‹ Theologie de la nature (volume 5)Chapitre 34 sur 58 · II · texte numérisé non relu

II

Texemple de plusieurs anciens , les Astres comme des Divinités subalternes , comme des génies protecteurs , mais non comme des Dieux créateurs. Or , quand il parle de création, il emploie toujours le nom de Dieu au singulier, et dit, d'ailleurs y formellement qu'il n'en existe qu'un.

L'Éther , cinquième élément , cinquième essence ou quintessence^ est, suivant lui, la substance du Ciel et des Astres; or , comme il considère ces derniers comme des corps divins, il s'ensuit naturellement que ces divinités subalternes doivent , suivant lui , avoir un corps matériel ; mais il ne le dit pas du Dieu créateur ; et ajoute que cet Étber n'est pas du feu , ainsi que plusieurs l'ont prétendu , différant notablement de ce dernier , mais constitue un élément divin , incorruptible.

Au Chapitre YI. S, Aristotélès dit: « Cest une tradition ancienne , transmise par tous les pères aux enfants , que e*est Dieu qui a tout fait^ et que c'est lui qui conserve tout.^»

« Il n*est point d'Être dans le Uond^ qui puisse se suffire

à lui-même j et qui ne périsse ^ sHl est abandonné de Dieu

Oui , Dieu est véritablem>ent le générateur et le conservateur de tous les 4treSy quels qu'ils soient , dans tous les lieux du Monde. Mais il ne Vest pas à la manière du faible artisan, dont Teffort est pénible et douloureux; il Test par sa puissance infinie, qui atteint ^ sans aucune peine, les objets les plus éloignés de lui. »

3. (( Assis dans la première et la plus haute région de TVnivers , au Sommet du Monde , comme t'a dit le Poète ^ il se nomme le Très-Haut. Il agit sur le corps te plus voisin de lut, et ensuite sur les autres corps, à proportion de leur proximité , descendant par degrés jusqu^aux lieux que nous habitons. C'est pour cela que la Terre et toutes les choses terrestres sont si faibles et si inconstantes , si remplies de troubles et de désordres; parce qu'elles sont à une distance qui leur donne la plus petite paH possible tx Vinfluence de la Divinité. Toutefois cette influence pénétrant tout f Univers, la

CBAflTHB IMII. 435

région que nom habitom participe à $e$ bi&nfaiu , aussi bien que les régions supérieures »

4. < Jl est donc plus sensé , plus déeent , plus convenable pour la Divinité^ de penser que cette puissance suprême ^ Oësiso-dans le Cieh a simplement une influence de oonserfMtUm sur les Êtres , quelque éloignés qu'ils soient , que de la faire aller et tenir sans cesse dans des lieux indignes de sa gloire , et de Vabaiseer jusqu'aux détails du gM^ terrestre : détails qui sont au-dessous mime d'un homme un peu élevé^ d'un général d'armée^ d'un magistrat , d'un chef de famille* QuHl s'agisse i$ lier des hardes » ou de quelque atUre fonction pareille ^ il est tel esclave de grand roi , qui ne voudrait pair descendre jusque-là* »

Aristotélès admettait» eomme on voit, purement etsim*plement l'exiatence du Créateur, comme un fait traditionnel déjk enseigné anciennement par tous les pères k leurs enfanta; sans chercher à connaître sa nature et savoir d*où il a pu prendra son origine; il se contentait de le nommer une Divinité assise au Sommet du Monde, gouvernant dans sa toutepuissance rUnivers entier , jusque dans ses régions les plus éloignés; et cependant ce Philosophe pensait, que ce Dieu Suprême n'avait qu'une simple influence de eonservûtion sur les Êtres; trouvant que c'est le rabaisser inidignement que de supposer qu'il régit du haut de son trône glorieux les moindres détails de la vie domestique des hommes. Mais quoiqu'il soit vrai que l'opinion généralement admise, que tout ce qui a lieu se fait par la volooté e:spre8se du Très- Haut, ne puisse être exprimée sans blasphème , ce n'est pas toutefois comme le pensait Aristotélès , parce que ces détails sont indignes de la grandeur et de la majesté de TÊtre Suprême ; car pour lui rien n'est grand , rien n'est pelit ; sa bonté infinie et son ineffable sagesse se révélant avec autant d'éclat à nos yeux dans la création de l'admirable structure de l'animalcule qui échappe a notre vue par son infinie petitesse , que dans celle des Êtres qui nous étonnent par leurs

436 TidOLOGIl DB LA NATURE.

iiinnenses proportions , tous égaux à ses yeux. Le grand et le petit n'existent que pour nous, pour qui tout est relatif ; mais il 7 a blasphème dans ce sens , qu'en attribuant tous les actes de layie privée des hommes i la volonté expresse du Tout*Puissant , tout , jusqu'aux crimes les plus odieux , est mis à sa charge. Or Aristotélès , tout en s'élevant avec énergie contre une semblable croyance , rabaissa lui-même la Divinité en pensant qu'elle n'avait qu'une simple influence de conservation sur les Êtres, ce qui limite singulièrement sa puissance , regardée avec raison comme infinie ; lui enlevant le pouvoir de la création , que cet illustre Philosophe admit cependant lui-même ^ et il compara ainsi , comme d'autres , TEtre Suprême à un simple homme qui , ponr de semblables oiBces , serait obligé d'aller et de venir sans cesse dans tous les lieux. Ce Philosophe semble avoir oublié que rÉternel peut tout par sa simple volonté.

Plus loin, Aristotélès, comparant l'autorité et l'action de l'Être Suprême aux différents chefs qui dirigent des États ou des masses d'hommes , ajoute : Article 9. « Cette image est ï emblème de V Univers. Par T impulsion unique d^ un Être quif pour être invisible et caché, n'en est ni moins actif, ni moins démontré à notre raison; tout se fait selon les lois de sa propre nature »

< Dieu , dont la puissance est supérieure à toute autre puissance, la beauté à toute autre beauté : dont la vie est immertslle , la vertu infinie. Sa nature , incompréhensible à toute nature mortelle , ne peut se montrer à nous que par ses cmvres. »

Chap. VII. 1. c Dieu, qui est un, a plusieurs noms , par rapport aux différents effets qu'il produit. On l'appelle Z£us et Dios (i) , deux mots qui , réunis , semblent signifier, par qui nous vivons. On V appelle Chronus (2) ou Cronus , parce

(1) Noms grecs de iupiter.

(2) Temps, nom deSatonie.

qœ $a durée remplit Vinfinité passée et à venir (1) »

2. «Je pense que ce qu'on appelle Nécessité , n'est autre chose que Dieu , parée que sa nature est immuable; que c'est lui qu'on appelle Fatalité , parce que son action a toujours son cours ; Destin , parce qu'il conduit chaque chose à sa destination , et qu'il n'y a point d'être qui n'aille à une fin ; Méra , parce quHl distribue ses dons à chacun des Êtres ; Néhésis, parce qu'il fait cette distribution avec connaissance; Adrastée (2) , ou Toute-Puissance , à cause de son pouvoir irrésistible sur toute la nature; âisa, parce qu'il est toujours le même. L'allégorie des Parques et de leur fuseau a encore

le même sens Cette image ingénieuse n'est autre chose que

la Divinité »

Aristotélès prend ici le mot de Nécessité dans un sens diamétralement opposé à celui que lui, a donné Timaïos de Locres, qui lui donna au contraire la signification de Matière (^oyez plus haut, page 422). Nous trouvons aussi ici les mots de Fatalité et de Destin , que d'autres ont déjà employés dans leurs théogonies et leurs cosmogonies , comme des agents soit matériels, soit spirituels, mais qui, au fond, n'expriment que des abstractions.

Dans cet exposé du système du Monde , Aristotélès en dé« crit la disposition et les mouvements , sans dire d'oà sont venues , soit la forme , soit l'action , qui anime le tout ; se contentant de dire plus loin que. Dieu régit tout ; ce qui laisse penser que, suivant ce Philosophe, le monde matériel, tel qu'il est, est coéternel avec Dieu même; opinion qu'il a plus formellement exprimée dans son Livre de la Physique ; admettant que les cinq essences dont se compose TUnivers jouissent par elles-mêmes , indépendamment de la Divinité , de la faculté de se mouvoir ; d'où résultait pour lui cette vé-

(1) C'est ainsi qu'on adorait Dieu sous tous les noms des divinités du paganisme.

(2) Adrastée est la même que Némésis.

438 THlbLOCUS DK LA VATUIUI.

rite, que, de toute éternité, ces cinq essences ont dà occa« per , par l*effet de leurs pesanteurs relatives , les régions où elles sont placées; en d'autres termes, que le Monde, td qu'il s'offre aujourd'hui , eM aussi éternel que la Divinité , et que celle^i ne fait que le modifier dans ses détails. C'est, comme on voit, une espèce de matérialisme dont les pria* cipes sont fort peu solides.

En efibt, il ne suffit pas pour que l'Univers soit ce qu'il est et ce qu'il a été , que les cinq essences se meuvent aveu^ glément de la circonférence au centre ou du centre à la circonférence , suivant leur pesanteur spécifique ; ce qui sup** pose déjk une propriété aniérieun au mouvement qu'elle détermine; mouvement qui n'est qu'un effet. Mais que dis-jeîcela ne sufllt pas. Car d'où est venu le mouvement propre de chaque astre? d'où vient' celui des Êtres orga*< nisés qtii n'agissent pas exclusivement suivant leur pesanteur spécifique, et d'où viennent en outre une fouie d'autres actions fort différentes de celles-lk?

Arisiotélès a compris cette difficulté , et pour parer à cet inconvénient, il a imaginé ce qu'il appelait les Ent^léo CHIES , espèces d'âmes créatrices pour chaque espèce d'Ê« très, qui président à leur destinée; Ëntéléchies qui,' d'après le système du Philosophe , ne sauraient être dirigés par la Divinité, qui n'agit pas. Or, ces génies n'étant ni la matière inintelligente , ni la Divinité, sont nécessairement créés par celle-ci, qui, suivant Aristotélès, ne crée cependant pas. Mais ne poursuivons pas plus loin les objections; iï suffit que nous ayons constaté que ce Philosophe , qui a porté la science aussi haut que possible pour son temps , ait au fond reconnu Teiistence d'un Être Suprême, puissance créatrice.

Si Aristotélès s'est montré un peu Matérialiste , d'autres Philosophes grecs sont allés encore plus loin dans ce système. Stràton , qui vécut peu après lui , pensa pouvoir expliquer tous les phénomènes de la Nature , «n faisant abstraction

CBAPITIUt XIII, 439

de toute intervention d'iine infeHigence créatrice qui aurait mis la matière en action , et chercha à faire voir qu'on pouvait arriver aux mêmes résultats en admettant daus chaque Atome de la matière , un principe qui lui est inhérent , d'après lequel ces atomes agissent les uns sur les autres et donnent ainsi naissance k tout ce qui existe; principe qu'il désigna sous le nom de Nature. C'est-ii-dire qu'il admet ainsi un priscipe , cause de la pesanteur et du mouvement ^ secondé par le hasard. S'il ne s'agissait dans ce système , qui rentre dans ceux des matérialistes plus anciens, que de former une agglomération de matière qui prendrait même la forme sphérique , tels que sont les corps célestes, il est vrai qu'il ne serait nullement nécessaire d'y faire intervenir une puissance intellectuelle; et c*est pour cette raison , ainsi que je Tai fait remarquer plus haut , que certains astronomes, des physiciens et des mathématiciens peuvent être athées : mais déjà le mouvement rotatoire des astres , ainsi que leur mouvement orbitaire , ne peuvent plus être expliqués par Ik; et l'oa expliquerait bien moins encore l'existence des Êtres organisés , auxquels Straton et les autres Matérialistes n'ont sans doute pas pensé. Ce Philosophe chercha à se tirer de cette difficulté en disant déjà que , dans l'origine , il s'était formé ainsi , au hasard , uni$ foule d'Êtres divers plus ou moins compliqués dans leurs parties ; que ceux dont la composition "était telle qu'ils ne purent pas subsister, périrent de suite , et qu'il ne resta que les espèces que le hasard avait favorisées; espèces qui se sont ensuite perpétuées en se reproduisant par la génération. Ce système fut reproduit plus tard par tous les Matérialistes, et même encore de nos jours par les Spontanéistes , que j'ai réfutés plus haut.

