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IL FAUT ETRE S0CIA1H.E

L'homme est essentiellement social, et ce qui le rend tel ce ne sont pas ses besoins ni ses ap* titudes physiques, c'est son intelligence.

Généralement les bêtes s'accouplent, soignent leurs petits et vivent en bandes plus ou moins nombreuses; Thomme seul possède Télément de la vraie société, parce que seul il parle.

Il y a des bétes qui ne. diffèrent pas de nous par la possibilité d'émettre des bruits vocaux. Il s'en trouve qui crient et d'autres qui imitent notre voix ou modulent agréablement des sons, mais il n'y a que Thomme qui sadie parier, parce qu'il n'y a que lui sur terre qui soit intelligent«

l«'>â THÉOLOGIE NATURELLE.

L'homme parle naturellement. Considérons, en effet, cet enfant qui vient de naître. Supposons qu'il soit seul avec sa mère, et que sa mère n'ait jamais parlé ni entendu parler, mais admettons qu'elle est comme lui, physiquement et intellectuellement disposée par la Providence pour parler, quand il aura appris.

Au premier moment, et sauf la forme, rien ne distingue à la vue cet enfant et sa mère d'un petit qu'une femelle vient de mettre bas. .

L'enfant crie par besoin de téter, mais instinctivement sans doute; et sa mère instinctivement aussi lui donne le sein. La mère, qui a déjà été en société conjugale avec un être foncièrement intelligent comme elle, regarde déjà peut-être Tenfant à qui elle vient de donner le jour autrement que la femelle ne voit son petit. Mais ne tenons pas compte de ces avantages.

Rassasié, l'enfant s'endort. Il se réveille, crie de nouveau, tète, et, satisfait une seconde fois, se rendort, pour se réveiller, crier encore, et

ainsi de suite. Mais la mère^ que nous avons supposée offrir d'abord instinctivement le sein à son enfant, ne tarde pas, intelligente qu'elle est, à s'apercevoir que l'enfant crie quand il a besoin de téter, et qu'il s'endort ou se tait, abandonnant de lui-même le sein de sa mère quand il n'a plus faim. Il vient donc un moment où le cri de son enfant est pour cette mère un signe d'appel. Le langage n*est pas loin.

Après avoir, sans intention, fait mille fois venir sa mère, qui l'allaite quand il a crié, l'enfant qui s'entend crier, et qui est intelligent, lui aussi, s'élève un jour, oh ! le beau jour pour lui, ^^^tt» comprendre que ses cris attiraient sa mère, et une première fois, et désormais il les fait avec l'intention de la faire venir. Or, un son de voix émis par Tenfant pour faire venir sa mère, et un soupir souriant de la mère qui vient, sont deux véritables mots qui signifient : Viens ! et : Me voici I

Lés premiers éléments d'une relation linguistique subsistent : toute une langue va sortir de

là. Et d'abord des inflexions spéciales de la voix feront bientôt distinguer l'appel ordinaire de l'appel impatient^ et l'amour habituellement attendri de la mère d'un amour courroucé. Il ne tardera pas à surgir des nuances de la voix qui exprimeront l'offre et le refus, la demande et le consentement; puis, peu à peu, la langue se déliant de part et d'autre en même temps que Tintelligence suit ses progrès, les émissions vocales, sous l'influence de l'habitude et des besoins, se transformerontenmotsdésignantlemoi, le toi, le lui, le nous. L'action, l'être, l'attribut et les sentiments exprimés finiront par compléter cette initiation au langage, élément naturel de la société humaine. L'expérience, l' imitation, la tradition, les talents particuliers et mille causes élèveront eu une langue admirable ces premiers rudiments du langage de la première famille, langage parti d'un cri, mais d'un cri intelligent, que la bête qui crie aussi n'entendra jamais, parce qu'elle n^a que le cri et son instinct, c'est-à-dire parce qu'elle n'est pas faite pour vivre en société.

La société est comme l'atmosphère de l'hu-

manité. Le charme de la société intime de l'homme et de la femme ; les soins que la gracieuse faiblesse d'un enfant réclame avec une éloquence qui émeut si profondément nos entrailles ; l'habitude naturellement contractée de vivre en société, et enfin cette nouvelle et noble enfance des glaces de l'âge qui demande que la société s'acquitte en supportant, en embellissant et en protégeant une vieillesse impotente, tout dans l'homme porte l'homme à la vie sociale.

Or, la société ne pouvant subsister que si ses membres suivent les lois- indiquées par la nature des choses humaines, il en résulte que notre devoir est de reconnaître ces lois et de les accomplir ou d'être sociable.

15(» I lll-OKOGIIi: NATDKELLK.

De la famille.

