CHAPITRE n
PRBUTES DE L^EXISTENCE DE DIEU ET DE 8E8 ATTRIBUTS, HRéBS DES CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L^ORGANISATION DES ÊTRES YIVANTS.
Avant d^entrer dans quelques détails sur Tadmirable structure des Êtres organisés , et surtout celle des Animaux , comme fournissant les preuves matérielles évidentes de Texistence de la Divinité ; je dois faire jeter un coup d'œil rapide sur Tensemble de leur organisation, afin qu*on puisse mieux comprendre les conditions d'existence dans lesquelles ils sont placés , et fixer en même temps la valeur de certains termes scientifiques dont l'emploi est inévitable dans cet ouvrage.
En étudiant les divers Êtres physiques de la nature, on reconnut qu'ils se distinguaient en trois grandes divisions, qu'on désigna sous le nom de Règnes (1) : le Règne minéral , le Règne végétal et le Règne animal ; divisions admises de tout temps, par l'observation que Thomme même le moins civilisé fait journellement, en quelque sorte malgré lui , tant elles sont naturelles et bien tranchées dans leurs principales Espèces , par les caractères essentiels qui les distinguent; ainsi que le prouvent les noms que ces objets ont reçus dans toutes les langues , même chez les peuples encore réduits à l'état sauvage. C'est ainsi que les hommes ont partout et toujours parfaitement distingué par le seul efiTet du bon sens , les Minéraux ou Pierres , les Végétaux ou Plantes et les Animaux ou Bêtes -, en ne tombant dans Terreur que relativement à quelques espèces dont les caractères distinctifs sont peu apparents, surtout pour le vulgaire qui
(1) Voyei la note n* 7.
OUPITRI u. 37
B*en a pas fait ane étude approfondie; quoique en principe , il ne saurait y avoir d'ambiguïté , les caractères par lesquels ces objets se différencient reposant sur Texistence ou la non-existence de quelques faits qu'il! s'agit simplement de reconnaître.
En efet, les Minéraux ou la Matière brute, sont de simples amas de substances existant par elles-mêmes dans la nature; k molécules agrégées régulièrement ou irrégulièrement; formant ainsi des masses où chaque partie homogène différant , par ses propriétés, est désignée sous le nom d*EspicE ; quand même la forme varierait à l'infini ; masses dans lesquelles chaque partie représente en conséquence son espèce; d'où il résulte que les minéraux n'ont réellement point d'individualité. C'est ainsi que la plus petite parcelle de Fer, ou de tout autre métal , de Marbre, de Silex, de Sùufre, etc., représente tout aussi bien l'espèce de ces substances que des amas infiniment plus volumineux ou plus compliqués. Toutes ces substances ont en effet, pour caractère essentiel , de se former par la simple juxtaposition de leurs particules constituantes, sans jamais présenter aucune partie qui remplisse une fonction quelconque , et sans pouvoir se reproduire les unes les autres, pour perpétuer leur race; dont l'existence n est due, si elle n'est pas éternelle, q\ï\k de simples circonstances accidentelles avec une durée indéfinie; toutes ayant ainsi des caractères purement négatifs, relativement aux espèces des deux autres règnes.
Quant aux Êtres organisés (les Végétaux et les Animaux), ils ont au contraire ceci de commun , qu'ils sont tous plus ou moins complexes ; étant composés d'un certain nombre de parties ou Organes , dont Tensemble complet constitue un Individu , où chacun remplit une fonction active ou passive, pour concourir directement ou indirectement au but final que cet individu est appelé à atteindre, celui de la perpétuité du type ou espèce auquel il appartient.
Ces Êtres ont encore ceci de particulier, qu'étant produits
88 TBiOLOGIB 9U hA flATURl.
par des indîvidHs senûiblables k eui« ils oomBieiicant on naissent plus petits que ces deruiers, et augmentent ou croie» sent ensuite non par une juxtaposition extérieure » comme les minéraux , mais par le développement intérieur de chacnne de leurs parties, même les plus minimes; développement qu'on a nommé de Ih par intussusception. Enfln ces pitres ont encore ceci de propre qu'ils n'existent comme individus que pendant un temps indéterminé, mais toutefois limité à peu près à un maximum qu'ils ne dépassent que rarement; temps qui constitue la durée de leur vib , et après lequel les organes ayant perdu leurs facultés spéciales, leur mécanisme cesse de fonctionner, et l'individu laissé à l'état mort se. dé* compose plus ou moins promptement par Teffet de ses affi« nités chimiques avec tous les agents extérieurs, dont il n'est plus préservé par la puissance de la force vitale.
