‹ Théologie de la religion naturelleChapitre 33 sur 51 · SECTION SEPTIÈME · texte numérisé non relu

SECTION SEPTIÈME

De Vavenir de rhotnme.

Nous savons que la partie des desseins de Dieu à notre égard la plus intéressante à connaître aujourd'hui pour flous, est le libre accomplissement par notre âme de la loi divine du devoir. Nous savons aussi qu'une sanction inévitable suit tout acte méritoire de la volonté. Mais notre esprit n'est pas rassasié de science, et nous demandons encore si la conséquence sanc^ tionnelle que nous avons constatée, en cette vie, est la seule qui doive suivre notre moralité, et si la récompense ou la punition de nos mérites ne doit pas s'étendre dans une vie à venir.

Avant de répondre à ces questions, il faut remarquer qu'en fait et déjà la science de l'o-

92 THÉOLOGIE NATLKELLE.

bligation morale existe pour rhomme, et qu'elle nous a été révélée par la conscience de notre liberté en face de l'idéal du bien, dans les circonstances dans lesquelles la divine Providence nous a placés.

Ce n*est point à cause de la conséquence sanctionnelle de nos actes moraux que le bien nous a été prescrit et le mal défendu, c'est uniquement parce que nous sommes libres avec Ti-

dée d'un bien ou d'un mal possible par nous.

La science du devoir contient, il est vrai, d'une manière plus ou moins explicite, la notion d'une juste conséquence de nos actes moraux.

Le juste ne peut pas ne pas espérer, le méchant ne peut pas ne pas craindre ; mais le vague de cette espérance ou de cette crainte d'une conséquence sanctionnelle, ne diminue pas la force propre à la loi morale elle-même. Que nous soyons, ou non, capables de satisfaire au désir de science que peut faire naître en nous^ Tobscurité quelquefois si profonde de la notion ' de notre avenir, le devoir reste pour nous invariable.

nooTUiNE. ' 95

La loi morale , commandant par elle-même, n'a pas besoin d'être suivie de l'expression parfaite de la sanction , comme les lois humaines, par exemple, qui n'ont souvent de force que par l'expression des conséquences qui suivront leur accomplissement ou leur infraction.

Du reste, la préoccupation intéressée de la conséquence des actes de notre vie morale est loin d'élre favorable à la véritable vertu.

Les plus belles actions surgissent de l'amour pur du bien, dans l'ignorance naïve ou dans l'ouHi généreux des conséquences possibles.

Quant aux actes que Tespoir exclusif d'une récompense ou la seule crainte d'une punition enfante, ne dirait-on pas plutôt que ce sont des vices?

De même que malgré la crainte essentiellement contenue dans la volonté du mal, ce n'est pas pour ses funestes conséquences qu'on le commet, de même, et quel que soit le pieux espoir toujours renfermé dans la bonne volonté, Thomme vertueux accomplit le bien sans faire

94 THÉOLOGIE NATUEELLE.

précisément de la vertu Tinstrument de son bon heur.

C'est sans conditions développées, c'est à cause de la lumière qui lui est propre et qui nous éclaire, c*est par sa beauté pure et par sa sainteté que la loi du devoir nous oblige devant Dieu.

Toutefois, et puisque Dieu nous a donné l'idée , l'espérance et Tappréhension d'une conséquence future de notre moralité, il convient de concentrer sur la question de notre avenir tout ce que l'esprit de l'homme peut réunir de lu* mière.

Et d'abord il serait ridicule de dire ou plutôt il est impossible de penser que les conséquences connues des actes moraux de l'homme sont la sanction complète de ses mérites, et que le vice, par exemple, a'ait pas d'autre suite que cette honteuse facilité pour le mal que donne le vice lui-même, et ce remords qu'un désordre continu finit par étouffer.

DOCTRINB. OS

Il y a évidemment pour nous une autre sanc* tion morale de nos mérites, que les conséquences spirituelles qu'il nous a été donné de découvrir.

Les félicités et les peines physiques de cette vie peuvent-elles passer pour le complément de la juste sanction des mérites humains? — Non; car en supposant, ce qui peut-être est déjà faux, qu'il y ait quelques actes moraux qui trouvent en cette vie leur juste récompense ou leur juste punition, il est évident que la plupart sont dénués d'une pareille conséquence* Il y a des mérites accompagnés de félicités ou de souffrances exagérées ; d'autres de punition ou de récompenses incomplètes ; d'autres enfin dont la conséquence est opposée à celle qui leur conviendrait.

Il est visible que, pour maintenir le règne de notre liberté morale, Dieu, pendant cette vie, suspend le cours de sa justice, et que la vie présente n'est pas le théâtre des conséquences complètes de notre moralité, mais seulement

le champ où nous pouvons acquérir des mérites. D'où le

Page 1