IL FAUT ÊTRE CHARITABLE
Nous sommes providentiellement en relation sociale avec nos semblables, et puisque toute haine envers eux serait injuste, et qu'il est dans Fessence de nos relations sociales d'exclure une véritable indifférence, il en résulte que nous avons, devant Dieu, le devoir de nous aimer les uns les autres.
Le devoir de charité, qui est purement religieux et que les lois sociales humaines ne sauraient réglementer, offre à Thomme moralement libre, de nombreuses occasions d'aimer activement cet idéal de^. bonté qui est comme le cou* ronnement du bien qui nous est révélé par Dieu.
184 THÉOLOGIB NATURELLE. %
La charité modère et annule de quelque manière la rigueur des jugements que nous sommes forcés de porter parfois contre nos semblables, et elle substitue la bienveillance dans les cas où la morale interdit tout jugement de démérite.
Qu'un homme, par exemple, ait le pitoyable courage de dire qu'il ne croit pas en Dieu, celui qui aura de la charité, loin de le prendre au mot, pensera qu'un esprit peut avoir une telle idée de Dieu, que si ce qu'on lui dit être Dieu lui paraît inférieur à l'idéal qui le possède, il niera d'abord ce Dieu inacceptable par lui ; et que si, abusé par le principe d'une autorité dont il ne se voit pas le représentant, il ne se croit pas en droit d'affirmer la réalité du Dieu qu'il conçoit, il contestera l'existence même de Dieu. L'âme charitable verra ainsi dans ce penseur un sombre amant de la vérité, lequel s'est égaré dans la recherche de cette divine beauté , entrevue un jour par lui au fond du bois sacré de son intelligence, et qui, désolé de sa perte, s'est tristement assis sur le bord de labîme des mystères, dans lequel il jette des regards pleins d'un amour désespéré, mais peut-être sacré devant Dieu.
MORALE. i85
De Vaumône.
Des lois sociales essentiellement imparfaites et de nombreuses injustices ont creusé au milieu de nous une lacune que la bonté seule peut combler par Taumône, pour éviter que ce soit la souffrance qui la comble elle-même.
L'aumône est une de ces lois providentielles dont Dieu nous a confié la libre exécution pour agrandir le champ de notre liberté morale.
Les lois sociales de justice restreignent, en vue de Tordre général et pour le dépit mérité des paresseux ou d'autres esclaves de passions mauvaises, les devoirs positifs des hommes entre eux, mais le devoir religieux de Taumône est comme un impôt indépendant et complémentaire qui peut s'élever jusqu'au partage fraternel des dernières parcelles de nos ressources.
L'aumône n'est pas le seul moyen de réparer charitablement les désordres de fortune dans la société. Il y a, entre autres, la limite ou la restriction que Ton s'impose volontairement dans Tacquisition des richesses.
La charité de Taumône, en général, a une rivale honteuse dans la fausse bonté. On se croit bon quand on ne travaille qu'à être juste. Que d'apparentes charités ne sont que de véritables restitutions I L'on cultive peut-être trop la bonté pour avoir négligé la justice. Pour être réellement bon, il faut préalablement être juste. Si vous voulez être charitables demain, soyez justes aujourd'hui.
Où est l'homme juste et où est par conséquent la vraie bonté parmi nous ? Dieu seul est réellement bon, car seul il est véritablement juste. Soyons donc justes sous prétexte d'être bons.
Nous n'avons peut-être de moyens d'aimer activement l'idéal de la charité qu'en nous élevant, par amour pour Dieu, jusqu'au dévouement pour ceux que la Providence nous a don* nés à aimer.
MORAbB. 1B7
SEPTIÈME DEiVOIR.