‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 22 sur 74 · EXISTENCE DUNE RÉVÉLATION · texte numérisé non relu

EXISTENCE DUNE RÉVÉLATION

notre auteur s'évanouissent, parce qu elles sont déduites d'un principe faux.

Rép, 2. D. Si cette autorité et cet empire des prêtres étaient en désaccord avec la bonne administration des choses de la terre, C si plutôt cette administration y trouve son avantage, iV. Cette assertion n'est, de la part de nos adversaires, qu'une ignoble calomnie, car l'influence du prêtre a pour objet la bonne direction des mœurs, d'où découlent tous les biens de la société; les hommes, sous cette influence, deviennent plus sincères, plus véridiques et plus justes dans leurs transactions, dans l'administration des intérêts publics, dans l'accomplissement de leurs propres devoirs, et dans toutes les autres choses sur lesquelles repose solidement la société. Quant aux abus qui pourraient s'y glisser, la religion est loin de les approuver. Le culte extérieur est un moyen par lequel nonseulement on honore Dieu, mais qui sert encore de mobile au culte intérieur, et qui unit plus étroitement entre eux les hommes; supprimez-le, et la religion croule; le protestantisme nous en fournit un exemple frappant , car, comme il n'a de mobile que les intérêts de ce monde , il s'est converti en déisme et en rationalisme. Malgré tout ce que les déistes peuvent dire de l'honnêteté des protestants, les hommes qui jugent à leur juste valeur les choses savent combien est grande généralement parmi eux la corruption des mœurs. Ah ! plût à Dieu qu'il n'en fût point ainsi, et que le chrétien ne pût pas se glorifier de la corruption de ses frères égarés ! Quant à ce qu'il ajoute, relativement à l'industrie et au commerce des peuples du Nord, ceci dépend surtout du caractère et du génie des peuples, et des circonstances des temps. Certes, les catho-

» domestique , pour se livrer à la contemplation des vérités les plus abstraites » et à la sainte méditation ; que de se dévouer à l'éducation de la jeunesse , » dans l'espérance de leur communiquer et la science et la vertu ; que de » porter secours dans des pays lointaùis , d'assister les malheureux , ceux qui » sont désespérés, ceux qui sont perdus, les captifs, les condamnés, les » malades dont l'aspect est dégoùtcmt, ceux qui sont dans les fers, et de ne » pas même renoncer, dans la crainte de la peste , à l'accomplissement des » devoirs de la charité ? Tous ceux qui ignorent ces choses là ou qui les mé- » prisent, n'ont de la vertu que des idées basses et vulgaires, et ils mesurent )) sottement les obUgations soleunellos de l'homme envers Dieu , d'après la » mort ordinaire et cette froide manière de vivre , qui règne ordhiaircment » dans les âmes sans zèle et sans esprit. » Tel est le langage d'un auteur protestant, dans l'ouvrage intitulé : Système de théologie, Paris, 1819, p. 88. Si on compare ces paroles avec ce qu'écrit de Pradt, qui tantôt fut évèquo et tantôt pseudo-politique, n'y a-t-il pas là, pour lui, de quoi rougir?

ligues d'Angleterre , d'Irlande, d'Allemagne et de France ne sont ni moins industrieux ni moins actifs que les protestants; cette observation clôt la bouche à ce méchant détracteur, qui poursuit longuement , mais inutilement sa comparaison entre les peuples du Nord et ceux du Midi. Les Italiens, autrefois^ firent presque seuls le commerce ; il est encore certaines contrées de l'Italie où, de nos jours encore, le commerce est autant en honneur, ainsi que l'industrie, que chez les peuples du Nord : les catholiques habitants de la Lusitanie firent aussi, au 16® siècle, ce que font aujourd'hui les Anglais. Tout en ce point dépend donc des accidents et des circonstances extérieures, sans cpie la religion y soit pour rien, comme le pense notre auteur.

Réjj. 3. D. De manière, néanmoins, que cette culture doive être attribuée à la religion catholique , T7\ autrement , N, Les détracteurs de la religion catholique font preuve de la plus souveraine ingratitude lorsqu'ils attribuent à la civilisation l'amélioration des mœurs; la religion catholique en est l'auteur. Quels sont, au moyen-âge, ceux qui arrachèrent à la barbarie , qui régnait sur presque toute l'Europe , les peuples d'alors, n'est-ce pas la religion catholique, ses ministres, et surtout le souverain Pontife? Qui, plus que la religion catholique, a encouragé les sciences et les arts (1)? Dissimulant aujourd'hui toutes ces choses là, les ennemis de la religion affirment impudemment que c'est la civilisation , (tel est le nom qu'ils lui donnent) et non la rehgion qui a épuré les mœurs. On pourrait ajouter que cette civilisatio?! loin, à proprement parler, d'épurer les mœurs, ne fait que changer les vices, encourager le luxe, qui est la ruine de la société, et favoriser une certaine politesse extérieure, une apparence de probité, et non la probité elle-même, non plus que les bonnes mœurs; la religion seule en est la sauvegarde (2).

(1) On peut consult. la cardinal Gerdil , Discours de la nature et des effets du luxe, édit. Rome, tom. VIII; Roberti, Dialogue philos., et discours chrétiens sur le luxe.

(2) Nous allons citer ici ce qu'écrit sur ce point un homme peu suspect à nos adversaires, l'abbé Grégoire. « Chez certains hommes, la haine contre la » papauté est effervescente à tel point qu'ils voudraient exterminer l'Italie , » parce qu'elle reconnaît le pape , et à peine ils pardonnent au Tibre d'ar- » roser la ville de Rome. Ces insensés rendent le christianisme responsable » des torts de quelques-ijns de ses ministres. Avec cette manière de raisonner, » on proscrirait l'or parce qu'il y a de faux monnayeurs, le désintéressement,

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Rép, 4. D, Un intérêt immodéré et injuste, C. un intérêt modéré et légitimé par des titres justes, N. La sacrée Congrégation de Rome a récemment répondu aux questions qui lui

la sobriété , parce qu'il y a des avares et des débauchés. Toutes les vertus seraient complices de ceux qui les outragent. En ouvrant les yeux sur le mal, doit-on les fermer sur le bien? Le christianisme et ses pontifes furent, pour ainsi dire, le ciment qui, dans le moyen-àge, empêcha la dissolutioîi de l'Europe. Le clergé ne put la sauver entièrement de la barbarie, mais du moins il y conserva, et seul y conserve quelques restes de l'ancienne civilisation; le ministre de l'Evangile est le lien qui met en contact lea diverses classes de la société ; placé entre le riche et le pauvre , il appuie les prières de celui qui a besoin, et amollit le cœur de celui qui peut donner. Le clergé est un corps modérateur entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent. A cette époque où des potentats sans frein tourmentaient les peuples, communément les papes s'interposaient pour réprimer les abus d'autorité, ralUaient les intérêts, les volontés, et prévenaient ou éteignaient les troubles. Robert Ward, dans ses savantes recherches sur les lois, attribue le maintien de l'état social à l'ascendant qu'exerçaient les papes, et aux conciles, qui rapprochaient les peuples par l'entremise de leurs évèques, et même les princes réclamaient l'intervention pontificale. L'histoire de Jersey et de Guernesey en fournit un exemple. Par un usage anciennement établi, lorsqu'il y avait guerre entre l'Angleterre et la France, les habitants des deux pays ne devaient ni s'insulter ni se battre, aussi loin que peut s'étendre en mer la vue des iles. A la sollicitation d'Edouard IV, Sixte IV, la dixième année de son règne , lança une bulle qui en excommuniait ipso facto les infracteurs. Un historien protestant, Jean de Mùller, croit que, sans les papes, nous serions aussi étrangers aux connaissances des anciens que le sont, aux arts et aux sciences des Grecs, les Turcs qui occupent leur territoire. Tandis que de preux chevaliers se glorifiaient de ne pas savoir écrire, attendu leur qualité de nobles, tandis qu'en Angleterre les barons demandaient à Richard II qu'aucun vilain ne pût envoyer son enfant à l'école, et qu'ils le forçaient à révoquer les actes d'affranchissement, de toute part s'élevaient des écoles monastiques; elles conservaient le feu sacré, et de là s'échappaient des rayons de lumière (Histoire des sectes * ). »

