CHAPITRE III
et c*est par ce double effet que son extrémité est poussée hors de la bouche , en même temps que l*organe se rétrécit de toute autre part.
C'est par un mécanisme k peu près semblable que la trompe de Y Éléphant^ organe également tout k fait charnu, et l'analogue du bout du nez de l'homme, s'allonge et se fléchit en tous sens , et cela avec une précision fiite pour étonner. Les deux canaux nasaux de ce singulier animal forment , comme d'ordinaire, deux tubes placés à côté l'un de l'autre, seulement très-allongés et légèrement coniques. Immédiatement sous les téguments, se trouve une couche de fibres musculaires longitudinales servant k raccourcir et k fléchir ce remarquable organe dans toutes les directions.
Sous cette première couche s'en trouve une seconde k fibres obliques fixées au dos de la trompe tout le long d'un raphé tendineux longitudinal, séparant les deux moitiés de la trompe , d'où ces fibres charnues se portent en bas et en arrière , en contournant la moitié latérale de cet organe pour s'insérer k un second raphé placé en arrière.
Sons cette seconde couche est une troisième semblable, mais k fibres dirigées en sens contraire ; c'est-k-dire de haut en bas et en avant, en croisant la seconde couche.
Enfin une quatrième espèce de fibres nait sur toute la surface des deux canaux nasaux , d'où elle se porte en rayonnant vers les téguments , en passant entre celles des trois couches précédentes qu'elle croise. Cette dernière espèce de fibres produit en se contractant l'allongement de la trompe, et les deux obliques sa torsion sur elle-même ; ou bien ces inflexions en tous sens , selon qu'elles agissent seules ou de concert avec celles du côté opposé , et même le raccourcissement de cet organe.
A l'extrémité de cette admirable trompe se trouve , sur le bord antérieur, un prolongement ix>nique , comme elle dépourvu d'os , et remplissant parfiiitement les fonctions d'un doigt. C'est au moyen de cet appendice digitiforme que
¥ Éléphant peut même ramasser des objets très-petits , tels qu'un centime placé à tette : aussi cet organe rend-il k ces animaux les plus éminents services.
Une autre partie fort remarquable des organes de la déglutition des Mammifères consiste dans la disposition de VÊpiglotte,
Au devant de TOEsophage, qui se rend de la bouche k Testotnac, se trouve la Drachie-artiré y autre canal cylindrique, mais par lequel passe Tair servant h la respiration. Ce canal , qui longe immédiatement l'œsophage , s'ouvre en haut à la base de la langue dans la partie antérieure da pharyni, par une ouverture allongée dirigée d'avant en arrière, nommée h Glotte, Or on conçoit que, par cette disposition, non^seulement les aliments solides, mais surtout les liquides avalés pénétreraient facilement dans la trachée-artère, s'ils n'eu étaient empêchés par un moyen quelconque, et causeraient les graves accidents de la suffocation et de l'asphyxie, ce canal et les poumons auxquels il conduit ne pouvant admettre que l'air et quelques autres gaz non délétères. Or ce banger est parfaitement prévenu par l'emploi de VÊpiglotte ^ espèce de Pont-levis qui s'applique comme un couvercle sur la glotte. C'est sur ce pont que les aliments passent, sans que rien n'entre d'ordinaire dans cette dernière ; el si par une cause quelconque une simple parcelle y pénètre, elle y produit une violente irritation qui fait fortement tousser : irritation que tout le monde connaît, et qu'on désigne vulgairement en disant qu'on a avalé de travers. •
Cette Épiglotte est une lame cartilagineuse très-flexible, triangulaire, ressemblant assex à la partie terminale d'une oreille de chat, placée immédiatement derrière la langue, où elle s'élève verticalement au devant de l'ouverture de la glotte , et adhère dans sa partie inférieure par sa convexité h là base de la langue. Avec cette disposition , lorsque eetle dernière se porte en arrière pour pousser le bol alimenlaire
CHAPims iiL 45B
dans le pharynx» elle pousse l'Épiglotte également en arrière en la renTersaot sur la glotte ; de manière que le bol qui suit , passe très-fae ilement dessus pour tomber dans le pharyni ; et h Finstant même où le bol a franchi TÉpiglotle et ne haï fait plus obstacle , elle se relève ^ soit par l'effet de son élasticité, soit par la traction de la tangue qui revient en avant ; et la libre communication de la tracbéearlère avee la bouche et les arrière-narines se rétablit ainsi de suite.