Quant aux Philosophes modernes qui ont paru depuis la renaissance des lettres, ils ont, comme les anciens, tourné dans le même cercle vicieux , revenant au fond toujours au même principe , admettant que , dans l'origine il a

AM TRÉ0I.061B DI LA IfATURB.

existe deux causes déterminantes de toute chose, une passive , ou la Matière , et une active , ou la Divinité ; opinions seulement un peu mieux fondées , soit sur des découvertes scientifiques récentes , telles que les lois de la gravitation universelle , les lois astronomiques de Kepler , le système du monde imaginé par Copernic et démontré aux sens par Galilée; soit sur les découvertes chimiques qui firent mieux connaître la composition des substances , la théorie des affinités , et qui filèrent définitivement Tidée qu'on doit avoir des matières élémentaires, dont le nombre est bien supérieur h quatre, comme on le pensait autrefois. Mais en principe, tous les hommes les plus illustres par leur haute intelligence et leur profond savoir, tels que Descartes, Leibnitz, Newton, Spinoza, Kant, etc., ont tous cru à l'existence de Dieu , Être Suprême , Tout-Puissant , Créateur DE l'Univers.

On voit, d'après ce qui vient d'être dit, que, dès l'antiquité la plus reculée, la croyance en un seul Dieu , Éternel, Créateur, a existé chez toutes les nations connues , mais toutefois sous des images difierentes; que le culte qu'on rendait à ce vrai Dieu fut, dès l'origine des temps, célébré au moins dans des temples, sous le nom de Mystères; cuite auquel on admettait d'ordinaire les personnes distinguées par leur éducation : mais ce ne furent que les Hébreux qui lui rendirent un Jiommage public, sous le nom de Iéhoya ou Éternel ; tandis que chez les autres peuples , dits Idolâtres^ l'invocation de la Divinité n'eut publiquement lieu qu'en là représentant sous diverses formes , et en la désignant en conséquence aussi par des noms différents ; d'où est né le culte des idoles et de la pluralité des Dieux.

CHAPimi xiY. 441

RIMARQUJ5S SUR LA BOCTRUTE MOSAÏQUE OU A5GIER TESTâlIENT.

Quant aux Juifs ou Israélites, dont Thistoire écrite remonte k ]a plus haute antiquité, tout le monde sait d'après Moïses, leur premier législateur et leur historien , qui vécut environ i ,700 avant Jésus-Ghrist, que les dogmes religieux de cette nation ne permettent de rendre de culte qu'au vrai Dieu , immatériel , seul éternel et créateur de l'Univers , Être suprême que les Israélites nomment en hébreu Élôah , ScHADAÏ , lÉHOVA (1). Ou Sait aussi que c'est de cette doctrine qu'est sorti, plus tard, le Christianisme, dont la religion mosaïque n'a été que le prélude.

En lisant Y Ancien Testament , qui comprend à la fois l'Histoire profane, les Livres canoniques et les Lois civiles de ce peuple , on y trouve de remarquables renseignements sur l'origine de la croyance religieuse de cette antique nation, ainsi que sur les modifications qu'elle a subies à diverses époques en se mêlant de paganisme , et cela au point que fort souvent les Israélites abandonnèrent presque complètement le culte de l'Éternel pour adopter celui des Idoles.

Quoique Moïses. affirme que ce peuple, qu'il présente comme issu d'une seule famille dont Abraham fut le Père, ait en tous temps adoré le vrai Dieu , et cela même depuis Torigine du monde, où les ancêtres de ce premier Patriarche auraient déjà rendu un culte au Créateur de l'univers, il ressort cependant de plusieurs passages de la Genèse même, le Livre de Moïses qui comprend l'histoire du peuple hébreu depuis la création jusqu'à la sortie d'Egypte , que cette

(1) Voyez la note n* 22.

44A TirfOLOOIl Di U IIATU11S«

assertion n*est point fondée , vu qu'il y est dit que Raghel , la femme de Iagob , le petit-flls d' Abraham , et elle-même petite-nièce de ce dernier, emporta les Idoles de la maison de son père, quand elle suivit son mari en Chanaan (Genèse, XXXI, 1); et que plus tard lacob ordonna k ses fils d'ôter lea Idoles de leurs maisons (XXXV, â) ; ce qui prouve qu'ils les avaient adorées avant. Enfin Iéoschoa (Josué) le général commandant l'armée de Moïses , dit formellement dans son Livre (XXIV, 2) , que le Père et le Frère d'Abraham ont servi d'autres Dieux que rÉternel. Il n'est en con-* séquence pas probable que plus tard , pendant les quatre cents ans que lacob et ses descendants ont demeuré en Egypte, au milieu d'un peuple païen, ils aient suivi qn culte différent de celui en usage dans le pays. Cela est d'autant moins croyable que, même du vivant de Moïses, et surtout immédiatement après lui, les Israélites sont k tout instant retombés dans l'idolâtrie, malgré tojus les efforts que ce grand homme , et ceux qui ont continué son oeuvre après lui, on^ faits pour les maintenir dans la croyance du Dieu Éternel ; les menaçant constamment de la vengeance divine s'ils ne renonçaient pas au culte des faux Dieux; leur présentant, d'une part, tous les malheurs qui leur s^rriveraient comme châtiments du Dieu de leurs pères, auquel ils seraient devenus infidèles, et leur faisant connaître, d'autre part, les sévères prescriptions de TËternel, au nom de qui Moïses et les prêtres prétendaient parler ; prescriptions qui leur ont en vain défendu de suivre le cuïte des Divinités des Nations au milieu desquelles ils vivaient. Il n'est de là nullement probable qu'avant Moïses, la peuple hébreu ait pu conserver une croyance religieuse particulière, si réellement Abraham et ses ancêtres en avaient une ; et cela est d'autant moins admissible que ce peuple sensuel et très-porté à l'ido* l^tpie , devait être naturellement disposé k suivre le culte des faux Dieux , quand vivant au milieu des Egyptiens adorateurs d'Osiris et d'une foule d'autres divinités de second

CBAPiTiii xnr. 443

ordre, ils leur virent rendre nn culte célébré avec pompe dans de brillantes cérémonies; pompe qui devait produire par les sens , le plus grand effet sur leur moral ; tandis que le culte de Iéhova , du Dieu invisible , ne consistait qu'en sa-< crifices offerts sur des autels sans ornements , qui ne purent produire aucun effet sur leur imagination ; les gens préposés aa culte pouvant seuls pénétrer dans le sanctuaire où étaient le tabernacle et Tautel des parfums.

On trouve d'ailleurs la preuve de ce que j'avance ici dans Y Exode même, Chap. YIII, 26, où Moïses dit au Roi d'É* gypte quHl ne pourrait peu sacrifier à son Dieu en Egypte sans être en abominaiiùn aux autres habitants ; et d'ailleurs tous les dogmes de la religion hébraïque , même les plus élémentaires, ne furent enseignés au peuple par Moïses qu'après la sortie d -Egypte ; et jusqu'au nom de Iéqova, du Dieu Éternel y leur était inconnu avant {Exode ^^l^ 3)^ ainsi qu'on le verra plus tard ; les Hébreux donnant avant à Dieu le nom d'EtÔAu , ou de Sghadaï , ce dernier mot signiiian Y Uniisersel , ou plutôt le Tout-puissant,

Nous avons vu d'ailleurs que le culte du vrai Dieu créateur a en tous temps été suivi dans l'intérieur des temples en Egypte, quoique sous un autre nom que celui que luj don* naieut les Hébreux , et que ce ne fut réellement que le vulgaire qui s'adonnait à l'idolâtrie. Il n'est de Ik pas étonnant que Moïses , qui avait été élevé parmi les Prêtres , et Prêtre lui-même, ait eu l'idée d'introduire le Monothéisme dans le culte public de sa nation.

J*ai cru devoir entrer déjà ici dans ces détails , pour faire mieux saisir le sens qu'on doit attacher à plusieurs passages de TAncien Testament dont j'ai k parler ici ; mais avant d'indiquer les principes religieux des Israélites , je dois faire connaître en peu de mots l'histoire particulière de Moïses, fondateur de leur religion et le plus ancien historien connu ; k qui l'on attribue les cinq Livres du Pentateuque : la Genèse^ Y Exode , le Lémtique , le Livre des Nombres et le Deutéro-

444 TrioUMn Dl là NATUliB.

nome; le premier traitant de l'histoire du monde depuis la création jusqu'à la sortie d'Egypte du peuple d'Israël , sous la conduite de cet illustre réformateur, et les quatre autres, de l'histoire de cette même nation jusqu'à la mort de ce grand homme.

Abraham , originaire de la Chaldée , étant venu s'établir dans le pays de Chanaan , y fut désigné , avec tous ceux qui l'accompagnèrent sous le nom à! Hébreux, comme venus d'au delà de rEuphrate(l), et ce nom resta jusqu'à nos jours à cette nation.

Iacob, le petit -fils d'Abraham, et père des Patriarches chef des douze tribus de ces mêmes Hébreux , ayant eu son nom changé , comme on le verra plus tard , par Dieu même, en celui d'IsRAEL , les descendants de ce second chef de la même famille furent aussi nommés Israélites, et sont encore aujourd'hui plus particulièrement connus sous cette dénomination.

Quant au nom de Juifs qu'on donne également aux Hébreux, il ne fut que longtemps après appliqué d'abord exclusivement à une faible partie de cette nation formée des tribus de luda et de Beniamin^ qui constituèrent le royaume de Juda, dont Jérusalem fut la capitale, et qui plus tard réunit de nouveau toute la nation sous le sceptre de David, d'où le nom de Juif fut donné , par extension , à tons les Israélites.

kcob s'étant établi plus tard avec toute sa famille en Egypte , où il fut attiré par Ioseph , l'un de ses fils , ses descendants s'y multiplièrent à tel point, que pendant les quatre cents ans {Exode, XII , 40) (215 ans suivant Flavius Ioseph , Liv: II , chap. YI) que cette famille y demeura, elle devint un peuple immense. Comme elle était étrangère dans ce pays, elle ne put y exercer aucune profession spéciale, dont chacune formait le monopole propre à certaines castes,

(1) Voyez la note n* 21.

à rexclusion de toute autre; de manière que les Israélites furent obligés de se livrer aux travaux les moins honorables, et plus spécialement k la vie pastorale, qui était d'ailleurs leur véritable état avant leur arrivée en Egypte ; condition méprisée dans ce pays , ainsi que cela est formellement dit dans la Genèse (XLYI , 34). On les employait en outre aux ouvrages les plus pénibles , tels que les travaux de terrassement et rédiûcation des grands monuments ; ou bien à la fabrication des briques, métier également considéré comme peu honorable, ainsi que le dit Fl. Ioseph, historien profane et Juif lui-même , qui écrivit peu après Jésus-Christ. Cet état d'avilissement alla même jusqu'au point qu'on se permit impunément envers les Israélites toute espèce de mauvais traitements ; et enfin le Roi , k qui l'on rapporta la prédiction d'un scribe ou docteur de la loi des Égyptiens , quHl naîtrait sous peu parmi les Hébreux un enfant qui relèvera sa nation et humiliera l'Egypte (1), ordonna qu'on fit périr tous les enfants juifs du sexe masculin qui viendraient au monde (2), afin de prévenir ce malheur; mais cet enfant, qui naquit en effet alors, fut non-seulement sauvé, mais encore protégé par la fille ipéme du Pharaon , qui lui assigna le nom de Moïses comme l'ayant sauvé des eaux ; nom dont Fl. Ioseph donne l'étymologie en disant que Mo signifie, en langue égyptienne , £au, et yses , préservé; ce qui s'accorde pour le sens avec le texte de la Bible, par lequel on sait que la mère de l'enfant déposa celui-ci sur le Mil, dans un cofiret , au lieu où la fille du Roi venait souvent se baigner, et que cette Princesse ayant aperçu cet objet , le fit prendre , et y trouvant cet enfant , elle le prit par pitié en affection , bien qu'elle sût qu'il était Israélite , et l'adopta même pour son fils.

Quoique cette étymologie du aom de Moïses ne se trouve

(1) Fl. Ioseph. Lin, II, y.

(2) £so<ie, 1,16, 22.

446 THÉOLCM)» DX LÀ KAZURE.

pas dans la Bible , mais dans Fl. Iosbpb ^ cet historien ayant été lui-même Juif et de la tribu savante des Lévites , il a dà connaître mieux que les modernes la valeur, des mots hébreux , et leur véritable prononciation qu'il indique parfaitement en grec , langue dans laquelle il a écrit.

Suivant Strabon (1) , Moïses fut Prêtre égyptien , et comme tel , initié dans les mystères des temples , dont il connut en conséquence les dogmes et les cérémonies ; et il est de là très-probable que c'est par l'effet de la parfaite connaissance qu'il avait des principes enseignés dans les temples, qu*il eut ridée, mise phis tard k exécution, d'introduire chez les Israélites le dogme de la croyance en on seul Dieu créateur.

