CHAPITRE rV
EXISTENCE d'une RÉVÉLATION SURNATURELLE ET DWINE.
Si la révélation surnaturelle est possible , si elle est nécessaire , si elle est revêtue de certains caractères qui la font reconnaîtrej comme nous avons la confiance de l'avoir démontré dans les chapitres précédents , contre les déistes et les rationalistes , il nous reste à rechercher si Dieu a fait défaut à l'homme , ou s'il s'est fait son conseiller, en raison de sa bonté , par une révélation surnaturelle quelconque. Les déistes et les rationalistes le nient j et nous, nous l'affirmons. Il s'agit d'une question de fait y que par conséquent les monuments peuvent trancher. Moïse, les prophètes, Jésus-Christ, se donnèrent comme des messagers de Dieu chargés de faire connaître aux hommes la volonté divine ; par conséquent, si on peut étabhr par des monuments indubitables qu'en dehors de l'utilité et de la sainteté de leurs doctrines ils ont confirmé par des miracles et des prophéties la divinité de leur mission , il sera évident qu'ils étaient eux-mêmes les messagers de Dieu, et que la révélation ou doctrine qu'ils ont proposée aux hommes était divine, ou qu'il y eut et qu'il existe une révélation divine surnaturelle; c'est précisément là ce que nous allons prouver.
Mais, avant d'aborder cette tâche, nous observerons : 1. que, pour nous , l'existence de Moïse , des prophètes et de Jésus- Christ, comme aussi la vérité et l'authenticité des livres de l'un et l'autre Testament sont une chose certaine, inébranlable. Que celui cpii veut connaître les raisons de notre croyance s'adresse à un professeur d'Ecriture sainte. 2. Que Jésus-Christ est la fia de la loi mosaïque, ca?' Jésus-CJwist était la fin de la loi (1), et cpi'iî est le centre d'une loi unique , qui devait exister selon son bon plaisir ; qu'il est le maître de cette religion véritable qui a commencé avec le monde, et qui doit subsister jusqu'à la consommation des siècles ; que Moïse et les prophètes ont prédit
(1) Epist. Rom., X, f\. Celui qiii se donnera la peine de lire le texte grec verra combien est futile la difficulté de Rosenmuller, qui traduit par ces mots : « Car Jésus-Christ a détruit la loi mosaïque. » En traduisant ainsi, il n'est pas d'objection que Von ne puisse faire.
son avènement , et qu'à ce même avènement devait cesser tout l'appareil et toute l'économie de la loi mosaïque ; que la synagogue devait être répudiée; que toutes les nations devaient être appelées à la connaissance d'un seul Dieu, comme aussi à la croyance en son médiateur. Nous traiterons, ex professa, de toutes ces choses dans le traité de l'Incarnation. Par conséquent, si nous démontrons par les miracles et les prophéties, et par l'accomplissement des prophéties anciennes , que Jésus- Christ a mises en avant pour prouver la divinité de sa mission , qu'il a été envoyé de Dieu; et si, de plus, nous confirmons cette mission divine de Jésus-Christ, soit par la sainteté et l'utilité de sa doctrine , soit par la propagation merveilleuse de la religion qu'il a établie , soit par la constance des martyrs et la conservation de l'Eglise; nous ferons en même temps trois choses, nous obtiendrons un triple résultat : 1. nous démontrerons directement, contre les déistes et les rationalistes , l'existence d'une révélation divine et surnaturelle faite par Jésus-Christ dans le Nouveau-Testament, et nous démontrerons aussi l'existence d'une semblable révélation faite indirectement dans l'ancienne loi par l'intermédiaire de Moïse et des prophètes; 2. nous convaincrons les Juifs de perfidie; 3. nous convaincrons les mahométans et les païens de superstition. Nous avons donc résolu de suivre cette marche dans les propositions que nous allons établir, comme étant et plus courte et plus apte à nous conduire au but que nous désirons atteindre.
PREMIÈRE PROPOSITION
Jésus-Christ a prouvé la divinité de sa mission par les miracles et les prophéties; mais il l'a surtout prouvée par sa résurrection d'entre les morts; ou Jésus-Christ a fait une révélation divine et surnaturelle dans le Nouveau-Testament,
I. La mission de celui-là est divine et surnaturelle , qui est prouvée par des miracles indubitables et par des prophéties que l'on ne saurait nier : mais elle l'est bien davantage si des miracles et des prophéties ont été faits pour confirmer la vérité de sa mission, et que ces miracles soient accompagnés de toutes les circonstances, de temps, de lieu et de personne ; de manière qu'il n'y ait eu ni fraude ni supercherie ; que toute espèce d'hallucination ait été impossible, de même que toute espèce
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d'hallucination. Or, Jésus-Christ a démontré clairement qu'il avait reçu sa mission de son Père. La majeure est évidente, d'après ce que nous avons dit précédemment.
Nous allons prouver la mineure dans ses diverses parties. Et 1 . les miracles de Jésus-Christ furent nombreux ; ils ne furent ni suspects ni opérés en secret; il les faisait dans les bourgades, dans le temple, dans les villes les plus célèbres, par le concours du peuple ; il les opéra , pour la plupart , devant des foules nombreuses (Matth., lY, v. 23, c. XI, v. 5, etc.; Marc, c. I, V. 32, II, V. 2; Luc, YII, v. 12, etc.). Ils eurent parfois pour témoins des hommes illustres par leurs richesses, leur dignité et leur naissance (Matth., c. YIII, v. 5; Marc, c. V, V. 22 et 25; Jean, c. IV, v. 46 et ailleurs). Ils étaient connus dans tout le pays et de tout le monde, au point que quelquefois on les soumettait à une action publique ( Jean, c. IX, V. 13; c. XI, V. 47 et suiv. ), ou ils excitaient l'envie des hommes les plus élevés, et la curiosité du roi (Matth., c. XXYII, V. 18; Luc, c. XXIII, v. 8 ), au point que, s'il y avait eu quelque fraude, les hommes les plus habiles l'auraient aussitôt découverte , et nécessairement ils l'auraient fait connaître aux autres par leurs enseignements (1).
2. La multitude des prodiges opérés par lui fournissait aussi une occasion d'en rechercher la vérité ; et ses actes , réitérés si souvent, faisaient disparaître toute espèce de danger, de supercherie; car si on eût découvert dans un seul une œuvre de prestidigitation , tous les autres auraient été suspectés , vu surtout que Jésus-Christ les faisait pour prouver sa mission, et que, par eux, il provoquait ses adversaires (Jean, c. V, v. 36, c. X, V. 37 et 38 ; Matth., c. XI, v. 4, et suiv. ).
3. Enfin, ces événements étaient du nombre de ceux qui se prouvent par le témoignage des sens, au point que l'homme le plus grossier pouvait être apte à en rendre témoignage ; c'étaient des maladies de toutes espèces guéries d'un seul mot ; c'étaient des membres dont on avait perdu l'usage , qu'il rendait à un grand nombre d'hommes ; c'étaient des morts qu'il rappelait à la vie ; quelquefois même il opérait ces prodiges au profit des absents ; donc :
II. Mais, pour ce qui est des prophéties, elles sont nombreuses, elles aussi; elles ne sont pas obscures, elles sont claires
(1) Voy. Spedialeri, ouv. cit., c. 3, art. 3,4,5,6.
et parfaitement caractérisées; et ou elles se sont accomplies ^ ou elles s'accompliront dans la suite des temps. Nous en rapporterons quelques-unes pour exemple. Jésus-Christ annonça que l'Evangile serait prêché dans l'univers entier, et que l'on célébrerait partout la piété de la femme qui avait versé des parfums sm* sa tête (Matth., c. XXVI); il promit aussi de soumettre toutes les nations aux lois évangéliques ( Matth., c. XXIV. V. 14; Marc, XIII, v. 10; Luc, c. XXIV, v. 47; Jean, c. XII, v. 32 ). Lorsque saint Marc, et à plus forte raison saint Matthieu , écrivait ces choses, à peine avaient-elles commencé à s'accompUr, puisque ce n'est qu'à la fin du monde qu'elles atteindront leur plénitude. Il promit clairement à ses apôtres de les aider , soit poiu? confirmer leurs enseignements par des prodiges inouïs (Marc, c. XVI, v. 17 ; Jean, c. XXIV, V. 12 ), soit pour leur donner force et courage lorsque les Hébreux et les païens les traduiraient devant les rois et les magistrats, comme des impies, des sacrilèges, et les ennemis du genre humain ( Matth. c. X, v. 16, c. XVII, v. 19, c. XXIV, V. 9; Luc, c. XXI, v. 12 ; Jean, c. XV, v. 20, c. XVI, V. 2 ). Les Actes des apôtres contiennent en partie l'accomplissement de ces promesses ; mais elles s'accomplirent surtout en grande partie après que furent écrits les trois premiers Evangiles (1).
Il prédit que l'Eglise serait continuellement battue par les flots de l'adversité jusqu'à la fin du monde , et qu'elle serait soumise au gouvernement des successeurs de Pierre ( Matth., c. XVI, V. 18, 24, 35, 28, 20), chaque jour l'événement prouve la vérité de cette prophétie. La prédiction de la ruine de Jérusalem, par Jésus-Christ, est aussi très-claire. Trois des évangélistes qui écrivirent pendant que subsistaient encore et le temple et la ville de Jérusalem, rapportent en plusieurs lieux cette prophétie (Matth., c. XXIII, v. 36, c. XXIV, v. 2; Marc, c. XIII, v. 2; Luc, c. XXEI, v. 35, c. XXI, v. 6 ), avec tous ses accessoires de temps (2), de personne (3), de
(1) Voy. I. Cor., II, 4, 5 j I. Thess., I, 5.
(2) Cette génération ne passera jjos , etc., Matth., 24, 34; Luc, 21, 32; et la ville et le ternple furent détriiils tronte-scpt ans après la mort de Jésus-Christ. Voy. Flavius Josèphe , Guerre des Juifs, liv. VIII.
(3) Il en viendra un fjrand nombre en mon nom (Matth., 24, 5; Marc, 13, 6). Flavius Josèphe parle, dans son ouvrage intitulé Guerre des Juifs, d'un Juif appelé Judas, d'un Egyptien nommé Tlieudas, et de plusieurs autres qui attirèrent un grand nombre de personnes dans le désert, par l'espérance dw
mode (l)j comme aussi les signes (2), et tout ce qui devait précéder la ruine de la ville et du temple , de même qui devait suivre, jusqu'à la fin du monde (3). Les historiens de ces
merveilles qu'ils opéreraient, et les excitèrent à la révolte. Et Jean Lensius en compte dix-neuf dans son énumération des faux messies.
(1) Ce temps devait être néfaste par ses combats et guerres civiles (Matth., 24« Luc, 21). Voici comment Tacite (Hist, liv. 1, c. 2) le qualifie : abondant en désastres, atroce par ses combats , plein de discordes et de séditions, cruel jusque dans la paix. Les guerres civiles de la Judée absorbèrent plus de deux cent mille hommes; il y eut, au rapport de Josèphe et de Philon, un massacre de Juifs plus affreux encore dans les pleiues d'Alexandrie. Jésus-Christ annonça (Matth., 24; Marc, 13; Luc, 21) que la terre serait ravagée par la peste, la famine, les tremblements de terre; il y aura de cruelles famines, des tremblements de terre, etc.; et Tacite, Hist., liv. I, c. 2; Pline, Histoire naturelle, liv. II, c. 84 (édit. de Hardouia, c. 86), rapportent que la Sicile, la Campanie , la Galabre , le Pont, la Macédoine, l'Achaie furent bouleversés par des tremblements de terre. La Judée fut en proie à la famine (Act., 11) ; c'est de cette famine que Josèphe dit (Archœol., liv. XX, c. 12) : On parle de trois famines en Italie ; la première , qui eut lieu sous Claude, ravagea l'univers entier, au rapport de Suétone et de Dion, dans l'ouv. intit. Claudius, et de Tacite (Annal., liv. 12, c. 43); l'autre eut lieu sous Néron, et elle enleva trente mille hommes à la ville de Rome, voy. Suétone, Hist. de Néron; la troisième est rapportée par Tacite lAnual.j liv. XVI, c. 13, et elle eut lieu l'an 66 de l'ère vulgaire.
(2) Des bruits affreux se feront entendre dons les deux , et il y aura des signes épouvantables (Luc, 21 ). Voici ce qu'en dit Tacite (Hist., liv. V, c. 15) : « On vit pendant la nuit des eirmées combattre , des armes étinceler, et tout- » à-coup le temple illuminé par le feu du ciel , les portes du temple s'ouvrir » subitement , et une voix plus qu'humaine s'écrier que les dieux croulaient; » et , à leur chute , il y eut une secousse épouvantable. »
(3) 1» Il annonça aux apôtres que les Juifs leur feraient souffrir toute espèce de maux (ISIatth., 24; Luc , 21) ; ils vous persécuteront et vous traîneront dans les synagogues , etc. Ils avaient réellement mis à mort Etienne et les deux saints Jacques ; ils avaient chargé de chaînes Pierre , Paul et Jean ; partout ils excitèrent et les princes et le peuple contre les Apôtres. 2« Il y est dit que les ennemis porteront leur camp devant la ville, et qu'ils l'assiégeront (Luc 19, 43); tes ennemis f entoureront de circonvallations , etc. Gestius Gallus conduisit ses troupes devant la ville quatre ans avant qu'elle ne tombât. La guerre ne discontinua pas jusqu'à ce que Titus construisit des murs en face des murs de la ville , ce qui ne se pratique jamais dans les sièges, 3° Il leur prédit qu'ils chercheront un asile sur les montagnes (Matth., 24) ; alors, que ce'.tx qui sont dans Jérusalem fuient sur les montagnes. Eusèbe nous apprend (pass. cit.) que les chrétiens trouvèrent un abri, dans les montagnes dans la ville de Pella contre l'ennemi. 4« Il leur apprend que le peuple sera consumé, dans l'intérieur de la ville, par la faim, la peste et le carnage (Luc, 21); il annonce surtout des maux affreux au nourrices (Matth. 24); malheur aux femmes qui nourrissent! etc.; il leur dit aussi qu'après la prise de la ville on fera un grand nombre de prisonniers (Luc, 21). Or, au rapport de Josèphe (Guerre des Juifs, liv. VI, 7) , pendant le peu de temps que dura le siège, les décès s'élevèrent à soixante et dix mille , et les vivants se réparant des cadavres des morts; et une mère impie se nourrit de la chair do l'cufant qu'elle allaitait : onze cent mille hommes succombèrent peudau-t le siège, et on fit neuf cent mille prisonniers, b» 11 lem* prédit le signe qui annoncerait
temps, Flavius Josèphe, Tacite, Pline et Suétone, nous apprennent que ces prédictions se sont en partie accomplies à la lettre ; nous les voyons nous-mêmes de nos propres yeux s'accomplir en partie. Les ruines de la ville et du Temple subsistent encore, nonobstant les tentatives de l'empereur Julien; les Juifs sont encore tristement dispersés par le monde (1).
