II
^H THiOL04»» DB 1*4 HATURB.
avec lui k une assez grande distance de leur habitation, le vendirent à des marchands qui se rendaient en Egypte. Et pour expliquer sa disparition à leur Père» ils trempèrent la tunique de loseph dans le sang d'un Bonc, et l'enToyèrent k lacob , en lui faisant dire que leur frère avait été dévoré par une bête féroce.
Cette haine des frères de loaepb vernit non** seulement de ce que le père l'aimait beaueoup , mais surtout de divav songes qu'il eut et qui semblaient présager q9!i\ devait régner sur eux. Or» au sujet de Ton de ces rêves, loâeph dit:
Verset 9. ...... Om le sohU^ et Ut lutw» ^ onM itoilês se
prosternaient devant moi, »
10. « Et quand il le récita à ion pire, et à êeê firéres , ion pire le reprit^ et lui dit : Que neuÈ dire ce $onge que tu as eu? FaMdra^t4l que m>us verriom, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner en terre devani toi? »
loseph avait, en conséquence, encore alors sa mère ; tandis qu'il est dit au Giiap. XXXV» 19, qu'elle mourut avant, pendant le voyage de lacob de Béthel h Hébron. Or comme elle mourut en concbes du douzième fils de lacob , oelui«ci n'ayant encore que onze fils » on ne peut conclure que le rêve de loseph signifiait que les onze étoiles devaient faire allusion k ses autres fib ; contradiction difficile à faira concordert
Au Chàp. XXXVIII est rapportée une histoire particulière d'un fort mauvais genre , une simple aventura arrivée k luDA , l'un des fils de lacob , et racontée en termes peu dé* cents dont je m'abstiens de parler, et cela aiveo<l'a«rtant pins de raison qu'elle n'est d'aucun inléréi, étant du reste eaûtrement étrangère au sujet principal de l'histoire iee Israélites dans laquelle elle est intercalée.
loseph ayant été vendu k i'âge de dix-sept ans oomme esclave à Putiphir , intendant du Pharaon de Rahmésès , en Egypte , gagna non-seulement la coafiance de son maître , mais surtout l'affection de la femme de cehii'^ci i qui voyant
CBAMTRI UV. 51
que la eoBseieiee du jeune bomne ne Ipi permettait pas d*y répondre comme elle le désirait, s'en vengea en l'accusant du contraire, auprès de son mari , c'est«k*dire d'avoir voulu attenter à son honneur, accusation qui engagea Putipfaar h le fiiire mettre en prison . I^à loseph s'acquit également bientôt la confiance du chef sous la direction duquel il se trouvait ; et ayant un jour expliqué des songes k l'Échanson et au Panetier du Pharaon qni se trouvaiMt en prison avec lui , cette faculté d'interprétation lui donna une grande réputation ommt devin. Brax ansr après le roi fit, dans la même nuit, deux péves fort singnliars où il lui semblait voir, dans le premier, sept vaekes grasses sortir du NU et brouta Therbe qui se trouvait eur le bord; et bientôt après sept autres vaehes très -maigres, sortant également du fleuve, et qui dévorèrent les sept vaches grasses sans paraître en meillenr état , restant comme avant laides et maigres. Dans le secead rêve il sembla au Pharaon voir sept trèsbeaux épis chargés de grains sortir d'une même tige , et k côté sept autres épis faibles et iétris par le vent d'Orient qui ^figloutirent les sept beaux épis.
Avean savant du pajs n'ayant pu expliquer ce que ces deux rêves signifiaient, le grand Éehanson , qui était rentré en grâces , se rappelant l'interprétation que loseph fui avait donnée des songes qi#il eut en prison , en parla au roi , qui ordonna qu'on le lit venir pour qu'il le consultât. Lui ayant raconté ses rêves, loseph lui dit que les deux signifiaient la même chose , k savoir qu'il y aura sept années successives d'abondance tm Egypte, suivies de sept autres de famines qui dévoreront ce que les premières auront produit de fruits ; que Dieu avertissait par )k le Pharaon de prefidre des mesura convenables pour éviter la misère ; qu'il devait en conséquence faire choix d'un homme capable de bien administrer le pays, lequel prélèverait, ftendant chacune des années d'abofidance, le cinquième du revenu du rioyaume, et amasserait em outre tous les vivres dans les ma-
5i6 THiOLOGIB DB LA MATURI.
gasins du Pharaon , pour faire servir ces réserves à l'entretien du peuple pendant les maui^aises années. Cette interprétation ayant satisfait le roi , il dit k loseph :
Ghap. XLI, S9. « Puisque Dieu fa fait conmiUre
toutes ces choses , il n'y a personne qui soit si entendu , ni si sage que toi. »
40. « Tu seras sur ma maison^ et tout mon peuple te baisera la bouche. Je serai seulement plus grand que toi , quant au trône. »
Le Roi rayant ainsi élevé au rang de premier ministre , Ini fit épouser la fille de Poliphérah, gouverneur A' On; or loseph avait alors trente ans (Verset 46).