* Cette note, tirée de l'abbé Grégoire, nous porte à faire ici une observation qui nous paraît fondée. Il y est parlé en morse temps de ces nombreuses écoles tenues au moyen-àge par les moines ; personne , assurément, ne songe sérieusement à révoquer ce fait en doute ; il y est dit aussi que les chevaliers et les nobles de ces temps là se glorifiaient de ne pas savoir écrire, et par conséquent signer. Cette assertion, qui souvent a été émise devant nous, laisse, nous l'avouerons ingénument, un certain doute subsister dans notre esprit. On a tant calomnié le moyen-àge , et poiu?tant il a produit tant et de si belles, si grandes choses, que nous sommes peu disposé à accueillir légèrement le mal qu'on en dit. Et certes, cette accusation n'est ni à la louange de ce temps, ni à celle des puissants seigneurs de ces siècles réputés barbares. Les études sérieuses que le dix-neuvième siècle a faites sur le moyen-àge ont déjà dissipé tant d'erreurs, fait tomber tant de préjugés relatifs à ces temps là, que nous ne désespérons pas de voir bientôt quelqu'un de ces hommes âpres au travail éclaircir cette question et prouver, comme l'a fait dernièrement M. Veuillot, pour le droit dit du Seigneur, contre M. Dupm et consorts, qu'elle n'a aucun fondement. Il nous semble difficile d'admettre cette ignorance crasse de la noblesse avec ces communautés nombreuses, où

avaient été soumises sur le prêt à intérêt (l'Eglise tolère sur l'usure les diverses opinions , comme le prouvent les ouvrages qui ont été publiés). Il est donc évident que notre adversaire fait une fausse supposition lorsqu'il dit, d'une manière absolue, tout bénéfice honnête provenant du contrat , vulgairement appelé prêt, mais qui n'est réellement pas, est condamné par l'Eglise (1) ; mais il ne lui importe pas moins qu'à la société de condamner ces bénéfices provenant de l'usure, qui répugnent et à la justice et à charité, et qui est la ruine d'un si grand nombre de familles , ruine opérée par la rapacité et l'avarice de ceux que tourmente Xauri sacra famés du poète.

I. Inst. On insiste encore avec le même auteur et les incrédules qui l'ont précédé : 1 . Le christianisme déprime l'esprit de l'homme, confond sa raison et lui met des entraves aux pieds : où est donc sa liberté? 2. Le culte du chrétien, qui tend à l'arracher à la terre qu'il lui montre comme une vallée de larmes, le rend captif. 3. Le père véritable des chrétiens, c'est le Père céleste ; et, pour aller à lui, il doit renoncer à son père et à sa mère, et dire à ses frères : Nescic vos, je ne vous connais pas. 4. Il n'y a qu'un seul véritable royaume, et il n'est pas de ce monde ; les richesses en ferment l'entrée loin d'y conduire; la voie qui y conduit est semée de larmes, les souffrances y préparent l'homme , et la simplicité l'y conduit. 5. La science humaine s'évanouit et est confondue par des enseignements de ce genre. 6. Le chrétien doit sans cesse veiller sur lui ; son ennemi est sans cesse assis à ses côtés et l'obsède ; la mort est toujours là qui le menace; l'œil de Dieu est toujours ouvert sur lui; il interroge jusqu'aux derniers replis de son cœur; une main secrète écrit tout ce qui lui sera reproché au jour du jugement;, son juge est toujours assis sur son tribunal. 7. Une simple divagation d'esprit peut être pour lui la cause d'une perte irréparable ; l'emportement d'une jouissance

il y avait tant et de si brillantes écoles; et, d'ailleurs, ces communautés n'étaient-clles pas peuplées, le plus souvent, par des enfants de famille? Les rois eux-m(^raes n'y allaient-ils pas parfois chercher le repos et la paix de l'âme, en mèrftc temps que la tranquillité du corps? Nous pourrions aussi appuyer notre assertion sur la démarche des nobles d'Angleterre auprès du roi Richard H, citée par l'abbé Grégoire. Nous ne formons ici qu'un vœu, c'est do voir quelque homme sérieux traiter à fond cette question; ce n'est pas nous qui pouvons le faire, retiré que nous sommes dans le fond des campagnes , et dépourvu de ressources et de monuments. N. T.

(1) Goniiultez les décisions de la Gongré{?;ation romaine de rinquisition, sur l'usure.

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illicite peut lui causer une blessure inguérissable, si son esprit en est atteint. 8. Il décerne au célibat et à la virginité les honneurs de la vie humaine, que le monde accorde surtout à la dignité paternelle. 9. Quant à ces douces jouissances, sans lesquelles les hommes ne sauraient être heureux en cette vie, il les attribue uniquement à ces infirmités qui sont si ordinaires à la nature humaine (1). 10. On conclut de tout cela que la rehgion chrétienne avilit l'homme et le rend incapable de s'acquitter de ses devoirs sociaux, surtout de faire la guerre, et qu'au contraire le ministre d'une telle religion le rend formidable à lui-même. Donc :

Rép, 1. N, Cons. Toutes les choses mises ici en avant sont en partie ou fausses, ou exagérées, ou enfin elles sont du nombre de celles que prescrit la loi naturelle elle-même, et qui, par conséquent, doivent entrer dans tout système religieux, quel qu'il soit.

Rép. 2. A chaque objection en particulier, et d'abord à la première : Il est faux que la rehgion chrétienne déprime l'esprit, confond la raison, et charge l'homme de chaînes. Le nombre infini des savants et des sages qui ont fleuri dans le sein de l'Eglise , dans tous les siècles , donne un démenti formel à M. de Pradt; jamais,, et en aucun temps, les sciences et les arts hbéraux ne furent plus florissants qu'au sein de la religion chrétienne cathohque. Comme la \iUe de Rome est le centre de la religion, elle fut aussi toujours le centre des beaux-arts; c'est à Rome que viennnent les hommes de toutes les régions du Nord, pour se perfectionner dans ces mêmes beaux-arts; c'est de Rome que partit, dans les siècles passés, la civihsation qui s'est répandue dans l'Europe tout entière (2).

Rép. 2. Il est faux que le chrétien soit esclave de son culte, dont l'objet unique est de le détacher de la terre; si le chrétien est à un certain point devenu esclave de son culte, pour nous

(1) Ouv. cit., c. IV.

(2) Cobbett (lett. 1), afin de réduire à néant la calomnie si souvent jetée à la face de l'Eglise catholique par les protestants, les déistes et les incrédules, qu'elle favorise ce qu'ils appellent V obscurantisme, comme le fait en dernier lieu de Pradt (car ils ne font que se copier mutuellement), trouve, en établissaut une comparaison d'après les dictionnaires historiques que , pendant les XVIle et XVIlIe siècles, l'Angleterre a produit 132 hommes marquants dans les sciences et les arts, l'Italie en a produit 1G4, et la Fraucc, malgré les ténèbres dont elle est enveloppée, en a donné 676 : ce sont là des faits qui parlent...

Servir des expressions de Fauteur , ou plutôt de sa religion, il l'est en ce sens que la foi exige la soumission de la raison, et cette soumission est prescrite par la raison elle-même. L'amour est pour ainsi dire l'âme du culte chrétien; or, l'amour ne rend point l'homme esclave, mais il est libre de cette liberté que Dieu nous a donnée. L'Evangile ne proscrivit jamais l'usage modéré des biens de la terre ; l'abus et la profusion seuls ont été condamnés par lui; il défend la perversité de l'esprit, qui consiste à jouir des biens dont nous devons seulement nous servir, et à nous servir de ceux dont nous devons jouir. Les calamités dont nous sommes entourés de toutes parts , les gémissements dont retentit le monde nous disent assez si on n'est pas plus en droit d'appeler cette vie une vallée de larmes qu'un séjour de délices.

Rép. 3. Il est faux que nous n'ayons de véritable père que le Père céleste , et que , pour aller à lui , il faille quitter son père et sa mère, etc. Si, par là, on exclut les parents de la terre, car lorsque Jésus-Christ nous défend de leur donner le nom de père parce que nous n'avons qu'un seul père qui est dans les cieux (Matth., XXIII, 9) , il n'exclut pas les devoirs que nous devons à nos père et mère, puisqu'on cette circonstanfce il reprochait plutôt aux scribes et aux pharisiens de ne pas remplir ces devoirs, sous un vain prétexte de religion (Matth., XV, 3, et suiv.), il veut, et cela relativement, que nous appelions et que Dieu soit notre père par excellence, parce que nous sommes plus redevables envers Dieu qu'envers nos parents; de sorte qu'entre offenser Dieu et offenser nos parents, nous préférions offenser ceux-ci; on voit par là dans quel sens nous sommes obligés d'abandonner notre père et notre mère et de méconnaître nos frères; c'est lorsque l'amour que nous devons à nos parents est incompatible avec celui que nous devons à Dieu ; la droite raison elle-même nous enseigne que dans ces cas il doit en être ainsi. Certes, M. de Pradt aurait dû savoir cela, car bien des fois, en s'acquittant du devoir de l'office divin, il avait lu ces paroles de saint Grégoire-le-Grand : Aimons ceux qui nous sont unis par les liens de la chair et que nous reconnaissons pour nos pjarents; refusons de connaître, au contraire, fuyons et haïssons ceux qui nous sont un obstacle dans la voie de Dieu (1).

(1) Homél. 37, sur l'évang. du com. d'un martyr.

