EXISTENCE DUNE REVELATION
que les hôpitaux, les asiles, les établissements destinés à recevoir les \4eillards infirmes, etc., ne furent établis que trèstard dans TEglise; ils ne le furent que lorsqu'on lui eut accordé la paix et la tranquillité.
Rép. 5. D. La religion chrétienne n'a admis, en tout ou en grande partie , que des hommes couverts de crimes , la boue et la fange de la société, N. il n'en a pas été ainsi, Subdist. ceux que la religion admettait dans son sein, elle ne les admettait qu'autant qu'ils se dépouilleraient du vieil homme, et qu'ils revêtiraient l'homme nouveau et conformément aux préceptes de l'Evangile, C. pour quelque raison que fut, N. Il ne faut pas oublier que les hommes sont d'autant moins disposés à embrasser la religion chrétienne qu'ils ont des mœurs plus dépravées , et que leur cœur est plus corrompu ; par conséquent, si un grand nombre d'hommes qui se trouvaient dans cet état passèrent dans le camp chrétien , c'est ce qui fait que là brille merveilleusement la puissance de la grâce divine, puisqu'ils en ont été si frappés qu'ils ont fait profession de la foi chrétienne, et qu'aussitôt leurs mœurs ont été sanctifiées , comme l'atteste Pline (1) et l'empereur Julien lui-même, dans sa lettre à Arsace, prêtre de Gallatie, afin d'engager par lui les païens à bien vivre ; il leur propose comme modèle la bienveillance des chrétiens envers les voyageurs, le soin quils prenaient d'ensevelir les morts, et la sainteté de leur vie (2) .
» mérite, etc. » Les savants concluent de là que les registres où étaient inscrits les pauvres contenaient leurs noms, leur âge, etc. Quelquefois on effaçait des noms, d'autres fois on les y ajoutait, lorsqu'il était constaté que leur état était insuffisant à les faire vivre, eux et leur famille. L'Eglise catholique s'est toujours appliquée à remplir ce devoir. Tous les siècles nous en fournissent des exemples sans nombre. Quelquefois même l'Eglise nourrissait les pauvres des païens.
(1) Liv. X, ép. 96. Il s'exprime en ces termes : « Us affirmaient (les chré- » tiens que l'on interrogeait) que leur plus grande faute ou erreur, c'était » qu'ils avaient la coutume de se réunir avant le jour et de chanter en chœur » les louanges de Dieu, et de s'obliger par serment, non pas à faire le mal, » mais à ne commettre ni vol, ni larcin, ni adultère ; à ne pas violer la foi, » et à conserver fidèlement le dépôt qui leur était confié. » On peut ajouter à ceci le témoignage de Tertullicn, qid provoquait les païens à prouver qu'un seul des chrétiens qui étaient détenus en prison, ou qui étaient condamnés à mort, l'était pour un autre crime que pour sa foi. On peut aussi consulter les Origines de Mamachi; le t. 1 de Fleury, Mœiu's des Israélites et des chrétiens, p. 2; Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, p. 11, c. 19; Spedialeri, ouv. cit., sect. IV, c. 1; et, parmi les anciens, saint Augustin, Mœurs de l'Eglise catholique.
(2) Cette lettre ne couti^^ut presque, d'un bout à l'autre, qu'un éloge des hrétiens; elle est la 49^ de l'édit. Sponhem.
Rép, 6. D. La réputation qu'ils avaient de faire des miracles, jointe à la vérité des miracles passés qu'opérèrent Jésus-Christ et les apôtres, et des miracles présents qu'opéraient les apôtres, C. la réputation sans le fait, N. Enfin, ce serait une chose ridicule, absurde que de le supposer. J'ajoute enfin que c'eût été un moyen d'autant moins efficace, que les païens s'attribuaient le même pouvoir (1).