III. Nous confirmons, en outre, l'une et l'autre partie de la mineure de notre preuve par la résurrection de Jésus-Christ, qui fut tout à la fois une prophétie admirable et un miracle étonnant; elle fut même, ce qui est plus encore, comme le sceau des autres prophéties et des autres miracles. Jésus-Christ promit qu'il ressusciterait le troisième jour ( Matth., XII, 40, XX, 10; Marc, IX, 30, X, 34, XIV, 28; Luc, XVm, 33; Jean , II , 19); cette prophétie de Jésus-Christ était répandue parmi les Juifs (Matth., XXVI, 61, XXVII, 4); c'est pourquoi on apposa des gardes au tombeau (Matth., XXVII, 63 ). I\Iais cette prophétie s'accomplit avant que l'Evangile ne fût écrit.
Or, le fait de la résurrection est prouvé , 1 . par le témoignage des apôtres, qui ne craignirent pas de donner leur vie pour en confirmer l'authenticité; il l'est 2. par plus de cinq cents disciples, (ICor. XV, 6), dont quelques-uns vivaient encore du temps de l'empereur Trajan; 3. il l'est par tous les prodiges qu'opérèrent les apôtres pour confirmer la résurrection de Jésus-Christ ( Act., III, 15 , 16 ) ; 4. il l'est par tous ceux qui quittèrent le camp des Juifs et des païens "pour embrasser la doctrine de Jésus -Christ, qui, en outre, furent obligés de
la chute de la ville; lorsque vous verrez V abomination^ etc., (Matth., 24); Claudius y fit d'abord placer une idole , ensuite les défenseurs de la ville se retirèrent dans l'intérieur du temple , s'y fortifièrent , et y commirent toutes sortes d'horreurs. 6° Il annonça qu'il ue resterait pas pierre sur pierre du temple (Matth., 24), que les ennemis fouleraient aux pieds la ville, et que les Juifs seraient traînés en captivité jusqu'à la fin des temps (Luc, 21). Un soldat mit le feu au temple, malgré l'empereur, comme l'atteste Josèphe (Guerre des Juifs, liv. VU). Adrien lui donna le nom d'Alia, et il bâtit, sur l'autre flanc de la montagne , une autre ville qui reçut l'ancien nom de Jérusalem. Julien tenta de réédifier le temple, mais il échoua. Nous sommes nousmêmes témoins de la dispersion des Juifs. Ainsi le sang de Jésus-Christ est retombé sur la tète de ceux qui l'ont versé , comme ils le désirèrent. Noua BOUS sommes plus longuement étendus sur ce point, pour faire connaître la mauvaise foi des rationalistes , qui n'ont pas eu honte de rejeter cette prophétie de Jésus-Christ comme n'étant pas assez claire.
(1) Voyez Warburton , Dissert, sur les tremblements de terre et les éruptions de feu, etc., Paris, 1764, traduit de l'aniglais.
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briser avec leurs anciennes croyances , d'abjurer la religion de leurs pères , et d'embrasser une vie pleine de périls et de misères, et souvent même de donner leur vie. 5. La manière d'agir des Juifs envers les apôtres , qui attestent la vérité de la résurrection du Cbrist, comme aussi celle qu'ils tinrent visà-vis des soldats qu'ils avaient chargés de la garde du tombeau , le prouve aussi , au moins indirectement ; ils ne sévirent point contre eux , ils ne les punirent pas ; cependant ils au^ raient dû le faire , si les apôtres eussent soustrait le corps de Jésus-Christ par leur fautoi 6 . On le prouve encore par leur aveu tacite ; en effet, le bruit de la résurrection de Jésus-Christ se répandit au loin et à tous les vents , et les Juifs conviennent que le sépulcre a été trouvé vide , comme on peut le voir dans Origène, Liv. contre Cels.; dans Agabord, des Superstitions judaïques, ou encore dans le Ubelle impur qui a pour titre : Generationum Jesu (1). Comme ce sépulcre vide mita la torture leiurs esprits insensés, les uns dirent que Jésus -Christ avait été enlevé pendant la nuit par ses disciples ; les autres dirent qu'il avait été soustrait par la ville , et donné en pâture aux oiseaux ; d'autres soutiennent qu'il avait été caché par les Juifs eux-mêmes , de peiu* qu'il ne donnât aux disciples une puissance magique ; enfin, il n'est pas d'absurdités qu'on n'y mêle. Toutefois, il est vrai que Jésus-Christ a été descendu de la croix, qu'il a été transporté dans un sépulcre qui se trouve dans un jardin , qu'on a apposé des gardes autour de ce sépulcre pour y faire la veille , et que pourtant il a été trouvé vide ; telles sont les choses qu'ils accordent.
Nous ajouterons, comme le couronnement de ce qui précède, 1 . que les Juifs reconnaissent les miracles de Jésus-Christ, soit dans les passages que nous avons cités , soit dans le texte intitulé Sanhédrin, bien qu'ils les attribuent soit à la magie, ou à toute autre cause ; bien plus, Flavius Josèphe ni n'en disconvient ni ne les rejette (2). 2. Les païens eux-mêmes ne les
(1) Ce libelle se trouve en dernier lieu dans la collection publiée par Christ Wagenseil, sous le titre de Traits enflammés de satan, Altdorf, Nor., 1681 Les Juifs avouent ces mêmes miracles de Jésus-Christ, dans le traité qui a pour iitre : Av. da Zora in Gemara HierosoL, p. 40, et dans le même traité sur le Gemara Babyl., p. 27, 2, dans le traité Sabboth, p. 14, 4, Méd^osc. Koheleth, p. 73, 1 cons. de Roni, de la Fausse appellation de l'Egl. hébr., 0. 8, § 7.
(2) Archéologie , liv. XVIII c. 3, n. 3, édit. Havercamp. Nous n'ignorons pas que ce témoignage n'ait été vivement discuté par les savants. Il en est
nièrent jamais ; de sorte que les apologistes ne furent jamais obligés d'en établii* la vérité. 3. Les ennemis les plus violents du christianisme, Celse, Porphyre, Hieroclès et Julien, en admettent la vérité , bien qu'ils les attribuent à la magie ; c'est ce dont on peut se convaincre en Usant la Démonstration évangélique de Huet ( 1 ) .
Objections contre les miracles et les prophéties de Jésus-Christ,
I. Obj. contre les miracles de Jésus-Christ. 1. On ne peux tirer aucune preuve des miracles de Jésus-€hrist s'ils reposent sur un témoignage suspect ; or, il est une foule de raisons qui prouvent que tel est le témoignage des apôtres; 2. en effet, c'était un mensonge avantageux aux apôtres qui le rapportent; 3. surtout parce qu'ils pouvaient acquérir par là, ou du moins espérer une grande gloire. 4. Il est faux, en outre, que tous les apôtres soient morts de mort violente, ce qui fait que c'est en vain que l'on argue de leur constance pour prouver la vérité des miracles de Jésus-Christ. 5. En admettant même qu'ils aient tous été mis à mort, il ne s'agirait nullement des actions de Jésus-Christ. Ils furent condamnés comme des gens impies, susperstitieux , adonnés aux maléfices. 6. Enfin , dit
un grand nombre qui le tiennent pour suspect; André Bosius rapporte les preuves sur lesquelles ils s'appuient, dans son Essai historique critique sur la période de Josèphe sur Jésus-Christ. Natalis Alex., Huet, Valesius, Pagius, Caveus et une foule d'autres critiques, au contraire, défendent avec acharnement ce témoignage. Or, il faut remarquer que , avant Eusèbe, personne n'a jamais cité ce passage, et que, jusqu'à Tanaquillus (ou platôt Fabre) , au 16e siècle, personne ne l'a révoqué en doute, et que Photius l'a omis dans son Recueil d'antiquités ; que ce témoignage de Josèphe sur Jésus-Christ paraît trop exprès , qu'il fait trop clairement concorder les oracles des anciens prophètes avec la vie du Christ, et que cette clause semble être enfermée dans un lieu étranger. Mais au contraire , si on l'efface , on ne peut plus ajouter foi à Josèphe, il n'y a plus d'intégrité historique, puiscîu'il ne fait nulle part mention de Jésus-Christ, surtout lorsqu'il parle de Jacques, qu'il appelle frère du Christ. C'est pourquoi Wagenseil , dans son livre qui a pour titre : Fera librorum juvenillium, p. 189; Itigius, dans ses Prolég. sur Josèphe; Lemoyen, Jn vnriis scripturis , p. 931; Fabricius, Bible grec, liv. VIII, ne la considèrent pas comme apocryphe , ils pensent seulement qu'il y a eu interpellation. Quoi qu'il en soit , ou l'on admet ou l'on rejette ce témoignage de Josèphe. Si on l'admet, comme tout porte à le faire, il nous est favorable; si on le rejette, comme on ne peut pas assigner d'autre raison à ce silence que la crainte de fournir aax cln-étieus des moyens de défense , et qu'il n a eu aucun moyen de voiler les actions éclatantes de Jésus-Christ. On peui cons. Dise. Favercoup, vers la fin du II. vol. des œuv. de Josèphe. (1) Prop. IX. Voir le second vol. des Cours complets.
EXISTENCE d'eNE RÉVÉLATION. 111
Fréret, il est de notoriété publique, d'après Luc, que de toute part on contredisait cette secte. Donc :
Rép. 1. C. Maj. N. Min. Savoir, que le témoignage des apôtres est suspect. J'ajoute que c'est à faux que nos adversaires avancent que les miracles de Jésus-Christ ne s'appuient que sur le témoignage des apôtres. Nous avons prouvé le cnotraire (1).
RéiJ. 2. iV. Certes, il ne leur eût pas été avantageux, en cette vie, de cpiitter leur patrie, leurs parents, leurs amis, ceux dans l'intimité desquels ils vivaient; de ne jouir d'aucun repos, d'aucune sécurité , de n'avoir pas de demeure certaine ; d'être les victimes non-seulement de la médisance, mais encore d'être exposés aux mauvais traitements ; d'être souvent dans la détresse, de souffrir la faim, les chaînes, les hideurs de la prison, et de mourir de la mort la plus cruelle. Il faudrait d'abord compter tout cela parmi les douceurs et les déhces de la vie liumaine. Ceci ne pouvait pas leur être utile dans la vie future non plus, puisque le mensonge, en matière grave, doit être puni des tourments étemels, et ils le savaient, ils le confessaient.
Rép. 3. />. S'ils avaient pu espérer de toujours faire illusion, et de n'être jamais soupçonnés de fraude, ils auraient pu en faire gloire, Ti\ ou C. autrement, N. Or, il s'agissait de faits publics, que chacun pouvait examiner; par conséquent, il leur était impossible de les supposer, sans passer aux yeux de tout le monde pour des imposteurs.
Rép. 4t. D. Tous ne subkent réellement pas la mort, TV. ou C. s'il s'agit de saint Jean; tous ne désirèrent pas de la subir, N. Au reste. Clément d'Alexandrie rapporte que tous souffrirent pour les éghses qu'ils fondèrent (2). C'est aussi ce que confirme un ancien auteur (3) ; telle est aussi l'opinion constante des chrétiens.
(1) Consultez Eusèbe, Démonst. évang., et, parmi les modernes, Dominique de Colonia, S. J., la Religion chrétienne, autorisée par le témoignage des anciens auteurs païens, Lyon, 1718; Houtteville, la Religion chrétienne, prouvée par les faits; Addison , de la Religion chrétienne, avec les notes du seigneur de Correvou, Laus^mue, 1737; Bullet, Histoire de l'établissement du christianisme, tirée des seuls auteurs grecs et païens. Parie, 1764; Duvoisin, Essai sur la défense de l'histoire de Jésus-Christ et des Apôtres, d'après les écrivains grecs et romains, en allemand, 1815. {DémonàtxatioB évangélique, Paris, 180-2.)
(2) Stromates , liv. IV, c. 9.
(3) Ep. aux Phil., sous le nom de saint Ignace, c. 9.
Rép. 5. Z). n ne fut jamais question des actions de Jésus- Christ, parce qu'il s'agissait de faits publics et très -connus qu'on n'a jamais eu à constater par les tortures, C II ne s'agissait pas de ces faits, N. Quant à ce que l'on ajoute : Qu'ils furent condamnés pour cause de superstition, eic.^D. pour cette religion , à laquelle les Juifs et les païens donnaient les dénominations odieuses de superstitioîi , d'impiété, de magie, de blasphème , et qui pourtant repose sur les prodiges et les actions de Jésus-Christ, C. autrement, N. C'est là qu'était toute la question; c'est sur ce point qu'insistèrent les apôtres. Pourquoi les Juifs et les païens se sont-ils éloignés de cette question?
Bép, 6. /). Quant à la doctrine, C. Quant aux faits, N. Les Juifs les reconnurent, ainsi que nous l'avons démontré. Au reste, un grand nombre de Juifs embrassèrent la foi.
I. Inst. 1. Si les miracles de Jésus- Christ, rapportés dans les Evangiles, eussent été vrais, les Juifs les plus illustres auraient été les premiers à embrasser la religion chrétienne ; or, il n'y eut que la populace , qui est toujours disposée à prêter l'oreille aux fables, qui y crut; 2. en outre , ceux qui crurent en Jésus-Christ ne soumirent les faits opérés par lui à aucim examen pour en reconnaître la vérité. 3. Comme les anciennes histoires sont pleines de récits fabuleux, de même l'histoire évangélique, elle aussi, laisse-t-eUe apercevoir son origine mythique; 4. c'est une chose assez évidente, par le fait même qu'elle fut combattue par les plus doctes païens; 5. et parce que les chrétiens n'ont même pas tous admis l'histoire évangélique. 6. Ceci est admirablement établi par les deux moyens suivants; car, comme le remarque Fréret, les écrits des auteurs païens qui la combattirent sont perdus ; les apologistes seuls nous en ont conservé quelques fragments peu à craindre pour les chrétiens ; donc ils soumirent l'histoire évangélique à la critique, et la rejetèrent comme étant pleine de fables. Une autre preuve, c'est que les hérétiques, du temps des apôtres, se constituèrent les correcteurs des apôtres; donc ils enseignaient le contraire.