La prophétie de loseph s* étant vérifiée, il prévint en effet la trop grande famine en Egypte en faisant, comme il l'avait dit , emmagasiner les denrées pendant les bonnes années. Ses frères étant venus acheter du blé dans ce pays sans savoir que l'homme puissant qui le gouvernait était celui qu'ils avaient vendu comme esclave , loseph , qui eut occasion de les voir, se fit connaître k eux et attira toute sa famille en Egypte, où le Pharaon assigna aux Israélites la province très-fertile de Gosçen , dans la Basse-Egypte , dont la capitale était Rahmésès, où ils continuèrent de vivre en pâtres comme leurs ancêtres.
Toute la famille de lacob qui arriva avec lui en Egypte se composait de soixante- six personnes (Chap. XLYl, 20), sans y comprendre les femmes et les enfants ; lui-même était âgé de cent trente ans (Ghap. XLYII , 9), et y mourut â cent quarante-sept. loseph avait trente-neuf ans à l'arrivée de son père dans le pays de Gosçen (Ghap. XLI, 46, et Ghap. XLY, 6) , et naourut â cent dix ans.
Il eut deux fils, Manassé et Éphraïm qui furent plus tard considérés comme Patriarches par Moïses , â Tégal des onze frères de leur Père.
G'est ici où finit la Genèse , le premier Livre du Pentateuque , et où commence X Exode ; histoire des Evénements
CHAPITHB XIV. 517
qui ont amené et suivi la sortie d'Egypte des Israélites , sous la conduite de Moïses ; célèbre émigration qui arriva , selon certains passages de la Bible (Exode , XII , 40) , quatre cent trente ans après l'arrivée de lacob dans ce pays, et deux cent onze ans suivant les chronologistes qui , ainsi que je l'ai déjà dit, ont calculé le temps d'après les générations indiquées au €hàp. YI, 14 de l'Exode , calcul qui peut être fort inexact par l'omission de plusieurs noms.
Urésulte de ce qui est rapporté dans la Genèse que lacob , étant arrivé en Egypte à l'âge de cent trente ans , alors que loseph en avait trente-neuf, celui-ci est né quand son père avait quatre-vingt-onze ans.
Or il vint au monde peu de temps avant l'expiration des quatorze années que lacob servit son Beau-Père Laban , pour ses deux filles (Genèse^ XXX , 22), ce qui met l'âge où Israël s'est marié â soixante-dix- sept ans. C'est en conséquence peu avant qu'il surprit, par astuce, la bénédiction de son Père Isaac , qui n'étant mort qu'à l'âge de cent quatrevingts ans (Genèse, XXXV, 28), vécut en conséquence encore vingt*trois ans après le retour de son fils en Chanaan , âgé de quatre-vingt-dix-sept ans, six ans après la naissance de loseph ; temps pendant lequel lacob a servi son Beau- Père pour s'approprier les Brebis mouchetées. C'est-à-dire qulsaac ne s'étant marié qu'à l'âge de quarante ans (Chap. XXY , 20) , et sa femme longtemps stérile n'ayant mis au monde Ëzau et lacob que vingt ans après, il avait soixante ans de plus que ce dernier, qui revint de Mésopotamie à l'âge de quaire-vingt-dix-sept ans , alors que son père en avait cent cinquante-sept et vécut encore vingt-trois ans.
