‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 20 sur 74 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Des Miracles,

Nous allons faire ici quelques observations préliminaires qui couperont court , dès le principe , à une foule des difficultés que l'on a coutume de faire sur ce point , et qui serviront à donner plus de lucidité à l'argument dont nous nous occupons en ce moment.

Et 1. comme le miracle tire son nom de mirari, qui excite t admiration , et que les hommes ont coutume d'admirer les effets extraordinaires dont la cause leur est inconnue, nous devons d'abord nous occuper de ce point là. Si la cause de ce fait est naturelle, c'est-à-dire qu'elle ne sorte pas des lois de la nature visible et corporelle , bien qu'elle soit au-dessus de l'intelligence humaine, l'effet est alors étonnant, merveilleux,

§ 8, n. (6); Nieburh, Hist. rom., B. Th. 1, 1826; G. Hermann, Origines de l'hist. grecque , Leipsig, 1820; Heyne, Gomm. d'Apollodore, Bibliotli., tom. III, p. 996, etc..

mais ce n'est pas un miracle; car si les lois de la nature produisent un phénomène, en réitérant l'expérience on doit réitérer le phénomène.

2. Comme, parmi les agents naturels, les uns sont contenus dans cet univers sensible , les autres appartiennent à un ordre invisible; tels sont les anges, soit bons soit mauvais; les rationalistes et les déistes n'admettent leur existence cpie pour combattre les miracles ; comme nous ne connaissons pas leur puissance, nous disons qu'il peut parfois se faire que nous ne distinguions pas suffisamment si l'ejffet dont il s'agit vient immédiatement de Dieu, ou s'il vient immédiatement des anges ; de là découlent certaines difficultés relatives à la définition des miracles. J'ai àii parfois, car il y a, comme nous le verrons, des miracles qui ne peuvent venir que de l'action immédiate de Dieu. Mais comme tous les miracles ne sont pas de ce genre, il est opportun de traiter ici cette question.

3. Comme un miracle proprement dit peut être tel, soit par lui-même, ratione sui, soit par la manière dont il s'accomplit, ratione modi, la difficulté qui découle de la puissance et de l'efficacité des anges ne peut tomber que sur les miracles qui sont tels , ratione modi, ou sur les miracles de second et de troisième ordre, comme le prouvera ce que nous dirons par la suite. Mais comme les bons anges ne peuvent agir sur la nature visible et sensible que du consentement ou par l'ordre de Dieu, et que les mauvais anges n'ont d'action sur ce qui leur est inférieur qu'autant que Dieu le leur permet, il s'ensuit que cette difficulté est complètement nulle. Quelle que soit la puissance que l'on accorde aux anges, U est certain que s'ils sont bons , les miracles qu'ils opéreront auront pour but de confirmer la vérité ; s'ils sont mauvais , ils ne pourront absolument rien faire pour confirmer l'erreur au moins de manière à la rendre inévitable ; puisque , comme nous le démontrerons plus tard, les attributs moraux de Dieu s'y opposent. Il ne nous est donc pas besoin de nous occuper beaucoup de cette cause, relativement à la définition du miracle.

4 . Ces préliminaires posés , rien ne nous empêche de définir, avec saint Thomas, le miracle, ce qui se fait en dehors de F ordre de toute nature créée (1), ou comme il développe ailleurs sa pensée : il faut appeler simplement miracles , les choses que

(1) l'e part, quest. 110 , art. 4 , in corp.

46 TRAITÉ DE LA VRAIE RELIGIOîf. CHAP. III

Dieu opère en dehors des lois oi^dinaires des choses créées (1).^ Car, bien que les anges soient renfermés dans le cercle des natures créées , comme ils ne peuvent rien faire sans l'ordre ou la permission de Dieu , il sera toujours vrai que le miracle est ce qui se fait en dehors des lois de la nature créée, soit ratione suiy &o\i ratione 7nodi, comme nous l'avons dit plus haut. Que, si cette définition ne convient pas aux esprits inquiets, nous consentons à ce qu'on le définisse une œuvre sensible, étonnante, contraire aux lois ordinaires de la nature et à V ordre de la Providence, Cette définition , sauf quelques paroles qui ne sont pas les mêmes , s'accorde positivement avec les définitions données en divers endroits , soit par les philosophes soit par les théologiens, si l'on en excepte quelques-unes; encore sont-elles particulières , et elles ont été fabriquées dans l'intention de tromper. Cette définition renferme, d'une manière adéquate, les quatre choses requises pour constituer un vrai miracle; 1° c'est que refî"et soit sensible; 2'' c'est, comme il a été dit, qu'il ne soit l'œuvre d'aucune cause créée; 3° par conséquent qu'il soit surnaturel ; 4"* qu'enfin il conduise à Dieu (2). J'ai dit : Qui sont do7inés çà et là , car il est démontré que Charles Bonnet (3), Claude Houtteville (4), ont trouvé un

(1) Contre les gentils, liv. III, c. 101.

(2) Gonsult. André Spagini S. J., Traité des miracles, Rome, 1787, part. 2« de l'Essence du miracle, ouvrage remarquable, où il développe cette preuve.

(3) PaUngénésie philosophique, p. 17, c. 5. 6.

(4) Tom. II, édit. Amst., 1744, liv. 2, c. 6. Il faut observer ici que Houtteville ne rejette pas la notion commune des miracles, au moyen de laquelle il réfute Spinosa, mais il y en jouit une autre pour le combattre plus directement. Il s'écarte, sur certains poiuts, du sentiment de Bonnet, en ce que celui-ci admet deux ordres de choses établies par Dieu ; l'une qui règle le cornas ordinaire de la nature; l'autre qui produit le cours extraordinaire de cette même nature, et où se produisent les miracles. C'est-à-dire, d'après Bonnet , Dieu a préposé une double série de causes ; l'une qui produit les effets ordinaires , connue le lever et le coucher du soleil , le mouvement des astres et les autres phénomènes qui se produisent dans le monde ; il a préparé une autre série de causes qui agissent sur les accessoires de telles personnes, de tels temps et de tels lieux , en dehors des lois ordinaires de la nature, causes qui ont été préparées par le même auteur. De là la série des causes V. g., qui ressuscitèrent Lazare d'entre les morts, avait été disposée, dés le principe, dans un tel ordre toutefois, que ces causes ne devaient agir qu'au moment où Jésus-Christ vieudrait vers le tombeau, et où il crierait : Lazare, sortez dehors. Quant à Houtteville , il pense que Dieu , dès le principe , a tout disposé de manière que tout se produit d'après les lois qui ont été établies dcuis le principe , soit les choses naturelles , soit celles qui pareiissent merveilleuses , et qui ne sont pas moins naturelles que les premières. Ceci prouve qu'en substance le sentiment de Charles Bonnet est le même que celui de Houtteville.

autre moyen de le définir. D'après eux , le miracle n*est qu'un événement extraordinaire et étonnant, produit par la combinaison et riiarmonie inconnue des lois de la nature. Tous pourtant ne rejettent et n'improuvent peut-être pas cette notion du miracle sans raison. Laissant à d'autres de juger ce qu'il faut en penser, nous estimons qu'elle n'est pas nécessaire pour réfuter Spinosa, bien qu'elle ait eu pour objet de le faire.

J'ai dit en outre : Si vous en exceptez certaines définitio7is fallacieuses , mises au jour pour tromper, et tout-à-fait particulières ; de ce genre est assurément celle de Loke (1) , qui définit le miracle : Une action sensible, qui surpasse l' intelligence des spectateurs , qui, d'après eux , est contraire au cours ordinaire de la nature, et qu'ils regardent comme une action divine; cette définition détruit la notion du miracle, puisque, d'après elle , le miracle n'aurait de force que d'après l'appréciation des spectateurs. On peut en dire autant des autres définitions de ce genre, qui sont plus ou moins vicieuses, et que nous ne discuterons point ici (2).

Donc, afin de ne donner lieu à aucune équivoque, nous voulons , pour que la définition du miracle soit exacte , que ce soit ime œuvre sensible, que ne puisse produire aucune cause créée , qui s'accomplisse en dehors des lois de la nature, et qui nous conduise aux choses de Dieu.

Nous renvoyons nos lecteurs, quant à la division du miracle, qui se tire de la substance du sujet et du mode; comme aussi pour celle qui se déduit de la manière dont il s'opère ; soit audessus, soit en dehors, soit contre les lois de la nature, au livre très-célèbre de Benoît XIV, intitulé : De la béatification et de la canonisation des saints (3).

Poursuivant la voie dans laquelle nous sommes entrés, nous dirons donc que, parmi nos adversaires, il y en a qui, avec Spinosa (4), nient la possibilité des miracles; d'autres qui, en

(1) Journal des savants , art. 9, année 1703.

(2) Consultez André Spagini, ouvr. cit., p. 2, art. 6, 7,' 8, où il expose avec soin plusieurs définitions du miracle, qui sont en partie fausses, imparfaites ou peu exactes.

(3) Liv. IV, p. 1 , c. 1 , et suiv. Consultez aussi Spagini , liv. cité , où il expose les diverses acceptions du mot miracle.

(4) Traité de tliôol. polit., c. 5. Parmi ceux qui ont adopté le sentiment de Spinosa, se trouve, dans ces derniers temps, le juif J. Salvandor; il émet son sentiment dans le livre qui a pour titre : Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreu, Paris, 1829, tom. I, ç. 218, etc.

admettant la possibilité des miracles , disent que les miracles ne sont pas une preuve certaine, infaillible de la révélation; ou que nous ne pouvons pas les distinguer sûrement des œuvres de la nature, ou des œuvres du démon, ou encore que nous ne pouvons pas leur donner notre assentiment à défaut de certitude historique. Nous devons ici faire deux choses : 1*^ nous devons établir la possibilité des miracles ; 2° qu'ils prouvent invinciblement la divinité de la révélation surnaturelle.

PREMIÈRE PROPOSITION

Les Miracles sont possibles.

Cela est certainement possible qui n'implique pas contradiction; or, la possibilité de faire des miracles n'implique pas contradiction de la part de Dieu; donc, les miracles sont possibles.

Car Dieu , qui a librement créé le monde , qui librement aussi lui a donné des lois , peut librement déroger aux lois qu'il lui a données ; mais là où il y a dérogation aux lois naturelles, là il y a miracle; donc, il en est surtout ainsi, parce qu'une dérogation de ce genre , qui a lieu dans le temps , n'entraîne avec elle aucun changement en Dieu , qui de toute éternité , lorsqu'il résolut de créer le monde, et qu'il décréta de lui donner dps lois générales , décréta en même temps des dérogations particulières à ces lois, afin de manifester par là sa gloire; Dieu, quand il change ses œuvres, ne change pas d'avis pour cela (1).

Il en est ainsi suivant notre manière de concevoir; mais si Ton considère la chose plus intimement et en soi, il en est tout autrement. Dieu, en effet, si nous voulons parler exactement, ne gouverne pas des genres ou des espèces, qui ne sont que des idées abstraites, il régit des individus, qui sont bien des réalités; il ne les régit pas par des lois universelles, qui pareillement n'existent que dans notre conception, et qui en sont sorties, ce qui fait que nous voyons Dieu gouverner telle classe d'individus d'une manière uniforme , pendant qu'il régit cliaque individu par une volonté particulière; ce qui fait que quand il décrète de telle planète, V. G. qu'elle s'arrête, il ne déroge pas aux lois qu'il a établies , il ne fait que décréter

(1) Saint Augustin , Gonfess., liv. I, c. 14.

que cette planète ne doit tourner tant de temps autour du soleil, et puisqu'elle doit s'arrêter; et qu'ensuite elle doit se mouvoir comme il convient. Il est évident, d'après cela, que l'on ne conçoit ici aucune dérogation aune loi générale naturelle; on peut en dire autant des autres. Donc, comme il n'y a, si on examine la chose en elle-même et dans sa nature, aucune loi naturelle universelle qui ait pour objet la direction des genres et des espèces, mais que chaque loi a plutôt pour objet les individus ; il s'ensuit qu'il n'y a pas de dérogation ou d'exception proprement dite; il n'y a qu'un acte très-simple de la volonté de Dieu qui fait que tel individu de la nature, dans telle circonstance , se trouve dans tel état plutôt que dans un autre ; par conséquent, ceux qui attaquent la possibilité des miracles pour cette cause là, font une fausse supposition et mesurent Dieu selon leur faiblesse.

Objections,

I. Ohj, 1 . Dieu ne peut pas faire des miracles sans changer lui-même. Les lois qui régissent le monde sont, en effet, des décrets de Dieu qui ne peuvent pas changer sans qu'il y ait changement en Dieu, ce qui est absurde. 2. Les miracles, au moins, dit Salvador (1), sont moins dignes de Dieu; pourquoi Dieu, en effet, n'aurait-il pas voulu, en établissant les lois générales du monde, qu'elles fussent si évidentes qu'elles atteignissent même les plus petites circonstances qui devaient en découler de ce monde? Autrement, 3. il faut dire de lui, qu'il a laissé parfois le prétexte de les renverser, ce qui est le propre des seuls législateurs ignorants qui, jouissant d'une perspicacité d'esprit et d'une puissance moins grandes , qui ne peuvent saisir la forme du gouvernement dans toutes ses phases, et qui , toutes les fois qu'il se présente de plus graves difficultés, sont obligés de recourir à des exceptions.

Rép. 1. iV". Quant à la preuve de cette même objection, les lois sont les décrets de Dieu, etc., ou je réponds négativement, puisque les lois ne sont que les effets des décrets divins, ou je distingue : elles sont les décrets mêmes de Dieu , qui ont pour objet soit les lois, soit les dérogations de ces mêmes lois, qui doivent avoir lieu dans le temps, C autrement, iV. que Ton se rappelle ici ce que nous avons dit dans la preuve ; et alors

(1) Ouvrage cité, ibid., et aill., passim,

on verra cpe l'objection de Spinosa est impossible, et qu'en outre saint Thomas l'avait prévue et réfutée longtemps à l'a- Tance (1).

Rep, 2. iV. Pour établir les lois, etc., D. Si Dieu ne s'était pas réservé certains faits moins communs , dont il se sert pour réveiller les esprits endormis , et qui se résument par les faits ordinaires , C. comme si Dieu n'avait pas prévu suffisamment les événements ordinaires et l'ordre naturel des choses créées, N, Dieu a certainement établi des lois universelles qui gouvernent le monde dans les cas ordinaires , mais sa volonté a aussi été de se réserver certains faits extraordinaires , afin de faire connaître plus clairement aux hommes son domaine souverain sur tout ce qui existe , de même que sa providence ; et surtout pour leur manifester d'une manière plus certaine la vérité de la rehgion qu'il a résolu de révéler ; c'est ce que nous démontrerons plus bas (2).

Rép. 3. D. S'il le faisait par nécessité , C. s'il le fait par un libre choix de sa volonté et pour une fin déterminée à l'avance. iV^. Ensuite je nie que Dieu renverse les lois qu'il a établies ;

(1) Voici les paroles de saint Thomas : (Nous devons dire que Dieu a réglé toutes choses, de manière qu'il s'est réservé le droit d'y déroger pour cause; ce qui fait que quand il y déroge il ne change pas.) p. 1, q. 105, art 6, à la 3. 11 tient le même langage ailleurs, surtout quest. 4, dis. des miracles, q. 6, art. 1, à la 6, et liv. III. Gont. les gent., c. 99 , n. 7.

(2) Saint Augustin, Trait, sur saint Jean, n. 1, a prévu et résolu cette objection : (Les miracles opérés par le Seigneur Jésus-Christ, sont certainement des œuvres divines qui avertissent l'esprit humain qu'il doit comprendre Dieu par les choses visibles ; car comme sa substance est telle , que nous ne pouvons pas la voir, et que les miracles par lesquels il gouverne le monde et toutes les créatures ont perdu de leur merveilleux par leur retour continuel, au point qu'il n'est presque personne qui daigoe remarquer les œuvres mer- „ veilleuses et étonnantes que Dieu opère dans chaque grain qui est confié à la |; terre ; aussi, par un acte miséricordieux de sa bonté, s'est-il réservé de faire, /: en temps opportun et contre le cours ordinaire de la nature , certaines choses t inusitées, propres à exciter l'admiration, bien qu'elles ne soient pas plus j grandes que celles que leur fréquence avait avilies. Gouverner le monde est x certainement un plus grand prodige que rassasier cinq mille hommes avec cinq pains; cependant personne n'admire cela, et les hommes admirent le dernier fait, non pas qu'il soit plus grand , mais parce qu'il est plus rare , etc.) D'après ce que vient de dire saint Augustin, on voit ce qu'il faut penser de l'opinion du rationaliste moderne , lorsqu'il dit ( que les miracles prouvent moins la majesté de la nature divine, que l'ordre de la nature, puisque nous n'admirons en eux ( qu'une espèce de force brutale ) , pendant qu'ici nous admirons la force qui imprime la puissance même aux choses abjectes , et la sagesse qui la leur dispense). C'est aussi le sentiment de Dioderlein, Instit. théol. chrét., vol. 1, p. G15. Avec quelle clarté et qu^e sagesse y sont énoncée» ces clioses et d'autres semblaJjlesl

lorsqu'il fait un miracle quelconque , il ne fait , ainsi que nous l'avons dit dans la preuve, qu'y déroger; encore ne déroget-il pas à toutes , mais bien à une loi particulière et pour un cas particulier. Dieu ôta au feu la puissance de brûler, pour qu'il ne consumât pas le buisson ; il ne renversa pas la loi , il n'ôta pas partout la propriété qu'a le feu de brûler ; on peut en dire autant des autres. Les incrédules font donc ici une équivoque en confondant toutes ces choses ensemble. Quand on confîr. il n appartient quaux législateurs ineptes y etc., B. Si Dieu opérait ces dérogations d'une manière inopinée, et par suite d'un événement imprévu, C. si au contraire il a voulu, pour arriver à ces fins , comprendre ces exceptions dans le système du monde , iV. ce qui fait que je nie la parité : un législateur incapable, en effet, am'ait recours à ces exceptions à défaut de science et de capacité , ce que Ton ne peut pas dire de Dieu, lui qui saisit tout en vertu d'une science indicible. Mais si les miracles sont des exceptions , sur quel abus de paroles repose encore l'équivoque ?

C'est pour ne pas nous écarter de la voie battue que nous avons réfuté ces objections; au reste, la force des preuves que nous avons apportée plus haut, détruit ces objections, si souvent répétées, et ne leur laisse pas même lieu d'être faite.

Ce que nous avons dit réduit aussi à néant les difficultés que nous opposent, avec tant de fracas , les rationalistes modernes avec Wegscheider (1), c'est-à-dire les incrédules, lorsqu'ils écrivent : ( ceux-ci , les surnaturalistes ) , admettent que Dieu gouverne toutes les choses humaines par un ordre naturel ; et , dès que cet ordre naturel ne suffit pas à l'accomplissement de sa volonté, ils veulent qu'il ait un moyen d'y remédier en faisant des miracles : quant à ceux-là ( les rationalistes ) , ils soutiennent que Dieu a disposé, de toute éternité, avec sagesse, que toutes les créatures suivraient, sans s'en écarter, les lois qu'il leur a données, de manière V. G. que les choses qui se sont accomplies depuis déjà des siècles, préparassent et produisissent ce qui arrive maintenant , et que les miracles , qui sont comme des intercallations , fussent complètement inutiles ; ils reconnaissent donc le gouvernement de la sagesse infinie de Dieu, qui embrasse tout dans sa sphère , et les choses les plus petites et les plus grandes, et les plus humbles elles plus élevées, et les plus

(1) Ouvrage cité, Prolég., c. 1, § 12, n. 3.

reculées et les récentes ; pendant que ceux-ci ( les surnaturalistes ) n'admettent la manifestation du Dieu suprême que dans chaque effet en particulier, et ils aiment mieux reconnaître ici ou là l'action efficace du Dieu tout-puissant; aussi peut-on la comparer à ces hommes des siècles barbares , qui étaient plus prompts à explorer la puissance souveraine et l'efficacité de la puissance divine, que sa sagesse. Placés sur leur trépied fatidique , tel est leur langage ; de sorte qu'il est difficile de dire ici ce qui l'emporte, ou de l'impiété sur l'ignorance , ou de l'ignorance sur l'impiété ; cependant leurs coryphées les vantent comme les seuls sages et les seuls savants.