n. Obj, Il n'y eut, dans le principe, que le peuple qui embrassa la religion chrétienne ; or, on connaît cet adage vulgaire de Senèque : Il ny a pas de plus mauvaise preuve que le sentiment de la foule. Donc :
Rép, N. M, Nous avons en effet cité un grand nombre de Juifs et de païens illustres par leur science, leur origine, comme aussi dans une brillante position de fortune , qui embrassèrent la religion chrétienne. Nous ajouterons à tous ces noms les noms de Polycarpe, d'Ignace, d'Irénée, de Justin, de Clément, d'Ammonius, d'Origène, d'Aristide, d'Apollinaire, d'Athénagoras , de Quadrat , d'Apollonius , etc. , pour ne pas en citer de plus récents; nous y joindrons Glabrion, qui fut revêtu de la magistrature sous Trajan; Flavius Clément, parent de Domitien, qui fut consul, et Flavia Domitilla, son épouse, issue du sang d'Auguste; joignons-y ceux dont parle Tertullien, qui vivaient dans le palais, le forum et dans le sénat; ceux de toutes les conditions, dont parle Pline. Nos adversaires ne confessent-ils pas qu'un certain nombre de philosophes furent conduits par le caractère même de la philosophie à embrasser le christianisme (2)?
(1) On peut consulter sur ce point Spedialeri, contre Gibbon, sect. III, c. 2, 3, 8; Origène, dans son livre contre Celse, liv. I, affirme que les disciples opéraient tant de prodiges, que non-seulement ils attiraient à Jésus-Christ, mais qu'ils y entraînaient pour aijisi dire malgré soi; on connaît les provocations publiques de Tertullien et de saint Gyprien, comme aussi des autres Pères.
(2) Saint Jérôme s'écrie avec raison, dans la préface de son Catalogue des écrivains ecclésiastiques, que Julien, que Gelse, que Porphyre, qui poursuivent Jésus-Christ avec l'acharnement de chiens enragés sachent, que leurs sectateurs sachent aussi (ils soutiennent que l'Eglise n'eut ni de philosophes ni d'hommes éloquents) combien est grand le nombre des hommes illustres qui la fondèrent, qui l'édifièrent, et qu'ils cessent d'accuser notre foi de simplicité rustique. N'y avait-il pas, dès les premiers siècles de l'Eglise, à Alexandrie, une école illustre où brillèrent des hommes de la plus haute science, Ammonius, Pantène, Clément d'Alexandrie, Origène, etc., où les païens eux-mêmes venaient chercher la science? Voici ce qu'écrivait de cette école Eusèbe (Hist. ecclés., liv. V, chap. 10), en parlant de Pantène : « On avait établi » dans cette ville, dès les temps anciens, une école où on enseignait les
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Rép, 2. D, M, La condition infime de la plupart des fidèles n'est autre chose que l'accomplissement d'une ancienne prophétie concernant ceux qui les premiers devaient croire au Messie futur, C. ceci ôte à notre preuve quelque chose de sa force j N. on peut confronter sur ce point Isaïe, LXI, 1 , avec Luc, IV, 1 7 et suiv.
Quant à la preuve : La pire des preuves, cest le sentiment de la foule, D, lorsqu'il s'agit de certaines vérités spéculatives qui lui sont indifférentes, soit lorscpi'il s'agit d'abandonner une religion qu'elle a sucée avec le lait , d'en embrasser une nouvelle que l'on ne connaît pas, qui est ennemie de la convoitise, qui expose à perdre sa réputation, ses biens, ses parents, la vie même, N. La foule, le peuple, la plèbe est bien plus fortement attachée à la religion , qu'elle soit vraie ou fausse , que ne le sont les hommes sages et élevés; par conséquent, si la foule embrassa la religion chrétienne , il faut convenir que ce furent ou l'évidence des preuves de cette même religion, ou la toute-puissance de la grâce divine, ou l'une et l'autre réunies qui l'y poussèrent avec douceur, mais aussi avec force.
