CHAPITRE II
et les autres pièces représentent les organes du corps ; et le Ressort , l'agent vital ou TAme. Lorsque ce dernier agit et met la mécanique en train ou en action , tous les effets de la mécanique se produisent absolument comme dans les corps organisés, vivifiés ou mis en activité par Tâme; et Tinstrument est vivant à sa façon. Si par le repos forcé du pendule» ou par une entrave quelconque , les effets sont suspendus , la mécanique parait privée de son ressort, absolument comme un corps en léthargie parait privé de son âme ; mais en réalité , son action n'est que suspendue : c'est comme la Vie ou laction de VÀme dans la syncope ou dans Tanimal congelé; ou encore dans Tœuf fécondé non encore couvé; et pour Tun aussi bien que pour Tautre de ces objets , Faction recommence , et ses effets se reproduisent aussitôt que rentra ve cesse.
CuviER(l) devant nécessairement parler de la vie, et ne pouvant s'en faire une idée qu'il ait pu formuler en une définition , s'en dispense en avouant \k peu près qu'il ne sait pas ce que c'est , disant : « Lidée de la vie est une de ces idées générales et obscures produites en nous par certaines suites de phénomènes , que nous voyons se succéder dans un ordre constant et se tenir par des rapports mutuels. Qtwique nous ignorions la nature du lien qui les unit^ nous sentons que ce lien doit exister ^ et cela nous suffit pour nous le faire désigner par un nom que bientôt le vulgaire regarde comme le signe d^un principe particulier^ quoique en effet ce nom ne puisse jamais indiquer que Vensemble des phénomènes qui ont donné lieu à sa formation.
r> Ainsi notre propre corps ^ et plusieurs autres qui ont avec lui des rapports de forme et de structure plus ou moins marqués , paraissent résister pendant un certain temps aux lois qui gouvernent les corps bruts , et même agir sur tout ce qui les environne^ d'une manière entièrement contraire à
(f ) Leçon d'Anat. e<mp. , 1. 1 , p. 1 , 1805.
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ees lùii ; nou$ employons les noms de Yie et de Force yitâlb pour désigner ces exceptions , au moins , aux lois générales, Cest donc en déterminant exactement en quoi ces exceptions consistent , que nous fixerons le sens de ces mots.
» Considérons pour cet effet les corps dont je tiens dé parler dans leurs rapports actifs et passifs avec le reste des autres. »
Ici le célèbre Naturaliste se contente de faire le portrait d'une jeune et jolie femme brillante de santé, et lui oppose ensuite la description de son cadavre en train de se décomposer , pour faire voir la différence qui existe dans te cas particulier entre un Être vivant et le ktaénle Être knort ; mais qu'a-t-il appris par Ik k qui que ce soit ? Tout le nionde sait parfaitement la différence qu'il y a entre une personne vivante et une personne morte ; même les animaux distinguent très-bien ces deVii états; et ce savant Naturaliste a ainsi esquivé la difficulté eh pariant de la vie sans rien dire.
Dans cette espèce de déflfaition , qtii n'en tsX {^as utaé , CuvTER dit qu'il ignore quelle est la nature dû lien qui unit les phénomènes de la vie ; mais qli'on sefat qu'il doit exister, et que cela suffit pour qu'on lui ait donné le tiom dé vie, que le vulgaire a adopté.
Mais c'est bien au cônirai)re le vulgaire, et même déjk l'homme \ l'état de la prfenlière barbarie , qui a imaginé de désigner la vie par un tenne que lés savants , venu^ longtemps après, ont ensuite adopté bomme une nécessité; nom qui, selon Cuvier, ne peut exprimer que Vensemble des phénoménn qni ont donné Heu à ^a formation. Phrase qui est non-seulement la définition de BicilÀt obscurément retournée, en prenant les effets dé la vie pont la vie elle-même; mais qui se trouve en contradiction avec cette autre partie , où Cuvier dit qu'on emploie tes noms de Yie et de Force vitale , pour indiquer Texception que présentent les Êtres vivants ii l'-égard de la matière brute ; te-
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eeption qui consiste \k résister aux lois qui gonveraent cette dernière , opinion également inexacte ; car ce n'est pas la Weqtii résiste h ces effets, mais bien Tâme, cause de la vie, d'où Ton Toit qu*ici , Cuyibr confond au contraire la vie avec sa canse.