On objecte, en second lieu, avec Spinosa : Le miracle est quelque chose qui surpasse les limites de nos connaissances , et qui nous fait connaître l'existence de Dieu ou de quelqu'un de ses attributs ; mais il n'est pas possible que ce qui dépasse nos connaissances nous conduise à la connaissance d'une autre chose ; car, par le fait même que cette chose dépasse nos connaissances , on ne peut rien en conclure ; donc le miracle est impossible (1).

Rép. D. La première partie cte la majeure; le miracle dépasse nos connaissances quant à la manière dont la puissance divine l'opère , C. quant à son existence , qui est le résultat de la puissance divine , iV. je nie aussi la mineure avec toutes ses preuves. Nous ferons connaître plus tard le moyen de distinguer les miracles des œuvres naturelles.

On objecte, en troisième lieu, avec un certain anonyme incrédule (2) : Les miracles sont, dans l'ordre naturel, ce que sont les mensonges dans l'ordre moral; car les miracles sont la violation de l'ordre naturel; or, il ne faut pas croire aux mensonges ; donc il ne faut pas croire aux miracles non plus,

Rép. N. Maj. Quant à la preuve : Les miracles sont la violation 4e l'ordre naturel, etc., où je nie, d'après ce qui a été dit, que les miracles soient une violation de l'ordre naturel , où je distingue ; ils sont une suspension de l'ordre physique , librement faite par Dieu. C. Ils en sont une violation proprement

(1) Il faut ici remarquer que les rationalistes, selon leur coutume , réchauffent en d'autres termes cette objection, lorsqu'ils disent : Si personne ne peut connaître pai- des signes certains ce mode d'agir (c'est-à-dire le miracle), il n'est pas apte non plus à faire connaître Dieu , car ce qui laisse l'homme dans l'incertitude , ne saurait jamais le persuader (ibid.). Rousseau avait déjà fait cettft objection; voyez Bergier, Traité hist., tom. V, § 14, c. 2.

(2) Dans le Journal littéraire de Pise , tom. V, art. 3, p. 83.

dite , comme le mensonge l'est pour l'ordre moral , N. Si l'on met de côté l'équivoque que fait naître ce mot violation, la puissance de l'argument s'évanouit, à ce titre, l'anonyme aurait aussi pu dire que les miracles sont des péchés, comme les mensonges en sont (1). Il s'ensuivrait que la violation de l'ordre moral emporterait une imperfection en Dieu , ce qui répugne à sa sainteté souveraine. Il est clair que par le mensonge il serait opposé a la vérité.

Inst. La raison des lois morales est la même que celle des lois physiques; or, celles-ci ne peuvent pas changer. Donc :

Rép. N. Maj. Et la parité; les premières , en effet, s'il y en a, dépendent de la volonté de Dieu; mais il n'en est pas de même des dernières , qui affectent les attributs même de Dieu : sa sainteté, sa justice, etc.

PROPOSITION IL

Les Miracles sont une note très-certaine pour reconnaître la révélation surnaturelle et divine.

Le miracle , d'après la définition que nous en avons donnée , ne peut être que l'œuvre de Dieu; donc, si Dieu opère des miracles en faveur d'une révélation proposée en son nom , ils ne peuvent pas ne pas être une note pour reconnaître la révélation surnaturelle et divine.

Dieu, en effet, est vérité ; il ne peut acquiescer ni à la fausseté ni à l'erreur; il ne peut pas sceller de son sceau l'erreur pour la confirmer, ou au moins permettre, s'il s'agit de l'œuvre du démon , qu'il opère des œuvres telles , que les hommes soient invinciblement précipités par ces œuvres dans l'erreur.

Dieu ne peut tromper les hommes , ni par lui-même ni par les autres; donc, si Dieu a adopté les miracles comme des signes par lesquels il manifeste la vérité de sa révélation divine et surnaturelle, il ne peut pas permettre que les démons accom-

(1) Les auteurs orthodoxes qui combattirent Benoit Spinosa , furent Dom Calmet, dans la dissertation sur les vrais et les faux miracles, qu'il a mise en tête de son Commentaire sur l'Exode ; Michel Vossor , avant son apostasie de la religion catholique, Vérit. relig., liv. II, c. 1; Fassouius, Des miracles; Hooke, Princip. relig., tom. III, Dissert, des mir.; Valsechius, Fondement de la rel., liv. II, 16, n. 8. Bergier, Traité hist. et dogm. de la vraie relig., tom. V. Parmi les hétérodoxes , il l'a surtout été par Bayle , dont les écrivains de Trév. rapportent la réfutation, 1743, art. 41, p. 1018; et Alphonse Kicolai S. S. liv. VII sur l'Exode.

plissent des œuvres telles, que la preuve tirée des miracles devienne douteuse , ou même que les hommes soient trompés de telle façon, qu'ils soient nécessairement entraînés dans l'erreur; soit encore, comme nous le dirons, parce qu'il a résolu de punir les méchants ou d'éprouver les bons. Ce serait cependant le seul cas où il pourrait y avoir une exception à la proposition que nous avons établie ; exception qui serait tirée du pouvoir des esprits mauvais, qui pourraient, par leur puissance naturelle, puisque nous ignorons jusqu'où elle s'étend, accomplir peut-être cpielques prodiges qui, au moins à nos yeux, auraient le caractère du miracle. Mais si l'on observe que cette puissance naturelle, quelle qu'elle soit, n'est pas libre, que l'exercice en est soumis aux ordres de la Providence divine, d'après ce que nous venons de dire, on ne peut pas arguer de là pour infirmer notre proposition.

Comme les objections que l'on a coutume de faire sur ce point se rattachent à quatre chefs principaux, pour éviter toute confusion, nous les exposerons distinctement et par partie.

Objections tirées de la raison.

Ohj. 1 . Personne n'a une notion parfaite des forces de la natm^e; donc, personne ne peut juger entre un fait naturel et im fait miraculeux; 2. souvent, en effet, nous jugeons à tort que la nature ne peut pas produire tel effet , ou qu'il est contraire à ses lois ; 3 . c'est ce qui peut surtout arriver aux hommes dont l'esprit n'a pas été cultivé , vu qu'ils ne sont pas capables d'en examiner de ce genre. 4. Donc, comme il reste toujours quelque espèce de doute dans la formation d'un jugement de ce genre , on ne peut pas dire que ce miracle est une marque très-certaine de la révélation divine , lorsqu'on s'en sert pour l'attester. Telles sont les raisons sur lesquelles s'appuient les anciens déistes, et auxquelles souscrivent Kant (1) et les rationalistes qui les développent plus amplement encore. 5. C'est, dit Kant , par un effet de l'arrogance de l'esprit humain , que l'on appelle faussement modestie , que , dès qu'il arrive quelque chose dans la nature que l'on ne peut pas immédiatement expliquer par les causes physiques et morales, qu'aussitôt, et sans hésiter, on l'attribue à la puissance de Dieu , qui interrompt les lois naturelles , ou à î'eificacité miraculeuse de son

(1) Leçons de métaxjhysique , p. 333, Leipsig, 1827.

action. 6. Mais il convient à un scrutateur modeste, dès qu'il ne découvre pas de prime-abord les causes natm^elles et intermédiaires d'un tel événement , d'attendre plutôt que le temps les fasse connaître que de se figm^er sans cesse des prodiges et des miracles , c'est-à-dire de rêver des événements opérés d'une manière sm^naturelle ; ce qui arrive d'autant plus fréquemment à l'homme, que son esprit est moins cultivé. 7. Il est dans la nature des choses certains événements dont les causes, de même que les raisons et les lois de la natm'e, desquelles ils dépendent, ne peuvent nous être complètement connues à cause de la faiblesse de notre esprit , ou parce que l'expérience ne nous en a pas suffîsannnent instruits, F. G. Le mystère de la génération. On ne peut pourtant pas en conclure que ces causes et ces lois n'existent pas , et que Dieu lui-même agit parfois sur le monde sensible sans l'intervention de causes intermédiaires, c'est-àdire d'une manière immédiate et surnaturelle. 8. Car, Dieu lui-même a établi les lois de la cognition humaine de telle façon, que tout ce qui arrive dans la natm'e des choses doit être rapporté aux causes et aux lois qui ont été établies dans cette même nature des choses , et qui ne l'ont été qu'après de mûres réflexions. 9. C'est en Dieu qu'il faut rechercher la cause première et souveraine des choses, de laquelle dépend la série continue de toutes les autres; 10. car il a disposé tout ce qui arrive de telle manière , que l'esprit humain peut rechercher et saisu" l'ordre et le nœud, causa, selon lequel elles ont été constituées. 1 1 . Ces choses étant ainsi établies , on est obligé de convenir que la toute-puissance de Dieu est supérieure aux lois de la nature , puisqu'elles viennent de lui ; cependant l'homme , qui est soumis aux lois innées de la pensée , ne peut comprendre la puissance et l'efficacité divines dans l'administration naturelle des choses, que par le nœud des causes et des événements , dont il a acquis la connaissance par Texpérience (1). Donc :

Rép, 1. B. D'une manière positive , et toutes les forces de la nature, C. négativement , au moins quant à celles d'après lesquelles on peut juger d'un miracle , N. Personne, assurément, ne possède une connaissance assez parfaite de toutes les forces de la nature pour pouvoir affirmer, sans crainte de se tromper, jusqu'à quel point elles sont efficaces. Mais aussi souvent

(2) WegscLeider, post. cit., § 2, n. [b).

rhomme peut connaître par l'expérience , soit qu'il soit instruit ou qu'il ne le soit pas , jusqu'à quel point elles ne peuvent pas aller. Nous allons ici nous appuyer sur un exemple concret, (devant lequel reculent toujours nos adversaires, afin de se cacher dans le dédale des abstractions); bien que nous avouons ne pas savoir jusqu'où s'étend l'art merveilleux de la médecine, nous savons pourtant, d'une manière certaine, qu'aucun médecin ne peut, par un seul acte de sa volonté ou d'un mot, guérir un malade, raffermir un os brisé, rappeler à la vie un homme mort depuis quatre jours, et dont le corps exhale déjà la puanteur ; si ces choses arrivaient, quel est celui qui douterait d'un miracle? Les déistes et les rationalistes eux-mêmes, renonçant à leurs abstractions et à leurs arguments entortillés , ne proclameraient-ils pas le mix^acle? Nous pourrions donc ici imiter l'exemple de celui qui , pour réfuter les arguments qu'on lui proposait contre le mouvement, se mit à marcher.

Rép, 2. D. Souvent, et à défaut d'examen, Tr, Toujours, et après un mûr examen, N. Que l'on se rappelle ce que nous avons dit un peu plus haut, et sur quoi personne ne peut facilement être trompé.

Rép. 3.2). Dans certains cas plus difficiles, 7>. Dans les cas relatés, iV. En outre, les ignorants devraient, s'il survient quelque événement tant soit peu compliqué , qu'ils ne peuvent apprécier, se soumettre au jugement des hommes sages. Nous ajoutons que Dieu se sert , pour attester la vérité de sa révélation , de miracles sur lesquels personne ne peut être trompé ; car c'est là le fait de sa providence. Les déistes se figurent ce qui n'a pas lieu.

Rép, 4. N. Que l'on se rappelle ici ce qui a été dit plus haut.

Rép. 5. i). Si l'esprit humain adoptait ce sentiment sans distinction et sans fondement, C. s'il ne le fait qu'en s'appuyant sur un fondement solide et des faits indubitables , N. il faut éviter ces deux extrêmes, la témérité et l'incrédulité. Nous aussi nous enseignons qu'il ne faut pas toujours prêter l'oreille aux choses que l'on donne pour des miracles ; il ne faut pas non plus, par excès de modestie , rejeter les miracles véritables, que l'on ne saurait attribuer aux lois physiques, tel V. G. que la résurrection de Lazare; s'il n'en était pas ainsi, c'est en vain que Jésus-Christ en aurait appelé aux miracles et aux œuvres qu'il opérait pour se concilier la croyance des Juifs. Or, les ra-

tionalistes, avec lescpiels nous discutons ici , admettent les Ecritures , bien que , comme nous le verrons , ils fassent de vains efforts pour ramener, par une interprétation forcée, aux lois de la nature, tous les prodiges qui y sont racontés.

Rép. 6. D. Si la nature d'un événement est telle qu'elle souffre et qu'elle demande une suspension de ce genre, C, si elle ne demande ni ne souffre une suspension de ce genre, N. il serait ridicule , en effet , à quelqu'un qui verrait un mort revenir à la vie , sur l'ordre d'une autre personne , de vouloir attendre de la nature et du temps , pour savoir s'ils peuvent rendre la vie à un mort avant d'ajouter foi à ce qu'il aurait vu. C'est à faux que nos adversaires supposent , ou au moins paraissent supposer, que les miracles s'opèrent comme les combinaisons chimiques, les phénomènes électriques ou magnétiques, où l'on peut trouver une cause physique pour les expliquer; mais les miracles que Dieu opère pour confirmer sa révélation ne sont pas tels qu'il faille suspendre son jugement comme pour les phénomènes précédents ; les ignorants eux-mêmes ne peuvent ni se tromper ni être trompés sur les miracles, surtout si on tient compte de tous les accessoires au milieu desquels ils s'opèrent.

Rép. 1 .D. Lorsqu'il arrive des événements de ce genre, l'esprit peut et doit , parfois , retenir son assentiment , C. Tous les événements sont de ce genre, N. Nous ne disconvenons pas qu'il y a des événements tels qu'il faut les examiner avec le plus grand soin , afin de pouvoir les juger ; mais nous nions qu'ils soient tous de ce genre , ainsi que nous l'avons prouvé précédemment. Nos adversaires pèchent donc, en ce qu'ils veulent étendre à tous les événements , ce qui ne s'applique qu'à un petit nombre de faits, desquels on doit juger par tout l'ensemble, comme aussi par les autres miracles , dont on ne peut douter, et desquels ces premiers événements reçoivent une grande force et une grande lumière.

Rép. 8. Z). S'il y en a de passés dans la nature des choses, C. s'il n'y en a pas , N. Mais , par le fait même que les miracles sont en dehors de l'ordre de toute nature créée , c'est en vain que nous chercherions dans la nature des choses ces causes et ces lois, comme le pensent les rationalistes, dont les arguments reposent sur un principe faux. Or Dieu, de leur propre aveu, a établi les lois de la connaissance humaine de telle façon, que tout ce qui arrive dans la nature des choses, on doit le rap-

58 TRAITÉ DE LA VFxAIE RELIGION. CHAP. III.

porter aux causes et aux lois qui ont été imprimées dans cette même nature des choses. Or, les miracles s'opèrent en dehors de la natui'e des choses, ainsi que nous l'avons dit.

iit^y. 9. i). G'est-à-dire , tout a été disposé par la sagesse di'sdne , dès l'éternité , de manière à tendre avec ordre , et par une série continuelle d'événements , à sa fin , et cela indépendamment de la série des causes naturelles, C. Dans la série elle-même des choses naturelles , de manière que tout en dépend entièrement , N. La réponse est claire , d'après ce que nous avons dit.

Rép, 10. D. D'après les raisons données plus haut, C, autrement, N,

jRép. 11. D. C'est-à-dire, l'homme ne peut pas comprendre la manière dont la puissance et l'efficacité divine opèrent les miracles , de même qu'elle ne peut pas comprendre la manière dont cette même efficacité divine produit les événements de l'ordre naturel , C. Il ne peut pas juger si un événement sort des lois ordinaires de la Providence , et par conséquent il ne peut pas juger d'un vrai miracle , N. Quant à ce qu'ils ajoutent, relativement au nœud des causes et des effets , que Ton connaît par l'expérience des sens , on ne doit pas l'étendre au-delà des bornes naturelles; par conséquent, on ne doit pas l'étendre aux choses qui sont en dehors de ce nœud, et que Dieu a étabhes dans un autre ordre.

Objection tii^ée de la puissance des démons (1).

Obj. 1. Les démons peuvent opérer des merveilles nombreuses, qui sont ou des miracles, ou au moins l'équivalent

(1) Comme un anonyme, censurant le passage de Wegscheider, dans le Journal allemand de théologie, lui disait (que « Dieu, en révélant, exerce » immédiatement sa puissance sur la raison humaine , et que, par conséquent, » elle n'est point soumise aux lois de la causalité , mais qu'elle esi une puis- » sance lihre qui agit spontanément (que ces paroles sont obscures et incon- » venantes) , » l'auteur en question lui répond : « Cet écrivain a oublié les » lois auxquelles l'esprit humain est soumis; le seul moyen pour lui d'ac- » quérir la cormaissance des choses divines , et d'atteindre un haut degré de » culture , c'est de cultiver parfaitement chacune des facultés de son âme , soit » par l'intuition ou l'enseignement de la nature, soit par la méditation et l'ab- » straction. Et la persuasion de ces mystiques met en outre , par un certain » commerce , les hommes dans un rapport immédiat avec Dieu. » Cette réponse, fausse sous jjlusieurs rapports, est encore plus obscure que l'attaque. La religion est faite pour tout le monde , et par conséquent elle est faite aussi pour les ignorants, dont les facultés intellectuelles ne sont pas parfaitement cultivées; il est faux que l'homme ne puisse acquérir la connaissance dea

DES CARACTÈRES DE LA RÈ\-ÉLATION. 59

des miracles, quant à l'effet. 2. iSous serons au moins toujours incertains, s'il faut attribuer à la puissance di\-ine ou à l'action diabolique ce que nous regardons comme des mii-acles , et c[ui dépasse les forces de la natiure telles que nous les connaissons. 3. Mais, dans un tel doute, il faudrait examiner d'abord Texcellence de la doctrine , avant de porter son jugement sur l'auteur du miracle, i. Mais tous les bommes ne sont pas aptes àseli\Ter à cet examen, 5. surtout quand il s'agit d'une doctrine indifférente et qui dépasse les bmites de l'intelligence des bommes ; le miracle alors ne peut pas être une marque de la révélation divine , par laquelle 6 . on de\Tait connaître si le miracle est une œu"VTe di\'ine. Donc :

Rép. 1. D. Pai' eux-mêmes, Tr. Ils en font réellement de tels, qu'il ne reste aucun moyen de distinguer les œu^Tes du démoa des miracles de Dieu , lorsqu'il y a nécessité , et eu égard à la divine Pro\idence , N. Qu'on se rappelle ce que nous avons dit plus baut.

Bép. 2. iV. Si les miracles s'opèrent pour confirmer ime doctrine qui produit les biens temporel et spirituel de l'bomme et la gloire de Dieu , il est évident que ces œuvres ne viennent pas du démon, qui est l'ennemi déclaré de l'un et de l'autre. Il faut examiner, en outre , les qualités morales de celui qui les opère : la fin pour laip.ielle il les opère, et les accessoires qui les accompagnent.

Bép, 3. i). n faudrait procéder à un examen général de la bonté de la doctrine , en tant qu'elle n'est pas évidemment contraire à la gloire de Dieu et à l'utilité de l'bomme, C. Il faudrait avoii' recours à im examen anahiicpie et particulier de la bouté de la doctrine , iV. Or, tout bomme ignorant et bai'bare est apte à faire un tel examen. Quoique nous ne dewns jamais perdre de vue ce que nous avons dit des attributs moraux de Dieu , qui font cpie nous sommes certains cpi'il ne souffrira jamais que le démon contrefasse ces cemTes , de manière qu'on ne puisse pas facilement les distinguer ou cpie même il ne lui est donné en aucune manière de les imiter dans certaines occasions.

Bép. 4. Z). De la manière exposée, JW autrement, T/\ Qu'on se rappelle ce que nous venons de dire.

choses divines que par Y intuition et réducation do la nature, ou Yabs'raction. Ceci a trait au mysticisme fanatique qui s'est récemment introduit parmi les protestants d'Allemasme ; c'est à eux d'y répondre; quant à nous, nous n'avon» que faire de nous occuper de telles aberrations.

