‹ Théologie de la natureChapitre 117 sur 119 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

liment de vive énergie qu'on retrouve, d*ailleurs, également pour les mêmes raisons chez tous les animaux , où le plus ordinairement les femelles donnent seules des soins à leurs petits.

C*est de même que tout Être qui a la conscience de son existence éprouve un sentiment instinctif de frayeur au seul aspect de tout objet qui rappelle en lui Tidée de là destruction, ou simplenient d'un danger; Sentiment que la

SAGESSE divine A INSPIRÉ AUX ANIMAUX POUR LES PORTER À VEILLER EUX-MÊMES À LEUR CONSERVATION INDIVIDUELLE; Ct

par lequel ils préviennent, autant que possible, leur trop prompte destruction, sans que rien ait souvent pu leur faire comprendre que dans telle circonstance leur existence est en danger. C'est ainsi que le Chien, d'ordinaire si courageux, est effrayé de l'approche du Lion, dont son odorat lui fait connaître la présence, quoique ce soit pour la première fois qu'il se trouve dans Ta proximité d'un si redoutable ennemi , et que rien n'ait pu le lui faire connaitr^ d'avance.

C'est ce même instinct qui fait éprouver aux hommes , comme aux animaux, un sentiment d'horreur à la simple vue du cadavre d'un individu de leur espèce; et ce n'est que par l'effet de l'intelligence que nous parvenons, par une véritable violence que nous 'faisons k nous-m^mes, k vaincre cette répugnance; indifférence que nous pouvons aussi faire naître chez les animaux par l'effet de l'éducation c[ue nous leur donnons, en agissant par leur intelligence sur leur instinct : l'expérience de la première leur faisant comprendre que, dans telle circonstance qui accompagne l'événement autrefois redouté , il n'y a réellement pas de danger probable. C'est en détruisant ainsi chez eux l'effet de l'instinct que, non-seulement on peut faire vivre ensemble, sans qu'ils soient effrayés, des animaux plus ou moins intelligents instinctivement ennemis; mais béme de simples insectes que la moindre chose effraye peuvent êtçe ainsi appri-

voisés par Thabitude , au point de ne plus témoigner de la crainte k la vue des objets qu'ils redoutaient avant.

EnGn un simple bruit soudain , un mouvement brusque de tout objet qui pourrait être à craindre, font fuir nonseulement les animaux faibles, auxquels ils semblent pouvoir devenir dangereux, mais Tbomme lui-même ne peut 8*empêcber d'éprouver une pénible émotion en pareil cas; à moins qu'averti , sa raison ne lui fasse comprendre qu'il n'a rien à craindre.

Mais si Thomme a , comme les animaux, des incitations instinctives qui le guident dans plusieurs circonstances, ceux-ci sont aussi , comme lui , plus ou moins pourvus d'Intelligence ; et il n'est même pas probable qu'aucune espèce en puisse être totalement privée. En effet, chez un Être tout à fait dépourvu d*intelligence^ l'instinct ne pourrait produire^ lui seul aucun résultat, et ne serait, en conséquence, qu'une puissance inutile, et la Nature aurait manqué son but; les divers penchants innés , propres k chaque esfièce , ne faisant que simplement coniiai/r« aux Animaux ce dont ils ont besoin, et les moyens à employer pour arriver au but que ce penchant leur indique; tandis que l'acte lui même qui leur fait atteindre ce but est exécuté par l'effet de la volonté^ qui constitue une faculté intellectuelle; d'où l'on doit conclure que tout Être organisé, capable de mouvements exécutés dans un certain but , et variables selon les circonstances fortuites dans lesquelles cet Et. e peut se trouver^ est nécessairement doué d' Intelligence , et reçoit de là le nom d' Animal ; Intelligence qui le distingue du Végétal, qui en est privé, aussi bien que de V Instinct, ces deux puissances étant inséparables.