Moïses ayant été de la tribu de Lévi , et voulant conserver dans sa famille le pouvoir attaché k la qualité de Prêtre , il chargea plus tard , comme on le verra, exclusivement, cette tribu du service de l'intérieur des temples ) en lui accordant do très-^grands privilèges.

Enfin la haute capacité de cet homme illustre, son instmc* tion et la grande énergie de son caractère ne laissent aucun doute qu'il n'ait reçu l'éducation la plus distinguée qoe ne pouvaient donner que les prêtres , les seuls hommes en possession des connaissances littéraires et scientiâqoes.

M. Lagour qui a interprété le premier chapitre delà Genèse dans un ouvrage intitulé, Aléim au Uê Dieux de Mo'ise, insiste surtout sur ce fait que Moïses a été instruit par les prêtres égyptiens pour y trouver la preuve que la Genèse est non, comme on le dit, la véritable histoire du monde depuis la création jusqu'à la sortie des Israélites d'Egypte, mais bien un simple drame àUégorique égyptien joué danê le$ temples devant les initiés lors de leur téc^tion (2).

Quoique cette opinion soit très*-ingénieuse, elle ne saurait

(1) liv, 16.

(2) Àlloim, t. Il, p. 163.

CBAfITRI XIV. 441

toutefois être acéeptëe qu'uniquement comme nne hypothèse. En effet, la grande objection qu'on peut lui opposer est que Moïses n'a pas pu ayoir l'intention de publier un tel ouvrage , qui eût été sans aucun but pour lui ; vu qu'il n'aurait eu auenne influence sur les Israélites, habitants futurs de la terre de Chanaan ; et cela d'autant moins que le peuple, non initié dans les mystères des temples, et par conséquent l'immense majorité des Israélites, n'aurait pas pu le comprendre ; d*où la Genèse eût été un ouvrage complètement inutile k cette nation , pour laquelle il fut composé*. Il est , du contraire , bien plus naturel de croire que ce Livre a été écrit pour être réellement considéré par les Israélites comme l'histoire de la création et des premiers temps du monde, ainsi qu'il a en effet été reçu non-seulement par les sectateurs de la religion mosaïque , mais aussi par les chrétiens ; et c'est comme tel que nous aiurons k le considérer ici ; car ce n'est de toute manière plus dans sa véritable signification que nous avons k l'examiner, mais bien sous le rapport de la croyance que d'après les divers cultes chrétiens on doit y attacher ; c'est-k-dire commjB un Livre révélé , et par conséquent sacré. Gomme il m'est impossible d'entrer ici dans des détails sur Topinion émise par M. Lagour, je renvoie ceux qui désirent la connaître k l'ouvrage même de ce savant hébraisant, que j'aurai d'ailleurs encore plusieurs fois ^ citer. Il me suffira dé dire que, d'après l'opinion des hér braisants les plus savants , la Genèse ne serait, vu la difféîence du style dans les divers chapitres et les faits rapportés dans ce Livre , qu'un recueil de traditions qui existaient chez les Hébreux déjk avant Moïses ; et que cet illustre réformateur aurait simplement réunies en y ajoutant, sans aucun doQte, divers passages pour donner a l'ensemble la forme d'un Livre historique.

La religion extérieure des temples étant devenue en ^S?pte, comme on sait, un polythéisme tellement compliqué ®t absurde qu'on y adorait jusqu'k une foule d'animailx et

448 THÉbLOGlB BB LA NATURV.

même de plantes, le haut clergé aurait résolu, suivant Topinion de M. Lagour, de faire disparaître cette anomalie en introduisant le culte du vrai. Dieu dans la religion suivie par tout le peuple, et cela au moyen d*une réforme générale exécutée d*un commun accord entre tous les docteurs de la loi , et que Moïses aurait été choisi pour commencer cette grande œuvre, comme étant l'homme qui convenait le mieax pour cela; d'une part, par Tinfluence que lui donnait sa haute position sociale, et de l'autre^ comme appartenant à la nation Israélite suî laquelle il pouvait agir avec d'autant plus de probabilité de succès, qu'étrangère et opprimée dans le pays, où elle ne tenait par aucun lien aux autres Égyptiens, elle devait se prêter par Ik aisément k l'exécution de ce grand projet de réforme, et se trouver très<-disposée à se réunir sous ce prétexte autour d'un chef aussi distingué, qui pouvait lui offrir l'occasion de s'affranchir de l'oppressian dans laquelle elle vivait; mais cette opinion est, ainsi que je l'ai déjà dit, formellement contredite par Moïses lui-même dans les premiers chapitres de l'Exode, où il dit que seul il a couça ce projet, qui lui fut inspiré par l'Esprit du vrai Dieu, et qail Ta entièrement mis k exécution avec le concours de son frère Aaron.

En effet , les diverses raisons qm je viens d'indiquer, jointes à cet autre fait que les Israélites étaient veuus du l^ays voisin de Chanaan que leurs pères avaient habité avant, et qu'ils considéraient en conséquence comme leur psUrie; ce voisinage rendait plus facile eqcore l'exécution du vaste projet conçu par Moïses , qui put facilement persuader k son peuple qu'il serait convenable d!y retourner momentanément en pèlerinage pour y sacrifier au Dieu de ses ancêtres ; et c'est sous ce prétexte qu'il fit sortir les Hébreux d Egypte; loi) avec l'intention bien arrêtée de ne plus y revenir, malgré la promesse qu'il fit au roi de ne s'absenter que pour trois jours, le temps nécessaire pour se rendre sur le territoire de l'ancienne patrie des Israélites. Cette intention de s'éloigner

CBAPITRB XIV. 449

pour toujours est prouvée par la recommandation .expresse qu'il fit aux Israélites de tâcher d'emprunter à leurs voi^ns le plus possible d'objets de prix,*aiin d'y trouver dans l'exil. un dédommagement de ce qu'ils étaient obligés d'abandonner à jamais (Exode , III, 21 , 22) .

L'explication de la longue hésitation du Pharaon et s^ nombreuses alternatives de permission et de défense de sortir du pays, rapportée dans l'Exode, peut être vraie dan3 Fnoe et dans l'autre supposition, soit que l'émigration des enfants d'Israël ait d'abord été concertée entre le Roii les Prêtres égyptiens et Moïses, soit qu'elle n'ait été conçue que par ce dernier, dans l'intention d'affranchir 4a nation Israélite , et que le monarque qui avait d'abord permis 1^ départ l'ait plus tard refusé, sur les observations de quelques hommes qui lui firent comprendre que Moïses et le pei^)!^ immense qu'il emmènerait pourraient bien ne plus revenir, et priver par Ik l'Egypte non-seulement d'une grande partie de sa population et des richesses qu'ils emporteraient, mais encore de nombreux ouvriers employés à la construction des grands monuments exécutas dans ces temps., tels que les Pyramides, les digues du Nil, les canaux, etc. ; en méoie temps que le pays se trouverait privé de bras nomibreux employés k la fabrication des briques dont on avait besoin {Exode ^y. 5). Toutes ces considérations d'une si haute importance étaient bien faites pour ébranler la bonne volonté du souverain, soit qu'il ait consenti à la réforme religieuse, soit qu'on ne lui ait présenté cette émigration en masse que simplement comme un pèlerinage; toutefois est* il que le Roi , après avoir finalement permis la sortie d'É-* gypte aux Israélites, les fit poursuivre par son armée afin de les ramener de force.

D'après ce qui vient d'être dit , il est beaucoup plus probable que Moïses, instruit dans les temples, y ayant appris k connaître le vrai Dieu éternel, cause première de tout ce qui est, le seul auquel on doit rendre un culte, ait conçu seul, u. 29

4tiO TUlÉOLOftlB DU Lk HATURK.

sftDS l'appui de pisrdoniié, le vaste projet, non-seuletnent d'introduiï^e cette doctrine chez la nation israêlite à laquelle il ap*partenait , mais encore d^affranchiir ce peuple du joug des Égyptiens sous lequel II vivait opprimé. L'exécution die cette grande entreprise dut mênlê Idi pafaitlre facili^^ vu (}Ue l(eft Mà^il^) orij^inairés d'un pays tirès-VoiSin -, devaient sàtsir fttfec joie le» moyen» t|U'il leurioffirâil de rétOttk*tlér dutii) léWt (latrie, ^ù ils Vivraient ibdépetottattts ; et cela nvec d'aélam j^lus «Jt eonfiam» ^ i|n'il leuir enséigtiait qltllis é«iltot lé fmA ][^ettple de plrédilècHon du iMeu tdui-^puisàanti 4«i avait àéjfk ftit Mliaticé avé6 l«dlrs aUéftttiM, et tqtl'Hfc settà^hi, par «ohtippui, sArb dl^ fsurmottteir tottS Ites obstacles qiii )^\irraiéllt ft'bpposer à leur tmit dans le pays de héurs pèraix fitifin r^iéctttion de te prt)Jet devait lui paMtre d'antabt ^Ms aii»ée(}n'ayâllt tttte fy>is Isôlè cttte nAlion^ il lai serait feéflè de lui foire aficepteir, d'uhe part^ la Hoïivelle «MHtte kièlig{<âttl»ë quil VoùtAil lui enèefgHél^^ët d'abtire pàft; Hi ^^érililittS» ebtreprisé èd tMtoquërii^ le phy& où ils ùif- Tà«6ht miréttvtèr llMépendatiéé ^ te bôtkkéUlr : de'ui pzrOA Mtik qtii M ^ifSfWtàénl récibi^oqnem^nt de moij^tèn p'onr a^ A^tii te d^taMé Msiiltat : le peuple «6 v^yattt foifté de ^ rallia antotir dte Ittî, teommé fe chef tout-p«iissant par TdB^ sistànjte dé té liVMilê Dieti éVé^ûel, att nom da^el il l\ii j^i'teirait;^ pair ce désir de retrotiVër line patrie et le bieiiM6lr6, te petlpte sIèMft «bligé de servir et d*implo)rér Vi^pni ûûm\ Bteu ^ pétssèdé là puissance de lés M faire i^tt^otover.

WMt àlïéiiidre te double bUil, il à fallu commencer pàî' Mit miïf iè^ fetiélites d'Egypte ^ôiiS lom prétexta qni pAt éttfe hiàtHément avoué , ^ànâ faire naître la peniée d'tlbe i^tôlte, M èapable cependant de réttnir Mute t^etltt niitioa autour de lui comme chef. Or c'est en ^SH fè piieteièr rêMvA Hûe Vt^^ obliAt ett ph>posaM dé faire sim]^leilkeDt en pèlerinage eki Arabie , k peu de distance de k province qne les tslraêlites habitaient prèis de l'Isthme de Suez. Une fois hors 4*É{3rpte et pburstiivift pair Tatméè du ntoaoa,

CHAPITilK Xl¥» 451

les Juifs n'avaient plus qu*k suivre rimpulsion que leur donnait leur chef, et de tâcher de s'établir de nouveau dans leur ancienne patrie , dont ils avaient à faire la conquête sous sa conduite. Il les amena à cette difficile entreprise qui leur coûta quarante années de guerre et de souffrances de Untte espèce, en leur persuadant que ce pays leur appartenait de toute justice par le droit de possession que leurs ancêtres en avaient reçu de ce mèoie Dieu éternel et tout^jMiîsaanti» dont il leur parla alors pour la première fois ; et c'est en y eaga* géant ainsi leurs intérêts matériels , tant pour leur fortune future à fooder, en remplacement de ce qu'ils venaient de perdre en Égypie, que pour la protection qa'il leur fit espémr de trouver pour leurs personnes dans l'appui du iÛeu éternel , dont il les disait le peuple de prédilection»

C'est ainsi q«e les Israelitos , d'abord isolés par la ruse y furent obligés de s'attacher & la pemoaae de Moïses » lear chef suprtoie» ^t d'adopter eies Ms aUsi que la dootritts nsligîieuse qu'il leur aaseifna , conutte le seul moyen de trottvei^ la protection dont ils avaient be&(àA sur la terre étrangère «ù il les avait oondiiits. Toute Tbistoire de ee grand évéeemettt , telle iqu'elle ^U rapportée dans les quatre derniers livres de Moïses, écrits par lui-même, ainsi qu'on radaaet généralement; et la fienèse^ histoire du peuple d'Israël levant «a sortie d*£gypte, «ouvrage également atthbué k ce gnand Iftoaune» prouvent, par la auinière dont les faîte sont préseniés, que teUe a été l'idée de cet illustre réformateur^ q«û eut besoin , pour atteindre ce double but « de fake croire aux Israélites que, dès l'ori^ioe du monde, leurs premiers pères ont d^ adoré eKclusivement ce vrai Sîea, ËtemeU Invisible^ Créateur tout-puissant de toutl'Untvers^ dont il leur pariait. Il leur dit en outre que la plupart des nations s'étant «adonnées âu ci^te des dieux matériels qu'ils se aent forinés , l'Éternel les avait ri^etées et fait au sMitiûre nHiance avec Abraham , l'aneêlFe des douze tribus d'bnâi, pour i^î% de ses descen4dnts son peuple de prédi-

tô2 THliOLOGIB DE LA NATURE.

lectîon auquel il a promis de douner \k toute perpétuité le riche pays de Chanaan , k la condition qu'il resterait fidèle k ses lois. Il leur dit surtout que ces mêmes descendants d'Abraham s'étant établis en Egypte, où ils ont été opprimés , TÉternel leur Dieu Tavait choisi , lui Moïses , pour les délivrer de leur servitude et pour les conduire enfin dans ce même pays de Chanaan promis à leurs pères.