Rép. 5. i). Alors, comme le prouve ce que nous avons dit, Dieu ne permettrait pas de telles œuvres, C, Il les permettrait, N. S'il n'en était pas ainsi, il ne resterait aucun moyen de de discerner la vérité de l'erreur, par le fait même qu'il s'agirait d'une doctrine qui surpasse la perspicacité de l'esprit

Rép. 6. N. Mais, en admettant même la bonté de la doctrine , de laquelle il serait encore permis de douter si elle est divine ou humaine, le miracle est ici comme le sceau de la Divinité (1).

hist. L'Ecriture elle-même attribue ce pouvoir au démon; il est écrit, Deut., c. XIII, 2 : S'il s élève parmi vous unproj)hète, ou quelquun qui dise avoir eu un songe , et qu il prédise, ou, selon l'hébreu, qu'il fasse un prodige; et que ce qu'il a prédit s'accomplisse, et qu il vous dise : Allons, suivons les

dieux étrangers, n'écoutez pas les paroles de ce prophète

ou songeur, parce que c'est une tentation de Dieu. Jésus-Christ dit aussi , dans le Nouv. Testam. : Il s'élèvera de faux christs et de faux prophètes ; ils fei^ont des signes et des prodiges merveilleux, de manière à induire en erreur même les justes, si la chose était possible. L'Apôtre dit aussi, Thess. II, c. lï, 9, en parlant de l'homme du péché : Cet impie viendra avec la puissance de satan, accompagné de toutes espèces de prodiges et de signes trompeurs. On lit aussi dans l'Apocalypse, chap. XIU, \. \iy \4t \ Et il a fait des prodiges étonnants , tels même que de faire descendre le feu du ciel sur la terre; et il a séduit ceux qui habitaient sur la terre , par les prodiges qu'il lui a été donné de faire en présence de la bête. On y lit encore, c. XVI, 14 : Ce sont les esprits des démons qui font des prodiges et qui vont vers les rois de toute la terre. Nous omettons encore une foule d'autres passages semblables. Donc (2) :

Rép. D. A. C'est-à-dire, l'Ecriture atteste que, parfois, et avec

(1) Od peut consulter Origène, dans son livre contre Celse, liv. II, n. 51. Dans cet ouvrage il conclut avec raison que, puisqu'il y a des prestiges, il doit y avoir nécessairement, dans la vie présente, des prodiges opérés par la puissance divine. Nous ne citerons point ici le texte d'Origène ; chacun peut le voir tout au long dans la réfutation de Celse par Origine : elle est reproduite en entier dans la Collection des démonstrations, publiée par l'abbé Aligne ; on ne peut que gagner à la lire. N. T.

(2) Nous ne reproduisons pas ici les passages grecs ou hébreux qui sont rapportés dans les objections , non plus que les explications qui eu ont été données par les divers interprètes. On peut, à ce sujet, consulter avec prollt Corneille à la Pierre, dernière édition, Lyon; Dom Galmet, etc.. Mais l'explication donnée par l'auteur nous paraît suffisante. N. T.

la permission de DieUj, les démons peuvent faire des miracles, soit pour éprouver les bons , soit pour châtier les méchants et pour confirmer l'erreur, de manière qu'il n'y ait aucun moyen de distinguer l'auteur de ces prodiges, N. autrement, Tr. La plupart des interprètes nient , en effet , que dans les passages cités il s'agisse de miracles proprement dits, comme le démontrent les paroles citées, de saint Paul, qui les appelle des signes mensongers ou des mensonges , et comme l'indique le texte grec. Mais en admettant même que pour nous il s'agisse de véritables miracles dans les textes cités. Dieu fera toujours en sorte que l'erreur ne soit pas inévitable , soit en leur opposant d'autres miracles plus éclatants , soit en leur enlevant toute leur puissance , ou plutôt en mettant des obstacles à lem* accomplissement ; ou même il fera briller la vérité , pour confondre ces ministres de l'erreur, comme il le fit pour les Mages en présence de Pharaon; car les Mages ne purent pas faire sortir de sauterelles de la poussière ; aussi furent-ils obhgés de s'écrier : Le doigt de Dieu est là [\)', c'est aussi ce qui arriva aux faux prêtres de Baal, en présence de tout le peuple d'Israël (2). C'est aussi ce qui arrivera à la fin du monde aux faux prophètes qui combattront la religion; surtout si nous faisons attention que Jésus-Christ, en prédisant ces prodiges, leur a enlevé toute leur puissance. Ils seront pour Dieu un sujet de gloire , pour les justes une source de mérites , pour les méchants une cause d'aveuglement. Ce qui précède indique ce qu'il faut répondre aux passages objectés , comme aussi à ceux du même genre, que l'on pourrait objecter (3).

Objections tirées de ïhistoire.

n n'est pas de religion qui n'apporte quelque miracle à son appui. Ce sont de vrais miracles, assurément, que rendre la vue aux aveugles , ressusciter les morts , guérir subitement les malades , porter de Feau dans un crible , traîner un énorme vaisseau attaché à la ceinture, couper un caillou avec un rasoir, et autres choses du même genre; or, Vespasien et Adrien, entre autres, ont opéré le premier de ces prodiges,

(1) Exode,ch. VIII, V. 19.

(2) III liv. des Rois , c. 18.

(3) On peut consulter les Conf. de Tossoni , sur la religion , tom. 1 . 2. 34 , j). 183. Pascal, Pensées sur la religion, c. 18, n. 2.

au rapport de Tacite (1), de Suétone (2) et de Spartianus (3); Escuiape a opéré l'autre , lui qui , au rapport de Diodore de Sicile (4), ressuscita Androgé, îils deMinos, et Hippolyte, fils de Thésée; Isis, sans compter Escuiape, opérait le troisième dans les divers temples qui lui étaient dédiés ; c'est ce que nous atteste le même écrivain (5). La vestale Tucia, au rapport de Valère Maxime, opéra le quatrième (6). La vestale Claudie fit le cinquième, comme le raconte Livius (7) ; Actius Navius fit le sixième, au rapport du même Livius (8). Donc il faut dire de toutes les religions qu'elles sont divines , ou que le miracle n'a aucune force pour étal)lir la divinité d'une religion quelconque.

Rép. D. A, Il n'est pas de religion qui n'ait des miracles , vrais ou faux, pour confirmer sa vérité. Des miracles vrais, ou je le nie, ou je subdistingue; des miracles opérés pour confirmer une puissance quelconque, Tr. pour confirmer l'erreur. N. Quant à la preuve : Ce sont de vrais miracles, assurément, etc., Z). Les hommes sages tiennent ces faits pour des fables , parce que si on les soumet aux règles de la critique , on reconnaît qu'ils sont ou exagérés ou faux , ou au moins suspects, (7. On reconnaît qu'ils sont vrais, et qu'ils ont été opérés pour confirmer l'erreur, iV. Et d'abord les faits rapportés sont dénués de fondement historique. Aucun des historiens qui les rapporte n'en fut le témoin oculaire ; ils ne les rapportent que sur une rumeur vague; de plus, TuUius s'en moque (9), et Lucius en rit (10) ; ils attribuent la plupart de ces choses aux supercheries des prêtres (11). On ne rapporte, en outre, aucun

(1) Histoire , liv. IV, n. 81.

(2) Sur Vespasien, n. 7.

(3) Hist., Aug., sur Adrien, n. 25-

(4) Bible hist., liv. IV, p. 189, édit, de Henri Steph.

(5) Ibid., p. 189.

(6) Liv. VIII, c. 1, n. S.

(7) Liv. XXIX, n. 38.

(8) Uv. I, c. 36.

(9) Des choses divines, liv. Il, c. 38. Mettez de côté (tel était le langage qu'il tenait à son frère Quintus, le bâton recourbé de Romulus qui, d'après vous, ne put pas être consumé dans un violent iucendie; ne faites aucun cas du caillou d'Actius Navius ; la philosophie ne doit faire aucun cas des fables mensongères).

(10) Dans le Dialog,, Jnpiter réfuté, et Jupiter tragédien.

(11) Valère Max., dit, liv. I, c. 8, n. 6 : (Je ne tairai point que le mouvement et la voix des dieux immortels, que perçoivent les yeux et les oreilles

de ces faits qui ait été directement opéré pour justifier une fausse religion , qui ne puisse , pour la plus grande partie , s'expliquer naturellement (1).

II. Obj. 1 . Plusieurs héréticpies ont opéré des miracles, tel que Paul, novatien, qui, au rapport de Socrate (2), préserva, par ses prières , l'église desnovatiens d'un incendie, et qui fit écolier à plusieurs reprises l'eau du baptistère , pour découvrir la supercherie d'un juif, qui venait, dans de mauvaises intentions, demander le baptême. Socrate et Sozomène rapportent aussi, d'un homme surnommé Eutychès , de la secte des novatiens , qu'il guérissait les malades, et que les merveilles qu'U opérait, et qui mettaient en relief la vertu qu'il pratiquait , firent qu'il devint l'ami et le familier de Constantin (3). 2. Tertullien tient

des hommes, ne sont qu'une opinion peu fondée qui repose sur une fausse appréciation). Quint-Curce dit aussi, liv. IX, c. 1, vers la fin. (A la vérité, je rapporte plusieurs choses que je crois; car je ne saurais affirmer ce dont je doute, ni taire ce que j'ai reçu.) On trouve souvent de semblables aveux dans Tite-Live; dans Dèce, I, liv. I; dans Plutarque, Vie de Romulus.

(1) A Rabylone , et peut-être dans d'autres pays aussi, on exposait les malades sur les voies publiques, pour qu'ils apprissent des passants et qu'ils reçussent de ceux qui avaient été atteints de la même maladie , les remèdes qui les avaient guéris. Les Egyptiens transportaient les malades dans le temple de Sérapis, et les Grecs dans celui d'Esculape; ils conservaient écrits, dans ces mêmes temples , les moyens par lesquels ils avaient été guéris. La connaissance que donnait de ses remèdes l'expérience, fit que, par la suite, l'art de guérir devint une science dans l'Egypte d'abord, et par la suite dans la Grèce, etc.. Chez les Hébreux comme chez les Egyptiens, les prêtres exercèrent la médecine; c'est ce que dit Jéhu, auteur peu suspect à nos adversaires, Archéol., § 122, 2e édit. C'est de là que vinrent les fictions mythologiques de guérisons opérées par Esculape et Isis, etc.; et; ceci se rattache aux principes de nos adversaires; nous ne devons pas omettre de dire que c'est à faux que l'on avance de Diodore de Sicile qu'il rapporte , dans le passage cité, la résurrection d'un mort, opérée par Esculape ou par tout autre. Oa peut en dire autant des prodiges de Vespasien et d'Adrien; car Spartianua rapporte que Marins Max. les raconte comme des fictions, et Tacite donne assez à entendre qu'ils ont été inventés pour encenser Vespasien. On peut consulter sur ce point Aug. Reiunann, Disc, sur les mir. de Vespasien, etc., tom. II, p. 427. Jean Clerc, Hist. eccl. des deux premiers siècles, année 138. Jacques Serces , Traité des miracles, p. 276. Mosheim, dans Curvorth, tom. II, p. 162, Lyon, Batav., 1772; les observations de Grotius, dans son livre de la vraie religion chrétienne, liv. IV, n. 8, sur les faits prodigieux attribués à Apollonius de Tyanes et à Philostrate , environ deux siècles après leur mort , et rapportés par Apuleius , dans son Ane d'or. On peut aussi consulter Huet, Démonst. évang., prop. 9. Orsi, Histoire eccl., liv. I, n. 69, et liv. Il, n. 22; la Dissert, de Dapin, sur l'Histoire d'Apollonius, convainciA de fausseté.

(2) Socrate, Hist. eccl., liv. VH, c. 17.

(3) Socrate, liv. I, c. 13; Sozom., liv. I, c. 14.

64 TRAITÉ DE LA VRAIE RËLïGIONi CHAP* Illi

pour une chose certaine que cela peut avoir lieu (1)* 3* Sâiiit Augustin surtout est de cet avis , lui qui affirmait qu'il ne fallait pas juger de la vérité par les miracles que rapportaient lêS donatistes , mais bien par les notes de la véritable Eglise (2). 4. Enfin, ce qui fait disparaître toute espèce de doute, ce sont les miracles opérés au tombeau du diacre Paris , hérétique janséniste, et appelant, dont quelques-uns furent approuvés par des décrets des évêques d' Autun et de Montpellier ; et que le conseiller de la cour suprême de Paris, Montgeron, a tous vengés des attaques dirigées contre eux , dans son ouvrage en trois volumes , écrit en français , et qui a poiu? titre : Yérité des miracles opérés par l'intercession du diacre Paris et des autres appelants, édité partie en 1717, partie en 1747. Donc :

Rép. 1. N. Sans nous arrêter aux autres preuves, Joseph Bingham, l'un d'entre eux, avoue ingénuement et prouve abondamment que les hérétiques n'ont jamais fait aucun miracle (3), bien que quelques-uns d'entre eux l'aient fermement votdu, mais en vain : en eux , en effet , s'est accompli à la lettre ce que dit Tertullien (4) dans sa comparaison des apôtres avec les hérétiques : Ce qui me fait surtout reconnaître la puissance par laquelle les hérétiques cherchent méchamment à rivaliser avec les apôtres, c'est que ceux-ci rendaient les morts à la vie, et que ceux-là donnent la mort aux vivants. C'est pour cela que les derniers protestants surtout attaquent tous les miracles. Ici nous devons nous rappeler la fable du renard, qui ne peut pas atteindre le raisin, et qui dit qu'il est trop vert. Quant à la preuve, Paul, novatien, etc., D. Ces prodiges, attribués à Paul, novatien , comme ceux attribués à Euty chien, sont ou faux ou douteux , et manquent de fondement historique, C. Ils sont vrais et certains, N. Socrate et Sozomène les rapportent, en effet, d'après une rumeur sans fondement; d'ailleurs on ne

(1) Liv. des Prescriptions, c. 44.

(2) Liv. de l'Unité de l'Eglise, c. 18, n. 47, édit. Paris; Bénéd., ailleurs, c. 16.

(3) Origines de l'antiquité eccl., liv. XVI, c. 5, § 7.

(4) Liv. Prescript., c. 30. Consultez Pamelius, qui observe ici, d'après le récit de Jérôme Balsec , témoin oculaire , que ce fait s'est réalisé à la lettre dans la pprsonne de Calvin. Il rapporte , dans la Vie de Calvin , que voulant ressusciter un certain Bruleus, auquel il avait persuadé, pour de l'argent, de £air3 le mort , il le trouva véritablement mort. Le cardinal Gotti venge cette histoire des dénégations des hérétiques. De l'Eglise, tom. I, c. 2, § 6; Ménochius l'expose plus au long encore, d'après la vie de Calvm, écrite par le docteur de Sorbonne Lainger; Stuore , part. 3, c. 8; on peut encore voir Spagini, ouv. cit., p. 3, prop. 2, art. 1.

peut nullement croire ces auteurs en ce point, parce qu'ils sont entièrement dévoués à la faction des novatiens, et ils mentent l'im et l'autre sur plusieurs points (1). Ajoutez que Socrate, où Sozomène a puisé en grande partie son histoire, ainsi que presque tout ce qu'il dit des novatiens , avoue qu'il Fa appris d'un prêtre novatien nommé Auxence.

Rép. 2. Ou je nie ou je distingue : les miracles tels que les hérétiques se vantaient d'en faire, C, de véritables miracles, des miracles proprement dits , N. En effet , Tertullien , dans le passage cité , dit ironiquement que les hérétiques diront, pour leur excuse, au jour du jugement : Que la grande autorité de chaque docteur hérétique les a surtout confirmés dans la croyance à ses enseignements; qu'ils ont ressuscité des morts, guéri les malades , prédit l'avenir, de manière quon les crut comme de vrais apôtres. Il n'admet assurément pas cela; mais dans l'hypothèse même cpie les hérétiques eussent opéré ces prodiges , il affirme que cela ne les excuserait pas , ajoutant : Comme siln était pas écrit cpiil en viendra plusieurs qui opé~ feront de grands prodiges, pour étayer la fausseté de leurs prédications mensongères. Les paroles de Tertullien , que nous avons citées , montrent ce cpi'il pensait du pouvoir qu'ont les hérétiques de faire des miracles (2).

Rép. 3. D. Comme si saint Augustin tenait pour de vrais miracles ceux dont les donatistes se glorifiaient, N. autrement, Tr. Mais en supposant même , sans l'accorder, que ce fut là de vrais miracles , il voulait qu'en mettant de côté toute espèce de discussion sur les miracles , on tranchât en peu de mots la question par les caractères de l'Eglise. Ce n est pas par des signes et des prodiges fallacieux, contre lesquels nous a précautionné et préparé la parole du Seigneur. Il les compare ailleurs à ceux de Simon le Magicien et des Mages de Pharaon (3).

Rép, i. D, Des miracles simulés, ou qui n'ont rien de sur-

(1) Saint Grégoire-le-Grand , liv. VIT, ép. 34. Ailleurs, 31e édit., Bénéd. dit, en parlant de l'Histoire de Sozomène : « Le saint Siège refuse l'Histoire de Sozomène, parce qu'elle renferme beaucoup de mensonges, qu'elle loue trop ouvertement Théodore de Mopsueste, et qu'elle soutient qu'il fut, jusqu'à sa mort, un grand docteur de l'Eglise. » On peut aussi appliquer ceci à Socrate, surtout pour ce qui est des novatiens.

(2) Prescript. c. 30, vers la jBn; Cours complet de théol., vol. 1.

(1) Traité 13, sur saint Jean, n. 17, où il dit, entre autres choses : « Que personne ne vous vende des fables; premièrement, ou ils sont trompés (les donatistes) , ou ils trompent, etc. »

naturel, C. des miracles proprement dits, N. Tel est le sentiment de Lafitaii (1), de Bergier (2) et de plusieurs autres, qui les ont discutés ; parmi eux se trouvent Louis La Taste , qui a démontré dans ses Lettres théologiques , par des documents authentiques et légaux , que tous les miracles vantés par les jansénistes ne sont que des impostures ; et Jean-Joseph Languet, que Benoît XIY (3) appelle un homme très-savant et dévc^é die zèle pastoral, et qui, lorsqu'il était archevêque de Sens^, puhlia en 1734, sur ces miracles, une lettre pastorale où il démontre clairement et abondamment que ceux qu'ils soutenaient avec le plus de force , et donnaient avec le plus de confiance, sont entièrement faux, soit du côté de la maladie, soit du côté de la santé , des témoins , ou même de tous les côtés en même temps ; ce qu'avait fait aussi l'archevêque de Paris. C'est pourquoi il y eut non-seulement certains protestants, tels que Devaux et Campbell (4), qui s'en moquèrent; mais les jansénistes eux-mêmes aujourd'hui y renoncent. Certes, les agitations indécentes du corps entier et les actions honteuses auxquelles se livraient quelques-uns de ceux qui étaient pris de convulsions devant ce tombeau , disent assez ce qu'il faut penser de ces miracles. Les évêques d'Autun et de Montpellier appartenaient à la même secte, ainsi que Montgeron (5) ; ils ne sont par conséquent d'aucun poids en cette circonstance.

Maintenant, pour couronner ce que nous avons à dire sur les miracles que l'on dit avoir été opérés par les hérétiques, nous ajoutons : ou ces miracles viennent de Dieu, et alors ils n'ont pas été faits pour confirmer l'erreur, comme nous l'avons démontré; ou ils sont l'œuvre du démon, et alors, comme le démon est soumis à la Providence divine , Dieu ne les permettra jamais sans donner le moyen d'éviter l'erreur, et nous pourrions, pour le prouver, citer une foule d'exemples que l'on peut voir dans Baronius (6). Ainsi s'évanouissent toutes les embûches.

(1) ITistoire de la constit. Unigonitns, liv. VI, édit. an. 1731.

(2) Réfut. de l'examen, p. 1, c. 6, n. 3.

(3) Des fêtes, liv. I, c. 5, n. 5.

(4) Dissert, sur les miracl., p. 1, sect. 5; voir Spagni, passage cité.

(5) Consultez l'aut. du Diction, des auteurs eccl., art. Caylus etGolbert,bien f[u'il ait été leur fauteur; consultez aussi l'ouvrage intitulé Réalité du projet de Bourg-Fontaine; et lienoît XIV, de la Canon, des saints, passage cité, c. 7, n. 20.

(G) Annal, ceci., année 484. On peut, à l'égard de Sozomène et de Socrate,

Objections twées du défaut de certitude.

Lorsque je n'ai pas vu les miracles par moi-même , je suis obligé d'y croire sur le témoignage des autres ; or, ce n'est pas un motif suffisant pour moi de reconnaître la vérité de la révélation. Je ne suis jamais certain, en effet, que tous les témoins des temps passés , qui rapportent ces miracles , n'ont pas été trompés ou n'ont pas voulu tromper. Donc le miracle ne peut pas être une preuve péremptoire de la vérité de la révélation (1). Certes, quelle est la raison pour lacpielle on m'accuserait d'imprudence, si je ne crois pas ce que je n'ai pas vu.

