DIEU NOUS A CRÉES POUR I>(OTRE BONHEUR
Nous devons mériter et nous pouvons perdre le bonheur auquel Dieu nous a destinés, La pensée de ce que Dieu a fait en ceci nous inspire comme une espèce de pudeur philosophique.
Dieu nousfait, pour ainsi dire, rougir de mettre à un si haut prix un bonheur qu'il eût pu, ce semble , nous donner gratuitement. Pudeur illusoire et comparable, de quelque manière, à celle qui colore les joues d'un adolescent dont la vue tombe sur les caresses pures de jeunes
époux. Ce qui trouble votre cœur, 6 adolescence ! ô faible humanité ! ne serait honteux que hors des conditions où vous le voyez. Si ce spectacle vous scandalise, détournez-en vos yeux ; Tamour chaste et la divinité régnent en des sphères que vous n'habitez pas.
II semble, mais il n'est pas sûr, que Dieu eût pu nous rendre heureux pour toujours sans mérite de notre part ; et il est certain, au contraire, qu'il eût été impossible à Dieu de nous offrir, sans liberté morale préalable, le bonheur qui est mis à notre disposition par elle, puisque Dieu, qui est la vérité même, n'aurait jamais dû permettre qu'un bonheur gratuit fût ennobli pour nous de cet élément sublime qui fait la plus grande valeur d'une félicité : le témoignage intime de l'avoir méritée.
Dieu eût pu assurément nous mettre hors d'état de pécher ; mais ce n'eût été qu'en rendant en même temps impossibles la vertu et ses heureuses conséquences. Dieu a préféré l'éventualité du vice h l'impossibilité de la vertu. ^ Une félicité sans mérites n'eût d'ailleurs été
compatiblequ'aveccedegréinfimed'inlelligence qui ne comporte pas l'idéal de la véritable noblesse. Mais en répandant en nos âmes^ comme Il l'a fait si magnifiquement, les trésors de la pensée, Dieu ne pouvait que nous placer dans un 4tat où il nous fût offert de nous rendre nousmêmes dignes du plus grand bonheur des intelligences : d'un bonheur mérité. Qui de nous, au milieu d'une félicité arbitraire, n'eût pas demandé les armes d'un combat glorieux?
Admirons la sage bonté de Dieu, et reconnaissons ses bienfaits en les acceptant avec intelligence et avec amour.
DOCTniivE. 105