II
paraHre ; autre- blasphème qui admet rinconséquence de l'Être Suprême , lui qui n'est que sublime Sagesse et Intelligence pure.
L'auteur de la Genèse semble attacher aussi une bien grande importanee à ce fait, qu*Adam etÉya ne s'étaient point aperçus qu'ils étaient teut nus avant d'avoir mangé du fruit défendu , comme s'ils avaient été privés avant des sens de la vue et du toucher , et que, honteux de leur nudité, ils n'osèrent se présenter dans cet état devant l'Éternel , comme s'ils avaient pu. savoir que cela constituait une inconvenance; car qui leur a dit et fait comprendre que, bien que Dieu les eût créés nus, il ne voulait cependant pas qu'ils le fussent; et Adam et Éva s'étant, en conséquence, fait des vêtements avec des feuilles de figuier, Dieu leur en fit, est-il dit, de peau. Encore ici, l'Être Suprême n'est-il pas présenté comme ayant agi avec inconséquence , vu qu'après avoir créé Adam et Éva tout nus, il les vêtit lui-mteie, non en les couvrant de poils- comme les animaux, ainsi que cela aurait dû être pour constituer un vêtement naturel , mais qu'il le leur fit de peau, c'est4i-dire d'obfetsétramgers; en nàême temps qu'on présente en outre l'Éternel comme ayant confectionné ces vêtements lui-même, sans^ accorder la même faveur aux autres l|ommes« Les Sauvages de nos jours et de tous les pays, quoique enfants du même Dieu, vont encore maintenant complètement nus , sans penser que cela est le moins du monde inconvenant devant leur €réatear; et. si les peuples un peu civilisés commencent d'abord k se couvrir les reins, c'est par Teffet niiême de cette civilisation, et par rapport à leuirs semblables, devant lesquels ils ne veulent pas paraître nus, et non parce qu'ils pensent qae la complète nudité soit inconvenante devant Dieu, se déshabillant entièrement quand ils sont seuls , on bien quand ils se baignent, aussi bien d'ailleurs que les hommes les mieui civilisés , quoiqu'on se trouve toujours et partout en présence de rÊtre Suprême, à qui Ton doit du respect. Or tout cela
CBAntaB Vf. 483
ne prouve-t*ii pas , comme d'ailleurs une foule d'antres passages du Peptateuque , que Moïses n*a jamais considéré le Créateur que ^implemeut comme une homme très^puissant , mais capable de toutes les passions humaines?
Pour punir Éva de s'être laissé séduire par le serpent» Dieu la condamna h être soumise k sou mari et à epfanter avec douleur. La première condition p'est-elle pas plutôt I9 conséquepca de la prépondérance de la force brutale de l'homme qui, dans son égoïsme^ a soiimis la femme à son autorité , force prépondérante qui se retrouve chez toas les mâles des autres mammifères » et ne constitue ainsi aucune qualité spéciale de l'homme? Quant k la seconde condition k laquelle Ëva et toutes les femmes ont été assujetties , elle est également attachée à toutes les espèces de cette Classe du Règne animal , et ne constitue ainsi nop plus une e^ceptiop pour l#s femmes seulement; às^oins de pousser la conséquence jusqu'au point d'admettre que la faute de la première femme a été fatale , non-seulement k tout h genre humain • mais même k l'universalité de tou$ les nlammifères y qui auraient été compris dans la même malédiction divine. C'est k de semblables conclusions qu'on est amené, en acceptant le texte de la Genèse comme inspiré k son auteur par l'Esprit divin .
Dieu punit aussi Adam d'avoir cédé k 3a femme, et cela non-seulement en le maudissant personnellement^ mais en étendant , à cause de lui , cette malédiction jusqu'à la terre ; disant qu'elle ne lui produira que des épines et des chardons ; qa'il se nourrira de l'herbe des champs, et qu'il ne mangera tous les jours de sa vie &on pain , qu'en travaillant à ia sueur dç son visage. Et ici 9 d'après la suite du texte* Aiiw semble répondre ï tant de malédictions en nommant sa fefw»e £va , parce qu*élle a été la mire de tous les vivants ; passade si inattendu, qu'on doit nécessairement admettre qu'il a été également interpolé par quelque copiste.
Quoique nous ne puissions pas vérifier si la punition in-
fligée individuellement à Adam et h Ëva a été exécutée, nous savons toutefois qu'elle n*a pas été appliquée rigoureusement à leur postérité , ainsi que les Juifs et les Chrétiens l'admettent, par la foi qu'ils ont daos le texte de la Bible ; la terre produisant , outre des chardons et des épines, aussi une infinité de plantes utiles aux hommes; en même temps que ceux-ci ne sont jamais réduits à se nourrir de Therbe des champs. Enfin Moïses , prêtant à l'É temel l'expression qu'Adam mangera son pain k la sueur de son visage , n'a pas pensé , en écrivant ce passage , qu'il commettait encore là un singulier anachronisme, vu qu'il n'existait pas alors de pain , et que ce mot , par lequel on désignait probablement déjk de son temps la nourriture en général , ne pouvait pas avoir signifié la même chose, dèé la création du monde, pour le prêter k l'Être Suprême.
Au GHAP. III, 22, < V Éternel Dieu dit: Fotct, f homme est 4^venu comme Vun de nous , sachant le bien et le maL Mais inaintenant il faut prendre garde qu'il n* avance sa m^iin , et ne prenne aussi de l'arbre de vie , et qu'il n'en mange, et ne vive à toujours. »
Ce passage, en contradiction avec le principe du monothéisme enseigné par Moïses, provient très-probablement d'un peu de paganisme qui est venu se mêler aux traditions des Hébreux , et que Moïses a un peu légèrement admis en composant la Genèse. Cela est cependant d'autant plus étonnant qu'il place ses paroles dans la bouche de l'Éternel , qui lui-même parle ainsi d'autres divinités; et au verset 24, il est fait mention de chérubins , comme d'ailleurs , dans d'autres endroits encore de l'Ancien Testament, ce qui prouve que Moïses admettait l'existence de ces Divinités subalternes.
De telles contradictions peuvent être facilement admises dans un Poème, où toutes les licences poétiques sont permises, où l'on personnifie tout , même l'Être Suprême, en lui prêtant des paroles contraires à sa Sagesse, et jusqu'à des
passions humaines. Afin d*enibellir le sujet, on a imaginé, pour peindre la félicité de Thomme primitif , de le placer dans un jardin de délices ; mais diverses prescriptions lui indiquaient, d'une part, ce qu'il lui était permis de faire, et de Tautre , ce qui lui était au contraire défendu. Peut-être Fauteur de la Genèse a-t-il voulu exprimer par ces mots : Arbre de vie ^ et Arbre de la science du bien et du mal ^ que dans les premiers jours , Adam et Éva étant exempts de toute souillure par le péché , jouissaient de la félicité la plus parfaite dans le lieu de délices oii Dieu les avait placés; «mais qu'aussitôt qu'ils ont, par Feffet d'une insinuation attribuée au mauvais génie , représenté sous la forme d'un serpent, appris k connaître les jouissances physiques, ils furent portés k en abuser et k désobéir k la volonté de Dieu , et de Ik k s'adonner k tons les vices , par lesquels ils déméritèrent la bienveillance divine. Or le serpent, animal qui par sa forme grêle , aussi bien que par ses mouvements qui s^exécutent sans bruit , peut en effet s'insinuer facilement partout k Finsu de tout le monde , pouvait de Ik très-bien servir de symbole et être considéré comme représentant le mauvais génie ou le vice , qui s'insinue de même dans l'esprit et le cœur des hommes; et le Poète, donnant libre carrière k son imagination , prit la fiction pour la réalité , oublia que le serpent , dont il s'était servi comme simple image, était au fond parfaitement innocent dans le péché d'Adam , et chargea la race entière de ce pauvre animal de la malédiction divine , en la condamnant k marcher sur le yentre; ce qui devait paraître en effet un supplice k l'auteur, qui marchait , selon lui , plus commodément sur ses pieds.
En ne considérant ainsi toujours la Genèse que simplement comme un poème allégorique sur la création , ouvrage que l'auteur n'aurait pas eu l'intention de donner comme une véritable histoire de l'origine de l'univers , quoique plus tard on l'ait regardée comme telle, on peut aussi expliquer con-
486 THEOLOGIE DB LA f^ATURE.
venablcment la transmission , à toute perpétuité , de la tacbe (lu péché originel.