Réponse générale. Donc il ne faudrait tenir aucun compte de la certitude liistorique et morale ; tel cependant n'est pas le sentiment de nos adversaires. Si pourtant les arguments de ce genre et autres semblables avaient quelque valeur, ils bouleverseraient et anéantiraient la certitude morale et historique, et Ton n'aurait aucune certitude sur ce qui s'est passé dans les temps anciens, et que nous raconte l'histoire (2).

Rép. 1 . Ou A^. ou Z). Si les témoins ne sont pas aptes à attester ce qu'ils rapportent, C. autrement, iV. La critique nous apprend quelles sont les marques auxquelles on reconnaît les témoins auxquels il faut ajouter foi; les unes concernent l'intelligence, ce qui fait qu'ils n'ont pas pu être trompés; les autres concernent la volonté, par laquelle ils n'ont pas voulu tro'iiper (3).

Rép. 2. iV. Comme les hommes qui ont vécu avant nous étaient doués des mêmes facultés que nous , nous devons présumer qu'ils ont fait ce que nous eussions fait nous-mêmes si nous nous fussions trouvés dans les mêmes circonstances. Si F. G. nous entendions dire qu'un homme a été ressuscité, comment nous conduirions-nous? Nous soumettrions tout à l'examen le plus minutieux ; si celui que l'on dit avoir été ressuscité était réellement mort, quand et par qui il a été ressuscité, de quelle manière, etc. On peut en dire autant pour un aveugle-né qui a recouvré la vue et des autres faits de ce genre,

consulter Fleury, Hist. eccl., liv. XXVI; Ceillier, tom. XIIT des auteurs ecclés., p. 68G. Sur les miracl. des hérét. en général, lisez le P. Marace; la Doctrine des Pères et de l'Ecritiu-e , sur les guérisons miraculeuses , p. 2.

(1) Tel est l'argument apporté par Rousseau , dans son Emile , tom. ilL

(2) Consultez Riiffini, Réflexions critiques, etc., p. 176, n. 12.

(3) Consultez Speclialeri, contre Gibbon, p. IGoj^S, § 5, n. 13.

surtout s'ils avaient été opérés pour confirmer une doctrine quelconque ; car ces choses , de leur nature , portent les hommes à des recherches de ce genre , et on peut facilement les examiner et les connaître. Donc on doit se persuader que nos pères ont agi de la sorte, à moins que nous ne supposions qu'ils furent des hommes ineptes et stupides, d'une nature et d'un caractère différents de celui des hommes d'aujourd'hui ; ce que l'impudence la plus éhontée seule peut penser.

I. Inst. La preuve qui ne repose que sur le témoignage des hommes ne produit qu'une évidence morale; donc elle ne saurait obtenir l'assentiment de l'intellect ; car la certitude morale n'exclut pas la possibilité du contraire. C'est pourquoi, bien que plusieurs hommes attestent qu'un événement quelconque a eu lieu, il est toujours possible , absolument parlant, ou qu'ils trompent ou qu'ils aient été trompés ; donc l'évidence morale n'exclut pas toute espèce de doute. Par conséquent, comme on ne peut avoir pour les miracles qui attestent la révélation divine qu'une évidence morale , il est démontré qu'elle ne peut pas nous conduire sûrement à la connaissance de la révélation divine.

Rép, C. il. n s'agit ici d'un fait, et les faits ne se prouvent pas par des raisonnements métaphysiques. Mais je iV. la conséquence; car l'évidence morale repose sur des principes qui, dans leur genre, ne sont pas moins évidents que ceux sur lesquels repose la démonstration mathématique. Ainsi, ces principes : La société humaine ne peut pas exister sans que les hommes aient foi les uns aux autres. Les hommes des générations passées ne furent ni tous stupides ni tous privés de raison, surtout pour les choses qui les concernaient , ou tous autres principes du même genre , qui ne sont pas moins évidents que celui-ci : Si vous retranchez une quantité égale de deux choses égales, les choses qui restent seront encore égales. C'est, en effet, une chose que l'on ne peut nier sans s'élever contre l'évidence et contre le sens intime. Or, pareillement on ne peut nier les principes moraux précédemment énoncés ; donc, si les principes moraux produisent une évidence qui, dans son genre , est semblable à l'évidence mathématique , les conclusions qu'on en déduit légitimement doivent être également certaines, bien que les démonstrations ne soient pas de la même nature ; et celui qui nierait l'un ou l'autre serait également insensé.

Je conviens, de plus, qu'il y a cette différence entre la dé-

monstration mathématique et la démonstration morale ; c'est que celle-ci prouve qu'une chose ne peut avoir lieu autrement, pendant que celle-là prouve qu'elle ne s'est pas faite de la même manière ; je nie , néanmoins , que ceci enlève à l'évidence de la vérité morale quelque chose de sa force. Car, de ce qu'une chose a pu ne pas avoir lieu , il n'est pas démontré qu'elle n'a pas eu heu; on ne demande pas si une chose a pu avoir lieu, mais bien si la chose cpii a pu exister a jéellement existé. Ceci peut être très-vrai , bien que la chose ait pu ne pas exister. Prenons-en pour exemple le soleil, qui s'est levé hier matin ou qui se lèvera le matin suivant ; les sensations par lesquelles l'âme perçoit l'existence des corps, quoique ces sensations puissent, absolument parlant, avoir heu, quand même les corps n'existeraient pas ; on tiendrait cependant pour un fou celui qui nierait l'une ou l'autre de ces choses ; parce qu'il peut se faire que le soleil ne se soit pas levé hier ou qu'il ne se lève pas demain matin, ou que les corps ont pu ne pas exister (1).

II. Inst. Dès que deux choses opposées sont revêtues de la même évidence morale , la prudence et le sens commun veulent que nous donnions notre assentiment à celles qui sont revêtues d'une plus grande évidence; mais en accordant même que l'évidence morale résulte de l'autorité de témoins dignes de foi , constatant la résurrection d'un mort opérée autrefois au gré d'un homme , on ne peut certainement pas nier que l'expérience continue de tous les hommes, qui constate que les morts ne ressuscitent pas , ne soit revêtue d'un plus haut degré d'évidence; or, entre ces deux propositions morales certaines, je dois suivre celle qui repose sur une plus grande évidence. Donc, contraint de choisir entre l'ime ou l'autre de ces propositions, je dois croire que les morts ne ressuscitent pas , et qu'il a bien pu arriver que les hommes qui attestent le miracle de la résurrection , ou ont été trompés , ou ont voulu tromper ; plutôt qu'il arrive que l'expérience par laquelle il est démontré que les hommes une fois morts ne sont point rappelés à la vie soit fausse (2) .

Rép. \, D. Maj. Si une plus grande évidence tombe sur -le même objet qu'une évidence plus petite, C. si les objets sont divers, iV. ainsi croule toute la preuve ou plutôt le sophisme

(1) Consultez Houtteville, la Religion, etc., tom. II, liv. I, cliap. 4 et suivants.

12) Tel est le sentiment de Hume , dans sya Examen des miracles.

70 TRAITÉ DE LA \TxAIE RELIGION. CHAP. III.

de notre adversaire. Un argument de ce genre prouve aussi beaucoup trop ; et d'abord, parce qu'il ne faudrait plus ajouter foi à l'histoire , toutes les fois qu'elle rapporte un événement extraordinaire, soit dans l'ordre physique soit dans l'ordre moral. Les hommes, par exemple, aiment la vie; ils prennent soin d'eux-mêmes , ils souffrent tout plutôt que de perdre la vie. Donc il faut rejeter, comme fabuleux, ce que nous avons lu ou entendu dire des oàroyeip'.aiç, ou des suicides; il faudrait en dire autant des météores merveilleux dont on nous rapporte l'apparition ; bien plus , d'après les principes de notre adversaire, quand même nous verrions de nos propres yeux un mort ressusciter, nous ne devrions nullement y croire, puisque, d'après le témoignage ordinaire des sens, il est constant que les hommes ne ressuscitent pas. L'argument, ici, suppose un principe faux ; c'est que, dans la nature des choses ou dans la société, il n'arrive jamais rien qui ne soit conforme aux choses qui s'accordent avec nos observations.

Rép. 2. On suppose ici l'objet en question; c'est qu'il ne peut pas y avoir d'exception pour les phénomènes de la nature que nous voyons; car, si on faisait une autre supposition, ce mode d'argumenter tout entier croulerait; et de là on tire cette question, savoir : Si ceux qui nous rapportent un événement qui se passa dans les temps anciens sont dignes de foi? Ce point une fois étabh d'après les règles de la critique, il serait insensé, celui qui le révoquerait en doute , parce qu'il a coutume d'en être autrement. La foi de vos sens produit une évidence , mais la foi des sens des autres produit une évidence qui ne lui est pas inférieure, à moins qu'il ne soit constaté qu'ils ont pu être trompés , ou qu'ils ont voulu tromper. L'une et l'autre de ces vérités aie même degré d'évidence, et l'une n'est pas en opposition avec l'autre. Ceux qui racontent la résurrection d'un mort ne donnent pas ce fait comme un phénomène perpétuel de la nature ; ici il y aurait opposition ; ils le donnent au contraire comme un fait extraordinaire , qu'ils attribuent à la puissance divine (1).

(1) Voy. Spedialeri, pass. cit., § 3, p. 163, voyez aussi : Dissertation sur les miracles, contenant l'examen des principes posés par M. David Hume, écuyer, dans son Essai sur les miracles, compose' en anglais par M. George Campbell, traduit par M. Jean Casiillon, Uircclit, 1765; voyez encore : Recherches jjhilosojjJiiques sur les jrreuves du christianisme, par C. Bonnet, Genève, 1771. J'avertis ici que quand je renvoie aux auteurs protestants,

in. Inst. 1 . Plus un fait est extraordinaire , plus aussi sont probables l'erreur, la fourberie et le mensonge de ceux qui le rapportent ou qui l'attestent. 2. De là vient que ce qui diminue la foi chez les hommes instruits l'augmente chez les ignorants. 3. C'est pourquoi la multitude des témoins donne au récit d'un fait extraordinaire un plus haut degré de probabilité. 4 . Le vulgaire assurément , surtout s'il est ignorant et superstitieux , est natui^ellement porté à admettre des faits merveilleux et surnaturels (1). 5. En outre, l'histoire rapporte une foule d'événements de ce genre , que la plupart autrefois tenaient pour des événements surnaturels et miraculeux, et que les sciences naturelles , après avoir été cultivées avec plus de soin et s'être développées , ont démontré venir de causes naturelles , et elles les ont ensuite parfaitement expliquées par ces causes. On conclut donc avec raison de là qu'il peut se faire que tous les événements de ce genre puissent s'expliquer de la même manière (2) ; d'où il suit que le témoignage des hommes sur les miracles doit être considéré comme suspect.

Rép, 1 . D. Si ces faits sont du genre de ceux qui proviennent des lois de la nature , C. S'ils viennent d'une cause supérieure à la nature , c'est-à-dire de Dieu , N»

Rép. 2. D. Pour certains faits douteux, surtout s'il s'agit d'en déterminer la cause ou de porter un jugement sur leur nature, T7\ ou c De tous les faits indistinctement, et lorsqu'il s'agit des faits en eux-mêmes , iV.

Rép. 3. Ou je le nie absolument, ou je distingue, comme nous l'avons fait en répondant à la seconde objection. Il faut observer de plus que Lacroix, qui nous fait ces objections, suppose à faux que la multitude est toujours composée de seuls gens ignorants (3). Il faut ajouter en outre qu'un événement

j'indique seulement ceux qui ont traité le point en question , et on ne peut les consulter qu'après en avoir obtenu la permission , ce qui doit aussi se faire pour les écrivains catholiques dont les ouvrages sont à l'index.

(1) Tel est le sentiment de Laplace , Essai philosophique sur les probahilite's , Paris, 1816, p. 135 et suiv. ; comme aussi de Lacroix, Traité élémentaire dei probabilités, n. 130 et suiv.

(2) Tel est l'avis de Krug, Pistéologie, Leipsig, 1825, p. 111.

(3) On en a un exemple dans la croix qui apparut il y quelques années à Mignh, au diocèse de Poitiers, en France, et à l'apparition de laquelle assistèrent im grand nombre d'hommes ignorants , comme aussi d'hommes savants , non-seulement catholiques, mais encore protestants. Voyez la Lettre pastorale de Mgr. de Bouille, évèque de Poitiers, donnée en l'an 1827. On peut aussi, pom' de plus amples renseisnements , consulter la réponse de AI. de Gursoû

extraordinaire rend les témoins et les spectateurs plus attentifs, et les porte à l'examiner avec plus de soin; que, par conséquent, tout d'ailleurs étant égal, leur témoignage sur les faits extraordinaires , est d'un plus grand poids que sur les événements ordinaires.

Bép. 4. Tr. A. et D, Cons. S'il s'agissait de la cause ou du jugement d'un fait, C. S'il s'agit du fait lui-même, N. C'est à l'homme sage à juger, d'après la nature du fait qu'atteste la foule , si cette même foule a pu être trompée ou non en l'attribuant à une cause surnaturelle (1).

Rép. 5. Je fais ici la même réponse que précédemment, et N. Cons. Car de ce que quelques événements qui furent, pendant quelque temps , considérés comme miraculeux , et qu'ensuite on expliqua parfaitement (notre adversaire n'en cite pourtant aucun), il n'est pas permis de conclure que tous peuvent s'expliquer convenablement par des causes naturelles; par exemple , de ce qu'on aura expliqué un météore , que le vulgaire regardait comme surnaturel , il ne s'ensuit pas qu'on puisse expliquer la guérison de l'aveugle-né , ou la résurrection de Lazare; la dialectique n'est pas la première vertu des rationalistes et des incrédules.

Mais nous allons opposer à cet argument populaire, tiré de l'ignorance et de la superstition des anciens , que vantent tant nos adversaires, les trois questions que suggère le docte Ruffini (2).

1 . Pourquoi la nation juive , après Tavènement de Jésus- Christ, bien qu'elle fut généralement superstitieuse et ignorante et qu'elle ne fut pas exempte de préjugés, ne mit-elle plus en avant désormais les miracles accomplis dans son sein?

2. Pourquoi les provinces de l'Asie, de l'Afrique et de la Grèce, quoiqu'elles soient aujourd'hui bien au-dessous de l'état où elles étaient quant aux connaissances libérales et à la culture de l'esprit au temps des apôtres, de saint Cyprien, de

èVabbô de la Villeneuf (janséniste). M. de Gurson était maire de la paroisse; comme aussi la relation qu'en a faite un Père jésuite , 1 vol. in-8. N. T.

(1) On peut lire , en réponse à Lacroix et à Laplace , le remarquable ouvrage de Ruffini, intitulé : Hé flexions critiques, Modène, 1821; il y démontre combien sont trompeurs les fondements du calcul , lorsqu'il s'agit de la probabilité des événements humains; voyez surtout le mémoire 4^, pag. ^37, et p. 158, etc.; voyez aussi Gerdil, Sarje instruction théologique, art. Histoire humaine, édit. de Rome , tom. X.

(2) Ouv. cit., p. ice.

saint Augustin , de saint Basile, etc., ne présentent-elles plus de miracles coDime elles le faisaient autrefois?

3. Pourquoi, parmi les diverses religions qui revendiquent le nom de religions chrétiennes , la religion catholique est-elle la seule qui montre toujours des miracles accomplis dans son sein , et en produit-elle encore de nos jours , bien que les catholiques ne le cèdent à personne dans les sciences , les lettres et les arts, et bien que l'EgUse ne prononce ou n'émette un décret sur un miracle qu'elle ne l'ait d'abord soumis au plus rigoureux examen, ^t quant au fait, et quant à sa nature (1)?

Objection tirée de la force et de la puissance intime

de l'homme,

Obj. 1. Les événements extraordinaires, que l'on appelle vulgairement miracles , supposent toujours une foi vive ou une grande confiance, soit dans celui qui en est l'objet, soit dans celui qui les opère ; ou même dans l'un et l'autre. 2. Mais ce

(1) Si on veut se convaincre de la sévérité que l'Eglise apporte pour approuver les miracles , on n'a qu'à lire le célèbre ouvrage de Benoît XIV, sur la Béatification et la canonisation des saints, surtout le liv. IV. Nous allons , pour donner un trait de la sévérité de l'Eglise de Rome sur ce point, €n citer deux exemples qui sont au-dessus de toute espèce de doute. L'un est rapporté par l'auteur de la Vie de saint Vincent de Paul [Hist. abrégée de saint Vincent de Paul, par Collet, docteur en théologie, Avignon, 1762). C'était un miracle opéré par saint Vincent de Paul, en faveur de Louise- ElisabeUi Sakiville , originaire d'Angleterre , qui demeurait chez un protestant réformé , du nom de Haye. Ce miracle parut si évident au protestant luimême, qu'il en répandit le bruit dans tout Paris. Sa femme en fut tellement frappée d'admiration, qu'elle en fut presque ravie, et, plus tard, elle n'hésita pas à attester, par un écrit de sa propre main, qu'elle avait été le témoin oculaire de ce miracle instantané et permanent. Cependant, il ne fut pas admis par la sacrée Congrégation des rites, à défaut de preuves suffisantes (p. 603 et suiv.). L'autre trait est rapporté par le P. Daubenton, dans la Vie de saint Jean-François Régis, Paris, 1716. Un illustre protestant était venu à Rome; il s'y lia d'amitié avec un illustre prélat romain, qui lui montra des tables qui contenaient les preuves de plusieurs miracles, et il les lui fit lire; il les lut avec le plus grand plaisir, et les rendit ensuite au prélat, disant : Voilà certainement la jjIus sûre manière de prouver les miracles; si tous ceux que l'on reçoit dans l'Eglise romaine étaient établis sur des preuves aussi évidentes et aussi authentiques que ceux-ci le sont, nous n'aurions aucune ^;«>2e à y souscrii^e, et, par là, vous vous sauveriez de toutes les railleries que nous faisons de vos prétendus miracles. Eh bien! répondit le prélat, sachez que de tous ces miracles , qui vous paraissent si avérés et si bien appuyés, aucun n'a été admis par la Congrégation des rites, parce qu'ils n'ont pas paru suffisam» ment prouvés. Le protestant, frappé de cette réponse inattendue, répondit qu'il n'y avait qu'une aveugle prévention qui put s'opposer à la canonisation des saints, et qu'il n'avait jamais soupçonné que l'Eglise romaine pous&ùt jusque là ses scrupules dans l'esamen des miracles (p. 33).

genre d'événements ou de miracles qui proviennent de celui qui en est l'objet, que sont-ils autre chose, si ce n'est ces guérisons que , d'après nous , il faut attribuer à la puissance de l'exaltation et de l'imagination? La puissance de l'imagination et de l'exaltation n'est ici que la ferme persuasion que l'on a recouvré ou que l'on recouvrera la santé , et c'est là la cause de la guérison. 3. Le P. Regnault (1) et Devaux (2) , et plusieurs autres, ont recueilli un grand nombre de faits de ce genre. 4. Quant aux miracles qui résultent de la foi et de la volonté de ceux qui les opèrent, ils ne sont autre chose que ce que l'on appelait autrefois V imagination qui agit en dehors du propre corps (Avicenne et Pomponius ont fait le plus grand cas de sa puissance). Maintenant on l'appelle le magnétisme animal ou le mesmérisme (3) ; l'effet sera plus grand , si à la foi on joint le contact, soit médiat, soit immédiat. Si à la foi de l'agent se joint celle du patient , ou à la puissance du magnétisme celle de l'imagination , il pourra se faire que les morts, que l'on dit avoir été ressuscites, n'étaient morts qu'en apparence; et c'est surtout dans le cas d'une mort apparente où le magnétisme animal est de la plus grande utilité (4) . 5. Or, quel est celui qui sait si la puissance de la volonté et de la foi peut faire pleuvoir (comme l'a pensé Avicenne), et produire ou non d'autres phénomènes de ce genre? Qui pourrait fixer des bornes à la puissance de l'imagination ou du magnétisme? Qui connaît assez les forces de la nature? Qui connaît assez l'homme et les facultés indéfinies dont il est capable? 6. On peut donc, par ce moyen, expliquer les miracles que l'on dit avoir été opérés pour prouver la révélation divine, sans recourir à aucune force surnaturelle. Jésus-Christ, en effet, exigeait toujours la foi de ceux sur qui il opérait des miracles. C'est ce manque de foi qui fit qu'il ne put en opérer qu'un petit nombre dans sa patrie (5). Il imposait les mains sur ceux qu'il guérissait; il le fit surtout pour l'aveugle dont saintMarc (6) rapporte la guérison, et qui dit qu'il

(1) Entretiens physiques f tom. II, p. 1.