Eép. 4. D. Il n'y a qu'un royaume éternel après lequel tous les hommes doivent soupirer, C. à l'exclusion du royaume terrestre, N. En outre, ce qu'il ajoute des richesses, et qui tend à prouver qu'elles en excluent est faux. Ce ne sont pas les richesses, d'après la doctrine de Jésus-Christ, qui excluent du royaume du ciel, c'est seulement l'abus qu'on en fait qui empêche d'en devenir possessem\ Que d'hommes riches , que de rois , que d'empereurs l'Eglise a inscrits au catalogue de ses saints ! Il est difficile, sans doute, de ne se pas laisser entraîner par leurs attraits ; cependant , comme nous l'enseigne Jésus- Christ, tout est possible avec le secours de la grâce. Que les riches sachent, dit à ce propos saint xVmbroise, que les richesses ne sont point un crime ; ne savoir pas en user, voilà où est le crime. Car, comme les richesses sont un obstacle qui empêche les méchants de pratiquer la vertu, de même elles aident les bons à la pratiquer (1). Ainsi, ce ne sont donc pas toutes sortes de plem-s et de souffrances qui y introduisent les hommes, mais bien ce que l'on souffre pour la justice et ce qui en découle.

Rép. 5. Il est faux que toute science humaine disparaisse et s'éclipse devant de semblables enseignements, pourvu qu'on les entende dans leur sens véritable, et qu'on ne les interprète pas dans un mauvais sens, comme le font nos adversaires. Le grand nombre d'hommes sages et savants, que compte l'Eglise dans ses annales , le prouvent par leurs ouvrages.

Rép, 6. Quant aux choses qu'il ajoute, et qui sont relatives à la vigilance, aux embûches des démons , à l'omniscience de Dieu, au compte qu'il nous faudra rendre de nos œuvres, toutes ces choses sont parfaitement vraies; tout homme qui n'est pas athée doit admettre ces choses là comme étant propres à le faire tenir sur ses gardes, de manière à ne pas se laisser entraîner par ses passions , à se préserver du vice et à pratiquer la vertu. Ces difficultés tranchées , il s'agit de savoir s'il faut courir après la vertu ou fuir le vice.

Rép. 7. D. S'il leur donne un entier consentement, C. s'il les repousse, N, C'est pourquoi ces choses sont exagérées; elles sont opposées à la doctrine catholique ; si l'homme y consent, qui pomTait dii^e que devant Dieu il n'est pas coupable? N'est-ce pas là ce qu'enseigne la droite raison?

(1) Liv. VIII, sur saint Luc, vers l<i fin.

Rép. 8, Le céliljat et la virginité doivent être préférés au mariage, en tant qu'ils sont un plus grand bien, C. Ils doivent être préférés, en tant qu'ils diminuent Thonneur dû à la dignité paternelle , iV. Ce sont ici des calomnies indignes que l'auteur n'a pas rougi d'emprunter aux incrédules et aux protestants. Que l'état de mariage soit honorable aux yeux des catholiques, c'est ce que prouve la doctrine des apôtres, qui le regardent comme un grand sacrement (Eph., 3, 32); mais que l'on doive préférer la virginité en elle-même à l'état conjugal, c'est ce qu'ont reconnu les païens eux-mêmes, éclairés par les seules lumières de la raison (1); au reste, l'Apôtre dit assez ouvertement que le célibat est préférable au mariage, et Jésus- Christ lui-même l'a enseigné à l'Eglise.

Rép. 9. D. C'est-à-dire, les réjouissances sont permises quand elles sont honnêtes et licites, C. En tant qu'elles sont moins bonnes et illicites, N. La religion a toujours compté, parmi les autres vertus, la bonne plaisanterie, svrpaTrsAtav (2).

Rép. 10. C'est pour cela que nous nions toutes les conséquences mal déduites de ces faux principes, et 1. que la doctrine avilit l'homme à ses propres yeux et le rend inhabile à remplir les devoirs que lui impose la société. Car la religion modère et condamne les excès; elle excite au contraire et pousse chacun, suivant son état, sa condition, à faire le bien et à pratiquer les vertus, soit publiques, soit privées. Elle nourrit toujours dans son sein des hommes éminents qui imirent les devoirs de la piété à ceux du bon citoyen et du magistrat intègre, et qui, au jugement de tous, passèrent pour des hommes parfaits. L'Apôtre condamne l'oisiveté, apprenant à tous que celui qui ne travaille pas ne doit pas manger (2. Thess., c. 3, 10); il dit aussi à tout le monde que chacun doit s'acquitter de ses fonctions : Si quelquun napas soin des

^ (1) Consultez Morin, Diss. sur le célibat, dont Zaccaria, S. J., a donné l'abrégo dans son Histoire du célibat sacré; on peut aussi consulter un homme qui ri'çst pas suspect à nos adversaires, Kreuscr, Religions de Vantiquitê, considérées principalement dans leurs formes symboliques et mythologiques, ouvrage traduit de l'allemand , refondu on partie, complété et développé par Guigniant, 1825. Il y est démontré que les Indiens ont eu, dès les temps les plus reculés, l'idée du célibat ecclésiastique. On peut aussi consulter le comte de Maistre, dans son livre du Pape, c. 3, § 1; il y démontre, par des documents anciens et nouveaux, que l'idée du célibat religieux est généralement répandue chez tous les peuples.

(2) v-'y. saint Thomas, 2, 2, q. 1C8, art. 3.; consult. Traité des jeux et divertissements, par J.-B. Thiers, v. 1, hi-8, Paris, 1686.

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siens, surtout de ses serviteurs^ il renie sa foi, et il est pire qiiun infidèle (I. Tim., V, 8). 2. Nous nions pareillement cette conséquence, savoii^ qu'elle rend les hommes inhabiles à la guerre (1); car la doctrine évangélique retient les soldats chrétiens dans le devoir en réprimant cette ardeur irréfléchie qui fait qu'on ne verse pas le sang, mais qu'on le prodigue; elle leur apprend aussi que leurs ennemis sont leurs frères (cons. Luc, III, 14). Mais l'expérience, ici encore, prouve le contraire; Constantin, Théodose, Charleaiagne, Louis IX," l'empereur Henri I, le roi Etienne de Hongrie, le prince de Coudé, Eugène de Savoie, et une foule d'autres, furent d'aussi bons clu'étiens que de glorieux soldats. 3. Nous nions enfin la dernière conséquence , savoir que la religion chrétienne rend formidable son ministre, vu c[ue le seul pouvoir qu'elle lui donne, c'est d'édifier afin de sauver lésâmes; il doit être, à Texemple de son maître, doux et humble de cœur. Que si parfois il est obhgé d'être sévère, il ne se propose que le bien; il n'en use ainsi que lorsqu'il est provoqué, lorsqu'il y est contraint, comme pourra s'en convaincre, en Usant l'histoire, celui dont l'esprit est exempt de préjugés, et en laissant de ■côté les calomnies par lesquelles les anciens et nouveaux ennemis de l'Eglise ont essayé de la dilTamer (2).

II. Inst, 1 . La religion n'est d'aucune efficacité pour corriger les mœurs. 2. Quel vice a-t-elle détruit en Italie, et surtout à

(1) Gibbon insiste sur cette objection, disant que, d'après Origène, Gelse la faisait aux chrétiens; mais ici Gibbon, suivant son habitude, défigure la difficulté dont il s'agit; car Gelse (Orig., liv. 8. n. 75) exhorte seulement les chrétiens à prendre les armes pour le roi, et que, s'il le demaude, ils combattent S0U5 lui, et qu'avec lui ils commandent les armées; Gelse ne dit point ici, comme le prétend Gibbon , que l'empire serait perdu si tous les hommes se faisaient clnrétions, etc. Mais les incrédules citèrent-ils jamais de bonne foi dans leurs attaques contre la religion? Pour connaître le vrai sentiment d'Origène et de Tertullien sur la guerre, on peut consulter Hugues Grotius, liv. VII, c. 2, sect. 9, du Droit de la guerre, et l'édition d' Origène, de Mourinus, liv. VIII, cont. Gelse, § 73, n. c.

