tauteur ajoute:
« Tout.ce qui est, est oU TIdée, ou la Matière, ou TÉtre SENSIBLE, produit des deux autres."»
Z. 9. La premier e^ de ces trois choses est improduite , immiêable^ permanente, toujours la mime^ intelligible ^ modèle de tous les Êtres engendrés sujets au changement. On la nomme Idée , et on la eonçoit comme telle. »
i. €La Matière est la pâte , la mère, la nourrice, ce qui engendre-la troisième- Nature. Car en recevant en soi les traits du modèle, dont elle porte l'empreinte^ elle forme les êtres produits. »
5. « Timàios^dit encore, que cette matière est éternelle, mai^ non pas immuable; qu^elle est par elle-même sans forme et sans figure, mais qu^elle reçoit en elle toutes les figures et toutes les, formes; qu'elle devient divisible en devenant corps; enfin, que c'est l'Être toujours autre ou changeant. Qn Vappdte Matière , Lieu, Capacité. »
6. < II y a donc ces deux causes; Tldée^ qui tient lieu de mâle et de père; et la Matière, qui tient lieu de femelle et de mère; et le troisième Être , qui est rensemble des choses produites par ces deux causes. »
7. » Ces trois choses sont conniies chacune d'une manière qui leur est propre : Vidée , par V esprit ; c'est la science : la Matière; par une notixin bâtarde qu'on n'aperçoit qu'indirectement: c'est T analogie : les Êtres engendrés par les sens; c'est Topinion. >
Voici encore plasieurs termes nouveaux , figurés ou synonymes, mis à la place d'autres, mais paraissant indiquer des objets différents. En effet, Timaïos semble vouloir désigner l'Intelligence suprême ou Dieu, par le mot Idée, considérant l'un et Tautre comme la cause active de tout ce qui existe , et cependant il les distingue dans TArticle suivant oh il dit :
« 8. Avant que de concevoir le Ciel formé, on peut donc concevoir TIdée, la Matière «^Dieu, artisan du mieux. ^
Il semble de là que Timaïos a voulu désigner par le mot Idée, Y Esprit divin, la Loi divine, qui régit la matière en lui donnant les différentes formes qu'elle affecte , et qu'il Ta considéré comme cause active, en la comparant au Père, tandis que la matière passive par elle-ipême , il l'a comparé à la Mère; comparaison exacte suivant l'opinion d«s anciens sur la génération.
Vidée, qui est toutefois h même chose que Dieu, est aqi^si indiquée comme l'Être toujours le même; tandis qu'il nomme la Matière^ ]'Être toujours autre, pu changeant. Mais ces expression^, jetées là comme simple explication, sont, plqs tard , employées comme de véritables noms , dont la pre~ mière désigne Dieu, ^t la seconde h, Matière; et cela surtout par Platon , qui , dans sou Bmatos (Coman^utaires sur l'ouvrage de Timaïos) , adopte ces termes comme ayaqt un* valeur substantive, dont le sens serait fort obscur si on n'en connaissait pas l'origine.
On voit aussi que Timaïos considérait Dieu et la Matière comme coéternels; mais la dernière par elle-même .san^ forme et sans figure, divisible seulement en devenant corps. Cette définition de la matière primitive montre clairement
4!^4 TUEOLOGIK DK JLA NATURE.