En considérant ainsi les cinq Livres de Moïses sous ce double point de vue religieux et politique , on les comprend non-seulement très-bien jusque dans leurs derniers détails, mais il devient parfaitement évident que le premier ou la Genèse a été écrit pour servir d'introduction à l'histoire de la réforme Mosaïque , dont les quatre autres Livres sont l'histoire proprement dite.

On voit pai:tout que, pour obtenir ces deux grands résultats dont je viens de parler, Moïses a non-seulement cherché k unir les Israélites par le double lien des lois cifiles et religieuses , mais que pour maintenir cette union et conserver parmi eux exclusivement le culte du vrai Dieu comme principe fondamental , il employa tous les moyen» possibles de les isoler des nations idolâtres, pour lesquelles il tâcha de leur inspirer une véritable horreur; surtout pour les alliances matrimoniales qu'il leur présenta comme de véritables sacrilèges, quoique lui-même eût épousé une païenne dont il est fait mention dans l'Exode ; et que, suivant l'historien Ioseph , il aurait déjà avant épousé une Éthiopienne. Cette excitation à l'horreur contre les autres peuples alla même souvent jusqu'à lui faire commander, dans les guerres qu'il soutint contre les habitants des pays qu'il avait k conquérir, qu'on les fit tous massacrer sans épargner ni les femmes, ni les vieillards et les enfants, et toujours en disant , pour être mieux obéi , que c'était par l'ordre exprès de l'Être Suprême qui lui ordonnait d'agir avec cette rigueur barbare. C'est ainsi que par le fanatisme et la superstition qu'il inspira aux Israélites , il parvint ï

CBAPITRB XIY. 45^

faire supporter pendant quarante années k ce malheureux peuple , les tourments de la plus horrible misère dans les déserts de TArabie Pétrée, oii le minlinrent refoulé les nations dont il voulait envahir le territoire « pays dans lequel Moïses lui-même n'arriva jamais; cet avantage n*ayant été réservé qu*k Iéoschoa ( Josué), qui lui succéda comme chef après sa mort.

Tout le monde connaît , par la Bible , Thistoire sacrée et profane des anciens Israélites , mais on ne l'interprète pas toujours de la même manière. Suivant les orthodoxes juifs et chrétiens, T Ancien Testament est un livre sacré, renfermant la doctrine religieuse révé/é^ du premier de ces peuples ; c'est-k-dire qu'ils le considèrent comme ayant été inspiré, et, en quelque sorte , dicté par l'Être Suprême à ceux qui l'ont rédigé; d'où l'on doit en conséquence y croire avec foi, sans se permettre le moindre examen des faits qui y sont rapportés, et bien moins encore le plus faible doute sur la réalité de ces mêmes faits ; ce qui constituerait en soi-même déjà un véritable acte d'impiété. Mais est-il réellement possible à un homme qui jouit de l'intégrité de ses facultés intellectuelles, de s'imposer ainsi, avec cette complète docilité et cette abnégation de sa raison qu'on exige de lui , de croire, sur le simple dire d'un autre homme , ce qui déjk , au premier abord , lui parait complètement contraire k tout bon sens? Je ne le pense pas. En effet, si les religions mosaïque et chrétienne trouvent de nombreux incrédules, ce n'est pas que leurs principes fondamentaux paraissent absurdes ou incroyables, mais parce que ces principes y sont présentés sous des conditions inadmissibles , ou accompagnés de conséquences sophistiques qu'on en déduit contre toute espèce de logique; conséquences d'où naissent ensuite des principes secondaires que le bon sens, et trop souvent même la morale la plus vulgaire repoussent. Or l'impossibilité d'admettre soit la réalité des faits, soit la justesse des conséquences qu'on en tire, est souvent.telle que les théologiens ne pouvant

en donner la raison , sont obligés de déclarer que ces faite sont des mystères impénétrables; moyen de discussion qui Gon* stitue l'échappatoire ordinaire de ceux qui ne savent plus que répondre pour défendre Topinion k laquelle ils ne croient plus eux-mêmes. Mais heureusement ces prétendus mystères, ces faits impossibles k expliquer, ne sont en réalité, ainsi que je viens de le dire , que le résultat d'une mauvaise logique, par laquelle on arrive aux conséquences les plus singulières et même contraires aux axiomes de la science.

C'est ainsi que, si Ton ne veut voir purement et simplement dans la Genèse que Thistoire des premiers temps du monde, comme le veulent les doctrines mosaïque et chrétienne , on est 'a tout instant arrêté , soit par l'impossibilité des faits , soit par leur contradiction , ou bien comme étant opposés aux dogmes fondamentaux de la religion, tels que les attributs irréfragables de la Divinité elle-même ; c'est-à-dire k la Toute -puissance, k la Bonté et à la Justice de l'Éternel.

J'ai déjk dit plus haut que la Genèse avait sans doute été écrite pour servir de Livre historique au peuple Israélite; mais soit que Moïses l'ait lui-même composée dans un style poétique , et par Ik chargée de nombreuses figures allégoriques, soit que plus tard cet ouvrage ait reçu diverses additions , ce qui est assez probable, vu qu*on y trouve tantôt des répétitions et tantôt des parties évidemment interpolées , ce Livre offre au fond tous les caractères d'un poème historique sur la création et les conditions dans lesquelles se sont trouvés les premiers hommes*, et ce n'est, en effet, qu'en le considérant comme tel , qu'on peut lui trouver un sens raisonnable : ce genre d'ouvrage admettant toutes les licences poéques. C'est ainsi qu'on rencontre dans la Genèse une foule d'images allégoriques, les exagérations les plus extrêmes, la mise en action de toute espèce d'Êtres, la personnification des passions, des vices et des vertus; les anachronismes, et en général tout ce qui peut contribuer k agrandir l'idée de la 7)uissance du Créateur ou ^ embelliir f image par Ia<-

qu^Ua on ft vQula rèpréimtar le« bonmag dei pr«mi«rs Igea du moDd^. Cc^tla opinion, fondée sur ces caractères évidents du poëwe, une fois aeeeptée, tout devient parfaitement clair et powprébepsible dans la Genèse, même i travers les nom- ))feusw allâgorjes et les impossibilités dont ee premier Uvre du Pentateuque est rempli.

)1 ressort même clairement des Livres da Moïses, que eat illustre réformateur, soit qu'il ait voulu enseigner aux Isra^ lites le Qtonotbéisme comme une nouvelle doctrine, soit que leurs ancêtres Taient déjà professé et qu-il n'ait voulu que rétablir ca culte parmi enx^ il ^ santi la nécessité de leur présenter la vraie Divinité dans tout Téclat de sa splendeur et da sa grandeur infinies i et, k cet effet, il a commencé par leur enseigner que c'est pet Être Suprême, le seul Éternel» qui règne avec gloire et toute-puissance sur Tunivers entier, son ouvrage, qu'il a tiré du néant; principe dont il a avec raison fait la base fondamentale de sa nouvelle doctrine religieuse, et dont les diverses lois qu'il a formulées plus tard, ne sont que le développement.

Partant da ca principe, Moïses a dâ commencer, pour faire concevoir la grandeur infinie et la sublime sagesse de ca Maître suprême de l'univers , par offrir k l'admiration des Israélites , ainsi qu'il l'a fait en effet dans la Genèse , un exposé wmmt de Tbistoire de la création du monde, objet da î'éternelle reconnaissance des bommes envers ce Dieu tout*puîssant, source de tout bien. Dans ce même exposé bistorique Moïses a trouvé en mémo temps le moyen d'exciter I'a^ nionrrpropre des bompies, en leur faisant croire que Dieu les a forinés k sa propre image , et que justement fiers de nette baute condition, ils doivent cbercber à s'en rendre dignes p^r la pratique de toutes les vertus et la plus respeetueuse dévotion envers l'ÉterneL

B/3gardii au contraire aomma document purement bistoriqua ri»éli ^ ainsi que lei| religions mosaïque et cfaréti^ne yanl^t qu'on considièra la fienàsa, il est impossible, comme

456 THiOLOGIB DY LA VkTCKE.

on le verra plus bas, de trouver dans ses principaux chapitres le moindre sens raisonnable , présentant, ainsi que je viens de le dire, pattout les contradictions et les impossibilités les plus manifestes ; tandis gu*en lisant ce premier Livre du Pentateuque avec la Connaissance préliminaire du but que Moïses s'est proposé, on le comprend parfaitement, malgré tout le merveilleux et les exagérations poussées jusqu'à Fabsurde dont il est rempli ; et l'on se convaincra par là mêm/e que ce' n'est, ainsi que je l'ai dit, qu'un simple Poème historique, tout à fait analogue k Y Iliade, k Y Odyssée et à YÊnéUe, etc. , mais composé, entre autres, dans l'intention de satisfaire l'imagination d'un peuple grossier, qui se con-, tenta , à ce sujet , de tout ; il suffit que le récit qu'on lui fit ressemblât à de Thistoire, récit auquel Moïse put facilement rattacher en outre les principes et les règles qu'il voulait faire admettre par le peuple. .

Apurés ce court exposé que je viens de faire de l'histoire de Moïses, avant la grande réfornie qu'il a exécutée, nous pouvons examiner et critiquer historiquement les Livres qu'il a laissés ; Livres où sont établies les bases de la nouvelle religion qu'il a instituée et les faits historiques sur lesquels il l'a fondée.

Dans la première partie de la Genèse, cet illustre réformateur fait connaître , ainsi que je viens de le dire, la puissance, la sagesse et la bonté infinies de TÉtre Suprême, le seul Dieu Éternel à qui l'on doive rendre un culte, et qu'il désigne sous le nom sacré de lÉHOYA; nom que l'on écrivait, mais qu'il n'était permis Ae prononcer que dans les cérémonies les plus solennelles. Et en même temps Moïses y attacha l'histoire des premiers hommes, en indiquant les devoirs sacrés et la reconnaissance que tout le genre humain devait k son Créateur.

Dans la seconde partie du même Livre, Moïses rapporte l'histoire spéciale d une famille qui , pendant que les autres hommes étaient tombés dans l'idôlatrie et lé vice, a^ au eon-

CBAPITRK XIT. 457

traire, seule conservé le culte du vrai Dieu, et a continué.à pratiquer les vertus de ses ancêtres ; famille que rÉtemel adopta, avec tous ses descendants, pour son peuple de prédilection, en lui promettant toute prospérité sur la terre de Chanaan ; le pays le plus beau et le plus fertile de l'Orient, qu'il lui donna comme héritage accordé k titre de privilège à ses vertus, et surtout k sa fidélité dans sa foi en lui l'Éternel, le seul Dieu auquel les Hébreux devaient rendre un culte. , Or c'est, ainsi que je l'ai déjà dit, de cette famille, dont le premier chef fut Abraham , que descendraient , suivant le texte mosaïque, tous les Israélites.

, J'ai déjk fait remarquer que Moïses, élevé à la cour du Pharaon et instruit par les prêtres d'Osiris, croyait , comme ces derniers, k Texistence d'un seul Dieu, cause première de tout ce qui est ; croyance qui devait même avoir passé dans le peuple, par le grand nombre de personnes initiées aux mystères des temples.