Nous verrons plus tard que , chez les Oiseaux et les Reptiles , cette épiglotte n'existe toutefois pas dans les mêmes conditions que chez les tffammifères , et que rien n'entre cependant dans la trachée -artère; et cela par l'bppet
d'autres MOYEfiS QUE LA SaGESSE DIVINE Y A EMPLOYÉS.
V Œsophage y t^iiïdtl cylindrique, musculo-membraneux , placé dans le coh et la poitrine qu'il traverse, conduit, ainsi que je l'ai déjk dit , le bol abmentaire dans V Estomac , poche également musculo-membraneuse plus ou moins grande, suivant l'espèce d'aliment dont les animaux se nourrissent, et placée chez V Homme dans la région supérieure (antérieure pour les quadrupèdes) de l'abdomen, un peu à gauche.
Cette poehe, allongée transversalement, reçoit l'œsophage k sa partie supérieure un peu h gauche , et se rétrécit graduellement vers la droite, où elle se continue enfin de nouveau en un canat musculo-membraneux fort long , formant Y Intestin grUe^ dont l'estomac est séparé intérieure^ ment par nn tort rétrécissement annulaire, musculeux, nommé le Pylon. CeVIb sortie de l'estomao est pourvue d'une sensibilité telle, que naturellement fermée par l'effet de la contraction de l'anneau musculeux drat je viens de parler, elle ne s'ouvre pour' laisser passer la pkte alimenlaîre ou Chyme , contenue dan^ l'eslomac , que lorsque cette ptle est armée ^ qb certain degré *d!e démmposition par l'effet de la digestion , et cela par petites portions ; li moins d'une cavse viqlenle ifui lut fait foîeep ce passage.
45t> THEOLOOIB DE L4 NATURE.
Les aliments contenus dans TEstomac y subissent le premier degré de digestion et le plus important; d'abord par Taction de la salive qui y a été mêlée dans la bouche pendant la mastication , et ensuite par Faction d'une humeur particulière que sécrètent les parois de TEstomac, humeur connue sous le nom de Sw gasitigue » liquide d'ordinaire fort acide et corrodant, mais qui dans l'étât oruinàibb n'a
CEPENDANT AUCUNE ACTION DE CE QENRB SUR l'eSTOMAG LUI-
MÊME , CELUI-CI ÉTANT VIVANT ; taudis qu'il détruit toutes les matières animales mortes. C'est la raison pour laquelle des vers intestinaux peuvent vivre dans l'estomac sans être digérés. Par l'action combinée de la salive et du suc gastrique, le Chyme éprouve déj^ dans l'estomac une très-forte décomposition digestive par laquelle une grande partie des particules nutritives s'en séparent sous la forme d'un extrait hquide, blanc comme du lait chez les Mammifères , et incolore chez les autres animaux ; liquide qui constitue le Chyle, et que d'innombrables Pores absorbanis placés à toute la surface intérieur de l'estomac, pomi)ent, pour le conduire, au moyen d'une foule de petits canaux spéciaux ou Faùseaux chylifires , dans les veines , où il se mêle à la masse du sang : vaisseaux dont il sera ultérieurement encore parle- Le Chyme ayant éprouvé cette première digestion stomacale , passe , comme il a été dit , par petites parties k travers le Pylore dans V Intestin grêle , canal musculo-membraneox cylindrique, partout k peu près de même calibre et fort allongé; atteignant dans YHonme une longueur d'environ dix mètres, et remplissant la majeure partie de l'abdomen, où sa masse est située sous l'estomac , k gauche du Foie et au-dessus de la Vessie située au fond du bassin.
Dans ces intestins grêles , la chyme éprouve un second degré progressif de décomposition digestive, en même temps qu'une nouvelle et grande quantité de chyle en est séparée et absorbée par de nombreux vaisseaux chylifères. Mais cette seconde digestion y est produite par l'action du
GUAPITKB lli* 457
Sue Pancréatique et de la Bile , qui y sont versés près de la sortie de reslQmac.