que ce Philosophe la regardait comme ayant été dans son premier état privée des propriétés dont elle est douée aujourd'hui ; propriétés par lesquelles la matière agit sur elle-même et produit, par la simple attraction, par exemple, des agglomérations, ou Corps, divisibles par cela même qu'ils sont composés , et offrant par Ik aussi des formes limitées ; tandis qu'avant, lorsqu'elle était encore privée de ses propriétés, lés Atomes qui la constituent ayant été chacun isolé , elle ne pouvait pas être divisée davantage, et n'offrait de Ik aucune forme. En d'autres termes, suivant; Timaïos, la Matière était primitivement k l'état de Chaos ; mais ce Philosophe n'étant toutefois pas assez conséquent dans ses principes, admit que, par elle-même , la matière pouvait varier par sa propre nature , et montra par Ik qu'il lui supposait cependant quelques propriétés dans son état chaotique , disant :
Art. 8. ... a Dieu^ bon par essence ^ voyant la matière qui recevait les formes , et se livrait de toutes manières , sans aucune règle , à toutes sortes de variations , voulut la soumettre à l'ordre et à des variations régulières , plutôt qu'irrégulières^ afin que les différences des Êtres fussent suivies dans les espèces; et ne fussent plus abandonnées au hasard, »
C'est-k-dire que Dieu n'a pas créé toutes les propriétés qui agissent dans la matière, mais les a simplement réglées, en les soumettant k l'ordre ; et l'auteur ajoute ensuite :
9. c( Dieu employa dans la formation du Monde ^ tout ce qui existait de matière.,, tout est en lui : c*est un enfant unique, parfait, sphérique; parce que la sphère est la plus parfaite de toutes les figures , animé et dotié de raison ; parce que ce qui estflnimé et doué de raison, vaut mieux que ce qvi ne ïest point. »
10. <K Dieu ayant donc voulu former un Être parfait, fU ce Dieu engendré (le Monde) , qui ne pourra jamais être détruit par une autre cause qu^par celui qui ta formé, si jamais il le voulait,.. »
1 1 ■ « Des Êtres produits , c'est celui qui a le plus de sta-
bilitc et de force ^ parce quil a élè fait par Vautour le plus puissant; non diaprés un modèle fragile ^ mais d'après Vidée et V essence intelligible ; . . . »
12. « Il est complet dans ce qui concerne les Êtres sensibles; parce que le modèle dont il est V expression^ compremit en lui les formes idéales de tous les animaux possibles ^ sans exception. Le modèle était V Univers intelligible; le Monde est V expression sensible du modèle, >
Ainsi, d'après Timaïos, le monde serait animé et doué de raison. S'il ne s'expliquait pas sur ces expressions , on pour* rait croire que par le mot animé ^ il veut simplement dire que la matière dont le monde est forme a été mise en activiié par le Créateur; activité qui consiste non-seulement dans le mouvement de totalité des astres , mais encore dans l'action qui anime la matière constituant chacun de ces corps célestes en particulier, et surtout dans celle qui existe dans les Êtres organisés; ce qui est en effet parfaiteitaent vrai. Mais en disant que le Monde était dov^de raison^ on voit qu'il en faisait iin Être intelligent; hypothèse absurde reproduite souvent depuis par des hommes qui ne craignaient pas de soutenir que le globe terrestre était un gros animal organisé comme les autres. De l'ensemble de ce que dit Timaïos, il ressort toutefois qu'il ne considérait le monde comme animé et doué de raison , que par simple hypothèse, disant que cela valait mieux que si cela n'était pas.
Dans l'article 10, il appelle cependant le monde un Dieu engendré , le considérant comme formé de la matière , pénétrée de la puissance divine, et de Ik, Dieu lui-même, comme Créateur de tous les Êtres de races inférieures qu'il renferme, tels que les animaux et les plantes. Quant au monde lui-même, il est formé, selon Timaïos, d'après Y Idée ci Vessence intellectuelle; ce qui sembla vouloir dire qu'il est fait h la ressemblance de Dieu !. Mais ici les mots Idée et Essence intelligible ne doivent sans doute pas être pris comme synonymes de Dieu , ainsi que Tiniaïos le fait dans
les deux premiers articles, mais comme signifiant simplement la toute-science et la sagesse du Créateur ; et ajoutant \k l'article 12 que le monde comprenait en lui les formes idéales de tous les animaux , on peut penser que Fauteur a voulu dire que le plan sur lequel tous les Êtres sont formés , ayant nécessairement existé avant qu'ils ne fussent créés, ces Etres existaient ainsi idéalement dans le modèle que Dieu s'est lui-même tracé.
