‹ Théologie de la natureChapitre 65 sur 119 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

maux , donnent toutefois à l'ensemble un caractère tout spécial, tant par rétonnante complication des parties que par la remarquable netteté avec laquelle chaque organe est distinct de tous ceux qui Tavoisinent, afin de n*étre aucunement gêné ou influencé dans son action spéciale par laquelle il contribue au résultat final.

Tous les muscles qui meuvent les vertèbres et les côtes sont en principe les mêmes que ceux qui les accompagnent chez les animaux supérieurs, mais ils sont plus nombreux et surtout plus compliqués : plusieurs , souvent réduits k de simples rudiments chez les Mammifères , arrivent chez les Ophidiens à leur complet développement. DansThomme, les muscles dorsaux sont en général tellement confondus entre eux , qu*il est presque impossible de les distinguer; aussi les anatomistes d'aujourd'hui , moins patients que les anciens , ont-ils renoncé à les décrire , et ne les indiquent-ils dans leurs ouvrages , donnés comme classiques , que simplement comme formant un amas de faisceaux musculeux , d'où sortent diverses languettes allant s'insérer à tel ou tel os : et là où Ton a essayé de décrire chaque partie en particulier, on s'est le plus souvent complètement trompé sur les séries naturelles que ces muscles forment. Dans mon Anatomie du Chat , j'ai le premier cherché à démêler cette masse si compliquée de muscles, tous identiquement analogues à ceux de l'homme, mais beaucoup plus distincts et plus isolés dans leur action, afin de faire servir ce travail à l'explication de l'anatomie de l'espèce humaine. Mais quelque belles que soient la complication et la netteté de la structure de cette partie du corps 4e ces animaux, les plus richement organisés de toute la classe des Mammifères, et surtout plus que l'homme, cela n'est aucunement k comparer à ce que l'on trouve sous ce rapport chez les Serpents.

Dans les Mammifères , les muscles de la gouttière vertébrale forment jusqu'à six et sept séries fort compliquées ,

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dent chacune se compose souvent de quatre k cinq chefs , différents par leurs longueurs et leurs attaches , qui se rendent sur le tùème tendon terminal. Chez les Serpents , leur complication est non-seulement tout aussi grande, pour les divers chefs , quant au point de départ sur plusieurs vertèbres successives , mais certains de ces muscles reçoivent encore d'es chefs fort nombreux allant en sens contraire, pour s'insérer au même tendon commun; et outre celte double complication, quelques-uns forment encore, dans leur long trajet, deux et même trois ventres successifs, dont chacun a la faculté de pouvoir se contracter séparément des autres chefs , pour produire en résultat tel ou tel effet dans la locomotion de ces animaux ; triple et quadruple complications qui n'existent nulle part chez les autres vertébrés, et surtout pas dans Thomme.

Ces muscles 9 av nombre de plus de quinze séries complètes et fort compliquées chez la Couleuvre à collier j mais moins dans la Vipère commune, partent individuellement d'un point déterminé de chaque vertèbre en franchissant de tin \k vingt-huit de ces os pour s'insérer soit directement , soit par un tendon commun k tous ses chefs , k l'une des vertèbres antérieures ou postérieures, selon la direction que prend la série; et le tendon k Ini seul franchit dans le plus long jusqu'k quatorze vertèbres.

Dans la grande complication de ces organes , dont les chefs sont presque innombrables, les tendons terminaux , souvent aussi fins que des cheveux, sont renfermés chacun dans toute sa longueur dans une gaine Ibreuse spéciale , éh H glisse avec la plus grande facilité , au moyen de la gynovie que ces coulisses contiennent dans ce but.

Quelques-uns de ces muscles ont pour fonction d'étendre la colonne vertébrale, en rendant le corps concave endessus; mais la plupart, placés plus vers les cdtes , servent aux flexions latérales ; et comme plusieurs sont disposés un peu obliquement, ils produisent la torsion du corps; mou-

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temeot da reste fort peu étendu , masi que je Tai déjh fait remarquer plus haut.

