CHAPITRE III. i
co?(sÉQUENTE DAMS SES PRINCIPES , A DONNÉ au pied la forme et la disposition les plus favorables à cet usage, en en calculant LES effets jusque dans leurs plus minutieux détails; où rien qui puisse avoir quelque influence n*a été omis pour en faire des organes parfaits de station. En effet, pour que la base de sus-station soit la plus grande possible, il a faUu que le pied appuyât dans toute sa longueur.
Dans cette disposition des membres postérieurs, il était facile de maintenir Téquilibre dans la station : le corps appuyant sur la base au moyen de ces derniers , ces membres forment de véritables colonnes verticales, où ils ne font qu'un effort musculaire assez faible pour que le centre de gravité du corps, situé à peu près au milieu du bas-ventre, soit maintenu au-dessus de cette base. Le mouvement d'extension du pied devant agir principalement pour soulever le corps dans la marche, et le pousser en avant eu appuyant obliquement sur le sol , le pied a dû pour cela former un levier du second genre , où le point d'appui est h l'extrémité des orteils; la résistance, dans l'articulation de la jambe, sur laquelle pèse le poids du corps; et la force, produite par les muscles du mollet , est appliquée à l'extrémité du talon , qui n'a conséquemment pas besoin de former un bras de levier très-long ; tandis qu'il a dû être , comme on le verra plus loin , beaucoup plus considérable chez tous les quadrupèdes , et surtout dans les espèces sauteuses ; aussi l'os du talon est-il bien plus saillant chez ces derniers.
Dans le but que l'Intelligence suprême s'est proposé , ces fonctions ont nécessité, comme d'ailleurs dans tous les appareils organiques , des formes spéciales qui révèlent les vvEs savantes dans lesquelles chaque organe a^'été établi. C'est ainsi que l'os du talon forme bien, comme le pisiforme de la main , un bras de levier sur lequel agissent les muscles extenseurs du pied; mais ce levier a dû être beaucoup plus grand , autrement conformé et différemment
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disposé. Nous avons déjk vu que dans YHùmmê^ le talott devait être dirigé, comme il l'est en effet, obliquement en bas et en arrière, afin de servir à la fois d'appui an corps dans la station plantigrade , et de bras de levier aux paissants muscles du mollet, qui s'y insèrent; tandis que chez les quadrupèdes , il est au contraire , mais toujours confor* mémentà sa fonction, beaucoup plus saillant, et directe* ment porté en arrière, dans la direction de Taxe du pied, n'ayant plus chez eux que la seconde de ces fonctions à remplir, pour laquelle il est plus favorable qu'il ait cette direction , afin que les muscles du mollet agissent k angle droit sur lui , et par Ik avec beaucoup plus de force.
Le second os ou l'Astragale devait de même , coNFORifÉ- MENT A SA FONCTION , fonucr dans sa partie supérieure one forte portion de poulie , sur laquelle se meuvent les extrémités des deux os de la jambe ; cette forme étant là plus CONVENABLE pour Ic mouvemeut dans une seule direction , où l'évasement plus ou moins grand de la gorge permet , SELON LE BESOIN, uu mouvomeut latéral proportionné, en même temps qu'il offre le plus de certitude contre le grave accident de l'entorse ; aossi voit-on cette gorge trèslarge et peu profonde dans rJETomme, qui, marchant sur la plante entière, a du pouvoir FLÉcnn le pied assei fortement VERS LES CÔTÉS , POUR l' ACCOMMODER À L*INÉGALtTÉ
DU SOL SUR LEQUEf. IL APPUIE ; taudîs quo chez les quadrupèdes digitigrades et unguligrades , où le pied n'appuie que sur les orteils , cette flexion latérale est non-seulement inutile , mais même dangereuse , vu que l'articulation est beaucoup plus élevée que dans l'espèce humaine; aussi la GORGE DE POUUE cst^elle généralement plus profonde , afin que le mouvement s'y fasse plus régulièrement dans un seul plan.
Pour mieux affermir le pied , cette poulie de l'astragale est en outre, suivant l'espèce animale elle-même, plus ou moins largement emboitée sur les côtés par l'extrémité des
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deox os de la jambe , creusés k cet efTet , également en profonde ponlîe concate ; de manière que le déboîtement est très-difficile, et de là fort rare, surtout chez les animaux
SAUTBCJRS , QUI SERAIENT SANS CELA pluS SUJCtS que leS autTOS
ii ce grave accident.