En effet , Adam et Éva en sortant des mains du Créateur , sont' considérés par le Poète comme heureux, vivant dans leig délices de Tinnocence (dansTÉden), encore libres de toute connaissance du bien et du mal , qu'ils ne discernaient pas ; connaissance que Tauteur place altégoriquement dans la nourriture du Truit d^un Arbre, dont la jouissance produit le bien lorsqu^on en use modérément , et le mal quand on en abuse ; mais que cet arbre est plus particulièrement celui du vice , vu que le bien préexistant au mal , sous le caractère de l'innocence , ne devient appréciable comme tel que par son contraste avec ce dernier , et se trouvait ainsi implicitement dans la ménie cause (l'arbre du bien et du mal). Or ce penchant h la jçuissance , Dieu Ta lui-même mis dans rinstinct de l'espèce humaine , sans avoir voulu qu'elle en abusât ; idée rendue matériellement par l'arbre planté parle Créateur dans l'Édeu. Mais séduits par le vice, personnifié dans le serpent qui poussait Adam et Éva a la désobéissance envers Dieu ^ désobéissance qui consistait h contrevenir à son ordre (l'inspiration divine, ou le bien primitif, qu'ils n'avaient pas encore apprécié en le distidguant du mal qu'ils ne connaissaient pas ) , il se laissèrent aller k l'abus par la séduction , ou par le désir de posséder l'avantage illimité de la jouissance ou le bonheur en général (d'être égaux à Dieu), ainsi que le leur insinuaient leurs penchants aux plaisirs matériels, représentés par le goût du fruit de l'arbre, ils ont été, par un enchaînement de conséquences naturelles , conduits aux péchés , dans lesquels ils ont entraîné toute leur postérité ( le péché originel), en lui transmettant aussi avec les tncrnes instincts, le penchant à tous les abus. Ici l'auteur dé la Genèse , présentant nos premiers parents comme ayant, par leur infraction au commandement de Dieu , cessé de mériter sa bienveillance , le Créateur les abandonna k leur libre arbitre (en les chassant d'Édèn ).
CHAPITM XIV. 487
Ayant ainsi appris à connaître et h discerner le bien du oiai , connaissant l'un par Tinspiration divine de ramour , de la reconnaissance et de la justice , et Tautre par les insinuations des velléités pour les jouissances matérielles, que le Poëta considère , dans sa fiction , comme ayant dû exciter d*abord les sens de la femme , comme étant un Être plus faible , et de là plus facile que l'homme à détourner de ses devoirs; et par elle aussi, le mari qui , cédant aux séductioM qu'Eva lui offrait, se laissa également entraîner aux mêmea vices.
Adam et Éva une fois abandonnés à eux-mêmes , le Poète personnifiant en eux tous leurs descendants» les montre (en disant qu'ils furent chassés du jardin d'Éden ) comme forcés , pour satisfaire leurs penchants vicieux, d'avoir recours au travail^ afin d'y trouver les moyens de pourvoir k tous leurs besoins.
En résumé , il me parait que l'auteur de la Genèse a uniquement voulu exprimer par une allégorie , dans tout ce cha^ pitre, que l'homme, naturellement porté au bien par les inspirations divines , est en même temps excité par ses sens qui le mettent en rapport avec tout ce qui n'est pas lui dans l'univers, k s'adonner k la jouissance de tout ce qui lui paraît momentanément agréable , et qu'abusant bientôt de ses impressions sensuelles , il s'y livre entièrement en oubliant ses devoirs; enfin que la tentation, irrésistible pour Adam, vint d'Éva. Quoique cette passion de l'homme pour la femme entrât dans les vues providentielles de l'Être Suprême, ainsi qu'on l'a vu dans un autre endroit de cet ouvrage où j'ai parlé des fonctions organiques, les effets de l'abus de cette passion n'en constituent pas moins des vices, et par conséquent le péché.
Aux chapitres lY et Y de la Genèse, l'auteur indique la génération des hommes depuis Adam jusqu'à Noah ; espace de temps qui constitue le premier âge du monde; mais eu-r core ici <se trouve le style du Poème, avec toutes se^^ exagé-
488 THÉOLOGIS D£ LA NATURE.
rations, ses impossibilités et ses contre-sens; ce qui prouve que malgré la forme d'un récit de faits successifs, ce n*est aucunement une histoire réelle, mais bien tin Poënae. II résulte même de la manière dont le sujet est traité, que ces chapitres ne sont qu'un assemblage de fragments provenant probablement de plusieurs auteurs, et qu'on à liés ensemble, vu qu'on y trouve des faits rapportés aussi ailleurs, et souvent tout différemment ; fragments k l'égard desquels divers commentateurs qui voulant tout expliquer en donnant ani différents faits des significations selon le système hypothétique qu'ils ont admis , sont peut-être aussi tombés dans de grandes erreurs; et je ne chercherai en conséquence pas à en donner une explication , me contentant de faire simplement ressortir les contradictions et les impossibilités.
Il est parlé dans le chapitre IV des deux premiers fils d'Adam, Gain et àbel, dont le premier était Laboureur ei le second Pâtre : deux états qui supposent déjk une civilisation fort avancée, et qu'on ne trouve que chez des Peuples organisés en nation. Or Gaîn ayant tué ison frère. Dieu le maudit et le marqua, afin qu^on le connût et que personne ne le tuât; ce qui suppose qu'il existait déjk alors encore d'autres personnes, outre sa famille dont les membres n'avaient pas besoin qu'il fût marqué pour le connaître. Mais Cuin fuit dans des contrées étrangères et y bâtit une viUe. Ce qui suppose, en outre, non-seulement un grand amas de population sur un seul point, mais encore un haut degré de civilisation. Or cette civilisation fit de si rapides progrès que déjk , k la septième génération , les descendants de Coin avaient inventé les violons et les orgues (Châp. IV, 21) ; et k la même époque, parurent aussi déjk parmi les descendants de Caïn des ouvriers {orgeant Vairain et le fer (Verset 22); arts qui demandent des connaissances scientifiques fort avancées, ces métaux ne s'obtenant pas si facilement de leurs minerais, dans lesquels il a fallu d'abord qu'ils fussent découverts ; et tout cela s'est fait k peine deux cents ans ^près
CHAPITRB XIV. 4S9
la création. Enfin, pour comble de prodige, Ëva noiit encore après tout cela , à l'âge de 130 ans , son troisième flls Seth au monde ( Verset 25 ) ; et c*est du temps d*ENOS, fiis de ce dernier^ qu'on imagina le nom d'Éternel (Iéhova) {Verset 26), dénomination qui ne fut cependant créée que par Moïses (1).
Seth vécut 912 ans; son fils Enos, 905; Kénan, fils de celui-ci» 910, et ainsi de suite. Ghâp. Y, 8-14.
La généalogie étant parfaitement suivie, en indiquant exactement l'époque de la naissance de chaque descendant, il est facile de calculer Tannée de Tâge du monde à laquelle chacun est né; d'où il résulte ^ue NoÉ, le contemporain du déluge, serait né Tan 1101 ; et le Déluge serait arrivé Tan 1701, tandis que, suivant ce qui est dit au chapitre XI, 10,, il aurait eu lieu en Fan 1699. Quoique la différence ne soit que de deux années, cela marque toutefois une erreur , et prouve au moins des altérations dans le texte.
Les chapitres VI, YII, sont relatifs k Noé et au déluge. Après avoir parlé de la corruption k laquelle les hommes étaient descendus, l'auteur dit , Chapitre ¥1,4 : « En ce tempsTÎà il y avait des Géants sur la terre^ et cela après que les fils de Dieu se furent joints avec les filles des hommes ^ tt qu'elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces puissants hommes qui de tout temps ont été des gens de renom. »
Or ce passage ressemble singulièrement k de la Mythologie, et parait bien être emprunté a quelque croyance païenne , où les hommes puissants sont considérés comme descendant des Dieux. Mais l'auteur ne s'y arrête pas davantage, et arrive, au Chapitre VI, k dire : Verset 6. * Il (Dieu) se repentit d'avoir faitl\homme sur la terre ^ et il en eut un grand déplaisir dans son cceur. »
1. € Et V Etemel dit : J'exterminerai de dessus la terre les hommes que fai créés^ depuis les hommes jusqu'au bétail^
(l)îVoyex la note n? 22.
