‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 24 sur 74 · EXISTENCE D'UNE RÉVÉLATION · texte numérisé non relu

EXISTENCE D'UNE RÉVÉLATION

qu'ils aient été privés d'appuis extérieurs , ou qu'ils aient été soumis à la moindre adversité; et lorsqu'ils se sont évanouis un peu plus tôt ou un peu plus tard , ils n'ont laissé que leurs noms inscrits dans le hideux catalogue des ennemis de l'Eglise; il en est que les efforts des rois eux-mêmes ne purent empêcher de disparaître ; d'autres se sont divisés en tant de lambeaux , depuis leur origine, que c'est à peine si ils donnent signe de vie ; si on en retranche les appuis politiques et extérieurs qui se fondent sur cette haine commune dont nous avons parlé (Col., 140-141), qui les alimente et les fait vivre, ils sont complètement stériles et inféconds.

Quant à l'Eglise catholique, bien qu'elle ait dii et qu'elle doive soutenir une guerre contiauelle contre ses ennemis du dedans et du dehors, bien qu'elle ait été soumise à toutes les épreuves du glaive, de la calomnie, de la barbarie, que l'on ait invoqué contre elle la peinture, la sculpture, la presse; qu'elle ait eu même à combattre les conjurations de toute espèce; bien qu'elle ait eu à traverser les vicissitudes tantôt heureuses, tantôt malheureuses des siècles, elle n'en voit pas moins tomber chaque jour mille ennemis à sa gauche et dix mille à sa droite, et les premiers disparaître lorsqu'il s'en élève de nouveaux, toujours inébranlable, toujours triomphante; forte de sa propre puissance, toujours une, toujours féconde et pleine de majesté, comme un grand fleuve qui, plus il s'éloigne de sa source, plus aussi ses eaux deviennent abondantes et majestueuses ; soit que de toutes parts alBuent vers elle les nations qui se convertissent à la foi , soit qu'elle ouvre son sein pour recueilhr les débris d'Israël épars en tout sens , c'est-à-dire pour recueillir les membres des diverses sectes qui cherchent sincèrement et de cœur la vérité, ou ceux de ses propres enfants qui , après avoir abjuré leurs anciennes erreurs , renoncé aux mensonges dont ils avaient été les victimes, reviennent à de meilleurs sentiments. Semblable à une cité bâtie au sommet d'une montagne , elle sert toujours de phare aux peuples qui élèvent vers elle leurs regards; soit qu'Us viennent ou qu'ils l'eviennent à elle, c'est toujours avec joie, avec allégresse, avec, une nouvelle et admirable effusion de cliarité qu'elle les étreint dans ses bras; elle est alors dédommagée des larmes et des pleurs qu'elle a versés pour eux par la joie et la consolation qu'elle en éprouve. Pareille au soleil, qui luit à travers les auages, elle envoie jusqu'aux extrémités de la terre ses rayons,

qui brillent toujours; elle envoie aussi ses messagers vers ceux qui sont plongés dans les ténèbres , qui dorment à l'ombre de la mort pour les éclairer de ses rayons éclatants , et les faire revenir à elle, et afin que, par elle, ils voient la vérité et qu'ils aient la vie.

La cause de ces effets divers, de ces effets complètement opposés n'est donc pas la même. Il s'agit ici des faits que l'on ne saurait révoquer en doute; les sectes et les superstitions, bien que pourvues de tous les secours humains, se décomposent et périssent, et la religion chrétienne ou la religion catholique, privée souvent de tout secours humain, soumise même parfois à toute espèce d'adversités, conserve toujours sa force, sa vigueur, fait même des progrès. Certes, après cela, il ne nous reste, si nous ne voulons pas passer pour des insensés , qu'à dire que celles-ci succombent parce qu'elles sont des œuvres humaines, comme les hommes eux-mêmes, qui sont soumis à toutes les vicissitudes , et qui finissent par succomber, pendant que celle-là, à cause de son origine divine, est assistée de Dieu, et persévère jusqu'à ce qu'elle entonne le cantique de l'éternité, lorsque se seront accomplis le cours des siècles et la durée du monde ici-bas.

