‹ Théologie de la religion naturelleChapitre 7 sur 51 · SECTION QUATRIÈME · texte numérisé non relu

SECTION QUATRIÈME

Des témoignages de nos semblables.

Si la perception sensible de corps plus ou moins semblables au nôtre était isolée, elle n'aurait peutêtre pas plus de valeur pour nous que celle d un rocher. Mais la relation intellectuelle établie entre les esprits qui vivifient ces corps et notre esprit, donne un très-haut prix à cette perception.

Chacun de nous sait d'une manière générale que d'autres êtres semblables à lui pensent et perçoivent conmie il pense et conime il perçoit. Cette similitude connue de pensée et de perception fait naître une heureuse sympathie entre nous et nous porte à nous donner réciproquement le doux nom de frères ou de sœurs, noms sacrés que nous ne donnons à aucun des autres êtres de l'univers, parce que, sans rien préjuger sur ce qu'ils sont en soi, aucun de ces êtres ne s'est montré spirituellement semblable à nous.^

Or, nos semblables peuvent, par un comiïierce intellectuel avec nous, enrichir notre entendement de nouvelles notions en nous faisant connaître leurs pensées et en nous racontant leurs perceptions sensibles.

Lorsqu'un de nos semblables nous communique des pensées dont la vérité est évidente par sa simple expression ou par la démonstration cpii en est faite, si nous connaissons déjà ces pensées , le lien de sympathie fraternelle s'établit ou se resserre entre nous. Si, aucontraire, ces vérités évidentes se montrent alors à nous pour la première fois, nous nous les assimilons aussitôt, et la communication avec notre semblable est autant pour nous une cause de nouvelle science qu'une occasion d'apprécier la valeur de la vie sociale.

Lorsque nos semblables nous communiquent, au contrail'e, des pensées qui refusent, pour ainsi dire, de s'assimiler à notre intelligence, ou lorsqu'ils nous rendent compte de telle ou telle de leurs perceptions Spéciales, nous savons, à pArler d une manière ab^ solue , qu'ils peuvent nous déguiser la vérité, soit par mauvaise volonté, soit par caprice, soit pair vaine prétention de science , soit enfin par quelque bon sentiment mal guidé qui les porte eux^m^aë à se tromper aveuglément.

Il en est, du reste, des témoignages de nos semblables pour la vie sociale, comme des témoignages de nos sens pour la vie physique individuelle. Nous sommes constitués de telle sorte que nous commençons fatalement par mettre à profit les témoignages, souvent exacts, de nos semblables, sans nous douter de la moindre chance d'erreur, et que, lorsque nous découvrons cette chance, une espèce de vitesse acquise nous pousse à nous en servir encore, sauf à y mettre quelque prudence. De plus, et comme pour la vie matérielle, Timportance des affaires sociales, quoique parfois considérable, étant cependant toujours passagère, il en résulte que des garanties faillibles sont avec ces affaires en un rapport convenable.

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