(2) Lettres sur les miracles , liv. IV, Rotterdam, 1733.

(3) Mesmer, le principal champion du magnétisme animal en Suisse. Voyea Mémoires de F. -A. Mesmer sur ces découvertes , Paris, an vu.

(4) Kluge. Le docteur Flajani a donné un abrégé de son ouvrage dans le Journal de médeciiie chirurgicale.

(5) Saint Matth., XÏII, 58; Marc, VI, 5.

(6) Marc, dernier chap. 18,

voyait les hommes comme des arbres qui marchent , et il ne recouvra complètement la vue qu'après une seconde imposition des mains. C'est pourquoi il n'accorda la faculté de guérir les malades que sous cette condition : Ils imposeront les mains sur les malades, et ils seront guéris (1) ; ce n'était au moins qu'en oignant les malades que les apôtres les guérissaient (2) , et toutes ces choses sont en parfait rapport avec la puissance du magnétisme. Donc :

Rép. 1. Je commence par nier que tous les miracles consistent dans des guérisons, comme semblent le supposer nos adversaires; certes, on ne comprend pas, parmi les guérisons, la multiplication et la transmutation des substances; on ne les met pas non plus au nombre des prodiges opérés par la puissance de l'imagination. Si les partisans du magnétisme pouvaient rassasier cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons, comme l'a fait Jésus-Christ (3) ^ ou changer l'eau en vin, comme il le fit aux noces de Cana (4), leur puissance d'imagination serait infiniment respectable, et , volontiers , tout le monde y souscrirait. Jusque là pourtant ils n'ont rien fait de semblable (5) , ce qui fait que, sans chercher d'autres preuves, leur difficulté disparaît tout entière.

Quant à ce que l'on ajoute de la foi vive, D. elle est requise comme une condition qui n'est pas même nécessaire dans tous les cas, C. elle l'est comme cause efficiente, et toujours, N. Si l'on parle de ceux qui sont l'objet du miracle , les morts et ceux qui sont privés de sentiment ne peuvent pas avoir cette foi. Mais si nous parlons de ceux qui opèrent les miracles, je ferai remarquer que parfois Dieu se sert d'hommes mauvais pour opérer des miracles qui , toutefois , n'ont pas pour but de con-

(1) Marc, Vm, 23 et suiv.

(2) Marc, VI, 13 ; Jacq., V, 14.

(3) Saint Matlli., 14, 17 et suiv.; saint Jean, 6, 5 et suiv.

(4) Saint Jean, 2, B et suiv.

(5) On peut en dire autant de la multiplication de l'huile et de la farine promise par Elie (4 R. 4) ; de la hache qu'Elisée fit revenir, du fond du fleuve, à fieur d'eau ( 4 R. G, 6 ) , et des six cents autres faits de ce genre , qui sont rapportés dans l'un et l'autre Testament, sans nous arrêter aux faits authentiques cités dans les procès de canonisation de samts, tels que dans ceux de eainte Françoise , Romaine , de sainte Thérèse , de sainte Marie-Madeleine de Pazzi , de saint Louis de Gonzague , de saint François-Xavier, de saint Franj}oi3 de Ilieronimo , et, dernièrement, dans le procès de canonisation de la bien- Jteureuse fiermaiue Cousin , J)ergtre au village de Pibrac , diocèse de Toulouse . etc.

76 TRAITÉ DE LA VRAIE REUGION. CHAP. m.

fii'mer l'erreur, ce qui est impossible, mais pour manifester sa gloire. Les méchants ne diront-ils pas un jour : N'avons-nous pas fait un grand nombre de miracles en votre nom (1)? Si parfois la foi est requise pour l'opération des miracles , elle ne l'est que comme condition, ainsi que nous l'avons dit, mais elle ne l'est pas comme cause efficiente des miracles, ainsi que le supposent nos -adversaires , bien que personne ne le dise Ajoutez que cette foi n'opère qu'autant qu'elle a pour objet Dieu, Jésus-Christ ou ses saints, mais elle est stérile, si elle a pour objet tout autre individu; ceci prouve encore la fausseté de leur argument.

Rép. 2. iV. La supposition; c'est ce que prouve ce que nous avons précédemment dit, ou bien, D. certaines guérisons, surtout celles des personnes dont l'imagination est troublée ou qui sont atteints de folie, 7>. ou C. toutes et en toute occurrence, iV. Qu'elle ait une grande force pour persuader que l'on recouvrera la santé , et que , dans certains cas , elle en ait la puissance , c'est ce qui est connu de tout le monde; les médecins ne sont pas les seuls à l'admettre : Benoît XIV lui-même le regarde comme une chose certaine (2) ; la Congrégation des rites , elle aussi, ne le perd pas de vue (3) , et ceci a une grande force pour corriger l'imagination frappée (4). Mais il y a perversité, pour ne pas dire folie , à vouloir étendre cette puissance à tous les cas, et à vouloir soutenir que c'est par cette seule puissance de l'imagination qui agit en dehors des corps , que. sont guéries, F. G., les contusions et les fractures des os, les blessures et les maladies incurables (5). S'il en était ainsi , il

(1) Saint Matth., c. 7, v. 22.

(2) De la Béatif. et de la canon, de saints, liv. IV, c. ult., où il traite au

long de cette question.

(3) Parmi les difficultés que proposait Lambertinus lui-même , lorsqu'il était promoteur, se trouve celle-ci ; elle fut proposée dans le procès de canonisation de saint François Régis , du B. Jean de Prado, de saint Vincent de Paul, et du B. Pierre Fériés. Voyez le même auteur, liv. VI , p. 1 , c. 15.

(4) Consultez Muratori, de la Puissance de l'imagination humaine, Venise, 1745, c. 8,9; Opuscule scicnlifi(iue sur Bologne , tom. I, 117 et suiv. Lenfen, Impossibilité dos opérations sympathiques. Observons ici, en passant, deux choses : !<> c'est que souvent cette persuasion ne produit aucun effet, comme l'avoue Dcleuze lui-même, passage cité, tom. II, p. 271; 2» que, dans un certain ouvrage de magnétisme , on voit le cas d'une jeune fille qui a été guérie par le magnétisme. (Journal du magnétisme; du Traitement de M. D..., par M. Gheulié, de Lyon)

(5) Consult. Delcuze, Hist. critique du magnétisme animal, tom. II, p. 8,

faudrait supprimer non-seulement les miracles , mais on pourrait encore supprimer la thérapeutique et la chirurgie.

Rép. 3. D. Pour ce qui regarde les classes dont nous avons parlé, C. autrement, N. Benoît XIV les a aussi réunies, afin qu'on ne put rien en conclure contre la force probante des miracles (1).

Rép. 4. Z). De tels faits sont attribués gratuitement et à faux au magnétisme, C. on lui attribue quelques effets qui dépendent de la persuasion , comme nous l'avons dit dans la réponse à la seconde objection, Tr. Nous n'avons point ici le loisir de nous occuper de toutes les futilités du magnétisme,' que la plupart des savants méprisent aujourd'hui ; on regarde même généralement Mesmer comme un charlatan (2) ; on voit par là ce qu'il faut répondre à. ce qu'ils ajoutent sur les morts apparents , et aux effets merveilleux que produit sur eux le magnétisme. Pour nous, nous parlons de morts véritables qui ont été rappelés à la vie sans aucun appareil , sur le seul ordre et la volonté d'un thaumaturge : Lazare, qui était mort depuis quatre jours, et qui exhalait assurément une mauvaise odeur (3) .

Rép. 5. Tout le monde sait par expérience que personne ne peut faire pleuvoir par un acte de sa volonté; autrement ce serait un moyen très-expéditif pour obtenir de l'eau quand nous souffrons de la sécheresse. Nous pourrions, à des questions de ce genre, en opposer d'autres semblables. Qui sait si

bien qu'il convient être lui-même partisan de IMesmer; Bachelier d'Agés , de la Notaire de l'homme et des moyens de le rendre heureux, Paris, l'an vui, autre patron du magnétisme. On peut aussi voir les Leçons d'anatomie comparée de Guvier, publiées par Duménil, Paris, 1815, tom. II, p. 117.

(1) Passage cité.

(2) Or, il faut observer ici qu'il est certains écrivains catholiques de France, et d'Allemagne surtout, qui ne regardent pas le magnétisme animal comme ime pure iuvention de prestidigitation, mais qui lui reconnaissent une certaine force native de produire certains effets dont la cause est cachée toute entière dans la natiu-e. Mais, bien que ces écrivains reconnaissent en même temps que le magnétisme est tout-à-fait favorable aux artifices du démon, Us nient C(^pendaut fdDsolument que les effets surnatiu-els que nous voyons dans les miracles , et que nous admirons dans la vie mystique des saints , aient quelque chose de commun avec les effets du magnétisme ; ils avouent même qu'il y a, entre ces effets et les miracles, la différence qui existe entre le ciel et la terre, et qu'on ne peut nullement les expliquer par le magnétisme. On peut consulter à cet égard la préface que Gaerrcr a ajoutée à l'édition dos ouvrages du B. Henri Suson, publiée par les soins de D. Melchior Dieponbrok, et qui sont intitulés : Susos Leben und Sclnriflen^ etc., Regansbeu, 1829.

(3) Saint Jean, XI, 39,

les hommes ne pourraient pas vivre par la force de leur imagination, et faire d'autres choses de ce genre sans boire ni manger? Que les défenseurs du magnétisme en fassent l'expérience : peut-être iront-ils jusque là un jour. Ce que nous venons de dire indique ce qu'il faut répondre aux autres difficultés de ce genre , et il est inutile que nous nous y arrêtions davantage.

Rép, 6. iV. Quant à la preuve, A. Jésus-Christ a toujours exigé la foi, etc., d'abord nous nions qu'il ait toujours exigé la foi de ceux en faveur de qui il faisait des miracles ; ainsi il n'exigea pas la foi pour les miracles de la multiplication des pains et pour la conversion de l'eau en vin, que nous avons cités (1); il ne l'exigea pas non plus pour la résurrection du fils de la veuve de Naïm (2) ou la fille de Jaïr (3) , pour ne pas en citer d'autres. Ensuite , /). il l'exigea comme une condition, parce qu'il faisait des miracles pour confirmer sa mission divine, C. Il l'exigea comme cause efficiente et nécessaire, N, Que l'on se rappelle ce que nous avons dit plus haut. Quant à la preuve, B. A défaut de cette foi, etc., D. En tant que ses concitoyens se montrèrent indignes de ses bienfaits , C. Absolument parlant, N. j'ajoute : Quand même il n'aurait pas opéré un grand nombre de miracles parmi les habitants de Nazareth pour les raisons données, il y en opéra cependant quelquesuns. Il faut observer en outre que, d'après l'hypothèse de nos adversaires , il suffit parfois de la foi de celui qui opère , tant ils sont peu d'accord les uns avec les autres quand ils attaquent la religion l

Quant à la preuve, C. Il imposait les mains, etc., D, Quelquefois il les imposait, C. Il les imposait toujours, N,- Bien plus , on ne lit de Jésus-Christ qu'il ait imposé les mains pour rendre la santé qu'une ou deux fois ; il lui suffisait souvent d'un Signe, quelquefois il rendait la santé à ceux qui étaient absents. Que nos adversaires lisent l'Evangile, ils s'en convaincront. Quant à la preuve , D. Surtout sur cet aveugle, etc., Z). Il le fit pour éprouver sa foi ou pour cause de mystère, C. Il le fit parce que c'était une chose nécessaire, iV. Comme ceci n'est arrivé qu'une fois et que nous n'en trouvons pas d'autres

(1) Saint Jnan , XI, 39.

(2) Luc, VII, 14.

(3) Marc, V, 41.

exemples, il faut dire qu'en cette circonstance Jésus-Christ a agi de la sorte pour des causes particulières à lui connues ; autrement il aurait toujours dû agir de la même manière. Mais nos adversaires ont coutume d'appliquer un fait extraordinaire à tous les autres , quoiqu'il soit constant qu'il doit en être autrement. Quant à la preuve, E, Sous cette condition seulement, etc., N. Jésus-Christ, en effet, n'a jamais prescrit cette pratique pour opérer les miracles ou pour guérir les maladies, n a seulement prédit que lorsque ses disciples imposeraient les mains , il arriverait que les malades recouvreraient la santé. Au reste , nous lisons que le boiteux qui était assis à la porte qui regarde l'Orient fut guéri par Pierre et par Jean, sans qu'ils lui imposassent les mains ou qu'ils l'oignissent (1) ; tous ceux sur lesquels s'étendait l'ombre de saint Pierre (2), à son passage, recouvraient aussi la santé, de même que ceux auxquels on apportait les linges et les ceintures de saint Paul (3), etc. On surprend aussi la bonne foi de nos adversaires lorsqu'ils se fondent sur de semblables objections (4) . Quant à la preuve F, Toutes ces choses conviennent parfaitement, N. Les miracles dont nous venons de parler n'ont assurément rien de commun avec- les farces des magnétiseurs. Où trouver ici, en effet, l'appareil du magnétisme ; où sont ses convulsions , ses contorsions, son sommeil et une foule d'autres choses de ce genre qui sont requises par le magnétisme, et qui souvent, même de l'aveu de ses partisans, ne produisent aucun effet (5) . Il n'y a donc qu'une impudence éhontée qui puisse établir une pareille comparaison.

(1) Act., m, 7.

(2) Ibid., V, 15.

(3) Ibid., XIX, 12.

(4) Saint Thomas observe justement, p. 3, 9, 84, de la 4 à la 1 : « Que Tira* » position des mains a pour but de parirùrc les miracles, savoir que le contact » des mains de l'homme sanctifié enlève l'infirmité, même corporelle. »

(5) Voy. Examen sérieux et impartial du magnétisme animal , Paris, 1784, Bibliothèque du magnétisme animal, juin, 1818, tom. II, p. 15 et ailleurs; Deleuze, ouv. cit., p. 168, tom. II, p. 8, 18, 24, 27, G7, 88. Mesmer lui-mèm« se plamt de ce que l'on a exagéré, Métnoire, etc., p. 108.

ARTICLE II

De la jjrophétie.

Le mot prophétie vient du mot grec ^xa-^riyri (1). Elle est définie en divers endroits : Le pressentiment et la prédiction certaine d'un événement futur quelconque, qui ne peut pas être prévu par des causes naturelles, ou plus expressément encore ^ la manifestation d'une chose future cachée aux créatures (2). D'après cette notion de la prophétie ^ il est évident que, pour constituer une prophétie véritable et proprement dite, il faut trois conditions : 1° Il faut une prédiction certaine et non conjecturale ; 2° d'une chose future libre , par conséquent qui ne peut être connue ni par l'art ni par une science naturelle quelconque ; V il faut qu'elle soit si bien spécifiée , qu'il ne faille pas accommoder l'événement à la prophétie , mais que la prophétie détermine plutôt l'événement, c'est-à-dire, il faut qu'elle ne soit ni vague, ni obscure, ni ambiguë, de manière qu'elle puisse s'appliquer à toute espèce d'événements; et que son application ne soit point arbitraire. Il faut avoir toujours présentes à l'esprit ces conditions pour découvrir tous les sophismes de nos adversaires , surtout parce qu'elles impriment aux prophéties le caractère et la marque de la divinité. La prophétie est en effet une espèce de miracle , ou plutôt elle est un véritable miracle; la prophétie a cela de plus que le miracle, c'est qu'elle se prouve elle-même. Chacun peut, en effet, savoir si une prophétie est vraie, pourvu qu'il sache qu'elle a été faite avant l'événement, et que son esprit puisse apprécier

[\) L'hébreu signifie annonciatioD , et, parfois, vision, intuition.

(2) Voy. saint Thomas, II, q. 9, 171, art. 1 : On doit dire que la projjhe'tie consiste d'abord et surtout dans la connaissance, et cela ^mrce que les 2^rophètes connaissent les choses qui sont éloignées et au-dessus de la connaissance des hommes, etc.. Même passage, quest. 174 à 2, il distingue trois degrés dans la prophétie, Dumarsais s'est écarté de cette notion de la prophétie dans son analyse de la religion chrétienne; il y dit que la vraie signification de la prophétie consiste dans la prédication et l'exhortation; mais il est complètement battu par Nonotte de la S. J., dans le Dictionnaire philosophique, art. Prophétie ; Salvador fait revivre la définition de Dumarsais dans sou Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreu, Paris, 1828, liv. VII, c. 3, Orateurs publics et prophètes, p. 192 et suiv.; il n'y reconnaît rien de surnaturel , ou plutôt il exclut toute espèce de prophétie et de prédiction. Il n'y a rien d'étonnant, puisque ce Juif fait revivre les principes de Spiuosa, des 'f^istes , des rationalistes et des modernes partisans de la Bible,

l'issue de cette même prophétie. Comme il est quelques personnes qui ont combattu la possibilité même de la prophétie, qu'il y en a d'autres qui combattent ou qui estiment peu sa force probante, nous ferons ici, en faveur de la prophétie, ce que nous avons fait pour les miracles; nous établirons d'abord sa possibilité , ensuite nous démontrerons qu'elle a une grande puissance et une grande efficacité pour prouver la divinité de la révélation surnaturelle.

§ I". — De la possibilité de la prophétie.

La possibilité de la prophétie, ou, comme l'appelaient les anciens, de la divination, fut niée dans l'antiquité par Colophon, au rapport de TuUius (1) ; Epicure la niait aussi, lui, cet homme impie , qui soutenait que le gouvernement des choses humaines n'appartient point à Dieu (2) ; ce fut aussi le sentiment de Carnéade, comme nous l'atteste le même Tullius (3). Parmi les modernes, ceux qui refusent à Dieu la faculté de prévoir les événements futurs, sont Spinosa (4) et les sociniens (5) ; de nos jours enfin, les rationalistes (6) ; c'est contre eux que nous allons établir la proposition suivante.

PROPOSITION

La prophétie est possible.

Rien ne s'oppose à ce que Dieu connaisse les futurs contingents libres et ne les fasse connaître ; donc la prophétie est possible. Ces deux choses sulïisent et sont requises pour la prophétie. Mais il ne répugne pas que Dieu connaisse les futurs contingents libres ; l'idée même de Dieu, telle cpi'elle est gravée dans l'esprit des hommes, le démontre; ils furent toujours persuadés, en effet, que Dieu connaît toutes choses. La notion

(1) Des Choses divines, liv. I, c. 3.

(2) Diog. Laërce , liv. X, sur Epicure; Cic, de la Nature des dieux, liv. L cliap. 19.

(3) Du fatum, c. 14.

(4) Trait, de théol. poUt.

(5) Faust Socin, Leçons de théologie, c. 8 , 9, 10 ; Jean Oreille , des Âtfri' buts divins, c. 26, p. 223, vers, belge; Valère Smalzius, contre Franzius, p. 472 et suiv.

(G) Wegschcider, ouv. cit., part. 1 , c. 2, § 50; Kant, Anthropologie . 101, dans le même auteur,

de l'être infiniment parfait emporte aussi cette conséquence , autrement Dieu ne verrait pas toutes les choses d'une manière présente j son éternité n'embrasserait pas tous les temps , sa science se développerait sans cesse ; or , l'idée de Dieu repousse fortement une telle conséquence.

Si Dieu connaît nécessairement les futurs contingents libres de ce genre , il peut aussi les faire connaître , c'est une chose évidente en soi, comme aussi d'après les raisons que nous avons données en parlant de la possibilité de la révélation» Donc la prophétie est possible.