Les muscles moteur^ des cdies sont aussi en partie les analo^es de eeui de THonme et autres Mammifères , en offrant toutefois certaines modifications ; mais il en existe aussi plusieurs qu*on ne trouye pas chez ces derniers , ces

muscles étant EXCLUSltEMBffT propres AVX SERPENtS , POt}R AGIR AVEC PLUS OC MOIIVS R'fiFFtCAGlTÉ DANS LE RAMPEflENT*

C'est ainsi que nous trouf ons , comme ehes les Hammi- (èrea, des muscles Sureostctucs, même de deux espèces, Tune plus longue, Tautre plus courte; de très-grands Souseestanx, dont Texistenee est régulièrement constante; deux couches A* Intercostatix y et en dedans des côtes, deux lames musculaires superposées, fixées par de larges languettes aux cAtes Ters leur tiers supérieur, et se portant obliquement en bas, en se oonfbndant dans chaque série en une lame continue pr6longée jusqu'au-dessous de Textrémité des cdtes , où chacune se continue en une large aponérrose sous-ventrale, commune au muscle du côté opposé. Ces deux lames musculeuses, dont Tune est oblique en avant, et Tautre oblique en arrière , représentent par leur disposition le muscle unique Latitudinal (Transverse du bas-ventre), par rapport aux obliques de Tabdomen , les analogues des deux intercostaux : ces deux obliques manquant du reste chez les Serpents , par cela mAtne que le thorax se prolonge jusqu'à la queue.

Dans le thorax des Mammifères ^ le fnuscle latitudinal est représenté par le Diaphragme avec lequel il se continue ; mais ce muscle, détaché des côtes, excepté dto plus postérieures , forme, comme on sait , une cloison séparant û eavité thoracique de l'abdomen , en présentant un centre tendineux que traversent TOEsophage, TAorte et la Veine cave, etc. Or en comparant à cette disposition les muscles correspondants chez les Serpents , il en résulte qu'on obtiendrait les mêmes conditions en détachant les deux lames musculeuses

intérieures du thorax , pour les éUreiiidre sur un point quelconque par une ligature , dont le nœud viendrait occuper le centre, et représenterait parfaitement le centre tendineux de ce diaphragme artificiel ; or c'est en effet ce que la. Nature SEMBLE AVOIR FAIT.

Cette hypothèse , fondée sur l'analogie d'existence et de disposition des parties, explique, d'une part, parfaitement pourquoi le diaphragme se continue directement avec le muscle latitudinal chez les Mammifères; et comment il se fait que son centre tendineux soit traversé par les organes que je viens de nommer; et, d'autre part, pourquoi le latitudinal n'a pas d'analogue dans le thorax de ces mêmes Mammifères.

Ne pouvant pas accompagner les descriptions des nombreux muscles des Serpents des figures nécessaires poor en faire comprendre les dispositions, je suis obligé de passer sous silence tout ce qui a rapport à la plupart d'entre eux , dont il serait cependant intéressant de connaître la forme et les fonctions.

Outre les muscles propres au thorax , il en existe encore d'autres placés en dehors de ce dernier, et se rendant soit des vertèbres et des côtes aux téguments, soit d'une partie des téguments aux autres, muscles dont il n'existe aucune trace chez l'Homme et les autres Mammifères.

La série la plus superficielle de ces muscles , se fixe k la partie supérieure de chaque côte, ainsi qu'à l'aponévrose dorsale superficielle , d'où elle se porte obliquement en arrière et en dessous , en formant une large bandelette qui va s'insérer k l'écaillé tégumentaire de la seconde et de la première rangée longitudinale latérale, placées vis-k- vis de la cinquième et sixième côtes suivantes, que ces bandelettes musculeuses portent en avant, et agissent par la indirectement sur les bandes sous -ventrales qu'elles soulèvent et portent en avant.

Une seconde série , formée de languettes plus larges , s'at-

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tache à l'extrémité de chaque côte , et se porte horizontalement en avant ponr s'insérer à la partie supérieure latérale de la bande écailleuse tégumentaire sonâ-yentrale , ainsi qu'à récaille de la première rangée voisine que ces muscles portent en arrière pour appuyer la première sur le sol dans le rampement.

