IL FAUT ÊTRE JUSTE
La justice est un devoir qui^ en un sens^ peut se rapporter à la morale entière. La piété^ en effet, n'est que la justice envers Dieu, la tempérance, la justice envers soi-même, et la sociabilité la justice envers nos semblables. Mais Ton donne plus spécialement le nom de justice à la vertu qui nous fait respecter en nos semblables l'existence, la paix, rhonneur, la propriété, l'expression de la pensée, etc., comme nous pourrions exiger que l'on respecte en nous ces mêmes droits.
L'idéal du devoir de justice n'est pas moins beau ni moins impérieux que celui de véracité par exemple, mais il a pour caractère spécial d'avoir des manières diverses et même opposées
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d'être accompli. Et comme ce caractère entraîne souvent des difficultés pratiques, il est arrivé que la force des choses humaines, Tusage et les législations, sont venus préciser, ici d'une manière, là d'une autre, l'acte à produire pour être juste en tel ou tel cas.
Or^ ces lois humaines inévitables, faites pour remplacer une indication invariable d'agir qui n'existe pas, ne pouvaient être elles-mêmes qu'imparfaites ; d'où il résulte que les lois sociales, lorsqu'elles ne prescrivent pas quelque chose d'opposé à un devoir moral, nous obligent devant Dieu, telles qu'elles sont là où nous sommes.
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. De la propriété et du commerce.
La propriété dont Torigine naturelle est le travail et rhérédité, donne lieu à une série considérable de devoirs de justice; nous ne parlerons ici que des principaux.
Celui qui possède pouvant naturellement garder ou donner sa propriété, peut aussi l'échanger contre ce qu'il ne possède pas.
Si Toa représente l'objet proposé en échange d*uu autre par une valeur de convention, et que Ton représente cet autre objet par une valeur de la même espèce, Ion s'aperçoit d'abord que réchange pourra se faire entre deux objets de même valeur; mais ce qu'un homme possède est quelquefois pour lui d'un usage tel qu'un autre objet de même valeur ne le remplacerait pas pour lui. Il est donc évident, devant l'idéal de la justice,- que celui à qui l'on propose
un échange peut , pour s'indemniser de l'usage dont il se prive^ échanger un objet d'une valeur de • . . contre un objet d une valeur supérieure, c'est-à-dire réaliser un bénéfice qui se trouve d'ailleurs compensé chez celui qui le fournit par la jouissance que lui donne l'objet acheté, et que ne lui procurait pas Tobjet opposé de même valeur.
La justice d'un bénéfice fait par celui qui accepte un échange proposé, c'est-à-dire le commerce, engendre de nombreux devoirs sociaux. Ces devoirs ressortent, pour un temps et pour un lieu donnés, du concours général des choses sociales et sont précisés avec plus ou moins d'exactitude par Tusage ou par les lois*. D'où il résulte que tout bénéfice obtenu par l'échange nest pas essentiellement juste.