EL Obj. La religion chrétienne doit rapporter en grande partie son rapide accroissement aux persécutions que lui suscitèrent les empereurs chrétiens ; donc :
Rép, N. Antec. Car depuis longtemps déjà la religion chrétienne s'était répandue dans tous les sens dans l'univers, et peut-être même qu'elle était professée par le plus grand nombre des habitants de l'empire romain avant la conversion de Constantin (1). Les empereurs chrétiens abandonnèrent à son
» saintes lettres; elle subsiste encore de nos jours, et elle est tenue par des )) hommes qui brOlent, et par leur éloquence, et par leurs connaissances des » saintes lettres. » Or, un chronologiste anonyme dit que Pantène fleurit sous Sévère ; il fut remplacé dans l'école (d'Alexandrie) par l'auteur des Stromates (Clément), et celui-ci par Origène, confron. Gave, Hist., vol. II, p. 37, année i81 de Jésus-Christ. Donc cette école célèbre brillait déjà au second siècle. (1) Consultez Spedialeri, Analyse de l'exam. crit. de Fréret, c. VIT, art. 3 et suiv. Bien que Constant, empereur arien, eût prohibé, sous peine de mort, le culte idolàtrique, il ne reste aucune preuve qui constate que ces lois aient été mises à exécution ; bien plus , saint Augustin dit ouvertement : Quel est celui qui, après avoir été découvert, n'a pas nié, ou qui au moins, dominé par la crainte d'un tel châtiment, n'a pas promis de ne plus se rendre coupable d'un tel crime ? Gibbon lui-même confesse que ces efforts ne furent pas poursuivis. Après la mort de Constant, l'empereur Juhen protégea le paganisme, et, au dire de Fréret, la religion païenne recommença en quelque sorte à dominer. Nous devons faire remarquer ici un double mensonge de Fréret; l» c'est d'abord qu'il nie que Julien ait persécuté les chrétiens; ceci est faux, car il
propre sort l'idolâtrie, qui croulait de toutes parts, ou au moins ne cherchèrent pas à la ruiner de fond en comble.
rV. Obj, Le paganisme, le mahométisme, le protestantisme se sont propagés avec rapidité; donc, il n'y a rien de surnaturel et de divin dans la prompte extension du christianisme; le désir naturel de la nouveauté qui est imprimé dans le cœur de l'homme, l'exemple des princes expliquent suffisamment la propagation d'une religion quelconque, par conséquent aussi celle de la religion chrétienne (1).
Rép. D, Cons. La rapidité par elle-même, etc., C. avec tous ses accessoires, N, C'est surtout en ce point que consiste toute la force de notre preuve, et non dans la propagation matérielle considérée en elle-même, si je puis m'exprimer ainsi; aussi nierai-je la parité. Qu'y a-t-il d'étonnant que le paganisme se soit tant étendu? Il s'appuyait sur les désirs de la chair et sur les penchants de la nature corrompue ; il s'appuyait aussi sur l'autorité , la puissance et les lois des princes. Si toutefois on peut appeler le paganisme une religion, et si ce n'est pas plutôt un nom. Il ne faut pas s'étonner non plus que l'isla-
sévit doublement contre eux; il sévit indirectement en jetant la zizanie parmi les évêques; il sévit directement par la force, l'exil, la spoliation, les supplices, la mort. On trouve, dans le martyrologe romain, les noms de plusieurs martyrs qui souffrii^ent sous Jalien. Saint Grégoire de Nazianze lui a reproché publiquement sa cruauté. 11 avait souvent recours à de faux prétextes, comme le pratiquèrent plus tard la reine Elisabeth, en Angleterre, et une foule d'autres princes. 20 L'autre mensonge de Fréret, c'est que la religion païenne recouvra sous Julien sa dignité. Julien, écrivant à Artémon, se plaint de ce que personne ne revient au culte des dieux, gui n'est plus pratiqué; écrivant encore au sophiste Libanius, il se plamt de ce que les discours qu'il a fait aux habitants de Bérée , pour les ramener à la religion de leurs ancêtres, n'ont produit aucun fruit. Par conséquent, s'il y en eut quelques-uns qui revinrent à l'idolâtrie, comme le rapportent samt Grégoire et saint Basile, etc., ce furent ceux qui professèrent la religion chrétienne sous Constantin, qui furent ariens sous Constant, et païens sous Julien; comme en Angleterre Kranmer et ^Paulet; CœciUus et beaucoup d'autres furent à moitié catholiques sous Henri VIII, protestants sous Edouard VI, catholiques sous Marie, et encore protestants et calvinistes sous Elisabeth. Paulet changea quatre fois de religion sous cinq rois. Au reste, Jovinien, qui succéda à Julien, ne persécuta pas les ^ïons, et Valentinien les protégea; Valensles épargna aussi, et sévit contre ^s catlioUques sous Théodose ; sous Arcade et Honorius, à peine trouvait-oa quelque reste de paganisme dans tout l'empire romam. C'est à peme si, sur la fin du Ve siècle, il est fait mention du paganisme.