Bép. \. D. M. S'ils n'eussent pas détourné leurs regards de la vérité , emportés par la colère , la haine , l'envie et les passions; s'ils n'eussent pas été aveuglés par des opinions préconçues, comme cela arrive chaque jour à un grand nombre d'incrédules , C Ils rejetèrent les actions éclatantes de Jésus- Christ parce qu'elles étaient fausses. iV. Que l'on se rappelle
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ce que nous avons dit plus haut (1). Je nie aussi la mineure. Car Jaïr, Nicodème, Zachée, Lazare, Joseph d' Arimathie , un grand nombre des hommes les plus distingués , comme aussi plusieurs membres du corps sacerdotal (Jean, XII, 42; Act. YI, 7 ), le chef de la synagogue, Crispus; Sosthène, prince de la synagogue; ApeUo, homme éloquent ( Act. XYIII, 8, 17, 24 ); Paul lui-même, n'étaient certes pas des hommes du peuple. Rép. IL D, Min. Les hommes du peuple n'avaient pas Taptitude nécessaire pour être témoins de la vérité des miracles, N. pour toute autre chose, Tr, Pourvu qu'ils eussent de bons yeux et de bonnes oreilles, ils pouvaient tout aussi bien être témoins d'un miracle que les riches et les savants.
Rép. 2. N. Car ce n'est pas sans un examen minutieux que quelqu'un devint insensible aux attraits de la volupté et des passions , et qu'il s'expose d'ime manière certaine à perdre et ses biens et sa vie ; bien plus , qu'il s'y soumet , comme durent le faire tous ceux qui embrassèrent la religion de Jésus-Christ.
Rép, 3. Tr. et N. Cons. Quant à l'histoire évangélique, et pour les raisons particulières que nous avons apportées déjà. n est en effet question, dans cette histoire, de faits publics qui se passèrent en présence de la multitude, qui sont rapportés par des écrivains dignes de foi et témoins oculaires ; tels sont saint Matthieu et saint Jean, ou qui le firent sur le récit de ceux qui les virent , comme saint Marc et saint Luc. Nous ajouterons à cela que maintenant l'histoire évangélic|ue est ancienne; mais en ce temps là, et à l'époque où elle a été écrite, les lettres étaient florissantes. Donc elle n'a rien de mythique dans son principe, comme se plaisent à le dire les rationalistes; elle est revêtue, au contraire, de tous les caractères intrinsèques et extrinsèques de la vérité et de la simplicité (2).
(1) On peut consulter le c. 1. Bév. de Rossi, La vana aspettazione egli Ehrie, etc., c. 8 , § 38.
(a) Voy. Houtteville, la Religion, tom. IV, liv. III, diss. 1.; Cellérier, Essai iune introduction critique au Nouveau-Testament, Genève, 1843, part. 1, aect. 1. De l'Epoque où les livres du Nouveau-Testament ont été écrits, et de leur authenticité, p. 2 , et suiv. Wegscheider, ouv. cit., p. 1, c. 9, § 42, n. a. des Mythes, il s'exprime en ces termes, d'après Seidenflùcker, Eichhorn, Meyer, Boucr, Kaiser, etc. : « La religion chrétienne remonte, par son ori- » gine , à une époque où les hommes étaient disposés de manière à voir des » miracles et des événements extraordinaires partout, bien qu'il fût facile de » les concilier avec les lois de la nature ( c'est leur pensée ), ils étaient disposés » à en chercher la cause immédiate en dehors de la nature des choses, leur » erreur se confondait avec leurs récils (il l'aflirme, mais il ne le prouve
Rép. 4. D, Les païens les plus savants, plongés dans les désordres de la lumière, enorgueillis par leur réputation de sagesse , désireux des honneurs et des richesses , ne prêtèrent pas l'oreille aux paroles des apôtres , méprisèrent la doctrine nouvelle, C, la combattirent, Subd. combattirent la doctrine, C. les faits, iV. Il y eut même un grand nombre de païens, remarquables par leur science, qui embrassèrent la religion chrétienne, tels que Sergius Paulus (Act., c. XIÏI, v. 12), Denys FAréopagite (Act., c. XVlï, v. 34), Clément de Rome, Her* mas, Ignace, etc. Les fastes du second siècle de l'histoire ecclésiastique nous font connaître les noms d'un grand nombre d'hommes illustres par leur naissance, leurs richesses et leur science (1).
Rép. 5. Z). Les hérétiques n'admirent par tous les récits de rhistoire évangéUque , quant à la question de droit , C. quant à la question de fait , N. Les premiers hérétiques se conduisirent, en ceci, comme se conduisent de nos jours les hérétiques protestants, surtout les partisans de la Bible et les rationahstes, qui préfèrent leur sens privé à l'autorité de l'Eglise, et qui pour cela sont tombés dans une foule d'absurdités, comme nous le prouverons en son lieu (2).
Rép. 6. N. Quant à la première preuve : Les païens qui écrivirent, etc., je réponds : 1° En admettant même la supposition de nos adversaires , nous nions que l'une de ces choses découle de l'autre; car ils tirent leurs preuves de choses inconnues. Je réponds : 2° Les œuvres de l'empereur Julien subsistent encore presque tout entières (3) ; il est clair, d'après ces mêmes œuvres , que les païens attaquèrent toujours , non pas l'histoire évangélique, mais bien la doctrine. Quant à la seconde preuve :
» pas)... Aussi les récits concernant Jésus-Christ étaient-ils enveloppés de » mythes d'is le mUieu du 1er siècle ; on en a pour preuve les Evangiles apo- » cryphes (l'Eglise les a toujours rejetés). » On pourrait, sans difficulté , nier cette assertion , car il y a une grande différence entre quelques faits faux et supposés , et les mythes , tels que les entendent nos adversaires. Voy. Manuscrits apocryplies du Nouveau-Testament , par Fabricius.
(1) Voy. saint Jérôme, les Hommes illustres, ou les écrivains ecclésiastiques, préface.
(2) Les paroles suivantes de Tertullien (Prescription, c. 37) vont parfaitement à notre sujet : « Mais d'où vient-il que les hérétiques sont étrangers aux » apôtres, sont leurs ennemis, si ce n'est parce que leur doctrine n'est pas » la môme, et que chacun y amis du sien et s'est élevé contre les apôtres?»
(3) Publiés par Pétaud en 1613, et ensuite par Ez. Sponhemius, ù Leipsig, 1C06, outre une autre collection qui a été publiée à Paris en 1630.
EXISTENCE d'une RÉVÉLATION. 115
Les hérétiques des temps apostoliques, etc.,/). Quant au système théorique , C, quant aux faits qui se prouvent par les sens et le témoignage des hommes, N.
II. Inst. Les rationalistes s'expriment comme il suit : 1" Les écrivains sacrés racontent des choses qui exigent en partie la foi des témoins (1); ou 2** ils confondent, en les racontant, des choses qui se sont accomplies avec le jugement qu'ils en portent ; ou 3° suivant la tradition , ils rapportent des mythes ; ^ ^** ils rapportent des événements qui , en partie , n'ont rien en soi d'opposé aux lois véritahles de la nature ; 5° enfin ils avouent ouvertement qu'ils ne distinguent pas entre les vrais et les faux miracles , 6° et qu'alors la vérité de la doctrine ne dépend pas de l'autorité des miracles (Matth., XII, 27, XXIV, 24; Marc, Xin,22;Luc, IX, 49, XI, 19; Gai., I, 8;IIThess. II, 9). On peut y ajouter ce que disent saint Matth. XI , 1 1 ; saint Luc, XYI, 27 et suiv. , saint Jean , XIV, 10 et suiv. ; XX, 29 ). Et il faut d'abord s'assurer de la vérité de cette doctrine avant d'être à même de juger sainement le miracle; 7° et que les faits miraculeux, opérés par Jésus -Christ et par les apôtres, qui aui'ont surtout pour objet de guérir les hommes, furent, au témoignage de Jésus-Christ lui-même, opérés pareillement par les gens du peuple (Luc, XI, 1 9 ; Jean, XIV, 12) ; 8° loin d'exciter la foi des spectateurs, ils favorisèrent plutôt leur incrédulité (Matth. XVI, 1, XXI, 26; Marc, VIII, 2; Jean, VI, 2 et suiv. , VII, 5, XI, 46 et suiv. ); 9** les apôtres eux-mêmes n'en furent pas parfaitement préservés, car ils ne crurent pas avec une foi parfaite aux miracles de Jésus-Christ ( Luc, XXIV, 21 et suiv. ); ils poussèrent même les Juifs à crucifier Jésus- Christ ( Act., Il, 22 et suiv.). 10° Il est tout-à-fait impossible d'admettre que les récits de ces miracles aient , après plusieurs siècles , plus de force pour persuader que n'en eurent ces miracles eux-mêmes , au rapport de l'histoire , sur ceux qui en furent les témoins oculaires. 11° Jésus-Christ lui-même a combattu énergiquement la foi que l'on devait avoir pour ces miracles, en promettant à ceux qui l'honoreraient qu'ils en opéreraient de plus grands ( Jean, XIV, 12; Matth., XII, 39 et suiv., XVI, 1-4; Marc, Vm, 12; Luc, XI, 29; Jean, H, 18
(1) Tel est le sentiment de Gurlitt, Manière de se servir des livres saints, pour cultiver diversement toutes les sciences libérales, Hamb., 1803, p. 30, Kr-immacher, de l'Esprit et de la forme historique de l'Evang., Lt^ipsig, 1805, p. 86 et suiv., ou Lettres sur le rationalisme, p. 338 et suiv., 3ja et suiv.
et 19, IV, 48, V, 39, XIX, 12 ; ajout. Marc, V, 43; Luc, VIII, 56 ), ce qui ne convient bien à aucune autre parole. 12° La persuasion de la vérité des miracles, comme événements surnaturels, fait un tort immense à la véritable vertu; elle enfreint même la sainteté de la loi morale. 13° Il ne fauf donc admettre que la seule notion des miracles tirée de la Bible.^ par laquelle la Providence divine a réglé ces événements de manière à ce qu'ils conduisent à une fin parfaite. 14" Jésus- Christ convient lui-même, à Favance (Matth., XII, 38 et suiv., XVI, 1-4; Jean, IV, 48, VII, 17, VIII, 31, XIV, 11), qu'ils sont plutôt compris parmi les moyens qui portent la foule ignorante à connaître la vérité, que parmi les preuves de cette même vérité (1).
Rép. 1 . N. Car, ou ceux qui rapportent les faits en furent les témoins, ou ils les apprirent de ceux qui les virent de leurs propres yeux ; m étant parfaitement informé de toutes choses dans le principe , dit saint Luc. voilà pourquoi ils n'ont jamais été révoqués en doute.
Rép. 2. N. Ils rapportent, avec une candeur admirable, comme on pourra s'en convaincre à la lecture, les faits tels qu'ils se passèrent.
Rép. 3. iV. Ce n'est pas d'après la manière de voir entachée de méchanceté des rationalistes, mais bien selon l'esprit des écrivains sacrés et le sentiment de l'antiquité tout entière , que nous devons entendre les Ecritures. C'est ici une invention nouvelle , récente , qui vient surtout de ce que ces sages orgueilleux ont, par un crime épouvantable d'impiété, comparé les livres saints aux livres profanes (2).
(1) Telle est la manière de voir de Wegscheider, ouv. cit., part. 1 , c. 2, §. 49.
(2) On peut dire, sans crainte de se tromper, que c'est là l'idée fixe (la folie) des protestants partisans des sociétés bibliques, et des rationalistes, qui voient partout des mythes. Voici comment ils argumentent : « Par mythes sacrés, » nous entendons les récits transmis dans les anciens monuments d'une insti- » tution religieuse quelconque , d'après lesquels, suivant la puissance intellec- » tuelle des ignorants, il y a, au-dessus de la nature humaine, certaines na- » tures actives qui produisent et exécutent certaines choses contraires aux » lois de la nature. Ils admettent , et d'ailleurs ne peuvent nier, que les an- » ciennes religions païennes contiennent des mythes (comme la religion » judaïque et la religion chrétienne en contiennent) , puisqu'ils admettent le » progrès des sciences historiques, philologiques et philosophiques, et que, » guidés par une espèce d'aveuglement spirituel, ils ne doutent pas qu'il » faille donner un môme nom aux choses identiques (c'est-à-dire pour qu'ils )) soient impies et incrédules; au reste, quoique Pétaud, Huet, Bossuct, » Muratori et plusieurs savants illustres les aient étudiées à fond, ils n'y ont
EXISTENCE d'une REVELATION. 117
Rép. 4. N* IMaiB comme ils apportent en preuve un exemple tll*é dû saint Matth. ( IX , 24 ), où il est parlé de la résurrection de la fille de Jair, et de saint Jean (IX, 6 et 7 ), où il est parlé d*un aveugle-né qui a recouvré la vue. L'impudence invétérée de ces hommes se manifeste clairement lorsqu'ils affirment que les récits de certains miracles renferment certaines preuves qui tralùssent un effet naturel (1). Ah! qu'ils ressuscitent un mort quelconque ou qu'ils rendent la vue avec de la boue à un aveugle-né !
Bép. 5. N. Leur assertion ici est toute gratuite.