D'autres muscles sous-cutanés , en forme de lamelles fort minces, placés sous les premières rangées d'écaillés latérales , ou bien sous les bandes écailleuses sous-ventrales , se rendent d'une de ces pièces à l'autre pour les mettre en mouvement ; disposition tout à fait semblable à celle que présentent tous les muscles chez les animaux articulés, et h laquelle I'Intelligence créatrice prélude ainsi déjà à

PARTIR DE LA CLASSE DES RePTILES , DANS LE PLAN GÉNÉRAL qu'elle a suivi LORS DE LA CRÉATION DES ANIMAUX.

D'autres muscles encore, dont les analogues n'existent pas chez les Mammifères et les Oiseaux , s'insérât extérieurement à la partie supérieure des côtes , d'où ils se portent obliquement en arrière et en bas pour s'insérer par plusieurs languettes au tiers inférieur de la quatrième côte suivante et un peu plus haut sur les intermédiaires. Au point où le long chef superficiel de ce muscle s'insère , nait sur chaque côte une autre , formant une série faisant suite à cette première, et qui continuant à se diriger obliquement en arrière et en bas, se termine à l'extrémité de la sixième côte suivante.

Ces deux séries de muscles ont évidemment pour fonction de porter les côtes en avant, en devenant de puissants auxiliaires des Intercostaux. ^

Les diverses séries de muscles du thorax se continuent sur la queue, en s'y modifiant suivant les changements que les parties du squelette éprouvent.

C'est au moyen de ce mécanisme organique aussi simple dans ses éléments que conlpliqué dans ses parties, mais par là même très-ingénieux et fort savant, que les Serpents progressent sur le sol , et cela souvent avec une rapidité prodi-

gîease. Aiofti que je Tai déjà dit plus haut, ehtqne paire de côtes fait les fonctions de deux membres locomoteora sons* cutanés , en agissant comme te feraient des crampons, suc* oessivement portés en avant, en emportant les téguments avec eux , pour être « par l'intermédiaire de ceux-ci , appuyés sur le sol , afin de pousser la partie correspondante da corps en avant.

Cette espèce de Fus que font sueeesaiveraent tontes les psires de côtes étant nécessairement fort coarte, et Taction ayant lieu sous les téguments, l'animal parait simplement glisser plus ou moins lentement en avant , sans faire de mouvement avec aucune partie de son corps.

Dans les mouvements plus rapides , les Serpents emfrfotent bien les mêmes moyens; maïs avec cette différence qu'ils avancent de suite . successivement, toutes les paires de côtes d'une partie de l'extrémité antérieure de leur corps , en plaçant cellb-ci , ainsi que je l'ai déjà dit, obliquement sur le sol ; ce qui leur permet de faire avancer aussi de suite la partie suivante , qu'ils f^centde même oUiquemeot mais «i gens contraire ; et aiasi des autres seetîona du corps ; geare de progression qu'on peut appeler par grands pas , dont chacune se compose de plusieurs petits; moevement que tout le monde connaît sous le nom de strpmier.

C'BSr POUR FACILITER Lfi PLUS POSBiBLB CBS HfFLBXIOHS LATÉRALES QUE CES ANtMAUX SONT OBLIGÉS DB FAIRE , LOftS- OU ILS RAMPENT AVEC RAPIDITÉ, QUE l'IbITELUOEHCB CRÉA- TRICE A MODIFIÉ d'uME MANIÈRB BXCLUSIVBMBMT PROPRE À CET

ORDRE DE Reptiles, les articulations db leur colonne

VERTÉBRALE ; ARTICULATIONS QUI TOUT BN DONNANT LA PLUS «RANDE ÉTENDUE k CBS INFLEXiOBB, PERMETTENT TOUTEFOIS AUSSI LES AUTRES MOUVEMENTS ) MAIS AUTANT SEULEMENT QU'iLS SONT NÉCESSAIRES, SRDS NUIRE À CBLUI-CK QUI EWÏ IW PMIN- GIPAL, ET DEMANDE À ÊTRE EXÉCUTÉ AVEC FOACE ST PRÉ- GiSiON. •

On retrouve aussi à la léle pkisieufs anatogute des muselés

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des Mammifères, qui n'ont pas dû disparaître par l'effet des modifications que cette partie du corps a éprouvé. Quant à ceux accompagnant les organes de la boucbe , ils subissent des changements considérables , ainenéjs par ceux des par* ties osseuses; et sont de Ik fort différents dans les Serpents venimeux et non venimeux. J'en dirai quelque chose en parlant des organes de la digestion.