De ce seul fait du développement par intussusception, naissent ensuite déjà, comme conséquences naturelles obligées , plusieurs conditions secondaires qui rendent cette grande fonction possible; et pour leur accomplissement di* vers systèmes d'organes , dont les différents modes de fonction caractérisent les nombreux groupes de ces Êtres , dans lesquels les deux règnes se subdivisent. En effet, il n'a pas suffi k la nature créatrice de produire une fois pour toujours ces divers Êtres , il a fallu encore qu'elle leur donnât avec la faculté de se développer et de grandir celle de pouvoir intro* duire dans leur corps différentes substances étrangères ca* pables d*y être assimilées k ses nombreux organes ^ afin de les faire ainsi croître et leur faire en même temps réparer les pertes plus ou moins constantes ou accidentelles qu'ils éprouvent. Or ces fonctions nécessitaient d*abord l'existence d'un premier appareil 'destiné spécialement k l'introduction de ces substances dans l'organisme ; appareil désigné sous le nom d'Or^anet d'absorption. Mais cela n*était pas encoreassez ; il a fallu aussi qUe ces mêmes substances ainsi introduites dans l'économie, pussent faotlemeal ad tnuis-
porter dans toutes lei parties afin de leor serrir de oourritare, ou comme od dit en langue physiologique» qu*eUe$ pussent servir k la Nutrition des divers orgaoes. Or, il était nécessaire pour cela que ces matières nutritives fussent non^ seulement très-divisées , mais encore en dissolution daos on liquide qui pût les cbarrier partout; ce qui constituait une seconde condition , conséquence directe de la première , et en principe , comme elle , une conséquence du développement par intussusception ; condition qui nécessitait un second appareil , celui de la Circulation ; consistant le plqs généralement en un système tout entier de canaux spéciaux subdivisés k Tinfini et répandus partout » par lesquels le liquide nutritif, nommé Sève ou Suc propre chez les Plantée^ et Chyle ou Sang chez les Animaux , est distribué jusque daQ# les odoindres parties du corps. Enfin arrivé Ik, chaque élément organique dont se compose ce dernier, possède en luijnéme la faculté encore inexpliquée, ei propablement k jamais inexplicable , d'attirer k lui des particules, contenues dans le liquide en circulation, pour les incorporer k sa propre substance afin d'en augmenter le volume, et par Ik celui du corps entier; acte qu'on appelle VAssinùlation.
Djmscequi vient d'être dit, je n'ai fait qu'indiquer 1^ deux grandes fonctions par lesquelles le corps des Êtres vivants augmente ou se nourrit \ mais on conçoit, que ces fonctions elles^-mômes exigent diverses conditions d'exisrtence sans lesqueUea elles n^ sauraient s'exercer. En efiet, admettons la circonstance la plus simpler, celle dans laquelle se trouvent en réalité toutes les plantes, où l'individu ab* sorbe directement par sa surface; mais plus spédalemeat par cortaines de ses parties , nommées êes Organes absof^ bant$ (les bouts de racines) , les substances qui se trouvent en dissolution dans les liquides qui les environnent direc^ lemeBt. On ceoçoit facilement que cette absorption ne saillirait avoir lieu par une simple action physique, telle que la eapîllifité, qm fait péo<i^rer de l'eau dans une épouj^e ; caf.