Quant k la forme et k la disposition des autres os du tarse, elles sont fort différentes et très-irrégulières , comme k ceux do carpe , ces pièces ne devant produire par leurs mouvements entre elles que des inflexions peu étendues, suffisantes toutefois pour donner quelque élasticité k cette partie du pied , fort avantageuse dans les mouvements de locomotion ; objet pour lequel une grande régularité de forme et de rapports était au fond inutile, et même moins favorable, les sept os du tarse, y compris celui du talon et l'astragale, chez les mammifères qui ont cinq orteils , s*encbevétrant mienx , par leur irrégularité , que s'ils affectaient des formes pins régulières, ce qui leur permet moins de se déplacer.
Ces mêmes pièces , intimement unies entre elles par de puissants ligaments , se touchent par des facettes articulaires mobiles, baignées de synovie, mais ne jouissent toutefois, comme au carpe , que d'un mouvement très-borné ; d'où ne résulte qu'une certaine souplesse, qui contribue puissamment k amortir les secousses que produit la chute du corps sur les pieds , k chaque bond que l'animal fait en courant , el adoucit considérableqient les mouvements dans la marche.
Quant an Métatarse ^ répondant au Métacarpe de la main, dont il rappelle tout k fait la composition , la forme et la disposition , étant composé de même , suivant l'espèce de Ibmmifères, de un k cinq petits os longs , placés k côté les uns des antres comme les dents d'un peigne, et portant chacune k son extrémité un Orteil , appendice tout k fait analogue aux doigts, cette partie du pied ne présente en elle-même rien de remarquable qui n'existe pas aussi k la main , k laquelle je renvoie , si ce n'est que le premier de
ces métatarsiens, et Torteil qu'il porte, prenoent une autre disposition , n'étant opposables que dans les Singes et les Sarigues.
Dans Tespèce humaine, le premier os du métatarse est plus fort que les autres, mais placé k côté d'eux, et porte un orteil également beaucoup plus grand que les quatre externes. Cette différence est encore une conséquence naturelle de LA FONCTION DU PIED, commo uuique organe de locomotion. En effet, les pieds ne devant pas, d'une part, servir à la préhension , Topposabilité du premier orteil serait nonseulement inutile, mais même défavorable , en donnant k la plante une mobilité latérale qui diminuerait sa force de résistance; et, d'autre part, chaque pied devant a son tour servir exclusivement de base de sus-station au corps , il était
NÉCESSAIRE QU'iL OFFRÎT POUR CELA TOUTE LA SOLIDITÉ POS- SIBLE , ET ÛU*IL FUT LE MIEUX CONFORMÉ POUR SERVIR A LA
MARCHE BIPÈDE , OU PLANTIGRADE. Or, lorsquc lo picd s'éteod en arrière pour pousser le corps en avant et vers le c6té opposé , c'est principalement la partie interne de son extrémité qui doit toucher le plus longtemps le sol ; d'où résulte
QUE CETTE PARTIE DEVAIT AUSSI ÊTRE A LA FOIS LA PLUS ALLONGÉE ET LA PLUS RÉSISTANTE , COMME DEVANT FAIRE LE DERNIER EFFORT A CHAQUE PAS; taudiS qUC la PARTIE EX- TERNE , PLUS MOBILE , SE MOULE MIEUX SUR LES INÉGALITÉS DU TERRAIN POUR ASSURER LE PIED. G'CSt, COmmC On VOit
encore ici, un de ces innombrables exemples ou la sagesse DU CRÉATEUR A TOUT SI PARFAITEMENT RÉGLÉ, EN MODIFIANT SIMPLEMENT LES PARTIES D*UN MÊME TYPE , POUR LES METTRE PARTOUT EN HARMONIE AVEC LA FONCTION QU'ELLES DOIVENT REMPLIR , SANS POUR GELA SORTIR DU PRINCIPE GÉ- NÉRAL DE LA LOI d'organisation QU'iL A ÉTABLIE POUR CHAQUE
SÉRIE D*0RGANES , daus toutc la chaiue des Êtres que cette loi embrasse.