Or cette cause de la vie a par d'autres encore été tantôt noinmée Archèe, en la confondant avec le principe universel que régit la matière brute ; et Amey d'où est dérivé l'adjectif animé , dont on se sert pour indiquer qne ces mêmes Êtres sont doués de vie. Mais ce dernier nom a également été donné essentiellement au principe intellectuel qui anime les Animaxix, qui en tirent aussi leur dénomination ; et comme on a remarqué qtié la vie des plantes n*est pas ta même que celle de ces derniers , on est tombé dans Telnbarras de savoir comment cette Ame prouvait h la fois vivifier les uns et les autres ; embarras qui devietat d'autant plus grand que certains Philosophes considéraiit l'espèce humaine comme faite à l'image de la Divinité , et comme seule immortelle, ne veulent pas même admettre que des Êtres de même nature animent l'Homme et les Animaux. Ils appliquent en conséquence à l'agent vivifiant de Thomme exclusivement le nom d'Ame^ quoique d'un autre côté on emploie aussi son syhonynàe Esfrii^ pour désigner le même principe intellectuel de l'espèce humaine , de manière qu'il reçoit ainsi deut noms ; tandis que rÉtre vivifiant des Animaux et des Plantes n'en a aucun. Mais en n'ayaht pas égard à ces discussions sur la simple application des noms, et examinant quelle doit être leur signification par leur étymologie, iet tnéme par l'idée qu'on y attache généraletaent ; et considérant enfin quel est leur emploi dans les corrélatifs qui en dépendent, nous trouvons que le mot Ame, qui signifiant soufite ou un Être éthéré qui anime, emporte l'idée d'immatérialité , c'està-dire que ce nom indique spécialement l'Être qiii donne la vie partout où elle se manifeste ; ainsi dans les Plantes aussi bien que dans les Animaux tel chez l'Homme lui-même. De
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cette idée est ensuite né , ainsi que je l'ai déjk fait remarquer plus haut, le mot animé appliqué à tous les Êtres vivants, et plus spécialement celui A* Animal, donné comme nom caractéristique à la subdivision la plus élevée des Êtres phy* siques de la nature à laquelle Thomme appartient au même titre que toutes les autres espèces.
€ Mais si nous examinons le mot Esprit comme synonyme d\4me, nous trouvons qu'il n'a pas la même acception, désignant quelque chose déplus élevé, la partie la plus subtile d'une chose; et en effet, on n'a jamais dit V Esprit d'un végétal , pour désigner l'Être qui le vivifie ou sa force vitale ; on ne l'a même jamais employé pour désigner l'Ame des Animaux, mais exclusivement pour celle de l'Homme. Comme en théologie on admet que THomme est fait a l'image de la divinité, l'identité d'expression par laquelle on désigne l'un et l'autre de ces deux Êtres , disant également V Esprit de l'Homme et Y Esprit de Dieu , montre suffisamment que les anciens théologiens ont eux-mêmes admis tacitement quel'âm^ humaine devait plus particulièrement recevoir le nom à* Esprit-, car jamais personne n'a parlé de VAme de Dieu, qui n'en a pas, mais bien un esprit, n'étant qu'esprit lui-même, l'âme étant d'une essence bien inférieure 'a l'esprit divin.