Rép. 6. B. La vérité ou plutôt la divinité de la doctrine ne dépend pas des faux miracles. C, Elle ne dépend pas des véritables miracles. N. Souvent, en effet, comme nous le verrons, Jésus-Christ provoque ses adversaires à faire des miracles. II se sert, dans saint Matth., XII, 27, de cet argument ad hominem, pour repousser la calomnie qu'on déverse sur lui lorsqu'on l'accuse de chasser les démons par Beelzébuth ; il prédit, dans le même livre, XXIV, 24, les prestiges futurs des faux prophètes, comme nous le voyons d'après saint Paul, cpii emploie la même phrase (II Thess., Il, 9), ripcfEi if^îj^ovç. On voit par conséquent ce qu'il faut répondre au passage parallèle de
» jamais rien vu de semblable ; c'était mie chose réservée aux rationalistes). )) Mais comme l'esprit humain doit, d'après une loi à laquelle il ne saurait » échapper, rapporter tout ce qui est sensible dans ce monde au principe des )) causes et à la succession du temps qui agissent dans l'espace , il faut abso- » lument que ces mythes soient soumis aux règles de la critique et de l'his- » toire. Ceci établi, les hommes pieux et imbus de principes reUgieux peuvent, » sans difficulté , reconnaître et vénérer l'action de la Providence , qui se sert » des causes naturelles et de l'action de cette même nature dans les actions » mythiques qui leur sont transmises (belle grâce vraiment!). Il ne serait pas » possible, sans cet examen, de distinguer, dans les plus anciens livres, les » récits vrais des récits superstitieux (je nie la supposition du moins pour les » livres saints). Et si nous ne nous proposions pas de découvrir par ce moyen » les mythes que contient l'Ecriture, comme aussi la vérité qui y est cachée » par la forme extérieure du récit et par l'enveloppe du texte (je nie encore » la supposition) , il ne serait pour ainsi dire pas possible de venger l'Ecriture » des outrages et des insultes de ses ennemis (que nos timides rationalistes » soient en paix, elle s'est toujours défendue sans de pareilles folies). Pour » expliquer les mjihes bibliques, il ne faut pas perdre de vue que les auteurs » des livres saints ont suivi l'opinion d'une espèce de théocratie immédiate » ou d'un pouvoir divin, exercé ou par Dieu lui-même ou par les anges, et » que, s'il est arrivé de plus grands maux, soit physiques, soit moraiLX, ces » maux, dans le Nouveau-Testament surtout, ont été attribués, d'après l'opi- » nion reçue, à satan et à ses anges, comme s'ils en étaient les architectes » et les auteurs. » Voilà quel est le sentiment des auteurs cités plus haut , et ces dernières paroles sont presque autant de mensonges. (1) Lettres sur le rationalisme, p. 215.
saint Marc, XIII, 22. Quant au passage de saint Luc, IX, 40, il y est question d'un homme qui chasse les démons au nom de Jésus-Christ ; et il n'y a en ceci rien qui répugne ni qui soit contraire à l'ordre naturel. Le texte de saint Luc, XI, 19, est parallèle à celui de saint Matth., XÏI, 27, dont nous avons parlé plus haut. Quant aux autres passages cités, ou ils n'ont pas de rapport avec l'ohjet en question, puisque nous ne traitons pas ici des miracles, tel que celui qui se trouve dans l'épître aux Galates, ï, 8, ou ils les réfutent eux-mêmes, tel que celui de la seconde épître aux Thessal., II, 9. Là encore se manifeste la bonne foi des rationalistes !
Rép. 7 . iV. Les passages cités par nos adversaires ne prouvent pas ce qu'ils ont l'intention de leur faire prouver; quant à celui de saint Luc, XI, 19, il y est question de l'argument ad hominem dont nous avons parlé plus haut en répondant à la sixième objection. Le passage de saint Jean, XIV, 12, ne contient rien de ce qu'ils prétendent; voici les propres paroles de ce passage : Croyez au moins aux œuvres que je fais. En vérité, en vérité, celui qui croit en moi, les œuvres que je fais il les fera lui aussi; il en fera même de plus grandes, parce que je m'en vais à mon Père. J'ajoute à cela qu'une autre idée fixe des protestants modernes qui sont partisans de la Bible, c'est qu'il n'y a pas de différence entre guérir les malades et chasser les démons. Comme couronnement de ce que je viens de dire, et pour faire plus parfaitement connaître les mensonges de nos adversaires, j'ajoute, avec saint Jean, III, 2, que Nicodème dit de Jésus-Christ : Maître, nous savons que Dieu vous a envoyé pour enseigner, et personne ne p^eut opérer les prodiges que vous faites; le même saint, XV, 24, rapporte les paroles suivantes de Jésus-Christ : Si je n eusse pas fait des œuv7^es que nul autre na faites j ils 7i eussent pas été coupables de péché. Donc, encore ici, nos adversaires sont convaincus et d'erreur et de mauvaise foi.
Bép. 8. D. Un grand nombre, N. car tous ceux qui crurent en lui y furent amenés par ses miracles; que l'on se rappelle ce que nous disions naguère de Nicodème : Tous, Subdist, parce que autre chose est être convaincu, et autre chose est être converti, C. Ce n'est qu'une même chose, N. Nous avons dit déjà les causes pour lesquelles il y en eut un grand nombre qui résistèrent à la vérité et même à leur propre conviction.
Rép. 9. i>. Quant au fait particulier de la résurrection, dont
EXISTEN'CE d'u>'E RÉVÉLATION. 119
notis parlerons plus tard, Tr, cpiant aux autres, N. j'ajouterai que saint Luc, XXTV, 21, parle des deux seuls disciples qui allaient à Emmaus.
Rép. 10. La réponse à faire ici est simple, d'après ce que nous avons dit en résolvant la huitième objection. Les incré^ dules de nos temps s'appuient, en effet, sur les mêmes raisons que ceux qui \ivaient du temps de Jésus-Christ. C'est-à-dire qu'ils s'appuient sur la perversité de leur propre cœur.
Rép. 11. iV. Car leur assertion est un nouveau mensonge. Jésus -Christ, comme nous l'avons vu plus haut, en appelle toujours aux miracles pour prouver sa mission. Comment at-il donc pu répudier les miracles pour exciter à croule ce qu'il enseigne? Les passages que rapportent nos adversaires ne prouvent qu'une seule chose, c'est que Jésus-Christ n'a pas voulu faire des miracles au gré des incrédules , après en avoir fait un grand nombre, et les a renvoyés à sa résurrection, qui est le plus grand des miracles qu'il devait faire ; quant aux autres passages cités, ils ne se rapportent pas à l'objet en question, comme chacun pourra s'en convaincre en les parcourant.
Rép. 12. iV. Comme nos adversaires se contentent de leur assertion toute gratuite , ou au plus de l'autorité d'un autre rationaliste ou incrédule, Kant , nous nous contentons, nous aussi, de la nier. Dieu poiu-rait-il s'opposer à la véritable vertu et à la vraie sainteté, lui qui a opéré tant de prodiges par l'intermédiaire de ses serviteurs?
Rép. 13. i). Tel que l'entend l'Eglise et l'a entendu toute l'antiquité, C. Tel que l'entendent les nouveaux protestants partisans de la Bible, et les rationaUstes, qui bouleversent de fond en comble la révélation, iV.
Rép. 14. N. Ici encore ils avancent un mensonge ignoble. Car ce n'est pas seiilement pour pousser les hommes à croire que Jésus-Christ a proposé ses miracles , mais il les a mis en avant comme un argument inébranlable. Si je n'avais pas fait, dit-il ( Jean, XV, 24 ), les œuvres que nul autre n'a faites, il ne serait pas coupable de péché. 11 dit encore, X, 38 : Si vous ne voulez pas me croire, croyez au moins à mes œuvres. Il tient encore çà et là le même langage , ce qui fait que souvent il les a appelés par antonomase des signes ou des œuvres. Ce n*est pas à la multitude des ignorants seuls qu'il les a proposés; il les a aussi proposés aux plus savants d'entre les Juifs,
ainsi que le prouvent les paroles de Nicodème , que nous avons rapportées, et qui raconte la guérison d'une main desséchée, opérée en présence des scribes et des pharisiens, Matth., XII, 10; Marc, m, l;Luc,Vï, 6(1).
II. Ohj. Les prophéties attribuées à Jésus-Christ purent être connues au moyen des lumières naturelles, ou au moins elles \ purent être le résultat naturel des événements qui se succèdent; peut-être aussi ne s'accomplirent-elles que par l'effet du hasard; donc :
Rép. N. Antec. Car il est ici question de choses qui dépendaient de la libre volonté des hommes; il est question d'événements précisés et définis dans leurs plus petits accessoires, comme nous l'avons prouvé; bien plus, il est question d'événemens qui devaient s'accomplir, malgré tous les efforts des hommes, comme le prouvent les vains efforts de Julien l'Apostat.
Inst, Au moins les prophéties de Jésus-Christ ne se sont pas toutes réalisées, car il est encore plusieurs nations qui sont plongées dans les ténèbres du paganisme.
Rép. D. Parce que la loi évangélique ne devait être connue, admise que par degré, C. autrement, Subdist, Chaque jour elles s'accomplissent, et elles s'accompliront entièrement à la fin du monde, C. autrement, N.
Objections contre la résurrection de Jésus-Christ,
I. Obj. 1. Le témoignage des apôtres, par lui-même, est insuffisant à établir la résurrection de Jésus-Christ; 2. car ils étaient disciples de Jésus-Christ, et ils appartenaient à son école; 3. on ne peut les considérer que comme des témoins particuhers, puisqu'ils n'allèrent qu'un à un dans les diverses provinces; 4. quant aux autres, qui écrivirent sur la résurrection de Jésus-Christ ou qui en rendirent témoignage, tels que ^larc, Luc, Paul, ils n'en eurent connaissance que par la tradition; donc :
Rép. 1. A^. La probité des apôtres n'a jamais été suspectée; ils furent si constants dans le témoignage qu'ils en rendirent,
(1) Voici comment ces hommes illustres, à l'aide de mensonges impudents , d'assertions gratuites et d'interprétations violentes et controuvées , font illusion à la jeunesse sous les dehors d'une fausse science. Il y a réellement dégoût à poursuivre de telles inventions ; mais , en attendant , ils ruinent la religion. Qu'il nous soit permis de le redire : voici le fruit du protestantisme !
EXISTENCE d'une RÉVÉLATION. 121
que non-seulement il fut pour eux une source féconde de désagréments, de railleries et d'opprobre , mais ils n'hésitèrent même pas à verser leur sang et à donner leur vie pour l'attester. Je nie encore la supposition de nos adversaires, qui consiste à soutenir que les apôtres seuls furent témoins de la résurrection; Paul en compte plus de cinq cents. Que l'on se rappelle les preuves que nous avons rapportées plus haut.
Rép. 2. D. Les apôtres, par conséquent, d'après lem^s principes, ne pouvaient pas mentir, C. autrement, N. Il faut observer, en outre , que le mensonge ne pouvait leur être d'aucune utilité , qu'il les aurait au contraire exposés aux plus grands périls; et^ en admettant que la chose ne fût pas vraie, ils n'am^aient jamais pu espérer de faire illusion.
Rép. 3. D. Lorscpi'ils se furent répandus dans l'univers, Tr, avant leur dispersion aux yeux de toute la synagogue et de tous ceux qui consentirent à la mort de Jésus-Christ, A^. Il ne faut pas omettre que, par le pouvoir qu'ils avaient d'opérer des prodiges tout-à-fait extraordinaires, ils se concilièrent la foi des peuples auxquels ils prêchaient.
Rép. 4. 1° N. Paul atteste, en effet (I. Cor., XV, 8 ), que Jésus-Christ lui a apparu, après sa résurrection, de telle façon qu'il le vit de ses propres yeux (1). Marc, du consentement de tous les écrivains anciens, fut l'interprète et le disciple de saint Pierre (2) ; Luc fut le compagnon inséparable de saint Paul. Ils acquirent donc d'eux, et des autres apôtres et disciples avec lesquels ils conversèrent, la certitude de la résurrection de Jésus -Christ, dont ils nous ont transmis par écrit le récit. 2° D. Par la tradition, c'est-à-dire par le témoignage immédiat des apôtres et des autres disciples de Jésus-Christ, C. Par la tradition proprement dite, et telle que l'entendent nos adversaii-es, iV. (3).
(1) I. aux Cor., c. 15, 8.
(2) Ici se manifeste clairement l'impudence de Wegscheider, lorsqu'il n'a pas rougi d'écrire (ouv. cit., p. 3, c. 2, § 131, n. c.) que Marc, c. 16, que Luc, c. 24, que l'auteur du chapitre 21 de saint Jcau (car il rejette ce 21e c. de saint Jean) , avec ses nouveaux templariens, dont nous parlerons eu son lieu, et que Paul, lui aussi, I Cor., c. 15, 5 et suivants, avaient dit : Que Jésus-Christ leur avait apparu comme un génie céleste , et qu'ils semblent avoir suivi une tradition mythique, car ils ne se sont jamais réunis avec Jésus* Christ après sa résurrection. Comme s'il s'était écoulé quelques siècles depuis la résurrection de Jésus-Christ, pour qu'ils dussent avoir recours à une tradition mythique. 0 insensés!
(3) Qu'arriverait-il si ou admettait l'opinion de Basnage (Anu. polit., eccl.
n. Obj. I] y a un grand nombre de caractères intrinsèques qui rendent au moins douteuse la résurrection de Jésus-Christ. 1 . Les disciples de Jésus-Christ ignoraient qu'il dût ressusciter (Jean, XX, 9) ; 2. Us doutèrent de la vérité de sa résurrection (Matth., XXVin, 17; Marc, XVI, 11); 3. Us ne crurent point au rapport des femmes qui leur affirmaient avoir vu Jésus- Christ; bien plus, Thomas n'ajouta pas même foi sur le témoignage des dix apôtres; 4. Il y a, dans le récit de la résurrection de Jésus-Christ, une foule de contradictions; donc (1) :
Rép. 1 . iV. ^. Quant à la première preuve, D. ils ne le savaient pas d'après la connaissance qu'ils avaient de l'Ancien-Testament, Tr. ou D. absolument, N. Saint Jean dit en effet, dans le passage cité : Ils ne savaient pas encore les Ecritures (voir saint Matth., XXYH, ^%).
Rép. 2. D. Quelques-uns et pour un temps, C, Tous et pour toujours, N.
Rép. 3. N. conséq. Cette manière d'agir des apôtres prouve qu'ils n'étaient ni stupides ni trop crédules. V incrédulité de saint Thomas, dit saint Grégoire, a plus servi à nous donner la foi que la foi des croyants (2) .
Rép. 4. Des contradictions apparentes, C. des contradictions véritables et réelles, N. Toutes ces contradictions disparaissent, si l'on tient compte des temps, de la diversité des oppositions
sur l'an 66, § 15 et suiv.) , généralement admise parmiles protestants membres des sociétés biblicpies, que Marc, qui a écrit l'Evangile, est le même que Jean Marc , dont il est parlé au livre des Actes , 12, 12, 13, 13, 15 , 37; avec Gélérier (Introd. au Nouveau-Testament , sect. 3), Rosenmuller, Schmidt, Kuinoël, Eichliorn, Berthold, etc.? Il pourrait se faire, dans cette hypothèse (que nous tenons pour fausse et que nous rejetons), qu'il aurait été témoin oculaire de plusieurs actions , et même de la résurrection de Jésus-Christ ; d'autant plus que, d'après samt Epiphane (des Hérésies, 51; c'est celle des alogoriens, dans l'édition de Pétaud), p^ewcZo-Dorothée, et le ^j^ewrfo-Hippolyte, Marc était un des soixante-douze disciples, et l'un de ceux qui se séparèrent de Jésus- Christ (Jean, VI, 67).