40 THEOLOGIE D1 LA NATURI*
dans ce cas , tont y entrerait ; et les vaisseaux circulatoires se rempliraient de liquides , dont la plus grande quantité serait incapable de servir k la nutrition , ou même lui serait contraire, en agissant comme poison sur le sujet, en entravant plus ou moins Taction des organes. Enfin les substances introduites dans réconomie étant simplement minérales (elles Tétaient nécessairement pour les premiers Êtres créés) , elles seraient d'une nature complètement différentes de celles dont se composent les organes ; d*où il suit que, non-seulement les organes absorbants devaient avoir, comme ils l'ont en effet, la faculté de n'absorber que celles des substances environnantes , qui pouvaient entrer dans la composition du fluide en circulation dans le sujet ; mais encore de faire un choix suivant les qualités spéciales que le suc nourricier devait avoir; ce qui nécessitait que* la forme, la composition, et par suite les facultés des organes absorbants fussent différents dans chaque espèce d'Êtres ; condition qui suppose déjà, sans réplique, que les organes ont été formés sous Vinfluence dune cause intellectuelle, ayant la prescience des effets qui devaient être produits. Or, déjà sous ce rapport tout ne se bornait pas Ik. Les substances qu'on fit ainsi absorber dans I'intention de les faire circuler /lans tout le corps ne pouvaient pas être solides , ainsi que je l'ai déjà fait remarquer ailleurs; il fallait nécessairement qu'elles fussent fluides , afin de n'éprouver que de faibles obstacles dans leur transport vers les organes ; et c'est aussi ce qui existe partotit. Mais ce n'est pas encore assez ; pour avoir cette facilité, le fluide nourricier devait être renfermé à cet effet dans des Vaisseaux circulatoires spéciaux , à moins que les dimensions du sujet ne fussent assez petites pour que la simple capillarité des organes pût suffire à le faire parvenir partout: condition qu'on remarque eb effet dans les Insectes , animaux généralement fort petits qui ne présentent pas de canaux circulatoires bien développés; tandis que ces vaisseaux existent dans toutes les grandes
CHAPITRB n. 41
espèces animales et végétales , fait qui montre aussi , sans réplique , que la puissance créatrice connaissait parfaitement la propriété physique de la capillarité (1 ) des corps , qu'elle employa ici, comme dans une foule d'autres cas, avec le plus savant discernement, comme moyen d'arriver au but voulu.
Or la faculté de circuler dans le corps des Êtres organisés exigeait aussi qoe les vaisseaux, renfermant le fluide dont il est- ici question , eussent la propriété de le mettre en mouvement; car sans cela, le liquide absorbé ne ferait que remplir ces mêmes vaisseaux jusqu'à la hauteur permise par leur capillarité ; il resterait stationnaire après cet imperceptible mouvement. Or cela ne suffit pas , même pour les espèces de quelques centimètres de hauteur, et devenait physiquement impossible pour les grandes , telles que les arbres , où la sève doit s'élever, souvent à plus de trente ou quarante mètres , en coulant avec une vitesse assez considérable. Cette difficulté, parfaitement prévue par le Créateur , a été levée, ainsi que l'observation nous le montre, par YétablissemefU d'un appareil spécial de propulsion que forme le Cœur chez les animaux dont la grandeur exigeait qu'il y en eût un ; tandis que cet organe est encore aujourd'hui complètement inconnu dans les Plantes , où il est k peu près certain qu'il n'existe pas , ou parait se trouver remplacé par un moyen au-dessus de toute conception : les plus savants Botanistes et Physiciens, tout en voyant circuler la sève jusqu'à des hauteurs très-considérables , ne pouvant en indiquer la raison. Ce fait, si remarquable pour le Naturaliste philosophe, montre ainsi déjà un de ces cas de
I'aPPLICATION de la PHTSIQUIS A UN DEGRÉ DE TRANSCENDANCE ACQUEL LA PERSPICACITÉ HUMAINE N'A I^AS ENCORE PU S'É-
LEVER; ftiit dont j'aurai k signaler un grand nombre de cas dans le cours de cet ouvrage , et que nous sommes obligés
(0 V0yes la note n» 6.
41 THiOLOOlK M ta HàTURI.
d'admettre comme prouvé par TobservatioD « sans pouvoir en donner une explication plausible, quoiqu'on Tait en vain plusieurs fois essayé.
Le liquide nourricier, circulant ainsi dans le corps des Plantes et des Animaux , ne remplit encore par là que la se«coude condition d'existence : l'absorption étant la première; le but final étant de produire le développement de Tindividu, et Tentretien de sa vie. Or, sur chaque point de l'organisme de ce dernier, commence un eautre action qui conduit à ce but : c'est celle de Y Assimilation^ qui même ne saurait y avoir lien immédiatement. En effet, il n'a pas suffi de faire absorber par le sujet diverses substances qui l'environnaient immédiatement, et cela avec un choix tout spécial pour chaque espèce de sujets , et d'imprimer au liquide formé un mouvement circulatoire qui le fait arriver dans tontes les parties de son corps ; il a fallu aussi que cette humeur, composée de matériaux divers , fût appropriée à l'acte de l'assimilation de chaque espèce d'organes en particulier. Or, comme les substances organiques sont chimiquement différentes des matières brutes absorbées qui entrent dans leur composition , celles-ci doivent en conséquence subir une transformation qui les rende propres k l'assimilation ; opération qui exige dans chaque espèce d'Êtres vivants des appareils capables de pouvoir le produire.