490 TBiOLOeil D« LA NATVM.
jusqu'à tout ce qui rampe « même jusqu'aux oiseaux des deux; car j€ mé repens de les avoir faits. »
C'est un d« ces nombreux exemples dont tout T Ancien Testament est rempli, où non^seulement Tauteur de la Genèse, mais aussi tous ceux qui ont contribué à la rédaction des Livres canoniques des Juifs, prêtent k rÉternel, qui n'est que bonté et justice , des expressions de colère portées parfois jusqu'k la haine la plus injuste contre des Êtres innocents , assimilant ainsi l'Éternel aux hommes mus par les passions les plus violentes ; ce qui tnontre quelle singulière idée ils se firent du Dieu qu'ils adoraient, reproche que méritent d'ailleurs trop souvent aussi les Prêtres chrétiens de nos jours , qui se permettent de parler, dans leurs exhortations au peuple, de la colère divine, de la vengeance et des matédiétions de Dieu, qui tombent comme des fléaux sur des nations entières, sans distinction de coupables et d'innocents ; et c'est sous cette étrange forme qu'ils pensent le mieux exprimer leur respectueux amour et leur fervente foi dans la sublime sagesse, la bonté et la parfaite justice de VÈVte Suprême, ae comprenant pas qu'ils transmettent par Ik à ceux qui les entendent , à la fois l'idée la plus fausse et la plus perverse qu'on puisse se faire de Dieu , en même temps que ces ex^ pressions sont plus capables de faire haïr la Divinité que de la faire aimer et adorer.
Du Verset 14""* au 21"^« il est dit que Dieu , avant de faire venir le Déluge, ordonna k Noab de construire une Arche, dans laquelle il devra se retirer avec sa famille, en y pjjaçant en outre une paire de tous les animaux^ afin de conserver leurs races ; lui indiquant jusquHiux dimensions et la forme que ce vaisseau gigantesque devait avoir, c'est-à-dire 300 coudées de long, 50 de large et 30 de haut. Or c'est dans ce bâtiment que devaient être reçues toutes les espèces animales du monde entier^ et bien entendu les plus redoutables comme les plus utiles. Ici l'idée de l'impossible est telle qu'il est inutile de faire la moindre objection. Si Tautear
cBAmni xiT. 49i
parlait de cette arche comme d'un simple fait historique, oq pourrait attribuer son exagération k son enthousiasme poétique et h son manque de réflexion ; mais il présente ce vaisseau comme ayant été construit par Tordre tout exprès de Dieu parlant directement h Noah; ce qui ne peut laisser aucun doute que toute cette histoire de l'Arche et de ce Déluge soi-disant universel n'est qu'une pure invention de l'auteur, où il s'est largement permis toutes les licences poétiques excusables dans un poème, et jusqu'à renfermer dans ce bâtiment une paire de tous les animaux, même de ceux de la Nouvelle-Hollande et de l'Amérique, sans excepter même le serpent à sonnettes de ce dernier continent , qui s* est sans doute laissé docilement porter dans ce vaisseau, d'où il s'est ensuite rendu sur le nouveau continent.
Aux Chap. VII et YIII . est raconté avec plusieurs répétitions des mêmes faits, le ^rand cataclysme du Déluge qui dura quarante jours ; et ce ne fut que cent cinquante jours après seulement que , les eaux qui avaient dépassé les cimes des plus hantes montagnes, recommençante baisser, l'arche put prendre terre sur le mont Ararat en Arménie.
Mais comme Moïses savait tout par révélation , il aurait dû dire aussi où est allée ensuite cette immense masse d'eau qui s'est perdue en si peu de jours ; le miracle en valait la peine.
Lé Ghap. IX est relatif à ce qui se passa après la sortie de l'Arche où Noah , âgé alors de six cents ans , éleva un autel à l'Être Suprême , qui lui promit que jamais il ne détruirait plus la terre par un déluge, et lui annonça qu'il contractait une alliance avec lui et toute sa postérité {Verset 9). Or comme tous les hommes avaient été détruits , Noah étant de Ih , suivant le texte , le Père unique de tout le genre humain, cette alliance comprit en conséquence , non-seulement les Israélites descendants plus tard d'Abraham, mais aussi toutes les nations païennes ; et contractant ainsi un pacte avec tout le monde, il n'en forma en réalité aucun avec per-
sonne en particulier; et si dans la suite il est dit dans la Bible que Dieu a contracté des alliances avec Abraham , cela dit tacitement qu'il a rompu celle contractée avec Noab. C'est ainsi qu'encore ici l'Être Suprême est représenté comme un simple homme qui prend des engagements et les rompt ensuite de nouveau , acte qui se trouve du reste exprimé maintes fois dans l'Ancien Testament, où il est dit que Dieu a contracté des alliances» même avec serment, pour les rompre presque immédiatement après, comme s'il n'avait pas eu le pouvoir de forcer ceux avec qui il traitait à exécuter fidèlement leurs devoirs envers lui.
Or il est dit aussi au Verset i 0 que Dieu a contracté alliance avec les Animaux. Comment doit-op expliquer ce fait? car le mot alliance sous-entend un engagement réciproque, et en existe- t-il un entre la Divinité et la Brute? Celle-ci a -t- elle promis quelque chose k son Créateur? cela supposerait que les animaux conçoivent la Divinité, et sans vouloir trancher la question, on peut demander si Moïses a eu cette croyance.
Noab, est-il dit, planta le premier la vigne et en tira du vin dont il s'enivra au point d'avoir resté tout nu, et que son fils Cham, l'ayant vu dans cet état, alla le dire k ses frères qui couvrirent leur père d'un manteau , ayant eu soin de s*approcher de lui k reculons pour ne pas voir sa nudité : procédé dont Noah leur sut gré et les bénit ; tandis qu'il maudit au contraire, non pas celui qui l'avait vu nu et qui avait rapporté le fait a ses frères , mais Chanaan , l'un des fils de ce dernier, lui qui était complètement innocent ; acte d'une singulière justice que l'esprit divin aurait aussi dicté k l'auteur de la Genèse.
Au Chap. X , sont indiqués les descendants de Noah qui eut trois fils , Schem , Cham et Iaphet, dont chacun eut k son tour plusieurs enfants.
Mais entre autres Cham eut pour fils Cus , père de Nimrod , « qui commença d! être puissant sur la terre, » Verset. 8. Or
cHAniRV XIV. 493
comment déjà le petif-fils de Cham pouvait-il être puissant et le premier roi de Babylone? ce qui suppose une nombreuse population.
Ghanaan s'établit dans le pays de ce nom dont ses descendants furent plus tard chassés par les Israélites, les des^ cendants de Schem.
C'est en effet de ce dernier qu^est descendu Abraham, chef de la nation Israélite qui , originaire d' Vr en Chaldée ou Mésopotamie y alla avec Lot, son neveu, s'établir par ordre de l'Éternel dans le pays de Cbanaan que Dieu leur offrit.
C'est au Chap. XI qu'il est parlé de Tédification de la ville de Bahel ou Bàbylone et de sa célèbre tour, dont TÉternel empêcha l'achèvement en confondant le langage des ouvriers et en dispersant ceux-ci, disant : Verset 7. « Venez donc , descendons , et confondons là leur langage^ afin qu'ils ne s^entendent point les uns les autres, d
Ici Moïses , faisant parler l'Être Suprême au pluriel , semble admettre en effet, la pluralité des Dieux; mais on peut penser aussi que Dieu parlait ainsi h ses Anges désignés déjà au premier chapitre sous le nom de Chérubins.
Mais comment concevoir que le monde entier ayant été bouleversé par le Déluge, Nimrod , le petit-âls de Cham , pût déjà être assez puissant sur la terre (Chap. X , 8) pour bâtir, même au commencement de son règne, plusieurs villes considéral;)les telles que Erec^ Accad, Calné et surtout £abylone au pays de Shinhar , près du golfe Persique , à plus de cent cinquante lieues du mont Ararat où Noah prit terre avec l'Arche; tandis que Chanaan, l'oncle de Nimrod, alla s'établir avec les siens dans une tout autre direction sur les côtes de la Méditerranée dans un pays auquel il donna son nom, également à plus de cent cinquante lieues du mont Ararat; deux faits qui supposent que la famille de Noah , la seule qui existât alors sur la terre après le grand cataclysme du Déluge, s'était multipliée avec une rapidité qui passe
4M TH^LOOIB PB LA HATUEI.
toute imagination ; entreprenant déjà à la troisième génération de b&tir sous Nimrod la gigantesque tour de Babel qui devait aller toucher au ciel , édifice considéré en effet» pour ses immenses proportions, comme Tune des mérv^les du monde , ce qui exigeait le concours d'une immense population.