(1) Nous ne saurions admettre le sentiment de Rosenmuller, dans ses Schelies sur saint Alatthieu , XXVIII , pour concilier les récits divers des évan- ^élistes, lorsqu'il dit : « Chacun des évangélistes raconte les choses comme » il les connut d'abord. Comme aucun des apôtres n'avait vu toutes les femmes 9 qui les premières annoncèrent la rv'^surrection, et que les uns virent plus o tôt les unes que les autres , et qu'elles leur rapportèrent ce qu'elles avaient » vu, il en résulte que l'un crut les unes, et l'autre les autres, et qu'il en » rapporta le récit. » On sent ici les principes de Plessing, d'Obed, Eichhoru, Griesbach et des autres biblistes modernes, et les sources auxquelles ils pensent que les évangélistes puisèrent les récits, sources qui sont de leur invention ; nous les réfuterons en temps et lieu.
(2) Deuxième homélie sur l'Evangile.
EXISTENCE d'une REVELATION. 123
et des personnes (1). On peut consulter pour cela les interprètes.
m. Obj. n est une foule de choses qui portent à croire que la résurrection de Jésus-Christ ne fut qu'apparente , ou qu'elle ne fut qu'une illusion d'esprit de la part des apôtres, qui lui étaient attachés. 1 . Car ces mêmes apôtres croyaient voir un esprit (Luc, XXIY, 37). 2. Les disciples qui allaient à Emmaùs ne le reconnurent qu'à la fraction du pain (ibid., 31). 3. Il entra dans le cénacle, bien que les portes fussent fermées (Jean, XX, 19). 4. Marie-Madeleine ne put pas le toucher (ibid., 17). 5. Ce qui confirme encore ce que nous venons de dire, ce sont ces apparitions subites et sous des formes diverses , dont il est parlé dans l'Evangile; tantôt c'est sous la figure d'un jardinier, tantôt sous celle d'un voyageur, etc. ; donc :
Réjj. 1. Neg. antec. Quant à la première preuve, D. à cause de la crainte que leur causa son apparition subite, bien que les portes fussent fermées, C. lorsqu'ils furent rassurés, N, Au reste, Jésus-Christ ici ne se montra pas seulement, il permit aussi à ses apôtres de le toucher, ce qui dissipa tous les doutes.
Réjj. 2. D. Ils ne le connurent pas, parce que son corps glorieux avait changé de forme, ou parce qu'il avait pris la forme d'un voyageur, C. ils ne le connurent pas ensuite, N. On peut voir saint Matth., XVI, 2.
Réjj. 3.2). Pour montrer les qualités du corps glorieux, C, comme s'il n'avait eu aucun corps, N. Car, en cette circonstance (ibid., 27) j il fit voir à Thomas et il lui donna à toucher ses blessures.
Rép, 4. D. Parce que Jésus-Christ ne voulut pas qu'on le touchât, C. parce qu'Û ne pouvait pas être touché, N. On peut voir ce qui est écrit en saint Matthieu (XXVIII, 9) sur ce point.
Rép, 5. D. Ce genre d'apparition indique, de la part de Jésus-Christ, une économie spéciale, C. Il indique la fausseté
(1) Les Pères de TEglise ont, depuis longtemps, concilié ces contradictions apparentes. On peut consulter entre autres Hésychius de Jérusalem , qui , comme le démontre invinciblement Gambesius, de l'ordre des prêcheurs, tom. II; Auctorii, p. 773, est le véritable auteur du sermon sur la résurrection de Jésus-Christ , allrii)ué jusque là à Grégoire de Nysse ; ce qui fait qu'il est étonnant que quelques protestants, qui passent pour des critiques habiles , le citent encore sous le nom de Grégoire de Nysse ; tel que Kuinoël, dans sou Commentaire historique de saint Aîarc, XVI; de même que Beltenius, Griesbacliius , et plusieurs autres avec lui.
124 TRAITÉ m LA VRAIE RELIGION. CHAP. rV.
de la résurrection, ou, du moins, il permet d'en douter, iV. (voy. Act., X, 41).
lY. Obj. 1 . Les apôtres purent être trompés sur la résurrection de Jésus-Christ, car peut-être n'était-il pas mort quand il fut descendu de la croix par (iew^ disciples (Jean, XIX, 38, 39). 2. Pilate s'étonnait qu'il fût déjà mort (Marc, XV, 44.). 3. De là, arrangé avec précaution par Joseph d'Arimathie et Nicodème, il revint à la vie, et les apôtres, lorsqu'ils le virent, crurent à sa résurrection. 4. La garde apostée pour garder le sépulcre n'empêche pas qu'il en ait été ainsi, car peut-être qu'il était vide quand les prêtres et les pharisiens y apposèrent leur sceau , convaincus qu'on y avait déposé le cadavre , bien qu'il n'en fut pas ainsi, et qu'on eût feint seulement de l'y dé~ poser. Donc :
Bép. 1. N. Quant à la preuve, je nie la supposition; car la chose se passa en public et en présence des ennemis les plus acharnés de Jésus-Christ. Le centurion lui ouvrit le côté avec sa lance (Jean, XIX, 34) (1).
Rép. 2. D. De manière, toutefois, qu'il ne donnât le corps de Jésus qu'après s'être assuré , par le témoignage du centurion, qu'il était mort, C. autrement, N.
Rép, 3. D. C'est-à-dire comme les Juifs ont coutume de le faire pour ensevelir les morts, comme le dit saint Jean, XIX, 40, C pour en disposer comme s'il n'avait pas été mort, N. Toutes les circonstances, ajouterai-je , excluent la supposition de nos adversaires.
Rép. 4. iV. Car les prêtres et les pharisiens, qui mirent tant
(1) Il est évident, d'après les paroles de saint Jean, que Paulusius affiche à la fois l'impiété et le ridicule , lorsqu'il avance que le coup porté au côté de Jésus-Christ ne fut pas mortel , mais qu'il ne fat seulement que légèrement blessé, pour savoir s'il était encore vivant; que le mot tt/evjjwv a un sens plus large , et que le passage cité de saint Jean n'indique pas d'une manière spéciale la partie du côté. C'est faire violence au texte. Par le mot pleura, les anatomistes entendent la mente qui enveloppe intérieurement et dans tous les sens la poitrine (ce qui fait que la douleur aiguë du côté s'appelle pleurésie, et est une maladie mortelle). Dans le langage commun, employé par saint Jean, on entend, par ce mot, les parties situées au-dessous de la poitrine, c'est-à-dire les poumons, le cœur avec le péricorde, et les autres grands vaisseaux; tel est le sentiment des Gruner, père et fils, médecins génois, dont nous parlerons plus tard. Il découla du sang et de l'eau de la blessure produite par ce coup , ce qui ne put avoir lieu que parce que le péricorde était plein d'eau , ce qui arrive à ceux qui meurent au milieu des plus profondes angoisses, et de l'union du cœur avec l'arc de l'aorte. Ajoutez encore à cela que le mot vûTTsty employé par saint Jean, veut dire plonger, percer, ouvrir, etc.
EXISTEN'CE d'une RÉVÉLATION. 125
d*empressemeiit à demander des gardes à Pilate, pour éviter toute supercherie , n'étaient pas hommes à apposer leurs sceaux 5ans avoir préalablement regardé avec soin dans l'intérieur du sépulcre (1).
Inst. 1. Pourquoi donc les apôtres ne demandèrent-ils pas les actes juridiques de la résurrection de Jésus-Christ à Pilate, afin de prouver, en les montrant à l'univers, la vérité de la résurrection, et de la faire admettre de tout le monde? 2. Pourquoi le sanhédrin n'en fut-il pas convaincu , malgré le témoignage des soldats? 3. Pourquoi enfin Jésus-Christ ne se montra-t-il pas, après sa résurrection, à la nation tout entière, pour confirmer sa propre mission, surtout parce qu'il avait proposé le miracle de la résurrection comme la preuve indubitable de sa mission divine?
Rép. 1. C'est parce que les apôtres attendaient tout de Dieu et rien des hommes. Les miracles qu'ils opéraient pour attester la résurrection de Jésus-Christ en étaient une preuve bien plus grande que tous les actes juridiques, dont les hommes auraient pu révoquer en doute l'authenticité.
Rép. 2. Je dis, le sanhédrin en fut si bien persuadé que 1. il corrompit les soldats avec de l'argent; 2. qu'il ne les punit pas de leur négligence; 3. qu'il ne punit, ni n'accusa les apôtres ( Act., IV) d'avoir violé les tombeaux, lorsqu'ils témoignaient de la résurrection de Jésus-Christ; il se contenta de leur défendre de prêcher sa religion , et de faire retomber sur eux son sang; 4. et que plusieurs d'entre les prêtres (Act. Yl) embrassèrent la foi de Jésus-Christ.
Rép, 3. Je dis, s'il ne le fit pas, c'est parce qu'il ne le voulut pas; il sait seul pourquoi il ne le voulut pas; d'ailleurs, le témoignage des apôtres et les miracles qu'ils faisaient devant le peuple ne sulfisaient-ils pas pour les en convaincre et 1^ confirmer? On peut consulter (Act., U, 2 et suiv,, III, 6 el fiuiv., Y, 12-15) et plusieurs autres.
(1) G. Paulusiiis, membre de la société biblique et rationaliste moderne, dans son Corn. III de saint Matth., XXVII, 50, p. 810, a réuni une foule d'arguments pour tâcher de démontrer que Jésus-Christ n'était point mort, qu'il était seulement tombé en syncope. A. Henneberg en a fait autant dans son ouvrage intitulé : Phil. hist. et crit., comm. sur l'hist. de la sépulture, de la résurrection et de l'ascension de Jésus-Christ, Leips., 182G, p. 187 et suiv. Kuinoël , dans son commentaire sur le même passage , en cite un grand nombre d'autres qui ont partagé ce sentiment. JVfeis quelles sont les absurdités que n'ont pas avancées ces impies ?
l2o TRAITÉ DE LA VRAIE RELIGION. CîlAP. IV.
V. Obj. 1. Il n'est rien, d'après les rationalistes, dans les saintes Ecritures, qui prouve que le corps de Jésus-Christ, après sa résurrection, fût glorieux (Luc, XXIY, 15, 30, 39 et suiv.; Jean^ XX, 25). 2. Bien que presque tous se plaisent à confirmer le récit de la résurrection de Jésus-Christ, 3, qu'avec justice on attribue à Dieu, qui modère avec sagesse le cours de la nature et l'ensemble des événements desquels dépendait la cause qui rendait Jésus-Christ vainqueur (1), il est vrai que les surnaturalistes accordent beaucoup aux prophéties de Jésus- Christ qui concernent sa résurrection (Matth., XYI, 21 y XVII, 9, XX, 17, 19, XXYI, 32); 4. cependant on ne saurait nier que Jésus-Christ, dans ses derniers entretiens, rapportés par saint Jean (XIÎÏ-XYII) , ne dit rien qui puisse faire espérer qu'il ressuscitera; 5. bien plus, il annonce clairement le contraire (XYII, 4, 11); on peut aussi y ajouter ce que disent (Matth., XXYI, 29 ; Luc, XXEI, 43,46; Jean, XIX, 27) . 6. Lorsqu'on vint annoncer à ses disciples , que sa mort avait plongés dans le plus profond désespoir, qu'il était ressuscité (Marc, XYI, 8, ll;Luc,XXIYll,22, 37etsuiv.; Jean,XX, 9), Thomas déclara qu'il n'y croirait qu'autant qu'il verrait les cicatrices de ses blessures (Jean, XX, 25). 7. Jésus-Christ lui-même, dans les premiers entretiens qu'il eut avec ses disciples après sa résurrection, leur reprocha leur abattement et leur désespoir, sans leur dire ce qui devait lui arriver; il leur dit seulement que les oracles des anciens prophètes s'accomplissaient maintenant (Luc, XXIY, 27, 44); aussi faut-il croire 8. que ce que Jésus-Christ avait dit, d'une manière générale et indéterminée, de la défaite de ses ennemis, des progrès de la doctrine qu'il avait apportée sur la terre et de ses amis qui devaient le revoir (Jean/Xll, 23, id., XIY, 19-21, XYI, 16-22), fût admis de ses disciples, après l'événement, d'une manière plus positive, et exphqué de telle façon, que ceux-là même qui le racontaient mêlèrent et confondirent ensemble les choses dont ils eurent plus tard l'intelligence avec ce qui était arrivé d'abord. 9. Il peut même se faire qu'il soit dit que Jésus-Christ ressusciterai!
(1) Tel est le sentiment de Wegsch., pass. cité, § 131. L'histoire de la résurrection est aussi révoquée en doute par Reimorus, dans son ouvrage intitulé : Coll. ex tliesaurifi hiblioth., Wolf., fragm., 5, Wolfen, 1117; Wunsch, dans son 1 horus, 1788, pag. 241 et suiv,; Bahrdt, dans son ouvrage intitulé ; Exe. intentionis et finis Jesu» vol. IX et X, comme on peut le yoir d^ns le même auteur.
£XISTE>'CE d'une RÉVÉLATION. 127
le troisième jour, dans le même sens que le Prophète fOsée, YI, 2, 3), qui, pour annoncer le salut prochain, se sert du mot trois jours, triduè; surtout parce que souvent il employait ces formules dans son langage (consult. Luc, XIII, 32; Jean, H, 19; Marc, XrV^, 58). Saint Jean a é\idemment interprété cette parole de Jésus-^hi'ist d'après l'événement (Ev., II, 22). Ou peut y ajouter cette parole de Cicéron (Let. 9. Fr. 1,4) : O/i disait souvent de moi que je reviendrais le troisième, environné de la plus grande gloire (1). 10. Rien n'empêche, aprèr avoir prouvé ce sentiment , cpie la piété ne nous fasse recon^ naître, dans ces paroles allégoriques de Jésus-Clmst, dont levénement a prouvé la vérité , comme aussi dans chacun des oracles et préceptes du ?souveau-Testament , qui sont comme r ombre de ce qui doit arriver. Faction de la Providence di\ine (Col., n, 17] (21; 11. par conséquent, nous ne devons considérer le récit de la résuiTection de Jésus-Christ que comme un mythe poétique, ou tout au plus comme un mythe historicopoéticpie (3) ; donc :
Rép. 1. iV. Car les évangéUstes, dans les passages cités, rappellent, ou que Jésus-Christ disparut suhitement (Luc, chap. cit. 31), ou qu'il entra où étaient ses disciples, hien que les portes fussent fermées (Jean, XX, 19-26), ou qu'il s'éleva et qu'Û fut emporté dans les cieux (Luc, ch. cit. 51 ) ; et si on ne reconnaît pas ici les qualités du corps glorieux , décrites par l'Apôtre (I Cor., XV, 43 et suiv.-), je ne vois pas ce cpi'elles signifient. Vraiment, ces sophistes, qui ne passent pour savants que parmi les leurs, ont mis tout leur espoir dans le mensonge, ainsi que le dit Isaie (XXVIll, 15) : Nous avons mis notre espérance dans le mensonge, il est notre pjrotecteur,
Rép, 2. D. C'est-à-dire tous, absolument, C. un certain nombre seulement, iV. que nos adversaires nous en indiquent
(1) Tel est le sentiment de Paulusius, voir "Wegsch., com. IT, 564 et suiv., p. 30, c. 2, § 30, iV. n; de Wette, Bible dogm., 2. A. 199; Bretschneider, Manuel de théol. dogm., 1, 174 et suiv., dans le même auteur. Mais qu'a laissé d'intact le principe destructeur du protestantLsme ?