Art. 13. Timaîos dit en parlant du monde : « Solide^ tacttUf visible , il tomprend comme tel la Terre , le Feu , et TAiR et TEad, qui sont entre deux. » Voici donc les quatre éléments des anciens, reconnus copume tels jusque dans le dernier siècle, où la nouvelle çbimie a fait voir que Teau , l'air et surtout la terre n'étaient pas des éléments ; c*est-kdire que ces corps sont composés dé véritables éléments , et surtout que la matière, que les anciens appelaient Terre, renfermait, sous une infinité de formes et de conditions, tous les vrais éléments reconnus aujourd'hui au npmbre de cinquante-quatre.
16. « (}uant à VAme duMofide , Dieu V ayant d'abord attachée au centre, ta portée /usqfw'au delà de la circonférence , de manière qu'elle enveloppe T Univers. H la composa en mêlant V essence indivisible avec la divisible^ de sorte que des deux il ne s' en fit qu'une, dans laquelle furent réunies le$ deus forces i principes des deux mouvements , Yun TOOJoyiis le MÊME , Vautre toujours pivers. »
Ainsi , suivant Timaîos , ce qu'il nomme Y Ame du Monde, et qui répond parfaitement k ce que j'ai appelé plus haut TArghée , c'est-k-dire l'Être qui Tanime directement en mettant toi)t en action, fut formé, suivant Timaioç, parle Créateur, en mettant une partie de lui-même (de l'Essence indivisible) avec la matière (Essence divisible) , et la fixa au centre du monde; c'est-a-dire du globe terrestre, occupant le centre de l'univers, suivant les anciens Philosophes , mais s'étendant toutefois jusqu'au delà de ce dernier; ce qui con-
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stitue , sans que l'auteur s'en soit aperçu , une véritable contradiction ; car si TAme du monde est en partie formée de matière, elle ne peut s'étendre au delà de 1 univers, que la matière constitue.
Au chapitre II, article 1, on trouve: < Le Dieu étemel^ le Dieu Père et Chef de tous les Êtres^ ne peut être connu que par Tesprit. Pour ce qui est du Dieu engendré, nous le voyons de nos yeux y c'est le monde et ses parties, »
Timaïos parle ici du Créateur tout à fait dans les termes qu'employait Moïses, et d'après lui tout le peuple juif et les chrétiens, disant formellement que ce n'est point un Ë^tre qui puisse se manifester à nous par les sens , mais uniquemeni par l'esprit; tandis que l'univers qu'il personnifie sous le nom de Dieu engendré est visible à tous les yeux; et il ajoute à l'article 2 : « Celles qu^on voit dans le ciel , c'est-à-dire^ dans Téther^ sont d^ deux sortes : les unes ont la nature de VÊtre toujours LE MÊMf: , et les autres celle de Vitre toujours ghan* GEANT. Les premières y placées à la circonférence ^ emportent toutes les parties qui sont en dedans , par un mouvement général ^ d'Orient en Occident. Les autres^ qui sont dans Vinté^ rieur ^ ont un mouvement (I'Orient en Occident, qui leur vient de VÊtre toujours changeant. Car celui de VÊtre toujours le même ne leur est qu accidentel ^ et ils ne s*y soumettent que parce qu'il est le plus fort. »
J'ai déjà dit plus haut que les anciens Astronomes , ne connaissant pas le véritable Système du monde; et le jugeant d'après les mouvements apparents des astres , ils crurent que la Terre, objet principal de l'univers , en occupait le centre; €t qu'en partant de la , se trouvaient successivement à des distances de plus en plus grandes la Lune, le Soleil , puis les planètes , Mercure , Vénus , Mars , Jupiter et Saturne ; enfin , après cette dernière , les Étoiles fixes , placées à la circonférence, dans VÊther^ substance divine qui enveloppe tout l'univers; et les Philosophes considéraient ces derniers astres comme autant de divinités subalternes ; tandis que les
planètes, parmi lesquelles on comptait le Soleil et la Lune, étaient, selon eux, des divinités plus matérielles encore. C'est ce que Timaïos dit, que les unes (Étoiles fixes) sont de la nature de Y Être toujours le même (Dieu), et que celles placées dans l'intérieur (les planètes) ont un mouvement qui leur vient de TËtre toujours changeant (la Matière).