En disant plus haut qu'il n'existait plus de membres che?; les Serpents, j^ai fait remarquer que leur disparition avait lieu graduellement chez les Sauriens. En effet, ces membres déjk proportionnellement plus petits et plus faibles que chez les Mammifères, pour s'apprêter à cette absence complète , font qu'un grand nombre de Sauriens traînent plus ou moins leur ventre sur le sol dans la marche et la course, n'ayant pas la forc« de maintenir leur corps soulevé ; et cela d'autaut moins que leur tronc est plus long que celui des Mammi fères : ce qui constitue un commencement de cet allongement bien plus grand encore qu'il prend chez les Serpents^ Enfin , vers la fin de leur série , les Sauriens , quoique ayant encore quatre oaemhres » sont déjk si longs qu'ils présentent tout à fait l'aspect de Serpjcqts pourvus de petits pieds. Un peu plus loin , les Bipes n'ont plus de membres antérieurs visibles à l'extérieur ; tandis qu'ils conservent encore les postérieurs qui ne leur servent toutefois presque plus à rien ; ces animaux progressant entièrement k la manière des Serpents. Il en est k peu prè^ de même des Èimanes, qui pré* sentent le cas contraire, ayant de très-petits ionembres antérieurs et point de postérieurs. Arrive enfin, d'une part, le genre Orvet et ses voisins, qui n'ont plus aucune trace extérieure de membres , mais conservent encore sous les téguments un dernier rudiment des os de Tépaule, du reste sans

es Boas , où existe au devant de l'anus, deux moignons en forme de longs mamelons, dernière trace des n^embrés postérieurs, aussi sans fonction connue*

Dans les vrais Serpents, tels que les Couleuvres et les Vipères , où les quatre membres ont complètement disparu , la première paire y est cependant encore indiquée par un Raphé transversal des muscles du tronc; filet tendineux qui coupe les muscles, en ressemblant au pi*emier aperçu à une cicatrice ; et c'est en effet le point de rencontre des muscles analogues k ceux qui, chez les animaux supérieurs, se rendent sur les clavicules , dont ce raphé indique encore la dernière trace. C'est ainsi aussi qu*un raphé semblable, mais plus antérieur, représente le dernier rudiment des cornes de rhyoide. J'indique ces objets, peu importants au fond, pour citer DES exemples de cette loi universelle que l'Éternel

TOUT-PUISSANT À SUIVIE DANS LA CRÉATION DES ÊTRES ORGA- NISÉS*, LOI QUI CONSISTE À NE JAMAIS SUPPRIMER SUBITEMENT UN ORGANE QUAND SA FONCTION GESSE d'ÉTRE NÉCESSAIRE AO GENRE DE VIE QU*IL A PRESCRIT À CHAQUE ESPÈCE, MAIS DE LE CONSERVER ENCORE, SOIT POUR LUI FAIRE PARCOURIR TOUTE SON ÉCHELLE DE GRADATION PLUS OU MOINS ÉTENDUE , OÙ IL PERD SUCCESSIVEMENT SES PARTIES CONSTITUANTES, SOIT POUR l'employer à un autre USAGE , ET NE LE FAIRE DISPARAITRE RÉELLEMENT QUE PLUS OU MOINS LONGTEMPS APRÈS QU'iL NE

PEUT PLUS REMPLIR SES FONCTIONS, OÙ il laissc souveut même encore des traces de son existence primitive.

Les Sauriens et les Ophidiens ont généralement le corps revêtu d'écaillés cornées en forme de plaques plus ou moins grandes, mais jamais de dimension à pouvoir gêner leurs mouvements. Le plus souvent ce sont de petites lames triangulaires , implantées par l'un des bords dans les tégUT ments , et libres par l'extrémité opposée dirigée en arrière , eh s'imbriquant les unes sur les autres.

Souvent aussi la partie libre est extrêmement courte et même complètement nulle, surtout quand ces écailles sont larges : elles forment alors des plaques plus ou moins grandes, contiguës par leurs bords. C'est cette dernière forme qu'elles affectent sur la tète de la plupart des es-

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