On peut cependant élever ici la question de savoir s'il est nécessaire d'admettre une différence essentielle entre TÊtre intellectuel de THomme et celui des Animaux ; ou bien s'il est plus rationnel de penser que tous les animaux sont pourvus d'un Esprit, et que c'est dans lui seul que réside la conscience de leur propre existence ou de leur Moi, conscience dont les plantes sont privées, comme n'étant animées que par une Ame\ et si la différence qu'on remarque entre l'Homme et les Animaux ne dépend pas plutôt du degré plus ou moins élevé de ce principe intellectuel que de son essence. »
En me servant ici du nom d'Esprit pour désigner TÊtre imin^tériel , seul intelligent, qui donne à Tbomme et aux
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animaax la faculté de discerner leor corps de tout ce qui n'est pas loi , je ne fais qu*adopter un terme bien nettement défini pour cette signification , sans croire pour cela que cet Être soit de même essence que Dieu , ainsi que cela ressort deFopinion des Juifs adoptée par les Chrétiens, qui enseignent dans leur théologie que VHomme est fait à Vimage du Créateur, qu*on considère également comme un Esprit; opinion orgueilleuse et éminemment blasphématoire, par laquelle on rabaisse TEternel tout -puissant au niveau de sa créature* Si, pour me faire comprendre, je me sers do nom d' Esprit , connu de tout le monde ^ comme dési« gnant à la fois 1 Intelligence divine et TÉtre intellectuel qui anime THomme et les Animaux , ce n est point que je trouve de TidentHé entre eux, mais simplement cette analogie que Tun et Tautre, aussi bien que VAme et YÀrchée, sont des Êtres immatériels, et que, par cela seulement, ils ne tombent pas sous nos sens.
On peut encore élever la question de savoir, s*il y a une grande différence entre Y Esprit de Vhomme et celui des animaux, et même entre ceux de tous les animaux selon leurs espices; ou bien, s*il est possible que ce ne soient partout que des agents de même nature et de même espèce. La première supposition , tout en multipliant énormément le nombre de ces agents différents , n'explique pas la diversité des facultés de l'Aomm^ et des animaux^ qui varient k l'infini dans la même espèce, et à tel point, qu'il existe des animaux beaucoup plus intelligents qu'une foule d'hommes; d'où l'on serait obligé, pour se rendre compte de ce fait, d'admettre, ce qui est en effet vrai et prouvé par l'observation de tout le monde, que la manifestation des facultés intellectuelles dépend entièrement de la condition spéciale dans laquelle chaque individu, homme ou animal, se trouve, surtout de Tétatde son système nerveux, et plus particulièrement encore de celui du cerveau. Or sitôt qu'on est obligé d'admettre que les grandes différences entre les facultés
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ÎDtelleGtuelIes des divers hommes , dépend de l'état de ee viscère, c'est-à-dire, noD-seulement de sa composition, mais encore de sa structure, et surtout de l'état de perfection de sa substance même , ce qui a lieu dans ses affections morbides , on tombe naturellement dans la seconde supposition , où l'on admet que l'agent intellectuel est partout le même; mais que ses manifestations diffèrent infiniment, suivant Torgane sur lequel il agit immédiatement : supposition que l'observation et l'expérience confirment parfaitement. En effet, l'observation et l'expérience prouvent que, non-seulement les facultés intellectuelles, mais même les sensitives et les volontaires , peuvent être considérablement perfectionnées dans la même personne ou dans le même animal , par le simple exercice ; en d'autres termes , par l'éducation; sans que rien soit changé dans l'individu, sinon l'état physiologique de l'Encéphale, et par lui les or^ ganes auxquels il envoie des nerfs. Que, généralement un grand développement de l'encéphale est un signe de facultés plus éminentes ; principe sur lequel est fondé la théorie de Gall ou la Phrénologie (1) ; mais que toutefois à l'état pathologique, ou même k l'état sain, les cas particuliers dans lesquels le système nerveux se trouve, et qu'on peut appeler ses qxialUés , ont une immense influence sur toutes les fonctions de ce système d'organes , et spécialement sur celles du cerveau; d'où il résulte que, le même homme, d'une très -haute intelligence, peut devenir idiot, et descendre par là infiniment au-dessous de la brute , lorsque son cerveau est affecté de quelque maladie. Voudrait-on prétendre que , vu que cet homme a perdu ses éminentes facultés d'intelligence et de raison ^ TEsprit qui l'animait a changé? ou, qui plus est, a été remplacé par un autre? Ce serait une singulière explication , dont l'idée n'est sans doute jamais venue à personne.