La première loi sociale naturelle est relative à Tiinion de Thomme et de la femme.

Lorsque l'homme et la femme sont arrivés à l'apogée de leur développement et de leur beauté physique , on les voit s'animer comme d'un feu et d'un sentiment nouveaux et sacrés, dont le dédain serait autant absurde que l'irrévérence stupide, et qu'on ne saurait trpp respecter en leur pensée et en leur expression.

Du plus profond de tout notre être, ce sentiment et ce feu, jusqu'alors inconnus, s'élèvent et viennent remplacer avec bonheur les préoccupations grossières de simple reproduction. Sous rinfluence de l'amour, la nature atteint son but, en nous voilant ses voies, qui, de trop admirables qu'elles sont toujours pour

nous, ne nous apparaissent alors que belles et heureuses.

• Il est rare que la complication des choses de ce monde n'empêche pas Famour d'arriver au comble de ses désirs, mais il est plus rare encore (et cette dernière rareté justifie pour ainsi dire Tautre) que, quand il est donné à Tamour d'être heureux, il trouve dans la possession de Tobjet désiré la réalité de Tidéal rêvé. Si le but de cette vie était notre félicité présente, nous pourrions nous désespérer de voir ainsi le bonheur fuir devant nous, ou ne se laisser atteindre que pour nous tromper. Mais notre destinée en ce ce monde étant la vertu, le désespoir dans ce cas serait, comme toujours, une impiété.

L'amour est spirituel et physique, et il aspire à remplir une mission. La théologie naturelle recherche et fixe les lois de cette mission, c'està-dire les lois morales de l'union de Thomme et de la femme, et des suites de cette union.

Dieu faisant naître généralement autant d'hommes que de femmes, et chaque homme

ayant comme chaque femme un égal droit naturel à cette union, il est évident que dans F humanité cette union doit être unique, ou que la polygamie est un vice dans la société des hommes*.

Le fruit de Tunion de l'homme et delà femme étant un être incapable pour longtemps de pourvoir à ses besoins, et réclamant des soins divers qui appartiennent évidemment à sa mère et à son père, il en résulte que la consommation de Tunion physique d'un homme et d'une femme crée entre eux une nouvelle union spirituelle, pour raccord et le partage des soins à donner à leur enfant» De plus, cette union spirituelle des époux exigeant un rapprochement continu, qui leur offre naturellement roccasion et le gage d'une nouvelle union physique, il en résulte qu'unepremièreunionphysiqueentreunhomme et une femme doit être indissoluble et que le divorce est un vice dans la société humaine.

Puisque l'union intime d'un homme et d'une femme est moralement indissoluble, il faut que l'homme et la femme qui désirent s'unir, exa-

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minent préalablement toutes les conditions attachées à leur union projetée, afin de ne la point contracter îrraisonnablement et comme au premier appel des sens et du cœur.

L'union définitive de lliomme et de la femme devant être unique et indissoluble, il faut, dans rintérêt des époux et des enfants, que cette union s'appuie sur la plus forte garantie sociale, qui est le mariage ; d'où il résulte que toute union contractée en dehors de ces lois est un vice dans notre société.

Il n'y a pas de société humaine possible sans chef. Or, toutprédisposenaturellementrhomme pour une noble et affectueuse puissance, et tout prépare la femme pour une gracieuse et tendre soumission.

Ce qui rend indispensable Tautorité de Thom* me et l'obéissance de la femme^ démontre que la puissance dé Tépoux n'est pas moralement pour lui un droit de caprice, et que la soumission de l'épouse n'est pas davantage un devoir de sujétion aveugle. L'homme et la femme ont

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seulement des devoirs différents, dont l'accomplisseroènt harmonieux produit ce spectacle le plus beau qu'il nous soit possible de contempler : celui de deux époux bien unis.

Les parents étant après Dieu les auteurs et les premiers bienfaiteurs des enfants et les guides naturels de leur inexpérience , les enfants doivent naturellement à leurs parents : respect, obéissance, amour, gratitude.

Les enfants d'une même famille étant providentiellement rapprochés pour accomplir leurs devoirs sur la terre, doivent s'aimer et s'en-

tr'aider dans la pratique du bien.

• Il en est de la domination des parents vis-àvis des enfants comme de celle d'un homme vis-à-vis de sa femme. Elle n'est en réalité qu'un devoir de protection contre les maux physiques et moraux qui sont toujours prêts à fondre sur nous dès notre naissance.

