IL FAIT ÊTRE VERIPIQIE
Un des devoirs les plus importants derhomme en société, est de dire la vérité qu'il connaît. Or, le silence toujours possible n'infirme pas cette loi, car le devoir de parler surgit quelquefois pour nous des circonstances mêmes dans lesquelles nous sommes providentiellement placés.
Il n'y a qu'une seule manière d'être véridique : c'est de Têtre absolument. Il n'est pas, il est vrai, en toute rencontre, opportun d'exprimer la vérité connue, maïs les conjonctures dans lesquelles il semble que l'on puisse mentir sont des erreurs de notre entendement ou de»
fautes inavouées de notre volonté.
Pour ce qui est des cas où telle expression de la vérité présenterait pour un auditeur le sens de Terreur, il est évident que les mots n'ayant en réalité que la signification qu'on leur prête, le premier mot venu est susceptible du sens réel. Mais il n'y a pas de circonstance où il faille être plus prudent que celles dans lesquelles on croit pouvoir se séparer de l'usage.
Le devoir de dire la vérité s'étend depuis les cas les moins importants jusqu'aux circonstances dans lesquelles l'infraction de la véracité deviendrait crime , comme dans la calom nie, etc.
Indépendamment du repos quotidien exigé par la nature, l'homme ne peut point s'adonner à des travaux physiques ou intellectuels invariables. Le changement d'action ou de pensée fait comme partie de notre activité. Or, la poésie, cette expression intelligible ou plastique de la beauté des personnes ou des choses, a toujours été pour l'homme la plus recherchée de
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ses distractions. Et la réalité actuelle n'étant pour le véritable poète qu'un sujet d'inspiration heureuse, il arrive que ses fictions ou ses œuvres représentent moins ce qui est que ce qui pourrait être.
Mais le devoir de véracité n'est point enfreint pour cela, lorsque Tartiste n'a d'autre but que celui de distraire en charmant ou en civilisant. Il est même inutile qu'il vise à moraliser : il suffit qu'il n'exploite pas, pour ses succès, la susceptibilité de nos passions mauvaises. La moralisation, en effet, n'est pas un art, elle est un sacerdoce.
L'homme véridique fuit et condamne, en principe, l'ombre, l'équivoque, la demi-science, et la crédulité. C'est pourquoi il rejette tous ces faits bizarres mal connus , exceptionnels , insignifiants, qui ne font de ceux qui les acceptent pour en tirer quelques conséquences sérieuses^ qu'un ramas honteux d'esprits trompeurs ou trompés, qu'il faudrait séparer les uns des autres, ou à moitié préserver, et à moitié mettre dans l'impossibilité de nuire.
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Pour éviter d'être dominé par ces sortes de choses étrangères au vrai devoir, Thomme vé* ridique leur inflige les règles inflenibles et salutaires de la logique infaillible.
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De l'enseignement religieux.
Le devoir de véracité contient essentiellement r obligation spéciale de répandre la vérité religieuse que Ton connaît.
Si nous étions directement instruits par Dieu, renseignement religieux n^aurait pas d'objet pour nous. Maïs, quoique l'intelligence humaine placée en face des phénomènes intérieurs et des phénomènes extérieurs qu'elle perçoit acquière une première mise de fonds de richesses inlellectuelles, nous avons cependant tous besoin de secours sociaux pour faire produire à ce fonds plus qu'il ne produirait isoléi
Notre devoir en général n'est qu^une partie de raccomplissement des lois providentielles, confiée à notre activité. L^enfant abandonné {^ar ses parents ou par ceux que les circonslaiD-
ces conduisent près de lui tomberait faible et nu sur un sol meurtrier. Où est en ceci la Providence? Elle est dans l'obligation morale de la mère et du père, ou de la société ; il en est de même pour l'instruction sacrée. Le complément de la Providence c'est notre enseignement. Ce que Dieu s'est réservé personnellement de faire, ne manque jamais d'être fait. Mais Dieu ne réalise pas l'objet même de notre existence ici-bas : notre devoir.
La nature des choses humaines rend l'enseignement religieux un devoir pour chacun de nous et pour la société. Or, le devoir de l'enseignement religieux, par cela seul qu'il est réel et moral, apporte avec lui l'investiture qui le rend sacré.
L'enseignement religieux imposé aux hommes par la morale naturelle présente deux phases diverses : l'autorité et la science. Tant que l'intelligence est incapable de saisir l'évidence de la vérité, ou de comprendre sa démonstration, l'enseignement doit se communiquer par v<He d'autorité. Mais^ aussitôt que l'esprit
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suffisamment développé peut, à l'occasion d'idées acquises, avoir des idées autochtones et appréder l'évidence d'une vérité ou sa preuve, l'enseignement doit se transformer en une mé* thode scientifique dont l'auditeur reste le juge.
L'enseignement par voie d'autorité peut d'ailleurs être ménagé de telle sorte, que l'entendement de celu,i que la nature rend d'abord croyant, trouve au besoin dans la mémoire qui se développe la première, et à mesure que son esprit s'agrandit, tout ce qui est logiquement indispensable pour contrebalancer peu à peu en lui la perte progressive du prestige heureux mais éphémère de l'autorité. C'est même ainsi que des douces lueurs d'une foi bénie, qui remplit d'abord notre âme, nous pouvons nous élever jusqu'aux vives lumières de la science, qui seule s'identifie à nous, sans tomber dans l'abîme de l'incrédulité, sans passer, ou du moins sans rester dans les funestes ténèbres du doute.
De môme qu'à un moment de notre vie, nous lonunes tous sevrés des soins auxquels nous
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devons d'tHre devenus ce que nous sommes, de même nous devons tous aussi , en religion naturelle, être sevrés de la foi par la science* Eh I ce n'est pas là mettre en oubli le dévouement de ceux qui dans la famille ou dans la société nous ont conservé, transmis du enseigné parfois péniblement les vérités qui font aujourd'hui partie de notre intelligence; notre gratitude, au contraire, pour ces bontés, peut s'élever, et s'élève en effet chez les plus exiger^nts jusqu'à lîi croyance intime qu'on nés' cquittera jamais envers ses bienfaiteurs. Zt celte reconnaissance est d'autant plus pure qu elle est inutile pour la conservation de la science acquise. Mijis rien ne peut faire que la sciem e possédée ne soit indcpei.dî nie de la solennité dont on a dû se servir pour nous la rendre propre. C'est ainsi que Thistoire et la tradition qui nous ont tant servi pour fonder la science de la théologie naturelle, sd sont complètement détachés de cette théologie elle-même, dès que Sa science a été établie (*).
(*) f>îDU8 croyons détour MnoAt^^ h^ s«jet qoè l^uteur f fèpare «( ht propose de publier uKéneurenieat 1 hi&toire ce la ILéolu^ nawrUle. XNo.e dd Védilèûr.)
La première et la plus utile des parties de renseignetftênt religieux, est celle.de la morale, cette concealration de la religion naturelle. C'est d'ailleurs là que l'évidence accourt pour ainsi dire d'elle-même au secours de la foi en une science inaltérable dans l'esprit et altérable seulement par le cœur, pendant tout le règne de cette liberté qui nous affecte en ce monde pour mériter un bonheur immortel.
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