Obj, 1 . Ce qui n'est pas encore n'est rien ; or, l'objet de la prophétie est ce qui n'existe pas encore, donc c'est le néant;' or, ce qui est néant ne peut être ni prévu ni prédit, donc la prophétie est impossible (1). Ajoutez 2. qu'il est difficile ou plutôt impossible que quelqu'un ait la certitude infaillible qu'il a reçu de Dieu une prophétie. En outre, 3. toute prédiction qui vient de Dieu et qui annonce clairement la destinée inévitable d'un homme ou d'un peuple, laquelle dépend d'une œuvre qu'il va faire , répugne à l'idée d'un Dieu saint et bon , favorise le fataUsme et détruit la liberté morale de l'homme (2) . Donc :

Rép. 1. D. Ce qui n'est pas encore n'est rien, en tant qu'existant actuellement , C. N'est rien en tant que possible et par suite capable d'être connu par un intellect infini , iV. Les choses futures sont absolument pour Dieu ce que les choses passées sont pour nous. Les choses passées ne sont rien assurément en elles-mêmes , cependant il est certain qu'elles existèrent; il faut en dire autant des choses futures par rapport à Dieu, si toutefois on peut dire que pour Dieu il y ait des choses passées ou futures et qu'elles ne soient pas plutôt toutes présentes , ce qui fait qu'en Dieu il n'y a pas proprement prescience, mais bien science.

Mép. 2. N, D'après ce que nous avons dit en parlant de la révélation , c'est une chose évidente (3) . Je nie aussi la conséquence. Pour qu'un événement prouve la vérité d'une pro-

■ (1) Tel est h peu près le raisonnement de Voltaire dans son Essai sur les mœurs et l'esprit des nations , discours préliin. et art Oracles, tom. VIII de ses œuvres, édit. de Genève, 1769, p. 88.

(2) Telle est la raison de Wegscheider, pass. cit.

(3) Nom. 8 et suiv. de ce traité.

phétie, cela suffit; la prophétie, comme nous l'avons dit, se prouve par elle-même.

RéjJ. 3. A^. Un événement n'arrivera pas parce qu'il a été prévu et prédit, mais il a été prévu et prédit parce qu'il doit arriver, par conséquent s'il y a quelque nécessité dans des prédictions de ce genre, elle n'est que conséquente et hypothétique (1); car logiquement une chose doit exister avant d'être vue , par conséquent avant d'être manifestée.

§ n. — - Z)e la puissance et de l'efficacité de la prophétie pour prouver la divinité de la révélation.

Nous devons observer ici que la prophétie a pour nous une espèce d'avantage sur le miracle pom* prouver la mission divine de quelqu'un, comme aussi pour établir l'existence d'une révélation divine. Car, comme chacun peut être témoin d'un événement prédit , il lui suffit, ainsi cpie nous l'avons observé plus haut, de le comparer avec la prophétie elle-même. C'est pourquoi la prophétie est moins exposée aux railleries et aux traits des incrédides que le miracle. Ce cpii le prouve, c'est la manière d'agir des incrédules eu^-mêmes, surtout celle de Fréret, qui, bien qu'il ait réuni une foule de preuves contre le christianisme, sa doctrine et ses miracles, etc., a cependant gardé le plus profond silence sur les prophéties, comme s'il n'y eût fait aucune attention; il les a complètement dissimulées, ainsi que Tobserve Spedialeri (2). Mais ce cpie n'a pas fait Fréret, ou plutôt l'auteur de l'ouvrage pubhé sous son nom, les rationalistes l'ont fait, eux qui n'ont rien négligé pour détruire la puissance de cette note de la révélation sur-

(1) Cette difficulté dont Wegscheider et ses adeptes font si grand bruit, Epicure, avec qui les sociniens et les rationalistes font cause commune, l'avait déjà faite. Il ne rejette pas seulement la divination parce que les dieux n'ont aucun souci des choses d'ici-bas, mais il la rejette surtout pour la raison tirée de la liberté : La divination n'existe pas; car, si elle existait , elle anéantirait la liberté de la volonté; il faut donc penser que ce qui arrive n'a aucun rapport avec nous. Diog. Laër., liv. X, sect. 135, édit. de Meibemius, Amsterd., 1692 . Caméade partage ce "sentiment ; voilà ses paroles , rapportées par TuUius, pass. cit.: Je pense qu'Apollon lui-même ne peut pas prédire les choses futures, à moins que leurs causes dépendent tellement de la nature, qu'elles doivent nécessairement arriver. TuUius lui-même et les stoïciens partagèrent aussi ce sentiment, et saint Augustin les réfute dans sa Cité de Dieu, liv. V, c. 8 , q. 10 ; voy. saint Thomas , pass. cit., art. 6,1. quest.; il avait déjà réfuté cette erreur.

(2) Réfutation de l'examen critique de Fréret, préface, page 8 édit. Rome, 1778.

84 TRAITÉ DE LA VTxAlE RELIGION. CHAP. III.

naturelle. Nous développerons plus bas leurs arguments. En attendant nous disons :

PROPOSITION

La prophétie est une preuve très-certaine de la révélation

divine et smiiaturelle,

La prophétie véritable et proprement dite ne peut venir que de Dieu; donc, toutes les fois qu'une prophétie véritable est prouvée par l'événement, toujours aussi elle est une preuve irréfragable de la révélation divine et surnaturelle.

L'antécédent est démontré par la notion même que nous avons donnée de la prophétie; il n'est pas possible de nier la conséquence.

Cette vérité est confirmée par la persuasion qu'en ont eu toutes les nations, ou par l'assentiment commun de la nature. n n'est pas de nation qui n'ait admis la prédiction d'un événement futur quelconque libre comme une preuve irréfragable de la divinité dès qu'il s'est accompli. Aussi, tous les anciens sages admettaient-ils l'adage dont parle Cicéron (1) : Il y a réciprocité entre ces deux choses : Y a-t-il divination, les dieux existent; si les dieux existent, il y a divination. Il ajoute de plus : D'après une ancienne opinion qui descend des temps héroïques et qui est fondée sur l'assentiment du peuple romain et de toutes les autres nations, il existe parmi les hommes une certaine divination que les Grecs appellent ^oLVTiye-f, c'està-dire pressentiment ou science des choses futures (2) . C'est de là que découlent les oracles, les aruspices, les sibylles, et ce sont là autant d'organes de la divinité. Les poètes eux-mêmes

(1) Cicéron, des Choses divines, liv. I, c. 5.

(2) Voy. le même, liv. I, c. 1. Il dit encore que Bolbus s'est exprimé autrefois en ces termes : « Vellius, comme il n'est rien dont Epicure se soit tant » moqué que de la prédiction des prophètes , j'y vois une nouvelle preuve » du soin que Dieu prend des choses humaines. On ne peut pas nier que la » prédiction, ou divuiation, n'ait produit ses fruits en plusieurs lieux et dans » des temps différents, soit dans un intérêt privé , soit surtout dans l'intérêt » général. Les aruspices aperçoivent beaucoup de choses, les augures en » prévoient beaucoup ; les oracles en font connaître un grand nombre ; les » prophéties, les songes, les prodiges en manifestent aussi de très-nom- » breuses. » De la Nature des dieux, liv. II, c. 64, édit. Tours, ouv. XIII. Voy. Huet, Démonst. aveug., tom. I, axiôm. 4 ; il y prouve, avec sa rare érudition, au moyen des écrivains grecs et latins, clairement cette vérité. C'était avec raison que Tertullien concluait énergiquement, Apol., c. 20, que la vérité de la prophétie est une preuve de la divinité.

nous représentent fréquemment des devins comme pleins de la divinité et pousfsés par elle à prédire l'avenir, tant était grande la persuasion dont étaient im])us tous les peuples , que la divination ou prophétie vient de Dieu seul ! Donc :

Objections,

I. C'est en vain qu'on attribue à Dieu les prophéties ; 1 . car la prophétie vient d'une imagination trop vive ; 2 . il peut facilement se faire, en effet, que l'affection de l'esprit, dès qu'elle est trop vive , enflamme l'imagination , et que par elle l'esprit se figure comme présentes les choses qu'il espère ou qu'il redoute, ainsi qu'il arriva à Cassandre, qui fut vivement frappée des maux que les Grecs faisaient subir à la ville de Troie. Tel est, après Spinosa, le sentiment de l'auteur de l'ouvrage qui a pour titre : Examen de la religion. 3. C'est ce cpii fait que par les conjectures humaines on peut prévoir et prédire certaines choses, ce qui souvent a eu lieu ainsi que nous l'apprend l'histoire. Donc, la preuve que l'on tire des prophéties est incertaine.

Rép. N. A. Quant à la première preuve, D. La prophétie en question n'est pas celle dont nous parlons, C. Elle est celle dont nctis parlons, N., car, par le fait même qu'une prédiction dépend d'une imagination trop vive , elle n'est pas renfermée dans la notion cpie nous avons donnée de la prophétie dont nous avons exclu toute cause naturelle. Il faut ajouter aussi que les prédictions de ce genre sont incertaines et ne reposent que sur des conjectures , et nullement certaines et déterminées comme celles qui, d'après ce que nous avons dit, sont nécessaires pour prouver la révélation.

On répond de la même mani^^ <* la seconde objection , et on peut aussi appliquer cette preuve aux difficultés cpie l'on tire ordinairement du magnétisme animal et du somnanbulisme ; nos adversaires sortent en effet continuellement de l'hypothèse que nous avons faites, car, d'après eux, il y aurait dans toutes ces choses là une cause naturelle et préexistante que nous avons exclue. Ajoutez aussi que, quelque vive que soit l'imagination , elle n'exerce aucune influence sm' les actions libres futures et la volonté des hommes, puisqu'elles n'ont encore rien de déterminé en elles et dans leurs causes. C'est pourquoi, quand même le fait de Cassandre serait vrai, ce qui est

douteux , il serait en dehors de la chose et de la cause proposée (1).

Quant à la troisième, D, Que dans le cas posé il y ait prophétie véritable, dans le sens dont nous parlons, iV. Qu'il y ait prophétie improprement dite, C, Nous ne nions pas que l'on puisse prévoir et annoncer conjecturalement et avec probabilité la plupart des choses à venir ; ainsi nous sommes habitués à prédire d'une manière probable la fin d'un homme , d'après l'état de son corps, de son caractère, de ses propensions, et des autres choses de ce genre : celui-ci finira sa vie sur l'échafaud , cet autre sera un saint et cet autre un apôtre , etc. . . On peut en dire autant des prédictions politiques que confirment souvent les événements (2) . Mais ces choses là ne dépassent pas les forces de l'esprit naturel, non plus que les limites de la conjecture; aussi voyons-nous souvent les événements renverser toutes les conjectures; et la raison, c'est que les conjectures humaines ne peuvent pas prévoir tous les cdiS possibles,

n. Si la prophétie venait de Dieu et n'était pas le fruit de l'art ou de l'habileté humaine , ce sont les prophéties qui sont contenues dans les Ecritures qui donneraient surtout lieu à cette opinion. Car, comme le dit très-bien Wegscheider (3) avec ses rationahstes, 1* c'est en vain que l'on cherche dans l'un et l'autre texte sacré des prophéties claires, indubitables, proprement dites et parfaitement définies : la prédiction de la ruine du gouvernement juif par Jésus-Christ, n'est pas même clairement énoncée (Matth., XXIV, 35 et suiv.). 2° Il y a aussi des prophéties qui ont été faites par des hommes tout-à-fait indignes du secours divin (Nom., XXII, 5 et suiv.; I Som., XY, 32; Jon., I, 3, IV, 1 et suiv.; saint Jean, XI, 50). En outre, 3° les saintes Ecritures contiennent certaines prophéties qui ne se sont nullement accomplies , sans en compter un grand nombre qui concernent le Messie et qui se lisent dans Isaie, XXII, XXIX, XXXIV, LXm, LXVI; Daniel, II, VU; Osée, IX, 3; XI, 5; Ezéchiel, XI et suivants; Luc, I, 32; Act., Il, 30;

(1) Consultez saint Thom., pass. cit., quest. 172 , art. 1 , où il développe et expose très-clairemont cette preuve.

(2) C'est à cela que se rapporte la prédiction de saint Grégoire de Nazianze Bur l'avenir de Julien l'Apostat ; du P. Logay sur Voltaire, de Polybe , relativement à la chute de la république romaine ; de Flavius Josèplie sur l'avènement de Vespasien à l'empire, de MaJiomet sur la victoire des Grecs sur Iqb Perses , sous Héraclius , etc.

(3) Ouv. cit., p. l,c. 2, § 50.

Matth., XXM, 32, coU.; Act., I, 4; Matth., XYI, 28; Jean, XXI, 22; I Thess., IV, 15, V, 1 et suiv.; I Cor., XV, 51; Apoc; qui ne s'appuient que sur les traditions mystiques et les superstitions des peuples, comme ce qui se lit dans Ezéchiel , XXXVin et XXXIX. 4° H en est d'autres enfin que les écrivains juifs ont peintes avec art après l'événement. F. G. Gen. XXV, 23; XXVII, 27, 29; XXXIX, XL, XLIX; Nombres, XXIV, 17 et suiv.; Deut., XXXHI; I Rois, XIH, 2, XIV, 1 5; Daniel, VII-XH; Matth. , XXH , 3 5 ; il est aussi 5° certaines prédictions dont on a changé ou forcé le sens en définissant leur signification; on en a ployé le sens selon les événements, et lorsque le fait a été accompli , on les a ployés à ces diverses circonstances; F. G. Daniel, EX, 24; Ps. XVI; voy. Act., U, 29 et suiv.; Ps. XXII, 17-19; voy. J., XIX, 23 et suiv.; Isaïe, Lni; Matth., XII, 40, XVI, 21, XVH, 9, XXII, XXÏÏI, XX, 19, XXVI, 34; voy. J., Xni, 36 et suiv.; Luc, XIÏÏ, 32; Jean, XXI, 18. Enfin, 6° Jésus-Christ lui-même jugea peu honorablement les prophètes hébreux (Matth., XI, 11; Luc, VII^ 28), Les apôtres eux-mêmes avouèrent que la prophétie est imparfaite et obscure (I Cor., XIII, 9; Il Pierre, I, 19). Tout ceci est confirmé par ce qui se lit, Act. I, 7. Mais il est tout-à-fait évident 7* que Jésus-Christ a suivi dans sa manière d'interpréter les prophéties les règles adoptées par les talmudistes, et les rabbins, Philon et Josèphe, et que par le fait même que certains oracles des prophètes semblaient véritablement figurer les œuvres qu'il a opérées et sa destinée, conduit par ces mêmes oracles, il s'est appliqué ce qui est écrit dans l'Ancien- Testament de l'hem'eux changement des affaires, et sur la nouvelle reconstruction de la ville de Jérusalem , comme aussi les autres choses qui se sont accomphes sous l'influence modératrice de la Providence, pour capter la foi des Juifs qui se figm^aient que le Messie fonderait un royaume spirituel (Matth. , XI, 13, XXn, 32 et suiv.; Luc, XVII, 20 et suiv.; Jean, Vffl, 12, XVni, 36), et qu'étant figuré par certaines paroles des prophètes (Isaïe, H, 2-5, XI, 1 et suiv., XLII, 1-4; Joël, III, 1; Zach., m, 7 et suiv., VI, 12-15; Mal., UI, 1-4, IV, 1 et suivants), et se les attachât. Les choses étant ainsi, la preuve déduite des prophéties, etc.. Donc(l) :

(1) Ces objections sont à peu près les mêmes que celles qu'avait déjà faites Voltaire, dans sou omTage intitulé : Bible enfin expliquée par plusieurs aumôniers de S. M. le R. de P., comme aussi dans les questions sur l'Encycl.,

Rép. C. Maj. N. Min. Je prouve d'abord la première négation. Wegscheider ment lorsqu'il affirme de telles choses; nous en donnons pour preuves les promesses faites à Abraham (Gen. ,0. 1 3, V. 1 4 et suiv.) , concernant la possession de la terre de Chanaan, ou encOt'e la prédiction sur les voyages futurs dans l'Egypte de la nation qui devait descendre de lui , de la servitude de cette nation dans le même pays pendant 400 ans, et la délivrance à la quatrième génération de ce même peuple (lbide?n, c. XV, v. 13 et suiv.), la prédiction de la naissance d'Isaac [Ibidem, c. XYIII, v. 10), et cela dans la même année et contre toute attente , sur la bénédiction de toutes les nations qui devaient descendre d'Al^raham [Ibidem] , pour ne pas en rapporter une foule d'autres qui sont clairement exprimées et définies , telles sont toutes celles que fit Moïse en présence de Pharaon sur les plaies futures de l'Egypte et la fin de ces mêmes plaies (Exod., c. YIII, IX, X, XI, XII); telles sont aussi dans le Nouveau-Testament toutes les prédictions de , Jésus-Christ avec toutes leurs conséquences, relatives à sa passion (Matth., c. XYI, v. 11; Marc, c. IX, v. 30; Luc, c. IX, V. 44, et c. XXIV, V. 7; comme aussi celles qui se rapportent à sa résurrection, trois jours après sa mort, [Ibidem] , comme aussi au triple reniement de saint Pierre qui devait avoir lieu la même nuit, avant le chant du coq (Matth., c. XXVI, v. 31; Marc, c. XXIV, v. 27; Jean, c. XÎII, v. 38, c. XVI, v. 32). Les rationalistes mentent donc impudemment lorsqu'ils mettent en avant de semblables choses. Quant à la preuve : Le présage de Jésus-Christ lui-même, etc., N. Il est évident, en effet, qu'il n*est point ici question d'un présage , mais bien d'une prophétie qui a pour objet la ruine prochaine du temple et de la ville de Jérusalem , surtout si on compare ces passages avec les passages parallèles de saint Luc, c. XXI, v. 9 et suivants, et de saint Marc, c. XIII, v. 2, avec tous ses accessoires de temps et de personnes, etc. Il suffît pour se convaincre de tout ce que l'assertion de nos adversaires a de gratuit, de lire les passages cités et de les comparer avec l'Histoire de la guerre des- Juifs de Flavius Josèphe (1).

art. Mcssio , tom. XXIV. Ce rpii prouve que nous avons eu raison de dire que le rationalisme n'est que l'atlKiisme réchauffé.

(1) Cette prophétie est si claire, si précise, que les chrétiens, qui savaient par elle ce qui devait arriver, quittèrent Jérusalem et se retirèrent à Sella , lorsque l'armée romaine se retira , ainsi que le rapporte Eusèbe , Hist. eccl.,

Rép. 2. Tr. Parce que ces dons que les théologiens appellent dons donnés gratuitement, n'exigent pas la sainteté de la part de ceux qui les reçoivent, et que dans ce cas les véritables prophéties ne perdraient rien de leur efEcacité. Nous avons souvent dit que les prophéties emportaient leurs preuves avec elles (1).

Rép, 3. Ou N. ou D. Si les prophéties sont conditionnelles et que la condition n'existe pas, comme cela a souvent^u lieu, C. si elles sont absolues, subdis. D'après la méthode arbitraire d'interpréter, admise par les protestants, qui consiste en ce que chacun l'entende de sa manière , Ti\ D'après les règles de la saine exégèse , N. Nous devons donc observer qu'il y a un grand nombre de prophéties conditionnelles; or, lorsque la condition n'atteint pas son but, qu'y a-t-il d'étonnant, si l'effet ne répond pas aux prophéties. Telles sont celles qui ne se sont pas encore accomplies ou qui s'accomplissent chaque jour, telles que celles qui se lisent dans TApocalypse et qui ont pour objet la vocation des nations; telles sont celles qui renferment un sens spirituel sous l'écorce de la lettre (bien que nos adversaires n'admettent pas cela); de ce genre sont celles qui parlent de la future synagogue, du royaume de David, du royaume du Messie et d'un grand nombre d'autres du même genre, que ces nouveaux exégètes, protestants et rationahstes, interprètent à leur façon pour arguer de là que l'événement n'a pas répondu à la prophétie. On peut ajouter encore que nos adversaires affirment gratuitement que les prophéties qu'ils citent ne se sont pas accomplies , et que de plus il ne leur était pas possible d'afÊrmer de telles choses, si, en effet, toutes les prophéties de l'Ancien et du Nouveau-Testament sont obscures et indéfinies, comment affirment-ils maintenant que l'événement n'a pas répondu à ces mêmes prophéties? Il faut qu'ici la mémoire leur fasse défaut (2) .

Uv. III , c. 5. vers. Vales,; celte ville se trouyait au-delà du Jourdain. Ce qui fut clair et précis poiu* tous les chrétiens de ce temps là, serait-il donc obscur pour Vegscheider?

(1) Voy. saint Thomas , pass. cit., art. 4 ; il y prouve que quelqu'un peut être prophète, bien qu'il ne soit pas probe , puisque la prophétie a pour objet le salut et le bien du prochahi, et non l'utilité même de celui qui prédit. Certes, d'après les paroles de Jésus-Christ, Matth., VII, 22, il y aura des impies qui dirout un jour : N'avons-nous pas prophétisé en votre nom?