La première de ces humeurs est un liquide peu différent de la salive, sécrétée par une glande fort considérable, placée entre Testomac et les premières circonvolutions de Tintestin , et versée par un canal commun dans ce dernier. La Bile , sécrétée par le Fot€, est une humeur jaune foncé, verdàtre, très-amère, qui, après avoir été produite par cet organe, est également versée dans TintesUn , soit directement par un conduit commun, soit dans un réservoir ou Vésicule du fiel^ où elle s'accumule pour être ensuite versée dans Fintestin ao même point que la première portion et le Suc pancréatique.
Il parait toutefois certain que la bile est une humeur composée de deux substances , dont Tune est seule digestive , et dont l'autre n'est dans le principe qu'une matière purement excrémentitielle , que le foie, en agissant comme organe d'épuration, sépare du sang veineux, et la conduit dans l'intestin pour être par là expulsa avec les résidus de la digestion.
Pendant que cette nouvelle décomposition du chyme a lieu dans l'Intestin grêle, et que le chyle y est absorbé progressivement en moindre quantité , cette pâte est poussée en arrière dans le canal par l'effet du Mouvement péristaliique^ consistant dans des contractions annulaires, ondulées et successives des parois de ce dernier, qui se succèdent constamment du commencement de cet intestin jusqu'à sa terminaison ; contractions assez fortes pour faire exécuter à la masse des intestins des mouvements très-grands de déplacement dans ses parties , sans que l'individu en éprouve toutefois la moindre sensation , f o puisse exercer la plus légère influence volontaire sur ces mouvements, pas plus, que sur les contractions*de l'estomac, exécutés, d*une part, pour faciliter le mélange des aliments avec les sucs digestifs, et d'autre part, pour expulser le chyme par le pylore.
458 THÉOLoan m la rature.
Poua QUE DANS CES DÉPLACBMEUTS BB l' INTESTIN SES M- VERSES PARTIES NE S*EMMÉLENT PAS , OU FINISSENT MÊME PAR 8E NOUER , TOUT EN CONSERVANT TOUTEFOIS UNE GRANDE LIBERTÉ ,
CET INTESTIN est sDspeiidii dans toute sa longueur à la colonne vertébrale par un large repli membraneux ou SÊésen-- Ure , très-mince , il est vrai , mais touteiois assez fort pour le soutenir en le tenant suspendu comme dans une sangle , repli qui n*est qu'un prolongement du Péritoine, membrane très-mince qui revêt toute la cavité abdominale ^ ainsi que tous les organes qu'elle renferme, en leur formant des LIGAMENTS DE SUSPENSION ; eu même temps que cette mbii-
BRANE LAISSE SUINTER PARTOUT UNE LÉGiRB HUMEUB AQUEUSS, QUI LUBRIFIE TOUS LES ORGANES POUR LES EMPÊCHER DE CON* TRACTER DES ADHÉRENCES ET FACILITER LEUR GLISSEMENT.
Lecbyipe, après avoir paiscouru lentement ce long intestin grêle et avoir perdu par l'absorption presque tout le cbyle qu'il renfermailii son résidu réduit par Ik k la condition dune matière sans utilité, est versé dans un caçal plus ample ou Gros tntesHn , dont le commencement est en dedans de la hanche droite. Ce canal , qui n*est au fond que la continuation de rintestÎB grêle, mais plus large et suspendu de même k un repli du péritoine, fait encore un cercle dans Fabdomen avant de s'o\ivrir ai| dehors; se portant de la hanche droite en haut , jusqu'au-dessous de l'estomac oà il se porte k gauche « puis en bas et en arrière , plon^ dans le bassin et se termine k VAnus , où il est entouré d'un double anneau musculeui qui tient cet orifice constamment fermé ,
FOUR EMPÊCHER l' ÉCOULEMENT CONTINUEL DES EXCRÉMENTS
jnsqu'k ce qu'une force supérieure vienne vaincre sa résis*» tance. Le premier de ces anneaux ou le plus interne est formé par un renflement des fibres circulaires de l'intestin , et n'est en conséquence point soumis k Tinfluence de la volonté; le second ou le plus extérieur, au contraire, est nn muscle volontaire , afin que par sa contraction l'animal
PUISSE DU moins , PEfiLHANT QUELQUE TEMPS , RETENIR LA SOMTIB
cBAPiTRs m. 459
DES ncRÉMÉNTs, alOTS que le muscle intérieur ne résiste plus.