(1) Vegscheider, ù la suite d'un grand nombre d'autres incrédules, rejette la preuve do la divinité de la religion chrétienne tirée de sa propagation, lorsqu'à dit : « On ne peut pas comprendre parmi les preuves de la vérité et » de la divinité de l'origine de la rrdigion, sa propagation, puisque cette pro- » pagation et cette conservation lui sont communes avec l'islamisme. » (Ouv. «it., p, V, c. 2, § 51, n. 1). Tel est aussi le sentiment de Bodin, pass. cit.
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misme se soit répandu si rapidement; c'est une secte qui flattait les passions , composée en grande partie d'idées préconçues et qui s'est propagée promptement au milieu des armes et des combats, vu surtout que les longues haines et les combats qui avaient eu lieu entre les Perses et les Romains avaient pour ainsi dii-e exterminé les forces de l'un et de l'autre de ces empires. Pour ce qui est enfin du protestantisme, tout le inonde sait que les esprits avaient été préparés, disposés de longue main et par diverses causes à cette innovation. Il s'agissait en outre d'une réforme qui attirait les hommes par une plus grande licence et dans les mœurs et dans l'enseignement, qui autorisait le vol et la spoliation des biens ecclésiastiques, que convoitaient et les princes et les simples particuliers, et que facilitaient aussi les raisons politiques (1). Nous ajouterons encore qu'il y a une grande différence entre introduire un(i religion nouvelle, opposée en tout point à ime religion reçue depuis longtemps, et corrompre sous de faux prétexte une religion quelconque, comme cela eut lieu pour la réforme de Luther. Il faut de plus distinguer entre le luthéranisme proprement dit et le protestantisme; le premier en effet se propagea peu ; il fut circonscrit dans certaines limites, et il se divisa aussitôt en une foule de sectes ; quant à l'autre, comme il n'est qu'une négation, il n'exprime qu'une grande défection, et non une diffusion proprement dite.
Quant à la preuve, qui consiste à dire qu'il s'est propagé par l'amour de la nouveauté dont est plein l'esprit de l'homme, N. Il n'y a rien qui s'oppose tant en effet à la propagation d'une religion que la nouveauté; ce fut certes toujours là un obstacle, le plus grand obstacle à ce que- les païens acceptassent la religion chrétienne, et elle dut surmonter cet obstacle. L'exemple des princes démontrerait, s'il pouvait prouver quelque chose, que les idolâtres durent avoir pendant les premiers siècles une horreur profonde du christianisme (2).
(1) Consultez Bos:ucl, PTist, des Variât., liv. IV; Bernini, Hist. des hérésies, tom. IV, édit. de Rome, 1709 ; Zacliaiie, Anti-Febronius, tom. I, liv. 1 ; Gobbett, 1. ép. Hume lui-môme, qui ne croyait à rien, qui ne respectait personne, dvoue ouvertement que le véritable fondement de la réforme fut l'envie de ûoler l'argenterie et tous les ornements des autels (iïist. d'Elisab,, trad- do l'auglfiis, cbap. 40, an 1568).
{1) Consultez Spedialeri, ouvr. cité, Analyse de l'examen critique de Fréret, tom. I, c. 7, art. 8, p. 250.
PROPOSITION IV
La conservation de la religion chrétienne, considérée dans ^ toutes ses circonstances, ri est pas une preuve moins irré^'f ^ragahle de la mission divine et surnaturelle de Jesus-^^^ Christ.
Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a pas seulement prédit la propagation de sa religion, il a encore annoncé qu'elle se conserverait intacte jusqu'à la consommation des siècles (Matth., XXVIII, 20), et que les portes de l'enfer ne prévaudraient pas contre son Eglise, qu'il fonderait sur Pierre (Ibid., XVI, 18). Si cette prophétie s'est accomplie, il s'ensuit que la preuve que nous tirons de la conservation de la religion de Jésus-Christ prouve aussi péremptoirement la divinité de sa mission que celle qui découle de la propagation de cette même religion. Mais pour ne point ici donner lieu à équivoque, nous dirons que par religion chrétienne nous n'entendons que la seule communion catholique, pour la conservation de laquelle la puissance divine se manifeste clairement, ainsi que nous l'avons démontré précédemment.
La conservation de la religion chrétienne ne prouve pas moins qu'elle vient de Dieu et qu'elle est surnaturelle, que sa propagation si elle a rencontré en ce point autant de difficultés que sur l'autre, et si elle a été dépourvue des mêmes moyens naturels pour surmonter ces difficultés. Or, c'est ce qui a eu lieu, etc.
Et certes, le plus grand obstacle à la propagation de la religion chrétienne, outre la profondeur impénétrable de ses dogmes, c'est la guerre qu'elle a déclarée à toutes les passions; mais ce sont aussi ces obstacles qui se sont opposés à sa conservation; c'est ce qui fait qu'elle a toujours été obligée de combattre, si je puis ainsi m'exprimer, les bataillons serrés d'un double ennemi (ses ennemis extérieurs et ses ennemis intérieurs) . Les païens furent les ennemis extérieurs de l'EgUse ou de la religion catholique pendant les trois premiers siècles, et ils sévirent contre elle avec la plus grande cruauté , et cette cruauté s'accrut encore par la suite sous l'empereur Julien, qui joignit à la cruauté la fourberie ; on peut joindre à tous ces obstacles ceux que, par la suite, lui suscitèrent les efforts réunis des Perses et des musulmans. Les ennemis intérieurs
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de la religion qui usèrent de tous les moyens pour ruiner TEglise catholique, ce sont les sectes presque sans nombre des hérétiques qui surgirent dès les premiers temps de l'Eglise, et qui n'ont discontinué de s'élever chaque siècle jusqu'au protestantisme et à ses diverses ramifications : les anabaptistes, les sociniens, les quakers, les unitaires, les membres de la société biblique, les rationalistes. A tout ceci se joint la foule des schismatiques , les novatiens, les donatistes, les grecs, les ruthènes, les anglicans ; parmi ces sectes là , il y en eut parfois de très-nombreuses; elles jouirent de la faveur des rois el des empereurs; appuyées de leur puissance, elles devinrent formidables, ou même elles le sont encore. Il faut encore comprendre parmi les ennemis intérieurs de l'Eglise catholique cette foule d'apostats cachés ou publics , ces nombreux enfants criminels qui intentèrent à cette mère attristée une guerre aussi longue que cruelle; tels sont les jansénistes, les déistes, les athées, les faux politiques, et toutes ces sociétés occultes qu'il serait presque impossible d'énumérer (1).
Or, les membres de ces diverses sectes la combattirent soit en particulier, soit de concert et en unissant leurs forces ; ils le firent soit ouvertement et en lui suscitant à elle et à ses ministres d'affreuses persécutions ; ils le firent encore par leurs pubhcations et par l'intermédiaire de la presse ; ils cherchèrent partout des armes contre elle; ils n'empruntèrent pas seulement leurs arguments à l'Ecriture ou aux monuments ecclésiastiques, ils eurent encore recours à l'histoire, à l'antiquité, à la chronologie, à la physique, aux mathématiques, à l'astronomie , à la thérapeutique , à la géologie , à la sculpture , à la peinture, à la poésie, etc.; c'est ce qui fait qu'il est à peine quelques parties des sciences humaines ou des arts libéraux dont ils n'aient abusé, et auxquels ils n'aient pas emprunté parfois des armes afin d'exterminer l'Eglise.