Cette opinion , que. la croyance en un seul Dieu créateur de l'univers existait déjk en Egypte , ainsi que chez d'autres peuples de 1 Orient, avant la grande émigration des Israélites sous la conduite de Moïses, ressort, ainsi que nous l'avons vu plus haut , non-seulement de ce qu'on sait des mystères qui ont été célébrés dans les temples d'Egypte, mais encore de plusieurs passages du Pentateuque même, que je ferai remarquer quand j'arriverai k en parler, et déjk de ce fait que , bien que les Hébreux n'aient , pendant plus de quatre siècles qu'ils ont demeuré en Egypte, rendu aucun culte k rÉternel (Exode^ VIII, 25, 26), l'auteur de la Genèse commence cependant ce Livre , en parlant du Dieu Eternel , Créateur de l'univers , comme d'un Être Suprême , dont l'existence , la sagesse et la toute-puissance sont généralement connues, sans toucher simplement k la question d'une théogonie quelconque, pour tâcher de prouver cette exis^^ tence, ainsi que cela se trouve au contraire dans toutes les doctrines religieuses des Peuples de l'antiquité, et spéciale-

4M THÏOIOfll M U HiTVm,

meol ebas les Cbaldéena, doQt les IiraëlUds desoendent, «t cbez Ja$ Egyptiens , parmi lesquels ils ont si longtemps ^u, Or il n'est nullement probable que les Hébreux aient pu conserver la moindre traee de l'aneienne eroyanee religieuse qu'avaient eue leurs ancêtres avant Tarrivée de laoob en Egypte, mêlés comme ils Tétaient, pendant plus de quatre cents ans, aux4dûlâtrea de ce pays; et euxHnémes, en tous temps très-enclins au culte des hnx dieun , qu'ils ont souvent rétablis , quand plus tard, et même déjà dp temps de Moises, ils ont constitué une nation indépendante ; tandis qu'il est fajen plus naturel de croire que cette croyance en un Qieu Créateur existait déjk, du moins obscuréipent, ebez tous les Égyptiens, et que Moïses n'a pas eu besoin de prouver dans la Genèse, l'existence jde cet Être Suprême , où il en parle, en effet, ainsi que je vieps de le dire, comme d'une vérité généralement connue; ce qui montre que le but de ce grand réformateoi n'a pas été, en fondant la religion hébraïque , de faire cre|rt qu'il n'existait qu'un seul Dieu , mais que c'était le seul réel, le seul qu'on doive adorer , le seul auquel on doive rendrs un puUe ; et c'est en effet ce qui ressort parfaitement de tou« les dogmes et principes de la doctrine mosaïque^

Quelle qu'ait d ailleurs été la evoyanee teligieuse des sB'* eiens Israélites, sojt pendant, soit immédiatement apvès leur séjour en Egypte , elle ne nous est connue qqe par le PeDr tateuque. Livre attribué k Moïses; et quoique cette antique origine de cet ouvrage ait été contestée par d§ nombreux éruditSi qui ont chercbé k prouver qu'il a été, sinon f n partie composé depuis la mort de Itfoïses, du moins altéré, soit par des copistes, soit même par le grand sacrificateur ëzba, qui k ce qu'on assure, a entièrement refait, de mémoire, tout le Pmtateuque , après le retour de la captivité des Juifs à Ba<bylone ; ce Livre ayant disparu dans l'incendie du temple de Jérusalem, lors de la prise de cette ville par Nébucadhbtsàb, roi d'Assyrie.

Ce fait de la perte non-rsepleme&t de TorigiMl écrit par

OBAUTSl XI?. 4W

Moïses , et conservé dans le temple , mais entore de toutes les copies qui ont pu en avoir été faites , est bien textuelle* ment rapporté dans le quatrième Livre d'EzRA » chap. XIV et XY ; mais ce livre ainsi que le troisième , attribués k eet auteur , sont considérés par tous les savants comme apocry^ pbes j et manquent même dans la plupart des Éditions de TAncien Testament^ probablement pour ce fait même qui enlèverait au Pentateuque toute son autorité comme Livre sacré.

Mais quoi qu'il en soit de la réalité de ce fait qu'EzRA est réellement Fauteur des troisième et quatrième Livres qui portent son nom» je dois toutefois indiquer ici ce qu'il dit au CSAF. XY An qfmtrième Livre ^ relativement k ce fait qu'il n recomposé de mémoire tout le Pentateuque, afin de faire mieux comprendre ce qui est rapporté au Livre de Néuéhia, appelé aussi le second Livre d'EsKA. Il y est dit au quatrième livre, CHAP. XY, 31 , qu'EzuA, regrettant la perte des Livres de Moïses, dans l'incendie du temple de Jérusalem , adressa des prières à Dieu , lui demandant qu'il voulAt bien lui donner par inspiration la faculté de pouvoir rétablir cet ouvrage, et que le Tout-Puissant ayant exaucé sa prière , lui ordonna de s'adjoipdre cinq autres personnes qu'il lui dési«» gna , et qu'il remplit de sqn Esprit. Par Teffet de cette in<spiration divine , les six scribes rédigèrent de nouveau , en quarante jours , tout le Pentateuque, formé de deux cent quarante volumes , et dont Ezra fit la lecture en public au peuple, ainsi que cela est rapporté dans Néhémia (YIII, 1).

Le Pentateuque, ainsi rétabli en tout par E^ra, ou sim^ plement revu et commenté par l|ii , serait en conséquence ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom des Cinq Livres d$ Moues ; mais quoi qu'il ^n puisse être, que ce soit vrai ou non , peut-^on d'ailleurs penser que eet ouvrage , qui compte plus de trois mille ans d'existence, soit arrivé jusqu'à nous sans avoir jamais été altéré en rien par les copistes e( les tradueteurs , et qii'il n'$i% surtout pas éprouvé de nom*

breuses modifications déjà avant la venue de Jésus-Christ? Gela n*est pas admissible , quand nous voyons qu'enclore de nos jours , on discute sur le vrai sens de ces ouvrages écrits en hébreu , langue qui , par son orthographe , se plie si facilement aux interprétations les plus opposées.

Mais en admettant même que le Pentateuquey tel que nous le connaissons, soit réellement l'ouvrage inaltéré de Moïses, comment son auteur a*t-il pu avoir des renseignements exacts de ce qui s'est passé dès l'origine du Monde, dont il relate l'histoire? Comment a-t-il pu savoir de quelle manière l'univers a été créé, c'est-à-dire quelle a été la succession des grands effets par lesquels il a reçu son existence , alors qu'il n'y avait point d'hommes pour le voir et pour l'écrire? Gomment a-t-il même eu connaissance de la manière dont les Êtres organisée ont reçu Texistence , et entre autres l'espèce humaine, faits qu'il rapporte comme le ferait un témoin oculaire , et en outre ce qui s'est passé alors dans ce qu'il a appelé le Jardin d'Êden , ainsi que cela est dit. dans la Genèse? Enfin , comment Moïses a-t-il même pu connaître la filiation des hommes dans les premiers temps de l'existence de leurs races, où l'espèce humaine, sans aucune trace de culture , a dû vivre à l'état sauvage , comme le sont encore aujourd'hui une foule de peuples de la Nouvelle-Hollande et de l'Amérique du Sud, qui nous offrent cette condition de l'état primitif de tous les hommes ; c'est-à-dire vivant au milieu des forêts , où ils se nourrissent des fruits et des animaux que le hasard leur fait découvrir; état où Adam et ses premiers descendants n'ont certes pas eu l'idée de tenir un journal de ce qui leur arrivait, pas plus que cela n'a eu lieu jusqu'à présent chez les innombrables nations sauvages dont je viens de parler ? Que dis-je ? aujourd'hui encore , des peuples trèsr-avancés en civilisation , mais , do reste , illettrés , ne connaissent même pas l'histoire de leur propre famille au delà d'un siècle. Qu'on demande, par toute l'Europe , à un campagnard qui sait même lire et

CUAPITIIB XIV. 461

écrire, comment s'appelait le grand-père de son grand-père, il estk parier qu'il n'en saara rien ; et comment veut -on que Moïses ait pu savoir ce qu'étaient Adam et Éva, quels ont été leurs premiers descendants , et ce qui leur est arrivé k des époques si reculées , pour avoir pu si bien écrire leur histoire? Les orthodoxes disent, avec une impertubable assurance, que Moïses ne l'a su en effet ni par des écrits qui lui auraient été transmis , ni même par la tradition , l'un et l'autre impossibles chez des sauvages, mais par révélation; c*est-k-dire par Yimpiration qui lui en est venue de Dieu. Malheureusement pour eux, tout en admettant la réalité du miracle, en partant de ce principe que tout est possible k Dieu, système de discussion. par lequel on croit pouvoir prévenir k coup sûr toute espèce d'objection , nous verrons que même cette formé sophistique de discuter ne peut tenir contré la critique purement historique des Livres de Moïses, dont les exagérations, les impossibilités physiques , et surtout les contradictions sans nombre, prouvent sans réplique qu'ils sont de pure invention , et rien autre chose que des Poèmes , sans doute fort beaux en hébreu, mais que la Divinité^ qui n'est que vérité^ ne saurait jamais avoir diQtés.

En effet, que les Livres attribués k Moïses soient réellement de lui et non altérés , ou bien refaits sous son nom par EzRA , toutes ces opinions doivent être écartées ici , comme purement hypothétiques. Et quant k moi je dois d'autant plus les écarter, que le Pentàteuquey tel qu'il est aujourd'hui, noiis est donné avec plusieurs autres livres formant V Ancien Testament^ comme l'une des grandes bases sur lesquelles est fondée notre doctrine religieuse.

C'est ainsi comme document théologique que nous avons k le considérer ici ; et cela non en recherchant, avec d'autres critiques , s'il a été altéré , ïnais uniquement sous le rapport des faits qui y sont relatés; c'est-k-dire que cet ouvrage, et plusieurs autres nous étant présentés comme ayant été inspirés k leurs auteurs par Hntelligence divine, nous avons

priDdpalemeMt à examiner 8i le fait de cette révélatioii est admissible ou non , sans nous permettre d'entrer dans la moindre discussion sur la vérité ou la possibilité des miracles qai y sont rapportés : objets qu'on doit laisser à chacun k apprécier dans sa propre conscience , selon la foi qu'il a dans la tonte-puissance de l'Étré teprême, k qui toat est possible V excepté d'être en contradiction ayec les pria* cipes de son immuable jostice et de sa bonté infinie; attri* buts de la Divinité qu'aucnne doctritie ne peut dénier^ Or c'est (essentiellement sous ce rapport de l'impossibilité morale que le caractère Mcré d'otivroye rMté qu'mn donne àak Livres de Moïses et même à tous ceux de l'Anden Testai ment» est plus que contestable; «m foule de faits qui ysoat rapportés étant tellement contraires à la logique la plus vu^ gaire y on en opposition avec les lois étenidles de la nature , créées par Dieu iiéiÉe^ qu'il eiA impossible de les admettre cMime réels; mais encore, dans de nombreux paosageS) sont rapportés des actes d'une si révoliame immoralité» qu'on ne saurait ^ sans le plus horrible blasphème^ les attri^ buer k la Divinité , qui les aurait commandés «uhrani l'expression formeUe du texte.

Mais quoique l'Ancien Téstammt» et prindpalement le Pentateuque^ ne smnt évidemment que des i\>ëm!es ou de simples ouvrages historiques^ ils sont toutefois du plus hait intérêts soit comme Livres de doctrine^ soit tomâie les é^ caments les plus anciens de l'histoire qui soient urrivés jusqu'à nous; et dans la Genèse» qui réunit cssentidtenieDt ces deux carucières, rauteur> partant du principe , fondamental pour lui , de l'existence étemeUe de Dieu , oommeBoe ce remarquable INanme p«t le «ubUme «Xfmsé des phéoomènes cosmogOnsfuts qui ont eu lieu^ alors qu'à u plu ite Dieu tottt-^iseaiit de «réer l'uttivers » et commence mMt mb poétique récit :

CHAFITU XIV. 488

§ L GeHist.