Le gage, la preuve de l'assistance que Dieu donne à son Eglise , ce sont les dons surnaturels et les grâces que reçoivent continuellement un grand nombre de ses enfants ; ce sont les prophéties et les miracles, qui n'ont jamais fait défaut dans l'Eglise; ce sont les vertus de tous genres, qui s'élèvent jusqu'à l'héroïsme. Nous n'ignorons pas que les incrédules, que les protestants, que les membres des sociétés bibliques, que les rationalistes, qui s'enorgueillissent d'une fausse science, méprisent et se moquent de tout cela; et il ne faut pas s'en étonner, puisqu'ils rejettent même les prophéties et les miracles de la Bible; mais ce mépris ne détruit pas des faits juridiques et parfaitement constatés. L'Eglise qui, dans tous les siècles, soumit à un examen rigoureux et l'héroïcité des vertus et les miracles et les dons surnaturels, nous en rapporte pourtant un grand nombre dans le catalogue des saints et des bienheureux. Que nos adversaires lisent sans prévention les faits et les actes des saints approuvés par l'Eglise, qu'ils les comparent avec les documents, et, dès-lors, rejetant leurs subtilités et leurs paralogismes , ils n'acquéreront pas moins la certitude de la vérité de ces miracles qu'ils ne se convaincront que Dieu veille, par

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une providence spéciale, sur l'Eglise ou la religion qu'il a établie (1).

Donc , pour réduire cette importante preuve à la forme de l'école , nous conclurons comme il suit : la conservation de la religion chrétienne n'est pas une preuve moins éclatante de la mission surnaturelle et divine de Jésus-Christ que sa propagation^ s'il n'est pas possible, après avoir posé tous ses accessoires, de l'attribuer à une cause naturelle quelconque; or, d'après ce que nous avons dit et démontré plus haut, telle est la conservation de la relisfion chrétienne. Donc :

Objections.

I. Ohj. 1. L'unité et la perpétuité de la religion catholique dépendent de son système d'autorité, 2. tout comme celle de l'islamisme et du judaïsme. 3. Si les sectes qui se sont formées au sein du catholicisme ont disparu, c'est parce qu'elles ont été proscrites par les peuples barbares, et persécutées par le pouvoir temporel. 4. Le protestantisme et le jansénisme se sont maintenus; celui-là, parce qu'il a été soutenu par le pouvoir temporel; celui-ci, parce qu'il est né dans un temps où on ne détruisait plus les hérésies par le fer et le feu (2) . 5. On doit donc attribuer la conservation de la reUgion chrétienne , comme la destruction des diverses sectes, à une cause purement naturelle. 6. Les miracles et les autres dons dits surnaturels n'y font rien, soit parce qu'ils ne méritent pas qu'on y croie, soit parce qu'ils ne font que provoquer le fanatisme , et qu'ils ne sauraient être admis par une raison bien cultivée. Donc :

Rép. 1. i). Ce système d'autorité vient de l'auteur lui-même de la rehgion chrétienne, de Jésus-Christ, C. C'est en outre uniquement à ce système qu'il faut attribuer la conservation de la rehgion , N. Le principe d'autorité est bien le fondement de la religion chrétienne, d'aprèp ie témoignage de Jésus-Christ, car il dit : Celui qui n écoute pas l' Eglise , vous devez le tenir pour un païen et un publicain (Matth., XYIII, 17). Celui qui t écoute y rn écoute (Luc, X, 16). Il est un grand nombre

(1) Consultez Discours sur la divinité de la religion chrétienne, que l'Eglise qui forme des saints est la seule Eglise de Jésus-Christ, par le cardinal Gerdil, édit. de Rome, tom. XX.

(2) Sismondi, Revue encyclopédique, Paris, mars 1826, art. des Opiniona religieuses, p. 622. %

d'autres textes qui prouvent très-clairement la même chose, comme nous le montrerons en son lieu ; mais c'est une absurdité d'attribuer la conservation de la religion ou de l'Eglise à ce seul système , sans tenir aucun compte de l'assistance et de l'action de la divine Providence. S'il n'en était pas ainsi, les anciennes sectes qui toutes, si on en excepte un ou plusieurs points ou articles de foi sur lesquels elles errèrent, retinrent dans toute son étendue le système d'autorité , tels furent les ariens, et qui se répandirent dans presque tout l'univers , au*raient dû se conserver; cependant, il n'en a pas été ainsi; le protestantisme, au contraire, qui rejette tout espèce d'autorité, aurait dû disparaître aussitôt. C'est pourquoi, après avoir posé et le principe d'autorité et toutes les autres raisons que nous avons apportées dans les preuves, il est évident que l'on ne doit et que l'on ne peut attribuer la conservation extérieure de l'Eglise qu'à l'assistance divine.

