EXISTENCE D'UNE REVELATION
qui proscrivaient toute religion étrangère ; étayées du consentement unanime des peuples, les césars eux-mêmes, disent Origène et Tertullien, furent impuissants à les abolir (1). On porta en outre des lois semblables contre les athées et ceux qui faisaient des maléfices ; et, dans un grand nombre de contrées,' on comprenait sous ce nom les chrétiens (2). Telle fut la loi de Néron dont parle Suétone (3) ; rappelant les institutions de ce prince, qui à ses yeux sont louables, il s'exprime en ces termes : Les chrétiens sont soumis à divers supplices; c'est une race d'hommes adonnée à une superstition nouvelle et mauvaise» i Cette loi ne fut jamais abrogée. Telles furent enfin les lois des empereurs ses successeurs ; elles furent et si nombreuses et si diverses, cpie le jurisconsulte Domitius en composa le septième livre de Y Office du proconsul (4), et Ulpien fit un livre des titres du code des lois impériales. Les apologies de Quadrat, d'Aristide, de Justin, de Tertullien, d'Athénagoras nous disent aussi combien fut grand le nombre des martyrs chrétiens ; c'est à peine si on peut les lire sans que l'esprit s^it saisi d'horreur en pensant à l'atrocité des supplices auxquels furent çà et là soumis les chrétiens; on conclut aussi que le nombre des martyrs fut grand par ce que Serenus Gratien, Tiberianus et Pline écrivaient aux empereurs : Il ri est j)as juste de punir les chré-
(1) Origène, liv. I, contre Gelse ; Tertullien, Apol., passage cité.
(2) On le voit, d'après nos apologistes, qui étaient continuellement obligés de venger les chrétiens du crime d'athéisme et de maléfice dont on les accueeit, il faut ne jamais perdre de vue ce point là, car il nous apprend pourquoi la persécution fut parfois faible, mais sul3sista néanmoins toujours, tantôt dans une province et tantôt dans l'autre, jusqu'à Constantin, et pom-quoi nous trouvons un certain nombre de martyrs , même sous les empereurs qui favorisèrent le christianisme, ou qui, du moins, ne le persécutèrent pas, V.G. sous Commode, sous Alexandre, les deux Sévère, Philippe, etc.
(S) n est aussi question de cette loi dans Tertullien, Apol., c. 4; dans Sùlpice Sévère, Histoire sacrée, liv. Il, où sont rapportés les lois et les édits de Néron; dans Horace, liv. Vil, c. 5; c'est aussi à cela que se rapportent les rescrits de Trajan et d'Adrien, qui défendaient de rechercher les chrétiens, mais qui voulaient qu'on les punît s'il était constaté , par une accusation juridique, qu'ils appartmssent à ce culte , et qu'ils voulussent continuer dV demeurer attachés. Voici les propres paroles de Trajan : « 11 ne faut point » rechercher les chrétiens, mais si on les défère aux tribunaux et qu'ils soient D convaincus, il faut les punir; cependant, si quelqu'un nie être chrétien, » et qu'il en donne la preuve en adressant à nos dieux ses supplications, bien D que précédemment il ait été suspect, il faut lui faire grâce à cause de sou D repentir (lett. 98, parmi celles de Pline, liv. X). » C'était là ouvrir la porte à l'envie et à la méchanceté, etc., pour sévir contre les chrétiens.
(4) Voir Lactance, Inst., liv. V, c. 11.