(2) Les jeunes gens ne doivent jamais perdre de vue les paroles du comte de Maistre, parlant de ces auteurs; il s'exprime comme il suit : Jeunesse inconsidérée , quand tu portes les mains sur quelque livre de ces hommes pervers, souviens-toi que la première qualité qui leur manque, c'est toujours la probité (Soirées de Saint-Pétersboiu'g, tom. I, p. 188). On peut, sans crainte de se tromper, mettre de Pradt au premier rang des auteurs qui, pour combattre la reUgion catholique et surtout le siège de Rome, eut recours à la colomnie, au mensonge et au paralogisme. Il agit de la sorte, soit dans l'ouvrage cpie nous venons de citer, soit dans celui qu'il a publié sur le Con' cordât de l'Amérique avec Rome, Paris, 1828; il n'a pas rougi, pour ces deux ouvrages, d'aller puiser dans Bayle.*

Rome? Qu'a-t-elle fait pour réformer les mœurs espagnoles?^ Ces nations n'occupent-elles pas le dernier rang dans la société? Pendant qu'au contraire la moralité des peuples du Nord doit être uniquement attribuée à la civilisation dont ils j ouïssent ( 1 ) . Donc : Rép. 1. N. Et je dis même que la religion jouit de la plus grande efficacité pour réformer les mœurs. Si tous les anciens législateurs, sans en excepter un seul, ont eu recours à la religion pour adoucir les esprits emportés et les contenir dans le devoir, ils sont par conséquent d'un sentiment opposé à celui de notre adversaire. Si telle a été la puissance de l'ombre de la religion^ si je puis m'exprimer de la sorte, que ne pourra pas la vérité elle-même? Otez les freins que la religion met aux passions des hommes, et bientôt les peuples retomberont dans l'ancienne barbarie. La civilisation, tant vantée par de Pradt, doit surtout être attribuée à la puissance de la religion , ainsi que nous l'avons précédemment observé. Mais, pour en venir tout de suite à l'efficacité de la loi évangélique^ si les droits de la guerre sont plus doux, si les mœurs sont plus douces et plus policées, si l'esclavage a presque partout été aboli ou tempéré par des lois plus douces (2) , si les unions conjugales revêtent une certaine honnêteté et sainteté publiques, si la licence des théâtres est moins éhontée qu'autrefois , si le sang des gladiateurs ne coule plus dans les amphitéâtres , quiconque connaît l'histoire sait qu'il faut attribuer tout cela à l'Evangile, qui en a été la cause (3). Les hommes instruits savent tous combien était grande , publique et répandue cette dépravation, avant que ne brillât la lumière évangélique; de sorte qu'il nous est permis d'affirmer V que même les nations qui ont corrompu ou qui ont abandonné l'Evangile lui doivent encore beaucoup; 2° qu'elles sont plus ou moins corrompues, selon qu'elles se sont plus ou moins éloignées des prescriptions

(1) Ibid., chap. VIII.

(2) Consultez le comte de Maistre, du Pape, liv. II, chap. V; c'est là où fon voit quel fut l'état des esclaves presque sans nombre qui existaient chez tous les peuples, surtout dans la république et l'empire romain, avant que le christianisme n'eût adouci leur misérable existence, et n'eût enfin brisé leurs liens.

(B) Les annales de l'Eglise conserveront immortelle la mémoire du saint martyr Télémaque, qui n'hésita pas à venir des pays les plus lointains de l'Orient à Rome, à se précipiter dans l'amphithéâtre et à verser son sang pour nietlre fin à ces hideux spectacles; c'est en eiïet ce qui eut lieu par l'ordre d'Honorius, après la mort de ce saint homme. Gons. les boliandistes , AcU des saints, 1«' janvier.

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évangéliques , ou qu'elles s'en éloignent plus ou moins (1).

Rép. 2. La puissance de la religion a déraciné à Rome, et dans toute l'Italie, les vices que l'on vient d'énumérer. Car, comme Rome est le centre de la religion, son action se fait sentir sur toutes les nations (2) . Si les vices n'ont pas disparu partout, on ne doit pas l'attribuer à son défaut d'action, il faut plutôt l'attribuer à la mauvaise volonté de ceux c[ui sont endurcis dans le vice, et qui rendirent son action nulle ou presque nulle, ou qui s'opposèrent à son influence. Le malade qui refuse de prendre le remède que lui donne le médecin, doit s'imputer à lui-même de ne pas recouvrer la santé.

Rép. 3. La religion catholique n'a certainement rien fait pour l'amélioration morale de l'Espagne, dans le sens que l'entend notre adversaire, puisque cette amélioration n'est rien autre chose que la licence des pensées et des actions honteuses; mais, s'il était question au contraire d'une amélioration morale proprement dite, on doit tout attribuer à son influence bienfaisante, au point qu'en tous temps ce pays a produit des hommes d'une sainteté héroïque^ des hommes qui ont pratiqué à la perfection toutes les vertus. Si on a sacrifié çà et là à la faiblesse humaine, nous le répétons ici, il ne faut pas en faire un crime à la rehgion, il faut plutôt l'imputer à ceux qui ont secoué son joug. Quant enfin à la place que notre adversaire leur accorde dans les rangs de la société , nous n'en faisons aucun cas , vu qu'il faut toujours l'entendre dans le sens pervers d'un auteur qui écrit au point de vue d'une fausse politique.

(1) Feller, dans son Catéchisme philosophique, Liège, 1788, tom. III, ch. 4, § 1, p. 274, dit, avec justice, qu'un demi-siècle de paganisme présente infîniment plus d'excès énormes qu'on n'en trouverait dans toutes les monarchies chrétiennes, depuis que le christianisme règne sur la terre. On peut aussi consulter le très-savant Père Baltus , dans son ouvrage intitulé Jugement des saints Pères sur la morale de la philosophie païenne, Strasbooi'g, 1719, ch. 13 et suiv.; on y verra quelle était la dépravation des mœurs publiques et privées, dans tous les rangs de la société, tant que subsista la religion païenne.

(2) Saint Léon-le-Grand décrit , avec son éloquence ordinaire, la condition de Rome et l'amas des vices dans lesquels elle était livrée, lorsque saint Pierre vint s'y établir. Il s'exprime en ces termes : « Là, il fallait fouler aux ^ pieds les opinions des philosophes; là, il fallait dissiper la futilité de la » sagesse humaine; là, il fallait abattre le culte des démons, renverser l'im- » piété de tous les sacrilèges que la superstition la plus minutieuse y avait » réunis, tout ce que de vaines erreurs y avaient établi... Vous pénétrez dans » cette forêt où rugissent des bêtes féroces, dans cet océan agité jusque dans » ses profondeurs avec plus de courage que ^ous n'en aviez pom^ marcher « sur les flots (Serm. des samts ap. Pierre et Paul). » Or, n'est-ce pas la lehgion catholique qui a délivré Rome de toutes ces monstruosités?

Rép, 4t. On nous permettra de ne point établir ici une comparaison offensante ; mais, néanmoins, il est certain 1 . que les habitants du Nord sont hommes, et par conséquent ils sont sujets à toutes les infirmités; 2. qu'il ne faut pas juger de l'intégrité des mœurs sur les apparences extérieures seulement;

3. les voyageurs qui ont parcouru ces pays nous rapportent des choses qui n'ont aucun rapport avec cette probité supposée;

4. c'est d'après ces mêmes voyageurs que, le plus souvent, l'on impute à Rome et à l'Italie cette corruption (1). Plût à Dieu que la plupart de ces hétérodoxes n'eussent pas visité nos pays !

II. Obj, 1. Jésus-Christ n'a rien apporté de nouveau au monde; tout ce qu'il a enseigné, il l'a puisé soit dans la loi mosaïque, soit dans les anciens sages de la Grèce. lia emprunté ses mystères ou ses dogmes et ses rits aux religions païennes; il a emprunté aux Indiens les mystères de la Trinité , de l'Incarnation, de la chute de l'homme, de la révolte des anges, du

(1) Pour donner un spécimen de la probité et de la civilisation des peuples du Nord, nous citerons ici quelques fragments de la statistique médicale, publiée en 1823, par M. Gaspar, docteur de la faculté de Berlin. Il y énumère les suicides cpii ont eu lieu chaque année. De l'année 1818 à l'année 1822, il y eut, dans le seul royaume de Prusse, 3,860 suicides, c'est-à-dire 7 pour chaque 1,000 habitants; à Berlin, de 1822 à 1823, il y en eut 1 par chaque 100 habitants ; les exemples de ce genre sont très-rares en Italie ; la raison en est claire, c'est qu'elle n'est pas encore aussi civilisée que les pays protestants du Nord. On peut lire en outre les lettres de Raoul Rochette sur la Suisse, Paris, 1826. Il y prouve clairement de combien les provinces catholiques l'emportent sur les provinces protestantes ou réformées, soit par l'honnêteté, soit par la sincérité des relations politiques ; elles l'emportent aussi par la force et la vigueur personnelle par l'héroïsme et la bravoure militaire , par la paix intérieure et le caractère pacifique de leurs habitants, leur esprit de tolérance et de fidélité, etc.; de sorte que Ton peut dire que cet ouvrage contient une comparaison et une réfutation formelle de toutes les infamies déversées çà et là sur les catholiques et le catholicisme , et de l'avantage que certains hommes accordent aux protestants sur les catholiques. On peut, pour ce qui est des Italiens en particulier, consulter les Lettres sur l'Italie, de Pierre de Joux , publiées à Paris en 1829, en deux volumes. C'est encore avec raison que le G. Marchio Massejus disait (Roberti, la Probité, not., p. 2) que tous ses longs voyages lui avaient appris à aimer davantage sa patrie , et à avoir plus de vénération pour sa religion. Il est inutile, après ce que nous venons de voir, de dire combien la corruption s'est accrue à Paris, depuis que l'incrédulité y a fait tant de ravages; les feuilles publiques l'apprennent assez; on sait par elles que, sur 22,000 naissances, il y a 7,000 enfants naturels, c'est-àdire liresque un tiers; dans l'espace d'à peine huit années, on y compte 2,108 suicides, etc. De Pradt est-il donc fondé à venir nous vanter les avantages de la civilisation des peuples du Nord sur celle des peuples ae l'Italie? On peut lire eu outre un ouvrage remarquable, intitulé Y Action du clergé sur le peuple. Nous passerons sous silence l'Angleterre et Genève, etc.; tout le inonde sait quelle est partout la moralité des protestants.