Cette élaboration se fait progressivement par divers changements que les sucs nourriciers éprouvent avant d'arriver aux organes où ils doivent être employés. La première de ces modifications parait déjà avoir lieu au moment de Tabsorplion même , vu que les liquides contenus dans les premières voies ne sont déjà plus ceux qui avoisinent le sujet avant cet acte ; c'est-à-dire que le choix que font les bouches absorbantes est tel que les divers matériaux qu'elles admettent , par un fait tout particulier^ agissent d'une manière déterminée; ces bouches donnant aux diverses substances absorbées les propriétés d'agir d'une manière spéciale les unes
ClUfRMB U. Ai
Wi les autres ptir des effets ebimiques propres èi ehacuû de ces organes ; afin de produire une humeur préparée par liau premier degré pour sa destination finale, la nutrition detootes les parties de Tindividu, ainsi qu'à la production de toute matière qui doit en être séparée pour un usage quelconque.
Celte première préparation, et probablement déjà la seconde, parait être aussi produite par Tinfluence des parois des canaux circulatoires dans lesquels coule le suc nourri* der immédiatement après avoir été absorbé.
Cette humeur, appelée Sivê dans les Plantes, et Chyle chez les AuimauiL, ne peut, à ce premier degré de préparation ^ encore servir en rien k la nutrition des organes ; propriété qu'il ne reçoit que plus loin, dans d'autres appareils spéciaux d'élaboration, et plu^ particulièrement dans ceux de la Rtspiratûm^ où il se combine avec l'oxygène de l'air qui le change en humeur directement nutritive ; comme dans les Végétaux sous le nom de Suc propre , et chez les Amimaux sous celui de Samg. Dans les premiers, cet acte de la RBSPiRATion a lieu à toute la surface du sujet , partout où l'air arrive au contact de la partie vivante ; mais surtout dans les Feuilles, organes spécialement dbstiiiés à cette importante fonction ; et chez les seconds, le cbjle se transforme en sang également dans des organes préparés dans ce but, prenant chez eux, tantôt le nom de Poumons, et tantôt celui de Bramchiis , suivant que la respiration s'y fait an moyen de l'oxygène de l'air, ou par celui mêlé dans l'eau ; les uns et les autres diversement conformés et disposées suivant le PLAN que le Créateur a bien voulu suivre en* produisant les Êtres vivants*
C'est ainsi que par les effets de ces élaborations successives qu'éprouve le suo nourricier, les divers organes des plantes et des animaux trouvent tout préparés dans la masse de cette humeur les matériaux immédiats de leur nutrition et dé leur sécrétion ; dernière modification qu'ils ont k éprôuveiP
44 TiOiOLOGIlS DB LA NATUEK.
avant d'être définitivement employés à la fonction que ces matériaux doivent remplir.
Cet acte de Iassimilation , incompréhensible par luimême k rintelligence humaine, et que nous ne connaissons que par ses résultats, consiste, ainsi que Je Tai déjk dit, dans le pouvoir qu'a reçu chaque organe de choisir y dans la masse du fluide nourricier qui l'entoure, les particules capables de servir à sa nutrition, et de se les incorporer; particules qu'il attire , pour les ranger dans un ordre rigoureusement déterminé parmi celles faisant déjà partie de son organisme» et dont elles partagent dès lors les fonctions , en acquérant AINSI DES PROPRIÉTÉS NOuvELLEsquc CCS substanccs n'avaicut pas d'abord, et surtout pas avant leur absorption.
Pour ne citer qu'un seul exemple , je ferai remarquer que les éléments des muscles, qui ont la faculté de se contracter sous l'influence de la volonté du sujet, ne la possédaient pas tant qu'ils n'étaient pas assimilés à ces organes; et ne la possédaient surtout pas en dehors de l'économie animale , où leurs composants, l'oxygène, Thydrogène, l'azote et le carbone, toutes matières brutes, étaient absolument dépourvus de cette faculté , créée seulement ^ans l'animal ; et de même aussi , la substance des muscles , également pro* doite dans ces organes par une puissance qui leur fut accordée par l'oMNiPOTENGE CRÉATRICE , nc sc trouvc nulle part ailleurs.
