CHAPITRE III
Cette cavité ainsi doublement conique entre les deux Yertébres est également remplie d'une synovie fort élastique, mais plus liquide que celle des autres animaux ; et les deux vertèbres sont de même unies dans toute leur circonférence au moyen d'un anneau ligamenteux semblable k celui des Mammifères, mais moins épais, et à fibres plus longues; de manière que les deux os sont plus écartés , pour jouir d'une plus grande étendue de flexion l'un sur l'autre.
On conçoit , d'après cette disposition , que si le Poisson contracte les muscles d'un des côtés du corps , la majeure partie de la force qu'ils produisent faisant fléchir la colonne vertébrale vers ce côté, cette force fait seule équilibre k la résistance que l'eau oppose k la face latérale de la partie du corps qui se meut, tandis qu'une autre partie de la puissance musculaire sert simplement k comprimer la moitié du même côté de l'anneau fibreux entourant la base des vertèbres , et que cette partie de la force serait complètement perdue pour le mouvement progressif si l'on n'avait point paré k cet inconvénient ; perte d'autant plus considérable que la plus grande partie de ces muscles , s'insérant directement ou indirectement aux vertèbres fort près de ces anneaux, n'agissent sur ces derniers que par des bras de leviers fort courts. Mais la Sagesse divine a remédié admirablement à ce désavantage ,
PAR l'emploi de la SYNOVIE ÉLASTIQUE REMPLISSANT LES CAVI- TÉS DOUBLEMENT CONIQUES DONT JE VIENS DE PARLER. Eu cflet,
si, ainsi que cela est k peu près certain , la force d'élasticité de la synovie comprimée d'un côté se réfléchit sur les parois de la cavité qui la contient, d'après la même loi générale qui régit tous les corps en mouvement , ainsi que la lumière ; l'élasticité de cette synovie, comprimée d'un côté, doit se réfléchir sur les parois voisines obliques des deux cônes opposés, et se porter sur les parois opposées du même cône sous des angles de réflexion égaux aux angles d'incidence ; et se réfléchissant une seconde fois vis-k-vis, les deux forces iront k la rencontre l'une de l'autre, et produiront l'écarté-
ment des deux vertèbres au côté oppose a celui ou le ligament a été compriikié ; et cela avec une force par conséquent égale à cette compression ; de manière que ce que la puissance muscutaire perd d*un côté, en comprimant le ligament, se retrouve au côté opposé par Teffet de Télasticité de la synovie; aussi la colonne vertébrale de ces animaux estelle d'une remarquable flexibilité.
Cet effet mécanique une fois reconnu , il s'agissait de savoir quelle est la condition la plus favorable. Or cela était facile ; un léger^examen suffit pour faire voir que c'est le cas où l'angle de la section du cône par son axe est droit; alors la synovie comprimée , agissant sur les parois du cône soos un angle de 50°, s'y réfléchit sous un angle égal , rencontre plus loin les parois opposées encore sous un angle de même ouverture, et s'y réfléchissant de nouveau sous un angle de 80*, elle se trouve directement opposée à la force d'élasticité aussi réfléchie dans le cône de l'autre vertèbre; de manière qu*ilfi'y a rien de perdu. Si , au contraire, l'angfe des cônes est plus grand ou plus petit qu*un droit, les élasticités réfléchies des deux côtés se rencontrent dans des directions obliques , d*où résulte une perte plus on moins grande. Or l'observation montre que ce sont en eflet, toutes choses étant d'ailleyrs égales, les Poissons» tels que le Thon, dont Tangle de la cavité des vertèbres est droit, qui nagent avec le plus de rapidité.