Tous ces chiffres, bien indiqués dans la Genèse, sont fort remarquables , car il est extraordinaire que dans une famille où pendant trois générations successives , et même encore durant plusieurs siècles après , l'Éternel a à tous moments promis qu'il multiplierait prodigieusement ses descendants, les principaux de ses chefs ne cherchèrent à se marier qu'à
MS THiOLOail Dl U MATUniE.
un âge où lea hommes arrivés h la décrépitude , si toutefois ils vivent Jusque-là» ne sont d'ordinaire plus en état d'avoir des enfants. Mais admettons , ainsi que certains commentateurs ont cherché k le faire croire « qu'à cette époque les hommes vivaient beaucoup plus longtemps que mainte^ nant i longévité dont on ne trouve toutefois riadication que dans le Pentateuque et nulle part ailleurs dans aucune histoire profane , quoique cela soit formellement Contredit par David {PsautAêXC, 10), qui nous dit que (du moins de son temps) le plus grand âge des hommes était de fioixantedix k quatre-vingts ans » absolument comme encore de nos jours. Mais quoi qu'il en fût, il n'en est pas moins vrai que, bien qu'ils vécussent des centaines d'années » ils se mariaient cependant d'ordinaire aussi jeunes que maintenant , ainsi que la Genèse elle-même le dit souvent ; et entre autres encore au sujet de BenijuHn , le dernier fils de lacob , qui » né en Chanaan au moins six ans après loseph, n'avait tout au plus que trente^trois ans quand son père alla s'établir en Egypte et très^probablement beaucoup moins; ses frères le traitaient d'£n/bnlou Aûpetit Frère (Genèse^ Ghap, XLIII, 8; XLIY , S2 , t3) , quoiqu'il eût déjà dix fils (Chap . XLYI , 31) ; contre-sens qu'on explique d'ailleurs facilement en ne reconnaissant dans la Genèse qu'un simple Poème historique dont elle a tous les caractères.
§ II. Eaode.
Dans ce second Livre du Pentateuque , qui traite spéciale* ment de l'histoire du peuple dlsrael dans ce qui a rapport à sa grande émigration d'Egypte sous la conduite de Moïses, émigration dont il a déjà été question plus haut, l'auteur rappelle, dans le premier chapitre » que la famille d'Israël ne se composait, en arrivant en Egypte, que de soixante* six personnes, mais qu'elle s'y était si prodigieusement multipliée que déjà quatre cent trente ans après» l'un des
GHiinTlII XIT. S19
Pharaons , craignant que ce grand nombre d*ëtrangers ne devint dangereux au pays, ordonna aux sages- femmes kébreuses de mettre à mort tons les enfants mâles de cette nation sitôt qu'ils naîtraient ; mais que cette loi barbare ne fut point exécutée, sons le prétexte que les femmes Israélites n'avaient pas besoin de sages-femmes. Ce moyen n'ayant ainsi pas eu l'eJOTet voulu , le Roi commanda de jeter tous les enfants mâles qui naîtraient dans le fleuve, et ici sans distinction de nation ni de temps [Exode 1 , 32) : ordre absurde qui , atteignant toutes les familles du pays , n'aurait pu produire rien moins que l'entière dépopulation de toute l'Egypte, ce qu'il est difficile d'admettre, vu que tous les Égyptiens se seraient soulevés contre un tel décret.
C'est à cette époque que naquit Uoises , dont le Père et la Mère étaient de la Tribu de Lâvi. Ses parents le cachèrent pendant les trois premiers mois de sa vie ; mais craignant qu'il ne fût découvert et mis à mort, ils l'exposèrent sur les bords du Nil dans un coffret de joncs enduit de bitume, dans un lieu où la fille du Pharaon venait sonveût se baigner, laquelle ayant en effet trouvé cet en^ fant, en eut pitié, le prit sous sa protection et le fit élever par la nîère môme de l'enfant en l'adoptant pour âls (Chap. II, 10).
Mmses étant devenu grand tua, à Tàge de quarante ans (Actes des Apôtres^ YII, 23), un Égyptien qui frappait un Israélite , et le roi l'ayant appris le fit rechercher ; mais Moïses s'enfuit dans le pays de Madian , sur la côte orientale de la mer Rouge , où il épousa la fille du sacrificateur Réhuel (EûDode, II , 18), et en conséquence une païenne; tandis qu'an Ghap. III , 1 , il est dit que son beau-père s'appelait Iéthro.
Le Pharaon étant mort , les Israélites continuèrent à être fortement opprimés, Verset 23 : « £^ le cri que la servitude leur faisait pousser^ monta jusqu'à DieUé v
84* <c Dieu donc entendit leurs gémissements ; et Dieu se
520 THÉOLOGIE IHB hk NATURE.
souvint de V ail tance qu'il avait faite avec Abraham , haac et lacob. »
23. « Ainsi Dieu regarda les enfants d* Israël ^ et connut leur état, »
On retrouve encore ici , comme d'ailleurs partout dans les liivres de Moïses , ainsi que je Tai déjk fait remarquer plusieurs fois , l'expression de Tidëe que les Hébreux se faisaient de rÉtre Suprême qu'ils considéraient tout simplement comme un homme puissant, disant de lui qu'il se souvint de son alliance avec Abraham , etc. , comme s'il pouvait oublier quoi que ce soit, et que ce n'est que par le cri de détresse que le peuple juif poussait qu'il reconnui son état : ce qui prouve que Moïses ne crut pas k l'omniscience de l'Éternel.