Rép. 2. Je nie la parité. Et d'abord pour ce qui est de l'islamisme , comme il ne s'est en quelque sorte étendu que par la force des armes, c'est aussi par cette même force qu'il s'est conservé; or, il est plus ou moins prospère, suivant que sa puissance extérieure l'est plus ou moins. Il ne repose en effet et n'est conservé par aucune puissance interne, non plus que l'empire de Chine , qui existe depuis un si grand nombre de siècles. Joignez à cela que l'islamisme n'a jamais été soumis à ces épreuves auxquelles a continuellement été soumise l'Eglise catholique , ainsi que le prouve ce que nous avons dit précédemment. Quant au judaïsme, il se trouve placé sous un autre ordre de providence, et, d'après les prédictions des prophètes et de l'Apôtre , il doit subsister jusqu'à l'accomplissement des temps (Rom., XI, 25), et sa conservation est un témoignage public et perpétuel de la perfidie des Juifs et de la divinité de ia religion chrétienne. Mais nous développerons cette preuve dans le traité de l'Incarnation.

Rép. 3. i). Il en a été ainsi parce qu'elles ne venaient pas de Dieu, C. autrement, iV. Si elles fussent venues de Dieu, elles se fussent conservées malgré tous ces obstacles, comme s'est conservée l'Eglise, qui a soutenu des combats bien plus acharnés que ceux que ces sectes eurent à soutenir.

Rép, 4. Quant au nom, C. quant à la chose en elle-même, ou iV". ou subdist. d'une subsistance civile, C, d'une subsistance religieuse, A^. Le protestantisme, de nos jours, est en effet si

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différent de ce qu'il était à son origine, comme nous le démontrerons en son lieu , qu'il est presque impossible de retrouver, dans le protestantisme actuel, le protestantisme d'autrefois. Ajoutez à cela que son existence est plutôt politique et civile ^e religieuse, en tant qu'il est le principe constitutif et polifique de certains peuples. Si, comme l'avoue Sismondi luimême, le protestantisme subsiste encore, c'est parce qu'il s'est appuyé sur le pouvoir temporel; il est par conséquent certain qu'il disparaîtra, comme l'ont fait toutes les autres sectes, lorsqu'il sera privé de cet appui. Ajoutez encore à cela que le protestantisme ou la nature du protestantisme est purement négative, et que, par conséquent, il dénote plutôt l'incrédulité que la profession d'une religion positive quelconque; ce qui fait qu'il dure, comme dure une défection ou une apostasie générale, jusqu'à ce que les hommes reviennent de cette défection. Quant au jansénisme, il n'en reste plus que quelques débris qui tentent de glisser secrètement le venin de leur erreur dans les cœurs.

Rép. 5. Je nie la conséq. Si l'Eglise catholique ou la religion chrétienne eût été l'œuvre d'un homme, le concours des causes que nous avons précédemment énumérées l'eût mille fois détruite, pendant qu'elle subsiste et qu'elle est florissante, parce qu'elle a été fondée sur un roc indestructible, contre lequel les portes de l'enfer ne prévaudront pas, bien qu'il soit un signe d'éternelle contradiction.

Rép, 6. N. Quant à la première preuve. Parce quils ne méritent pas quon y croie, D. pour les infidèles, qui nient la lumière en plein midi, et qui ne se donnent pas la peine d'examiner les preuves sur lesquelles ils reposent, TV. pour les hommes de cœur et qui cherchent sincèrement la vérité, N. n est nécessaire de faire ici trois observations : 1 . nous ne parlerons ici, comme nous l'avons insinué plus haut, que des miracles et des dons surnaturels examinés et approuvés par le siège apostolique; quant aux autres, nous n'y croyons que comme aux preuves sur lesquelles on a coutume de s'appuyer ordinairement (1). %. Il est impossible de refuser de croire à