Les Membres postérieurs étant les analogues des antérieurs, comme paires successives; se composant aussi des
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mêmes parties en en différant , comme on vient de voir, cependant notablement, soit par Teffet de leur dégradation par rang, soit par leurs fonctions.
En suivant leur analogie, en comparant d'abord les parties où elle est évidente, puis celles où elle devient plus douteuse , on trouve la ressemblance d'autant plus grande que les parties sont plus près des extrémités. Ainsi les Orteik sont exactement organisés comme les Doigts; le Coude-pied a la plus grande ressemblance avec la Palmure de la main, en offrant toutefois déjà des différences très-marquées entre les parties formant la base , ou le Tarse et le Carpe. La Jambe Tanalogue de V Avant-bras^ est, comme lui, formée de deux os longs , placés Tun à côté de Tautre , mais tout autrement conformés. La Cuisse^ qui représente le Bras^ n'a, de même que ce dernier, qu'un seul os ; et enfin on arrive au Bassin , qui doit représenter ¥ Épaule ; mais ici la différence est si grande pour la forme , amenée par celle des fonctions , qu'il est fort difficile de trouver de l'analogie entre leurs parties, si ce n'est ]>ar leurs rapports de disposition. C'est ainsi que l'un et l'autre sont composés, en principe, de trois grands os réunis au point où s'articule le membre correspondant. Ce sont dans l'épaule, V Omoplate^ la Clavicule et rOs coracoidten; celui-ci rudimentaire dans presque toutes les espèces de mammifères, où il ne forme qu'une simple apophyse de l'omoplate; mais très-grand dans les Oiseaux et les Reptiles ; et Ton retrouve même dans un appendice du bord de la cavité articulaire de l'omoplate du Chat^ une petite pièce surnuméraire qu'on peut rapporter à l'os central du bassin chez le même animal , et dont il sera parlé plus tard.
Nous avons vu que le Bassin des Mammifères se composait de même de trois grandes pièces latérales, mais constituant des appendices des vertèbres sacrées, et, en outre, fort différentes pour la forme des os de l'épaule , avec lesquels elles n'ont guère d'analogie pour la forme. Le Pubis
il rafolMa M L4 NATURB.
eiVhehion se dirigeant vers la ligne médiane ventrale , où ils se rencontrent même , paraissent de Ik représenter la Clavicule et le Coracoldien qui offrent la même disposition ; d'où il résulte que l'os de la Hanche , dirigé vers la colonne vertébrale , serait l'analogue de VOtïwplate.
Quoique les Membres des Mammifères quadrupèdes se composent , comme d'ailleurs tout leur corps , des mêmes parties que chez l'homme , sauf les modifications qu'ils éprouvent d'une Famille k l'autre , par l'effet des diverses lois de gradation qu'ils suivent, les mêmes parties offrent toutefois encore , outre cela , des différences fort notables, conséquences naturelles des fonctions que chacune remplit dans les diverses espèces. La plus grande modification résulte toutefois des changements du mode de locomotion de bipède en quadrupède auquel les animaux arrivent graduellement, comme, d'ailleurs, à tous les autres changements de fonctions des organes , en présentant divers types , où ils offrent, dans certaines espèces, les conditions les plus favorables du mode spécial de locomotion auquel ils sont destinés.
Le premier de ces modes principaux de la marche quar drupède est celui où les Mammifères cessent d'appuyer toute la plante du pied sur le sol , pour ne poser que sur les extrémités du métacarpe et du métatarse , ainsi que par les doigts et les orteils; marche qui reçoit de là le nom de Digitigrade; type le plus parfaitement représenté par le genre Chat , dont toute l'organisation est en même temps la plus riche en organes dans toute la Glasse des Mammifères.
On conçoit que par cela même que les animaux marchent à quatre pattes, les omoplates, qui doivent servir d'appui aux membres antérieurs , ne purent plus être , comme chez l'homme, dirigées de côté, mais plus ou moins en dessous.