l)aptême, etc.; aux Chinois, le précepte de l'humilité chrétienne, du pardon des offenses, de l'amour des ennemis ; quant aux autres, il les a empruntés à l'Egypte ou à la Perse (1), 2. C'est pourquoi la religion chrétienne n'a ajouté, de son propre fond, que l'intolérance religieuse (2). 3. C'est cette intolérance qui a fait périr sur les bûchers un si grand nombre d'hérétiques; 4. c'est elle qui a créé les tribunaux horribles de l'inquisition; 5. la nuit de la Saint-Barthélemi est son œuvre; 6. elle a enfanté une foule de guerres civiles qui ont ruiné l'Europe; 7. c'est ce qui fait que les pontifes romains ont déposé les rois et les empereurs; 8. c'est aussi elle qui a engendré l'amas des maux dont ils furent les auteurs. Donc :

Rép, 1. Ou iV. ou D. S'il s'agit de la loi mosaïque, il y a puisé bien des choses dont il a donné l'explication, et qu'il a perfectionnées, qui étaient voilées et imparfaites sous cette loi, qui n'était elle-même qu'une ombre, un type, une figure et comme un acheminement à l'Evangile, C. Il n'y a rien ajouté du sien qui n'ait été connu des Juifs, et il n'a pas défendu une foule de choses que Moïse ne tolérait qu'avec peine , N. Nous ajouterons que, comme la divinité de la loi mosaïque découle de sa doctrine, celle de la loi évangélique découle aussi de la sienne. Il y a entre ^Ues la seule différence qui existe entre l'aurore et le plein midi (3) . Pour ce qui est des sages de la Grèce, N. d'une manière absolue, Jésus-Christ ne les connut jamais. Le système de la religion chrétienne a de plus tant d'ensemble, d'unité, que les philosophes n'en enfantèrent jamais un pareil; ils jetaient çà et là leurs principes, comme les membres dispersés d'un corps qui n'ont plus de cohésion entre eux; ils étaient même mélangés d'erreurs , comme nous l'avons vu en son lieu. Des rehgions des païens, etc., iV. pour la même

(1) Tel est le sentiment de l'auteur de l'ouvrage qui a pour titre Résumé de Vhistoire des traditions morales et religieuses chez les divers peuples, par M. de S., Paris, 1825; c'est aussi celui de FélLx Bodin, Coup d'œil sur l'histoire de la civilisation. Pains, 1825, qui a beaucoup emprunté à Gibbon; c'est aussi le -sentiment d'un grand nombre d'autres écrivains diaboliques, qui redisent toujours les mêmes choses, se copiant continuellement les uns les autres, sans tenir compte des réponses qui ont été faites à leurs objections, non-seulement par les écrivains catholiques , mais encore par les proteslanta eux-mêmes.

(2) Le jaif Arabins avait déjà fait celte même objection, dans une conférence amicale avec Limborchius, dans le troisième écrit, quest. II, n. 1.

(3) Consnlt. Oricjène, Cont. Celse, liv. G, et saùit Augustm , Cit. de Dieu, Uv. VIII, X, XU el XIX.

raison. Quant aux mystères et aux dogmes que nous objectent nos adversaires, ils diffèrent autant des mystères et des dogmes de la religion chrétienne, que le ciel diffère de la terre; ils nous produisent, si je puis m'exprimer ainsi, certains fragments et certains débris des anciennes traditions conservées chez tous les peuples, et souillées de plus ou moins d'erreurs^ C. autretrement, N. (1). Ce sont là des songes de nos incrédules, qui nient que l'Evangile renferme des dogmes et des mystères, et qui ensuite trouvent ces mêmes dogmes et ces mystères chez les barbares, et ils prétendent que c'est de là qu'ils découlent I L'incohérence, voilà leur fait.

Rép, 2. N. Cette intolérance découle de la nature même de la chose. Il ne peut pas y avoir union entre la vérité et l'erreur. Mais nous parlerons de la tolérance en son lieu.

Rép. 3. Ou A^. ou i). Par l'intolérance civile, Tr. par l'intolérance religieuse, iV. L'intolérance religieuse s'associe trèsbien avec la tolérance civile. Le grand nombre de Juifs qui vivent sous le pouvoir du pape en est une preuve irréfragable. Pour ce qui est de l'intolérance civile , elle est complètement étrangère à la religion; elle dépend du caractère des princes, des lois civiles, des circonstances qui, tantôt l'excluent et tantôt l'admettent. Il nous suffira, au reste, d'avoir remarqué ici que personne n'est plus intolérant que les sectaires, qui poursuivent et poursuivent continuellement les catholiques, tantôt ouvertement, lorsqu'ils le peuvent, et tantôt secrètement et dans l'ombre. Si on comparait les victimes immolées par les catholiques, et celles dont les sectaires ont versé le sang, les objections de nos adversaires seraient aussitôt réduites à néant (2).

(1) Consultez les Lettre» américaines du comte Charles Rubt, comme aussi les Annales de philosophie chrétienne, tom VIII, an. V, n. 43, 31 janvier, Paris, 1834, art. voyages et traditions , croyances, superstitions et restes des traditions primitives, observées par M. Dumont d'Urville, dans ses Voyages autour du monde, à bord de VAstrolahe^ dans la Nouvelle-Zélande et les lies de Jouga; voyez en outre Kreuser, ouv. cit., et, dans la Biblioth. univers., Genève, tom. XXX au X, art. Mythologie.

(2) Prudhomme, dans son Histoire des crimes commis pendant la révolution, comptait déjà, dés l'année 179C, plus de 200,000 victimes, et, parmi ces victimes, coinbinn ne faut-il pas compter de prêtres et de religieux horriblement massacrés? On peut aussi consult-er à ce sujet l'Histoire du jacobinisme, de l'abbé Barruel ; on y verra quels ont été les fruits de cette civilisation sans religion, que nous vante tant l'abbé de Pradt. Quant aux hérétiques, sans nous arrêter aux documents sans nombre qui constatent qu'ils ont cruellement eévi contre les catholiques, dans presque tous les pays et selon qu'ils l'ont

EXISTE^XE d'une RÉVÉLATION. reurS Vlv^^

Réjj. 4, Quant à la recherche des erreurs, C. Dsled^^ plication des châtiments, iV". Les tribunaux de l'inq^sant P effet, recherchent les erreurs pour conserver la foi prticufi tacte, et pour empêcher les autres d'être infectés de cc^reraiei erreurs; mais, dès que le procès est instruit, ils remersqu'au coupables au bras séculier, et ces derniers les soumettemt les lois portées contre eux. Ces châtiments sont donc complètenioétrangers à l'Eglise. Et ce qui fait que les princes laïques appliquent ces châtiments aux hérétiques , c'est que l'expérience leur a appris que tous ceux qui font la guerre à la religion, conspirent aussi contre leurs trônes (1). Nous devons aussi observer ici que chez les hérétiques les tribunaux de l'inquisition furent bien plus sévères que chez les catholiques. Ceux qui ne cessent de faire de telles objections contre ceux qu'ils ap-

pu , nous nous contenterons de rappeler toutes les atrocités dont ils se sont rendus coupables en Angleterre contre les catholiques, sous le règne d'Elisabeth. Stirpe, écrivain protestant, rapporte qu'elle en immola plus de 500 pendant chacune des années de son règne, et elle régna 53 ans. Jean-Baptiste Cavallerii publia à Rome, l'an 1384, un ouvrage où il représente, par le dessin linéaire, les supplices auxquels on soumettait les chrétiens catholiques. Lorsque cette collection de tableaux parut, Elisabeth avait à peine cmquauteun ans. De quels crimes de ce genre ne se sont pas rendus coupables Henri VIII, son père, et les rois ses successeurs! Cependant les incrédules ne parlent de rien de tout cela.