Enfin ABRAHAM , un simple particulier voyageant avec ses troupeaux, qui vécut k peine cent ans après le Déluge, trouva en outre , non-seulement l'Egypte déjà peuplée ^ mais prit même part, en s' alliant k cinq Rois, k une guerre contre quatre autres monarques dont l'un était le roi d'Assyrie, si éloigné du pays de Ghanaan théâtre de la guerre. Or de semblables exagérations ne peuvent être admises , ainsi que je l'ai déjà dit, que dans un Poème où toutes les fables, les anachronismes les plus extravagants et jusqu'aux impossibilités physiques sont permis,
A en croire la Genèse , tous les peuples de la terre étant devenus idolâtres , l'Éternel fit choix d' Abraham pour être le chef d'un peuple avec lequel il voulut contracter une nouvelle alliance afin qu'il le reconnût pour le seul vrai Dieu et qu*il ne rendit de culte qu'à lui. Ge premier chef des Israélites , le soi-disant peuple de Dieu , fut , ainsi que je l'ai déjà dit, originaire d'{7r dans la Chaldée septentrionale, appelée plus tard la Mésopotamie (Chap* XI). Son Père, nommé Terach. quitta cette ville avec deux de ses fils, Abraham et Nagor , ainsi qu'avec Lot , son petit-fils , né de Caran, son troisième, pour aller s'établir dans le pays de Chanaan; mais il s'arrêta k Char an, en Mésopotamie, où il demeura quelque temps et y mourut. C'est là que TÉterael apparut à Abraham et lui ordonna (Chap. ZII) d'abandonner sa parentèle pour se rendre dans le pays qu'il lui montrerait, lui promettant de le prendre, ainsi que tous ses descendants, sous sa protection toute spéciale ; lui assurant qu'il lui donnerait ce pays en héritage. Or le pays qu'il lui désigna fut précisément celui de Ghanaan où Terach avait le projet de
8'éU|)lir. Abraham quitta en conséquence son frère Nacor et partit avec LfOt , son neveu , emmenant leurs familles , leurs serviteurs et leurs troupeaux en se portant vers TOecident où était situé ce pays promis.
Comme la famine régnait alors dans cette contrée, ils allèrent jusqu'en Egypte, où ils ne restèrent toutefois que peu de temps,
Abraham craignant qu on ne le tuât pour lui enlever sa femme Sara , qui était fort belle , il la fit passer pour sa soeur, et la céda sous ce nom au Pharaon qui , bien qu'il fût innocent d'avoir pris une femme mariée, en fut sévèrement puni par TËternel, qui lui apprit le crime qu'il avait commis ; et le roi , reprochant k Abraham de l'avoir ainsi trompé , lui rendit de suite sa femme , et le chassa de son pays , en lui donnant toutefois des Brebis , des Bœufs , des Anes et des Serviteurs , en dédommagement des torts qu'il avait eus; dédommagement qu'Abraham reçut sans diffi* culte 9 quoique fort peu honorable pour un homme que Moïses nous présente comme l'allié de l'Éternel ; et qui encouragé par un si beau succès, n'eut rien de plus empressé que d'employer bientôt après le même moyen de s'enrichir auprès d'Abimelec, roi de Guérar^ ainsi que nous le verrons un peu plus loin. Or, suivant l'opinion des Orthodoxes , ces deux histoires passablement scandaleuses, ainsi que d'autres du même genre , auraient été dictées à Moïses par l'Esprit divin.
Les chapitres suivants, jusqu'au XXV% ne traitent que de l'histoire d'Abraham, qui, d'après tout ce qui est dit de lui dans la Genèse, était un riche propriétaire de troupeaux « menant la vie nomade des Bédouins d'aujourd'hui ; vivant de même sous des tentes qu'il dressa partout où il trouvait de bons pâturages pour son bétail.
Après avoir de nouveau quitté l'Egypte par ordre du Pharaon , Abraham , devenu très riche, revint en Chanaan et se sépara de Lot, le. pays où. ils étaient ne pouvant pas nourrir
496 THiblïOGIB DB LA MATVRV.
tous leurs^ troupeaux. Lot alla s'établir dana les piamès du Jourdain, tandis qu'Abraham resta en Ghanaan; contrée que Dieu avait donnée à tout jamais en héritage à lui et à sa postérité. Or la Bible elle-même nous apprend ce qu'est devenue cette soi-disant grande promesse, qui aboutit au transport des Israélites en captivité à Babylone.
Abraham s'étant établi dans le pays de Hébron , entre la mer Morte et la Méditerranée , il arriva qu'ayant pris part à une guerre contre plusieurs Rois qui avaient envahi cette contrée, il contribua puissamment à les battre, avec trois cent huit hommes de sa maison, les repoussant jusqu'au delà de Damas. Pour récompenser ce grand service, Abraham futbéni au nom du Dieu fort , souverain des deux et de la terre , par >M£LGHisÉDEG , roi dc Salem, sacrificateur du Dieu fort (Chàp. XIY, 18) ; passage d'où il résulte qu'Abraham, venu de la Ghaldée , n'était pas le seul qui rendît déj^ dès lors un culte au vrai Dieu.
Au Chàp. XY , il est dit que l'Éternel renouvela son alliance avec Abraham , en promettant de donner k ses descendants non-seulement le Chanâan , mais encore tout le pays entre le Nil et l'Euphrate; et lui prédit (Chap. XV, 13) : Que sa postérité habitera comme étrangère, pendant quatre cmts ans, dans un pays où elle sera affligée et servira aux habitants.
Cette période de quatre cent trente ans de servitude en Egypte , prédite à Abraham , est également indiquée dans l'ExoDE (XII, 40); tandis que, suivant les chronologistes, qui comptent par générations (supputations qui peuvent être très -fausses), et surtout d'après l'historien Fl. Ioseph, le séjour des Israélites en Egypte n'aurait duré que deux cent onze ans; et au Yerset 16 du Chap. XY de la Genèse , il est dit que ce serait même déjà k la quatrième génération que les Israélites reviendraient en Ghanaan ; ce qui constitue encore une singulière contradiction, qui ne saurait être attribuée k une faute de copistes. Il est vrai que celte prédiction ne fut faite qu'en songe à Abraham , ainsi que cela était
CHAPITRX XIV. 497
assez ordinairement le cas pour toutes les visions et prédietions faites aux anciens; c'est-k-dire qu'ils considéraient comme des avertissements du ciel tout ce qui leur apparaissait dans leurs rêves ; d'où est venue la bizarrerie de cette sorte de faits rapportés comme vrais. Mais comme le séjour des Israélites en Egypte est un fait réellement arrivé , cette partie de la prédiction faite, pendant le sommeil, k Abraham s'étant confirmée , il s'ensuit que tout aurait dû s'accomplir de même.
Ghap. XYII , rÉternel renouvelle encore son alliance avec Abraham , en lui promettant de nouveau de multiplier ses descendants, en l'engageant à marcher devant sa face en intégrité; ajoutant. Verset 2 : « Et je fekki alliance avec toi. » D*où il résulte clairement qfue les premières alliances ont été considérées comme nulles, sans aucun doute parce que Abraham les a méconnues. Or c'est ainsi que l'Être Suprême est présenté comme étant celui qui sollicite la bonne harmonie, et promet de grandes récompenses k ceux qui resteront fidèles k leurs engagements; c'est-k-dire que l'Éternel est considéré ici , comme partout dans l'Ancien Testament , comme un simple homme avec qui Ton passe des traités k forfait ; alliance que , suivant le texte , Dieu établit toujours a toute éternité. (Verset 7.)
Il est dit dans le même Chàp. , Versets 11 et suivaMs, que la circoncision devra être le signe de cette alliance , el sera non-seulement pratiquée sur les enfants descendant d'Abraham, mais aussi sur tous les esclaves achetés des étrangers; d'où ressort que le peuple juif se composait plus tard , non plus uniquement des descendants d'Abraham , mais encore d'une foule d'individus, nés des esclaves; ce qui explique
jusqu'k un certain point la rapide augmentation de la nation israëlite.
Au Verset 19, Dieu renouvelle, et toujours comme devant être perpétuelle , l'alliance dont il a déjk été plusieurs fois question, en promettant k Abraham de lui faire n ai ire If* d«
408 THÉOLO«iB DB LA MATURE.
un fils de^sa femme^ ûgie de quatre^ngt-dix am^ stérile jusqu^alors.; et c*est de ce fils , qu^il appela Isaag , que naquit ûcQB, que Dieu nomma plus tardisiuEL, lequel fut le Père des douze Patriarches , chefs des douze tribus , connues ensemble sous le nom dlsRAELiTEs.