C'est ainsi qu'une foule d'autres actes vitaux encore s'accomplissent dans l'organisme sans que nous puissions en concevoir les causes; aucune théorie ne pouvant en donner l'explication; d'où nous sommes obligés de les admettre comme faits démontrés par l'observation, et de les attribuer purement et simplement k la toute-puissance d'une intelligence suprême qui l'a voulu ainsi.
Dans 1 esquisse rapide que je viens de faire de quelquesunes des conditions d'existence des Êtres organisés , je n'ai encore parlé que d'une seule série de phénomènes vitaux ;
CSAPITRB n. ib
ceu ayant pour but direct la simple assimilation des substances étrangères introduitesdans l'organisme; phénomènes qui ont lieu aux mêmes conditions chez les Animaux et les Plantes comme indépendants de la volonté da sujet, qui dépend de la conscience de la propre existence de ce dernier; faculté exclusivement accordée aux Animaux.
Mais Tacte de la création ne s'est pas borné là ; ce n'était point assez pour llntelligence suprême d'avoir formé divers Êtres organisés destinés k peupler le monde, elle en a aussi varié les formes et les facultés suivant certains principes qu'elle s*est elle-même prescrits, et qui sont devenus par là même ce que nous nommons les Lois de l'organisation, lois que le Naturaliste cherche à connaître par l'étude qu'il en fait, et les constate par des faits, ainsi que par les conséquences qui découlent de ces derniers.
Cette étude a fait voir que dans tout leur ensemble les Êtres organisés étaient formés d'après un vaste plan, constituant une immense échelle de gradation, où ils s'avoisinent suivant leur analogie , par des individualités souvent presque identiques en toutes choses , dont chacune forme ce qu'on nomme une Espèce , qui ne varie dans la succession des générations que dans des limites fort restreintes, en revenant constamment les unes aux autres; espèces que j'ai définies dans un autre de mes ouvrages (1), comme étant formées de t ensemble de tous les individus descendants (ou présumés descendre) d'individtàs primitifs semblables^ dont les différences ne portent que sur des caractères inconstants
On a bientôt reconnu aussi que Timmense ensemble de tous ces Êtres organisés formait d'abord les deux grandes divisions constituant le Régne végétal et le Régne animal , dont il a déjà été question plus haut; distinguées l'une de l'autre par le sentiment de leur individualité, ou, comme on dit, de leur Moi ; sentiment dont les Animalil sont seuls
(1) Traité f^ratiq^e et théorique d'anat. comp.9 1. 1 , page 1.
in TB^OLOan tft LA IfÀTimB.
doQéis , et qui manque aux Végétaioï ; faculté quelquefois fort difQcile k recottuattre, il est vrai , mais qui ne peut pas laisser d*ambiguïté dans la réalité ; vu qu'elle ne peut pas k la fois exister et ne pas exister chez quelque espèce que ce soit; et dans celles où il a été jusqu*k présent impossible de la reconnaître directement , on conclut à son existence ou à sa non-existence d'après des conséquences qui en découlent naturellement. C'est-k-dire que de ce principe fondamental, qui distingue les Plantes des Animaux, naissent une foule de conséquences naturelles, qui, toutes secondaires qu'elles sont, deviennent toutefois des caractères plus ou moins certains servant à classer chaque espèce dans le règne auquel elle appartient.
C'est surtout en suivant l'enchaînement de ces conséquences jusque dans les plus minutieux détails dé la structure et des facultés des Végétaux et des Animaux , qu'on découvre les nombreux faits qui dévoilent a nos yeux l'ad^
MIRABLE sagesse ET LA SUBLIME SOLLICITUDE QUI ONT PRÉSIDÉ
A l'organisation DES Ëtres VIVANTS ', faits qui donnent ainsi , aux plus opiniâtres matérialistes, les preuves les plus évidentes que l'existence de ces étonnants organismes ne peut être due qu'à la toute-puissance d'une Intelligence suprême qui les a formés , et devant laquelle ils n'ont qu'à se pros* terner, le cœur pénétré d'admiration et de respect.
