CHAPITRE III
moins le centre d'activité de TEsprit; V$tre seul intellecttAel qui anime les Animaux et les distingue éminemment jles Plantes, en leur communiquant la Taculté de di$[inguer lepr individualité de ce qui n*en fait pas partie ; ainsi que Tinstinct qui les guide dans leurs actions et F Intelligence portée souvent jusqu'à la raison , d'après laquelle ils se déterminent par leur volonté dans les actes qu'ils produisent.
D'après les définitions oue j'ai données plus haut , page 59, de l'Instinct, de Tïntelligence et de la Raison, dont il est essentiel de ne pas confondre les attributs , on conçoit que rintelli^ence doit varier considérablement chez les animaux , suivant le nombre des faits eue chacun peut embrasser à la foiSy le degré d'importance qu'il est susceptible d'y attacher, la diversité des circonstances qu'il peut concevoir, Yitendue des rapports qu'il reconnaît entre les faits , la justesse des conséquences directes ou indirectes, qu'il est capable d'en tirer, et enfin le degré d'imagination qu'il a pour créer le§ moyens qui doivent le conduire au résultat désiré.
En appliquant ces principes à l'espèce humaine ellemême, dont l'intelligence est susceptible de s'élever jusqu'à la raison la plus transcendante, nous trouvons déjà chez elle des modifications infinies entre les divers individus , depuis le Crétin qui jouit à peine de la conscience de son existence, et se trouve au-dessous d'une foule d'espèces animales, jusqu'aux Philosophes les plus éminents; et cette même gradation , nous fa retrouvons dans le reste ^e l'échelle animale ; mais à des degrés beaucoup plus inférieurs. C'està-dire que V Homme, doué de la raison , est par là capable de se déterminer dans ses actions , suivant lés conséquences qu'il peut tirer les unes des autres, jusqu'à l'infini des causes et des effets qu'il observe, en s'èfevant ainsi auxconsidérations les plus abstraites , en comparant et en pesant des faits qui ne tombent pas sous les sens ; tandis que les Animaux, même les plus intelligents, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, ne oeuvent guère tirer qu'une seconde cons^-
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quence d'une première, et peut -être jamais une troisième de deux secondes , ce qui devient dëjk abstrait. Mais SI l*Ëtrb suprême a refcsé aux brutes le pouvoir
DE S*ÉLEVER PAR LEUR INTELLIGENCE JUSQU'À LA RAISON , IL A COMPENSÉ CE DÉFAUT CHEZ ELLES, EN LEUR ACCORDANT LA PUISSANCE DE l'iNSTINCT QUI LA REMPLACE POUR LEUR SERVIR DE GUIDE DANS LEURS RAPPORTS AVEC LE MONDE EXTÉRIEUR ;
sans que cette compensation soit jamais ni complète ni rigoureusement en raison inverse de l'intelligence dans chaque espèce ; quoique aucune de celles-ci ne soit k la fois entièrement privée de l'une et de l'autre ; condition dans laquelle se trouvent exclusivement les Végétaux ; c'est-k-dire les Êtres organisés qui n*ont point conscience de leur existence; le Créateur s'étant borné à varier jusqu'à l'inGni la puissance de ces deux facultés, suivant les besoins qui découlent des circonstances dans lesquelles sa volonté a placé chaque animal.
Les deux puissances de YInstinct et de Y Intelligence ont ensuite la plus grande influence dans lexécution des actes volontaires de la vie; la première, qui n'est qu'un simple penchant^ une diêpo$itUm, un goût, agit comme cause primitive prédisposante , et la seconde comme cause secon^ daire modifiante et déterminante. Celle-ci , se trouvant souvent en opposition avec celle-là , lui cède dans plusieurs circonstances, et perd ainsi de son énergie dans l'exécutioa des actes qu'elle accomplit. De son côté, l'Instinct tendant à déterminer rintelligence à se porter sur tel ou tel objet, lui prèle sa puissance et lui donne parla une plus grande force; et rintelligence, à son tour, régularise, modifie, développe ou domine, suivant les circonstances, les impressions fournies par Tinstinct; et c'est surtout chez YHomm£ où l'intelligence a un grand pouvoir, que son influence sur les suggestions instinctives est la plus grande , et diffère surtout d'un individu à l'autre.