Les familles étant comme des pépinières d'êtres humains destinés à se développer pour

la vie sociale et le rapprochement des parents, comme des enfants entre eux , ayant sa cause morale dans des devoirs spéciaux , il en résulte que la famille doit garder la simplicité de runion qui lui est essentielle^ et que toute préoccupation d'union physique entre les ascendants et les descendants et entre les collatéraux doit, 4»fb£f* toujours être complètement bannie de son sein. Cette révélation naturelle des lois de la famille, puisée dans la considération de l'état des choses humaines, n'est pas la seule ni peut-être la plus forte pour nous donner la connaissance de ces lois.

Il existe en effet dans Tattrait qui porte à Tunion sexuelle un sentiment délicat, la pudeur, sentiment naturel d'une loi pour cette union physique, lequel ne trouve de satisfaction que dans le mariage pur. Or, cesentiment, qui est une des causes de la civilisation de l'humanité, suffirait à lui seul pour nous révéler l'idéal de la pureté conjugale. L'intérêt même des enfants ne saurait, en un sens, soutenir la comparaison avec les exigences de la pudeur, que le véritable amour, de son côté, réclame instamment de

part et d'autre, et qui flétrit du nom d'impureté ce que la raison signale comme vice.

Oui, futurs ou déjà heureux époux, c'est à ce sentiment, c'est à cet amour pur si sincèrement l^rpiAy; .et si noblement demandé par chacun de vous, que nous devons Tidée native et le type du mariage parfait. Le législateur vous a vus, il vous a suivis des yeux, et après vous avoir admiré en vos désirs, en vos paroles, en vos félicités, il s'est senti inspiré, et il a écrit dans nos codes la loi du véritable mariage humain.

Et vous, parents, constamment accablés sous le joug d'une sollicitude soucieuse pour les fruits de vos entrailles; vous, enfants, si heureusement soumis à des parents qui vous aiment ; et ' vous, familles à conduite exemplaire, vous avez trouvé dans vos plus intimes sentiments du bien cette intuition des devoirs que l'esprit de Thomme déduit froidement en sa logique. Nos cœurs à tous avaient reconnu et proclamé les grandes lois de la morale avant que la raison

ne les démontrât ; mais la raison les garderait dans leur sainteté si le cœur venait jamais à les méconnaître.

De la confiance sociale.

Chacun de nos devoirs relatifs à la société dépend d'une garantie sociale. Or, à parler d'une manière absolue, les garanties sociales sont faillibles ; et il en est d'elles comme de celles que nous offre la nature elle-même.

Mais ceci ne saurait altérer la réalité de nos devoirs moraux dans la société. Car ce n'est que dans le sens absolu que ces garanties sont faillibles, et tout dans la société des hommes est relatif et d'une importance limitée. Le devoir seul a une importance sans limite. Il serait superflu que les affaires sociales eussent des garanties absolument infaillibles. C'est une certitude raisonnable dans le sens de suffisante, eu égard à rimportance des intérêts engagés, que nous devons chercher. Et, non-seulement cette certitude s'acquiert avec facilité, mais encore il arrive dans une foule de circonstances que les

garanties obtenues sont inutilement supérieures à l'importance des affaires pendantes.

L'hypothèse d'une erreur en un ordre de choses faillibles est assurément juste en soi, mais cette hypothèse n'est légitimement applicable que dans une science exacte, et il serait immoral de recourir à un pareil moyen pour s'abstenir de réaliser, de la manière qu'il nous est donné de le faire ici-bas, le bien dont l'idéal est en nous.

Ne serait-il pas illégitime d'ailleurs d'exiger des garanties infaillibles pour rendre nos devoirs à la société, lorsque nous ne pouvons lui offrir nous-mêmes que des garanties faillibles, quand nous lui demandons pour nous l'accomplissement de ses propres devoirs?

Le principal de la morale n'est pas la réalisation toujours éphémèrer et imparfaite des actes de la volonté. Le principal est tout entier dans un signe possible de bonne volonté, et lorsque la possibilité de ce signe existe, sa réalisation devient, par cela seul, moralement obligatoire.

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Toutes les choses de noire vie extérieure ne sont pour notre destinée morale que comme des étais indispensables pour construire une voûte, lesquels deviennent inutiles et peuvent être réduits en poussière dès que la voûte est construite.

Celui qui veut le bien, mais dont Teffet extérieur produit par Teffort moral de sa volonté est opposé à Teffet qu'il avait en vue, ne fait pas moins bien devant Dieu que celui qui ne se trompe pas.

Il faut savoir se laisser entraîner p rce courant irrésistible et dangereux des affaires de cette vie. Et par le fait, nous y avons tous une confiance qui tient quelquefois de la témérité.

Les choses de ce monde ne sont que comme une ombre, mais comme une ombre du bien qu'il faut suivre^ ou du mal qu'il faut éviter.

Ainsi l'acceptation des garanties ordinaires de la vérité est pour nous un devoir moral, et la conûance en la société pour des affaires sociales est uneveitUf

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