CHAPITRE PRÏUIER
Les anciens Philosophes, tout en reconnaissant qu'il existait, en dehors de la matière, une Intelligence toute-puissante qui a mis celle-ci en œuvre en créant le monde , désirant savoir de quelle nature ces deux agents pouvaient être , ont cherché k leur assigner des qualités percevables par les sens , afin de les mieux concevoir» et tombèrent de là dans d'étranges erreurs.
Quant à la matière, cela était facile, ses propriétés étant alors déjà sufSsamment connues pour qu'en les indiquant il ne fût pas possible de se méprendre sur son existence et le rôle passif qu'elle joue dans l'univers ; sauf certaines erreurs de détail provenant de l'état encore peu avancé de la science, qui ne permettait pas aux savants d^alors de déterminer k leur juste valeur les causes des phénomènes purement physiques qui se passaient sous leurs yeux.
Dans le désir de simplifier les systèmes de cosmogonie , les uns pensèrent pouvoir même ramener, en dernière analyse , tout ce qui constituait la partie matérielle de l'univers à un seul Élément (i)'ou Essence , qu'on crut trouver, ici dans l'eau , là dans le feu ou dans l'air, ou bien dans tous les trois ensemble. Enfin on admit généralement quatre éléments ou substances primitives , en y ajoutant la terre ; mais on était encore loin de la vérité , vu que , d'une part , Fair, l'eau et la terré ne sont point des matières simples , mais bien des substances composées ; et que , d'autre part , on connaît aujourd'hui jusqu'à cinquante-quatre véritables ÉLÉMENTS ou matières homogènes simples^ formées jusque dans leurs extrêmes particules constituantes ou atomes (2) d'une seuleespèee de substance indécomposable et indestructible. C'est par l'effet de la combinaison de ces éléments en diverses proportions d'une espèce à l'autre, et dans des conditions déterminées, qte se forment ensuite les innombrables
(1) Voya la not n* 13.
(2) Toyei la note n* 4.
substances coinposées ^e nous CQxmaisAOM; /sorp^ nonseulement fort différents entre eux , inais Ijb pliuui 9oaYmt encore très- différents, tant par Fappai'eDce .4me par l^ns propriétés, des éléments dopt .ce;5 Âubs^n/çe^ bitt»ir#i, ternaires , pu quaternaire , etc. , sç^U îofmé^.
Cette erreur des anciens Philosophes n'étajt , fùfùïff^ ja viens de le dire , due au fond qu'à Tétat ary ié,r.é oji ^ ^pfiyait alors la science , et noç à oiçe fausse app^éciatio^ des principes; c'est-à-dire qu'elle venait de ice qu'ils fcruA^t qu'il n^existait que quatre élémeçt^, taq^dis qu'on ep cfHÙ^ aujourd'hui plus, de cinquante , fels qnfi tous h» n^KmXf, Ip carbone (diaçiant^ ou charbop pur), le soufre, )^ pfu^ phore, etc., ainsi ^ue bea.ycoup d'autres ^uhstaqpe^ or(||- 'naïreàient 'jgazeuseS; teUes '^^ue Y oxygène y Vhy^fQgif^, Yazote , le chlore , etc.
Il n'était p^s si /"^cile d^e ^détern^ipep de queUe »j|tare pouvait être ia cause active ,ou intellectuelle |de Ji'ujiiyérs , cette cfiuse pe tombant çulj|e parj directemjent ^ous l^s sens; d'où l'on fut réduit > sça égard k de^ipjpljç^ hypothèses , qui, en effet, ne manquaient pas d'être établies m assez grand npmbre. Tous les Philosophes conçureot toutesfois que ce principe devait être infir^i^ afif^ de ppuyp|r agir à la fois j)artout; que m pi^issiince était fai(\$ bornée; et qu'isn outre, il dévêtit être ifjxne e^tféffie ^wftW^é, ne pouvant êtrjB renfermé dans aucun lieu ; et voulant cep^qdant se le figurer, la plupart des anc|4sns P|)jlosopbe$ crujrent qu'il devait avoir le plus d'an^ogie avep le feu ou avec la lumière, qui remplissent .ca e^et c^ troi^ con^itijons ; mais ils comprirent toutefois qus ces caractères ne suffisaient encore pas, cette cause active d^?ant en outre être éminen^ment intelligente y vp que sani^ cet attribut jrien de ce quç l'observatîpn fait cpppaitre q^ pei^^ avoir reçu Texistence ; aussi , plus tard , le plus grand nombre abandonna avec raison les attributs de simple matérialité qu'on y avait attachés. Mais il n'a pas sufS d'avoir
€BAPI7IB VRlMm. 7
idnît iimi reiitteDoe d'un Dieu ciiÉAnm «ar la simple prababilîté qu'il devait y en avoir un qui a formé Tunivera dana BOA imposante immensité ; il fallait encore le prouver par des démonstrations irréfragables, afin de ne laisser de dontÉ à personne , et prévenir par Ik toute espace d'ob* jeetions.