Moïses ayant un jour conduit le troupeau de son beau-père jusqu'au mont Horeb (Ghàp. III, i), y aperçut un buisson qui, quoique enflammé, ne se consumait cependant pas; et y portant ses regards , une voix partant de l'intérieur du buisson l'appela et lui dit qu'elle était celle de TÉternel , du Dieu de ses pères , qui ayant entendu le cri de détresse des Israélites , voulait les tirer de la servitude et les conduire dans le pays de Cnanaan qu'il avait déjà autrefois promis k Abriaham , et qu'il faisait choix de lui Moïses , pour l'exécution de cet affranchissement. Mais Moïses fit remarquer qu'il n'était qu'un homme sans aucune puissance , et par la hors d'état de pouvoir entreprendre une si grande œuvre; mais Dieu le rassura en lui promettant son appui ; sur quoi Moïses demanda : Verset 13. « Void, quand je serai venu vers les enfants d'/«raël^ et que je leur aurai dit : Le Dieu de vos Pères m'a envoyé vers vous; alors , sHls me disent : quel est son nom.? que leur dirai-je? »
14. « Alors Dieu dit à Moues: JE SUIS CELUI QUI SUIS. Il dit aussi: Tu diras ainsi aux enfants d^ Israël : celui qui s'appelle JE SUIS m'a envoyé vers vous. »
1 5. < Dieu dit encore à Moïses : Tu diras ainsi aux enfants
d'Israël : /.'ÉTERNEL, le Dieu de vos pères, le Dieu d* Abraham , le Dieu d'IsaaCy et le Dieu de lacob m'a envoyé vers vous; cest ici encore mon nom éternellement , et c'est ici mon mémorial dans tous les âges. »
On voit par ce passage que Moïses doutait fort que les Israélites conniusent seulement alors le nom du Dieu de leurs ancêtres; et il parait que Zut -même ne le savait pas, ayant été obligé de le demander.
L*Ëtre Suprême , parlant ainsi k Moïses de Tintérieur du buisson ardent, l'envoya , non-seulement vers les Israélites pour leur annoncer Tappui de TÉternel , mais aussi vers le Pharaon, pour lui dire: Verset 18. ^L'Éternel, le Dieu des Hébreux est venu au-devant de nous. Maintenant donc nous te prions que nous allions le chemin de trois jours au désert , et que nous sacrifiions à ï Éternel notre Dieu.*
Dieu ajouta en outre qu'il savait que le roi d'Egypte ne voudra pas les laisser sortir du pays , mais qu*il l'y contraindra en frappant l'esprit des Égyptiens des merveilles qu'il fera au milieu d'eux , et recommanda surtout à Moïses qu'avant de partir (22 ) < chaque femme doit demander à sa
voisine y et à l'hôtesse de sa maison y des vaisseaux d'argent et des vaisseaux d'or y et des vêlements y que vous mettrez sur vos fils et vos filles , ainsi vous dépouillerez les Égyptiens. s>
Gomment les soi-disant orthodoxes, qui croient avec foi k la révélation des Livres attribués à Moïses , expliquerontils cet indigne conseil , ou plutôt cet ordre que ce dernier doit avoir reçu de la Divinité, pour la transmettre aux Israélites , de trahir aussi hautement la confiance de leurs amis , afin de les dépouiller de leurs propriétés ? €e passage étant trop clair et trop formel pour se prêter à quelque commentaire que ce soit , j'en laisse l'appréciation k ceux qui le liront. Je ferai seulement remarquer qu'il ne s'agit ici ni d'une simple révélation par inspiration , ou par un songe , ainsi que les Prophètes ont presque toujours dit être instruits de la volonté de l'Éternel, mais bien d'un ordre donné de vive
5S2 TIfl!OLO«IB Dl Là KATURB.