Suivant Timaïos (chap. III, 1 et 2), la Terre ^ assise au centre , foyer des Dieux ^... est le plus ancien des corps renfermés dans V enceinte du ctel ,. .. servant d'appui à tout^ et se trouve affermie sur son propre équilibre. »
3. « Les principes de tout ce qui a été formé ^ sont donc la Matière^ comme sujet; Tidée^ comme raison de la forme. Les Êtres ou corps résultant de ces deux principes^ sont la Terre , VEau, VAir et le Feu^ dont je vais expliquer la génération. »
Ici l'auteur entre dans de longues démonstrations géométriques très-sophistiques , qu'il n'a sans doute pas comprises lui-même, pour déduire les caractères distinctifs des quatre éléments ; détails qui ne sont pas de nature k devoir être exposés et commentés ici.
On trouve au chap. IV, I : « Après avoir achevé la composidon du Monde ^ Dieu songea à former les animaux mortels... »
2. a Ayant composé VAme humaine des mêmes rapports et des mêmes qualités que TAme du monde ^ et T ayant divisée ^ il en rendit la distribution à la Nature altératrice. »
3. <k Celle-ci prenant la place de Dieu dans cette partie^ composa les animaux mortels et éphémères .^ et versa en eux comme par infusion les âmes^ extraites , les unes de la Lune^ les autres du Soleil , ou de quelque autre des autres errants^ dans la région de VÊtre changeant; excepté une partie de TÊire toujours le même . qui fut mêlée dans la partie raisonnable de l'âme ^ pour être un germe de sagesse dans les individus privilégiés. Car dans les âmes humaines^ il y a une partie quiaVifitelligence et la raison^ et une partie qui na ni l^une m ïautre. Or ce qu*il y a déplus exquis dans la partie
raisonnable^ tieifht de VÈire immuable , el ce quHl y a de vicieux vient de F Être changeant. »
Ainsi , suivant Timaïos , Y Ame humair^ serait de ia même natare que Y Ame du monde; mais il aurait dû dire pourquoi il le croit , car rien n'indique que cela soit, vu qu'il y a une énorme différence entre les facultés qui résident dans l'univers, considéré comme ensemble , et celles de l'homme; tandis que malgré la plus frappante analogie qui existe entre celui-ci et les animaux, Timajios pense que Tâme de ces derniers n'est qu'une partie de l'âme humaine , remaniée par ce qu'il appelle la Nature allèratrice. Ce Philosophe introduit ainsi un Être nouveau dans la science , sans dire ce qu'il entend par là. Ce n'est point Dieu , puisqu'il remplace la Divinité; ce n'est pas non plus la matière, ce ne peut être que ce qu'il appelle 1 Ame du monde. Celle-ci mettant , par son pouvoir, la matière terrestre en activité, suivant l'auteur, en forma les animaux , auxquels elle donna des âmes tirées des planètes ou astres errants, considérés, ainsi que je l'ai dit plus haut, par les anciens comme des divinités d'un troisième ordre. Quant â la distinction que Timaïos fait de l'âme de Thomme eu deux parties, dont Tune a, dit-il, l'intelligence et la raisQU en partage, tandis que l'autre en est privée , ce Philosophe parait par là avoir déjà reconnu que l'Être qui vivifie seulement, et existe, en conséquence , ainsi que je l'ai fait remarquer plus haut , dans les végétaux, n'est pas de même essence que celui qui donne l'intelligence et la raison ; Êtres qu'on a généralement confondus sous le même nom à' Ame, ainsi que je l'ai fait remarquer aussi, mais que j'ai cru devoir distinguer, en désignant exclusivement celui qui donne l'intelligence et la conscience du Moi y sous le nom ù'Esprk , le sjnonyme le plus élevé du mot Ame ; et ai proposé d'appliquer ce dernier nom à l'Être seulement vivifiant qui existe seul dans les |)Ianles; tandis que l'animal a à la fois une Amr; et un Esprit. Ainsi, suivant Timaïos, Dieu n'aurait pas créé directement les
Êtres organisés , rhomme excepté ; mais en aurait cpnfié le soin k l'Ame du monde, divinité secondaire elle-même créée.