Pour que ces derniers ne soient pas trop écartés , ce qui serait un grand inconvénient dans la marche, où chacun de ces membres doit alternativement supporter la charge du oorps, IL A fallu que la partie antérieure du thorax fut ,
durmi m. i7S
eontrareinent à ce qui est ehez l'hMime, assbz PORTimirr GOHFEiiiÉE , APiN DB LES RAPPROCHER pouF doniier uoe dircotioD presque verticale aax deux omoplates. C'est dans cette dépression du thorax que se loge toute l'épaule avec les muscles volumineux qui entrent dans sa composition , de manière qu'elle ne fait plus qu'une légère saillie sur les côtes ; et la clavicule , lorsqu'elle existe , conserve , du reste , la même disposition que chez l'homme , en se rendant de l'articulation du bras, transversalement en dedans, sur le sommet du sternum.
Quant au membre proprement dit , qui devait être entièrement libre chez l'homme afin de pouvoir se diriger de tous côtés , les diverses parties qui le constituent se font , pour la même raison , directement suite en pendant , k l'état de repos, le long du côté du tronc. Chez les quadrupèdes, au contraire , ces membres , devant servir à la locomotion , n'avaient plus besoin de se mouvoir que principalement dans un seul sens , d'avant en arrière ; et fort peu vers les côtés, seulement pour faciliter les balancements du corps de Tun de ces membres sur l'autre pendant la marche; mouvements que le bras peut facilement exécuter sans s'écarter sensiblement du thorax. Cette girgot«stance a
PKRM18 DE LE PLACER , EN GRANDE PARTIE , DANS LA MÊME ■ASSB DB GHAIR QUE l' ÉPAULE, OU, PLUS SOLIDEMENT PIXÉ , IL ACQUIERT , PAR LES MUSCLES VIGOUREUX QUI L'UNISSBNT A CETTE DERNIÈRE , UNE FORGE BIEN SUPÉRIEURE A CELLE QU'iL
A DANS l'espèce HUMAINE ; ct c'cst CD cfiet cctto disposition qu'on remarque chez tous les mammifères complètement quadrupèdes.
Si dans l'homme les cinq parties consécutives du membre ont dû se faire suite dans une même direction , cela ne
DEVAIT PLUS ÊTRE AINSI CHEZ LES QUADRUPÈDES, OU CES MEMBRES REMPLISSENT DES FONCTIONS DIFFÉRENTES OU SCr--
vant k la locomotion , où ils doivent jouir de la faculté de pouvoir s'allonger d'une certaine quantité, afin de pouvoir
pousser le corps en avant dans la marche ; d*où leurs parties devaient faire à' Tétat de station divers angles alternatifs entre elles , ainsi que cela est en effet ; disposition qui contribue en outre à donner une très-grande souplesse aux mouvements ambulatoires. C*est ainsi que déjà Tomoplate, au lieu d'être dirigée directement de haut en bas , Test au contraire de haut en bas et en avant , tandis que le bras (p q) se porte obliquement d'avant en arrière et en bas ; l'avantbras (q r) plus ou moins verticalement en dessous ; et la palmure (r s) est un peu fléchie en avant pour appuyer enfin , par son extrémité , sur les doigts fléchis (s t) , formant avec cette extrémité du métacarpe la base d*appui sur le sol chez les mammifères, dits de là digitigrades. On conçoit, par Teffet de ces angles que les parties du membre forment entre elles, que, lorsque dans ses divers genres de locomotion l'animal vient k tomber sur ses membres antérieurs, les chocs se trouvent considérablement adoucis par la flexion, qui, par ce choc même, a lieu dans toutes les articulations où l'élasticité des muscles, qui leur cèdent en partie, amortit beaucoup ces secousses.
Par l'effet de sa disposition oblique, le bras, au lieu d'être vertical, étant dirigé fortement en arrière, il se trouve en partie appliqué contre le thorax, auquel il est lié par les téguments qui les enveloppent tous les deux, et empêchent ainsi le bras de s'écarter sensiblement; mouvement inutile à des animaux , dont les membres antérieurs ne doivent servir qu'à la locomotion , on du moins à ne saisir que des objets placés au devant d'eux ; aussi les espèces qui jouissent encore de cette faculté ont-elles les bras plus longs, plus dégagés , et moins fortement dirigés en arrière que ebez celles où ces membres ne servent qu'aux mouvements ambulatoires.
L'Avant -bras, porté directement en bas, se continue par la palmure, qui, dans l'homme, se fléchit également en avant et en arrière, conformément k sa fonction; tandis