Toutes ces sectes, en outre, quels que soient leurs noms, bien qu'opposées entre elles, se sont toujours entendues lorsqu'il s'est agi de combattre l'Eglise cathoHque; et, de plus,
(1) Il s'est formé en France, en Angleterre, en Espagne, en Allemagne, en Italie un nombre presque infini de sociétés secrètes qui s'affublèrent par la suite de divers noms; ils s'appelsiient illuminés, murariens, carbonari, etc. Toutes ces sociétés se proposaient ou se proposent l'anéantissement du nom chrétien. Elles n'épargnent ni l'argent, ni la force, ni la calomnie, ni l'hypocrisie; elles font tout pour arriver à leur Un.
elles furent et sont intimement unies à ses ennemis intérieurs pour atteindre cette fin, au point qu'il semble que l'unique objet qu'elles se soient proposé, ou qu'elles se proposent toutes, c'est de ruiner la religion catholique. C'est contre la religion catholique que se sont élevés les païens , que se sont élevés les hérétiques, les schismatiques , les incrédules, et tout ce qu'il y E eu de plus pervers ; ils amoncèlent contre elle les sarcasmes ; contre elle ils fabriquent des calomnies; ils cherchent à la rendre odieuse aux princes par ses principes politiques. Ils forment contre elle des sociétés et des alliances , et là ils s'engagent par serment à ne rien ménager, ni les dépenses , ni les difficultés, ni les voyages, et ils s^ obligent à user de tous les moyens pour arriver à leur fin (1),
La religion chrétienne ou l'Eglise catholique, au contraire^ a eu les débuts les plus modestes; tantôt elle a été abandonnée à elle-même ; souvent ses propres enfants , de qui elle aurait dû recevoir aide et secours, n'ont eu pour elle que de l'indifférence ; souvent même elle les a eu pour adversaires ; ils faisaient une guerre sourde à son siège principal, à sa citadelle , en lui interdisant toute espèce de communications avec ses enfants, et en les soustrayant à sa dépendance; le plus souvent elle a été complètement privée de tous les secours humains (2).
Quant au paganisme et aux autres sectes, il est bien rare
(1) Dans la France seule, de l'année 1817 à Tannée 1824, sans compter les 600,000 volumes de la bibliothèque du XVIIIe siècle, Voltaire, Rousseau, Helvétius, Diderot, etc., avait déjà été imprimés à 741,400 volumes; en 1827, ils avaient été publiés à 5,000,000 d'exemplaires.
(2) Il nous suffira de citer ici, comme échantillon, les fébroniens et ceux qui suivent leurs opinions , ordmairement connus sous le nom de congrès ou conjuration d'Ems, ot qui tentent, même de nos jours, de les mettre à exécution, et les autres hommes de la môme trempe. Il n'est pas sans intéièt de lire ce qu'en dit le cardinal Pocca, dans les Mémoires historiques qu'il a écrits sur son séjour en Allemagne, de l'année 1786 à 1794, Rome, 1832; il y a réuni une foule de renseignements authentiques. Cependant ce sont des catholiques qui agissent de la sorte. Que ne feraient pas les protestants! Que l'on examine l'édit du grand-duc de Hesse, relatif à l'exercice de la religion catholique dans ses Etats, publié le 30 jroivier 1830, Darmstadt, comme aussi celui du duc de Bade, etc. S' agit-il des Genevois ; qu'on lise ce qu'en dit Nachon, dans ses Lettres sur la tolérance de Genève, Lyon et Paris, 1823 ; il y montre , par Bne série de documents qui s'étendent de l'année 1533 à l'année 1823, qu'ils ne m sont jamais relâchés de leur système de persécution contre les catholiques; il serait facile de pousser jusqu'à nos jours, et d'établir comme ils sont unis en ce point, et comment leurs paroles sont en rapport avec leurs œuvres. Bergier défie les prr>testants réformés de lui citer un lieu où ils aient dominé, une époque où ils n'aient pas persécuté les catholiques.