(1) 11 est évident qu'ils ont ici recours au paralogisme pour ruiner la foi que l'on doit aux vrais miracles; c'est sur des auteurs peu dignes de foi, obscurs, c'est sur d'anciennes légendes, sur des récits extraordineiires , supposés et inventés à plaisir, qu'ils s'appuient pour infirmer les miracles, afin d'exciter la jalousie contre les catholiques, de les faire passer pour des

tous, sans anéantir les fondements de la certitude morale, puisqu'il est un grand nombre de miracles qui sont rapportés par des témoins oculaires ou auriculaires tout-à-fait dignes de foi, et que les protestants eux-mêmes n'ont pas pu nier (1). 3. Bien qu'ils ne soient pas la base de notre foi, on ne peut cependant pas nier qu'ils ne soient, soit une preuve de l'assistance divine envers l'Eglise, en faveur de laquelle ils se sont opérés, ou qu'ils ne l'affermissent singulièrement et qu'ils ne la réjouissent, lorsque nous sommes en communion de foi avec des hommes d'une vertu et d'une sainteté éminente , et auxquels Dieu accorde de tels dons; jamais aucune secte ne jouit de ces privilèges, qui sont particuliers à la seule Eglise catholique.

Quanta la seconde preuve, Ils favorisent le fanatisme, etc., ou N, vu que ce fanatisme n'existe pas dans l'Eglise catholique, bien qu'elle soit favorisée de ses dons, ou D. de la part de quelques individus en particulier, Tr. de l'Eglise ellemême, N, S'il est quelques personnes qui abusent du pain et du vin, etc., faut-il pour cela les rejeter et dire qu'ils ne valent rien, de même que les autres aliments? Bien que plusieurs personnes aient introduit de fausses pièces de monnaie dans le commerce, a-t-on pour cela retiré l'argent du commerce?

Inst. Si la rehgion chrétienne repose sur la puissance divine,

hommes crédules et faciles à admettre des miracles , comme s'il n*avait pas existé et comme s'il n'existait pas encore parmi eux des critiques du premier mérite, aptes à distinguer les vrais des faux récits. C'est néanmoins là la manière d'agir reçue parmi les incrédules.

(1) Consultez la Vie de saint François-Xavier, par le Père Bouhours, liv. IV, vers la fin. Voilà comment s'exprime en ce point Philippe Bardeus, dans son Histoire de l'Inde : « Si Xavier eût été des nôtres (protestant), nous le considé- » rerions, et avec justice, comme un autre Paul ; il faudrait l'honorer à l'égal » de Paul. Mais, bien qu'il n'ait pas été des nôtres, il m'est avis que son zèle, » sa vigilance, la sainteté de ses mœurs doivent exciter tous les hommes » de bien à ne rien négliger dans le service de Dieu. » Voilà comment s'exprime encore , sur le même saint , le pasteur calviniste Richard Halkuit : « Les histoires modernes de l'Inde, dit-il, sont pleines du récit des œuvres et » des vei-tus surnaturelles qu'accomplit ce saint homme. Il ne pénétra pas » dans l'empire de Chine , dit le calviniste Tavernier ; il est vraisemblable D pourtant que la religion chrétienne, qu'il introduisit dans l'ile de Niphon, » s'est répandue de là dans les contrées voisines, et qu'elle s'est étendue et » propagée par les soins de ce saint homme, que l'on peut avec justice » appeler le Paul, le véritable apôtre des Indes. » Enfin J.-L. Mosheim luimême, devant qui presque aucun des plus saints personnages qui ont illustré l'Eglise n'a trouvé grâce, l'appelle, dans ses Instit. hist. chrét., tom. II, p. 8, un homme d'un esprit extraordinaire et d'une force d'âme tout-à-fait hors ligne.

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pourquoi s'appuie-t-elle donc sur le pouvoir des princes ; pourquoi a-t-elle établi tant de tribunaux, tenu tant de conciles, et cherche-t-elle tant d'autres appuis pour se proléger?

Rép, C'est parce que la puissance et la Providence divine n'exclut pas les moyens humains pour atteindre sa fin. Dieu nous a promis notre pain de chaque jour; nous ne devons pas pour cela l'attendre dans l'oisiveté et le repos, il nous faut le lui demander chaque jour. Au reste, nous avons assez parlé de l'appui des princes et des tribunaux, sans être obligés de répéter ici ce que nous en avons dit. Tous ces secours , néanmoins, seraient inutiles, si Dieu lui-même ne défendait pas sa cause, comme le prouve la ruine des diverses sectes qui, bien qu'elles aient été plus puissamment soutenues, n'en ont pas moins succombé.

PROPOSITLON V.

