EXISTENCE DX-NE RÉVÉLATION
sur la foi du serment; qui, pour ne pas trahir la vérité qu'ils attestent, consentent à perdre leurs biens, à souffrir l'exil, des maux de toute espèce, sont certes, sous quelque j.égislation que ce soit , des faits incontestables ; ils atteignent même , qui plus est, le degré le plus élevé de certitude. Or, ce ne sont pas cent, ni deux cents, mais ce sont des myriades, c'est un nombre presque infini de chrétiens qui , dès l'origine de la religion et pendant plus de trois cents ans, ont plus ou moins attesté, dans toutes les parties du monde, les faits sur lesquels repose la religion chrétienne ; ce n'est pas seulement par serment qu'ils les ont attestés, ce n'est pas au prix de tous leurs biens; ils ont même poiu* cela versé leur sang au milieu des supplices les plus atroces, les plus prolongés qu'aient pu imaginer les plus cruels tyrans. Donc, le témoignage des martyrs en faveur de la vérité de la religion chrétienne est tel que non-seulement il est supérieur à toute preuve juridique, mais qu'il dépasse même les limites de la loi et de la nature (1).
De plus , si l'on considère la faiblesse de la condition ordinaire des hommes , il est au moins moralement impossible de supporter avec tant de courage, avec tant de résignation, de paix, d'allégresse d'aussi longs et d'aussi cruels supplices qu'en montrèrent les martyrs, chrétiens de tout âge, de tout sexe, de toutes conditions pendant tant de siècles ; non, ce n'est pas là le résultat d'une cause naturelle ou humaine ; il est impossible que les hommes n'eussent pas été détournés d'embrasser une rehgion qui les exposait à la plus certaine et la plus cruelle des morts, s'ils n'y eussent été poussés par quelque inspiration divine et spéciale. Si à cette puissante présomption viennent sa joindre des miracles publics et parfaitement attestés, il n'y a plus moyen de douter que la cause de ce com^age, de cette constance est surnatm^elle et divine; ou, ce qui revient au même, le témoignage des martyrs chrétiens, avec tous ses accessoires, prouve pareillement, d'une manière irréù'agable, la divinité de la mission de Jésus-Christ.
(1) Sulpice Sévère, liv. II de son Hist. sacr., après avoir rapporté les dix grandes persécutions, conclut avec beaucoup de justice « qu'il n'y a pas de guerre qui ait autant épuisé le monde, et que nous n'avons jamais remporté de plus beau triomphe que lorsqu'après ces dix années de carnage (cVst-à-dire à la fin de la dernière persécution), nous sommes demeurés invincibles. »
Objections,
I. Obj. Le martyre des chrétiens ne prouve rien, si on peut, si on doit même l'attribuer 1 . àla stupidité, 2. à l'emportement de l'esprit et de l'àme (le fanatisme, disent-ils); 3. au désir de la vaine gloire; 4. à l'espoir d'un avantage à en retirer; 5. à la vaine attente de biens futurs. Qui ignore que les Cafres, les Nègres, les Japonais et les autres barbares se précipitent ou du haut d'un rocher, ou s'étendent sur les chemins oii doivent passer les chariots qui portent les idoles, pour que ces mêmes chariots les écrasent, ou que les veuves des Indiens se jettent au milieu des flammes pour ee joindre à leurs maris et ne pas se souiller d'infamie? De plus, si ce n'est pas le châtiment mais bien la cause qui fait le martyre, comme le porte un axiome admis dans la religion elle-même, il est évident que, lorsqu'on conclut que la religion chrétienne est véritable parce qu'elle a eu des martyrs, on suppose ce qu'il faut prouver (1). Donc :
Rép. 1. Tr. M. N. M. Quant à tous ses membres, car on ne doit pas attribuer le martyre des chrétiens à la stupidité , puisqu'il y eut , parmi ceux qui donnèrent d'eux-mêmes leur vie pour Jésus-Christ, un certain nombre d'hommes distingués et dans les sciences et dans les lettres. Les persécutions eurent en effet lieu dans un temps où les lettres étaient en honneur dans l'empire romain. Il n'y a personne d'assez barbare, d'assez ignorant, en effet, pour, si on lui donne à choisir entre les douceurs de la vie et les supplices, la liberté et la prison, la vie et la mort, ne pas savoir se déterminer pour celles vers lesquelles
{]) Tels sont les raisonnements de l'auteur du livre intitulé : Examen de la religion ; tel est aussi le sentiment du futile auteur de l'ouvrage intitulé : Promenades dans Rome, de Standhal, Paris, 1829, tom. 11, p. 13 et suiv. Cet auteur, suivant l'usage des hommes qui font étalage de science, a réuni çà et là, dans son livre, tout ce qui est défavorable à la religion chrétienne et aux pontifes romains. Il met encore en avant les fables usées de la papesse Jeanne et de ses couches, fables rejetées des hétérodoxes eux-mêmes. Mais, outre Bayle, Leifjnitz a écrit une savante dissertation, qu'jl a intitulée : Fleurs effeuillées sur le tombeau de la papesse Jeanne, qui a été imprimée dans la Biblioth. liist. de Gœttiugue, où il a réduit à néant tous les prétendus fondements de cette fable; de Standhal cherche néanmoins à la confirmer avec un appareil d'érudition étrangère, et il met en avant les niaiseries ordinaires des protestants, qu'elles prouvent ou qu'elles ne prouvent pas, pourvu qu'elles inspirent du mépris pour la religion ; ce sont là les lieux communs de tous les ennemis de l'Eglise; il ne fait que les réchauffer. Il serait difficile de relever tous les mensonges, toutes les faussetés dont est plem son livre ; il affiche même, dans la plupart de seë récits, la plus grossière ignorance .