C'est aux €hap. XVIII et XIX qu'il est question de la destruction , par ordre de Dieu , des villes de Sodomeei de GomQrrhe « pour les péchés de leurs habitants ; passage où il est vraiment remarquable de voir comment l'auteur de la Genèse traite TEternel en simple homme» rapportant nne ridicule conversation qu'Abraham eut avec lui, dans le dessein d'obtenir le pardon de ces.deux villes ; et plus loin la scandaleuse conduite de Lot et de ses deux filles.
Chap. XVIII. < 1. L Éternel apparut à Abraham dans le$ plaines de Mamré , comme il Hait assis à la porte de sa tente pendant la chaleur du jour. »
2. < Car^ levant les yeux^ il regarda y et voici y trois hommes parurent près de lui {c'était Dieu, et deux Anges); et dis qu'il les eut aperçus , il courut au-devant d'eux de la porte de sa tente ^ et il se prosterna en terre; » . 3. « £< i< dtl : Mon Seigneur ^ je te prie , si j'ai trouvé grâce à tes yeux , ne passe point » je te prie , la tente de ton servi-^ teur. D
4. « Qu'on prenne , je vous prie , tin peu d'eau , et lavez vos pieds ; cependant reposez-vov^ sous un arbre, »
$. « Et j'apporterai un morceau depain^y afin de fortifier votre cœur ; ensuite vous passerez outre; car c'est pour cela que vous êtes venus vers votre seA)iteur. Et ils dirent : Fais ce que tu as dit. »
Abraham leur fit servir sous l'arbre une légère collation.
Jusqu'ici tout serait parfaitement bien si Abraham avait cru avoir de véritables voyageurs devant lui, auxquels il aurait offert l'hospitalité ; mais déjà , par cela même qu il s'est prosterné devant eux , et surtout la conversation qu'il eut» peu après, avec l'un d'eux» prouvent qu'il avait re^
connu Ynn pour rÉternel. Or ces trois hommes ,, car q'est ainsi qu'on les nomme, annoncèrent k leur hâta que aa femme, malgré son grand âge de quatre-vingt-dix ans, lui donnerait bientôt un fils; promesse dout rÉlernel , qui sa nomma , lui donna rassurance.
Ver$et 16. ^Et ces hommes se levèrent de là , et regar^ aèrent vers Sodome; et Abraham marchait avec etix^ pour, les conduire, »
17. € Et V Éternel dU : Cachera^e à Abraham ce que je m'en xais faire ? n
20. « Et î Éternel dit : Parce que le cri de Sodome et de Gomorrhe est augmenté , et que leur péché est trés^grave ; »
21. < Je descendrai maintenant , et je verrai^ s'ils ont in^ tiérement fait toutes ces choses dont le cri est venu jtksq^Cà moi; et si cela n*est pas » je le saurai. »
22. a Ces hommes donc partant de là , allaient vers Sor. dôme; mais Abraham se tint encore devant V Éternel, »
Le doute que rÉternel exprime dans le Verset 21 montra que Moïses ne lui attribuait pas la toute-science, disant qu'il allait s'informer si , en effet , les habitants de Sodome étaient aussi coupables qu'on le prétendait : doute que peut avoir un homme, mais qui n'est point admissible chez Dieu; mais c'e$t surtout ici où commence le ridicule dialogue entre l'Éternel et Abraham , où ce dernier marchande avec Dieu » pour obtenir le pardon de Sodome , absolument comme avec un honune auquel il veut arracher le plus de concessions possible, allant jusqu'au pg^nt de lui reprocher même d'àvance l'acte injuste qu'il se proposait d'accomplir.
23. ^ Et Abraham s* approcha et dit : Feras- tu périr même le juste avec le m>échant ? »
24. n Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville ; les feras-tu périr aussi? Ne pardonneras-tu poinU à la ville , à cause de cinquante justes^ s* ils y étaient? »
2§. n II ne sera pas dit de toi que tu fasses mou4'ir le juste avec le méchant t et que k juste soit traite comme le méchant.
KOO THfiOLOGIS DS LÀ NATURE.
Non y cela ne sera pas dit de toi. Celui qui juge toute la terre ^ ne fera-t-il point justice ? j>
Et l'Éternel loi ayant promis de pardonner k la ville s*il y trouvait cinqaa'^te justes , Abraham lui demanda s*il ne ferait pas auss pardon s*il n'y en avait que quarante - cinq ; et cela lui ayant encore été accordé , il demanda successivement le même bienfait pour quarante , trente , vingt , et même pour dix seulement ; ce que Dieu accorda encore , mais en s'en allant; et Abraham retourna chez lui.
Chap. XIX, 1. < Or, sur le soir les deux Anges ^nrent à Sodome, Et Lot, qui était assis à la porte de Sodome^ les ayant vus , se leva pour àtter au-devant d'eux , et il se prosterna le visage en terre, »
Lot, qui parait les avoir également pris pour des voyageurs, leur offrit l'hospitalité , qu'ils acceptèrent; et des gens du peuple s'étant rassemblé^ devant sa porte en demandant à les voir, Lot sortit et les pria de ne point leur faire de mal , ajoutait , Verset 8 : « Voici , j'ai deux filles , qui n*ont point encore connu d'hommes; je vous les amènerai, et vous les ' traiterez comme il vous plaira , pourvu que vous ne fassiez point de mal à ces hommes , parce qu'ils sont venus à Vombre de mon toit, d
Il est sans doute fort beau de regarder l'hospitalité comme un devoir sacré , et de la faire respecter, même au risque de sa propre vie; norais tout Iç monde conviendra que la transaction qu'offrit Lot passe toute limité , et cela au point qu'on ne conçoit pas comment l'auteur de la Genèse a pu se permettre de la consigner dans son Livre.
Mais ce qui est encore plus fort, est que Lot s'étant réfugié dans une grotte , quand Dieu détruisit les villes de Sodome et de Gomorrhe, ses deux filles voulant conserver la race de leur Père, convinrent de l'enivrer, afin de se prostituer plus facilement à lui , et d'en avoir des enfants ; infâme commerce dont Tune eut pour fils Moab , dont sont descendus les Moabife$ , et l'autre Bén-Hammi , le chef des
CiunTiti xiY, 501
Hammoniles , deux peuples qui habitèrent à rorient du Jourdain.
Or c'est une famille aussi souverainement méprisable que Fauteur de la Genèse prései^te comme le modèle de la vertu » Tunique famille qui dans les deux villes mérita h protection divine. Que pouvaient donc avoir fait, sans exception aucune, les autres habitants de Sodome et de Gomorrhe?
Les deux Anges qui avaient pris Lot et^a famille sous leur protection leur défendirent, en les faisant sortir de la ville, de regarder en arrière ;
26. « Mais la femme de Lot regarda derrière soi , et éUe devint une statue de sel. »
Comment , parce que, effrayée par le fracas de la destruction de la ville , cette pauvre femme regarda en arrière , malgré la défense sans raison des Anges, elle est, pour cette faible contravention , punie de mort , et transformée en une salue de sel ! Métamorphose qui égale certainement toutes celles consignées dans la Fable , tant pour les motifs que pour le miracle; et la Bible n*a certes rien à reprocher aux Métamorphose^ d'Ovinius : encore le Poète païen n'a-t-il jamais prétendu avoir fait là un ouvrage historique.
AuChap. XX, est rapporté une seconde histoire absolula^nt semblable k celle du Chap. XII, où Abraham ^yant fait passer sa fenime Sara pour sa scaur , la cède au roi d'Egypte. Ici il a recours au même stratagème pour la céder ^ Abiméleg , roi de Guérar^ pays qu'il vint habiter quand il fut chassé d'Egypte -, acte honteux s*il en fut , sur lequel il 8{^cula de nouveau , dans Tespoir de s'enrichir. Mais Dieu mpêcha cette fois la consommation du crime, en le rêvé* lantà Abimélec qui, protestant de son innocence, en dcr nitnda pardon à l'Éternel ; et , rendant Sara è son mari , y a£9u|a mille pièces d'argent, des brebis, des bœufs, des serviteurs et des servantes , en lui reprochant toutefois son ignoble action. Or sait-on comment Abraham s'est excusé tout eu acceptant le prix de sa honteuse conduite? c'est en di-
HOt TBiOLOClfe Dt ta MATURE.
saiit qu'il n'avait point trompé le roi , Sara étant en effet sa sœur par le Père^ mais non par la Mère (Verset 12) , avonant ainsi encore un autre acte immoral , dont on ne trouve pas d'exemples même chez les peuplades les plus abruties. Mais cequ'ity a de souverainement ridicule à côté de l'odieux, dans ce traflc d'Abraham , c'est que Sara avait alors plus de 90ans.(CHAP. XVII, 17.)