En effet, le seul fait de la différence qui existe sous le rapport de la conscience du Moi , entre les Ëtres des deuï Règnes organiques de la Nature , découlent de nombreuses conditions directes ou indirectes que le Créateur a dû suivre pour rester conséquent avec les lois que sa volonté suprême a établies , afin de rendre l'existence de ces Ëtres possibles ; les unes comme conséquences obligées du but qu'il a voulu atteindre , et les autres , comme simples effets de la prévoyance des circonstances favorables ou défavorables à ce même résultat ; et c'est précisément dans ce soin minutieux apporté à l'observation de ces principes , et surtout dans les
cmnnix ii. 41f
rapports et rharmonie qui existent etktre tontes les cireonsttfloes susceptibles de pouvoir se présenter , que se montre tvec la plus complète évidence , la bonté et la sagesse qui
OilT PRÉSIDÉ à'lA production DE CES ËtRES SI ADMIRABLE* lEKT ORGANISÉS.
Cest ainsi que par l'effet de la seule existence de la conscience da Moi , chex les Animaux , la Puissance créatrice a pu s'élever chez eux à une complication bien plus grande de Torganisation et des facultés qu*elle pouvait leur accorder, que chez les végétaux qui en sont privés.
Par cela seul que les Plantes n*ont pas la conscience de leur être y il était impossible qu'elles pussent avoir la faculté de pouToir par un mouvement spontané aller k la recherche des substances qui pouvaient servir h leur nutrition ; et elles ne devaient, en conséquence, avoir aucun organe qui pût en faciliter, soit directement soit indirectement, les moyens ; tandis que cela était possible chez les Animaux , qui ont en effet REÇU POUR cette raison de nombreux appareils organiques^ souvent fort compliqués, servante faciliter Tintrodaction des matières étrangères dans leur organisme.
On conçoit, que par cela même que les animaux ont été gratifiés d'une faculté aussi importante, qui leur permet de distinguer leur individualité de tout ce qui n*est pas elle, la puissance créatrice a nécessairement dû leur donner aussi des organes capables de leur permettre de faire cette distinction; organes qui constituent, en effet, ce qu'on appelle le Système nerveux , dont les parties principales et centrales , formant le Cerveau et la Moelle épiniére , produisent d'innombrables ramifications ou Nerfs, qui se répandent dans toutes les parties du corps , sans en excepter une seule, pour y porter l'action du Principe vital, dont ces organes sont le siège; et c'est également par la partie centrale de ce système d'organes qu'agit le Principe intellectuel^ qui possède exclusivement la faculté du discernement de toute chose ; et en conséquence , aussi celle de distinguer
80 THÉOLOOIB D8 LA NATURB.
deviennent perceptibles sitôt qu'on oavre les narines; e*est la raison qui fait que le goftt est émoussé lorsqu'on est enrhumé du cerveau.
Par le sens de TOuie, plus subtil encore, on perçoit, comme on sait, les Sons; son organe transmettant les vibra* lions de Télément ambiant au cerveau, siëge de Tintelli^ gence, qui en apprécie la force et le ton , et faisant en même temps connaître la direction dans laquelle arrivent les ondes sonores. Ce sens fait aussi également connaître, à distance, la nature , Féloignement et la direction des corps , par la seule propriété qu'ils ont de transmettre leur propre vibration k tout ce qui les environne.
Enfin le sens de la Vue , le plus subtil des cinq , fait connaître la forme , la couleur, la distance et la direction parfaitement exacte des corps , par la propriété qu'ont ceux-ci de réfléchir la lumière après l'avoir décomposée en ses éléments on teintes du spectre , dont les innombrables modifications, résultat de leurs mélanges, constituent les nuances infinies de tontes les couleurs.