(1) On peut consulter Bergier, Dict. de théol., art. Inquisition; l'abbé Vayrac, Etat présent de l'Espagne, Amsterdam, 1719; Feller, Dict. hist., art. Limbarch., Isabelle; de Maistre, Lettres à un gentilhorûme russe, sur l'inquisition d'Espagne, surtout p. 89 et suiv. Elisabeth institua contre les catholiques une mquisition bien plus terrible que celle d'Espagne ; elle portait le nom de commission. L'inquisition d'Espagne, dit Gobbett, ep. XI, n'a pas immolé, depuis son institution jusqu'à nos jours, autant de victimes que n'en a immolé, dans ime seule année, cette reme féroce ; c'est à juste titre qu'on l'appelle, dans la Bibliothèque universelle, le Tibère féminin. Que d'atrocités n'ont pas été commises contre les catholiques, dans la Suède et le Danemark! Avec quel acharnement les anglicans d'Angleterre ne poursuivirent-Ils pas les arminiens? C'est ce qui fait que, partout où les protestants et les incrédules furent à la tète dos affaires, ils se conduisirent tous, plus ou moins, de. la même manière envers les catholiques. Cependant on crie contre les catholiques à cause de l'inquisition d'Espagne et de Portugal, qui ne furent que des institutions particulières, plutôt politiques que religieuses. Nous allons citer ici un auteur qui n'est pas suspect, puisqu'il est ennemi de l'inquisition; voici en quels termes il s'exprime sur la mansuétude dont elle use (il a été ambassadeur en Espagne, sous le roi Charles II) : « L'uiquisition pourrait être citée de nos jours comme un modèle d'équité;., plus de neuf ans de séjour et d'observations m'ont prouvé qu'avec quelque circonspection dans ses propos et sa conduite, relativement à la religion, on peut facilement lui échapper et vivre aussi tranquillement en Espagne qu'en aucun autre pays d'Europe (Tableau de l'Espagne, tom. I, p. 388). » On peut aussi consulter Frayssinous, Conférences sur la religion vengée du reproche de fanatisme.

156 TRAir-'TÉ DE LA VRAIE RELIGION. CHAP. IV.

raison. Quant lins, devraient rougir de honte en parcourant le nos adversa' 9.ctes de la reine Elisabeth contre les cathohques, de la relis^û parcourant le récit des actes des princes protestants produiser contre ces mêmes catholiques. Mais ils dissimulent ces certains ^à, parce qu'ils émanent des sectaires et des hérétiques; les périt aux autres, ils les amplifient, parce qu'ils émanent des treip-hoUques.

ii\r Rép. 5. D. Si le massacre nocturne de la Saint-Barthélemi eût été ordonné ou seulement permis par la religion, C. s'il est le résultat de raisons politiques , iV. Or, il faut observer ici

1 . que la plupart des écrivains qui en ont parlé l'ont exagéré ;

2. que le seul abri que les calvinistes trouvèrent contre la fureur populaire, ce fut dans les maisons des catholiques, chez les curés ou les évêques; 3. que ce qui en fut la cause, ce ne furent pas les erreurs des hérétiques, mais les révoltes continuelles par lesquelles ils troublaient la tranquillité du royaume. Les hérétiques et les incrédules, qui ne cessent de nous l'objecter, dissimulent ce que nous venons de dire, bien que la religion catholique l'ait toujours eu en horreur (1).

Rép. 6. iV. J.-J. Rousseau écrivait avec justice à l'archevêque de Paris, en parlant des guerres de ce genre : « Si vous » considérez les guerres précédentes, que Ton appelle des » guerres de religion, vous n'en trouverez pas une qui n'ait » son principe ou dont la cause ne se trouve dans la cour des » princes , qui ont intérêt de faire ces guerres là. Les guerres » se machinaient dans le secret, puis les princes y poussaient » le peuple au nom de Dieu (2). »

(1) Gobbett observe clairement, ép. X, que le carnage de la saint Bartbélemi eut pour principe la vengeance que le fils du duc de Guise voulut tirer de l'amiral de Coligny et de ses partisans, qui avaient traîtreusement massacré son père François, duc de Guise, et qui avaient livré aux Anglais, sous Elisabeth, les villes de Dieppe et du Havre, et par l'instigation duquel les calvinistes se révoltèrent si souvent en France. Tant il est vrai que la religion est complètement étrangère aux tumultes de ce genre. A peine cependant rencontre-t-on un auteur incrédule ou hérétique qui n'impute pas ce carnage à la religion catholique. Le nombre des paralogismes qu'ils bâtissent là dessus est vraiment étonnant. Les simples, néanmoins, y sont pris. Gonsult. Tableau historique de Paris, par J.-B. de Saint-Victor, tom. III, p. I, p. 179 et suiv.; il y démontre, d'après le martyrologe calviniste, que l'on ne compte que 776 victimes dans ce massacre, duquel on a fait tant de bruit; il y expose ce fait sous son véritable jour. Cl. Monzoni parle ici aussi tout-à-fait en notre faveur, dans son ouvrage intitulé Morale catholique, p. 99 et suiv., édit. de Rome, 1826.

(2) Gonsult. Paradoxes intéressants, pag. 871-886; Frayssinous, Gonf. des guerres de religion.

EXISTENCE d'une RÉVÉLATION.

Rép. 7. Z). Parce que ces rois et ces empereurs viv^^ indignement le droit et les traités, tels que les temps le àS^. daient, C, autrement, N. Les pontifes, en rétablissante pire d'Occident, mirent une condition, une clause particufi à l'établissement des empereurs, c'est qu'ils se montreraiei les défenseurs de l'Eglise romaine; par conséquent, lorsqu'au lieu d'être les défenseurs de cette Eglise ils en devinrent les ennemis et les adversaires les plus acharnés; comme ils violaient leurs promesses, ils furent déposés par ces mêmes pontifes, et cette raison milite aussi pour le temps oii le droit électoral fut introduit. Ces dispositions ne doivent point être attribuées à un pouvoir que les pontifes s'étaient arrogés, il faut bien plutôt l'attribuer à la nature de la chose elle-même, n ne faut pas oublier non plus que les pontifes agissaient conformément au sentiment général de ce temps là (1). On peut aussi citer ici comme opportunes les réflexions d'un auteur moderne sur ce sujet : « On jugera bien dilféremment l'action » des pontifes, si on tient compte des temps où ils vivaient. H y> est en effet une foule de choses qui choquent aujourd'hui » tout le monde, et qui, si on tient compte du pays, des cir- » constances diverses dans lesquelles elles se sont accomplies, » peuvent paraître en rapport avec le bien général de la so- » ciété; c'est à la prudence à appliquer parfois aux maux » extrêmes les remèdes extrêmes , et il est difficile de blâmer » ce qui rend les hommes meilleurs. Quiconque connaît un » peu l'histoire ne saurait nier que , pour gouverner dans des » siècles de fer, il fallait an gouvernement aussi de fer (2). »

Rép. 8. N. Les différends produits parfois par le conflit des deux pouvoirs doivent être attribués à d'autres causes qu'à la religion ; c'est à faux qu'on lui impute ces choses là ; c'est afin d'exciter l'envie contre elle, que des hommes pervers et ambitieux prétextaient, pour des choses de ce genre, la religion, et s'en faisaient un abri. Mais la critique nous enseigne, et les hommes sages nous apprennent que, dans l'appréciation et l'exposition des faits^ il faut distinguer et ne pas confondre

(1) On peut consulter l'opuscule de Muzzarelll sur Grégoire VU ; on peuï aussi consulter le protestant Leibuitz, tom. IV de ses œuvres, p. 3, comme aussi Cœsarini Zurslernerii, Traité du droit de suprématie, c. XXXI tout entier.

(2) Tel est le sentiment de l'auteur des Guerres sacrées par rapport à la religion; on peut aussi consulter le comte de Maistre, dans son ouvrage du Pape, liv. 11, c. 7.

étexte avec la cause réelle et efficiente. Souvent, en effet, raison.|. jg nionde connaît le prétexte extérieur d'une guerre, d'un nos ad}jjg. quant à la cause véritable et intime, elle est inconnue ^^ l^iu plus grand nombre. Quand même les choses que l'on nous P^'^ objecte seraient vraies, que prouveraient-elles? Elles prouveraient une seule chose , c'est que la société chrétienne est composée d'hommes capables d'abuser parfois des meilleures choses. Ces choses, et autres semblables, ont leur principe dans la faiblesse et la dépravation humaine, et non dans la religion chrétienne, qui les défend et les condamne. Il n'y a d'ailleurs que la méchanceté qui puisse faire exagérer et poursuivre sans pitié tout ce qui est mauvais dans une institution, et passer sous silence tout ce qu'elle a de bon, quand ce qui est bon surpasse de beaucoup ce qui est défectueux (1).

PROPOSITION IIÎ.

La propagation merveilleuse de la religion chrétienne, considérée dans tous ses accessoires, nous fournit aussi une preuve l irréfragable de la mission divine et surnaturelle de Jésus-' i Christ. f

• Nous avons rapporté plus haut la prédiction de Jésus-Christ,

• concernant l'extension de sa religion dans l'univers entier; or, on ne peut attribuer cette extension à aucune cause humaine ou naturelle, et nous allons prouver comme il suit qu'il ne faut l'attribuer qu'à la seule puissance divine.