Le témoignage des martyrs chrétiens, si on en examine toutes les circonstances, est aussi une puissante preuve de la inission surnaturelle et divine de Jésus-Christ,

Jésus-Christ n'a pas seulement prédit la propagation , l'accroissement et la conservation perpétuelle de sa religion, il a en outre prédit les persécutions imminentes et continuelles dont elle était menacée pour son avenir, comme aussi la constance , le courage et la victoire de ses disciples ; Si le monde vous hait, disait-il, sachez guil m'a hcii avant vous (Jean, XV, 18.). Ils vous chasseront des synagogues , et l'heure vient où, celui qui vous mettra à mort croira avoir fait une action agréable à Dieu (Jean, XYI, 2), Le monde vous pe7'sécutera, mais, ayez confiance, j'ai vaincu le monde (ibid., 33). Vous me rendrez témoignage à Jérusalem, dans la Judée, dans la Samarie et jusqu aux extrémités de l'univers (Act., I, 8). Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups;,., défiez-vous des hommes. Ils vous traîneront devant leurs tribunaux, ils vous flagelleront dans les synagogues , ils vous conduiront en présence des gouverneurs et des rois à cause de moi, pour que vous leur soyez un témoignage , ainsi qu'aux nations. Mais, lorsqu'ils vous conduiront ainsi, ne vous occupez pas de ce que vous aurez à dire, ni de la manière dont vous devrez répondre; vos réponses vous seront suggérées sur l'heure; ce ne sera pas vous qui parlerez j ce sera l'Esprit de votre Père

qui parlera en vous (Matth., X, 16 et siiiv.). Ne craignez donc rien (ibid., 26).

Nous avons rapporté ces témoignages , non-seulement pour prouver que les persécutions avaient été prédites, mais encore pour constater que Tassistance divine a été promise aux martyrs, et qu'ils devaient persévérer et être vainqueurs; nous l'avons aussi fait pour faire connaître l'objet du martyre, qui ne consiste pas précisément à affirmer ce que l'on pense intérieurement, mais qui consiste dans quelque chose d'extérieur qui tombe sous les sens, comme sont les faits que l'on voit, que l'on entend; car c'est de ces choses là seulement dont on peut rendre témoignage. Il est évident, d'après cela, que la religion chrétienne seule, bien plus que la seule Eglise catholique, a pu et peut avoir des martyrs. Car, comme nous l'établirons dans une autre partie de ce traité, la seule Eglise catholique, instituée et fondée par Jésus-Christ, a pu être témoin oculaire et auriculaire, à cause de sa succession non interrompue de témoins, de ce qu'a fait et enseigné Jésus-Christ, et que les apôtres ont livré à la postérité.

Nous observerons encore, comme nous l'avons fait pour les propositions précédentes , que la force de cette preuve ne consiste pas dans le martyre seul pris séparément, ou dans le châtiment seul et la mort, mais bien dans la cause et dans l'ensemble des accessoires qui accompagnent et qui corroborent le martyre, et qui sont au nombre de six : 1 . ce sont la multitude des martyrs et leurs conditions diverses; 2. la cruauté et la longueur des tourments; 3. la force d'âme, la constance, le courage, et parfois la joie ; 4. la spontanéité avec laquelle plusieurs se sont présentés au martyre; 5. la fréquence et la publicité des miracles; 6. les efïv^ts. Toutes ces choses réunies ne se trouvent que dans le martyre des chrétiens.

Et 1 . le grand nombre des ma;i;yrs chrétiens, se détermine par les lois directes ou indirectes qui èù aient en vigueur dans l'empire romain , et qui laissaient aux gouverneurs la liberté de persécuter les chrétiens. Telles furent les lois dont parle Cicéron (1),

(1) Cicéron, de la Nat. dos dieux, liv. 111, c. 19; il voulait que, dans sa République , aux lois romaines fût ajoutée celle-ci : « Que personne n'eût de » dieux particuliers, de dieux nouveaux ou étrangers ; que l'on n'honorât que }) les dieux admis de tout le monde. » Tite-Live, lui aussi, fait souvent mémoire de ces lois; il le fait surtout liv. IX, n. 30; liv. XXV, n. 1; liv. XXXIX, n. 16. On peut aussi consulter les Lettres de quelques Juifs à Voltaire, par l'abbé Gunée, édit. Lyon, 1822, tom. 1, lettre 3e.

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