CHAPITRE II
Vautre , on examine aussi sous quelles conditions les effets des principes qui animent les corps se signalent k nos sens , CD trouve trois dénominations différentes non entièrement synonymes, puisqu'on ne peut pas les mettre partout à la place Tune de Tautre» et aussi trois principaux degrés auxquels ces agents se manifestent. En effet , tous les Êtres de la nature , considérés comme simple matière formée de diverses substances physiques , sont animés d'une Puissance qui leur est inhérente , par laquelle ces dernières agissent les unes sur les autres par des actions qu'on désigne sous les noms d'attraction , d'affinité , elc. , et dont les effets sont, ainsi que j'ai déjk eu l'occasion de le dire , la gravitation , Yadhésion , la réflexion , etc. , lorsqu'il n'y a pas altération dans les propriétés des substances, et sous celui de combinaison quand cette action a lieu de molécule k molécule avec changement de ces mêmes propriétés ; et c'est sur les modiflcations infinies résultant de toutes ces actions que reposent entièrement les sciences de Y Astronomie^ de la Physique , de la Chimie et de la Minéralogie, Mais comme on n'a pas hesoin , pour se livrer k Tétude de ces différentes sciences, de connaître la cause des effets qu'on a k examiner, mais simplement ces effets eux-mêmes ainsi que les lois auxquelles ils sont soumis , les Savants n'ont pas cherché k la définir, et n'ont pas même jugé k propos de lui donner un nom dans nos langues modernes. C'est ainsi qu'il sufiit k l'Astronome de connaître la loi de la gravitation universelle pour déterminer par le calcul tous les effets que les astres produisent. »
< Or, si l'on examine les écrits des anciens Philosophes , on trouve qu'ils comprenaient parfaitement que ces causes existaient, et quoiqu'ils ne pussent pas en concevoir l'essence, ils leur imposèrent des noms, exprimant non pas leurs vrais caractères qui étaient inconnus , mais du moins ceux qui en approchaient le plus. Ainsi , le nom vague d'Arehée , mal limité soit par celui qui l'a' le premier pro *
iO THiOLOGIB BB lA kATURB.
posé , soit par d'autres venus après , qui l'ont appliqué tantôt k la cause fondamentale qui agit sur la matière en général, tantôt aux catises spéciales qui animent les Êtres organisés, et surtout par Van Helmont, qui allant plus loin encore , admettait même des Archées particulières subalternes jusque dans chaque organe isolément; agents que, dans son ardente imagination , il a en quelque sorte personnifiés en leur prêtant des facultés et des passions humaines; tandis que par son étymotogie le hotû d'Archée doit être exclusivement appliqué à la cause qui agit dans la matière brute, la seule acception dans laquelle je remploie. »
« Si nous exaiïiinons maintenant lés Êtres du règne végétal , nous trouvons qu'outre lés phénomènes dépendant de ces mêmes propriétés inhérentes k la matière en général , et dus à l'Archée ou force universelle , ils produisent encore des effets particuliers qui doivent également avoir leur cause, qu'on a désignée sous la dénomination vague de Force t?ttaïe; expression qui constitue une définition et non pas un véritable nom ; et cette jouissance ne saurait être la même que l'Archée , se trouvant fort souvent en opposition d'actioii avec elle, en s'opposant, dans une foule de cas, & l'accomplissement des effets des propriétés chimiques de la matière qui constitué le corps àe ces mêmes Êtres organisés.
Ce principe vital qui animé lés végétaux diffère encore de l'Archée des objets inorganiques, en ce qu'il n'est point propre k leur substance, mais n'y existe, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, que pendant un certain temps , après lequel leur corps rentre entièrement sous l'influence exclusive de celte même Archée ; et Yaction de ce principe temporaire sur le corps est ce qu'on nomme la Vie (Ï) , et dont les effets produits constituent Tensenibte de tous les phénomènes spéciaux que nous observons en eux et qui ne sont pas dus à l'Archée. La vie n'est donc pas lin Être, comme on a
(1) Traité praU et théor. d'Anat, comp, , t. Il , p. 229.
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souvent ronhi le prouver, et dont on a cherché it déterminer les caractères; et elle ti'est pas non plus un effet ^ ainsi que d'autres semblent Tadmettre, mais elle est, je le répète, simplement YactUm du principe vivifiant sur le corps.