(1) Montesquieu, dont le sentiment ne doit être suspect à personne, fait aussi la même observation, et il s'exprime comme il suit : « C'est mal rai- » sonner contre la religion que de faire, dans un grand ouvrage, l'énumération » des maux quelle a produits, si on ne fait celle des biens qu'elle a faits; » si je voulais raconter tous les maux qu'ont causés la monarchie, les lois )) civiles, le gouvernement républicain, je dirais des choses effroyables » (Esprit des lois, liv. XXIV, c. 2). » Sans sortir de notre France, ditBergier, je soutiens que la seule institution des hôpitaux pour les enfants trouvés, et les soins qu'inspire aux parents l'idée du baptême, conserve, toutes les années, plus de G, 000 Français... La cruauté des Chinois laisse périr, toutes les années, plus de 30,000 enfants de compte fait, et les philosophes nous vantent les mœurs chiaoises! La barbarie des Romains laissait mourir de faim et de maladie, tous les ans, un plus grand nombre d'esclaves, et les philosophes n'en disent rien (Traité hist. et dogm. de la vraie rehg., tom. X, p. 487). On pourrait citer un nombre infini, si je puis ainsi parler, de monuments qui attestent les bienfaits opérés par la religion chrétienne dans la société ; les incrédules, néanmoins, n'en parlent pas, et ils cherchent minutieusement quelque chose ^ à lui reprocher; ils lui attribuent même, au moyen de misérables paralo- / gismes, des choses qu'elle réprouve et qu elle proscrit. (

EXISTENCE d'une RÉVÉLATION. 161

n est certain qu'au bout de trois siècles à peine, la religion fut répandue et propagée dans Tunivers entier. Or, la cause d'une propagation si rapide , si on tient compte des circonstances qui l'ont accompagnée, ne peut être le résultat d'aucune puissance naturelle ou humaine ; donc il faut attribuer cette propagation rapide, immense, à une puissance surnaturelle et divine quelconque, ou, ce qui revient au même, cette propagation rapide est une preuve irréfragable de la mission surnaturelle et divine de Jésus-Christ.

La majeure, qui est un fait, repose sur des monuments indubitables. Déjà, dès les premiers jours de l'Eglise, l'Apôtre écrivait aux Romains (XV, 19), que l'Evangile s'était répandu partout, de Jérusalem jusqu'à l'Illyrie, et que leur foi était annoncée dans l'univers entier. Pline -le- Jeune qui, sur la fin du premier siècle, était proconsul en Asie, écrivait en ces termes à l'empereur Trajan (1) : « Le grand nombre de ceux » qui sont exposés à la mort a fait que j'ai cru devoir » vous consulter; il y en a en effet un grand nombre, de » tout âge, de toutes conditions et de tous sexes, qui sont » et seront exposés au danger de périr; la contagion de la » superstition n'a pas seulement envahi les villes, elle s'est ïj encore répandue dans les bourgs et les bourgades; les » temples sont déjà presque vides, et les sacrifices solennels » suspendus pendant longtemps. » Sénèque, lui aussi, s'exprime en ces termes (2) : « Les usages de cette nation impie se » sont propagés au point qu'ils sont reçus déjà partout; ce » sent les vaincus qui font la loi aux vainqueurs. » C'est pour cela que Tertullien pouvait parler en ces termes aux Romains,* dès le troisième siècle (3) : « Nous ne sommes que d'hier, et » déjà nous remplissons l'empire; nous remplissons vos villes,

(1) Liv. X, ép. 97.

(2) Ce passge de Sénèfpis est rapporté par saint Augustin, Cit. de Dieu, liv. VI, c. XI, n. 36 ; il se trouve aussi parmi les fragments de Sénèque, tom. IV de ses œuvres, édit. de Tours, 1829, recueillies par Buhkopf, qui ajoute en note, après avoir cité les vers suivants de Rutiiius, que nous citons textuellement. •

Atque utinam numquam Judœa sub acta fuisset, Pompei bel lis imperioque Titi!

Latius excisœ pestis contagia serpunt, Victoresque suos natio vicia premit.

Ici on désigne les chrétiens par le nom de juifs.

(3) Apologétique, c. 37.

» VOS îles, VOS camps, le palais, le sénat, le forum; nous ne » vous laissons que vos temples (1). »

Pour ce qui est de la mineure, nous la prouvons comme il suit : il s'agit en effet de la propagation d'une religion nouvelle, qui proposait des dogmes inconnus à la raison humaine, contraires aux notions reçues; tels sont les mystères de la Trinité, d'un Dieu fait homme, que la nation juive, de laquelle il était issu et qui le haïssait, avait honteusement attaché à une croix ; de la résurrection de la chair, etc. ; il s'agit d'une religion qui proposait des préceptes sévères , tels que le renoncement à soi-même, l'abnégation de l'esprit, le mépris de la vaine gloire ; d'une religion qui déclarait la guerre à tous les vices et à tous les crimes , qui exposait ses adhérents à l'exécration et à l'infamie du reste de l'humanité, au -point quon les considérait comme des hommes d'une inertie honteuse, que leurs crimes rendaient odieux, j^our suivis de la haine du genre humain, coupables et dignes des plus terribles châtiments (2); on les regardait comme les ennemis de l'Etat, et on leur attribuait aussitôt tous les maux qui fondaient sur l'empire (3) ; qui enlin les exposait à un danger imminent de mort et à toutes espèces de privations (4) ; il s'agit de la propagation de cette religion parmi des nations adonnées à tous les vices et à tous les crimes; à l'encontre de l'orgueil des philosophes, du courroux des princes , de la barbarie des prêtres , qui employaient tout ce qui était en leur pouvoir pour s'opposer à sa propagation et pour éviter la ruine imminente qui les menaçait; il s'agit enfin de la propagation d'une telle rehgion, opérée au \nilieu de toutes ces difficultés, par douze pauvres pêcheurs de la Judée, sans science et sans éducation (5). Comme, d'un

(1) On peut, pour plus amples renseignements, voir la dissertation du C. Ansaldi, de l'ordre des prêcheurs, où il prouve combien fut grand le nombre de ceux qui, dans les premiers siècles, embrassèrent le christianisme; on peut aussi consulter Mamachius, du même ordre des prêcheurs, tom. I, Origines et antiq. chrét., Rome, 1749, p. 343 et suiv. Notre auteur ne prouve pas seulement ici, par le témoignage des païens, que le nombre des chrétiens fut grand, depuis Néron jusqu'à Trajan, mais il réfute encore les objections par lesquelles Vitringa s'est efforcé d'en atténuer le nombre.

(2) Voyez Tacite, Ann., tom. IV, avec les notes de Valerianus.

(3) Voyez Tertullien, Apolog., c. 4.

(4) Gibbon lui-même donne, dans son Histoire de la chute de l'empire romain, la description de la condition malheureuse à laquelle se trouvaient réduits les chrétiens des premiers siècles.

(5) Saint Jean Chrysostôme développe avec éloquence, selon son habitude.

EXISTENCE d'uxe RÉVÉLATION. 163

côté , des obstacles graves et de tout genre s'opposaient fortement à la propagation de cette religion, et cpie, d'un autrf; côté , cette religion était dépourvue de tous les secours naturels nécessaires pour les surmonter, il ne lui eût pas été pos^ sible de se propager, si elle n'eut été assistée d'une force d'en haut; car, là où il n'y a qu'une force motrice nulle ou presque nulle , et que la résistance ou l'opposition est très-grande , il n'est pas possible d'obtenir de résultat, si une force cachée n'intervient; et, certainement, ici cette puissance est surnaturelle et divine.

Mais, ou cette propagation s'est opérée par des miracles, ou elle s'est opérée sans miracles; dans le premier cas, la religion est divine , puisqu'elle a été revêtue du sceau le plus autlien- ; tique de la vérité et de la divinité , car nous avons démontré ' que tels sont les miracles ; dans le second cas , la propagation de cette religion est le premier et le plus grand des miracles. Tel est l'argument que saint Augustin employait coi.tre les incrédules et les impies de son temps (1).

On objecte d'abord, avec Gibbon (2) et les autres incrédules, que cette propagation de la religion chrétiF:.ne s'expliqu<^ suffisamment par la réunion et le 'oncours d'n:. certain nombre de causes naturelles. Ce qui y contribua 1 . ce fut la réumon d'un si grand nombre de peuples sous l'autorité des empereurs romains , et c'est ce qui répandit en tous sens la renommée de cette religion nouvelle; 2. ce qui y contribua encore, ce fut le caractère et les penchants de la plupart des écoles pliiloso-

cette "preuve dans son cinquième discours contre les Gentils, homélie qui a pour objet de prouver que Jésus-Christ est Dieu. Le Père Ségneri développe aussi avec élégance cette preuve , dans son excellent ouvrage intitulé l'Incrédule sans excuse.

(1) Cité de Dieu, liv. XXII; Dante a fidèlement rendu cette preuve de sainf Augustin, dans son Paradis, chant XXIV, par les vers suivcuats :

Se il mondo, si rivolse al chrisfianemo,

Diss* io seuza miracoli; quest' uno

E toi cho gli altri non seno il centemno.

Pallavicino l'a aussi parfaitement développé ; nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui voudraient voir ces passages magnifiques aux ouvrages mêmes; on ne peut véritablement jouir de leur beauté que dans la langue où ils ont été écrits. N. T.