(2) Ruàter, Caractères des récits miraculeux du Nouveau-Testament, Leips., 1821, p. 304; Schuderûff, Dernières annales des choses religieuses et ecclésiastiques et schoL, V. 2, f. 5, p. 349 et suiv., 1827.
(3) Semler, Réponse aux fra^rments d'un anonyme, 2« édit., 1780; Eberhard, Esprit du christiiuiisme primitif, III , II, 1808, p. 122 ; Kaiser considère comme on m}-the historico-poètique , l'événement des choses en question, et qui ont été regardés comme des visions ou des révélations. Bible théol., I, 2o8 et «uivantes.
une seule exception s'ils le peuvent. Mais, encore ici, ils mentent.
Rép. 3. D. En supposant la vérité de la résurrection, C. dans le cas contraire, N, car Dieu nous eut ouvertement trompés.
Rép. i.D. Expressément, TV. d'une manière équivalente, N. Que voulait dire Jésus-Christ, que signifient les paroles suivantes qui sont sorties de sa bouche, si elles n'ont pas pour objet sa résurrection : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me reverrez (Jean, XVI, 16)? Il dit encore : Vous, qui maintenant êtes tristes, vous me verrez de nouveau, et vous serez dans la joie (ibid., 22). Mais, quand même il ne serait point ici question de la résurrection (ce qui pourtant est faux, d'après ce que nous avons dit), on ne pourrait point en conclure que les prédictions si souvent renouvelées de sa résurrection après trois jours sont fausses.
Rép. 5. iV. La sagesse divine ne peut pas être en opposition avec elle-même, comme le prétendent ces sophistes et ces blasphémateurs. Saint Jean ne dit pas un mot d'où on puisse tu'er cette conclusion (ch. XYII, 4-11), car les paroles suivantes, et déjà je ne suis plus dans le monde, et ceux-ci sont dans le monde, et moi je viens à vous; de l'avis de tous les interprètes, sans en excepter RosenmuUer et Kuinoël, s'appliquent au temps qui devait suivre son ascension au ciel ; c'est aussi ce que prouve le contexte lui-même. Il faut en dire autant des autres passages objectés, comme pourra s'en convaincre celui qui prendra la peine de les consulter, si toutefois ils vont à la question.
Rép. 6. D. Ceci accuserait les apôtres, et surtout saint Thomas, d'une certaine infidélité, C. que les prédictions de la résiurrection soient fausses, N. Car l'un ne découle pas de l'autre.
Rép. 7. N. Cette assertion est un mensonge ignoble, car l'ange (Matth., XXVIIÏ, 6) tint ce langage aux saintes femmes : // nest pas ici, il est ressuscité , comme il l'a dit, et (Marc, XYI, 7) : Allez, dites à ses disciples et à Pierre, il vous a précédé en Galilée, vous l'y verrez, comme il vous l'a dit; et encore (Luc, XXIV, 6) : 7/ nest pas ici, mais il est ressuscité; rappelez-vous ce quil vous a dit lorsqu'il était encore en Galilée; il s'exprima en ces termes : Il fciut que le
EXISTENCE d'une RÉVÉLATION. 129
Fils de l'homme soit livré aux mains des pécheurs pour être crucifié, et quil ressuscite le troisième jour; et ils se rappelèrent ses paroles; et (V, 44) Jésus-Christ lui-même parla en ces termes à ses disciples : Voici les paroles que je vous adressai lorsque f étais encore au milieu de vous; il faut que tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse , dayis les Pro^ phètes et les Psaumes s'accomplisse. C'est pourquoi Jésus- Christ réunit, et ses propres prédictions, et les oracles de r Ancien-Testament. Qui, par conséquent, pourrait avoir confiance en des hommes qui mentent si impudemment (1)?
Réj). 8. N. Bien plus, c'est une chose incroyable, parce cpie, soit que les rationalistes le veuillent ou ne le veuillent pas, les écrivains sacrés fm^ent divinement inspirés, comme nous le prouverons en son lieu; ou encore parce que cette manière d'mterpréter fut inconnue de l'antiquité tout entière, et est l'œuvre de ces hommes qui se couvi^ent du voile du christianisme ; soit enfin parce que la raison enseigne que ces hommes qui vivent de nos jours peuvent bien plus facilement être trompés et tomber dans Terreur que les disciples de Jésus- Cluist, qui lui entendirent si souvent prédire clakement, et sansambage, qu'il ressusciterait.
Rép. 9. N. Les preuves apportées plus haut, sans compter l'interprétation forcée à laquelle il faudrait soumettre l'Ecritiu?e, nous donnent la raison de notre négation absolue. Bien, en effet, que Jésus-Christ ait employé ces mots : troisième jour, pour parler de sa passion prochaine (Luc, XIII, 32), (les autres textes ne se rapportent point à la résurrection, de même cpie le passage de Cicéron, qui parle d'un oracle qui annonce son prochain retour de la servitude), le contexte lui-même prouve que ce mode de parler doit s'entendre d'une manière indéfinie, d'un événement futm\ Or, Jésus-Christ s'est souvent servi de ces mots : trois jours, trois nuits, etc., en parlant de sa résm^ection; il s'est en outre servi de l'exemple de Jonas, ainsi que le prouvent les témoignages cités ; s'il n'en était pas ainsi, il n'y aurait plus rien de déterminé.
Rép, 10. Je nie la supposition, car ce sentiment ne peut être soutenu que par les seids rationalistes modernes, qui boule-
(1) Consultez F.-V. Rcinhard , Biss. Jésus-Christ prédisant sa résurrection pendant sa vie, Hclinst., 1798. Ceci nous prouve que c'est en vain que Paulusius a employé sept pages de ses Commentaires à prouver que Jcsus-Glnrist n'avait pas prédit sa résmrectioii.
versent de fond en comble la religion chrétienne. Nous nions que les paroles de Jésus-Christ soient allégoriques, et ils ne prouveront jamais qu'elles le sont; nous sommes, par conséquent, plus éloignés encore d'admettre qu'il soit possible de les comparer avec cette obscurité générale dont sont enveloppés les événements , et de laquelle parle l'Apôtre dans le passage cité, lorsque les paroles de Jésus-Christ, relatives à sa résurrection future, sont si claires et si précises, que l'on est obligé de se faire violence pour les ployer à un autre sens, et de fermer les yeux pour ne pas voir la lumière du soleil à son midi. Quant à la divine Providence, que nos adversaires nous jettent ici à la face, nous avons répondu plus haut qu'on ne peut ici l'admettre si on nie la vérité de cette chose , parce qu'alors nous serions inévitablement entraînés dans l'erreur.
Rép. 11. iV. Car cette assertion est un blasphème. Certes, l'Apôtre pensait autrement, lorsqu'il disait (I. Cor., XY, 14-15) : Si Jésus-Christ rî est point ressuscité, notre prédication est donc vaine, notre foi est vaine, nous sommes de faux témoins, nous témoignons contre Dieu, lorsque nous disons qu'il a ressuscité Jésus-Christ , bien quil rien soit rien (1). Ce n'est donc pas la résurrection de Jésus-Christ, mais bien le système de ces rationalistes qu'il faut appeler un mythe poétique; en imaginant sans réflexion de semblables choses. Us se sont perdus dans leurs propres pensées.
Inst, D'après ce qui a été dit, 1. Jésus-Christ annonça qu'il ressusciterait le troisème jour, ou qu'il resterait trois jours et trois nuits dans le sein de la terre (Matth., XII, 40). Or, d'après les évangélistes, il n'y est demeuré qu'un jour entier. 2. Peu1>-etre, comme le prétend Paulusius, était-il tombé en syncope, et fut-il considéré comme mort par des gens inhabiles; placé par eux dans le sépulcre, il recouvra ses sens
(1) Ce passage de saint Paul nous prouve une fois de plus que c'est à faux que Wcgscheider dit (ouv. cit., p. 3, c. 2, § 131, n. (c) : «Nous ne prétendons » cependant pas que la vérité de la religion tout entière dépende de ce fait » (lu résurrection). Nous n'ignorons pas que l'on a propesé la doctrine vraie » de la religion ; mais elle ne saurait être prouvée par un fait dont peu de » personnes ont été témoins, et auxquels ils ont donné l'aspect d'un miracle; > cette preuve n'a de valeur, pour prouver la vérité , qu'autant qu'elle est » d'accord avec les principes de la saine raison. Ce qui le confirme, c'est que D Jésus-Clirist, après sa résurrection, n'a jamais cherché à établir sa doctrine » sur ce fait » Je passe sous silence les mensonges et les faussetés renfermées dans ces paroles; je me contenterai de dire que, s'il en était ainsi, l'Apôtre aurait meuli ouvertement dans les paroles que nous avons citées.
EXISTENCE d'une RÉVÉLATION. 131
avec d'autant plus de facilité qu'il fut favorisé par l'air tempéré du sépulcre et par les exhalaisons des parfums, ce qui le rappela à la YÏe avant le temps déterminé.
Bép, 1. D, Des jours incomplets pour des jours complets, d'après la manière de compter des Hébreux, C. des jours complets, iV. Car les Juifs, qui comptaient pour nuit le commencement du jour, faisaient de deux nuits, avec une partie du premier et du troisième jour, trois jours et trois nuits ; ils considéraient comme complet le temps incomplet, comme on dit dans presque toutes les langues, par synecdoche, un jour, un mois, un an, pour une partie de jour, de mois et d'an (voyez Gen., XLU, 17-18; Deut, XrV^ 28; Col., XXVI, 12 (1).
Bép, 2. iV. Nous ne devons pas préférer les plaisanteries et les pensées impies de nos adversaires aux témoignages manifestes des évangélistes ; il nous faut plutôt nous en rapporter à l'autorité des Ecritures, et à l'aveu des ennemis déclarés de Jésus-Christ, des Juifs, comme nous l'avons vu plus haut. Les Juifs eux-mêmes ne délirèrent pas comme le fait Paulusius, que réfutent ses propres partisans (2). Au reste, le médecin génois, Grunerius, prouve que ces sépulcres glacés, creusés dans le roc, et les exhalaisons des parfums, agissant sur des
(1) Voyez Flattus (Malbrand), Observ. crit. sur Paiilusius; Storius , Jésus- Christ a-t-il donné ses miracles comme une preuve de sa mission? Scot, Opusc, tom. I, p. 297 et suiv.
(2) Telle est la réponse de Kuinoël lui-même , dans son Commentaire du même passage. L'ancienne synagogue, fondée sur une fiction de droit, comptait pour un temps entier une partie de temps , comme on peut le voir dans la Chemora de Jésus. Tel est aussi le sentiment de ses doctem^s , Maimonide , R. Obadiah, Barterma, etc. C'était l'opinion du R. Eliézer-ben-Azaria, et de tous les autres interprètes de la Misclma , qui tiennent qu'une partie du temps doit se prendre pour tout un temps. De leurs écrits, on peut conclare que, par ces mots : trois jours et trois nuits, on doit entendre trois parties de jour, ou trois jours complets; il en est de même pour les nuits. On peut, sur ce point, consulter Ligbtfoot, Heures hébraïques, Leips., 1684, sur le c. XII, 10, Mattb. Par conséquent, les paroles de saint Matth., XII, 40, trois jours et trois nuits, sont représentées ailleurs par : le troisième jour; et c'est ce qui explique la diligence que mirent les princes des prêtres et les pbarisiens à aller trouver Pilate, à lui demander des gardes, et à sceller le tombeau; s'ils n'avaient pas su qu'il dût ressusciter, ils auraient bien attendu que la double solennité du sabbat et de la pàque fût passée ; mais , en ayant eu connaissance , ils avaient bâte de le faire , car il pouvait ressusciter au commencement du troisième jour, ou même au milieu de la nuit. Ici nous avons analysé et résumé une longue note de l'auteur, où il discute les termes hébreux et les passages des docteurs de l'ancienne loi; on pourra, si on veut entrer dans ces discussions, consulter l'auteur lui-même, ou les ouvrages indiqués par nous. N. T.
nerfs malades et un cerveau affecté, étaient plus propres à donner la mort, comme il le prouve par des exemples, qu'à rappeler à la vie (1).
PROPOSITION II
L'excellence et la sainteté de la doctrine étiangélique confirment d'une manière invincible la mission surnaturelle et divine de Jésus-Christ,
Celui-là est certainement l'envoyé de Dieu qui propose, au nom de Dieu, une doctrine théorique et pratique digne de lui, digne de l'homme, digne de la société, dont les dogmes surpassent la sagesse humaine, qui renferme tous les préceptes de la loi naturelle, qui ne renferme pas même la plus petite erreur, et qui renferme des motifs très-propres à porter à la rempln, qui élimine avec tant de soin les vices, qu'elle en signale même la source, et qu'elle donne les moyens de les détruire radicalement, ce à quoi ne pensa ni ne put penser aucun des philosophes. Or, telle est la doctrine que Jésus- Christ a proposée au nom de Dieu; donc :
Nous allons donc expliquer comme il suit les diverses parties de la mineure :
1 . Jésus-Christ ne nous montre pas seulement Dieu comme un être souverain et infiniment parfait, il nous le montre encore comme le meilleur des pères ; les hommes, d'après lui, descendent tous d'un même père et ne constituent qu'une seule famille unie par les liens de la charité fraternelle ; ils sont obligés d'obéir par conscience, et non par crainte, aux princes cle la terre comme à Dieu lui-même, qu'ils représentent ici-bas; ils sont aussi tenus de leur payer les impôts, et de les honorer.
(1) On peut, sur ce point, consulter les deux traités des Gruner père et fils, sur la mort véritable et non simulée de Jésus-Christ, II, 1805. Ils se sont cependant trompés en cherchant à prouver que Jésus-Christ n'était pas mort lorsqu'on lui ouvrit le côté sur la croix , mais qu'il avait encore un souffle de vie, et que ce souffle s'échappa en ce moment; saint Jean (XIX, 30) avait déjà dit avant, et ayant penché la tête, il expira. On peut consulter, sur cette preuve si importante de la résurrection, entre autres ouvrages : Les témoins de la résurrection de Jésus-Christ, examinés selon les règles du barreau, par Sherlok, traduit de l'anglais par Houtteville, ouv. cit., tom. IV; Bergier, Dict. th., art. résur. de Jésus-Christ; la Religion chrétienne, démontrée par la résurrection de Jésus-Christ, par Ditton, traduit de l'anglais. Observations de Gilbert West, sur l'histoire et sur les preuves de la résurrection de Jésus- Christ.