voix , en plein jour , k Moïses parfaitement éveillé , jouissant entièrement de i*exercice de tous ses sens ; que ce dernier prétend avoir reçu cet ordre de TÉtre Suprême, ordre qui ne put même avoir aucun sens caché ou allégorique, vu qu'il devait être transmis au peuple, k des hommes sans éducation^ qui n'auraient pas pu le comprendre. C'est tout simplement un de ces commandements immoraux dootTAncien Testament est malheureusement rempli , que l'auteur prête, avec une bien coupable légèreté, k TÊtre Suprême, qui n'est que bonté et justice. En faisant même abstraction de la probité personnelle de Mi^s^, on ne conçoit pas corn* ment il a pu se permettre d'ordonner aux Israélites un semblableacte de spoliation, envers leurs concitoyens au milieu desquels ils vivaient , ayant bien pu penser qu'une injonction de la part delà Divinitédevaitproduirele plus funeste effet sur Tesprit du peuple, devant lequel rÉternel, qu'il leur présentait comme le seul VRAI DiBU^ se trouvait par lui^^même rabaissé au rang des hommes les plus méprisables.
Or comme, d'après ce texte, Moïses maintient devant TÉ* ternel sa pensée que le peuple ne croira pas ce qu'il lui dira, Dieu lui dit de jeter k terre la verge qu'il tenait k la main , qui, aussitôt qu'il l'eut fait» se transforma en un serpent, et redevint une verge quand il prit ce reptile par la queue . La même voix de l'intérieur du boisson ardent ajouta qu'il n'aura qu'k répéter ce miracle devant les Israélites pour qu'ils croient k sa parole ; et c'est en effet , suivant le texte , par ce miracle et par plusieurs autres tout aussi forts , que Moïses parvint k convaincre de sa puissance, ou plutôt de celle de Dieu, au nom duquel il parlait » non-seuiemeot le peuple juif, mais aussi le Pharaon lui-même. Je ne me permettrai point de discuter ici , ni ailleurs , le degré de foi qu'on peut ou qu'on doit attacher aux miracles, cette appré* ciation devant être laissée k la conscience de chacun. Je dois^ en conséquence, considérer ces effets extraordinaires comme vrais , sauf k en discuter la possibilité ou là vraisemblanee
CHAPITRl X1V« 513
SOUS le seul rapport historique, et les conséquences naturelles qui en découlent.
Ghap. IY , 6. Dieu ordonna en outre à Moïses de mettre sa main dans son sein , et aussitôt quMl Peut fait , elle se couvrit à l'instant de lèpres ; et lui ayant dit de Vy remettre une seconde fois , il la retira parfaitement saine ; et Dieu ajouta que , si Ton ne croyait pas au premier prodige , on croirait au second. Or tout cela est présenté comme si TÊtre Suprême n'avait pas le pouvoir de fôire croire aux hommes ce que son Prophète disait, et qu'il fût obligé d'employer divers moyens matériels, pour arriver à son but ; voire même plusieurs , si un seul ne produisait pas le résultat voulu ; et c'est en effet ce qui est souvent arrivé. C'est-à-dire que partout la Divinité n'est jamais présentée que simplement comme un homme ayant un pouvoir magique , mais non pas absolu.
Au Verset 9, Dieu ajouta même que , si ce second miracle oe devait pas réussir , il devait en faire tin troisième , celui de prendre de l'eau dans le fleuve et de la répandre sur la terre, et qu'à l'instant elle deviendra du sang.
Moïses ayant fait observer qu'il ne parlait pas avec assez de facilité pour convaincre le monde , l'Éternel leva encore cette difficulté, en lui promettant qu'il serait avec lui , et lui enseignerait ce qu'il aurait à dire.
Ver ML 13. nEt Moisei répondit: Hiloê^ Seigneur I envote , je te prie , celui que tu dois envoyer. »
lié <i Et la colère de V Éternel s'embrasa contre Moises ) et tl tut dit : Aaron le Lévite n* estait pas ton frère ? Je sais qu'il parlera très-bien. Et même^ le voici qui sort au-devant de toi^ et quand il te verra , il se réjouira dans son cœur* »
C'est ainsi qu'a une simple réponse de pure modestie, par laquelle Moïses exprima un doute sur le pouvoir qu'il ne crnt pas avoir de convaincre le peuple, la colère de V Eternel s'embrasa^ absolument comme cela peut arriver k un simple mortel , qui s'impatiente; et Dieu ajoute : Verset 16. « Et il
524 TRléOLOOIB DV LA NATURE.
(Aaron) parlera pour toi au peuple , et ainsi il sera la bouche y et tu lui seras à la place de Dieu, »
C'est-k-dire que Dieu n'avait réellement pas le pouvoir de faire bien parler Moïses lui-même, et qu'il fut nécessaire qu'il lui adjoignit son frère le bon orateur.