On retrouve absolument les mêmes idées dans Platon, qui n*a fait que copier et commenter Timaios, danâ son ouvrage intitulé le Timœus de Platon.
Héràglitês , qui vécut également dans le v*" siècle avant Jésus-Christ, peu avant Timaîos , pensait qu'il n'existait, dans l'origine , que du Feu , jouissant du mouvement de translation , avec celui à* essence et i'altération , par lesquels il se transformait en Air , en Eau et en Feu ; c'est-k-dire qu'originellement Élément unique, il avait plus tard produit ces trois autres.
"En dehors de cet élément , il admit encore une cause Intelleetuelle , qu'il nommait le Destin ; c'est-à-dire un Être doué de connaissance , une Raison qui pénètre l'essence des Êtres ; ce qui revient encore , comme on voit , aux mêmes principes des anciens, c'est-h-dire aux deux causes primitives de tout: la Matière comme Être passif, et l'Intelligence ou Dieu, comme Être actif créateur.
Zenon et les stoïciens , dont il était le chef, admettaient également deux principes primordiaux, mais ce n'étaient point les mêmes que ceux de Timaîos et de la plupart des autres Philosophes : c'était le Plein ou le Monde , placé an centre, et le Vidé occupant la circonférence de Y Univers. Or celui-ci consistait, suivant eux, primitivement en une seule substance , à peu près de même nature , ne différant dans ses parties que par une plus ou moins grande subtilité de ses particules ; substance d'où est sorti ensuite, non-senlement le Monde matériel , mais aussi la Divinité elle-même, et voici comment : Ces particules s'étant séparées selon leur degré de finesse , les plus grossières se sont portées au centre , et les plus subtiles à la circonférence ; celles-là ont constitué le Mqndë proprement dit, ou Globe terrestre ^ et celles-ci ont formé I'âme, ou Dieu; c'est-à-dire qu'il s'est
formé ainsi deux principes , dont le dernier aurait seul eu , suivant les stoïciens , ^intelligence, le sentiment , la faculté de mouvoir, etc. , qu*il mêlerait in la matière grossière pour en faire les Êtres organisés et autres.
Ils croyaient que le Feu n'était que cette matière universelle h Tétat le plus volatilisé , qui par une plus grande condensation devient Air, Eau, et enfin corps solide ; et que c'est sous la forme lapins éthérée que cette matière unique devient la Divinité. Â cette idée que les stoïciens se faisaient de Dieu , ils ont cependant été obligés d'ajouter celle de lui reconnaître les facultés intellectuelles qui , n'étant pas inhérentes k la véritable matière , en faisaient nécessairement un Être k part , ou le véritable Dieu , de manière que leur système revient k celui d*IIéraclitès , et au fond k celui de tous les autres Philosophes, avec quelques non-sens de plus.
On voit que bien que Zenon ait vécu dans le m" siècle avant Jésus-Christ, 200 ans après Ânaxagoras, il était plus arriéré dans sa philosophie que ce dernier , étant revenu à la théogonie des temps fabuleux , nommant Dieu tin Feu artiste procédant avec méthode à la formation du monde ; c'est-k-dire un feu matériel remplissant l'espace; car c'était, comme il a été dit , la partie la plus subtile de la matière universelle primitive. Mais comme les stoïciens considéraient tout comme des corps, même les Vices et les Vertus, ne regardant comme incorporels que le Temps et le Ftdc, il n'est pas étonnant qu'ils aient supposé un corps même au Dieu créateur.
Aristotélès , rhomme le plus savant de l'antiquité, mais souvent aussi sophiste que beaucoup d*autres , et surtout obscur avec intention , disant lui-même que certains passa-^ ges de ses livres ne peuvent être compris sans en avoir la clef, nous a toutefois laissé un ouvrage intitulé : Lettre d'A- ^totélès à Alexandre sur le système du monde (1) , dans le-
(1) Traduit en français par Vabbé Battevi.