L'Éternel ayant promis h Abraham que sa femme, quoique très-âgée, lui donnerait un fils, cet enfant naquit en effet un an après, et fut nommé Isaag. Sara, une fois mère, devint jalouse d^ACAii, sa servante, qu'elle avait elle-même donnée comme concubine h son mari , afin d'en avoir un enfant ; elle engagea alors Abraham de chasser cette fille avec son fils Ismael ; et, docile aux exigences de sa femme, il la renvoya, en ne lui donnant pour tout moyen de subsistance que du pain et une bouteille d'eau (Chap. XXI, 14) ; mais Dieu ayant vu sa misère , vint à son secours , en la faisant habiter dans le désert de Paran , où elle se maria avec un Égyptien.
Le Chap. XXII est relatif au sacrifice d'Isaac, que Dieu commanda k Abraham pour éprouver sa foi. Mais au moment où déjh lié et couché sur le bûcher, le père voulut égorger son enfant, un Ange l'arrêta, en lui disaht de ne point continuer; que Dieu voulut seulement s^assurer par là de son obéissance; et rÉterneî, lui parlant lui-même, lui renouvela encore de nouveau la promesse d'une alliance, en disant, Verset 16, qu'il le lui jurait par lui-même. C'est*k-dire que toujours la Divinité figure dans la Genèse comme un simple homme, qui a même besoin de jurer ce qu'il promet, afin qu'on ait confiance en lui.
Sara étant venue k mourir k l'âge de cent vingt-sept ans, son mari, qui, ^ ce qu'il parait, ne possédait, aucune terre dans lé pays de Chanaan , où il habitait comme pfttre nomade sous des tentes, kla manière des Bédouins d'aujourd'hui, demanda au peuple Hétbièn de lui céder unepojf^-
cmAnmi xit.
sion où il aurait le droit de $ipultw*e (Chap. XXIII, 4), pour y enterrer sa femme. Or lesbabitants de la ville lui accordé* rent non-senlemeut ce droit, mais lui offrirent même leurs propres sépulcres, en ajoutant qu'aucun d'eux ne le lui refuserait. Mais Abraham ayant exprimé le désir d'en avoir un k lui propre, et spécialement celui de Héphron, demanda k le payer ce qu'il valait. Mais ce dernier le lui offrit de la manière la plus généreuse en présent ; ce qu'Abraham ne voulut pas accepter. Conduite noble et généreuse pour laquelle les malheureux Héthiens furent plus tard payés de la plus hor» rible ingratitude par les Israélites, quand ils vinrent d*Égypte faire la conquête du pays, qu'Abraham regardait déjk comme sien, sur la promesse si «ouvent réitérée de rÉternel.
Abraham songeant k marier son fils , et ne voulant pas qu'il prit une Chananéenne pour femme, chargea son inten» dant d'aller en chercher une dans la Mésopotamie, d'où il était originaire ; et rhistorique de ce voyage et du choix que ce dernier fit de la belle Rébecca, petite- fille du frère. d'Abraham , est fort gentiment rapportée au XXIV® Chap. de la Genèse. Je dois toutefois faire remarquer qu'à plusieurs reprises, les membre;s de la famille de Rebecca , parlant de l'Éternel , montrent par là qu'ils le reconnaissent pour leur Dieu ; d'où il résulte que le Créateur était également adoré en Chaldée, quoique les habitants de ce pays, et entre autres les parents d'Abraham, eussent en même temps des idoles, ainsi qu'on le verra un peu plus bas.
Abraham se remaria pour la seconde fois après le ma-^ riage d'Isaac : ce qui suppose qu'il avait au moins 150 ans (XXV. SO,); il eut encore six fils, qui non-seulement ne profitèrent point du bienfait de l'alliance de leur père avec l*Éternel, mais il eut même l'injustice de les déshériter, pour laisser tout son bien à Isaac (Verset S) , se contentant de leur faire de simples présents > et les éloigna en les envoyant ver$ r Orient , ce qui ne fut guère honorable pour ce soi-disant allié de Dieu. Il ne renvoya toutefois pas son premier
504 THEOLOGIE DK LA NATURB.
fils IsMAEL , qirii parait avoir repris après l'avoir eu chassé avec sa mère. Or ce premier-né eut seul douze fils , devenus autant de Princes ( Verset 16) dont les sajets occupèrent le pays entre Havila (1) et l'Egypte; ce qui comprend Timmense étendue du pays formé par la Mésopotamie et la plus gradde partie de l'Arabie actuelle.
Quoiqu'on ne puisse point pénétrer les Mystères de la Divinité , on est toutefois étonné, en lisant l'histoire d'Abraham et de ses premiers descendants , de voir qu'à tout instant rÉternel leur promet , leur jure même de faire aHiance avec eux , et de multiplier leur race comme le sable de la mer ( Chap. XXII, 17 ) ; et non-seulement Sara est restée stérile jusqu'à 90 ans, et n'eut qu'un seul fils, mais que celuici ne se maria qu'à AO ans ( Chap. XXY, 20 ), et n'eut que deux fils jumeaux , Ësau et Iagob, et cela seulement après tingt ans de mariage.
Or, ici est rapporté l'historique des ruses que Rebecca employa pour obtenir de son mari la bénédiction du second de ses fils, au détriment de l'ainé que le père préférait, et qu'il avait au contraire l'intention de bénir, pour appeler sur lui la bienveillance et la protection de Dieu ; ruses et mensonges présentés par l'auteur de la Genèse comme ayant eu un juste succès.auprès de l'Eternel.
Ésaû était une espèce de monstre , dont tout le corps était couvert d'un poil long et touffu , mais qui, k part ce malheureux état , était laborieux , homme de campagne , et surtout un habile <:hasseur; tandis que « lacob était un homme simple, se tenant dans les tentes^ » en d'autres termes un paresseux.
Chap. XXY, 28. « Et Isaac aimait Êsaû ; car la venaism était sa viande; mais Rebecca aimait Jacob, i
29. « Or , comme labob cuisait des potages , £$aû survint des champs^ étant fort las. »
(1) Havila est le pays où fot le jardin d'Ëden [Genèse , 11, 10), qu'on croit avoir été^dans T Arménie actuelle.
CHAPITRI XIV. 50^
30. « El Êsaiï dit à lacob : Donne-moi à manger , je te prie , de ce roux-là ; car je suis fort las. C'est pour cela qu'on l'appela Édom.
34. «iJUais lacob lui dit: Vends-^moi aujourd'hui ton droit d'aînesse, » Et le marché se flt à l'instant même pour une portion de lentilles qu'il servit ^ son frère. C'est en grande partie sur ce fait que se fondent les commentateurs orthodoxes de la Bible , pour trouver tout naturel et juste que lacob devait seul profiter de Talliance que Dieu avait faite avec le père et le grand- père, alliance renouvelée encore après. (Chap.XXVI, 3.)
Isaac s'établit à Guérar , dans le pays des Philistins » où il contracta alliance avec le roi Abihélec; etËsaù,àgé de 40 ans, &'y maria , contre le gré de ses parents , avec une Héthéienne. Cette désobéissance ne lui aliéna toutefois pas le cœur de son père , qui, étant devenu très-vieux et aveugle , l'appela pour lui dire d'aller k lâchasse, détacher d'avoir une pièce de gibier , de la lui apprêter suivant son goût , en ajoutant « et que mon âme te bénisse avant que je meure. »
Rebecca ayant entendu ces paroles, envoya lacob k la bergerie chercher deux chevreaux qu'elle apprêta , pour les faire offrir par lacob à son père à la place du gibier qu'il attendait^ afin qu'il fût béni au lieu de son frère (Chap. XXYII) ; mais il fit observer k sa mère que n'étant point velu comme Esau, son père pourrait bien le reconnaître en le touchant , et le maudire au lieu de lui donner sa bénédiction, en voyant qu'il a voulu le tromper. Pour parer k cet inconvénient, Rebecca imagina un singulier expédient qui réussit parfaitement: elle fit mettre k lacob des habits d'Ésaû , couvrit ses mains et son cou de peaux de chevreaux , et lui dit d'aller , ainsi vêtu , porter k son père les mets qu'elle venait d'apprêter , ce qu'il fit en disant qu'il était Êsaû. Isaac, fort étonné d'être servi si tôt, exprima sa surprise, mais lacob lui répondit : < V Étemel ton Dieu m* en a fait rencontrer » ( du gibier ). Cependant le père , aveugle , paraissant s'être douté qu'on le