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Tattire la nature elle-même; au reste, les actes des martyrs nous apprennent que ce n'est que sur une parfaite connaissance et sur la persuasion qu'ils avaient de connaître la vérité qu'ils ont versé leur sang.
Rép. 2. On ne peut pas non plus l'attribuer à V emportement de r esprit ou au fanatisme. Celui (|ui est poussé par le fanatisme se précipite tête baissée, pendant que nos martyrs montraient, au milieu des plus affreux supplices, le plus grand calme, la plus parfaite tranquillité d'esprit, leurs réponses étaient marquées au coin de la sagesse; les prières qu'ils offraient à Dieu, au milieu même des supplices, l'effusion affectueuse avec laquelle ils embrassaient leurs ennemis; les legs que parfois ils faisaient sur leurs biens aux bourreaux qui les immolaient, toutes ces cboses là n'accusent certes ni la fureur ni l'emportement d'un esprit fanatisé. Le fanatisme, ou la fureur de l'esprit, n'est en outre que passager; il ne s'empare pas de tout le monde; mais ici il aurait du s'emparer de tout le monde , et des savants et des ignorants , et des nobles et des plébéiens, et des vieillards et des jeunes gens; il aurait du s'emparer même des jeunes filles; il aurait du s'étendre sur toute la terre et durer pendant trois siècles consécutifs. A qui les incrédules persuaderont-ils cela?
Rép, 3. On ne peut pas l'attribuer à un vain désir de gloire; ils savaient bien que notre religion la proscrit ; il leur eût fait perdre le mérite de leur martyre ; il y en eut un grand nombre qui périrent dans des cavernes, au milieu des bois, soit de faim, soit par la dent des bêtes fauves, et qui ne furent connus que de Dieu seul; on en massacrait, on en brûlait aussi souvent beaucoup à la fois , de sorte qu'iic n'étaient pas sûrs que lem^s noms passassent à la postérité. Enfin, ils redoutaient plus la vaine gloire que le glaive et le feu (1).
(1) Combien est grand le nombre des martyrs inconnus, dont Prudence fait mention dans la strophe suivante de son hymne XI :
Relliquias memini me didicissc hominum.
Quorum solus habet comperta vocabula Christus, Utpote quos propriœ junxit amicitiœ.
Voici aussi ce que saint Paul écrivait des justes de l'Ancien-Testament (Hébr., XI, 37) : Ils étaient vagabonds, couverts de peaux de brebis et de chèvres, pauvres, abandonnés, dans l'affliction,... errants dans les déserts, sur les montagnes, dans les antres et les cavernes. Le nombre de ceux qui n'avaient 1 espoir d'en retirer aucune gloire est presque infini; on peut, sur ce point, consulter le Père Ansaldi, de l'ordre des Prêcheurs, dans son livre qui a pour
Rép. 4. On ne peut non plus l'attribuer à l'espoir diun gain quelconque ici-bas ; c*eût été un vain espoir, puisqu'ils étaient plutôt exposés à perdre tous leurs biens , et qu'ils n'étaient éloignés que d'un pas de la mort la plus cruelle. Les riches, les hommes de haute lignée n'auraient pas pu être poussés par ce mobile; on offrait à un grand nombre, s'ils eussent voulu venir à ré^iqiiscence, des honneurs, des richesses, de gros bénéfices, des charges publiques.
