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SECTION DEUXIÈME

Des jugements de la raison.

La faculté par laquelle notre esprit juge entre deux termes, après les avoir distingués et comparés, estelle infaillible ?

Il est aisé de s'apercevoir que la raison, dans l'isolement factice que lui font les divisions dont notre esprit ne saurait se passer en ses méthodes, ne peut pas répondre à cette question. Une réponse de sa part serait vaine en effet pour nous, tant que nous ne supposerions pas qu'elle est infaillible dans cette réponse elle-même , puisque cette supposition Aterait toute valeur logique au jugement de la raison sur ce point.

Mais si la raison proprement dite ne peut pas apprécier sa valeur comme juge, l'esprit reçoit, après les opérations de sa faculté de juger, un témoignage évident de sa conscience qui lui fait connaître la puissance de cette faculté.

Ainsi, par exemple, après avoir fait ce jugement : Le tout est plus grand que la partie, nous avons entendu un témoignage évident qui l'élevait du fond de notre conscience pour nous certifier que notre raison ne nous trompait point. Ainsi encore, après avoir dit : Je vivrai demain, un témoignage évident de la conscience est venu nous avertir que nous pouvions nous tromper. Ainsi, enfin, après ces mots : Ce qui est n'est pas , un témoigoage évident de la conscience nous a crié que nous nous trompions, ou plutôt n'a fait de ces paroles qu'une fantaisie de notre esprit.

Or, il n'y a pas de différence pour nous^ par rapport à la certitude) entre les témoignages évidents de la conscience, relativement aux affirmations rationnelleS) et un jugement supposé infaillible de la raison qui ferait connaître la vérité en cela.

Tout jugement étant essentiellement relatif aux termes comparés dont il dérive, il est inévitable, mais il n'est pas funeste que lorsque, en un même sujet, notre entendement s'enrichit de nouvelles notions, il surgisse des jugements différents opposés même aux premiers. Et , si le langage n'a pas de nouveaux mots pour exprimer ces nouveaux termes , ou si notre

toéittôire laisse en oubli les termes anciennement comparéâ, il poufra nous sembler qu*il y a versatilité dans nos jugements, tandis qu*en réalité il n y a que Variabilité, dégénération ott progrès dans notre entendement, ou expression équivoque des choses. .

La richesse de notre entendement est diverse en chacun de nous^ et chacun de nous gagne ou perd constamment quelque notion ; mais nos raisons sont invariables et semblables entre «lies, car lorsque les termes d'un jugement sont fixés et convenus entre nous, le jugement que nous en faisons est constamment identique en nous et en chacun de nous.

Quand notre entendement s*est plus ou moins enrichi, nous trouvons de Terreur dans la plupart de nos affirmations passées. Mais , alors même et lors que, par une feinte de notf e intelligence développée, nous rétrécissons notre esprit aut seules notions que nous possédions autrefois , nous sommés encore forcés de faire les mêmes jugements que jadis. Il n y a pas d'exemple qu'en face de deux termes bien p-écisés un homme ait porté tantôt un jugement et tantôt un autre, ni qu'un de nos semblables pour qui les termes étaient ce qu'ils sont pour nous-mêmes, ait porté un jugement différent du nôtre. Nos raisons sont sœurs et peuvent toutes , pour ainsi dire, se donner la main dans la recherche de la vérité.

SO THÉOLOGIE NATUBBLLB.

L'homme assurément est faillible, il se trompe et cela fréquemment, hélas I mais ce n'est pas comme raisonnable, c'est comme savant. Or, si l'homme ignore ou s'il sait mal ce qu'il faudrait savoir en tel cas ; s*il donne légèrement le nom d'évidence au despotisme du préjugé; s'il compare sans utilité des termes étrangers à la question, il lui est pourtant permis d'espérer qu'il arrivera un jour, par la voie du progrès ouverte devant lui , à juger constamment à propos. D'où nous poserons le

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