C'est ainsi que Mirabeau (1) dit que : « La Vie e$t la
swnmô des mouvements de tout le corps le sentiment et la
pensée sont une partie de tes mouvements] ainsi dans Vhomfne morf, Us mouvements cessent comme tous les unir es. »
IfiiiABiSAn a évidetnment confondu ici la Vie avec quelques-uns de ses effets ; car, lors méihe que tous les mouve- Itaents cessent dans un Être organisé , ainsi que cela a lieu chez certains animaux congelés en un véritable glaçon, la vie n'a pour cela pas cessé chez eux; mais ses effets sont simplement suspendus, et se reproduisent sitôt que le corps dégèle. Ensuite, sur quoi se fonde cet auteur pour dire que le sentiment et la pensée sont des mouvements? Le mouvement est le déplacement d'un objet ; or rien ne se déplace ni dans la pensée ni datis le sentiment ; mais il avait k répondre d'avance h l'objection , que le sentiment et la pensée , et il aurait dA ajouter encore la volonté , ont aussi quelque chose de commun avec la vie ; objets auxquels il "" donne très-gratuitement la Qualité de mouvements , afin de les comprendre dans sa définition ; tandis que ce ne sont que des formes sous lesquelles les effets de la Vie , ou comme on peut dire , faction de Vàmè se manifeste.
BicRAT (2) tombe dàH^ la même faute , tout en approchant un peu plus delà vérité, en disant : « La Vie est V ensemble des fonctions qui résistent à ta mort. )> Car les fonctions , aussi , ne sont que des résultats de l'activité vitale, et non la vie elle-même; et ajoutant que ces fonctions résistent à la mort, il fait évidemment de cette dernière un Être ; car on ne
(1) Syst. de la Nature, \. I , p. 258 , 1770.
(îi Ttecher. physxoh rt«r 7a Tt> et la ytori , p. 1. An Vîll (179ft\
l'i TUBOLOGIB OB LA NATURB.
résiste pas à rien ; et cependant la mort n'est qu'une simple négation de la vie. Bighat fait en outre, de l'ensemble de toutes les fonctions , le caractère essentiel de la vie; tandis que cette dernière peut parfaitement exister, quoique plusieurs fonctions ne soient pas exercées dans le moment; ainsi, Taveugle et le sourd sont vivants, quoique Tun ne voie pas, et que l'autre n'entende pas; tout aussi bien que celui qui ne marche pas , et celui qui ne pense et ne sent pas dans le sommeil , sont cependant parfaitement vivants. Dire que dans ces diverses conditions la vie ne se manifeste pas sous ces formes, ce qui était, au fond, la pensée de ce célèbre Physiologiste , est réellement vrai ; mais , encore une fois , ces phénomènes ne sont pas la vie, mais simplement quelques-uns de ses effets.
ViRET, dans le nouveau Dict. d'hist. nat. de Déterville, dit à l'article Vie : « Quelle est cette puissance inconnue dans son essence ^ qui organise ^ qui meut^ qui répare et perpétue les innombrables créatures qui peuplent la terre ^ et qui embellissent les différents domaines de la Nature ? c'est la vie , cet être fugitif que nous n'apercevons que dans ses effets. » Déflnition qui est celle de l'Ame , et non celle de la vie , c'est-kdire que Fauteur n'ayant point saisi le véritable caractère de la vie , tombant dans Terreur contraire à celle de VIika,- BEAU et de BiCHAT , l'a tout bonnement confondue avec sa cause ; car c'est bien l'Ame qui est un Être et non une Puissance d'une certaine essence qui organise^ etc., tandis que la vie n'est rien de tout cela; mais, comme je l'ai dit, simplement Tac^ton de rAme sur le Corps ^ et n'est pas non plus les Effets indiqués par les deux premiers auteurs nommés. La Vie est si bien la simple action de Tàme , que sitôt que l'activité commence . le corps est vivifié ; et h l'instant où elle cesse , il est mort ; et là où cette activité est arrêtée sans être détruite, la vie est suspendue , quoiqu'elle existe encore à l'état latent. Enfin la Vie est parfaitement à comparer k YEntrain d'une mécanique, d'une pendule par exemple, dont les rouages