(1) Voyei la note n* 28.
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Mlift si des différpQees si grandes peuvent exister entre ks diterses personnes, et s établir par certaines circonstances, pourquoi ces clifférences, et de plus grandes encore, ne seraient-elles pas, ï divers degrés, normales chez les animaux? Et cela d*autant plus qu*à mesure qu'on descend dans l'échelle des Êtres, plus le Système nerveux et spécialeoientVEncépb^e se modifient en se simplifiant; d'où résulte que TEsprit qui anime les divers animaux , agissant ^r iin Système nerveux plus ou moins imparfait , ne peut aussi que très-imparfaitement manifester ses facultés , et faire penser que ce manque de moyens est une conséquence de l'infériorité de son essence.
J'ai déjk comparé dans un autre de mes ouvrages, Y Esprit qui anime les divers hommes et les animaux , k un artiste musicien des plus habiles » auquel on donnerait, pour faire connaître son talent, successivement des instruments de même espèce, mais fort différents pour la qualité, et ensuite d'antres encore de plus en plus imparfaits ; que produirait-il? Évidemment les résultats les plus différents ; et , à la fin , une simple manifestation de son existence. Ici aussi on serait disposé k croire que les divers effets qu'on entend sont dus à plusieurs artistes de facultés musicales essentiellement différentes; tandis que ce serait partout le même, jouant seulement sur des instruments très-variés, tant pour l'espèce que pour 1^ qualité. Or c'est ainsi aussi qu'on peut parfaitement concevoir que l'Esprit qui anime tous les animaux, l'hamme eomme la brute, soit partout le même; mais qu'il ne peut manifester ses facultés qu'en conséquence de l'organisation du système nerveux sur lequel il agit directement.
On pourrait encore aller plus loin dans ces hypothèses et vouloir admettre que même Y Ame et YArchée ne diffèrent elles-mêmes pas de Y Esprit; et que leur manifestation de pouvoir ne dépend que des conditions dans lesquelles ces trois agents se trouvent ,' par rapport aux organes ou k la
substance sur laquelle ils agissent. Mais cela ne parait pas probable , du moins pour ce qui concerne l'Archée , dont les propriétés qu'elle manifeste sont fort souvent en opposition d'action avec les facultés de TAme^et n'ont aucune analogie avec celles de l'Esprit.
Il résulte de ce que je viens d'exposer, qu'il existe d'abord une puissance universelle ou Arghée . inhérente h la Matière brute, où elle se manifeste différemment par les effets qu'elle produit, suivant les conditions spécifiques dans lesquelles se trouvent les molécules élémentaires de chaque substance, d'où naissent toutes les propriétés physiques et chimiques de ces Êtres bruts , état qui constitue le Premier degré daclivilé de la matière. Que les Êtres organisés, tout en possédant également cette Archée , avec toutes les propriétés dont elle est la cause, possèdent encore de plus, une Ame, qui leur donne l'individualité, et dont Yaclion sur le corps est la Vie : action qui persiste tant que les conditions de l'union entre cette âme et le corps ne sont pas détruites; et que cette âme a, par ses facultés, le pouvoir de neutraliser, dans certaines circonstances, les propriétés de l'Archée ; en même temps qu'elle préside a toutes les fonctions automatiques , soustraites k la conscience et à la volonté de l'individu ] et que cette Ame est ainsi, avec Y Archée , propre aux Végétaux, qui n'ont que cela, et présentent de là le Second degré d'activité auquel la matière peut s'élever. Enfin, que les Animaux possèdent encore, de plus que les Plantes, un Esprit, Être seul intellectuel, qui préside à toutes^les facultés de la vie de relation , dont les végétaux sont , en conséquence , privés ; facultés dont la plus élevée est la Raison , essentiellement propre k V Homme ; mais dont certains animaux approchent cependant.
« Quant à la nature de 1' Archée, de I'Ame et de I'Esprit, il n'est point du ressort des sciences de l'Analomie et de la Physiologie de chercher k la déterminer; et quoique la Psychologie traite spécialement de leurs facultés, elle ne saurait