EXISTENCE d'une RÉVÉLATION. 133
2. Tous les dogmes qu il a enseignés ont pour but de nous donner de Dieu l'idée la plus sublime , et de nous faire connaître à fond la condition de l'bomme. Le dogme du péché originel , qui nous montre la nature humaine tout entière infectée de ce péché, nous dit la relation qui existe entre ce dogme et celui de l'incarnation ou de la rédemption. Ce dernier dogme suppose pareillement celui de la trinité des personnes dans une seule et même nature divine. Ces mêmes dogmes nous apprennent quelle est l'origine du genre humain; nous savons par eux que l'homme est déchu de sa dignité première; ils laissent aussi briller du plus vif éclat la bonté et la justice divine envers l'homme ; ils sont aussi le principe de mobiles puissants et inébranlables, qui portent l'homme à accomplir ses devoirs, et le fortifient dans l'accompUssement de ces mêmes devoirs.
3. Mais Jésus-Christ a si bien embrassé tous ces devoirs, qu'après avoir établi qu'il existe un Dieu souverain et qu'il est la fin de l'homme, il enseigne ensuite à ce dernier qu'il doit l'aimer par-dessus toute chose , qu'il doit aussi aimer le prochain comme lui-même pour l'amour de Dieu; et, par prochain, il entend absolument tous les hommes, amis et ennemis, concitoyens et étrangers. L'amour ou charité est par conséquent dans la doctrine chrétienne, si je puis m'exprimer ainsi, comme un fluide universel qui impreigne et qui parcourt tous et chacun des membres de la société et le corps tout entier, et qui lui communique le mouvement et la vie ; il en est le nœud et le lien, de sorte qu'il ne fait de Dieu et de la société tout entière qu'un seul tout. De ce principe infiniment fécond découle chacun des devoirs qu'il expose et développe lui-même dans ce magnifique discours qu'il adressa à ses disciples sur la montagne (Matth., V, \'II); de même que dans ces sentences sans nombre, où brille une sagesse toute céleste, et par lesquelles il forme à la sainteté les hommes de toutes les conditions.
4. Il fait aussi connaître à ces hommes les motifs les plus propres à les engager à remplir ces devoirs et à ne pas les transgresser. Comme il est un grand nombre d'hommes ignorants et grossiers pour lesquels l'amour ne serait pas un mobile assez puissant pour les engager à les remplir, Jésus-Christ leur propose des récompenses immenses et éternelles, et les menace de châtiments sans bornes et éternels aussi, suivant
qiie chacun l'aura mérité ; il se donne enfin lui-même comme le modèle le plus accompli de toutes les vertus , surtout pour nous fortifier au milieu des peines et des adversités sans nombre auxquelles nous sommes exposés. Que pourrait-on, en effet, imaginer de plus efficace pour nous les faire supporter avec résignation ( 1 ) ?
5. Jésus-Christ, pour anéantir tous les vices, en découvre le principe et la source; elle est placée dans l'amour déréglé de l'homme pour lui-même, et dans sa propension vers les
(1) Le caractère personnel de Jésus-Christ est une nouvelle preuve de la divinité de sa mission ; nous eussions traité ce point dans une proposition à part, si nous n'eussions craint d'entrer dans des détails beaucoup trop étendus pour ces leçons de théologie. C'est pour cela que nous renvoyons nos auditeurs à la démonstration évangélique de Cl. Duvoisin, évèque de Nantes, Paris, 1826, c. 3, Caractère de Jésus-Christ. On peut aussi consulter D. Aymé, les Fondeynents de la foi, Paris, 1775, I, II partie, p. 411 et suivantes. Si Dieu nous le permet, nous développerons ailleurs cette preuve. Nous nous contenterons de transcrire ici le passage magnifique et très -connu où J.-J. Rousseau reconnaît et confesse la divinité de Jésus-Christ par son caractère personnel : «Quelle douceur, quelle pureté dans ses mœurs, s'écrie-t-il; D quelle grâce touchante dans ses instructions! Quelle élévation dans ses » maximes! Quelle profonde sagesse dans ses discours! Quelle présence d'es- » prit, quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses! Quel empire sur D ses passions! Où est l'homme, où est le sage qui sait agir, souffrir et mourir D sans faiblesse et sans ostentation? Quand Platon peint son juste imaginaire, p couvert de tout l'opprobre du crime, et digne de tous les prix de la vertu, D il peint trait pour trait Jésus-Christ ; la ressemblance est si frappante , que B tous les Pères l'ont sentie , et qu'il n'est pas possible de s'y tromper. Quels » préjugés, quel aveuglement ne faut-il point avoir pour oser comparer le » fils de Soplironis(jue au fils de Marie ? Quelle distance de l'un à l'autre ! D Socrate, mourant sans douleur, sans ignominie, soutint aisément, jusqu'au D bout, son personnage, et, si cette facile mort n'eût honoré sa vie, ondou- D terait si Socrate, avec tout son esprit, fat autre chose qu'un sophiste. Il » inventa, dit-on, la morale ; d'autres, avant lui, l'avaient mise en pratique, » il ne fit que mettre en leçons leurs exemples... Mais où Jésus-Christ avait-il » pris chez les siens cette morale élevée et pure , dont lui seul a donné les D leçons et l'exemple ? Du sein du plus furieux fanatisme , la plus haute D sagesse se fit entendre , et la simplicité des plus héroïques vertus honora » le plus vil de tous les peuples. La mort de Socrate , philosophant tran- D quillement avec ses amis , est la plufl douce qu'on puisse désirer : celle de j> Jésus, expirant dans les toiirmouts» injurié, raillé, maudit de tout un » peuple, est la plus horrible qu'on ptrfsse craindre. Socrate, prenant ïa conpe 9 empoisonnée, bénit celui qui la lui présente et qui pleure; Jésus, au milieu p d'un supplice affreux, pria pour ses bourreaux acharnés. Oui, si la vie et la » mort de Socrate sont d'un sage , la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu. 9 Dirons-nous que l'histoire de l'Evangile est inventée à plaisir? Mon ami, ce B n'est pas ainsi qu'on invente... Au fond, c'est reculer la difficulté sans la » détruire; il serait plus inconcevable que plusieurs hommes d'accord eussent » fabriqué ce livre qu'il ne l'est qu'un seul en ait fourni le sujet. Jamais des » auteurs juifs n'eussent trouvé ni ce ton ni cette morale, et l'Evangile a des » caractères de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables; » que l'inventeur en serait plus étonnant que le héros ! (Emile, Uv. IV, t. III.)
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choses sensibles , ce qui fait que chacun se préfère aux autres, et qu'il se laisse entraîner par ses sens. Aussi Jésus-Christ, afin d'apaiser ce fond presque inépuisable de maux, cpfAauTfav leur oppose-t-il l'amour de la croix , la haine de soi , et une abnégation continuelle ; pour soustraire l'homme à cette propension effrénée qui le porte vers les choses sensibles, il le détoui^ne des biens terrestres et le porte vers les biens célestes par les paroles suivantes (Matth., YI, 19 et suiv.) : Ne vous amassez pas des trésors sur cette terre, la rouille et les teignes les y dévorent; ils deviennent aussi la proie des voleurs qui les dérobent. Amassez-vous des trésors dans le ciel; là, ils ne sont dévoilés ni par la rouille ni par les teignes; là, ils ne deviennent pas la proie des voleurs, car là ou est votre trésor, là aussi est votre cœur,
Jésus-Christ a aussi promis aux hommes, de peur qu'ils ne perdissent courage, les grâces les plus abondantes; aidé par ces grâces, il n'y a rien de difficile pour l'homme; tout lui est possible; il a aussi établi à ces fins un sacrifice perpétuel, et les sacrements qui fortifient les hommes et les unissent à Dieu de l'union la plus étroite, surtout le sacrement de l'Eucharistie , où il se donne lui-même à eux en aliment et en breuvage, afin de les nourrir et les alimenter pour la vie éternelle. Après avoir ainsi légèrement exposé ces choses, nous ajouterons, comme couronnement, deux assez longs passages de saint Augustin, où il expose avec autant d'élégance que de vérité, et la théorie et la pratique de la rehgion chrétienne. Voici comment il s'exprime dans le Traité de la vraie religion (c. III et suiv. ) : « Si Platon vivait encore et qu'il ne dédaignât pas de répondre à mes interrogations, ou plutôt si quelqu'un de ses disciples l'eut interrogé au temps même où il vivait, et qu'il fut persuadé par lui que ce n'est pas par les yeux de la chair, mais bien par ceux de l'esprit que l'on perçoit la vérité, et qu'elle rend heureuse et parfaite toute âme qui s'attache à elle, et que rien ne s'oppose tant à sa perception qu'une vie sacrifiée à la satisfaction des passions de la chair que les fausses images des objets sensibles imprimées en nous par ce monde sensible, par l'intermédiaire du corps, et qui produisent des sentiments divers et les erreurs; e1 que, par conséquent, il faut guérir l'âme afin de contempler la forme immuable des choses , qui en tout temps est la » môme, et qu'elle conserve partout sa beauté ; que ni la distance
des lieux ni celle des temps ne la font varier, mais qu'elle se conserve en tout point une seule et même chose ; que les hommes ne croient pas à son existence , bien qu'elle soit ce qui existe par excellence; que tout le reste naît, meurt, disparaît, succombe, et que pourtant tout ce qui existe vient de Dieu et a été créé par sa vérité souveraine ; et que , de toutes ces choses , l'âme raisonnable et intellectuelle est la seule à laquelle il a été donné de jouir de cette vérité, de s'attacher à elle, d'en être ornée, et de pouvoir mériter la vie éternelle ; mais que , si elle se laisse capter par l'amour ou par la douceur des choses qui naissent et qui passent, si elle s'abandonne aux usages de la vie présente, elle se perd en de vaines imaginations, elle se rit de ceux qui soutiennent qu'il est des choses que l'on ne voit pas par les yeux du corps, que l'on ne peut pas se représenter sous une forme quelconque, que l'intelligence et l'esprit seuls peuvent voir. Si donc son maître parvenait à lui persuader cela, et si ce même disciple lui adressait cette question , s'il existait quelque homme illustre et divin qui persuadât au peuple qu'il doit au moins croire ces choses , s'il ne peut pas les percevoir, et, s'il en est qui peuvent les percevoir, qu'ils ne doivent pas se laisser enlacer dans les opinions mauvaises de la multitude, ni écraser par les erreurs vulgaires; s'il juge que cet homme soit digne des honneurs divins, je crois qu'il répondrait sans hésiter que l'homme ne peut opérer ce prodige qu'autant que la puissance et la sagesse de Dieu l'ont créé en dehors des lois de la nature ; qu'il n'a pas été instruit par les hommes ; que , dès le principe , il a été éclairé d'une lumière intime: que cette puissance l'a orné d'une si grande grâce, lui a donné une si grande force, et enfin l'a revêtu d'une si grande majesté, que ce n'est qu'en méprisant ce que désirent les hommes mauvais, en souffrant tout ce dont ils ont horreur, et en faisant ce dont ils sont étonnés qu'il a converti à une foi si salutaire le genre humain par l'amour et l'autorité. C'est en vain que l'on demanderait quels honneurs sont dus à cet homme ; car chacun peut se faire l'idée des honneurs qui sont dus à la sagesse divine, sous la direction et par le moyen de laquelle il a mérité, pour le vrai salut des hommes qu'il a opéré, des honneurs particuliers et supérieurs à l'homme. » Si ces choses se sont accomplies, si les écrits des anciens
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» et les monuments nous en gardent le souvenir , si d'une » seule région de l'univers, dans laquelle seule était honoré » un seul Dieu, et où devait naître un tel homme, des hommes » choisis ont, par leurs vertus et leurs discours, allumé dans » l'univers entier l'incendie de l'amour divin, et ont aban- » donné à leurs successeurs l'univers, après l'avoir tiré des » ténèbres où il gisait; et, pour ne pas parler de ce qui est » passé, et à quoi chacun est libre de ne pas croire, si de nos » jour son prêche, dans tous les pays et chez tous les peuples : » Au commencement était le Verbe.,,, et rien na été fait sans » lui, etc. ; si, pour percevoir cela, pour en jouir, pour guérir » l'àme et donner à l'esprit assez de perspicacité pour puiser » à cette lumière intarissable, il est dit aux avares : Prenez » gaixle de ne 2^ as enfouir vos trésors clans la terre, etc.; aux » luxurieux :. Celui c^ui sème clans lo^ chair moissonnera ï) la corruption de la chair; celui qui sème da7is l'esprit » moissonnera la vie éternelle par l'esprit; s'il est dit aux )) orgueilleux : Celui qui s'élève sera abaissé, et celui qui » s abaisse sera élevé; s'il est dit aux hommes colères : Vous » donne-t-on un soufflet, p)résentez l'autre joue; s'il est dit » aux ennemis de la concorde : Aimez vos ennemis; s'il est dit » aux superstitieux : Le roijaume de Dieu est au milieu de » vous; s'il est dit aux curieux : Ne cherchez pas les choses qui y) se voient, cherchez celles cpd ne se voient pas : les choses qui y) se voient sont temjjorelles , et celles cjui 7ie se voient pas sont y> éternelles. Enfin, s'il est dit à tout le monde : N'aimez pas » le monde ni les choses du monde, p)arce cpie tout ce qui est » dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence » des yeux et ambition du siècle,
» Si tout ce que nous venons de dire se lit déjà dans l'uni- » vers et est accueilli avec joie et vénération de tous ceux qui » l'entendent; si, après tant de sang versé, tant de bûchers, » tant de croix sur lesquelles ont été immolés les martyrs, les » églises se sont multiphées et ont pullulé davantage chez les » peuples barbares; s'il n'est plus personne aujourd'hui qui » ne s'étonne de voir tant de milliers de jeunes gens et de » jeunes vierges qui vivent dans la chasteté et qui renoncent » au mariage; et que Platon, qui s'était conduit de la sorte, » craignit l'opinion perverse des hommes de son temps, au » point qu'il est dit de lui qu'il sacrifia à la nature comme » pour eflacer ce péché; si on entend ces choses dans ce sens,
» que comme autrefois on pouvait en disconvenir^ et que de » même maintenant ce soit quelque chose de monstrueux que » de ne vouloir pas les accepter; si^ d'après une telle pro- » messe et un tel engagement , on enseigne maintenant les )) vérités saintes du christianisme dans toutes les parties de » l'univers qu'hahitent les hommes; si chaque jour elles sont )> lues dans les églises et développées par les prêtres ; si ceux » qui s'efforcent de les accomplir se frappent la poitrine par » repentir; s'il est un si grand nombre d'hommes qui em- » brassent cette vie , des hommes de toutes les conditions qui » renoncent aux honneurs et aux richesses de ce monde pour » consacrer leur vie au Dieu souverain, de manière que la » terre presque entière devienne un jour comme une île dé- » serte; si enfin, dans les villes et les cités, dans les bour- » gades et les campagnes , et mêmes dans les villas particu- » lières on en est si persuadé et on a une si grande aversion » pour les biens de ce monde, la conversion au seul Dieu vé- » ritable est^si parfaite que, dans l'univers tout entier, le » genre humain, d'une voix presque unanime, s'écrie chaque » jour : Que son cœur s élève en haut vers le Seigneur; pour- » quoi soupirons-nous encore après la crapule d'hier, et cher- » chons-nous, au milieu de vils troupeaux éteints, les en- » seignements divins? Que ceux qui confessent que c'est une » chose bonne et désirable, connaissent Dieu et cèdent à sa » parole, lui qui a déjà persuadé à tous les peuples de croire » ces choses là. »
Quant à l'autre passage du même docteur, il est tiré du premier livre de l'ouvrage intitulé des Mœurs de l'Eglise (1); il y apostrophe ainsi la religion : « Vous soumettez les enfants à » des enseignements et à des exercices en rapport avec leur » âge; aux jeunes gens, vous en donnez de plus pénibles; » vous laissez en repos les vieillards, selon l'âge, non-seiûe- » ment du corps, mais encore de l'esprit de chacun; ce n'est » pas pour assouvir les passions de la chair que vous sou- » mettez les femmes aux hommes, c'est pour propager l'espèce » humaine et pour conserver la société de famille; vous faites » de l'homme le chef de l'épouse, non pas pour insulter à la » faiblesse de son sexe, mais bien pour satisfaire aux lois d'un
(1) Chap. XXX, n. 03. Gonsult. Tableau synoptique, contenant rexpositioû de la doctrine renfermée dans les saintes Ecritures, par M. l'abbô Frère, dans les Annales, cit. art, 46, 30 avril, art. Doctrme chrétienne.