1^ Y^iet. a 9i4u criaj au eommèiMmnmi tes Cieux et la Terre* »

D^k âu fii^yet dtt premier verset , ainsi qu'il V^ai^ <ie$ suivante) plusieurs critiques ont fait remarquer que Meïses employait pour désigner le Créateur, non pas leilom de léhovû qui répond en f raaçûs plus particulièrement k ÉterneIï » le Bom sacré que les Hébreux donnent k TËtre Suprême ^ maïs celui d*ELOfliM, le pluriel d'ËLÔAUi qui signifie réeUo'ment Disu; d'où l'on a voulu conclure que Hoisesi tout eb eoseignaut le Monothéifeme, était cependant polythéiste, dette erreur vient de ce qu'en hébreu « l'usage veut qu'oa emploie le plus ordinairement pour les titres ^ le pluriel k la place du singulier en témoignage de haute consi*dération pour Dieu et leîB personnes, tout en laissant le verlbe au singulier; k )^tt près cmmme en français on em^ ploie le pronom vous k la place de tu en parlaot aux ^er-

SOÛABS (1)»

Au second verset du premier diapitre de la Genèse » ainsi eoBfa :

Sf. « Ei ta iWrè MaU $an$ ferme ti vide^ tî les Unib^eé éMknî Mr la fatee^ ValAme^ et V Esprit de JHeu se mew)aU sur les eauXf »

lioises exprime l'idée qu'il s'était faite du premier état de l'univers I aliare que la terre en formait la base et que l'espace aérien^ avec les nuages et tout ce qu'il renferme eà ontl^, eoûstîtuAit sa région supàieure^ que le vulgaire nomme ^oore de nos joars le ctd. Or Moïses a nécessaire^ méat compris ^u'immédHAeftient après sa formatiM, la terre a ilû être brute et aride^ q«e la partie eoUde constituait le siri 0u partie inférieure; qu'aundeâsus é&mi exister Veir

(1) Voyes la note n* 32.

chargé d*épais nuages , restes de la tempête qui avait accompagné cette immense formation, et que TEsprit de Dieu planait au-dessus.

Aux 3"»% 4~' et 5"* Versets, il est dit que Dieu a produit la lumière en la séparant d'avec les ténèbres. Encore ici on a trouvé un non-rsens, disant que la lumière émanant du soleil, ne peut pas avoir été créée le premier jour, tandis que cet astre ne le fut que le quatrième. Sans vouloir faire forcément concorder la cosmogonie mosaïque avec les faits réels que Tétude de la géologie a depuis démontrés être vrais, ainsi que le veulent k toute force les théologiens orthodoxes , on peut cependant encore expliquer comment Fauteur àe la Genèse a pu concevoir comme vrai ce qui est aujourd'hui reconnu comme une espèce de paradoxe. II est , en effet , constant que la lumière du jour émanant du soleil^ n'a pas pu être créée avant cet astre; mais la lumière en général , toute la lumière n'en provient pas , et peut , en conséquence , être considérée comme un objet produit avant:

Au 4*"' Verset^ Moïses exprime la satisfaction que le Créateur a éprouvée à la suite de ce qu'il venait de faire, en disant : < Et Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. » L'auteur de la Genèse exprime ici un sentiment qu'on ne saurait attribuer à l'Être Suprême qui, tout-puissant, sage et omni-scient, n'a pas pu douter du bon résultat de ce qu'il faisait, et ne découvrir qu'après qu'une chose était produite qu'elle était bonne; d'où il est impossible qu'il puisse avoir été satisfait d'une de ses œuvres plus que d'une autre : toutes étant parfaites. Hais Moïses en a jugé par lui-même, qui, en sa qualité d'homme, pouvait être plus ou moins satisfait de ce qu'il faisait, et souvent même fort mécontent de ce qu'il avait produit ; de sorte que ce verset , comme d'ailleurs une foule d'autres passages du Pentateuque , ne sauraient avoir été inspirés par l'Esprit divin.

Aax Versets 6 et 7, Dieu créa l'étendue, et sépara ainsi les eaai qui sont au-dessous de eette étendue d'avec celles'placées au-dessus. >

Il est évident que Moïses parle ici delà région atmosphérique séparant Veau qui se trouve k la surface de la terre d'avec les nuages placés dans la partie supérieure de l'espace que Moïses crut être au-dessus de retendue absolue : autre erreur qu'on ne saurait attribuer à l'intelligence suprême ; et cela d'autant moins qu'il est dit au verset S : € Et Dieu namma V étendue deux. » Or l'objet désigné par ce dernier terme , et que nous appelons le firmament, n'existe qu'en apparence pour nos sens, sous la forme d'une voûte bleue parsemée d'étoiles, mais non pas pour le Créateur, qui en conséquence ne pouvait pas lui assigner de nom ; mais les hommes igno->rants de Tépoque où écrivit Moïses pouvaient croire réellement que l'espace azuré où sont les nuages était limité par une voûte; erreur qui ressort encore du vers. 9 où Dieu ordonne < que les eaux qui sont au-dessous des deux soient rassemblées en un lieu, et que le sec paraisse. » Ce qui exprime que Dieu regardait en effet les nuages comme placés au-dessus des Cieux.

Au Verset 10, « Dieu nomma le sec Terre. Il nomma aussi tamas des eaux Mer ; et Dieu wt que cela était bon.

Or le Créateur n'avait non-seulement pas besoin de donner des noms ni à la terre ni à la mer , ces noms devant leur être assignés plus tard par les hommes, suivant leurs langues, comme le furent ceux des autres objets; mais cela est d'autant plus extraordinaire que l'espèce humaine, à qui ces dénominations ont été enseignées, n'existait pas encore; et l'expression de la satisfaction qne Dieu a éprouvée k la vue de son œuvre, comme ailleurs pour la création de la lumière, n*est, comme on voit, qu'un refrain de poésie que Moïses ajoute à ce singulier anachronisme.

Aux Versets 1 1 et 1 S, Dieu crée les végétaux ; toujours avec le même refrain, et suivi du vers» 13 où il répète aussi,

466 THBOLOsns dv l'a mature.

comme au 8""*, cet autre refrain : € Ainsi fut le ioir, ainsi fut le matin; ce fut le troisième jour, p

Du 14"'' au 19"* Verset, et au quatrième jour de la création, rÉtre Suprême crée les astres sous le nom de Luminaires € pour séparer la nuit d'avec le jour. » Ici encore Tauteur de la Genèse n'exprime qu'un simple effet d'apparence pour lui, mais qui est loin d'être réel» cette création ayant la grande importance, comme il veut le faire croire» que ces luminaires sont spécialement destinés là « luire sur la terre^ » queMoisesa crue être le seul objet des soins du Créateur. Mais x^ela a toutefois dû lui paraître ainsi, vu qu'il croyait, comme le vulgaire le croit encore aujourd'hui, que toutes ces innombrables étoiles n'étaient Ik que iK>ur la satisfaction des hommes, pour qui Dieu a créé tout l'univers ; tandis que chacun de ces luminaires est un astre semblable à notre soleil , et comme hii centre d'un système de planètes» k peu près indépendant du nôtre, mais non fait expressément* pour servir « de signes^ et pour les saisons^ et pour Us jours^ et pour ks années , » phrase qui semble , faire allusion aux connaissances astronomiques dues aux découvertes des hommes, et sur lesquelles Moïses a déjk pu avoir quelques renseignements, sans connaître sans doute l'existence des autres planètes, et moins enccNre les autres systèmes célestes, dont les ^toiles fixes sont les soleils.

Les Versets 20 et 23 soat relatifs k la création des Apimaux^ Ce furent d'abord les espèces aquatiques, puis les Oiseaux, avec le refrain poétique ordinaire : « Ainsi fut le soir y ainsi fut le matin; ce fut le cinquième jour. »

. Aux Versets 24 et 25, Dieu, crée les animaux terrestres et entre autres les « Animaux domestiques. » Or ce n'est point l'Être Suprême qui a rendu certaines espèces domestiques par l'effet d'une création spéciale, mais ce sont bien les hommes qui , voyant qu'elles pouvaient leur être plus particulièrement utiles , Ie9 ont soumises k leur puissance en les

CHAFITRB XIV. 467

privant de leur liberté, et oeia non-seulement quelques Mammifères, comme Moïses a évidemment voulu l'exprimer, mais aussi plusieurs Oiseaux et même des Insectes déjk créés avant l'homme suivant le texte Mosaïque; tandis que Dieu n'a réellement créé que des espèces sauvages que les hommes ont soumises plus tard selon le besoin de leur civilisation, ainsi que le prouve Tobservation. En effet , le nombre det espèces animales domestiques chez les divers peuples est» pour ce fait noiéme , le caractère d'une civilisation plus ou moins avancée; les hordes les plus rapprochées de Tëtat sauvage primitif de l'espèce humaine ne possédant encore de nos jours, aucun animal domestique ; et le premier qu'on voit paraître est Iq, Chien servant à la chasse, et non le Bœuf, l'Ane, le Cheval» le Mouton et la Chèvre comme Tentend Tau* leur de la Genèse. Cela est si vrai que ces animaux ou leurs analogues, réduits k la domesticité , ne se trouvent quo ches les peuples déjà très-* avancés en civilisation, arrivés k l'idée de richesse et k celle d'un grand bien*- être; tandis que les véritables peuples sauvages ne possèdent en particulier que quelques armes propres k la chasse, ce qui est même déjk le signe d'un commencement de civilisation; d'où il est très-probable qu'ADAM ^ se& premiers descendants n'en possédaient encore aucune, se contentant de vivre du fruit des arbres ou d'autres objeis aussi faciles k se procurer, et que ce ne fut que longtemps après ce premier Être humain que , par l'effet de leur intelligence innée et de leur sociabi-* lité, les hommes ont enfin conçu l'idée de propriété privée , et ont eu par Ik la pensée de s'attacher certains animaux et de cultiver tels végétaux qui pussent leur offrir divers avantages utiles par leur multiplication.

C'est ainsi encore ici un véritable anachronisme que l'au* teur de la Genèse a commis , en exprimant une opinion per-* sonnelle due a l'apparence du moment , et non une vérité de fait, ainsi que cela devrait être si cet ouvrage avait été réellement inspiré à Moïses par l'Esprit divin. Or, on y

468 TIliiOLOUIE DB LA RATURE.

trouve encore beaucoup d'autres faits ainsi eu contradiclroa avec ce qui est réellement.

Enfin aux Versets 26 et suivants , il est parlé de la création de l'espèce hundaine, comme dernier objet de Vœuvre de Dieu , et dans les termes que voici :

26. « Puis Dieu dit : Faisons Vhomme à notre image . selon notre ressemblance^ et quHl domine sur les Poissons de la mer, sur les Oiseaux des deux , sur les' ctntmatix domestiques , et sur toute la terre , et sur tout Reptile qui rampe sur la terre. »

' 27. € Dieu donc cria Thomme à son image; il le créa à Vimage de Dieu : il les créa mâk et femelle, n

29. « Et Dieu dit : Voici , je vous ai donné toute herbe portant semence , et qui est sur toute la terre ; et tout arbre qui a en soi du fruit d* arbre portant semence; ce qui vous 9era pour nourriture. »

30. « Mais j'ai donné à toutes les bêtes de la terre , et à tous les Oiseaux des Cieux, et à tout ce qui se meut sur la terre, quiavieensoi^ toute herbe verte pour manger; et air%si fut. »

31 . « £< Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et voilà, il était trèsbon. Ainsi fut le «otr , ainsi fut le matin; ce fut le sixième jour, ^

Dans cette indication de la succession relative des divers objets créés au commencement du monde, succession qui s'accorde en quelques points avec l'observation des faits géologiques, les théologiens n'ont pas manqué de voir, dans cette concordance, la preuve d'une révélation divine dans la Genèse. Mais pour que cela fût ainsi , il faudrait que tout ce qui y est dit fût parfaitement vrai ; et c'est loi» de Ik. Nous avons déjà vu, par exemple, que, suivant Cet ouvrage, les étoiles auraient été créées pour éclairer la terre pendant la nuit, tandis que cette assertion est bien évidemment codtrouvée; et il en est de même de plusieurs autres faits. Si certaines plantes ont été les premiers Êtres organisés, créés (1),

(1) Voyet la note n* 18.

il n'est pas probable que Moïses ait eu une connaissance réelle de ce fait , mais qu'il Ta admis parce qu H fallait nécessairement que les végétaux aient existé avant les Animaux, pour leur servir de nourriture. C'est également ainsi q»e, suivant la Genèse, les Animaux aquatiques auraient été produits les premiers ; ce qui n*est vrai qu'en thèse générale, relativement au nombre des espèces , mais non d'une manière absolue , vu qii^on trouve parmi les fossilea les plus anciens des animaux aquatiques mêlés k des espèces terrestres de toutes les classes , à Texception toutefois de celle des Mammifères. Or, ici encore, Moïses, qui n'était sans doute pas grand Naturaliste, a évidemment jugé d'après les probabilités , vu qu'ayant admis que toute la terre a été primitivement entièrement submergée, il ne pouvait y exister que des animaux marins ; erreur fort excusable chez un homme qui était plus théologien que géologue.