Rép. 5. On ne peut pas enfin l'attribuer à une vaine attente des biens futurs, s'ils n'eussent été persuadés que la foi qu'ils scellaient de leur sang était divine; ils connaissaient ces paroles de l'Apôtre : Si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine, notre ^prédication l'est aussi; si les m,orts ne ressuscitent pas, nous sommes les plus malheureux des hommes; mangeons et buvons, car demain nous mourrons.
Rép, 6. Ou à la première preuve apportée comme confirmatur, D. Qui s'immolent eux-mêmes suivant l'impulsion de leur superstition, Tr. qui se laissent immoler par les autres pour attester la vérité de leur religion, iV. C'est ce qui démontre qu'il y a une grande différence entre ces malheureuses victimes de leur superstition et les martyrsichrétiens , qui ne se donnèrent jamais la mort, qui l'endurèrent de la main des autres, pour attester des faits qu'ils avaient ou vus ou entendus, ainsi que nous l'avons observé dans nos preuves. Il faut donc reconnaître dans ceux-là une fureur aveugle , et dans ceux-ci un témoignage de la vérité (1).
titre : Causes qui font que l'on n'a que peu de monuments pour connaître les anciens martyrs, contre Dodwel, Milan, 1740.
(1) Les assertions émises par de Standhal, dans le passage que nous avons cité, tombent donc d'elles-mêmes. « Notre sympathie nous donne » l'idée d'une douleur qui réellement n'a jamais été sentie; la plupart des » martyrs étaient plus ou moins dans l'état d'extase. De 1820 à 1823, six cents » femmes du Bengale se sont brûlées sur la tombe de maris qu'elles n'aimaient » point. Voilà un sacrifice vraiment senti, une douleur réellement atroce. 11 » est bien plus aisé de braver la mort pour les intérêts d'une théorie méta- » physique soutenue par des gens d'esprit qui, de leurs discours, tirent leur » subsistance ; ils persuadent aisément aux âmes poétiques qu'elles vont » acquérir un bonheur éternel au prix d'une douleur de quelques heures;... » il parait que ces moments de passion profonde, d'insensibilité et à'extase se » sont souvent reproduits dans ces épidémies d'enthousiasme, dont on trouve, » tant de traces dans l'histoire, toute imparfaite qu'elle soit jusqu'ici. M. le » D. Bertrand a fait un ouvra^jçe estimé sur cet état d'extase, dont le magné- » tisme reproduit à volonté l'insensibilité parfaite. (Récit de M. Cloque t, en » avril 1829). » Mais 1» où notre adversaire a-t-il pris que la plupart des martyrs avaient été ravis en extase, puisque l'histoire ne fait mentioû que d'ua
EXISTENCE BUîs-E RÉVÉLATION. 191
Rcp, 7. OU 2. confirmatnr, N. Pour deux raisons. Et d'abord îl n'y a ni cercle vicieux ni pétition de principe à remonter de l'effet à la cause, ou à descendre de la cause à l'effet; ainsi, par Exemple, quand on dit: L'homme vit, donc il respire, ou, vice versa, l'homme ^espire, donc il vit, comme nous l'apprend la logique. Mais, dans le cas en question, nous concluons du grand nombre, du courage et des autres circonstances du martyre des chrétiens , que la religion chrétienne , au sein de
ou deux? Notre anteiir, assurément, laisse voir qu'il n'a pas même ouvert la première page des Actes des martyrs, lorsqu'il avance de telles absurdités. 2» Sur quoi s'appuie-t-il pour soutenir (jue les martyrs chrétiens ont souffert pour des théories métaphysiques, plutôt que poor attester des faits qui tombent sous les sens, ainsi que nous l'avons prouvé plus haut? 3« De quel front ose-t-il préférer aux martyrs chrétiens, qui subissaient les plus affreux tourments de la part des autres, ces femmes indiennes qui se jettent dans des bûchers, vu que ces femmes sont emportées par le fanatisme, ou plutôt qu'elles le font pour se soustraire à l'ignominie et à la honte pubUcpe , comme le rapporte Bartoli, dans son ouvrage sur l'Asie ; il en convient lui-même plus bas, lorsqu'il dit : « Ces jeunes femmes de l'Inde se brûlent par honneur, comme en » Europe on se bat en duel. » 4° Gomment persuadera-t-il aux autres et se persuadera-t-il à lui-même que les martyrs chrétiens de tout âge , de toute condition et de tout sexe furent autant di! âmes poétiques qui ont voulu, par une vaine espérance, se soumettre à toutes les atrocités? N'y a-t-il pas eu plusieurs hommes doctes, plusieurs philosophes dont la vie a été couronnée par le maiijTe? Bien plus, ceux qui, suivant Standalh, exhortaient les autres, n'étaient-ils pas ceux que l'on recherchait le plus pour les mettre à mort, les évêques et les prêtres? 