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5) amour sîhcère; vous assujétissez les enfants à une espèce de » servitude libre envers leurs parents, et vous donnez aux )) parents une domination pieuse sur leurs enfants ; vous H) unissez plus étroitement et plus intimement les frères aux » frères par les liens de la religion que par ceux du sang; ^ vous resserrez, par les liens d'une charité mutuelle, la pa- » rente, quelle qu'elle soit, comme aussi l'alfinité, sans pour » cela toucher aux liens de la nature et de la volonté; vous » enseignez aux serviteurs à s'attacher à leurs maîtres, non » pas tant par la nécessité de leur condition que par amour du » devoir; vous rendez les m^aîtres plus doux envers leurs ser- » viteurs, en leur rappelant le Dieu souverain, qui est notre » maître commun, et vous les portez à les conduire par leurs » conseils plutôt que par la force ; ce n'est pas par la société » seulement, c'est encore par la fraternité que vous unissez les )) citoyens aux citoyens, les nations aux nations; vous unissez » aussi les hommes aux hommes en leur rappelant qu'ils ont » un père commun; vous enseignez aux rois à prendre soin » de leurs peuples, et aux peuples à sesomettre aux rois,... )) apprenant que tout n'est pas du à tous, mais que la charité )) est du domaine de tous , et que l'injure n'est pour personne. » Mais un système religieux qui est tellement complet dans tout son ensemble qu'il excite même l'admiration de ses ennemis les plus acharnés (1); où il y a une union telle que les
(1) L'auteur des Lettres persanes confesse ouvertement que les préceptes de TEvangile sont infiniment supérieurs à ceux des philosophes de l'antiquité tout entière , et que celui qui est un bon chrétien est un pliilosoplie parfait. J.-J. Rousseau, que notre auteur cite dans sa propre langue, pour ne pas en affaiblir l'éloquence , s'exprime comme il suit : Je vous avoue , dit-il , que la majesté des Ecritures m'étonne, la sainteté de l'Evangile parle à mon cœur. Voyez les livres des philosophes, avec toute leur pompe, qu'ils sont petits près de celui-là! Se peut-il qu'un li^Te, à la fois si sulDlime et si simple, soit l'œuvre des hommes (Emile, pass. cit.)? Et encore , dans sa troisième lettre écrite de la montagne, il met la beauté, la sainteté, la vérité et la profondeur de la doctrine chrétienne de beaucoup au-dessus de la doctrine des philosophes; il reconnaît que la leur est entachée d'erreurs, pendant que celle-ci seule est toujours sûre, toujours vraie, toujours une et immuable. Et il en conclut que ceci est une marque si infaillible de la révélation divine, qu'on n'a pas besoin d'autre preuve. Cependant, ces dernières paroles ne doivent être admises qu'avec réserve, car les rationalistes en abusent et rejettent tovites les autres preuves surnaturelles , tels que les miracles et les prophéties, etc. Ils rejettent toutes les autres preuves pour s'attacher à ce critérium interne, comme ils l'appellent ; c'est ce qu'ont surtout fait Doderbin , dans son ouvrage intitulé : Doct. de la relig. chrét., I, 193 et suiv.; Ziégler, dans son ouvrage intit. : Diss. pour prouver que l'excellence de la doctrine chrétiemie se tire plutôt de la raison et des qualités mterncs de cette même doc-
dogmes dépendent les uns des autres et sont le principal fondement de tous les devoirs; qui insinue toutes les vertus , ou plutôt qui conduit au comble et à la perfection de toutes les vertus; qui fait disparaître jusqu'aux vices les plus imperceptibles; qui renferme les motifs les plus efficaces et les remèdes les plus puissants pour les vaincre et les repousser; c|ui conduit tout à la fin qu'il a désignée , et cette fin c'est la gloire de Dieu, le bien et le bonheur de l'homme; qui enfin, par sa grande simplicité, s'accommode aux dispositions de tous les hommes ; qui se prête à toutes les conditions , à tous les états , tant variés et multipliés qu'ils soient, ce système ne peut pas ne pas venir de Dieu ou de quelqu'un que Dieu a instruit luimême; or, tel est le système de la doctrine évangélique, ainsi que nous venons de le prouver. Donc, l'excellence et la sainteté de la doctrine évangélique prouvent invinciblement la mission divine et surnaturelle de Jésus-Christ.
Objections.
I. Ohj, La religion chrétienne, dirons-nous avec D. de Pradt, est en opposition avec le bien de la société civile, comme on le voit 1. par sa perfection. Le chrétien est un homme parfait, c'est un être privilégié, et par conséquent un être fort rare. Mais ce qui est vrai au moral l'est à plus forte raison quant à la religion, qui tend à avilir l'homme religieux à ses propres yeux; qui ne lui accorde de mérites qu'autant qu'il ne les demande pas à sa propre vertu , mais qu'ils lui "sdennent des secours que lui fournit la religion elle-même. Une telle religion fait sortir l'homme des limites de l'humanité; elle est si ardue qu'elle opprime la faiblesse humaine; elle veut en outre que l'homme renonce à tous les biens de la terre, ce qui ne peut avoir lieu qu'en entrant dans un monastère et en se séparant du monde. 2. L'autorité des prêtres et l'empire qu'ils exercent sur les hommes, qu'ils assujétissent aux observances sans nombre du culte, et sous le poids desquelles ils les écrasent, le prouvent aussi. Or ces deux choses s'opposent au progrès de l'industrie et de la liberté, ce dont se convaincra facilement quiconque se donnera la peine de comparer le pro-
trine que des miracles et des prophéties ; Henke prouve aussi , dans sa Somme de th6ol. chrét., que tel est le sentiment de Schulthens, dans son traité : De la seule et unique preuve irréfragable de la divinité de la doctrine et de la personne de Jésus-Gliriat , Turin, 1828; tel est aussi le sentiment de Loke.
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testantisme ou christianisme mitigé avec le catholicisme , ou le christianisme pur. L'industrie et les mœurs sont florissantes chez eux; chez les catholiques, au contraire, tout languit. 3. Ce qui le prouve encore, c'est que la civilisation est bien plus puissante pour réformer les mœurs populaires que la rehgion, dont le culte extérieur est plutôt funeste à l'intégrité de ces mêmes mœurs. 4. Enfin, ce qui le prouve, c'est la doctrine catholique sur l'usure, qui est le grand mobile du commerce, sans laquelle il est presque impossible à notre société de subsister; la religion catholique l'élimine pourtant presque complètement; donc (1) :
Rép. N. Antec. La religion, bien plus, et la société, sont dans un accord parfait , car la religion est le fondement le plus inébranlable de la société; faites-la disparaître, la société,
(J) Œuvres politiq. de M. de Pradt, ancien évêque de Malines, du Jésuitisme ancien et moderne, 3e édit., Paris, 1828, c. VI et suiv.; notre auteur proteste pourtant qu'il considère la religion chrétienne en dehors de la fhe'ologie , et au seul point de vue humain (même c). Voilà les paroles par lesquelle il débute , c. VI , Intit. : de la Modification de l'action du christianisme par la civilisation :
« Nous voici hors de la théologie ; nous rentrons dans une discussion piu'e- » ment humaine ; il s'agit de savoir pourcjnoi un culte éminemment réprimant » ne réprime pas autant que d'autres qui le sont moins. Ici il n'y a plus que » de la moralité, de la logique examinant la conformité des principes avec » les conséquences , et de la géométrie calculant les diverses proportions des » lignes, relativement à leurs effets. La justice exige qu'on ne nous transporte » pas sur un terrain qui n'est pas celui dont nous avons fait choix; ici nous » ne sommes pas en chaire , seulement nous avons le compas à la main. » Que se propose-t-il dans ce préambule, si ce n'est que, sous prétexte de considérer la religion chrétienne ( ou plutôt la religion catholique , comme il le dit plus bas lui-même), il veut en conclure que la religion chrétienne, considérée au point de vue politique, est un obstacle au bien et à la prospérité de la société? Si la justice exige, comme il le dit lui-même, que nous ne le sortions pas de l'état de la question, la vérité exige aussi que l'on ne défigure pas la religion chrétienne ou catholique , pour l'accommoder aux idées préconçues de ce pseudo-politique. Ensuite, après avoir exposé ce que nous venons d'en citer, il conclut comme il suit : « Si l'on veut me contester » ces bases et les taxer d'exagération, je demande !<> si elles s'écartent » en aucun point de la ligne rigoureuse de l'enseignement chrétien; 2» si ce » n'est pas amsi qu'à son début le christianisme a agi, et si ce n'est pas » ainsi qu'il nous est représenté tous les jours ; 3« si le ministère ecclésias- » tique ne renferme pas toutes les attributions que je vienne montrer; 4» si » l'un des premiers dogmes du chistiamsme , puisqu'il est rempli de mystères, » n'est pas l'abnégation de la raison aux pieds de la foi ; 5« si le prêtre n'est » pas le juge de cette foi. » Les réponses que nous ferons aux objections prouveront que ces choses , que notre auteur voudrait faire admettre comme des principes pour en tirer ensuite des conséquences funestes , sont en partie fausses et en partie exagérées ; il voudrait en conclure que la religion divine et révélée est presque toujours en opposition avec les intérêts de la société politique et avec le bonheur particulier de chaque individu
société, nécessairement, s'en ira à la dérive. L'expérience de tous les siècles nous apprend que la société civile ne fleurit jamais tant que lorsque la religion exerça tout son empire (1). Rép. 1. D. Cette perfection n'est pas prescrite à tous au même degré par la religion, C, elle l'est, iV. Notre auteur confond ici deux choses qui ne doivent pas l'être; il confond la perfection essentielle , qui consiste à observer les commandements, et que la religion naturelle nous prescrit en grande partie, avec la perfection, si je puis m'exprimer ainsi, accidentelle ou accessoire, telle que les conseils évangéliques nous l'insinuent. Quant à la première , il est évident qu'elle est en parfait accord avec la société et ses divers devoirs ; la seconde, elle semble tant soit peu séparer ceux qui l'embrassent de la société; cependant elle les utilise, sous un autre rapport, au profit de la société; parfois ils lui rendent des services immenses par la culture des sciences, en élevant la jeunesse, en soignant les malades dans les hôpitaux, par leurs prières, leurs exemples, et par une foule d'autres choses de ce genre, que les seuls ennemis de la société peuvent dissimuler ou même mépriser (2). Toutes les autres difficultés présentées par
(1) Voici ce que Cl, de Saint-Victor écrit sur ce point, dans son tableau historique et pittoresque de Paris (Paris, 1828). « Sans la religion, tout pou- » voir politique ne serait qu'une force aveugle et matérielle , puisque , séparé » de la raison divine , il serait dépourvu de toute conscience , et par consé- » quent de toute justice. On peut même dire que , dans cet état complet de » violence et d'abrutissement, il lui serait impossible d'exercer la moindre » action sur des intelligences et de conserver quelques moments d'existence ; » d'où il résulte que plus la loi divine , à laquelle il est tenu d'obéir, et qui » fait sa force véritable , est respectée, plus il a de raison, de conscience et » d'équité.... C'est dans la religion chrétienne que cette loi a reçu son der- » nier développement; c'est dans les sociétés chrétiennes que l'opposition » morale a plus de force. C'est dans cette société que le pouvoir politique , » soumis à des préceptes qui ne l'obligent pas moins que le dernier de ceux » qui lui obéissent, est contraint, quelques elîorts qu'il fasse pom* en sortir » de rentrer à chaque instant dans les limites de l'ordre et de la justice , de B pratiquer les vertus qui en déri/ent, enfin de se montrer intelligent pour » commander à des intelligences. »
(2) « J'avoue, &i LeDmitz, que les ordres religieux, les pieuses confréries, » les sociétés religieuses et les autres sociétés de ce genre ont toujours excité » mon admiration et eu mon approbation; elles forment comme une milice » céleste sur la terre, pourvni qu'on en écarte les abus et la dépravation, » qu'elles soient gouvernées selon les règles de leurs fondateurs , et qu'elles » soient employées par le souverain pontife pour l'usage général de l'Eglise. » Car qu'y a-tril de plus beau que de porter, parmi les nations barbares, la » lumière de la vérité , à travers les mers , les bûchers, et sous les coups du » glaive, que de ne chr^rcher que le salut des âmes, que de s'interdire tous » les plaisii-3 de lu chair, même les joies de la conversation et de la société