tiens, qui ne sont coupables d'aucun crime, sans les juger (1). On conclut encore que le nombre en fut grand ^ par l'irrégularité des questions, les clameurs et les tumultes soudains que parfois durent apaiser les empereurs eux-mêmes; les cryptes, les caveaux et les autres demeures souterraines, où étaient obligés de se cacher les chrétiens et où ils cherchaient un refuge, en sont aussi une preuve (2) ; ce qui le prouve enfin, ce sont les écrits des auteurs païens et des auteurs chrétiens; certes, d'après Tacite , le nombre de ceux qui, sous Néron, souffrirent un martyre affreux, fut une immense multitude ; Domitien fit aussi un grand nombre de martyrs, au rapport de Bruitius, cité par Eusèbe (3), et dont le récit est confirmé par Xiphilinus, continuateur de Dion, ou plutôt son abréviateur. Pline, après avoir immolé, sous Trajan, un certain nombre de chrétiens, effrayé par leur nombre, consulta l'empereur sur ce qu il avait à faire; c'est ce qu'écrit Tertullien (4) ; sans parler des autres empereurs, le nombre des chrétiens qui périrent sous Dioctétien fut immense, dit Eusèbe (5) ; il n'y a rien d'étonnant, puisque, comme le rapporte Lactance (6), l'univers entier était persécuté, et qu'excepté les Gaules, trois bêtes féroces sévissaient de l'orient à l'occident,
2. Pour ce qui est des supplices, ils étaient excessivement raffinés. Néron ordonna d'enduire les chrétiens de poix, pour s'en servir comme de torches pendant la nuit; Tacite lui-même nous rapporte ce fait (7). Les gouverneurs des provinces inventèrent les taureaux d'airain rougis au feu, les lames de fer, les torches, les sarments, les peignes de fer, les chevalets, les tenailles, les diverses espèces de roues, les pressoirs, les nerfs
(1) Pline, lett. cit. Cependant, sous Trajan et Adrien, empereurs plus humains, les proconsuls furent plus humains, eux aussi, etc.; voyez soit l'Apologie de saint Justin, soit Eusèbe, Hist. eccl., liv. I^, c. 8. On peut aussi consulter les Recherches d'Alexis Symmaque Mazochius sur les Actes du matyre du philosophe saint Justin et de ses compagnons , et ses Gomment, sur les marbres de la sainte église de Naples, Calendr. v. II, p. 476 et suiv. Que devons-nous penser de ce qui eut lieu sous les autres empereurs Septime, Dèce, Valère, Diocléticn, dont la sévérité fut bien plus grande?
(2) Consult. sur ce point Baldetti, Fabretti, Bosius, Arringhius, etc.
(3) Tacite, Ann., liv. XV, n. 44.
(4) Hist. ecclés., liv. 3, c. 18
(5) Apol., c. 11.
(6) Hist. eccl., liv. VHI, c. 4; et liv. I, Vie de Constantin, c. 3, où il compare la guerre civile à la persécution de Dioclétien et de Maxime.
(7) Annal., liv. XV, n. 44, édit. de Turin.
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de bœufs, les croix, les entraves, les ongles de fer, les lanières plombées, les crocs, les chaudières d'huile bouillante, les grils, et une foule d'autres instruments dont traite doctement le savant Gallonius (1). Chacun pouvait, selon qu'il lui plaisait, sévir contre les chrétiens et les tourmenter; et celui-là méritait le phis qui surpassait les autres en cruauté. Les édits qui ordonnaient de détourner les chrétiens de leurs croyances religieuses et de les vaincre par la force étaient généraux (2); d'autre part, on proposait aux apostats des jouissances de toutes espèces , les plaisirs de la chair, les honneurs , des biens immenses , des dignités , les bonnes grâces et la faveur de l'empereur, les charges publiques.
3. Des chrétiens sans nombre cependant, des chrétiens de tout âge, de toutes conditions, de tous sexes; des chrétiens délicats, des nobles, des esclaves, des vieillards affaiblis par Tâge et les infirmités, de faibles femmes, des enfants, des jeunes filles timides , dans toutes les parties du monde connu , ayant le choix, préféraient les supplices et les tourments les plus affreux; ils y allaient avec un courage et une joie telle, que parfois on pouvait à peine les retenir ; ils s'offraient, ce qui est plus encore, parfois d'eux-mêmes au supplice ; car, comme le rapporte Sulpice-Sévère, on se précipitait à F envi dans ces glorieux combats (3); on cherchait alors la mort glorieuse du martyre avec plus d'ardeur que ï ambition coupable ne recherche aujourd'hui l'épiscopat; et, pendant que les voleurs, ajoute Lactance (4), ne peuvent supporter ces supplices malgré la force de leur corps, poussent des cris et des gémissements , vaincus par la douleur, des enfants, de faibles femmes vainquent
(1) Les Supplices des saints martyrs, par Ant. Gallonius, prêtre de l'Oratoire, Rome, 1S94, in-4; il avait publié le même ouvrage, trois ans plus tôt, en langue italienne, avec ce titre : Trattato degl'istromenti di martirio.