432 THROLOGIl DR LA NAtUtE.
quel il expose cependant fort clairement sou (opinion sur la cosmogonie ; disant, chapitre ll:i.(i Le monde (Univers) (i) est un composé du ciel et de la terre ^ et de tous les êtres qu'ils renferment. On le définit encore: Vordre et l'arrangement de toutes choses , maintenu par Vaction et par le moyen de la Divinité. »
2. nllya dans le Monde ( Univers ) un centre fixe et tm; mobile. C'est la Terre qui Voccupe ; mère féconde , foyer commun des animaux de toute espèce. Autour d'elle immédia" tement est TAir, qui Venvironne de toutes parts. Au-dessus d'elle , et dans la région la plus élevée , est la demeure des l)ieux^ qu'on nomme le Ciel. H est rempli des corps divins, que nous appelons Astres, et qui se meuvent avec lui, par la même révolution, sans interruption et sans fin. ^
3. <i Le Ciel et le Monde étant sphériques , et se mouvant sans fin , comme on vient de le dire. ...... »
4. « £a substance du Ciel et des Astres se nomme Ether ; non qu'elle soit de flamme^ comme Vont prétendu quelquesuns , faute d'avoir considéré sa nature , infiniment différente de celle du feu; mais parce qu'elle se meut sans cesse circulairement , étant un élément divin et incorruptible^ tout diffèrent des quatre autres (2). »
5- « Des astres qui sont contenus dans le ciel, les uns sont FIXES , tournant avec le ciel, et conservant toujours entre eux
les mêmes rapports les autres sont errants (3), elns
se meuvent ni aveo la même vitesse que les fixes , ni avec la même entre eux , mais tous dans différents cercles , 'et selon que ces cercles sont plus proches ou plus éloignés de la Terre. >
(1) L'abbé Batteux traduit le mot Kcktijloc {Kosmos) par Monde , dont il a en effet la signification ; tout en voulant dire aussi Univers.
(2) Toyez là note n" 15:
(3) Les Planètes , le Soleil et la Lnne.
CHAPITAE XIII. 433
8. « En deçà de celte Nature èthèrée(i) et divine ^ ordonnée par elle-même ^ comme nous lavons dit^ immuable, inaltéra^ ble, impassible y est placée la Nature muable et passible^ en un mot corruptible et mortelle. Elle a plusieurs espèces^ dont la première est le ¥e\s y essence subtile ^ in flammable, qui s'allume par la forte pression et le mouvement rapide de la sub^ stance éthérée >
9. €Aundessou8 du Feu est répandu TÂui, ténébreux et froid de sa naturej qui s'échauffe^ s'enflamme^ devient lumineux par le mouvement. Cest dans la région de tair^ passible et altérable de toutes manières^ que se condenser^t les nuages, t^
Chap. m. 1. a Xa Mer et la Terre sont placés au-dessous de Vair. La Terre est couverte d* animaux et de végétaux.^ »
3. « Les cinq éléments , compris en cinq sphères , dont les plus petites sont contenues dans les plus grandes , la Terre dans VEaUy VEau dans "V Air ^ l'Air dans le Feu^ le Feu dans VÊlher^ composent ce quon appelle V Univers. La ré-gion la plus élevée est le séjour des Dieux ; la plus basse est celui des animaux mortels. Celle-ci a deux parties : tune hu- ^ide , Vautre sèche »
On voit d'après ce qui vient d'être rapporté qu'Arislotélès admettait également les mêmes principes fondamentaux que les Philosophes plus anciens ; c'est-à-dire que l'Univers se composait de tout ce que l'espace enserre , que la Terre en occupait le centre, et se composait elle-même de deux éléments, la Terreti \Eau\ qu'elle est immédiatement entourée de XAir, troisième élément, et celui-ci entouré à son tour par le quatrième, ou le Feu ; enfin que YÉther^ cinquième éléiitent, enveloppait le tout, et que c'est dans cett;e région la plus élevée, nommée le Ciel, que résidaient les Dieux. Il emploie daps ce passage le mot Dieux au pluriel ^ non qu'il admettait le véritable polythéisme, mais parce qu'il considérait, à
(1) La région Sablunaire.