(2) Nous observerons ici, en passant, qiTe les protestants sont dans l'usage de ne citer l'Ecriture qu'en indiquant les chapitres et les versets seuls. Us en

Rép. 4. N. Cette assertion de nos adversaires, qui est eu contradiction avec toutes les règles de la critique, le consentement et le témoignage des nations juives et chrétiennes est entièrement gratuite. Il faut remarquer ici que parmi les prophéties des écrivains juifs , que notre auteur accuse d'avoir été écrites avec adresse après l'événement, il y comprend aussi ce qui est écrit dans saint Matth., c. XXIII, v. 35. Comme toutes ces choses sont bien unies entre elles ! J'ajoute : Du moins, ces prophéties qui ont été simulées après l'événement devraientelles être claires et catégoriques? Pourquoi donc notre adversaire alïirme-t-il qu'il n'y a aucun oracle de ce genre? Ces mensonges ne sauraient avoir de consistance.

Rép, 5. Z). Dans le sens et suivant le sentiment de notre adversaire, C. en soi-même, iV. Il y a assurément un moyen facile de décliner la force des prophéties ; c'est que si elles sont claires et qu'il ne soit pas possible de leur échapper, d'affirmer gratuitement qu'elles ont été simulées après l'événement; quant à celles qu'il n'est pas possible d'éluder, il faut leur assigner un sens particulier contraire à celui que leur ont donné les écrivains sacrés, et affirmer ensuite qu'on leur a donné une autre signification pour la faire concorder après Févénement avec d'autres objets. Mais ici encore notre auteur n'est pas d'accord avec lui-même. Car dernièrement il a compris parmi les prophéties qui ont été simulées après l'événement, ce qui se lit au chapitre IX de Daniel, et maintenant il le comprend parmi celles dont le sens a été détourné de la signification native après l'événement. Ajoutez encore que le psaume seizième , qui est le auinzième dans la Vulgate, a été

agissent ainsi pour deux raisons : 1« pour jeter de la poudre aux yeux des gens simples , et pour couvrir plus facilement leur mauvaise foi ; 2» pour montrer leur talent à traduire les Ecritures. Mais la première de ces raisons est indigne d'un écrivain ingénu ; la seconde est puérile , puisque tout le monde peut en faire autant à l'aide d'une concordance. Maintenant, pour donner une preuve de la mauvaise foi de Wegscheider, et de la gratuité de ses assertions dans les passages cités , j'observerai que le chapitre 39 d'Isaïe concerne la ruine des Juifs, et qu'il s'est accompli à la lettre; que le chapitre 34 concerne le châtiment des peuples de la part de Dieu, châtiment qui s'exerça pareillement sous les Ghaldéens; le chapitre 64 a pour objet le triomphe de Jésus-Christ sur ses ennemis et l'abandon du peuple juif, qui s'est aussi accompli; le chapitre 6G a pour objet la vocation des Gentils, et l'abandon et la réprobation dos Juifs ; le chap. 2 de Daniel concerne la vision de Nabuchodonosor et les quatre monarcliies. Mais cette prophétie ne s'estelle pas accomplie? Nous dirons, pour ne pas nous arrêter à toutes ces difficultés, qu'il faut y répondre de la môme manière. Et, en attendant, à un forfait reconnaissez-les tous!

interprété par saint Pierre, de la résurrection de Jésus-Christ dans le sens admis par la synagogue elle-même, autrement il ne l'aurait pas rapporté ouvertement. Quant au psaume XXII (1), le verset cité doit s'entendre de la passion de Jésus-Christ, comme l'indique la chose elle-même, de même que l'explication admise par la synagogue, etc. On peut en dire autant des autres passages cités.

Rép. 6. N. Complètement. C'est ici une nouvelle invention de notre adversaire. Jésus- Christ, dans les passages cités, dit seulement : Parmi les enfants des femmes il n'en est pas né de i')lus grand que Jean-Baptiste; ou, comme le dit saint Luc, il n'y a pas de plus grand prophète parmi les enfants des femmes que Jean-Baptiste (2) . Chacun comprend qu'il ne faut pas entendre cela dans un sens peu honorable pour les prophètes, auxquels Jésus-Christ lui-même en appelle souvent (Luc, c. XrV, V. 25 et 27; Jean, c. VI, v. 45 et ailleurs). Quant à la confirmation de cette même preuve : Les apôtres eux-mêmes ont confessé que les prophéties étaient obscures, etc. iV. Les

(1) n est convenable de donner ici un nouvel échantillon de l'innocence et de la pudeur des rationalistes , comme aussi des vastes connaissances bibliques que quelques personnes leur attribuent, Wegscbeider met au nombre des prophéties supposées le chap. XXXIX de la Genèse; mais ce chapitre ne contient aucune prophétie, il est entièrement historique ; il rappelle comment la chasteté de Joseph fut mise à l'épreuve. Sur quoi s'est fondé Wegscbeider, poiu* se persuader que les prophéties qui aimoncent la supériorité du peuple juif sur leg Iduméens sont autant de prédictions supposées (Gen., 15, 23, 17, 27, 28, 29)î Je l'ignore entièrement. 11 faut en dire autant de l'interprétation des songes des eunuques de Pharaon par Joseph, dans sa prison, et des bénédictions des enfants de Jacob par leur père (Gen., 40) (ibid., 49) , au moment où il allait mourir. Comment le temps, les écrivains, les circonstances ne l'auraient-ils pas fait connaître? Mais venons-en à Daniel (c. VII, jusqu'au XII); Porphyre , longtemps avant les rationalistes, pensa que ces chapitres avaient été ajoutés au texte, du temps d'Antiochus, par un Juif du nom d'Epiphane. Mais, sans compter la tradition des Juifs, qui possédèrent toujours le livre de Daniel , le vam subterfuge de PorphjTe est réduit à néant par le témoignage do Flavius Josèphe , qui rapporte (Archael., liv. XII, dern. c.) que les Jaife montrèrent à Alexandre -le -Grand, lorsqu'il vint à Jérusalem, le livre de - Daniel, et qu'ils lui firent voir la prophétie par laquelle il annonçait que le roi d*»» Perses serait vaincu par les Grecs , et cette prophétie se trouve dans le i;hap. YIII, p. 581, tom. I, édit. Havercamp, Amsterd., 1726. Or, Alexandre vécut plus de 150 ans avant Antiochus; il n'a donc pas été possible de supposer le livre de Daniel , non plus que les chapitres en question , au temps d'An+iochus. Ainsi s'évanouissent les vaines suppositions de Porphyre, tristeineut ré."3i»nfféps par Wegsclioider. Voyez en outre le livre intitulé l'Authenticité d£ Daniel démontrée, par Ernest Wilhelm-Heugstemberg , Berlin, 1831, in-8.

(2) Maldonald observe ici qu'il s'aait d'une comparaison de la sainteté de /ÉsiLs-Cùluist, et non du pouvoir propliélique,.

92 TFxAITÉ DE LA VRAIE RELIGION. CHAP. m.

apôtres n'ont jamais dit cela, et notre excellent rationaliste commet ici un mensonge. L'Apôtre dit (I Cor., c. XIII, y. 9) : Nous connaissons en partie et en partie nous prop)hétisons (1) ; saint Pierre dit au contraire (II, 1, 19) : Nous avons un enseignement p^rophétique qui est plus solide; si vous vous y attachez comme à une lumière qui brille au milieu des ténèbres, vous faites bien, au point qu'il préfère la prophétie à la vision dont il avait joui sur la montagne. Il est écrit au livre des Actes, c. I, V. 7 : // ne vous appartient pas de connaître les temps ou les moments qui sont au pouvoir du Père. C'est pourquoi si notre adversaire n'abuse pas ici de l'autorité des Ecritures et de la bonne foi du lecteur, s'il n'en impose pas aVec audace aux ignorants , je ne sais vraiment pas qui on pourra accuser de le faire.

Rép. 7. iV. L'impiété de notre adversaire, outre sa fausseté, se manifeste ici, car il représente Jésus-Christ comme un séducteur qui a abusé de la simplicité 4es Juifs. Et ce sont là des hommes qui se glorifient du nom de chrétien , et ils peuvent impunément enseigner la théologie dans les académies ! Comme il n'apporte ici aucune preuve à l'appui de son impudente assertion , il n'est pas de raison pour que nous passions notre temps à lui répondre (2).

Inst. 1 . Le style des prophètes varie selon la nature de leur esprit et de leur éducation. 2. Il leur faut pour prophétiser un certain apparat, comme cela a eu lieu pour Elisée (IV, Rois, c. III, 15). 3. Il y avait chez les Hébreux des écoles de pro-

(1) L'Apôtre préfère ici la vision béatifîque à la prophétie, et la raison, c'est qu'elle sera plus éclatante. Voyez Bernardin Piquigny, triple commentaire; saint Paul parle donc ici seulement d'une manière relative.

(2) Voilà ce qu'il écrit dans la note (o) : Ainsi Josèphe, suivant le mode d'iU" terpre'tafion admis parmi les Juifs, aj)plique à Vespasien les prophéties relatives au Messie (Guerre des Juifs, liv. VI, § 4). Cyrille de Jérusalem pt^étend aussi que sa destinée a été j^rédite par les prophètes, Sozom., Hist., liv. IV, 5; Ammon, Biblioth. théol.. Il, 86 et suiv.; Eiclihorn, Briève exposition du rationalisme, 221 et suiv. Mais si Josèphe, par le comble de la flatterie, a appliqué à Vespasien , contre l'opinion générale de sa nation , les prophéties relatives au Messie, Jésus-Christ a-t-il donc fait comme lui? 0 dialecti(iue admirable des rationalistes! Quant à Cyrille de Jérusalem, il est faux qu'il ait pensé que les prophètes aient prédit ses destinées; Sozomène n'en fait point mention; il ne rapporte que l'apparition d'une grande croix lumineuse , qui parut pendant plusieurs heures dans les airs {que les rationalistes voient si les miracles ont jamais manqué à l'Eglise catholique) ; il ajoute qu'il y en eut qui affirmèrent que cette apparition avait été prophétiquement prédite dans les saintes Ecritures. Voilà la confiance qu'il faut avoir à Ammon et à Eichhom, etc., que l'on considère comme les fondateurs du rationalisme!

phètes où on enseignait l'art de prophétiser; de là la foule des prophètes qui vint à la rencontre de Saûl (I Roi, X) ; 4. de là , certains d'entre eux, emportés par l'enthousiasme , se rendaient coupables d'actions indécentes, tel que marcher nu (Is., c. XX). Donc la prophétie ne peut pas être attribuée à la révélation divine.

RéjD. 1. Obj, Le style des prophètes est divers parce que probablement Dieu, le plus souvent, ne révélait aux prophètes que le sens et non chacune des paroles de leur prophétie, C. autrement, subcUst. Parce que Dieu, en dictant les paroles qu'il mettait dans la bouche des prophètes, se prêtait au caractère de chacun d'entre eux, C. parce que les prophéties n'étaient pas son œuvre, N. L'homme, dit saint Thomas, ne change pas de caractère par l'opération divine relative à la prophétie (1).

Rép. 1. N. Le cas du prophète Elisée, que Ton met ici en avant, est unique et particulier. C'était pour calmer son esprit et non pour l'exciter à prophétiser qu'il eut recours aux sons de la harpe.

Réjj. Z. D. Pour élever pieusement les jeunes gens, parmi lescjuels Dieu , de temps en temps , en choisissait pour annoncer l'avenir, C. Pour apprendre l'art de prophétiser, N. Nous remarquons ici, en passant^ avec Bergier (2), que le mot prophète

(1) Saint Thomas, pass. cit., art. 3, 1. Voyez aussi Huet, Démonst. évang., prop. VIII, qui, pour rendre compte dans l'opinion de l'inspiration des paroles mêmes, de la diversité de style des prophètes, se sert de cette admirable comparaison : Comme le vent , en passant dans les divers tuyaux d'un orgue, produit des sons divers, de même, bien que l'inspiration vienne du même esprit, le langage varie suivant que diffère le caru-- jre, etc. Au reste, les sentiments sont divisés sur ce point, savoir, si l'inspiration s'étend aux paroles ou seulement au sens.

Le concile de Trente n'a pas voulu trancher la question ; il déclare seulement que Dieu est l'auteur des deux Testaments. Il y a siu* ce point plusieurs sentiments. Parmi les théologiens , Lessius et Amélius , de la S. de J , soutiennent cette thèse : Pour qu'un livre soit Ecriture sainte, il n'est pas nécessaire que chacune des paroles qu'il contient soit inspirée. Les théologiens de Louvaha et de Douai marquèrent cette thèse à l'encre noire. Mais cette censure ne fut approuvée ni par le reste des catholiques, ni par l'Université de Peiris, ni par le souverain Pontife. Sont de l'avis de Lessius et d' Amélius, parmi les jésuites, Bellarmin, Mariana, Corneille à la Pierre, Bonfrère, etc.; et, parmi les autres, Melchior, Canus, Contenu 3nius , Calmet; c'est môme l'opinion la plus commune. Voy. la diss. de Calmet sur l'Inspiration, etc., comme aussi ce qu'il dit sur la II ép. de saint Pierre. Holden est allé plus loin encore.

(2) Traité, etc., tom. Vil, c. 7, art. 1, § 1. John a dit aussi beaucoup de choses sur ce point, voy. Introduction aux livres de l'Ancien et du Nouveau- Testament , § 83 ; mais il faut se défier de cet auteur aui sowvp.ut *p rapproche des protestantâ des sociétés bibliques.

ne se prend pas toujours de la même manière dans les Ecritures. Car quelquefois on donne ce nom aux orateurs, et c'est dans ce sens qu'on appelle Aaron le prophète de Moïse; on donne aussi quelquefois ce nom à ceux qui s'appliquent à chanter les louanges de Dieu; c'est à ce titre que Saûl fut compris parmi les prophètes, ou comme prophétisant dans son palais, pendant que David jouait de la harpe; on donne aussi ce nom aux docteurs et aux interprètes de la loi; c'est dans ce sens qu'on donne à certaines personnes le nom de fils , c'est-àdire de disciples des prophètes , et c'était ceux qui apprenaient cette science de ces mêmes docteurs ; il en était même quelquesuns qui étaient éclairés par une lumière divine. Si les incrédules eussent distingué avec soin ces choses là, ils se seraient bien gardés de compter la prophétie au nombre des arts humains. Rép, 4. D. D'après le sentiment préconçu de nos adversaires, C. En soi, N. Isaïe, en effet, s'avança au milieu du peuple , revêtu seulement de son habit de dessous , après avoir quitté son manteau , afin d'exprimer symboliquement les calamités dont étaient menacés les Egyptiens et les Ethiopiens. Les Orientaux disent de celui qui n'est revAtu que de ce dernier vêtement, qu'ils appellent éhrom, qu'il est nu; les habitants des campagnes , dans l'Orient, sont encore de nos jours revêtus de la sorte, de même que les pèlerins qui visitent à la Mecque le tombeau du faux prophète, sans que pour cela les personnes qui les voient s'en offensent (1).

(1) Jansseus , Herm., tom. I , n. 319 ; cet auteur s'est écarté en certains points de la vérité , mais il a été justement corrigé par Amand de Sainte- Croix, prêtre du diocèse de Li^ge (Remarq. sur le même auteur, Mons, 1820). On voit par là ce qu'il faut répondre aux railleries de Voltaire , lorsqu'il parle eu pain d'Ezéchiel, et qu'il nous le représente recouvert d'excréments humains ou de fiente de bœuf (Ezéch., IV, 12). Voltaire ne remarque pas que Dieu ne donna jamais cet ordre au prophète , et que ce n'était que pour exprimer la pénurie de bois, à laquelle les Juifs seraient réduits pendant la captivité ; voilà pourquoi Dieu lui commande de faire cuire du pain avec du fumier desséché , soit d'homme , soit de bœuf. Voici les paroles du texte : Coque illurn sub cincribus cum hominis cxcremento : faites-le cuire sous la cendre, avec de l'excrément humain; ajoutez : faites-le cuire.... Les interprètes chaldécns et grecs l'entendent dans le même sens. Mais de nos jours encore, dans l'Egypte et dans l'Orient, les pauvres font souvent cuire leur pain avec de la fiente de bœuf ou des excréments desséchés, Voy. Corneille à la Pierre, La 15riiyère , Voyarjes au Levant, t. I, p. 230; Tournefort, tom. m, p. 100, 122, 123, 136; Pietro deUa Valle, p. 1, let. 2; Garnclle Carrori, Voyage autour du monde, tom. II, 57; Calmet, Lamy, Préparation à la Bible etc.; Guénée, Lettres de Quelques Jui^s, tom. II, lett. IV, § 7, p. 244, édit. Lyon, 1823

Objections tirées des 'prophéties des païens,

Obj. 1 . Il n'y a pas de religion qui n'ait ses prophéties ou ses oracles ; 2 et si on les compare avec les prophéties tirées de la Bible j c'est à peine si on y remarque quelques différences. 3. Les oracles de Jupiter, de Dodone à Canina en Epire, sont très-célèbres , comme aussi ceux de Jupiter- Ammon en Lybie , d'Apollon à Délos , à Delphes et en d'autres endroits ; ceux de Latone enEgypte, qui portaient le nom d'oracles sébennitiques, et une foule d'autres qui ont été réunis et exposés avec une science profonde par Mussardem (1), et les païens en atterfc^ daient, et le plus souvent en obtenaient des prophéties, c'est-* è-dire la réponse à des choses complètement indépendantes des connaissances humaines. 4. Il n'y a donc rien d'étonnant que les païens les aient crues comme des choses inspirées de Dieu. 5. Les vers sibyllins, admis des chrétiens et des païens, sont très-connus. 6. On ne peut pas nier au moins que les démons n'aient pu prédire ce qu'ils devaient faire eux-mêmes. 7. Par conséquent, on ne peut pas toujours considérer la prophétie comme une preuve indubitable de la divinité d'une révélation surnaturelle. Donc :

Bép. 1. D, Vraies ou simulées, C. vraies, subdist., qui toutefois ne surpassent pas la science ou les conjectures naturelles, C. telles que nous les défendons, iV. L'antiquité tout entière ne nous fournit aucun exemple d'oracles qui aient pour but de confirmer une fausse religion , et qui soient revêtus des caractères que nous avons précédemment exposés.

Rép, 2. iV. H y a en effet plusieurs différences entre les oracles païens et les prophéties de la Bible ; car, bien que nous admettions (ce que nous considérons comme vrai, à cause du témoignage manifeste des Pères) avec le P. Baltus, S. J., contre van Dale et Fontenelle, qu'il ne faut pas attribuer tous les oracles des païens à la supercherie de leurs prêtres , nous sommes cependant en droit d'affirmer qu'il est des marques caractéristiques qui distinguent essentiellement les oracles du paganisme de ceux de la Bible. Car, pour ne pas m'occuper des autres, les oracles et la divination n'étaient l"" que des prédictions particulières, qui n'avaient entre elles aucune espèce de

(1) Dans son histoire des dieux fatidiques, des devins, des sibylles et des prêtresses d'Apollon, renommés dans les anciens temps, Cologne, 1G75.

liaison ; 2° elles ne concernaient que des événements qui devaient s'accomplir sous peu, et qui avaient pour objet l'intérêt de certaines personnes et de certaines villes ; et 3° ils étaient si ambigus, que tout ce qui arrivait paraissait avoir été prédit (1). Yoilà ce que Cicéron écrit des oracles les plus célèbres d'Apollon (2) : Mais je viens enfin à toi, saint Apollon Car

Chrysipe a écrit sur tes oracles tout un volume; sur tes oracles, qui sont en partie faux , comme je le pense , et qui sont aussi en partie vrais, par un effet du hasard, comme cela arrive très-souvent pour tout espèce de discours ; ils sont en partie ambigus et obscurs, au point que l'interprète a besoin lui-même d'être expliqué , de sorte que le sort lui-même doit être rapporté au sort; il sont en partie ambigus, de sorte qu il faut les soumettre aux règles de la dialectique. Les prophéties de la Bible, au contraire : 1° sont nombreuses, elles s'enchevêtrent parfaitement les unes dans les autres ; 2° elles ont une fin commune, grande et digne de Dieu; 3° elles ont pour objet des faits qui doivent s'accomplir dans la postérité la plus reculée ; et 4° elles ne sont nullement ambiguës , elles sont parfaitement déterminées, expliquées par les accessoires qui les entourent; et elles ont toute la clarté aue l'on peut exiger en semblables

(1) Presque tous les oracles du- paganisme doivent être attribués à la supercherie des prêtres, dit van Dale (Oracles païens, diss. II); Fontejaelle est du même avis [Rist. des temps fabuleux, c. 7); il en est, parmi les modernes , quelques-uns qui ont partagé ce sentiment , tel que Jansseus , ouv. cit. Mosheim, dans ses notes sur Cudworth, a pris un juste milieu, disent qu'on ne peut rien assurer de certain de l'une et l'autre opinion. Mais P. Baltus a vigoureusement combattu van Dale et ses partisans, et, pour cela, il s'est appuyé de l'autorité de tous les anciens païens , sauf Plutarque , de celle des saints Pères, surtout de Justin, Tertullien, Gyprien, Athanase, Lactance, Augustin, qui disait : La loquacité des simulacres des dieux s'est tue comme un orgue dans lequel on cesse de souffler, dès que les chrétiens en ont eu chassé les démons; c'est ce que les anciens apologistes, et surtout Tertullien et Cyprien, leur reprochaient; il y avait même quelquefois des faits d'une certitude éclatante , des témoins immédiats ; tel fut saint Jean Cbrysostôme , pour le silence de l'oracle d'Apollon, à l'occasion de la translation des reliques de saint Babylas, etc., au point que Fontenelle a été obligé de donner gain de cause k son adversaire par ce joyeux adage . Le diable a gagné sa cause. Bergier fait justement observer que personne n'a osé réfuter le P. Baltus; aussi le P. Berthier, S. J., en concluait légiLimeraent : La vénération que nous devons avoir pour les Pères de l'Eglise ne nous permet pas de douter que les démons n'aient jjrédit certaines choses. La collection intitulée : Lettres édifiantes et curieuses, etc., cite une foule de prédictions faites par les idoles, et qui sont rapportées par des témoins oculaires. Voy. Amand de Sainte-Croix , ouv. contre Jansseus.