Moïses s'apprétant k retourner en Egypte , l'Éternel kii dit:
Verset 21 . c Prends garde à tous les miracles que foi
mis dans ta main ; tu les feras devant Pharaon; mais j'endurcirai son cœur y et il ne laissera point aller le peuple. 9
Ainsi Dieu , le tout-puissant , au lieu de bien disposer le cœur du roi pour les Israélites, dit quHl Vendurcira^ au contraire ; c'est-à-dire qu'il se créera lui-même des obstacles k son projet de ramener son peuple dans le pays qu'il lui avait cependant si souvent promis de donner; idée absurde, que l'auteur répète plusieurs fois de suite , avec les conséquences non moins absurdes qui en découlent naturellement. L'Éternel ordonne de Ik k Moïses de se présenter devant le Pharaon et de lui demander la faveur de laisser sortir les Israélites d'Egypte , et , en cas de refus , de le menacer de faire mourir son fils.
Mais ce qui est le plus singulier est le fait rapporté au Verset 24 , où il est dit : « Or y il arriva que comme Moïses était sur le chemin dans une hôtellerie^ V Éternel le rencontra et chercha à le faire mourir, t 25. a Et Séphora prit un couteau tranchant , et en coupa le prépuce de son filSy et le jeta à ses pieds, et dit : Certainement, tu m'es un époux de sang. »
26. a Alors V Étemel le lai^a. Et Séphora dit : Tu m* es un époux de sang , à cause de la circoncision. »
Comment les plus habiles orthodoxes pourraient-ils expliquer convenablement ce passage où il est dit que Dieu, après avoir fait choix de Moïses pour l'envoyer en Egypte délivrer les Israélites, se porte sur son chemin pour chercher au contraire à le faire mourir, pendant qu'il est en voyage pour j^ aller. Ensuite toujours cette singulière manière de
faire jouer à l'Être Suprême le rôle d'un simple mortel ; que cette fois-ci même Tauteur l'abaisse jusqu'au rôle des malfaiteurs, cherchant à comniettre le crime d'assassinat sur un homme , mais, heureusement, sans avoir pu y parvenir. II ressort enfin de ce passage que, jusqu'alors du moins, Moïses n'a point observé bien scrupuleusement les lois de sa religion , ayant laissé un de ses fils incirconcis jusqu'à l'âge où sa mère a pu voyager ; opération que la femme de Moïses exécuta elle-même, dans un acte de colère, en reprochant à son mari d'avoir k le faire pour apaiser la Divinité ; ce qui prouve qu'il n'était nullement convenu entre les époux que la circoncision, ce sacrement fondamental des Hébreux, serait pratiquée sur leurs enfants.
En arrivant en Egypte, Moïses et Âaron rassemblèrent les chefs des Israélites et firent devant eux les miracles dont l'Eternel leur avait donné le pouvoir, et ils crurent.
Les deux frères se rendent ensuite auprès du roi , afin de lui demander la permission de conduire le peuple d'Israël au désert , pour y sacrifier k Y Étemel , le Dieu d'Israël. (Chap. V, 1).
2. « Mais Pharaon dit : Qui est TÊternel (léhova), que j'obéisse à sa voîx, pour laisser aller Israël? Je ne connais point V Éternel y et je ne laisserai point aller Israël, »
D'après ce qui est dit dans ce verset , le roi d'Egypte ne connaissait pas même le nom de Iéhovà , le Dieu des Hébreux. En effet, ce nom ne fut créé qu'alors par Moïses, pour désigner le vrai Dieu, autre qu'Osmis, le Dieu des Égyptiens. Ce qui s'accorde avec ce qui a été dit au Chaî*iTRE III, 13 : que Moïses et tout le peuple israêlite ne connaissaient même pas ce nom. Fait formellement confirmé par le Verset 3 du Chap. VI, où l'Être Suprême, parlant à Moïses , dit : « Je suis apparu comme le Dieu fort , tout-puissant , à Abraham , à Isaac et à laccb ; mais je n'ai point été connu d'eux par mon nom d'Étemel (léhova). » Nom que Dieu enseigna en effet pour la première fois, en lui parlant dans le
{&86 TWtoUOW Di U KàTUlIK.