(2) Gibbon, pass. citô*

phiques de ce temps , qui inclinaient au mysticisme , à Tamour de la solitude et de la méditation, qui poussaient au mépris des biens extérieurs et au scepticisme à l'égard de la religion païenne (1); 3. ce furent les guerres et les incursions des barbares dans les provinces, guerres et ravages qui eurent surtout lieu sous l'empereur Gallien, comme le rapporte Sozomëne (2), et au récit duquel souscrivent Théodoret et Pbilostorge, qui contribuèrent au recrutement des chrétiens parmi les barbares. Quant aux causes internes qui y contribuèrent, 4. se trouvent l'enseignement et la manière de vivre des chrétiens; dès le moment où l'on commença à prêcher l'Evangile, il y eut en effet des oblations fréquentes; ce furent les prémices des fruits et des viandes, les agapes, les festins et les repas en commun (3). On établit ensuite des hôpitaux et d'autres établissements de ce genre, et c'est ce qui attira à la religion chrétienne un grand nombre de personnes, comme le

(1) Cette difficulté avait été déjà proposée par Montesquieu, dans l'Esprit des lois, liv. XXIII, ch. 21; et par Deslandes, Hist. crit de la philosophie, liv. Vil, c. 34. L'éclectisme avait été introduit par Potamon, du temps d'Auguste, comme ils le disent eux-mêmes. Les Pères ont employé cette preuve pour évincer plus facilement la philosophie , parce que la religion ou la phisophie chrétienne renfermait des dogmes de beaucoup supérieurs à ceux des autres sectes. Ils ajoutent encore qu'au moment où la religion chrétienne commença à être prèchée, la plupart des sectes philosophiques avaient introduit une véritable aversion pour l'empire romain, et même pour tous les intérêts de l'Etat déjà bouleversé; c'était déjà une idée fixe pour tous de chercher la perfection dans la contemplation, la méditation et la solitude; et c'était là ce qui ouvrait la voie aux dogmes et aux enseignements chrétiens, comme l'insinuent Justin et Clément d'Alexandrie, quand ils disent çà et là, dans leurs ouvrages, que la philosophie avait déjà préparé les peuples à recevoir le Verbe; mais c'est surtout Eusèbe qui le dit ouvertement, dans son Hist. eccl., liv. III, ch. 37 : « La plupart, dit-il, des disciples de ce temps, que » le Verbe avait enflammés du désir de la philosophie, avaient déjà rempli le » précepte de notre Sauveur, en divisant leurs biens entre les pauvres. » Wilhelme Lowth observe ici qu'Eusèbe parle peut-être de ceux qui avaient embrassé une vie plus austère et qui méprisaient les biens du monde, et qui, par conséquent, avaient rempli à l'avance le précepte de la religion divine, qui ordonne de donner son bien aux pauvres. Mais, d'après Eusèbe, c'est une chose incertaine.

(2) Hist. ecclés., liv. H, chap. 6.

(3) Thomas Hobbes présente cette objection dans les vers suivants, qu'il a mis en tète de l'Histoire ecclésiastique :

Traxit, et ut dixi, multos œquatio vitœ, Mensoque communis, queis erat una fides^ Doctis, indoctis, fidis simul et simulatis Hoc pauperiatis dulce levamen erat.

Tel est aussi le sentiment de Félix Bodin, ouvr. cité. '

rapporte Tempereiir Julien (1) ; 5. ce fut la facilité avec laquelle les chrétiens admettaient parmi eux les gens de toute espèce, et leur faisaient espérer qu'il leur serait facile d'obtenir le pardon de leurs fautes. C'est pourquoi Julien se moque ainsi de la religion chrétienne : Que le corrupteur des femmes, que l'homi'^ cide, que celui qui est sous le poids d'un crime affreux, exécrable vienne avec confiance, dit-il, car aussitôt quil aura été lavé de cette eau, aussitôt je le rendrai pur; que, s il vient à se souiller de nouveau des mêmes fautes, je ferai en sorte qu après quil se sera rasé la tête et frappé la poitrine il soit de nouveau 'purifié. 6. Il y eut aussi un grand nombre qui furent trompés par le pouvoir de faire des miracles, que les chrétiens s'attribuaient. Donc, soit que nous considérions le concours des causes humaines, qui contribuèrent à cette propagation rapide, et soit que nous considérions le caractère même de la rehgion chrétienne, il est clair qu'elle a pu se propager sans secours surnaturel.

Rép. N. Antec. Soit qu'on le prenne dans son ensemble ou dans ses diverses parties , parce que les causes tirées du concours des choses humaines sont insuffisantes à expliquer un effet de ce genre, et que celles que l'on tire du caractère et de l'enseignement de la religion chrétienne sont calomnieuses. Et d'abord ces causes, bien que prises collectivement, ne prouvent qu'une chose , c'est que , par une disposition de la Providence divine , les choses humaines ont concouru à rendre plus facile la propagation de l'Evangile et sa connaissance, mais qu'elles n'ont pas poussé les hommes à croire et à embrasser la religion, de manière qu'ils eussent l'esprit disposé à renoncer à leurs parents, à leurs biens, à la patrie, à la vie même. Quant aux causes qu'ils empruntent au caractère lui-même de la religion, elles sont calomnieuses, comme nous le prouverons par ce qui va suivre. Mais, en attendant, réfutons-les une à une.

Rép. 1. D. Cette réunion de peuples sous un même sceptre aida à la propagation de l'Evangile , C. elle poussa les esprits à l'embrasser, N. On peut ajouter avec Gibbon, qui l'avoue tout bas, que cette immense étendue de l'empire romain eût été propre plutôt à ruiner plus facilement la religion chrétienne (2).

(1) Dans sa lettre 49« à Arsace, prêtre de Galatie, ou vers la fin de ses fragments de discours, édit. de Pétnu.

(2) On peut consulter la version italienne publiée à Milan, avec un Essai de

Rép. %. D. Ce caractère pouvait^ etc., pouvait disposer

\ielques personnes , et encore en très-petit nombre, à em- .vf^rasser la religion chrétienne ^ j90^/r cj^uelques vérités morales, et en pareille circonstance , Tr. toutes, sans distinction, surtout si Ton tient compte des circonstances que nous avons signalées dans nos preuves , et quant à toutes les vérités , iV. Nous ajouterons que tous les philosophes, si l'on en excepte quelques platoniciens, furent, au témoignage de saint Augustin, les adversaires les plus acharnés de l'Eglise; les stcï^ ciens et les épicuriens , qui tenaient , aux premiers siècles de l'Eglise , le premier rang dans l'empire romain , avaient pardessus tout en horreur les institutions du christianime (1).

Rép. 3. Nous ferons ici la même distinction que pour la première objection, car on y répond par la même raison. On peut ajouter que parmi les captifs il y eut un grand nombre de prêtres païens ; pourquoi ne lirent-ils pas comme les autres? Toutes les causes énumérées par nos adversaires sont comme autant de moyens dont se servit la divine Providence; mais elles ne sont pas des causes proprement dites.

Rép. 4t. D. Ce sont des choses qui recommandent la sainteté de la religion chrétienne et des premiers chrétiens, C. elles exphquent la cause de la propagation, ou je le nie , ou je subdistingue ; pour quelques-uns , s'ils n'eussent pas dû s'exposer à la colère des leurs, à un danger certain de mort, et aux plus grandes misères, Tr. tous, ou le plus grand nombre, avec les circonstances que nous avons indiquées, N. (2). Il faut ajouter

réfutation, par Spedialeri et l'anonyme, c. III (t. I, p. 143, édit. de Pise). On peut aussi consulter la Réfutation de Gibbon, par Spedialeri, sect. Vî, part. I, surtout chap. III, p. 262, éd. de Plaisance.

(1) Traité de la vraie relig., c. VUI, n. 7.

(2) On ne donnait les sportules qu'aux pauvres, aux veaves, aux orphelins, etc. Voici comment s'exprime à ce sujet TertuUien, Apol., c. 39 ; « Ce » sont, pour ainsi dire, les dépôts de la piété, car on ne les emploie pas à » faire des festins, des libations ; on ne les consomme pas dans d'affreuses » tavernes, on les emploie à nourrir les pauvres, à les ensevelir; à nourrir » le» enfants et les orphelins qui n'ont ni biens ni parents, les vieillards; on » s'en sert aussi pour soutenir les naufragés, ceux qui sont condamnés aux » mines, relégués dans les îles ou dans les prisons, parce qu'ils T^ont adora- » teurs du vrai Dieu et qu'ils le confessent. » Saint Cyprien tient i peu près le même langage dans sa lellrc à Calcedonius et Herculanus, ses collègues, comme aussi dans celle aux prêtres Rogatien et Numidius, ép. 38, édition Pamel. « Gomme je vous ai délégué, en mon lieu et place, pour secourir » nos frères dans leurs besoins et pourvoir à leurs dépenses, eu aidant selon » leurs besoms ceux qui veulent exercer leur état, les secourant selon leurs » désirs, tout en tenant compte néanmoins de l'âge, de la condition et du

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