Tels sont les cinq sens dont le Créateur a, dans sa sagesse et sa BONTÉ, gratifié la plupart des animaux; n'ayant privé de la vue qu'un petit nombre qui n'en avaient pas besoin , eomme vivant dans des lieux où la lumière ne pénètre pas. Hais l'observation montre , ainsi que je l'ai dit un peu plus haut, que certains animaux possédaient encore d'autres sens dont Tbomme est privé , et dont il ne saurait en conséquence concevoir le mode; ne pouvant les comparer k rien qui leur ressemble. Or voici toutefois les raisons sur lesquelles je fonde l'opinion que j'avance ici. Tout le monde sait qu'on emploie des Pigeons , et l'on pourrait se servir sans aucun doute de tout autre Oiseau bon voilier, pour porter des dépêches h de très-grandes distances ; il suffit pour cela de choisir des individus qui, ayant des jeunes dans leur nid , sont animés par là du vif désir de retourner \ leur habitation , et de transporter ces Oiseaux à l'endroit
CHAPITRI n. 51
d*oà ils doivent re?enir aussitôt qa'ila auront été lâchés. Et en elTet , à Finstant où ils sont en liberté , on les voit prendre de suite la direction du lieu où se trouvent les petits dont on les a séparés , en suivant , ^ ce qu*on est en droit de présumer, le chemin le plus court , Ïl en juger par le peu de temps qu'ils emploient k faire le trajet. Or quel peut être le sens par lequel ces intéressants animaux se dirigent? Ce ne peut évidemment ôlre ni la vue , ni rouie, ni Todorat , qui ne sauraient agir h dos distances de plus de iOO à BOO kilomètres , et cela d'autant moins que ces oiseaux n*ont jamais vu aucune partie de l'immense espace qu'ils parcourent. Ce fait , si extraordinaire en lui - même , ne peut être expliqué que par Texistence chez eux d'une faentté sensitive qui leur indique le chemin qu'ils ont k pren* dre , et que nous ne concevons pas en elle-même , par cela seol que nous en sommes privés. C'est, sans aucun doute aussi, d'après le même sens que se dirigent les oiseaux TOjageors , tels que les Hirondelles , dont chacune revient tous les ans au nid où elle a élevé ses petits Tannée avant. Dire que ces petits animaux se dirigent par la mémoire des lieux qu'ils ont vus la première fois qu'ils ont fait l'immense voyage de la France , ou même de la Norwége , jusqu'au centre de l'Afrique et au delb, ce serait leur supposer une mémoire si prodigieuse , qu'elle surpasserait infiniment celle des hommes les plus intelligents. On pourrait cependant encore soutenir cette opinion pour les oiseaux émigrants, quelque excentrique qu'elle soit; mais cela devient évidemment impossible pour les Pigeons voyageurs.
La Providence ayant créé une foule d'animaux destinés à se nourrir de végétaux , ils eussent été exposés II périr en fort peu de temps si elle ne leur avait pas accordé , dans sa toute-puissance et sa sagesse , les moyens de reconnaître et d'éviter toutes les plantes vénéneuses qui peuvent se présenter à eux; et l'observation montre en effet que jamais ces aaimamt n'y touchent ; ce qui prouve qu'ils ont évidemment
la faculté de reconnaître en elles les mauvaises qualités qui ne manqueraient pas de leur être funestes s'ils en mangeaient; faculté qui , elle aussi , ne peut que résider dans un sens spécial que nous ne possédons pas. Ici on pourrait admettre qoe ce sentiment que les animaux herbivores et frugivores ont de la propriété toxique des plantes , n*est qu'une espèce d'odorat y avec lequel ce sens spécial doit en effet avoir beaucoup d'analogie , comme l'a déjk le goût. Mais toutes les plantes vénéneuses n'ont pas la même odeur ; et odorer ainsi le poi* son quel qu'il soit, ce n'est plus mettre en jeu le même sens que celui par lequel on perçoit les parfums.
Ici on peut conclure des résultats k la cause ; ailleurs c^est au contraire par l'existence de Torgane qu'on peut juger de sa fonction. C'est ainsi, par exemple, qu'on trouve chez beaucoup d'insectes des organes qui , par leur forme et leur composition , doivent évidemment être sensiUfs ; et comme ils ne sauraient renfermer aucun des cinq sens connus , il devient très-probable que ce sont des sens spéciaux qne nous ne possédons pas. Tels sont les filets coniques multiarticulés, dont il sera parlé plus tard, que les Forbkinei^ les TaupeS'Grillons et une foule d'autres insectes portent it l'extrémité postérieure de leur corps. Ces filets recevant» ainsi que je l'ai constaté , des branches nerveuses infiniment plus volumineuses que celles de tous les organes non sens!tifs de même volume; et leur composition ne permettant pas d'admettre qu'ils servent à une fonction autre que celle d'un sens , on est en quelque sorte obligé de les considérer comme servant à la perception de quelque sensation , dont il est toutefois impossible d'indiquer la nature.
II en est de même des Palpes des Insectes , tant maxillaires que labiaux , organes qu'on a bien considérés comme le réceptacle du goût; mais j'ai fait voir dans un de mes ouvrages qu^il est impossible qu'il servent à cet usage. En effet t tout organe du goût doit nécessairement se trouver en contact avec les aliments au moment où Tanimal les reçoit