Or les divers instincts des animaux ne se bornent pas seulement à leur indiquer ce qui peut leur être nécessaire à l'entretien de la vie , ils les portent encore à accomplir une foule d'actes de beaucoup moins d'importance, tels que la musique, Yaffection pour les lieux qu'ils habitent, leurs

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genres spéciaux de mouvements , etc. , etc. ; et ces divers penchants iDstinctifs ne se bornent pas seulement à cbaqae espèce animale, mais se modifient encore beaucoup dans chaque individu, qu'ils déterminent k produire de prérérence tel acte plutôt quun autre ; et ces modifications paraissent d*autant plus grandes que Fespèce, et sur loutTindividu , est plus intelligent; c'est du moins ce que l'observation indique; car plus on descend dans Féchelle animale, moins on voit varier la manière d'agir des espèces, celles placées aux degrés les plus inférieurs faisant constamment la même chose. Ce qui s'explique encore par Ml que, chez elles, lintelligence intervient de moins en moins, pour faire varier les moyens d'exécution suggérés par les penchants, sous l'empire desquels leur volonté agit; et c'est au contraire dans Tespèce humaine, la plus intelligente de toutes, que les instincts spéciaux, individuels, sont les plus nombreux et les plus variés.

C'est ainsi que nous voyons les penchants instinctifs se spécialiser chez les uns en penchants pour tel art ; chez d'autres pour difliérentes sciences; ou bien dans l'aptitude à certaines occvpations , etc. , où l'on désigne ces instincts sous les diverses expressions synonymes de Goùt^ de Penchants^ d'Aptitude et même de Passions , sans chercher à trouver le pourquoi de ces différentes tendances, qui ne sont en effet que des penchants instinctifs innés, dont on ne se rend pas compte, ne pouvant en connaître la cause déterminante.

Ces mêmes Instincts, tant qu'ils ne se rattachent pas k la raison , se retrouvent ensuite chez les Animaux de toutes les classes, ob il sont souvent plus nombreux et bien plus rigoureusement spécialisés dans leurs objets; ce puissant mobile devant compenser chez eux ce que leur faible intelligence ne saurait leur indiquer dans les diverses circonstances dans lesquelles les animaux peuvent se trouver.

C'est ainsi que le plus grand nombre d'Animaux ne reconnaissent qu'un seul genre d'aliment; quelques-uns seu-

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ement, élant naturellement omnivores, se nourrissent in-

(listioetement de substances fort différentes ; mais en général , les animaux sont d'autant plus restreints dans leurs goûts innés qu'ils appartiennent k des classes plus inférieures^ où l'intelligence , de plus en plus faible, peut moins les guider dans le choix de leur nourriture.

Quoique la plupart des Mammifères ne vivent d'ordinaire que d'un seul genre de nourriture, ils en acceptent toutefois le plus souvent aussi une autre , lorsque la grande faim les y oblige : c est ainsi qu'on est parvenu à faire manger de la chair à des espèces herbivores , et diverses substances végétales k des carnassières ; il faut toutefois pour celles-ci que la différence ne soit pas trop grande, leur appareil digestif ne pouvant pas les digérer; et alors elles se laisseraient plutôt mourir que d*en manger, leur instinct les leur faisant repousser.

C'est également ainsi que les Ruminants ne vivent que d'herbe, ou de feuilles; tandis que d'autres espèces se nourrissent exclusivement de fruits charnus, d'Insectes, de Poissons, etc.

Cette spécialisation dans le genre de nourriture devient

ensuite de plus en plus rigoureuse chez les Oiseaux , les Reptiles et les Poissons; mais c'est surtout dans la Classe des Insectes que la restriction va d'ordinaire le plus loin, beaucoup d'espèces n'acceptant exclusivement qu'une seule qualité d'aliment, en refusant complètement toute autre, quelque rapprochée qu'elle puisse être de celle dont elles se nourrissent habituellement. On voit ainsi des chenilles ne vivre que sur une seule espèce de plantes, et d'autres Insectes que d'une seule espèce animale; et cela est surtout remarquable pour les animaux parasites des Classes inférieures. Cet Instinct fait souvent produire à certains Animaux des actes des plus étonnants, par l'apparence de raison dont on croit, au premier aperçu, y trouver des effets; tandis qu'ils ne font que suivre aveuglément les impulsions de ce pen-

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