906 TB^LOSIB Dl LA NATURS.
trompait, ditîi lacob (Chap. XXVII, 21 ) : « Approehe-tùi ^ je te prie , et je (e tàterai, afin que sache si tu es mon fils Êsaû même^ où si tu ne les pas. »
22. « lacob donc s'approcha de son père Isaac, qui V ayant tàtê. dk : Cette voix est la voix de lacob; mais ces mains sont les mains d'Êsaû. » -— Et il le bénit non -seulement , mais l'ayant baisé , il sentit l'odeur des habits; il ajouta:* Void, rôdeur de mon fils est comme Vodeur d'un champ que VÈternel a béni. »
28. <f Que Dieu te donne de la rosée des ctVtia:, et de la graisse de la terre , et une grande abondance de froment , et du meilleur vin ; »
29. « Owe les peuples te servent , et que les nations se prostement de\jant toi! sois le maître de tes frères , et que les fils de ta mère se prosternent devant toi ! Çtttcowgtic te maudira, soit maudit ; et quiconque te bénira , soit béni, »
On voit que dans cette bénédiction-, comme d'ailleurs partout dans TAncien Testament, où il s*agit d'un bonheur quelconque , il n'est jamais parlé d'un bien moral , de la félicité de Tàme ou de Tesprit après la mort, mais constaihment de jouissances matérielles ; d'où semble ressortir que Tauieur de la Genèse ne croyait point k une vie future, et ne connaissait en conséquence pas d'autres biens que ceux de la terre; ne faisant nulle part la moindre allusion a la félicité éternelle ou simplement k l'immortalité de l'Ame ou de l'Esprit.
Ésaû étant revenu avec du gibier, en prépara k son Père des mets tels qu'il les aimait et les lui offrit. Isaac, tout en voyant qu'il avait été indignement trompé par lacob, loin de l'en punir en rétractant sa bénédiction, se borna simplement k dire k Ésaû, qui demandait k être également béni, qu'il ne le pouvait pas; qu'il sera soumis k son frère; mais que d'ailleurs il habitera un pays fertile; qu'il vivra par son épée, et qu'enfin il secouera le joug qu'il allait porter; mais que^ du reste, il ne pouvait pas le bénir. Or c'est une bé-
ctAHm inr. BOT
nédîciion si iDdignemeni surprise k un vieillard aveugle et alité, que Moïse présente comme ayant obtenu Tapprobation de rÉternel , qui Ta sanctionné plus tard par ses propres bénédictions et ses alliances plusieurs fois renouvelées avec laeob.
Ésaû ayant exprimé des sentiments de vengeance contre son frère, disant qu'il le tuera sitôt que son Père sera mort-, Rebecca engagea lacob de s'absenter pendant quelque temps en allant en Mésopotamie, chez son frère Laban, jusqu'à ce que la colère d*Ésaû fût apaisée , et sollicita pour cela la permission de son mari, donnant pour prétexte qu'elle ^dé-^ sirait qtie lacob épousât une femme de son pays et non une Chananéenne.
lacob se rendit en conséquence en Gbaldée, chez son oncle Laban, et s*étant, chemin faisant, couché par terre pour dormir, il eut un songe où il vit une échelle qui, appuyée sur la terre, semblait s'élever jusqu'aux cieux; échelle par laquelle des Anges montaient et descendaient, et parmi eux rÉternel lui-même, qui vint renouveler l'assurance d'une alliance avec lui, promettant de lui donner non «seulement la terre sur laquelle il était couché, mais encore une postérité aussi nombreuse que les grains de poussière de la terre. Aussi lacob, reconnaissant d'une si grande faveur, promit d'avoir l'Élernel pour Dieu et de lai offrir la dîme de tout ce fue Dieu lui donnera.
En arrivant à Chàran^ où habitait son oncle, lacob demeura chez lui et le servit pendant sept ans pour avoir Raghël, sa fille cadette, en mariage; mais, tout en la lui accordant, on le trompa en substituant le soir Lia, la sœur ainée de Ra« ehei, h la place de celle-ci. Et quand le lendemain il se fut aperçu de cet échange, il en fit le reproche à Laban , qui lui répondit simplement que dans ce pays on ne mariait jamais la cadette avant Talnée.
Il semble résulter de ce passage de la Genèse, Chap. XXIX, %, que les Chaldéens ne comsacraient le mariage par au-
çune cérémoDÎe; car autrement on n'eût ps^s pu tromper ainsi lacob. Mais Laban Iqi promit de réparer ce tort en lui donnant également sa seconde fille, à la même condition de le servir sept autres années.
Pendant ces quatorze années, Ijacob eut onze enfants : six avec Lia , Ioseph seul avec Rachel ^ deux avec la servante de Lia, et deux avec la servante de RacheL
Après la naissance de losepb, son onzième fils, lacob, âgé de quatre-vingt-onze ans (Chap. XLVII, 9; Chap. XLV, 6 et Chap. L, 26 >, ayant achevé ses quatorze ans de service, demanda à retourner auprès de son Père. Mais Laban lui proposa de rester encore plus longtemps et convint avec lui de lui donner toutes les^ Brebis et toutes les Chèvres tachetées de son troupeau pour six autres années de service, ce qui fut accepté; et le triage ayant été fait, on sépara les deux troupeaux, et lacob continua à paître les troupeaux de son beau-père. Or il imagina, pour tromper ce dernier, de placer dans les abreuvoirs de ses Brebis et de ses Chèvres de petites i>aguettes mouchetées au moyen de petites plaques d*écorce qu'il en enleva. Tour de magie qui eut pour effet, suivant le texte, de faire produire k beaucoup de ces animaux des petits également mouchetés , qui devinrent en conséquence la pro* priété de }acob . C'est ainsi qu'après avoir indignement trompé son père et lâchement trahi Tamour- fraternel, II vint encore voler traîtreusement son beau-père, en s'emparant par la ruse d'une grande partie de sa fortune; et c'est ce même homme que Moïses présente non - seulement comme le protégé de l'Éternel , mais encore même comme son allié. Il parait d'ailleurs qu'en général Moïses était fort peu scrupuleux au sujet des moyens de réussir , ainsi que le prouve la conduite qu'il a lui-même tenue d'une part, envers les Égyptiens, quand il quitta ce pays , et de l'autre envers les Cbananéens , lorsqu'il s'empara de leur pays, ainsi qu'on le verra un peu plus tard.
Malgré cet indigne procédé de lacob, l'Étemel, est-il dit
CHAPITRI UV. * 509
au GflAP. XXXI, 3, continua de le protéger, lui ordonnant de s*en retourner dans son pays en lui renouvelant l'assurance de son appui.
Or Lia et Racbel, les dignes femmes de lacob, approuvèrent non-seulement sa conduite, mais ajoutèrent :
Chap. XXXI, 14. « ... Avons nous encore quelqv>e portion de quelque héritage dans la maison de notre Père? »
15: c( Ne nous a-t-il pas traitées comme des Étrangères j puisquHl nous a vendues^ et que mêms û a entièrement mangé notre argent ? »
16. c Car toutes les richesses que Dieu a ôtées à notre Père, nous appartenaient et à nos enfants. Maintenons donc fait tout ce que Dieu fa dit. »
En effet, il rassembla tout ce qu*il possédait et partit avec ses troupeaux.
19. « Or^ comme Labanétàit alUé tondre ses brebis^ Rachel déroba les idoles qui étaient à son Père, »
Ce ne fut que le troisième jour que Laban , apprenant la fuite de son gendre , réunit ses frères et se mit à sa poursuite. Mais il ne put l'atteindre qu*au bout de sept jours, dans les montagnes de Galaad. Lui ayant reproché son indigne conduite k son égard, il ajouta :
Verset 29. « Savais eh main le pouvoir de vous faire du mal; mais le Dieu de votre père m'a parlé la nuit passée , et m'a dit : Prends garde de ne rien dire à lacob, ni en bien, ni en mal. x> Et ils finirent par s'arranger, en convenant qu'ils ne se feraient réciproquement aucun mal ; ce qui était facile, habitant séparés l'un de l'autre k plus de cent cinquante lieues de distance.
On doit tout faire remarquer dans ce chapitre, le fait de l'enlèvement des Idoles de la maison de Laban par sa fille Rachel; ce qui montre que, bien qu'il crût au vrai Dieu, cela ne l'avait pas empêché d'adorer aussi les faux. Quant k la croyance de Laban k l'Éternel , elle est formellement exprimée en plusieurs endroits dé ce chapitre, ainsi qu'aux
MO taiohowL u tu matou.
Chap. XXIX. 32, 33, 35, et Ghap. XXX, 34, âT ; XXXI, 24,
49 et suivants.