Su effet , si Ton admet pour le moment, avec les matéria^ listes, que la matière eiiste de toute éternité, avec les propriétés physiques qui la caractérisent dans ses nom-* iMreuses variétés, l'univers inorganique , avec toutes les mo«* difieations qu'il éprouve sans cesse, ne serait que le résultat inévitable de la fatalité mathématique attachée aux lois qui régissent cette matière ; lois qui ne sont réellement , ainsi que je l'ai déjà dit , elles-mêmes que les conséquences natu<* lelles de ces propriétés^ Ce principe admis, il en résulte, qqe tous les phénomènes purement physiques de la nature sont susceptibles de pouvoir être déterminés avec précision par le calcul , sans qu'il ^it nécessaire d'admettre pour oela l'intervention d'aucune puissance intellectuelle , tant que ces phénomènes ne dépendent toutefois unique** ment que de la matière inorganique , où l'agent de la vie , dont ja parlerai plus bas, ne trouble ou ne suspend pas l'action des propriétés inhérentes k la matière brute ; in** Onence d'où résultent des propriétés, des effets et des produits complètement différents , qu'on ne trouve nulle pari aiUenrs que dans la nature organique*
Or les propriétés physiques fondamentales propres à la matière sont . comme on sait :
l"" L'ÉTBBiiiTi oc l'Indcstbugtibilité ; encore cette pro* {ffiété, la plus fondamentale de toutes, pent-elle être eonteetée , comme on le verra plus bas.
2* L'Impém^trabilité , véritable axiome, par laquelle plusieurs corps ne peuvent se trouver k la fois à la même place : c'est-k-dire par leurs molécules intégrantes ou atomes.
3"* La Persistance dans le statu quo de l*Imert» oc du Mouvement; deux eondîtions opposées, dans lesqudles la matière peut se trouver : dont la première est toutefois seule primitive et la seconde toujours communiquée, mais chacune se maintenant jusqu'à ce qu'une cause étrangère transforme Tune dans l'autre. Ces deux états difièrent ensuite essentiellement, en principe, en ce que le mouvement de deux corps qui se rencontrent est toujours diminué ou anéanti par Ik , et ces corps ainsi ramenés k l'état de repos ; tandis que le contact de deux corps immobiles ne produit jamais le mouvement, si ce n'est par leur attraction , cause différente de l'inertie. C'est-à-dire que le mouvement d'un corps en détruisant celui d'un autre , amène celui-ci à l'état primitif de repos ; tandis que l'inertie d'un corps ne détruit pas celle d'un autre . pour le ramener au mouvement qui aurait été sa condition première. D'ailleurs le mouvement dû , soit à l'attraction , soit à la répulsion des corps , les seules causes qui puissent le produire , n'Mt jamais lieu que dans la direction de la ligne droite passant par leurs centres ; d'où le mouvement est nommé centripète ou centrifuge; et, dans aucun cas, ce mouvement ne saurait avoir lieu en suivant une autre direction ; d'où résulte encore que tout mouvement dans une direction différente de celle-ci est nécessairement communiqué par une force étrangère aux propriétés de ce corps. C'est ainsi que le mouvement tangentiel imprimé k une masse matérielle qui circule autour d'une autre , dans une trajectoire courbe , ne saurait être uniquement le résultat des propriétés ni du corps circulant ni du corps central ; le mouvement courbe étant, ainsi qu'on le démontre, toujours dû à deux impulsions , dont l'une attractive entre ces deux corps , et la seconde une force imprimée dans une autre direction au corps circulant (1).
(1) Voyez la note n* 26.