L'auteur parle aussi du soin qu'a pris l'Être Suprême de destiner f herbe verte k la nourriture des Animaux ; aliment qui ne serait en conséquence point k l'usage des hommes, k quelque titre que ce soit; et comme il n'est point fait mention des animaux qui vivent d'autres substances, on devrait en conclure, si l'on voulait prendre la Genèse rigoureusement k la lettre, que les espèces frugivores, granivores, etc., mais surtout les carnassières , n^auraient point le droit de se nourrir de ce qu'ils mangent habituellement ; aliments {iour lesquels ils sont cependant bien évidemment organisés , le Créateur n*ayant point indiqué k Moïses la nourriture quils devaient prendre. Mais il est plus probable que l'auteur de la Genèse a simplement oublié d'en parler.

Enfin, d'après le texte de la Bible, les hommes ne devraient vivre que de fruits, et non de chair, dont il n'est point fait mention, ni même de feuilles vertes, formellement destinées aux bêtes ; ce qui est également en contradiction manifeste avec leur organisation, qui prouve, de la manière la plus évidente, que l'espèce humaine est essentiellement car-

•470 THIOLOGIB DE LA 5ATURB.

nivore ; él cela , au point qu*H lui serait impossible de ne se nourrir convenablement que d*uu6 seule substance naturelle, non préparée, quoique, au fond , Tbomme soit plus partico* lièrement Carnivore et frugivore. Mais Moïses n^était sans doute pas assez savant physiologiste pour le savoir , et la prétendue révélation Ta mal servi quand il a écrit la Genèse.

Enfin , il est toutefois vrai, comme le dit la Genèse, que le genre humain appartient à la dernière création , sans avoir été pour cela créé tout seul ; mais doit-on conclure, de cette espèce de concordance du texte biblique avec ïes faits d'histoire naturelle, que Moïses lé savait, soit par révélation, soit par ses connaissances géologiques? Ni ï*une ni Tautre de ces hypothèses n*esl probable ; car cette même révéla* tion lui eût nécessairement parlé de plusieurs espèces humaines -créées, et non d'une seule, dont Adam serait U souche ; vu qu'il est hors de toute espèce de doute que la roM blanche et la race nègre , par exemple , n'ont jamais eu de Père commun ; et il en est de même de plusieurs autres races également bien distinctes (i).

Cette même révélation ne lui eût certes pas ditqueriToinm était fait à l'image de Dieu ; assertion blasphématoire qu'on ne peut réellement considérer , ainsi que je l'ai déjk fait remarquer ailleurs, que simt)lement comme une expression dont Moïses s'est servi pour stimuler l'amour-propre de son peuple, afin de It porter par Ih à la pratique de la vertu , lai faisant croire que Thomme est d'une espèce infinimentandessus de celle des autres Êtres de la nature; tandis qu'il n'exista, en quelque sorte, que d'assez légères modifications entre lui et les singes, dont il ne diffère pas plus que le chat ne diffère du chien ; animaux qui appartiennent également h la classe dès mammifères, au même titre que leigenre humain ; qui ne se trouve qu'à un seul degré au-dessus de rorang**outang; d'où il résulte qu'en prenant k la lettre

(1) Voyez la note n» 30.

CtARTlIB XIV, 471

rasscrtion de la Genèse, la Divinité ne différerait que fort peu de la brute; car le texte est formel là^dessus, [parlant bien évidemment de la ressemblance du corps , et non pas deis facultés intellectuelles; et d*ailleurs, s'il ne s'agissait même ici que de l'analogie qui parait exister entre la Divinité et l'Esprit qui anime l'espèce humaine, on arriverait également Il la même conséquence absurde, vu que Thomme, quoique seul doué de la raison à un degré illimité, ne diffère pour cela de la brute que par un simple degré plus élevé. Sous ce rapport, la comparaison n'en serait pas moins blasphématoire, et ne peut être pardonnée qu*à un Poète « qui, n'ayant pas réfléchi aux conséquences auxquelles conduisent les figures de rhétorique qu'il a employées, s*esttrop facilement abandonné aux élans de sa chaleureuse Imaginative et k l'abus des hyperboles.

Au second chapitre de la Genèse , Moïses parle du repos auquel Dieu s'abandonna après la grande ceuvredelacréation, qui, ayant duré six jours, leCréateor s'èât reposé le septième ; d'où Moïsek tire la conséquence, qu'à cet exemple de l'Être Suprême, tes hommes aussi ne doivent travailler que six jours , et consacrer le septième essentiellement au culte de rËternel. C'était sans doute la manière la plus sublime de sanctifier ce jour du Sabbat, que de le présenter ainsi comme institué par la Divinité elle-même , qui lui imprima par Ik le caractère de la plus grande solennité^ et que c'est en conséquence en ce jour que les Israélites, son peuple de prédilection , doivent lui rendre le culte qui lui est exclusivement dû.

Mais en se fondant sur ce principe pour établir le sabbat, il n'en est pas moins vrai que l'auteur de la Genèse a rabaissé Dieu au niveau des hommes, en disant qu'après ce travail il eut besoin de repos; ce qui suppose de la part de rÉtre Suprême une fatigue impossible chez le Tout- Puissant. Or cette idée de considérer ainsi Dieu comme un simple homme, on la trouve fort souvent exprimée, non*

47^ THiOLOOIS 0« LA NATURE.

seulement dans les Livres de Moïses, mais partout dans l'Ancien Testament, ainsi qu'on le verra plus Iohi; idée que, faute d'une instruction suffisante, beaucoup de personnes ont encore aujourd'hui de l'Être Suprême, et qui fait qu'elles croient pouvoir le tromper soit par des cérémonies matérielles , soit par des prières simplement débitées du bout des lèvres , sans que le coeur y prenne la moindre

part.

Quant à la période de sept jours que forme la semaine, ce n'est sans doute pas à la série de six jours de la création qu'elle est due, mais bien évidemment aux phases de la Lune qui marquent ce temps , ainsi que cela est reconnu de tout le monde.

Dans la seconde partie du chapitre deuxième , Moïses revient k la création de l'espèce humaine, disant : Verset 7. « Or^ V Éternel Dieu avait formé Vhomme de la poudre de la terre , et il avait soufflé dans ses narines une respiration de vie; et Vhomme fat fait en âme vivante, >

Il exprime ainsi le fait que le corps d'ADAM fut formé de la matière brute de la terre et que le Créateur lui insuiBa le principe vital.

Or ce souffle de la vie. Dieu Ta donné de même k tous les animaux, voire même aux plantes, mais surtout aux premiers, qui , sous ce rapport , ne diffèrent pas d'une manière notable de l'homme, et si Moïses ne l'a pas dit, on peut penser que c'est uniquement par oubli ; et il est plus probable .que c'est parce qu'il ne le croyait point, pas plus que la phipart des autres philosophes.

Dans la troisième partie du second chapitre , Moïses parle du soin que l'Éternel a spécialement pris de l'homme qa'il venait de créer, le huitième verset étant ainsi conçu :

(( L'Éternel Dieu avait aussi planté un jardin en Éden du côté de l Orient ^ et il y avait mis Vhomme qu'U avait formé. 9

S). « Et V Éternel Dieu avait fait germer de la terre tout

arbre désirable à ta vue et bon à manger^ et V arbre de vie au milieu du jardin^ et V arbre de la connaissance du bien et du mal. i»

10. a Et un fleuve sortait d'Êdenpour arroser le jardin; et de là il se divisait en quatre fleuves. »

ii. uLe nom du premier est Pischon ; c'est celui qui coule autour de tout le pays de Havila , où fon trouve de Vor. »

12. f( Et Vor de ce pays-là est bon; c'est là ai^si que se trouve le Bdellion , et la pierre d'Onyx. »

13. <c Et le nom de second fleuve est Guihon; c'est celui qui coule autour de tout le pays de Cus. »

14 < Et le nom du troisième fl^euve est Hiddekél; c'est celui qui coule vers VOrient de t Assyrie. Et le quatrième fleuve est VEuphrate, »

15. V Éternel Dieu prit donc f homme et le plaça dans le jardin d'ÉIden^ pour le cultiver et pour le garder. »

16. « Puis V Éternel Dieu commanda à V homme ^ disant Tu mangeras librement de tout arbre du jardin, »

17. < Toutefois, pour ce giu est de l'arbre de la connaissance du bien et du mal^ tu n'en mangeras point; car au jour que tu en mangeras , tu mx^urras de mort. »

18. u Or, rÊternel Dieu avait dit: Il n'est pas banque V homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui. »

19. « Car r Éternel Dieu ofl^ait formé de la terre toutes les bêtes des champs, et tous les oiseaux des cietAX\ puis il les avait fait venir vers Adam , afin quHl vil comment il les nomme^ rait , et que le nom qu'Adam donnerait à tout animal vivant^ fût son nom. »

âO. < Et Adam donna les noms à tous les animaux domestiques , et (mx oiseaux des deux , et à toutes les bêtes des étangs; mais il ne se trouvait point d'aide pour Adam qui fût semblable à lui. »^

âl . €Et P Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur Aiam , et il s'endormit ; et Dieu prit une de ses côtes , et il resserra la chair à la place. »

474 THKOLOG» Dl Là NATURl.

âS^. « Et VÊterml Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise d'Adam , et la fit venir vers Adam. »

23. « Alors Adam dit : Et cette fois celle-ci eH Vos de mes os, et la chair de ma chair. On la nommera Eommesse^ car elle a été prise de Vhomme. %

24. < Cesi pourquoi, Vhomme laissera son père et sa mère^ et il se joindra à sa femme , et ils seront une même chair. »

25. <c Or, Adam et sa, femme étaient tous deux nus , et iU nen avaient point de honte. »

Dans cette troisième partie du secoad chapitre » Tautear de la Genèse revient , comme on voit , de nouveau à la oréation des animaux et de Tespèce humaine , en la racontant toutefois différemment que la première ; ce qui indique avee beaucoup de probabilité que c'est un fragment d'un autre poëme sur le même sujet, par un auteur différent de celui qui a composé le premier cbaj^itre , ou plutôt un fragment d*une amplification sans discernement de ce dernier, recueilli par quelque compilateur. Il est dit, dans le premier chapitre, que Dieu créa Thomme mâle et femelle; d'où certains commentateurs ont voulu conclure qu'Adam était an* drogyne , ou du moins que Moïses a voulu le faire croire ainsi , voulant l'assimiler à Dieu, qui n'a pas de sexe; mais cette opinion ne peut se fonder que sur l'équivoque du mol homme , qui , en français , signifie à la fois Y espèce humaine^ et la personne du sexe masculin ; or c'est dans le premier sens que le mot homme doit être pris ici, et l'équivoque disparaît. En effet, le sens de la phrase devient parfaitement clair , lorsqu'on substitue au mot homme celui d'espèce humaine ; c'estrk-dire que Dieu créa l'espèce humaine mâle et femelle.

Dans le second chapitre, au contraire, il est dit que Adam a été créé d'abord , et quelque temps après seulement la femme, formée, non comme lui et les animaux, directement de terre, mais d'une côte que Dieu enleva à Adam.

«AfiTm iiv. 479

Moïses indique d'une part assez précisément^ dans ce pas-

sage, le pays de Havila^ où fut situé le Jardin d'Êden^ où

Dieu filaça nos premiers parents , désignant par leurs noms

quatre fleuves qui en sortaient, dont Tun est VEuphrate, qui

encore aujourd'hui porte le même nom ; le second, ou le

Hiddekel est le Tigr^, assez bien désigné pour qu'on ne paisse

pas avoir de doute k ce sujet ; d'où] il est très-probable que

ce pays de Havila était en Arménie au nord du mont Ârarat.

Il n'est ensuite pas si facile de savoir quels ont été les

deuiL autres fleuves qui sortaient également du même pays.

En disant que Tun arrosait le pays de Cus, qu^n regarde

comme l'Ethiopie, on a pensé que ce devait être le Nil; mais

alors comment faire accorder ce fait géographique avec

le texte de la Genève? Quant au Pischony on a pensé que ce

pourrait bien être le Phasi , qu'on nommait alors le Phiion.

Mais quoi qu'il en soit, on peut demander comment plus de

deux mille ans après Adam , l'auteur de la Genèse a pu avoir

des renseignements aussi précis, non-«seuIement sur l'empla*

cément du Jardin d'Éden, mais encore sur tout ce qui s'y est

passé immédiatement après la création, où personne n'a cer«

tainement pas enregistré les événements même les plus re«

marquables qui ont eu lieu. On dira, comme toujours, que

Moïses en a été instruit par la révélation. Mais cela n'est plus

admissible quand on a lu toutes les contradictions et les ini«

possibilités physiques dont la Genèse fourmille ; et l'on ne peut

en conclure autre chose si ce n'est que Moïses, voulantdonner

Vhistoire du genre humain , a tout simplement imaginé le

tout , en le présentant sous une forme poétique. Mais quoi

qu'il en soit, il est toutefois constant que la Race blanche ou

caucoMque du genre humain parait réellement originaire de

la partie occidentale de l'Asie , et plus spécialement de la i^é-

gion située au nord de la Perse (1); fait sur lequel Moïses a

pa avoir quelques renseignements.