En revenant dans son pays, lacob craignait la vengeance de son frère, envoya de ses gens vers lui, pour tâcher de Tapaiser par des présents ; mais ÉsaUr qui habitait au midi du pays de Cbanaan, alla à sa. rencontre , le, reçut avec joie; et les deux frères étant réconciliés , lacob di( à Ésau que, voyant qtt*ti avait trouvé grâce devant {ni, il le priait d'accepter un beau présent en bétail, qu'il lui offrait; mais celui-d, lui-même fort riche, le refusa d*abord , et ne eonseirtit k le recevoir que sur les instantes prières de son, frère*
Avant que les deux frères ne se fussent rencontrés, lacob fut attaqué avant le jour par rÉternel sous la forme d'un simple homme, et soutint longtemps et avec avantage corps k corps une forte lutte contre lui, jusqu'à ce que Dieusesentant le plus faible ^ lui luxa la hanche (Chap. XXXil, 23), en même temps qu'il lut demanda grâce^ en le priant de vouMr bien le lâcher; mais lacob qui, k ce qu'il parait, avait reconnu son adversaire, lui répondit : Verset ^. <i Jenetelâr cherai points que tu ne nCaiesbéni, »
27. c Et il lui dit : Quel est ton nom? Et ii répondit: lacob. »
28. < Alors il dit : Ton nom ne sera plus laeob , mais Israël ; car tu as été le plus fort en.l%Utanl avec Dieu et avec les hommes. ]>
Et Dieu le bénit.
Que signifie ce passage? quel sens peut-on y trouver? Un pauvre mortel âgé d^ plus de 90 ans lutte corps à corps et longtemps avec Dieu, qui se sentant le plus faible est obligé de lut démettre la hanche, par l'effet de son pouvoir absolu présenté ici plutôt comme oaagique , vu qu'il est dit que, pour produire cet effet, il lui toucha Vembolture de la hanche^ en même temps qu'il lui demanda de le laisser; et la lutte terminée, il le bénit. Or Dieu ne sachant pas mime Ift nom de la personne qu'il avait attaquée» est obUgi de le lui
CHAPITRI XIV. 51 i
demander f afin de la récompenser par sa bénédiction, sans doute pour le mal qu'elle ne lui a pas fait. C'est ainsi qu'on trouve encore ici une nouvelle preuve de celte vérité que Moïses ne s est jamais faii de TÉlre Suprême une autre idée que celle d*un simple homme susceptible même de pouvoir être vaincu par un vieillard, de 90 ans auquel il est obligé de demander grâce; mais tout en le bénissant après, il le laisse « boUeiix d'une hanche. »
Verset 32. « Cest pourquoi , jusquà ce jour les enfants d'Israël ne meurent point du muscle retirant, qui est à Venr droit de VemboUure de la hanche ^ parce que cet homme-là toucha Vendroit de VemboUure de la hanche de lacob , à Ven-droit du muscle retirant. s>
Après avoir quitté son frère„ qui s'en retourna dans son pays, lacob alla s'établir en Ghanaan, dans la ville de Sichem, où le iils du Roi lui enleva sa fille Dîna (Ghap. XXXIV), qu'il demanda ensuite en mariage ; mais le Père et les Frères de la jeune, fille déclarèrent ne vouloir consentir k cette union qu'a la cpndition que le Roi et son fils, ainsi que tous les individus du sexe masculin du petit État, se fissent circoncire, afin que tous ne formassent qu^une seule nation avec la famille d'Israël ; condition qui ne fut proposée que pour mieux tromper le roi et son fils, vu que trois jours après lexécutiou de cette convention, deux des fils de lacob, SiMÉoN et Léyi, entrèrent armés de leurs épées dans la ville de vSichem , et y massacrèrent non-seulement le roi et son fils, mais encore tous ceux qu'ils rencontrèrent, pillèrent la ville^ s'emparèrent des troupeaux avec tout ce qui était à la ville et aux champs , enlevèrent les enfants et les femmes ; et tout cela contrairement à 1^ volonté de lacob qui en fut fort irrité. Cet acte de trahison et de "vengeance fut exécuté par les enfants d'Israël, secondés sans doute par leurs gens; mais on ne conçoit pas comment un si petit nombre de personnes aient pu ravager une ville tout entière , ne fût-ce qu'un simple yiUjage, où il a dû se trouver des hommes capables de
hi^ THiOLOGIS DE LA NATUAI.
défendre leurs familles Bt leurs propriétés ; mais on aurait tort' de vouloir compter avec des auteurs de Poèmes, tout leur étant permis ; la plus absurde impossibilité ayant le droit de passer pour vraie, il suffit que cela fasse impression. Somme toute, il n'en est cependant pas moins vrai que Moïses, tout en offrant cet acte comme un baut fait de ses béros , né présente pas moins ces derniers comme d'indignes pillards à qui tous les moyens de s^enrichir sont bpns.
lacob, cet homme protégé de Dieu qui l'a si souvent béni en concluant des alliances avec lui et ses pères, se permit toutefois d'avoir encore dans sa maison des Idoles auxquelles il rendait un culte; ce qui prouve que, bien qu'il ait eu, ainsi que son Père et son grand-Père, le bonheur de parler face k face à l'Éternel, de recevoir ses commandements avec la promesse si souvent réitérée de son alliance, sa foi a été fort peu solide, ainsi que cela ressort formellement du Chap. XXXY, où il est dit : 2. «c Jacob donc dit à 9a famille, et à tous ceux qui étaient avec lui : Otez les Dieux des étrangers qui sont au milieu de vous, et purifiez-vous, et changez devêtemefits ,
3. a £^ levons-nous et montons à Bithel^ et je ferai là un autel au Dieu fort, qui m* a répondu au jour de ma -détresse, et qui a été avec moi pendant mon voyage. 3>
4. « Alors ils donnèrent à Jucoh tous les Dieux des étrangers qu ils avafent, et les bagues qui étaient pendues à leurs oreilles , et il les enterra sous un chêne , qui était auprès de Sichem,
lacob étant parti ensuite de Sichem alla s'établir k Béthel en Chanaan, lieu où rÉternel lui avait apparu quand il s'enfuit en Mésopotainie auprès de son oncle Laban, et où il bâtit déjà alors un autel qu'il ûomma de ce nom de Béthel. Au CtiAP. XXVIII, 19, et suivants , il est dit, au contraire, que cet autel fût bâti et nommé Béthel quand Dieu lui apparut lors de son retour de ce pays ; ce qui est difficile à faire accorder.
Enfin le même fait est également rappelé ail Verset iH,
CHAflTRE XIV. 513
comme il a été rapporté au Ghap. XXYU, 3, que Dieu ayant apparu k lacob lors de son retour de Mésopotamie, lorsqu'il lutta avec lui à Péniel, lui dit que dorénavant il devra s'appeler Israël ; passage qui parait évidemment intercalé au Ghap. XXXV, où il rompt la suite de la narration, qui en fait le sujet principal ; mais toutefois en y ajoutant, comme toujours, que TÉternel lui donna les assurances les plus formelles de son alliance, la promesse de multiplier considérablement sa postérité, et que non-seulement dé nombreuses nations naîtraient de lui , mais que sa famille produirait plusieurs Rois ; enfin, ce qui n*est jamais oublié, que Dieu lui donnera tout le pays de Gbanaan.
Après le départ de Bethel pour se rendre h Êphrat, Rachel mourut en mettant au monde Beniamin , le douzième et dernier fils de lacob (Ghap. XXXV, 16), et fut enterrée h Bethléhem , et ce ne fut qu'après que lacob revint chez son père k Mamré près Hébron.
Après s'être réconcilié avec lacob, Ésau, surnommé Ëdom (Ghap. XXV, 30), s'en éloigna en allant plus vers le midi, habiter les montagnes de Séhit (Ghap. XXXVI, 8), dans le pays d'Édom , auquel il donna son nom , et y devint le Père des liuméms,
G'est k cette époque que parurent déjk les titres nobiliaires, plusieurs petits-fils d'Ésaû étant qualifiés du nom de Duc (Ghap. XXXVI, 15).
A ce même chapitre sont nommés les descendants d'Ésaû, niais avec d'assez nombreuses répétitions des mêmes personnes ; ce qui indique que ce passage est un amas de notes mal rassemblées. Et le texte ajoute que ces descendants d'Esaû ont en eflet produit plusieurs rois, longtemps avant qu'il y en eût en Israël.
C'est au Ghap. XXXVII qu'est racontée l'histoire de lo- SEPH, fils aîné de Rachel, que lacob aimait le plus de tous ses enfants. Gette afiection attira sur lui la jalousie de ses frères, qui, profitant d'un moment où ils se trouvèrent