‹ Théologie de la natureChapitre 80 sur 119 · CHAPITRE 111. 4âi · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111. 4âi

CEUX-LÀ. Or, comme l'effet final de tous les muscles latéraux du tronc est la flexion de ce dernier vers les côtés , il était inutile que chacun de ces muscles eût une action spéciale , limitée au mouvement d'un seul os ; aussi tous sont-ils confondus en quelque sorte en une seule série , depuis la tète jusqu*k l'extrémité de la queue ; et Ton ne trouve chez ces animaux de muscles spéciaux isolés , semblables k ceux des vertébrés supérieurs qu'à la tête , et le long des apophyses épineuses et upsiloides des vertèbres, où ils servent k mettre directement ou indirectement les rayons des nageoires impaires en mouvement ; ou bien encore aux environs des quatre nageoires paires , qu'ils meuvent. Mais tous les muscles ordinaires de la gouttière vertébrale, tels que les intercostaux, les surcostaux , les épicostaux, etc., etc., ne forment, ainsi que je viens de le dire, qu'une seule très-large série commune , occupant tout le côté du corps des poissons.

Cette grande série se compose d'autant de muscles spéciaux qu'il y a de vertèbres se faisant suite l'un à l'autre , pour se servir successivement de points d'attache. Voici comment cette succession a lieu, pour que ces muscles puissent exercer le plus de force possible dans la nage. Le Squelette des Poissons devant être formé dans le torse

d'os très-grêles , AFIN QU'iLS PUISSENT JOUIR DE LA PLUS GRANDE ÉTENDUE DE MOUVEMENT , LES CORPS DES VERTÈBRES ONT DU ÊTRE PETITS, ET LEURS APOPHYSES, AINSI QUE LES CÔTES , QUOIQUE FORT LONGUES , ONT DU ÊTRE , COMME ELLES LE SONT EN EFFET , FORT GRÊLES , AFIN DE NE PAS SE GÊNER

DANS LEURS DÉPLACEMENTS. Or il fallait Cependant que ces os pussent donner attache à des muscles infiniment plus volumineux que leurs correspondants chez les Mammifères , etc. ; AUSSI le Créateur a-t-il employé ici le même

MOYEN mis en USAGE PARTOUT OÙ CETTE DIFFICULTÉ SB PRÉ- SENTE , CELUI DE TERMINER LES MUSCLES PAR DES TENDONS AU MOYEN DESQUELS CES ORGANES TRANSMETTENT LEUR ACTION

4S!i THÉOLOGIK DS LA NATURB.

AU LOIN, EN LA CONCENTRANT StfR DN SEUL POINT D*UN OS.

Comme ici tous les muscles agissent dans le même sens , et

que LEURS TENDONS DOIVENT , EN CONSÉQUENCE , PRENDRE LA MÊME DIRECTION, CBS TENDONS ONT ÉTÉ, DANS TOUS LES MUSCLES APPARTENANT AU MÊME RANG, CONFONDUS EN UH

SEUL ÉLARGI EN LAME, d*où cst rësultéc Une dîspositlon toute particulière propre li ces animaux ; mais dont les Grenouilles iious ont déjk oflert un cas semblable.

Cette lame tendineuse naît tout le long de chaque apophyse épineuse des vertèbres, un peu plus bas, sur les apophyses obliques, et le long des transverses; et plus bas encore , sur toute la longueur des côtes et de leurs appendices; et sous la queue, le long des apophyses upsiloîdes. De cette vaste attache , cette toile tendineuse se porte obliquement en arrière et en dehors, franchit plusieurs longueurs de vertèbres , même plus de six ou sept , et va s*insérer aux téguments du corps , dans toute la hauteur de ce dernier, le long d'une ligne transversale, sinueuse, à peu près parallèle h sa ligne d'origine. Ces lames se succédant ainsi parallèlement les unes aux autres, de vertèbres à vertèbres, forment, comme on peut facilement le voir, des espèces de cornets très-évasés, s*embottant k petite distance les uns des autres , et dont les intervalles sont remplis de fibres musculaires, formant une seule masse dans chacun, en 86 rendant directement d'avant en arrière, de Tune de ces cloisons sur celle qui suit immédiatement.

D'autres masses musculaires placées latéralement sous celles-ci se rendent d'une apophyse transverse k l'autre.