(2) De la divijiation, liv. II, c. 56, édit. Tours , 1831, tom. XIII.

matières. Telles sont les prophéties qui ont annoncé avec un concert admirable la série des événements relatifs aux Juifs et autres nations, depuis le temps d'Abraham, pendant vingtdeux siècles , et qui tendent à démontrer la mission divine des prophètes, et, par cette mission, la vérité de la doctrine d'un Dieu unique , qui fait tout , qui prévoit tout , doué de la sainteté la plus grande; doctrine que les Hébreux ont conservée jusqu'à l'avènement du Messie , qui devait naître de la postérité de David , et qui devait en donner la connaissance à tous les peuples de la terre. Ces prophéties ne sont pas génériques , elles sont nombreuses, et, avec leurs accessoires de temps, de lieu, de personnes, elles sont claires, évidentes et sans ambages. Nous en avons donné précédemment plusieurs exemples lorsque nous combattions les rationalistes; on peut y ajouter, comme preuves , celles qui se trouvent dans la Genèse , CXII , XV, V. 4 et 5, XYII, 4, 8, etc.; ceUes d'Isaïe, XXI; de Jérémie , L et LI , qui ont pour objet la dévastation de Babylone par les Mèdes et les Perses ; si on leur compare le récit de Xénophon (1), il semble que l'historien n'ait fait que commenter ces mêmes prophéties , tant tous leurs accessoires se sont littéralement accomphs. Nous en passons sous silence un grand nombre d'autres qui ne sont ni moins claires ni moins bien caractérisées, et nous agissons de la sorte pour ne pas fatiguer par de trop grandes longueurs, car les pages de l'un et l'autre Testament sont pleines de prophéties de ce genre.

Rép. 3. Ce que nous venons de dire nous indique ce qu'il faut ici répondre. J'ajoute : Ce ne sont pas les seules notes internes qui établissent une différence essentielle entre les oracles de la Bible et ceux du paganisme, comme le prouve ce que nous avons dit précédemment; les accessoires extérieurs les distinguent aussi d'une manière parfaite : 1. car plusieurs des oracles ou des divinations du paganisme étaient l'œuvre de l'art. 2. Les oracles des païens se rendaient en certains lieux déterminés, tels les oracles des Grecs à Dodone, Delphes, Délos, etc., au point que l'on peut en compter trois cents au moins dans l'univers entier; de plus, ils ne se rendaient qu'à certaines parties déterminées de l'année ; ils dépendaient aussi des vapeurs qui s'échappaient des antres souterrains ; les pythies entraient en fureur après avoir mangé des baies de cer-

(1) Cyropédie, liv. VII, c. 6.

tains fruits ou s'être couronnées de lauriers; c'était surtout ce qui avait lieu pour le trépied de Béotie ; l'oracle de Dodone avait aussi , comme on le sait , une double origine ; la prêtresse de Thèbes formulait ses oracles dans la forêt de Dodone , au murmure d'un ruisseau ou d'après les retentissements d'une statue d'airain, le bruit d'un fouet d'airain ou des vases du même métal; les prêtres produisaient aussi leur» oracles dans certains chênes, etc. 3. Ce n'étaient pas seulement les oracles des païens, c'étaient encore les prestidigitateurs que l'on se conciliait par des dons et des présents , pour qu'ils proférassent des prophéties; ainsi les devins et les aruspices étaient, entre les mains des princes et des magistrats, des instruments dont ils se servaient pour faire courber les peuples sous les décrets qui émanaient de leur autorité. De là vient cette parole de Démosthènes : La pythie philippisant, 4. Les oracles et les devins de toute espèce furent crus de ceux qui vivaient de leur temps ; mais la suite des temps ayant fait connaître leurs fourberies et l'inanité de leurs prédictions , ils perdirent la confiance et tombèrent dans l'oubli. lien fut tout autrement des prophètes : 1. ils n'étaient attachés à aucun lieu; 2. ils étaient de toutes les conditions; 3. ils prédisaient sans aucune espèce d'appareil; 4. non-seulement il n'était pas nécessaire qu'on les en priât, mais ils prophétisaient même malgré les rois, les princes, le peuple, et, loin de s'attirer la louange ou des récompenses, ils devenaient le jouet de tout le monde , ils s'attiraient la haine, les persécutions, les menaces, les fers, la prison, ils exposaient leur vie, parfois même ils y trouvaient la mort. C'est ce qui fait dire à saint Etienne (Act., YII, v. 52) : Quel est celui d'entre lespro- 'phètes que vos pères ri ont point persécuté'} 5. Les hommes qui vécurent avec eux furent le plus souvent incrédules et ne crurent à leurs prédictions qu'après leur mort, lorsqu'il ne leur était plus possible de les tromper, c'est-à-dire quand, par la suite, leurs oracles s'accomplissaient; les événements donnèrent à leur prédiction une évidence telle , que beaucoup de païens reconnurent la vérité des prophéties bibliques (1).

Rép, i. D. Les hommes ignorants et qui n'ont pas de motifs suffisants, C. les hommes sages et savants, iV. Que l'on se rappelle ici ce que nous avons dit précédemment.

(1) Telle est la manière de voir de Jahn, ouv. cit., bien qu'il marche çà e^ là sur les traces des protestants des sociétés bibliques.

Rép. 5. i). Qu'elles aient été faites pour confirmer Terreur, Tr. autrement, N. Tout ce qui a rapport aux vers sibyllins qui sont perdus est obscur, incertain, il ne nous en reste que ceux que rapporte Virgile [EgL, IV) : Ultima Cumœi, etc., et qui contiennent une véritable prophétie relative à Jésus-Christ, quoique puissent en dire Heyne et ses adeptes (1). Les jugements des anciens sur ces vers ne sont pas tous les mêmes. Il est certains Pères qui pensent que Dieu a fait par les sibylles de véritables prophéties , comme il prophétisa autrefois par la bouche de Timpie Balaam. Ceux qu'a dernièrement recueillis, soit dans la bibliothèque des Pères, soit dans les manuscrits ambrosiens , comme dans ceux du ^ atican , et qu'a pubUés le cardinal Maï, sont apocryphes au jugement de tous les critiques (2).

(1) Epilogue de cette églogue : il y établit qiie le poète y a entassé les fantômes poétiques de l'âge d'or, pour établir un événement arrivé de son temps, et qu'il a désigné d'une manière plus obscure , parce qu'il a changé en prophétie l'événement lui-même, et qu'il a exposé son sentiment avec les paroles et les images des prophètes. Ensuite , après avoir exposé la théorie des prophétie, admise parmi les siens, il en conclut qu'elles viennent de l'espoit d'un âge meilleiu? : « Toutes les descriptions de ce genre qui nous restent et » qui peignent im nouveau bonheur, soit qu'elles nous viennent de poètes grecs, » orientaux ou romains , elles se ressemoleut presque toutes ; partout ce sont » des bêtes fauves apprivoisées, des serpents inoffensifs, des fruits venus sans » culture, une mer tranquille, des dieux habitant sur la terre, etc.. » Par ces mots , il fait assez clairement allusion à Isaie, qui , de son avis , a décrit lui aussi cet âge d'or. Mais pourquoi attendre de ces écrivains profanes et privés du sens religieux quelque chose qui ne sente pas la sagesse de la terre ? Mais comment un sentiment si généralement connu de tous les peuples n'auraitril pas une source première de laquelle il découle?

(2) Voy. Galland, tom. I, Bibl. P^e prolég, c. XVI, il y prouve que l'auteur des vers sibyllins est un chrétien circoncis, qui les a publiés en l'an 138. Quant aux anciennes sibylles et à leiu's vers , elles sont enveloppées du voile le plus obscur. M. Pierre Petit, dans sa savante dissertation des Sibylles, les réduit à une seule , et il pense qu'elle s'est tour à tour appelée Sibylle de Delphes, d'Erithréc, des Gimmériens, de Cumes, de Samos, d'Hellespont, de Lybie , de Perse , de Plu-ygie, de Tiburce , du nom des divers lieux qu'elle a habités. 11 pense qu'elle étciit grecque d'origine , parce que tous ses oracles sont écrits en langue grecque , qu'elle naquit à Erythrée en Asie , dans une ville appelée Hiérophile , et qu'elle mourut à Cumes en ItaUe. D'autres auteurs ont opté pour le sentiment de Varron, qui en admet dix; au reste, des dix, celle de Cumes est la plus célèbre. Tarquin-le-Grand acheta à grand prix les trois livres qu'elle avait composés, et il les déposa au Capitole, dans un étu de pierre précieuse ; et les Romains consultaient ces livres dans les dangers éminents de l'Etat. Le Capitole ayant été consumé par les flammes, sous Sylla, soixante-seize ans avant Jésus-Christ, le sénat envoya en Grèce et en Asie pour faire recueillir des verssibyllms tout ce qu'on pourrait eu trouver; ces messagers rapportèrent à Rome mille vers considérés comme prophétiques , et lorsqu'on eut réédifié le Capitole , ou les y plaça ; voilà comment

Rép. 6. D. Si Dieu le leur eût permis, Tr. autrement, N, Or,: que l'on se rappelle ce que nous avons dit des miracles, au point de vue des attributs moraux de Dieu.

Rép. 7. iV. Par le fait même qu'il y a des pièces de monnaie fausses, il ne faut pas rejeter toutes les pièces de monnaie; il faut bien plutôt conclure de ce qu'il y en a de fausses , qu'il en existe de vraies.

I. Inst. 1. Il est constant, d'après des historiens dignes de foi, que les païens ont eu certains augures et certaines prophéties faites longtemps à l'avance , et qui se sont accompHes dans leurs plus petits détails. 2. Telle fut, au rapport de Varron (1), la prophétie de Vetius, sur la durée de l'empire romain pendant douze siècles, prophétie qu'il tira des douze vautours vus par Romulus. 3. Telle fut celle d'un certain Germain qui, au rapport de Flavius Josèphe (2), avait prédit et le règne et la mort d' Agrippa, d'après un hibou qu'il avait aperçu volant dans les airs. 4. Telle fut celle de Thamus, qui, au rapport de Plutarque , reçut d'une voix inconnue l'ordre d'annoncer la mort de Pan au port de Palade (3). 5. Il n'y a rien d'extraordinaire à cela , puisqu'il est un certain nombre

on rend compte des vers sibyllins cités par Virgile; puisqu'au rapport de Tacite, Hist., liv. V, c. 13, et de Suétone, liv. X, c. 4, on croyait, dans tout l'Orient, d'après une tradition constante, qu'un roi puissant sortirait de la Judée, et qu'il s'emparerait de l'empire du monde; et que c'est cette tradition qui se trouve dans les vers sybillins , et qui est citée par Virgile. Les vers sibyllins se divisent en trois classes , d'après Guillaume Beveregius ; la première comprend ceux qui furent brûlés l'an 76 avant Jésus-Christ , et c'étaient les véritables vers sibyllins ; la seconde comprend ceux qui furent recueillis par les Romains , dont Plutarque , Varron et Virgile citent des fragments , et que Stilicon, au rapport de Rutilius Numatianus, Itinér., liv. II, fit brûler au 5e siècle ; la troisième classe enfin comprend ceux qui se trouvent dans le tom. I de la Biblioth. des Pères, et auxquels il faut ajouter ceux qu'a publiés le G. Mai. Parmi les Pères, ceux qui les ont cités sont Justin, Athénagoras, Théophile d'Antioche, Lactance, etc.. Voy. Gelse, dans Origène, liv. V, n. 61, et liv. VII, n. 56; il appelle les chrétiens sihyllistes, parce qu'ils citent leurs vers et s'appuient de leur autorité ; voy. Bevereg., Cod. con., liv. I, c. 14, tom. II, sur saint Grég.; Tradit. apost., sur la divinité de Jésus-Christ, etc., c. 4, § 3 et suiv.; Collect. des Pères apost. de J.-B. Gotelerius, Anvers, 1698; Fabric, Bibl. grec, tom. I, c. 29, p. 227 et suiv., édit. de Hamb., 1790; mais ce sont surtout les auteurs catholiques cités par Galland, pass. cit., et Prudentius, Varron, Maurin, Préf. de saint Justin, Paris, 1742, qui réfutent le» itcmbres des sociétés bibliques et les protestants futiles, qui prétendent que !a Sibylle parlait de l'âge d'or et non de Jésus-Christ.

(!) Antiq., Uv. XVIII.

(2) Archœol., Uv. XVIII, c. 6, n. 7; Coll., liv. XIX, c. 8, 2.

(3) Défect. des oracles.

de Pères de l'Eglise qui attribuent la prophétie à des causes naturelles. 6. Tel est saint Grégoire-le-Grand (1) : La puis-* • sance des âmes prévoit quelquefois, par sa perspicacité , cer^ tains événements futurs; et il le prouve par des exemples; ■ et 7. les âmes humaines, écrit saint Augustin (2), en se soustrayant aux sens corporels, peuvent prévoir certaines chosesà venir. 8. C'est aussi ce que font parfois les somnambules. Donc :

Rép. 1. N. Cette assertion est toute gratuite, comme nous le prouverons dans nos réponses à chacun des faits objectés.

Rép. 2. /). De manière que l'événement ait prouvé la fausseté de l'augure, C. autrement, Tr. Car l'empire romain d'Occident a duré plus de douze siècles après la fondation de la ville de Rome , et l'empire d'Orient a duré environ neuf siècles de plus. Mais, s'il n'est ici question que de la ville elle-même, l'augure est encore en défaut , car Rome est encore debout.

Rép, 3. iV. H est clair, en effet, que Josèphe a ici, comme pour certains autres faits, tenté de faire accepter une fable ou une invention de son esprit, comme l'indique soit la nature du récit lui-même, soit les paroles des Actes des apôtres, c. XTT, V. 23 , où la mort d'Hérode Agrippa est attribuée à une toute autre cause, car y il est dit qu'il fut frappé par un ange. On peut consulter sur ce point, non-seulement l'essai de Jean Hardouin sur les monnaies d'Hérode (Paris, 1693) , mais on peut aussi consulter l'anti van Dale , qui combat et réduit à néant ce récit de l'historien Josèphe (3).

Rép, 4. D. En tant que Dieu a contraint les démons à annoncer la défaite de l'idolâtrie par la mort de Jésus-Christ, C. autrement, Tr. Or, nous avons émis tous ces faits sous le point de vue historique , parce qu'ils ne sauraient soutenir les règles de la critique (4).

Rép. 5. Z). La prophétie dans un sens large, C. la prophétie dans un sens strict, N. Or, nous ne parlons que de celle-ci; on voit par conséquent ce qu'il faut répondre aux objections 6,

(1) Dialogues, liv. IV, c. 26.

(2 Explic. lut. de la Genèse, liv. XIl , c. 13.

(3) Origine et progrès de l'idol., c. 7, p. 137.

(4) Voy. Iluet, Démonst. év., prop. IX, c. 136; Cours complet d'Ecriture sainte, vol. II; Serry, exerc, 57, n. 8; Vossius, Théol. païenne, et Physiol. chrét., liv. VIII, c. 3, où il venge cette histoire de Plutarque , mais où il démontre qu'il s'agit, ou de la défaite du démon parla mort de Jésus-Clirist, ou de la mort de Jésus-Christ 1-ui-mème, voy. tom. V, Amsterd., 1700.

7 et 8, sans qu'il soit besoin de nous arrêter à chacune d'elles (1).

II. Inst. On peut dire avec Rousseau : Pour que les prophéties fournissent une preuve certaine de la révélation divine j elles doivent réunir les trois conditions suivantes : 1. il faut que nous soyons témoins de la prophétie au moment où elle est faite, pour ne pas être victimes de vaines fictions; 2. il ne faut pas seulement que nous soyons témoins de la prophétie , il faut encore que nous le soyons de son accomplissement; 3. il faut que nous soyons certains qu'il n'a pas été possible de prévoir l'événement par des moyens naturels , et que ce n'est pas par un elfe t du hasard qu'il concorde avec la prophétie ; or, cela ne peut presque jamais, pour ne pas dire jamais, avoir lieu. Donc :

Rép. N. Maj. et Min. Car la prophétie est un fait, son accomplissement est aussi un fait. Nous pouvons donc être certains de ces faits comme nous le sommes de tous les faits passés, quels qu'ils soient. Les saintes Ecritures nous fournissent un grand nombre d'exemples éclatants de prophéties où concourent , d'une manière admirable , les trois conditions énoncées, V. G. le triple reniement de Pierre, la résurrection de Jésus-Christ, la ruine de Jérusalem et du temple, pour ne pas en rapporter d'autres.

(1) Voy. saint Thomas, 2,2, quest. 172, art. 1, il y explique en ces termes les passages des Pères que l'on vient de citer : « La prescience prophétique » des événements futurs peut avoir lieu de deux manières ; on peut d'abord » les connaître en soi, on peut de plus les connaître dans leurs causes. Il n'ap- » partient qu'à l'intellect divin de connaître les événements faturs en soi, » parce que tout lui est préeent en raison de son éternité ; donc une telle » connaissance ne peut pas venir de la nature , elle est le fruit de la révéla- » tion divine. Mais l'homme peut prévoir natureUement , dans leurs causes, » les événements futurs. Ainsi un médecin prévoit qu'un malade guérira ou » qu'il mourra, parce qu'il sait que telles causes produisent tels effets. » Après avoir posé ce principe qu'il développe dans le corps de l'article , il répond comme il suit aux objections tirées de saint Augustin et de saint Grégoire-le- Grand : « L'àme , quand elle est détachée des corps , est plus apte à saisir » l'influence des substances spirituelles, comme aussi à percevoir les mouve- » ments subtils que les impressions des causes naturelles laissent dans l'imagi- » nation humaine, et que l'àme ne peut pas saisir lorsqu'elle s'abandonne aux » objets sensibles. » Et c'est pourquoi saint Grégoire dit que « quand l'ame p approche de la mort , elle saisit quelque chose de la subtilité de sa nature, » et cela , en tant qu'elle saisit les plus petites impressions , ou même qu'elle connaît les choses futures par une révélation angélique, mais non par sa propre puissance; parce que, comme le dit saint Augustin, liv. XII, c. 13, sur la Genèse: « S'il en était ainsi, elle pourrait connaître l'avenir, ce qui est » évidemment faux. » Nous avons voulu rapporter ce passage dans s-on entier, pour prouver que le docteur angélique avait déjà réfuté les diificultés tirées du somnambuUsme et du magnétisme, que nos adversaires fout sonner si haut.

EXISTE>XE d'une RÉVÉLATION. 103

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