Quoique Y Homme se guide plus particulièrement par le&
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effets de son intelligence et de sa raison, il est toutefois également mû , comme la brute, par des suggestions purement instinctives, qui le portent vers tels actes, sans qu*il puisse s'en rendre compte. C*est ainsi que la divine Providence
LUI INDIQUE DÈS SA NAISSANCE , COMME k l' ANIMAL , par UU
PENCHANT INNÉ qu*il ue s*explique pas, une tendance à se
NOURRIR DE TELLE SUBSTANCE ET NON d'uNE AUTRE, et EN MÊME TEMPS LES MOYENS QU^IL A k EMPLOYER POUR S*EN SUS*
TENTER. En effet, ce n*est certes pas Tlntelligence, et moins encore la Raison, qui indiquent à TEnfant qui vient de naitre aussi bien qu*au jeune Animal, qu il a à chercher le sein de sa mère, où il doit trouver le lait, la seule substance qui puisse servir, pendant les premiers temps de sa vie, k l'entretien de son existence et au développement de son corps; et rien non plus que le penchant inné ou instinctif ne peut l'engager h recevoir par la bouche et & attirer par la succion ce liquide nutritif. Plus tard même encore, lorsque sa raison Téclaire sur le choix des aliments dont il peut se nourrir, il refuse complètement de faire usage pour cela de telles ou telles substances pour lesquelles il ne sent aucun penchant^ ou, comme on dit, aucun groufi quoique ces mêmes substances servent , par Tinstinct contraire , exclusivement d*aliments à de nombreux animaux. C*est ainsi que jamais YHomme ne se sent disposé ^ se nourrir de rherbe des prés ou des feuilles des arbres, ou bien de bois, etc., etc., dont vivent régulièrement certains animaux. Quelle autre raison , si ce n*est celle d'un simple penchant instinctif, peul-on donner de la répugnance qu*il éprouve à la seule odeur de tel objet , dont il refuse de se nourrir, se laissant plutôt mourir de faim ; tandis que certains animaux le préfèrent k tout autre aliment , Todeur que ces substances répandent, loin de produire ce fâcheux effet sur eux, leur paraissant W contraire fort agréable; et si YHomme, par Teffet d'une spéculation de son intelligence, et, par une véritable dépravation de goût , parvient à vaincre celte repu-
586 TiriOLOGIE DB LA NATURE.
gnance pour certains mets , quHl repoussait auparavant avec horreur^ et arrire k s'en servir comme nourriture, il leur fait toutefois subir, soit par la cuisson , soit par divers apprêts et assaisonnements , de modifications qui leur donnent quelque analogie avec les substances qui lui sont plus spécialement destinées, telles que les Fruils et la chair.
Cest également ainsi par un penchant instinctif que longtemps avant Tàge de la p\]berté,' les individus de sexes différents se sentent portés l'un vers l'autre par un sentiment d'attachement dont ils ne se rendent pas compte ; sentiment qui n'est que le penchant instinctif ou la causé prédisposante de la reproduction de l'iespèce.
C'est encore par un sentiment instinctif que , dès les premières années de sa vie, la jeune flHê se sent déjà ^remplie d'affection pour les enfants / qu'elle aimek soigner, longtemps avant qu'elle puisse se douter qu'elle est destinée PAR LA SUBLIME BONTÉ DU CRÉATEUR À PRODIGUER CES MÊMES SOINS AUX ENFANTS QU'eLLB DOIT PLUS TARD METTRE
AU MONDE, et qui. dans la frêle existence de leur premier âge, ont si éminemment besoin de cette tendre affection , portée par leur Mère jusqu'à la passion la plus vive; tandis que Y Homme, à quelque âge que ce soit, n'éprouve jamais au fond de son cœur le sentiment d'une aussi grande iendresse pour les enfants ; quand même il en est le père ; autre effet DE LA sublime SAGESSE DU Créateur , qui h'a pas voulu que l'homme éprouvât la même affection pour ses enfants ,
I'aTANT plus PAhTlCULIÈMENT DESTINÉ PAR LX FORCE PHYSIQUE
qu'il lui a accordée à en Être le protecteur contre l'înfluence étrangère ; condition par laquelle il est moins que la femme en position de pouvoir leur prodiguer ses soins im-> médiats, étant trop souvent obligé de s'en éloigner; tandis que le sentiment de son amour pour eux arrive k son plus haut degré de passion lorsqu'ils selrouvent menacés dans leur bien-être ; encore son dévouement n'est-il pas, alors même, a comparer à celui de la mère, que rien ne saurait égaler ; seb-