A la partie inférieure du corps, au-dessous de la colonne vertébrale, tous les muscles costaux, sous-costaux et leurs analogues k la queue, forment de même que les dorsaux une chaîne commune, allant non-seulement d'un côté, on d'une apophyse upsiloide k Tautre, mais s'étendent comme au dos, entre des cloisons aponévrotiques se rendant de' ces divers os ^ux téguments.

CBAPITRB III. 4â3

Mais, outre ces deux grandes séries de muscles confondus, il en existe encore He spéciaux, plus ou n)oins isolés; les uns placés k côté et ^û-dessus des apophyses épineuses de la colonne vertébrale auxquelles ils se fixent, pour se rendre aux nageoires dorsales au'ils meuvent; e( d'autres placés k la région ventrale , à côté des apophyses upsiloides qui leur servent de points fixes, en servant aq mouvement de la nageoire anale.

Enfin les nageoires paires , le^ analogues des membres des vertébrés supérieurs, sont mises en mouvemeqt par plusieurs muscles bien distincts dans leurs di^érents ventres , et il en est de même des diverses parties de la tête et de l'appareil branchial.

On conçoit, d'après la courte description que je viens de faire des muscles latéraux du tronc des Poissons , que chaque section de muscles appartenant à la même vertèbre, forme une espèce d^anneau oblique entourant le porps, sMnsérant les unes sur les autres, en formant de cl)a(|ue côté une chaîne depuis la tête jusqu'au bout de )^ queue; et dont l'action, tout en s'ajoutant dans toute cette longueur, se transmet cependant plus spécialement, par chaque lame tendineuse aussi , d'une part , k la vertèbre et aux côtes, sur lesquelles cette lame prend son origine; et d'autre part, aux téguments, k une distance de six k huit longueurs de vertèbres I et, agit par Ik sur la vertèbre répondant k cette partie du corps au moyen d'un bras de levier égal k tou|e l'épaisseur de cette même région : d'où résulte une force considérable ; et c'est en contractant successivement ce^ vastes anneaux circulaires que les Poissons produisent les inflexions du corps au moyen desquels ils nagept.

J*ai fait remarquer plus haut que par l'inflexion active de chaque vertèbre , les suivantes se fléchjssaient passiverpent en sens opposé par l'effet de la résistance que l'eau leur oppose; mouvelhent d'autant plus étendu que la vertèbre est plus postérieure ; d'où il ri^sulte que l'une d'elles devient

4â4 THÉOLOGIB DB LA NATURE.

entièrement transTersale ; et celles placées plus en arrière encore , prendraient cette même direction extrême, en suivant simplement celle-ci , sans offrir quelque résistance à l'eau qui puisse faire avancer le Poisson. Or» par Teffet de cette disposition , toutes ces vertèbres , postérieures k la première devenue transversale , seraient inutiles et même défavorables k la nage. En effet, pendant que la première vertèbre se fléchit, la résistance de Teau s'opposant k ce que les autres suivent passivement le même mouvement, force celles-ci k se mouvoir en sens opposé ; et cela , d'une part , avec d*aatant plus de puissance que la vertèbre est plus postérieure; vu que dans le même espace de temps la distance transversale que chacune a k parcourir, augmente k mesure qu'elle est placée plus en arrière; et que, d*autre part, la queue s*aU ténuant vers son extrémité, sa résistance diminue progressivement. Il suit de Ik que la queue s'arque de plus en plus jusqu*k ce qu'elle soit transversale ; c'est-k-dire dans la direction même dans laquelle l'eau agit sur elle. Jusquelk , cette action ayant toutefois lieu sur des plans obliques que forme la convexité de cet arc , elle pousse le corps du Poisson en avant , en le faisant tourner sur lui-même , la tête vers le même côté.

Quant aux vertèbres suivantes , elles n'auraient plus aucune impulsion k recevoir, et seraient de Ik inutiles, si la seconde de la base , et celles qui le suivent , ne s'infléchissaient pas successivement k leur tour comme la première , pour produire un effet semblable sur les autres. Or comme toutes ces vertèbres sont devenues, par l'effet de la flexion active de la première , obliques k l'axe du corps , ainsi qu'k la direction de la résistance de Teau , leur premier mouvement actif imprime au corps une impulsion obliquement en avant vers le côté opposé; impulsion qui se succédant, de proche en proche, d'une vertèbre k l'autre , jusqu'k la fin de la queue, produisent entre elles une résultante commune, dirigée comme elles toutes en avant et vers le côté opposé.

Comme cette succession d'impulsions donnée par le mour

Page 1