5° Ils étaient fortement convaincus qu'ils n'avaient que peu de temps à souffrir pour acquérir la vie éternelle ; donc, ils n'étaient ni insensibles ni hors d'eux-mêmes, comme notre auteur affirme cjue la plupart le furent, etc.; l'iniquité s'est déjà menti deux fois à elle-même. 6° Si l'épidémie de l'enthousiasme atteignait tellement les martyrs qu'elle les mettait hors d'eux-mêmes, dans un véritable état d'extase et d'insensibilité, comment s'est-il fait qu'un grand nombre d'entre eux , vaincus par l'intensité des tourments, avaient besoin que les spectateurs chrétiens les encourageassent, au péril de leur vie, à persévérer? 7« L'extase produite par le magnétisme, et dont la médecine fait si grand bruit, est un état maladif; et c'est de cette extase dont parle Alex. Bertrand , dont l'ouvrage a été reproduit en abrégé dans la Biblioth. univers, de Genève, tom. XXXVI, p. 63, 215. Or, un état maladif a-t-il pu être commun, dans l'univers entier, à tout le monde, et aux jeunes et aux vieux, aux hommes et aux femmes, etc., et cela, pendant trois siècles, s'est-il renouvelé toutes les fois que la persécution s'est rallumée contre les chi-ctiens, et seulement chez les chrétiens ou les catholiques ? Tels sont les sages qui combattent la religion chrétienne et catholique! Quant aux extases éprouvées par un ou deux martyrs, on ne doit les attribuer qu'à Dieu, qui, en cette occurrence, venait au secours de ses serviteurs, comme nous l'apprennent les actes des saintes Félicité et Perpétue , rappelés par notre adversaire. Ge qui nous y est rapporté de sainte Perpétue n'a aucun rapport avec les extases magnétiques, si toutefois on peut ajouter foi aux assertions des partisans du magnétisme, puisqu'il est certaiû, d'après les documents qui nous sont rapportés en parlant des miracles, que, le plus souvent, les résultats du magnétisme ont été nuls, ou que la plupart des choses qui lui sont attribuées gont fausses.
laquelle et pour laquelle ils ont versé leur sang, est divine, véritable. 2. Comme la vérité et la divinité de la religion chrétienne ont déjà été établies par les arguments, soit intrinsèques soit extrinsèques, tirés des miracles, des prophéties, de la sainteté même de cette doctrine que nous avons développée plus haut , cette vérité acquiert un nouveau degré de certitude, de force dans les autres motifs de crédibilité dont elle est entourée, tels que sa propagation, sa conservation, et les martyrs avec toutes les circonstances qui ont accompagné leurs supplices , et qui sont l'accomplissement des prophéties de Jésus- Christ; c'est donc à faux qu'on nous accuse ici de supposer ce qui est en question.
n. Obj. 1. Toutes les religions, celle des Egyptiens, des païens , des mahométans ; au sein même du christianisme , les montanistes, les donatistes, les anabaptistes, les protestants mettent en avant leurs martyrs. C'est ce qui a donné lieu au martyrologe anabaptiste, dont parle Bayle (1) ; au martyrologe anglican, publié par Fox (2) ; à celui des protestants, composé entre autres par Geddesius (3). 2. Fréret prétend qu'au premier siècle de l'Eglise on contesta la force de la preuve tirée des martyrs (4). 3. Une surexcitation d'écrit, dit l'auteur de la Table des saints, ou le désir de voir la secte à laquelle oa appartient s'accroître, obscurcit et empêche d'apprécier les raisons de ceux dont on combat la cause ; et cela eut d'autant plus facilement heu dans les premiers siècles, que l'Eghse posséda des pasteurs dont l'éloquence n'était pas moins propre à surexciter l'imagination des simples que leur fanatisme. 4. Le désir du martyre, dans la suite des temps, s'est tellement modéré, que la religion ne peut plus s'appuyer de cette preuve pour établir sa divinité. Donc :
Rép, 1. i). n mettent en avant ceux qu'ils regardent comme des martyrs, C. des martyrs réels, avec toutes les circonstances qui, d'après ce que nous avons dit, ont accompagné
(1) Dict. crit., art. Anabaptistes, remarque F.