buisfioa arddot, lui disfmt (Chap. III, 10) ; « JE S6IS CE- LUI QUI SUIS. » TeraieB dont Moïses forma le nom de lÉHOVA (!)*<( Il dit : Tu dirm aussi aux enfant$ d'Israël : Celui qui s'appelh JE SUIS m'a enwyé vm vm$. »
Or il est souvent dit dans la Genèse que Dieu, en parlant k Abraham, Isaac et lacob leur dit : Je suis V Éternel; c'esi^ Mire que Moîse$ , qui aurait créé le mot Itu^oNi^ lors de la sortie d'Égypta , s*en serait toutefois «ervi en rédigeant plus tard la Genèse » «ans s'apercevoir qu'il comoiôttait oo anachronisme) et se trahit ici lui-même dans TEnode*
Le Pharaon en effet, au lieu d'accorder aui; Israélite» la permission d'aller seulement pendant trois jours au désert, sacrifier k leur Dieu , les surchargea, an contraire, de trar vail , dans Tunique intention de ne leur laîssar aueua temps de loisir pour songer k leur projet de sacrifier k leur Dieu; et cela , par la raison politique dont il a déjk été parlé plus haut.
Mais Dieu répéta epeore à Moïaes , Verset 4 , ete, • qu'il avait conclu une alliance avec Abraham, Isaac et lacob, à qui il promit le pays de Ghanaan , et qu'ayant entendu les san** glots de son peuple opprimé par les Egyptiens , U s'est swvenu de cette ancienne alliance ; qu'il voulait les retîi^ de celte servitude et le$ prendre pour son peuple, afin (p'il liur soit DieUf et les ferait entrer dans le pays pow lequei U avait levé sa main. Mais malgré toutes ces belles promesses , les Israélites n'écoutèrent point Moms^ (Verset 9),
Moïses et Aaron retournèrent auprès du Pharaon pour lui renouveler la demande de sortir du pays ; mais Dieu imdurcit encore le cœur du roi qui refusa de nouveau ; at Dieu en pumt l'Egypte en donnant ï Moïses le pouvcnr de fmpper ce pays de plusieurs plaies. C'estàndire que Dieu ampéeha te roi de laisser partir les Israélites, et en punit, non pas sa personne, mais le pays entier , fort innocent dans toute cette affaire.
<— «WWPTTX-t» 1 ■■■II»! l|-ni»| Il I ppa^^^py»^i— ^^i^m^p1^|^p^Wly^y^^^^f^^^H— ^l^l^B^l^i^.^— ^^^^
(1) Vpyez la npl^ n"» tZ^
ClAPITRB XiV. 317
C'est, comme on voit, encore une de œs fàehenses idées que
Fauteur de TExode donne de la Divinité ; et cela fut, dit-on,
écrit par ordre de Dieu .
Moïses et Aaron étant arrivés devant le roi, Aarùnjeta sa
verge devant Pharaon et devant ses serviteurs et elle devint
un dragon (Chap. VII, 10).
Verset 1 1 . « Maiê Pharaon fit venir aussi les sages et les
enchanteurs ; et ces magiciens d'Egypte firent la même chose
par letiTs enchantements. »
IS. « «.... Mens la verge d* Aaron engloutit lewrs verges. » Et le Pharaon refusa encore. Or que signifie ce mirade
de verges devenues des dragons , si ce n'est que les magiciens d'Egypte étaient aussi savants qu'Âaron; ou, en d'autres termes , qu'Osius , leur Dieu , était aussi puissant que rÉTERH El, , et , par conséquent , également un Dieu réel et non pas nae simple /dote? C'est ainsi que Tauteur de l'Exode, en voulant faire du merveilleux, s'est simplement fourvoyé. L'Étemel ayant de nouveau formellement envoyé une troisième fois Moïses et Aaron aupràsdu roi, pour solliciter la permission de sortir du pays, il leur ordonna de faire devant le monarque le miracle de transformer Teau du fleuve en sang , et qui , devenant puante , devait causer les plus gruMis maux à l'Egypte (Chàp. VU, âO). Ce miracle ayant été exécuté, les magiciens païens en firent également autant ; de manière qu'ici encore, rien ne prouve ni la réalité et la supériorité de l'unique Dieu des Hébreux, ni la nullité d'Osiris. Mais ce qui est difficile à concevoir dans ces miracles, c'est comment, après qu' Aaron eut converti toutes les eouâ? £ Egypte en sang^ il fut possible aux magiciens, défaire te mène éhose ( Versets âO-^23). Il est évident qu'en écrivant ce passage l'autevr de TEx^de ne s'est point aperçu de cette inconséquaflce. Mais quoi qu'il en fût, le mooarqu^, peu convaincu par ces prodiges, tourna le dos aux deux Hé" bretto?, et {Jerset ^), vint en sa maison et n'appliqua point ^Wn'e son eomr à cela. »