(2) Consultez Lactance, Mort des persécut. c. 13 et suiv.; Eusèbe, Martyrs de la Palestine.
<3) Hist. sac, liv. II; Epictète les citait comme un modèle de courage, Arian., liv. IV, c. 7. Marc-Aurèle disait d'eux qu'ils prodiguaient leur vie. On peut aussi consulter Nogliera, S. J., Réflexions sur le caractère divin du christianisme, c. 20 et 21.
(4) Inst. div., liv. V, c. 15. Voyez les actes de saint Laurent, de sainte Agnès, de sainte Félicité , de sainte Perpétue, de saint Symphorien, etc., Ruinart. On ne peut pas lire les actes des martyrs sans être ému par un sentiment de piété; ils brillent d'une telle simplicité et d'une toile candeur, qu'ils ravissent l'esprit du lecteur. Quel est celui qui n'éprouve pas un seutimcut de componction à la lecture de la lettre de saint Ignace aux Romains, et des actes de son martyre; de celui de saint Polycarpe, de saint Pion, etc.?
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tacitement leurs bourreaux; le feu lui-même ne peut pas leur arracher un gémissement.
4. Le martyre des chrétiens était aussi accompagné, de temps en temps , de miracles éclatants ; c'était parfois les bêtes féroces qui perdaient leur cruauté , c'était les cachots qui resplendissaient de lumières éclatantes; des fontaines qui jaillis* saient tout-à-coup, etc.; les païens eux-mêmes étaient saisis de stupeur à la vue de ce qui se lit dans les actes authentiques des martyrs, dansEusèbe (1), dans Lactance (2), et dans plusieurs autres auteurs véridiques (3).
5. Ces supplices eurent pour résultat le merveilleux accroissement des chrétiens, et nous en donnerons pour témoin (4) TertuUien, qui s'adresse en ces termes aux gouverneurs : Mettez-nous à la torture, touimentez-nous, condamnez-nous, écrasez-nous,,., notre nombre s accroît toutes les fois que vous nous moissonnez; le sang des chrétiens est une semence qui en produit d'autres;... votre cruauté la plus raffinée na qu'un seul résultat, cest d'accroître notre nombre. Arnohe et Lactance (5) nous attestent la même chose, ainsi que Théodoret (6), qui emploie à cette occasion la magnifique comparaison suivante : Comme des bûcherons qui coupent les arbres d'une forêt, et dont les troncs produisent de plus nombreux rejetons que les tiges abattues; de même, maintenant, plus vous immolez de pieuses victimes, plus, chaque jour, le nombre de ceux qui embrassent la doctrine évangélique est grand. C'est ce que comprit parfaitement Julien l'Apostat, qui, voyant que les monstres augmentaient le nombre des leurs [des chrétiens), évita ce qu'il ne pouvait pas approuver, comme le rapporte son apologiste Libanius (7).
Après avoir légèrement effleuré ces choses, nous conclurons comme il suit : Des faits attestés par vingt, trente, etc., témoins dignes de foi, qui déclarent les avoir vus ou entendus, qui les ont vus d'une manière immédiate , qui en affirment la vérité
(1) Hist. eccl., surtout liv. IV et suiv.; liv. II, Martyrs de la Palestine.
(2) Mort des persécjit. édit. Baluze.
(3) Ruinart, ouvr. cité.
(4) Apologétique.
(5) Arnobo, cont. les Gent., liv. II, n. 2; Bilbioth., PP. Galland, Lact. hist., div., liv. V, c. 23.
(G) Sermon 9^ sur les lois, tom. 4, édit. Sismondi.
(7) Eloge funèbre de JuUen, Biblioth. de Fabric, vol. VH, édit. Hamb., IT^ 5.