(2) Actes et monuments de l'Eglise, vol. 3, in-folio , publiés sous ce titre : Mîirtyrologe.
(3) Martyrologe de ceux qui ont souffert la mort en Espagne parce qu'ils étaient protestants, par Micb. Geddesius, traduit de l'anglais en latin, par Mosbeim, avec une lettre du traducteur, 1733, à la fin de ses Dissertations sur 'Histoire ecclésiastique, v. I, édit. d'Altona et de Flensb., 1733, édit. 2.
(4) Spedialeri, Anna, Examen crit., p. 110, etc.
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nos martyrs, iV. Ces choses là ne se trouvent que dans la seule religion chrétienne catholique. Ceux auxquels nos adversaires donnent le nom de martyrs sont 1. en petit nombre; 2. ils ne sont unis entre e'Jix ni par les liens de la foi , ni par une communauté d'idées religieuses; c'est plutôt pour soutenir leur propre sentiment que pour la religion qu'ils combattirent; ou, au moins , ils ne combattirent pas pour attester certains faits , mais bien pour soutenir certaines opinions purement spéculatives et qui consistent dans une pure contemplation, c'est-à-dire pour soutenir leur propre manière de voir; 3. la plupart n'eurent point à choisir et furent condamnés à un supplice que leur avaient mérité leurs crimes; tels furent les donatistes (1), les anabaptistes (2), les protestants, sous
(1) Saint Augustin, auteur contemporain qui connaissait parfaitement les donatistes, dans sa 88^ lettre, qui fut donnée à l'évêque donatiste Janvier, au nom de tout le clergé d'Hippone, ou bien ailleurs, la 68e, après avoir parfaitement décrit la férocité étonnante des circoncellions, conclut comme il suit, n. 8 : Ils vivent comme des brigands, ils meurent comme des circoncellions, on les honore comme des martyrs. Et liv. 1, contre la lettre de Parménion, c. 8 : « Si » quelqu'un, sur l'ordre de l'empereur ou des juges commis par lui, subit le » châtiment qu'il a mérité, on en fait aussitôt im martyr; toutes les prisons » sont pleines de martyrs. » Peignant, au chap. 10, leurs mœurs, il s'exprime comme il suit : « Ce sont des hommes insoumis et impies, qui ne rendent ni B à Dieu l'amour chrétien, ni aux rois le respect humain qu'ils leur doivent. » B dit encore, liv. II, contre Tép. de Parm., c. 3 : « Ceux-ci, dit-il, pourquoi » ne jettent-ils pas les yeux sur eux-mêmes; eux, dont les bandes fiu-ieuses, )) armées de glaives et de bâtons, vont çà et là, et se rendent, quand ils le » peuvent, coupables de si fréquents carnages ; cette cruauté, néanmoins, ne » saurait les rassasier; ils errent encore, et le jour et la nuit, au milieu des )) tombeaux des cadavres de leurs victimes, avec des femmes qu'ils traînent çà » et là avec eux, contre les lois divines et humaines; ils sont dans un tel » enivrement, que chaque jom' ils sont saisis de la folie d'immoler les autres » et de s'immoler eux-mêmes. » Il tient encore le même langage dans plusieurs autres endroits. On peut en outre consulter saint Optât de Milève, du Schisme des donatistes, liv. III, c. 6. Tels sont les martyrs que les incrédules comparent à nos martyrs!
(2) Quant aux anabaptistes, il nous suffira de citer ce qu'en a écrit Bayle, art. cit. : « Ils enseignèrent que la puissance des princes était une usurpation, et que les hommes sous l'Evangile doivent jouir d'une pleine liberté. Voici en quels termes il s'exprime sur Munzcr, le principal auteur de cette secte : « Munzer devint si téméraire, qu'il exhorta hautement les peuples à résister » aux magistrats, et à contrfiindre les souverains à se défaii'e de l'autorité. » Un tel évangile plut si fort aux paysans d'Allemagne, qui trouvaient un peu )) trop rude le joug de leurs maîtres, qu'ils se soulevèrent en mille lieux, et » qu'ils commirent imc infinité de violences. On leva des troupes contre eux, )) on les battit aisément, on en fit mourir un grand nombre. » Des séditieux, des rebelles , des conspirateurs méritent assurément de recevoir, de la main des incrédules, la palme du martyre. Mais, pour connaître la fureur de ces sectaires, il faut lire Histoire des anabaptistes, Paris, 1795; il faut lire pareillement l'Histoire de l'hérésie de Wicleff, de Jean Huss et de Jérôme de