528 THBOLOOU DB hk NATURE.
Mais Dieu envoya une quatrième fois Moïses et Aaron. au Pharaon pour lui demander la même faveur, et le menacer, en cas de refus, de faire produire au fleuve (Chap. VIII, 3)
« une infinité de grentmilles^ qui monteront et entreront
dans ta maiwn , et dans la chambre où tu coucheras , et sur tout ton lit , et dans la maison de tes serviteurs^ et parmi tout ton peuple^ et dans tes fours et dans tes mais. »
Ce nouveau miracle fait par Aaron n'eut guère plus de succès que les deux premiers ; vu que les magiciens ^yptiens en firent autant (Verset 7); mais le Pharaon, commença
toutefois k céder; et (Verset 8) c appela Moïses et Aaron,
et dit : Fléchissez V Éternel par vos prières , afin qu'il retire les grenouilles de dessus moi et de dessus mon peuple ; et je laisserai aller le peuple^ afin quHi sacrifie à V Éternel, r^
Moïses promit de faire cesser le fléau et Tarréta, en efiet, dès le lendemain ; mais, une fois les grenouilles détruites, le roi , revenant sur son engagement, refusa de nouveau de laisser partir les Israélites ; et Aaron , pour l'en punir, frappa , par ordre de l'Éternel , la poussière avec sa verge ; et elle devint dans toute l'Egypte une infinité de poux ; prodige que les magiciens s'efibrcèrent en vain d'imiter (Vwsets 17 et 18); ce qui les obligea à reconnaître eux-mêmes que c'était là le doigt de Dieu; mais le roi ne céda pas encore pour cela.
Dieu envoya en conséquence une cinquième fois Moïses chez le Pharaon , pour le menacer, s'il ne consentait pas au départ des Israélites , de faire dévaster le pays par un mélange d'insectes; fléau dont la province de Goschen, où habitaient les Hébreux , serait toutefois préservée (Versets SI, 22). Ce miracle ayant eu liett dès le lendemain , le Roi fit de nouveau venir Moïses et Aaron, pour leur annoncer qu'enfin il leur permettait de sacrifier k lear Dieu , mais dans le pays même.
26, « Mais Moïses dit : Il ne serait pas à propos de faire ainsi ^ car ce que nous sacrifierons à V Éternel notre Dieu,
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serait une abofnination pour les Êg'jfptieris. 'Voici, si nouê sacrifions V abomination des Égyptiens devant leurs yenx^ ne nous lapideraient^ih pas? »
28. « Alors Pharaon dit : Je vous laisserai aller pour iaerifier au désert à VÊlernel votre Dieu , pourvu seulement que vous n'alliez pas plus krin. Fléchissez rÊternel pour moi par des prières. »
S'en lappartant k cette promesse, Moïses adressa k ce sujet des paroles à TÉternel, et ce fléau cessa également. < Ma^ Pharaon appesantit son cœur encore cette fois^ et ne laissa point partir le peuple {Verset 32). »
L'Éternel envoya en conséquence de nouveau , et cela pour la sixième fois. Moïses au roi pour le menacer d'une grande mortalité dans^ ses troupeaux s'il ne laissait pas partir les Israélites , en ajoutant qu'il épargnerait le bétail de ces derniers; fléau dont le commencement était filé au lendemain (Ghap. IX) ; et en effet , tout le bétail des Égyptiens mourut dès le jour suivant; mais malgré ce grand malheur, le Pharaon ne céda pus.
' Alors rÊternel dit k Moïses et k Aaron (Verset S) de prendre de la cendre et la jeter k pleines mains vers les cieux , en présence de Pharaon ; que cette cendre deviendra de la pous»ère qui causera des ulcères dans toute l'Egypte; Verset H, « et les magiciens ne purent se tenir dei)ant Moïses , à cause des ulcères ; car tes magiciens avaient des ulcères comme tms les Égyptiens. »
12. « Et T Éternel endurcit le cœur de Pharaon , et Û ne les écouta point. » Enfin Dieu ordonna encore de se
présenter devant le roi et de lui dire que i4 « je vais
faire choir toutes mes plaies dans ton cosur^ et sur tes serviteurs et sur ton peuple, afin que tu saches qu'il n'y en d point de semblable à moi sur la terre. » Et après avoir ajouté qu'il eût été facile k l'Éternel de frapper le roi et soD peuple de mort, mais qu^il a voulu les laisser subsister, ^fin que son nom soit célébré par toute la terre, Moïses