(1) Voyez la mUTjê^ 30.

476 * THF.OLO«n DB LA NATURl.

Il est dit au Verset 5 que la terre élail d* abord, aride; qu1l n*y existait aucune plante, et qu*il n'y avait point d'homme pour cultiver la terre; ce qui sembla k certains critiques vouloir dire que les végétaux ont été créés après rhomme, contrairement k ce qui est formellement exprimé au chapitre premier. Mais une semblable absurdité n*a jamais pu nattre dans la pensée de Moïses , vu que l'homme et les animaux devant se nourrir de plantes n*ont pu être créés qu'après celles-ci ; et en effet, le passage cité dit simplement tiu'immédiatement après le chaos il n'existait ni végétaux ni hommes sur la terre.

Quant aux Versets 19 et 20, où il est dit qu*Âdam imposa par ordre de Dieu des noms k tous les animaux» ils paraissent évidemment avoir été interpolés plus tard , et cela même fort maladroitement, vu qu'ils rompent, sans raison aucune, le récit des versets i5 et suivants jusqu'au dernier, avec lesquels ils n'ont absolument aucune liaison. En prenant d'ailleurs ce qui est dit dans ces deux versets comme un fait à part, c'est également absurde, vu qu'il est impossible qu'Adam ait imposé des noms à tous les animaux de Vunivers^ sans en excepter ceux de l'Amérique et de la Nouvelle- Hollande, contrées dontbien évidemment les animaux ne sont pas venus défiler devant lui ; et l'auteur de ces articles qui ne se doutait pas de l'immense étendue de la terre, ne se figurait certes pas non plus qu'il existait plus de cent ctn- ^pAonte mille espèces animales , nombre connu aujourd'hui. Et un tel passage de la Bible aurait été diclë par l'Être Suprême!

Les trois derniers Versets n'étant que de simples réflexions morales de l'auteur relatives à l'union q|ii doit exister entre l'Homme et la Femme, et nullement un passage indiqué comme dicté par l'Éternel ; c'est k tort qu'on a voulu y voir la preuve que Dieu a lui-même institué le sacrement du mariage.

Quant au Chapitre HI, il ne renferme évidemment qu'une

simple allégorie poétique et nullement un fait qui puisse être considéré comme historique ; fait qui serait pour le coup d*une absurdité sans pareille. Voici ce passage :

Verset i . « Or^ le serpent était le plm fin de tous les animaux des champs que VÊtemelDieu avait faits : et il dit à la femme : Qim! Dieu auraiîM dit: Vous ne mangerez point de tout arbre du jardin? »

2. €Etla femme répondit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin ; »

3 . < Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin , Dieu a dit : Vous n*en mangerez points et vous ne le toucherez points de peur que vous ne mmi.riez. »

4. V Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez nullement ; »

5. c Mais Dieu sait qu* au jour où vous en mangerez, voh yeux seront ouverts^ et vous serez comme des Dieux ^ connais sont le bien et le mal »

6. (( La femme donc voyant que le fruit de V arbre était bon à manger^ et quHl était a>gréable à la inia, et que cet arbre était désirable pour donner de la science^ en prit du fruit et en mangea, et en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea, »

7. « Et les yeux de tous les deux furent ouverts; et ils connurent quHls étaient nti5; et ils cousirent ensemble des feuilles de figuier, et ils s'en firent des ceintures, »

8. c Alors ils outrent, au vent du jour, la voix de V Éternel Dieu, qui se promenait par le jardin. Et Adam et sa femme se cachèrent de devant la face de V Éternel Dieu, parmi les arires du jardin. »

9. « Mais l'Étemel Dieu appela Adam , et lui dit : Où es-tu? » - '

10. fi Et il répondit : Tai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai craint, parce que j'étais nu, et je me suis caché. »

H . ti Et Dieu dit : Qui Va montré que tu étais nu ?

478 THiOLO«IB Dl LA MATURV.

fTas-tu pa$ mangé de Varbre duquel je favaté défend» de manger? »

i2. « £t Adam répondit : La femme que tu m*a$ donnée pour itre avec moi m'a donné du fruiî de Varbre , et j'en ai mangé. »

i3. € Et V Éternel Dieu dit à la femme : Pourquoi oi^tu fait cela ? Et la femme répondit : Le Serpent m* a séduite , et fen ai mangée »

i 4. « Alors r Éternel IHeu dit au Serpent: Parce quê tu us fait cela ^ tu seras maudU enire tous les animaux et entre toutes les bêtes des champs ; tu mareketas sur ton f)entre et tu mangeras la poussière tous les jours de ta vie, »

1^. « Et jemettrai de Vinimitié etUre toi et la femme; entre ta postérité et la postérité de la femme : cette postériié fécra^ sera la tête ^ et tu la blesseras au taion* »

ids € Et it dit à la femme ; TaugmetUerai beaucoup (on travail et ta grossesse^ et tu enfanteras en travail les enfants f tes désirs se rapporteront à ton mart, et il dominera sur toi. »

17. « Puis il dit à Adam : Parce que tu as obéi à la pa* rôle de ta femme ^ et que tu as mangé de Varbre duquel je t'avais donné ce commandement ^ disant : Tu n'en mangeras point ; la terre sera maudite à cause de toi ; tu en mangeras en travail tous les jours de ta vie, ^

18. « Et elle te produira des épines et des chardons; et tu mangeras ïherbe des champs. »

1 9. « 7tt marieras le pain à la sueur de ton vi»age , jusqu'à ce que tu retournes en la terre , d*où tu as été pris ; car tu es poudre^ et tu retourneras en poudre. »

20. c £( Adam appela sa femme Êva (ou plutôt Hava^ vivifiante) , parce qu'eUe a été la mère de tous les vivants. *

2i . ^ Et f Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des robes de peaux et les en revêtit^ »

22. « Et r Étemel Dieu dit : Void , Vhomme est devenu comme Vun de nous , sachant le bien et le mal. Mais mainunant U faut prendre garde qu'il n'avance sa matn, et ne prenne

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aussi de Varbrs i$ lûis^ et qu*U n'en mange et n'en vwe à iow^ jours. »

S3. « Et r Éternel Dieu le fit sortir du jardin d*Jfden, po%êr lalwurer la terre,^ 4^ laquelle il avait été pris. »

24. K Aimi il chassa V homme f et il logea les chérubins vers r Orient du jardin d'Êden^ avec une lame d'épée de feu, qui se tournait çà et là , pour garder le chemin de V arbre de vie. »

Comment trouver un sens raisonnable dans tout ce cha^ pitre ) en le prenant h la lettre ? Et même en n*y voyant qu'une allégorie» il faut encore l'expliquer tout autrement, et tirer les conséquences par les cheveux , pour arriver k se faire une idée de ce que l'auteur a voulu dire et enseigner par là. En effet, si tout ce chapitre avec le précédent ne sont pas une simple allégorie, comment admettre que les serpents d'alors parlaient et marchaient autrement que sur leur ven^ tre» ainsi qu'ils le font aujourd'hui? On, dira que le serpent dont il est ici question était le mauvais génie , qui avait pris cette forme pour séduire Éva , et avait , en conséquence , la faculté de parler ; soit. Mais alors pourquoi Dieu, dans sa sublime justice, a'-t-il pu pour cela maudire toute la race des vrais serpents et les condamner à marcher dorénavant sur le ventre , à avoir la tète éo'asée par les hommes , à être à ceux-ci un objet d'éternelle inimitié , et condamnés en outre k manger de la poussière? Or tout cela est non-seulement absurde et blasphématoire pour la bonté et la justice divine, mais encore complètement faux sous le rapport anatomique et physiologique ; car jamais ces animaux n'ont pu marcher autrement qu'ils ne le font maintenant, c'est-à-dire que sur leur ventre ; fait prouvé par les détails les plus minutieux de leur organisation , qui est même un chef^-d'œuvre de méca^ nique pour ce mode de locomotion, ainsi que je l'ai fait voir plus haut, en indiquant en peu de mots l'admirable structure du corps de ces animaux. Et si cette obligation de ramper était le résultat d'une malédiction divine, arrivée

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après la création de ces êtres si injastenient hais, le serpent offrirait par Ik même une singulière exception des lois divines de la nature , par lesquelles tous lès animaux présentent dans leur organisation une admirable gradation insensible , par l'effet de laquelle on voit, dans la classe des Reptiles, les organes du mouvement se modifier peu h peu, depuis les Lézards qui courent lestement sur leurs quatre pattes, jusqu'à la série très-nombreuse en espèces fort différentes de la Famille des Serpents qui, enfin, complètement privés de membres, rampent sur leur ventre avec noa moins de rapidité que les animaux les meilleurs coureurs ne se meuvent sur leurs pieds. Or cette gradation dont je viens de parler est la preuve la plus évidente que le mode d'organisation des Serpents est entré dès l'origine du monde dans le plan général que le Créateur a suivi dans tout le Règne animal ; plan qui a ainsi nécessairement préexisté k la Création. D'ailleurs le Serpent, vrai ou simulé de la Bible, n'était que d'une seule espèce ; et si Dieu , dans l'injustice que lui suppose implicitement l'auteur de la Genèse, a voulu frapper tous ses descendants de sa malédiction , pourquoi toutes les autres espèces si nombreuse de cette famille , et appartenant k tous les pays du monde , sont-elles dans le même casf Dieu aurait donc pour ce seul acte individuel d'un serpent, ou du mauvais génie , car on ne sait plus lequel des deux , maudit, non celui-ci, mais l'innombrable race innocente des serpents! Cette croyance ne constitue- 1- elle pas, comme je viens de le dire, un horrible blasphème envers l'Éternel? Enfin ce qui prouve en outre que tout cela n'est autre chose qu'une extravagante allégorie, c'est qu'on n'écrase pas régulièrement et sans exception la tête à tous les serpents, comme le veut la prétendue malédiction divine, et ces animaux ne se nourrissent pas non plus de poussière , comme le dit la Genèse, mais bien sans exception d'animaux vivants; et si certaines espèces seulement sont pourvues d*an venin plus ou moins dangereux , c'est pour leur défense, eo

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blessant leurs ennemis à fontes les parties du corps, et non pas uniquement au talon , ainsi que , selon la Genèse , Dieu l'a voulu.

Dieu,. est-il dit aussi , avait formellement défendu à Adam de manger du fruit de deux arbres plantés dans le jardin d'Éden, de Y Arbre du bien et du mal^ et de celui de la vie; mais que sont devenus aujourd'hui les espèces de ces deux arbres? Personne ne les connaît et jamais ils n'ont été retrouvés depuis. N'auraient-ils existé que dans le jardin d'Éden^ uniquement pour tenter nos premiers parents , et furent-ils détruits de nouveau après qu'Éva se fut laissé séduire par le piège que Dieu lui aurait tendu , uniquement pour avoir un motif de la maudire avec toute sa postérité? Non; on ne conçoit pas comment l'auteur de la Genèse n'a pas compris toute Ténormité de ce nouveau blasphème !

Mais ce n'est pas tout : l'arbre de la Vie n'a même jamais servi k rien , vu que Dieu, après Tavoir créé, pour tenter Adam et Éva , plaça un Ange auprès de cet arbre , avec une épée flamboyante k la main , pour les empêcher d'en approcher, et finit même par les chasser du jardin où se trouvait ce mystérieux végétal.

Comment admettre encore ici la réalité de ces faits sans rabaisser la majesté de 1 Être Suprême jusqu'aux conditions des hommes malfaisants avec préméditation? C'est-à-dire comment est-il possible* qu'on {suisse croire que Dieu ait ainsi provoqué nos premiers parents k cette grande faute, qui , nous dit-on , a été la cause de toutes nos misères , et nous punir, quoique parfaitement innocents , d'un péché commis par d'autres, qui eux-mêmes n'ont succombé qu'à la tentation attachée k l'existence même de cet arbre , que l'Être Suprême a créé pour leur servir de piège? Enfin, pourquoi Dieu a-t-il créé l'arbre de vie, qu'il a ensuite dé nouveau détruit lui-même, sans qu'il ait jamais produit l'effet attaché a sa propriété; fait qui insinue même que Dieu ayant eu des regrets de l'avoir créé, l'a de nouveau fait dis-

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