J'ai dit plus haut que les Poissons nageaient au moyen des battements latéraux de leur queue. Voici comment :
L'animal ayant tout son corps étendu en ligne droite , commence par le fléchir vers Tun des côtés , dans l'une des vertèbres du tronc, où le mouvement est même encore fort peu étendu; mais suffisant pour produire un déplacement latéral assez sensible du bout de la queue, qui, par l'effet de la résistance de l'eau , s'arque en formant une convexité du côté de cette même résistance; et dont la courbure, quoique fort peu sensible, commence déjk à h
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première vertèbre qui suit celle qui a été fléchie. Immédiatement après, !e Poisson fléchit cette même seconde vertèbre dans le même sens que la première, et comme eHe e&t déjk un peu inclinée, la partie de la surface latérale du corps qui lui correspond , et a pris la «même direction , frappe aussi Teau par un plan un peu plus oblique ] de manière que ta direction de la résistance du liquide s*y décompose d'après le parallélogramme des forces (1) en deux forces, dont Tune , parallèle k ja surface du corps , glisse sur elle et se perd , et dont Tautre, qui lui est perpendiculaire, la pousse obliquement vers le côté opposé et un peu en avant. Cette dernière partie de la force de résistance de Teau se combinant.ensuite avec celle qui lui correspond lors de la flexion du corps en sens contraire , elles produisent ensemble définitivement une impulsion en avant, absolument' comme cela a lieu pour la résistance de Tair sur les ailes dans le vol.
Par l'effet de la flexion de la seconde vertèbre , déjk un peâ plu8 forte que celle de la première, la résistance de Feau force les suivantes k s'incliner aussi plus fortement vers le eôlé opposé; en entraînant également toute la partie posté» rienre du corps, dont l'obliquité devient par Ik plus grande relativement k la résistance de l'eau; d'où résulte une nouvelle impulsion du corps obliquement en avant vers le côté opposé, et ainsi* successivement pour toutes les autres vertèbres^ jusqu'au bout de la queue, dont r<d[)Uquité, k l'égard de la direction primitive du corps, devient de plus en plus grande , el k la fin même entièrement perpendiculaire; et la résistance de l'eau, d'abord perpendiculaire k eelle direction primitive, finit, en variant d'une vertèbre k l'autre , par lui être parallèle , et k pousser en plein le corps en avant. Je dois même faire remarquer que la moitié postérieure du corps allant toujours en s'atténuant vers
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(1) Voye» la note n» 27.
l'extrémité , sa surface latérale n'est point parallèle à l'aie de la colonne vertébrale , et que, par conséquent, d^k dès le principe , elle est oblique à la direction primitive du corps; d*où résulte que, lors de Tinflexion de la première vertèbre , Teau agit déjk sur un plan incliné que lui présente toute la surface latérale de la partie postérieure du corps.
Par l'effet de cette première impulsion que l'eau imprime ainsi obliquement au corps sur sa partie postérieure , celuici tourne sur lui-même en prenant, dans sa partie antérieure, une direction oblique en même sens, et ainsi à chaque battement subséquent de la queue ; d'où résulte que l'axe du corps , en suivant ces mouvements , prend toujours k peu près celle de la ligne droite , d'arquée qu'elle était. Or dans cette position oblique k la direction primitive, le Poisson fléchit de la même manière la partie postérieure de son corps vers le côté opposé pour produire un effet semblable, mais contraire, dont les impulsions successives que produisent les flexions des vertèbres de la tête vers la queue se combinent de même pour produire une impulsion moyenne commune, qui, combinée k son tour avec Timpul-* sion précédente, donne une impulsion résultante définitive , dirigée d'arrière en avant dans la direction primitive du corps.
On peut se faire une idée assez exacte de ces effets , en appuyant , par un mouvement latéral de la main , une gaule ou une cravache contre un rideau.
En l'appuyant d'abord par le gros bout, le rideau cède, mais réagit sur l'extrémité de la gaule en repoussant la main vers le côté opposé ; et cela d'autant plus fortement, qu'on appuie successivement par une partie plus avancée de la gaule, dont la diminution graduelle de la grosseur imite assez bien celle de la queue du poisson.
En comparant ce moyen de propulsion des Poissons k celui des Oiseaux dans le vol , on verra facilement qu'il est en principe absolument le même. C'est'k-dire qu'en thèse générale,