Quoique les gros intestins servent plus particulièrement d'entrepôt temporaire aux matières fécales, il s'y fait toute* fois eneore une légère absorption de chyle.
Le tube digestif présente du reste peu de différence dans tonte la classe des MAMMiFtRss , si ce n'est qu'en consé-
OCElfGE 0U POUVOIR MUTRltlF DES UlVERS ALIMENTS, IcS
eêpèces qui se nourrissent de cbair ont généralement le canal intestinal moins ample, et surtout plus court que celles qui vivent de graines ou de fruits; et que ce sont enfin les herbivores, et spécialement les Ruminants, qui oiR'ent la plus grande ampleur dans les intestins. Mais ces derniers se distinguent en outre d'une manière particulière par les caractères remarquables que présente leur estomac. Ces animant vivant etclusivement d'herbe ou de feuilles d'arbres, substance peu nutritive, ils doivent en ingérer dans un temps donné une quantité considérable ; et comme ils ne peuvent saisir leur nourriture que par petite quantité k la fois , ils sont obligés , le temps les pressant , de Tavaler k peine un peu brisée, en l'entassant dans cet état dans leur estomac. Or comme ces aliments, déjà peu nutritifs, ont pour cela même besoin de se trouver bien broyés , et fortement imprégnés des suos digestifs pour digérer facilement, LA Sagesse divine a réparé ce désavantage en donnant à ces animant, non-seulement un estomac trèsvaste, mais encore la faculté de pouvoir broyer leur nourriture une seconde fois par la Rwninalion; et à cet effet, une forme d'estomac toute particulière de laquelle dépend cette faculté.
Cet estomac se compose de quatre poches, dont la première, ou la Panse y est k elle seule plus grande que dans aucun autre Mammifère. C'est Ik que l'animal entasse rapidement ce qu'il mange , et se retire ensuite d'ordinaire dans le lieu de son gîte habituel , où il se repose tfattquiUement pMr remfteber k son aise ce qu'il vient de
460 TfflbLOGIB DE LA NATURII.
manger. Pour cela, il fait remonter en petites masses dans sa bouche, par une espèce de vomissement, l*herbe grossièrement hachée qu*il a avalée. Voici comment cette remarquable fonction s'exécute : la panse étant remplie d'herbe à demi mâchée, celle-ci pénètre près de Torifice de l'œsophage dans une petite poche latérale, nommée le Bonnet^ qui la pelotonne en une boule qu'il pousse par une forte contraction dans Tcesophage, avec lequel cette cavité est également en communication ; et ce canal la conduit de nouveau dans la bouche , où elle est remâchée , et ensuite avalée une seconde fois ; mais au lieu de rentrer dans la panse, le bol alimentaire passe dans une troisième poche de grandeur moyenne ou la Feuillette , communiquant de même directement avec l'œsophage; d'où le chyme passe directement dans une quatrième partie de l'estomac ou la Caillette, qui enfin le fait passer dans l'intestin.
L'herbe et les feuilles dont les Ruminants se nourrissent, contenant peu de matière nutritive, et produisant de Ik peu de chyle , l'absorption de ce dernier eût été difficile et fort lente , si elle n'avait pu se faire que sur les parois unies de ce vaste estomac dont la surface intérieure est en ootre loin d'être proportionnelle à la quantité d'aliments ingérée ;
MAIS LA SAGESSE DU CRÉATEUR , EN PRÉVOTANT CETTE DIFFI- CULTÉ , T A REMÉDIÉ EN AUGMENTANT CONSIDÉRABLEMENT LA SURFACE ABSORBANTE DE CE QUADRUPLE ESTOMAC , Ct par là le
nombre des bouches absorbantes des vaisseaux chylifères , en lui faisant former dans son intérieur de nombreuses lames souvent très-saillantes, disposées tantôt en réseau, comme des cellules d'abeilles , et tantôt en feuilles parallèles comme celles d'un livre ; forme dont le troisième estomac a reçu son nom.
Le chyme , pénétrant entre toutes ces lames , s'y trouve en contact avec une innombrable quantité de bouches absorbantes qui y pompent le chyle.
En revenant sommairement sur la forme , la disposition ,