CHAPITRE III
ne pesât pas sur un trop long levier qu*aurâit formé le cou, s*il avait été dabs la proportion de celui des autres Mammiftres. Mais cet animal a reçu , eh compensation , cette longue troiàpe au moyen de laquelle il peut très adroitement saisir tes objets les plus petits placés à terre, et même l'eau, pour les porter à sa bouche; et cet organe, d*une structure des plus admirables, qu*il peut tourner avec adresse et force dans tous les sens , ne lui a pas seulement été donné en conséquence de la brièveté du cou, mais encore par cela même que les défenses, qui ont souvent plus de deus: mètres de long , ne lui permettraient pas , quand même le cou serait long , de saisir quoi que ce soit à terre avec sa bouche.
Lâi Girafe , dont les membres antérieurs sont plus longs que les postérieurs , et a pour cela aussi reçu un cou d^unc longueur démesurée, ne l'a cependant pas encore assez long pour pouvoir facilement atteindre k terre, d*où elle se trouve obligée d*écarter fortement ses pieds afin de toucher ao sol ; position tellement forcée et fatigante qu'elle ne pourrait la maintenir que quelques instants ; aussi a-t-elle été CRÉÉE pour se nourrir des feuilles des arbres qu'elle peut atteindre à de très-grandes hauteurs.
Enfin les Cétagées, dont le cou est tellement court qu'il b^est aucunement apparent, ne sauraient jamais diriger leur bouche en dessous ; mais , vivant dans Teau , ils trouvent leur nourriture au-devant d'eux.
Quant aux animaux vertébrés des autres classes , cette Uême loi existe également aussi pour eux , mais dans ce sens seulement que le cou est toujours assez long pour qu'ils puissent saisir les objets k terre, et souvent plus long que la hauteur du train antérieur de leur corps : ce qui n'existe dans aucun Mammifère connu. J'en parlerai plus loin en traitant des diverses autres classes de Vertébrés en particulier.
Dans les diverses modifications que le mode principaf
:2ig THBOLOGIB DS L4 NATURE.
(Inorganisation des Mammifères subit d* une famille à Taatre, il est fort remarquable de voir avec quelle sublime conh ajs-
SÂNGE DE LÀ PHYSIQUE LE CRÉATEUR A PROCÉDÉ POUR TRANSr FORMER CES ANIMAUX AU POINT DE LES RENDRE SUCCESSIVE- MENT PROPRES À REMPLIR PARFAITEMENT DES CONDITIONS d'existence LES PLUS DIFFÉRENTES. NoUS RVODS déjà VB
comment de l'organisation bipède de THomme, les Mammifères sont devenus quadrupèdes par la transformation de leurs membres , et surtout des antérieurs qui ont dû subir des changements plus considérables que les postérieurs, ayant k la fois k changer de fonction ; mais je me suis borné à faire simplement voir quels rapports d'organisation existaient entre les types des Mammifères bipèdes et quadrupèdes , sans entrer dans aucun détail sur les modifications graduelles que présentent les espèces intermédiaires , et sans parler même de celles qui volent, ou qui sont conformées pour la nage , offrant les unes et les autres dans leur oi^anisme les conditions les plus parfaites tant que ces conditions SONT compatibles AVEC LE PRINCIPE ESSENTIEL D* APRÈS LEQUEL LES MAMMIFÈRES ONT ÉTÉ FORMÉS.
Pour arriver de la condition bipède de Thomme, où les membre^ antérieurs sont exclusivement destinés k la préhension , a celle du quadrupède , la transition que présentent les espèces intermédiaires est fort remarquable. Chez les Singes supérieurs, tels que le Chimpanzé et VOrang-otUang^ les animaux les plus voisins de Thomme, les membres anté* rieurs servent encore presque exclusivement k la préhen* sion , mais avec le caractère bien évident de la locomotion ; c*est-k-dire qu'ils ne servent point encore k la marche , mais très-essentiellement au grimper^ qu*on peut très-bien nommer une marche par préhension. Pour cela le corps entier de l'animal n'a subi encore que de très-légères modifications ; les membres antérieurs ont simplement été rendus beaucoup plus longs, atteignant, dans le Chimpanzé debout, jusqu'au niveau ^ peu près des genoux, et chez VOrang-
CHAPITRB m. '^^2\)
auiang, jusqii*aaprès des chevilles, afin qne ces animaux, grimpeurs par excellence , puissent saisir au loin les branches d'arbres sur lesquels ils passent en grande partie leur vie , surtout le second , plus éloigné de Thomme que le premier ; et la marche, soit bipède, soit quadrupède sur un sol plat , leor est également fort difficile.
Desthiés à étk£ presque toujours accrochés par leurs KADfs, qui supportent ainsi en grande partie le poids du corps, leurs membres postérieurs sont non - seulement beaucoup plus faibles que dans Tespèce humaine, mais même les pieds ont été modifiés en conséquence du
NOUVEAU mode DE LOCOMOTION DE CES ANIMAUX, EN ÉCAR- TANT LE PREMIER ORTEIL DES AUTRES, POUR LE RENDRE
OPPOSABLE A CEUX-CI , commc Test le pouce ^ la main de rbomme ; disposition également conservée encore chez tous les autres Singes; de manière que ces animaux ont, comme on dit, quatre mains; d'où ce second Ordre de la Classe des Mammifères a reçu le nom de Quadrumanes.
Comme les Orang$ ne sont point destinés 2i marcher sur le sol, mais bien plutôt ^ saisir par les côtés les branches des arbres , la plante de leurs pieds n'est pas horizontale comme dans Thomme, mais oblique au dedans, pour être mieux approprié au grimper, et appuie de là sur le côté pendant la marche , en même temps que ces animaux ont de la difficulté it ouvrir complètement leurs pieds , dont les orteils restent d'ordinaire plus ou moins crochus, même pendant la marche sur un sol plat ; et il en est de même pour les mains. C'est au point que lorsque Y Orang-outang marche momentanément à quatre, il appuie ses mains par le dos des doigts fermés , ne pouvant déjk plus étendre le poignet beaucoup au delk de la direction droite avec Favant-bras ; fleulté qui n'est propre qu'^ Thomme ; et en cessant déjlt chez les Singes supérieurs, cette modiflcation indique déjh une première tendance vers la condition quadrupède que
SdO THiOLOGIB DE LA NATCRl.
présentent, sou9 ce rapport , les antres Mammifères.
Quant aux antres parties du corps des Singes supérieuns « elles n'offrent que de très-légères modifications , qui commencent à les rapprocher des quadrupèdes. C'est ainsi que la museau se prolonge déjà assez fortement dans le Chim* panzé , et surtout chez les vieux Orangi-oulang$ , où sa saillie est même plus considérable que dan$ la plupart des autres Singes. >
Ne devant point marcher sur leurs membres autA* RIEURS , la poitrine est encore large comme dans l'homme ; et la queue est, comme dans ce dernier, réduite k un simple rudiment caché dans les chairs.
Chez les autres Singes, qui commencent cependant d^^ à marcher souvent à quatre ; le corps et les membres sont généralement encore grêles et libres , pour laisser a ces